David n'a pas desseré son étreinte pendant un long, un très long moment. Le temps que je me calme, que je réussise à reprendre courage et souffle, que je parvienne à pleurer tout ce que j'avais besoin de pleurer, et que je cesse de trembler. Snow est restée agenouillée en face de moi, maternelle, douce, et infiniment rassurante, et à intervales régulières, je regardais par dessus mon épaule la ligne qui s'affichait sur l'ordinateur, et qui était maintenant faible, mais régulière.
J'avais du sang sur les mains, qui avait séché et tirait, et j'en avais aussi sur le visage, parce que j'avais essuyé des larmes avec mes mains tâchées. Dans la bataille, j'avais aussi récupéré un gros bleu sur ma joue, je ne savais pas précisément comment, mais il était bien là. Vers cinq heures, j'ai réussi à regagner un semblant de calme, et d'instinct, comme si David avait compris que ma crise de nerf était passée, il a desseré ses bras.
-Better ?
Son sourire avec quelque chose de vraiment, vraiment rassurant, et je hochais la tête. Il a pointé du doigt l'état de mes mains.
-You need to wash this. Go on...We'll watch him. If anything...
Silence lourd. Je lui ai fait un signe de la main, et je me suis enfermée dans la salle de bains, avec la persuasion absolue que dans ce laps de temps, quelque chose allait arriver. Un noeud avait élu domicile dans mon estomac, et ma gorge était toujours serrée. J'avais fait tout ce que je pouvais, mais cela n'allait pas être suffisant. Je le savais. Ce n'était qu'une question de temps, d'heures, de jours tout au plus. Nous n'allions pas le récupérer, et, aussi égoïste que cela semblait, je n'allais pas le récupérer. Et de toutes les tragedies, c'était celle-là la plus insurmontable. J'étais déchirée, comme si quelque chose avait juste piétiné mes sentiments alors même que j'acceptais de leur laisser une chance.
Je me suis retrouvée face au grand miroir en pied de la salle de bain, et pour la première fois depuis mon agression, je me suis regardée, alors même que je retirais l'excédent de vêtements encore trempés de glace, d'eau et de pluie, et me toisais, en débardeur et en jean, de haut en bas. Une bosse grotesque se cachait sous mon jean, celle du plâtre sur ma cheville. Mes jambes étaient courtes et maigres, mal proportionnées, et mes hanches étaient proéminantes. J'avais perdu près de six kilos depuis mon agression et cela se voyait, mais pas comme les nanas du teleshopping qui sont belles après avoir bu trois semaines de soupe au chou. Je n'avais rien de cela. Mon abdomen était plat, et j'avais perdu de la poitrine, ce qui faisait que mon soutien-gorge paraissait trois fois trop grand. Je ne me sentais pas particulièrement complexée, j'étais comme ça, et c'était tout. J'ai retiré mon attelle, et j'ai passé la main sur les bandages de mon épaule. Tout mon bras était douloureux, jamais je n'aurai du me servir de mes articulations de cette façon, et pas si tôt. Mais je m'en foutais complètement. Mes côtes brisées étaient presque remises, elles n'étaient plus qu'une sorte de vieux bleu à peine sensible. Ce qui dénottait, et faisait un contraste absolu sur la blancheur de ma peau, c'était tout ce sang, séché, sombre, qui courait jusque mes avant-bras, et sur les bandages de mon poignet. Même si je frottais de toutes mes forces, je garderais ces traces pendant encore un moment. J'ai laissé tomber mon attelle au sol, alors que je passais mes mains sur mon visage.
J'avais des traces de sang sur les joues et sur le front, mes yeux étaient rougis et enflés, et juste en dessous, ma peau était rouge de tout le sel que j'avais pleuré. Le bleu sur ma joue était violet et marine, et en posant mes doigts dessus, je le sentais légèrement enflé et grimaçais en appuyant dessus. Une fois. Puis deux. Puis trois. La douleur avait cela de bon : j'étais toujours en vie, je n'avais pas encore succombé à ce qui était arrivé, je n'avais pas rendu les armes, et je m'étais battue comme une chienne. Mes cheveux étaient décoiffés et encore humides, et une mèche était imbibée de sang. Sans vraiment comprendre pourquoi, c'est cette pauvre mèche qui m'a mise dans une rage folle, et je me suis presque jetée sur l'évier, j'ai ouvert les deux robinets à fond, et je me suis appliquée, avec force et furie, nettoyer cette putain de mèche, comme si tous mes problèmes venaient de là, comme si elle seule était solution.
Je voulais revenir dans le temps. Je voulais effacer tout cela. Je voulais revenir à tout à l'heure, quand tout allait bien, quand tout était clair et simple et que mon irresponsabilité, ou ma bêtise ne risquait pas de tuer des gens que j'aimais profondément depuis longtemps, des gens que j'avais appris à connaître sans jamais les voir, et maintenant qu'ils étaient là, tout était réel, tout était palpable, tout était de la façon dont je me l'étais représenté. Je voulais remonter les pendules, et les replacer dans le contexte de la série télé. Je voulais retrouver l'innocence et la simplicité du simple statut de fan, je ne voulais plus de cette responsabilité, je ne voulais plus me sentir coupable. Je savais qu'ils étaient, d'une façon ou d'une autre, menacés, et je n'avais pas pensé une seule seconde que les faire sortir en pleine nuit revenait à les jeter dans la gueule du loup. Je me détestais. Et puis je détestais Lana de lui avoir confisqué son crochet. Et je le détestais, lui, d'avoir tant fait le con pour qu'on en vienne à la conclusion qu'il fallait mieux le lui retirer. Je haïssais tout le monde, et je les haïssais de la responsabilité que je prendrais si il y restait. Je ne parvenais pas à retirer les tâches, incrustées loin dans ma peau, et je grattais, quitte à me faire saigner, comme si je pouvais faire sortir toute cette bile en même temps. J'en aurais hurlé de rage si mes cordes vocales n'avaient pas atteint le quota maximum de cris pour la semaine. A la place, je hoquetais, mon nez coulait, mes yeux débordaient encore, et le sang ne partait pas.
De guerre lasse, je me suis laissée glisser contre le sol, et je suis restée prostrée, perdue, vidée.
Charmant frappé à la porte doucement.
-Are you okay in there ?
Tout de suite, je me suis relevée, et j'ai retrouvé un semblant de substance, persuadée que ce que je redoutais venait d'arriver. J'ai ouvert la porte à toute vitesse, sans prendre le temps d'essuyer mes yeux.
-Please, tell me nothing happened...
Je ne lui laissais pas le temps de terminer et me précipitais dans la chambre, où, malgré le froid et le fait que j'étais en débardeur, je réprimais un frisson et m'arrêtait net en voyant l'écran d'ordinateur. David avait posé ses mains sur mes épaules, il faisait une tête de plus que moi, toujours dans cette attitude paternaliste qui me faisait un bien fou.
-You see, he's fighting.
Hell yeah he was. Il avait gagné près de dix pulsations par minute, et la ligne était maintenant bien plus régulière. C'était toujours gravissime, mais dans l'échelle de la gravité, il avait réussi à gagner un échellon. J'ai pris sa température, qui était entre 35.1 et 35.3, ce qui était un net recul et pourrait peut être réussir à réduire d'un peu l'oedème. J'ai remplacé la poche de glace sur la bosse, et j'ai vérifié ses pupilles. Elles, par contre, étaient toujours à peine réactives. Une demi-victoire, une demi-défaite. Je me suis assise sur le bord du lit, et j'ai serré sa main, croisant mes doigts lentement aux siens, toujours sous le regard de David, qui a poussé la porte avec son pieds, afin de s'assurer que nous étions seuls dans la chambre. Je ne savais pas où Belle, Lana et Snow étaient parties.
-Is there something between you and...
Qu'est-ce que je pouvais faire ? Etre de tous ces menteurs qui parviennent si bien à tromper leurs propres sentiments, et à les cacher avec une simplicité défiant la logique-la mienne au moins ? Je me suis retournée vers David, et je l'ai regardé, et j'ai baissé les yeux, fixant la vie, au loin, dehors, par la fenêtre. Il n'y avait aucune animosité, aucun jugement dans le ton de David.
-You know that...
-Believe me, I do. Nothing good can come out of it. I know, David.
Il m'a souri.
-And I believe you're wrong. I just wanted to warn you about his...Manners.
Cela m'a fait sourire.
-Oh, that...He totally won me over this morning by taking great care of me.
Il a ri à son tour.
-That's not usual...
-I know. Although...He did save your life on Neverland, so I suppose that the wild pirate remains a protective wall against...The world.
-You should be honored he let you in.
-I am, David. I am. I don't exactly understand what he sees in me, but I am...Terribly flattered.
Mes joues étaient en feu, chose que David a pointé du doigt.
-That does not lie...
-I know. Perks of being as white...
-As snow. I have one at home.
Nouveau sourire échangé. Cela faisait du bien. Il dégageait quelque chose de rassurant, de force tranquille, de confiance. La sensation permanente que j'avais eu en regardant la série n'était pas vaine.
-Belle, Snow, Graham and Lana went on the roof to get some fresh air, and I reckon it would do you some good too. Most of the others are sleeping, everyone was knackered.
-Okay, I'm coming, I just need to take my phone and download the heart rate app to check on him from upstairs.
David a hoché la tête, et est sorti de l'appartement en fermant doucement la porte, alors que j'allais chercher mon téléphone resté quelque part dans la cuisine, traversant au passage mon salon transformé en campement de fortune. Je me suis fait une tasse de thé, ai récupéré mon portable, et suis retournée dans la chambre. En passant, Ruby, qui dormait sur un matelas entre Tinker Bell et Leroy, m'a frôlé la cheville, peinant à chuchoter tant elle semblait inquiète.
-Erin, how is he ?
-He's fighting pretty hard.
-Will he make it ?
-I don't know. He's circling the drain, but it does not seems like he's going to let go anytime soon.
Je ne savais pas si je mentais ou non, mais il était évident qu'il s'accrochait de toutes ses forces. Il aurait du mourir. N'importe qui aurait rendu les armes, et personne n'aurait pu leur en vouloir. Mais lui, il tenait le coup.
-We're going on the rooftop to get some fresh air, do you want to come ?
Elle avait l'air épuisé, mais semblait tentée. Finalement, elle a refusé et s'est rendormie, et j'ai refermé dérrière moi la porte entre l'entrée et le salon. J'ai jeté un oeil sur mon téléphone, et je téléchargeais l'application de Lana qui me permettrait de suivre son rythme cardiaque depuis le toit. Je ne savais pas comment l'idée de détourner le bracelet de running de Lana m'était venue, mais elle était, pour le coup, peut être la meilleure que j'avais eu depuis longtemps. Mon téléphone a sonné alors que j'enfilais un pull long et chaud. Emma. Je devais absolument la prévenir. Elle avait envoyé un simple message disant qu'elle espérait que nous allions tous bien et qu'elle n'avait rien trouvé de concluant dans la boutique de Gold. Je n'ai pas réfléchi longtemps, et j'ai composé son numéro immédiatement. Elle a décroché avant même la première sonnerie.
-Erin ! I was gonna call you, like, now.
Incroyable. Elle semblait presque déjà au courant que quelque chose n'allait pas.
-Emma, I...
J'avais du mal à trouver mes mots, alors qu'elle m'expliquait, dans un débit bien supérieur à la normale, qu'elle avait une vague sensation depuis un moment, quelque chose qui lui pesait, et qu'elle ne parvenait pas à comprendre, et elle a ri nerveusement en disant que ce n'était probablement qu'une mauvaise intuition et qu'elle était heureuse que je l'appelle histoire de la rassurer un peu. Je ne savais pas comment lui annoncer, et laissait un silence lorsqu'elle s'arrêtait de parler.
-Erin ? Erin, what's wrong ?
Je me suis retournée vers Hook, toujours inconscient, en essayant tant bien que mal de tenir ma voix, de ne pas partir dans des aigus desespérés, de ne pas l'inquiéter plus encore.
-Emma, Killian had been hurt by the thing that attacked me last month.
Silence choqué à l'autre bout du fil.
-What...What happened ?
-We were walking back home from the restaurant, and it was there, and it attacked us.
-All of you ?
-No, just...Me and him, we...Just us two.
-Are you okay ? How is he ? Can I talk to him ?
-I'm fine, but he...
Je n'arrivais pas à aller plus loin, posant mes yeux sur le mur, le plafond, tout sauf lui.
-He's hurt. Really, really hurt.
-How badly ?
-I'm not sure he's going to make it through tonight.
Nouveau silence. Je réalisais comme, pour une même information, selon ce que j'étais près de la personne ou a un univers d'écart, je ne répondais pas de la même façon. Je venais de dire à Ruby qu'il se battait comme un lion, et à Emma, je lui disais pratiquement le contraire.
-What...Why ?
-He has a bad head injury, and we could not get him to a hospital.
-But you should have !
Je sentais un accès de colère monter, et je lui expliquais pourquoi, non, nous ne pouvions pas risquer la sécurité du groupe en entier pour un seul blessé, obligée de défendre un argumentaire qui m'avait moi même rendue folle de rage.
-Did you get a doctor, or someone ?
J'ai soupiré.
-Well, me.
-You ?
-I dropped med school at the end of the first year, and I did my absolute best, but...As of now, it's hard to tell if he's going to survive the night, let alone another day.
Elle ne disait plus grand chose, et j'ai entendu qu'elle s'est assise sur une surface lourde, du bois, peut être. Elle s'était laissée tomber par terre.
-We can't lose him.
Elle était à bout de souffle, sous le choc.
-I know, Emma. Everyone is devastated.
Et j'allais ajouter que je l'étais encore plus encore, mais je me suis retenue. Leur relation n'était pas claire-pas claire du tout-et je refusais de m'engager sur ce territoire.
-Now we just wait and hope.
-Can I talk to him ?
-He's unconscious. We're monitoring him closely.
-What happened to the thing who attacked him ?
-Your father and Graham chased him away, but he's after them all.
-How...How do you know ?
-The thing told us.
-So there is something...
-It's the thing that attacked me, I'm a hundred percent sure of it.
-That confirms your theory. It's attacking Storybrooke people, or those who really look like them.
-Someone's behind it. That beast...It was raised that way. It's not human. Someone did that on purpose.
-We need to find something before any of you gets hurt again.
Soudainement, lueur d'intelligence. Ou de fatigue. Mais cette histoire de créature à la force surhumaine et à l'apparence incertaine me rappelait quelque chose...
-Try the hospital. We haven't found Dr Whale yet, and he's Victor Frankenstein after all.
-But why would he do that to us ?
-I don't know, but maybe he's not aware of who he's threatening.
-Someone would be using him ?
-It's one possibility, one among dozens. But it's worth a shot.
Nouveau silence, illuminé cette fois.
-Oh my god, you need to find Whale. He's going to be able to help you with Hook. You have to find him !
-Easier said than done, the city is huge, and we have no idea where he could be. And if he has something to do with it, it's better to keep Hook and all of us away from him.
Elle réfléchissait, laissant un grand blanc dans la conversation.
-I'm going to our hospital first thing tomorrow morning, and I'll call you back as soon as I'm done.
-Okay, and I'll update you hourly about Killian.
-That's...Funny.
-What is ?
-You called him by his name. The only person I've ever heard calling him like that was...Neal.
Mais. Quelle. Conne. Quelle idiote. Pour un peu et elle allait me tomber dessus.
-Erm, yeah, he was just...Really nice and...Caring with me all day long. That's it.
Aaaaand he kissed me twice. French kissing. Just saying. Je gardais ces informations supplémentaires pour moi, piquée au vif. On aurait dit deux lionnes autour du même morceau de zèbre rôti, c'était ridicule, jamais je ne ferai le poids face à Emma.
-Erin...Go for it.
Whaaaaaaaaaat ?
-I know when someone lie to me, even on the phone. If you are able to see behind the pirate, then go for it. It will only do him good. Don't be afraid of what you can or can't do, and what you can or can't risk. Don't live with regrets. I know how it feels, and it's a constant burden. It never leaves you.
Elle avait dit les bons mots, au bon moment, malgrè la gravité de la situation, quelque chose en moi semblait dire "tu vois, pauvre folle".
-Erin...Take care of him. He's important.
-I will. Oh trust me, I will. And...Emma ?
-Yeah ?
-I wish you were with us. Things would be easier.
Elle a eu un rire triste, un peu désabusé.
-I don't know about that, but I'm working on it. Keep me posted, okay ?
-Hourly.
-Bye, Erin. Tell my parents I love them.
J'ai raccroché, et mon téléphone a clignoté, signe que l'application était téléchargée. J'ai trompé mon esprit en configurant l'application sur la montre, et en verifiant que les deux logiciels arrivaient bien au même résultat. En fait, je cherchais à ne pas lancer un million de pensées liées à la conversation que j'avais eu avec Emma. Les deux applications étaient synchronisées, les résultats étaient similaires. J'ai repris sa température, qui était à peine à 34 dégrès, ce qui était suffisant pour retenir un gonflement supplémentaire de l'oedème, mais pas assez pour devenir dangereux en soi, et j'ai vérifié que l'oxygène circulait correctement, et que l'ordinateur avait suffisament de batterie, et, attrappant une veste en laine, je fermais toutes les lumières sauf celle de la table de chevet, récupérait ma tasse de thé encore chaud, et je suis montée sur le toit, emportant avec moi deux plaids achetés à Ikea, persuadée que, là-haut, ils devaient être frigorifiés. J'avais laissé tomber mes béquilles pour de bon, en me contentant de maitriser ma force chaque fois que je posais le pied par terre, et monter les trente marches menant sur le toit était...Périlleux.
Quand Lana et moi avions décidé de prendre cet appartement au lieu des six autres proposés par son frère d'agent immobilier, ce qui avait fait la différence, c'était l'entretien régulier du toit et la possibilité pour chaque locataire de l'immeuble d'y avoir accès. Et très peu de locataires s'en servaient, alors, nous avions progressivement acheté des accessoires de jardin. D'abord une série de chaises, puis une table, et puis, avec l'autorisation de notre proprio, un barbecue et un chauffage d'extérieur qui nous permettait de monter par temps clair quand il faisait froid. Ce n'était peut être pas un jardin à proprement parlé, mais c'était un oasis de tranquillité, et la vue sur la ville et la forêt adjacente était spectaculaire.
Lana avait allumé le chauffage d'extérieur, et ils étaient tous les cinq, Graham, David, Belle, Snow et Lana, autour de la table de teck. Ils ont tous accueilli mon arrivée avec un sourire, et, voyant que j'étais à bout de souffle à cause des marches et de ma cheville, Graham s'est précipité pour m'aider et me prendre les couvertures des mains, et a croché mon bras pour m'escorter jusqu'à la table.
-How is he ?
-Alive. I know that you two aren't exactly the best of...
Il a balayé mon argument du plat de la main.
-Friendly banter. We met a few times at the pub on the enchanted forest, and we aren't exactly...Thinking alike, but he's not a nemesis either.
-That's what I thought.
Il m'a laissée m'assoir sur nos chaises larges de teck, et s'est assis en face, entre Lana et Belle. David m'a souri, assis à côté de moi. J'ai posé le téléphone en évidence devant moi, et je me suis entourée d'un des plaids, maintenant glacée. Ils m'ont regardée avec curiosité et inquiétude.
-He's alive. And he's fighting pretty hard. His body temperature is lowering down slowly, and it should help with the swelling. I have installed the heart rate app on the phone, so, if anything happens in a way...Or another, I'll know.
J'ai secoué mon téléphone pour leur montrer l'application en marche, et j'y ai jeté un coup d'oeil. Rien de changé. Lent, mais régulier.
-I called Emma to tell her.
Snow a eu l'air un peu surprise.
-And what did she told you ?
-Well, first, she love you all.
David a regardé Snow et il a serré sa main qu'il a embrassée.
-She's shocked, and she's hoping that he's going to recover. But we think we have a...Potential suspect ?
Ils se sont tous regardés, interloqués, attendant que je précise ma pensée.
-Well, when the thing attacked us, it was clearly not human, and it is definetely what attacked me, but it spoke to us.
David jaugeait les réactions autour de la table, sans savoir trop quoi dire.
-And what did it says ?
-It just told me that it was going to kill you, or us, all.
Belle a secoué la tête, cherchant à comprendre.
-But you said that you and Emma thought of a suspect.
-Whale. And I know he does not hold a particular grudge against any of you, but the beast could definetely be of his doing. It's a Frankenstein thing. Well, it could be a Frankenstein thing. Emma thinks that he might be under someone's control.
Snow avait croisé ses bras sur sa poitrine et essayait de trouver du sens à tout cela.
-But...Who, then ?
-We don't know. She's going to go see if anything suspicious lies at the hospital first thing tomorrow, but we're onto something.
-So...It attacked you when you still looked like Ariel, and it attacked Hook.
Graham a soupiré.
-That's a pattern, and not a very joyful one.
-It attacked me again, tonight, and I don't look like Arien anymore at all. I think it knows your current situation, or at least, it knows who we are and how we're helping you.
David m'a regardée avec attention.
-Double agent ?
-No, I think that something more powerful is at stake.
Snow a poussé un long soupir, et son joli visage de maman s'est soudainement durçi.
-Magic.
J'ai hoché la tête.
-I think so. Earlier on, Lana asked Rumple to turn a glass of water into a glass of wine, and something worked. It's much less powerful than at Storybrooke, but there is something that is working. The liquid was still transparent, and had no smell, but it tasted like wine. We did not wanted to tell you just yet because everyone was in need of a nice evening, and had you all know that something was working, it could have deprived us from a nice moment.
Davis a eu un petit rire.
-And it certainly was a nice evening. Marco is quite a character.
Tout le monde s'est détendu, complices dans le souvenir commun. Mais l'évocation de la soirée passait automatiquement par celle des pitreries de Hook, et personne n'avait, finalement, plus envie de rire. Après un long silence que je passais les yeux vissés sur l'application, Graham s'est éclaircit la voix.
-Erin, can I ask you a question ?
-Sure. Ask away.
-Why did you quit med school ?
Soudainement, tout le monde a été interessé, et Lana a même appuyé la question.
-I never quite understood either. I still believe it's your calling.
Et David en a rajouté une couche.
-You were insanely fast and you even ended up almost creating technologies to try to save him. It's running in your blood, it's...Obvious.
Ils n'allaient pas me laisser m'en sortir si vite, et pas sans explications, même si j'aurai préféré ne pas avoir à soulever la question plus encore.
-It was time-consuming, I could not have any sort of private life. It was asking too much, and I was not ready to give it all up.
David a lui aussi croisé ses bras, et froncé un sourcil.
-Emma's not there, and yet I can tell that you're not telling the truth.
Lana a surenchéri.
-She was on top of her class, in the five best students. Her grades were off the roof.
-No I wasn't...
Peine perdue. Si, je l'étais. J'étais même dans le top trois, avec une moyenne qui avoisinnait 17 sur 20. Je n'étais vraiment, vraiment pas à l'aise.
Belle s'y est mise aussi, et j'avais l'impression de répondre à un interrogatoire.
-You're obviously good at it. And you wouldn't have had such grades if you did not love it. And earlier on...You were focused, precise, and extremely good at giving us clear directions. You were acting like a chief with her team.
J'ai enfoncé mon nez dans la couverture, considérant sérieusement la fuite. Et puis, devant leur cinq regards inquisiteurs, j'ai laissé tomber. J'ai fermé les yeux, mes deux mains serrant mon téléphone sans jamais toucher l'écran, pour canaliser mes émotions, puis j'ai finalement porté mon regard sur l'horizon.
-I could not handle it emotionnaly. The lectures were fine, and I loved it, but dealing with patients...That, I could not do. One mistake, and their father, mother, daughter, son, lover, friends, mentors are dead. Gone for ever. No second chance. And you have to face their pain and their grief and their anger upfront, and they're going to tell you that you're responsible, and even if you aren't, you have to live with those what ifs, and to keep on doing your job with this little doubt, not knowing if the life-saving decision you are taking isn't a life-shortening one. I'm not strong enough to deal with death daily, and, granted, I love biology and I am fascinated by neurology, but I do not have what it takes to digest it all. It would have been self-destroying. Now I'm a nice teacher, there life does not depend on me, they don't really care about what I say because my course is optionnal, and it's all bonus points added to their final grade. And it's fine by me. I have time to do shopping, the pay isn't bad, I can go watch a movie with my friends at the last minute, I have a life, and a pretty decent one.
Grand silence. Graham a regardé tout le monde avant de prendre la parole, et il a plongé ses yeux curieux dans les miens.
-But what if you were the one that would save those fathers, mothers, daughters, sons, lovers, friends and mentors ?
Entendre la question qui me torturait depuis des années ainsi posée me prenait aux tripes, et me poussait dans mes derniers retranchements.
-I am not.
Snow a essayé de provoquer quelque chose en moi, mais c'était peine perdue.
-Look at the way you took care of Hook with almost nothing, you almost built an ICU unit from scratch.
-But I can't reasonably fall for every single patient, can I ?
C'était la seule façon de retrouver la paix. Attirer leur attention sur autre chose, même si ce quelque chose devait rester entre lui et moi. Ils m'ont tous dévisagée avec une expression surprise. Graham semblait perdu et cherchait une explication dans les yeux de tout le monde, avant de comprendre, et que je ne le lui confirme d'un haussement de sourcils.
-I know. And I swear I tried my absolute best not to...Be that stupid.
Je m'attendais à être jugée, sans vraiment savoir pourquoi.
-I'm sorry. I really am.
Snow a eu un sourire entendu.
-Sorry for what ?
-I don't know, being an idiot and letting things take me over when you're all in need of all the help you can find. I'm screwing things up by becoming a...An infatuated teenager.
-So you're apologizing for...Falling in love ?
-Yep.
Belle s'est mise à rire.
-I did not know it was a bad thing.
En fait, ils riaient tous.
-Wait...None of you are mad at me ?
Snow a penché sa tête de côté.
-Why on earth would we be mad at you ?
-I don't know, because my brain is melting through my ears and if he makes it, I'm going to turn into a creature made out of liquid chocolate and pink sprinkles ?
Ils se sont tous mis a rire, y compris Lana qui m'avait fait un clin d'oeil de son coin de table.
-You certainly have a very strange idea of how this works, but we're not mad. At all. Quite the opposite actually. Being dragged there is an adventure, and if adventures aren't made to fall for people, then what are they made for ?
-Oh god, I almost forgot who I was talking to...
Snow était lancée, et ne pouvait plus s'arrêter.
-Let it go, Erin. Resisting it will only hurt you. Love is by far the most amazing thing that can ever happen to you, and you both need it.
Je voulais croire en son discours encourageant et emprunt de conte de fées. Mais j'étais déjà trop cassée, trop endommagée pour y croire.
-Happy ever after isn't something we do, here. Here we go for hard relations with difficult people who don't care about being your one true love, they just want to damage you and they leave you with a big giant bruise where your heart once was.
Graham levé un doigt.
-Well, some of us were left literally heartless.
-See ? Even at Storybrooke, not everyone gets a taste of what you and David have, or you and Rumple. It's a million times worst here.
Graham a cligné d'un oeil et m'a regardée avec une expression teintée de doutes.
-Worst than having your heart mashed up until it turned into ashes and dying in the arms of someone who was definetely here to break your own curse in addition to the bigger one ?
Ouch. Touché. Je savais que le laisser regarder l'épisode de sa propre mort n'était pas une idée brillante.
-Okay, maybe not, but it certainly is a lot more difficult. You have to kiss quite a lot of frogs to find something that can look like a prince. Let alone charming.
Snow persistait.
-But you did find something nice, there, with Hook.
-And look what happened ! A kiss is going to cost him his life. Even if he survives, we're doomed. Sometime soon, we're going to find the way to break this curse, you're going to come back to Storybrooke, and I'm going to have to live the rest of my life sighing after someone meant to be a TV show character. I'm going to run into a wall, at light's speed, and the damages are going to be huge.
Snow a ouvert la bouche, mais Belle l'a arrêtée.
-It's better to have loved once and lost it than not to have loved at all.
Personne n'a relevé, et un long silence s'est installé. Je n'ai pas pu m'empêcher de noter que pour la première fois depuis longtemps, peut être même depuis que nous étions arrivées dans ce quartier, la nuit était noire, sans la moindre étoile, sans même la lune.
-Look around...It's a starless night. It never happens.
Ils ont tous regardé, alors que le sourire de Snow et celui de Charmant venaient de disparaître instantanément.
-What ?
David m'a dévisagée avec une gravité certaine, alors que Belle et Graham semblaient chercher ne fut-ce qu'une étoile.
-Guys, you are freaking me out. What does that mean ?
La voix de David était fragile, prête à se briser.
-Starless nights are a sign of imminent loss. It never fails.
A cet instant précis, alors que je prenais la mesure du présage, la ligne de vie qui se dessinait sur mon téléphone a brusquement dessiné des traits irréguliers, et les pulsations par seconde se sont effondrées jusqu'à atteindre le zéro. Je me suis levée d'un coup, sans me soucier de ma cheville, et ma chaise est tombée par terre.
-Hook's flatlining.
Tout le monde s'est regardé sans comprendre ce que je venais de leur dire, alors que mon application clignotait en rouge, reclamant une mise en relation avec un coeur battant, et que j'étais déjà au niveau de la porte qui menait à l'escalier.
-His heart does not beat anymore.
(to be continued)
