- Mais c'est du vol ! s'écria le Docteur complètement outré.
- C'est le prix, bougonna le marchand. Mais pour les deux je vous fais une offre ! Une très bonne offre ! Personne ne vous en vendra de cette qualité !
Voilà une heure que le Docteur furetait dans les stands de la Place Majeure, à la recherche d'un nouveau marteau pour commander le Tardis. Quoi de mieux que la ville de Vulcania pour trouver son bonheur ?
- Mais je n'en veux pas deux ! s'exclama-t-il les poings sur les hanches. Un seul me suffit amplement !
- Si cela vous intéresse, il y a un bon prix pour le modèle en or massif ! Une merveille ! Regardez comme il brille !
Voyant que la peinture dorée n'était pas encore sèche, l'escroc s'empressa de le remettre à sa place et offrit un sourire pour le moins commercial à son nouveau client.
- En or ? Que voulez-vous que j'en fasse ? Ce n'est pas pour décorer !
- Sinon vous avez le même modèle en argent, avec sur le manche des rubis taillés à la main…
- C'est pas vrai ! soupira le pauvre Docteur exaspéré. Je veux un marteau simple, tout ce qu'il y a de plus simple au monde, en aluminium si possible, dont le poids n'excéderait pas 512 grammes et la taille inférieure à 26,13 centimètres. Ce n'est pourtant pas compliqué !
Kate sortit finalement du Tardis et le rejoignit d'un pas pressé, arrivant dans son dos. Elle jeta un coup d'œil à l'étal et ne pu s'empêcher d'émettre un commentaire sarcastique, comme à son habitude :
- Plus la peine de se demander pourquoi vous êtes marteau…
- Ah ! Vous voilà enfin ! Vous aimez bien prendre votre… votre…
Il s'interrompit soudainement, incapable de prononcer quoique ce soit –chose rare vous en conviendrez pour un homme tel que lui. Kate était là, sous ses yeux, habillée d'un gilet mauve et d'un jean bleu ciel, souriante et blonde, ses cheveux cascadant délicatement sur ses épaules, soulevés de temps à autre par une petite brise fraîche d'été. Mais là n'était pas le malaise, non vraiment pas.
Il ne l'avait jamais remarqué auparavant -la jeune femme prenant toujours un malin plaisir à se déguiser, à modifier sa coiffure, son maquillage, portant vêtements trop larges de garçon manqué et bijou flashant- mais elle ressemblait étrangement à Rose, si ce n'est ses grands yeux bleus miroitants. Le visage rond et doux, le sourire éclatant, la gorge se perdant dans un petit décolleté tout ce qu'il y a de plus discret et adorable, les formes gracieuses, femme à la fois commune et extraordinairement rayonnante… non la ressemblance était réellement trop évidente pour n'être due qu'à un simple hasard.
-… temps, lâcha-t-il après vingt bonnes secondes de béatitude.
- Tout va bien ?
- Bien ? Oui ça… ça… va, je… j'allais…
- Vous bégayez Docteur, nota-t-elle amusée.
- Ah… ah bon ?
Il se gifla mentalement, tâchant de reprendre ses esprits, mais un flot continu de souvenirs –souvenirs à la fois heureux et douloureux qu'il espérait oublier depuis longtemps- lui revint en mémoire, l'empêchant ainsi de se concentrer.
- Quoi, faut-il que je vous embrasse pour que vous récupériez la parole ?
- Hein ? Oui… enfin je veux dire non ! Non !
Il secoua la tête et revint finalement à lui, passant une main dans ses cheveux :
- Non, tout va bien. J'allais justement vous chercher.
Il la dévisagea intensément quelques secondes encore PUIS reporta son attention sur le stand de marteau, en choisit finalement un qui lui sembla plus ou moins approprié et paya le marchand. Toutefois ce dernier remarqua un curieux objet au poignet du Docteur et tenta -en bon escroc- de se l'approprier :
- C'est une très belle montre…
Kate fronça les sourcils, n'ayant pas remarqué le bracelet plus tôt. Argenté au cadran noir nacrée. Une montre de qualité, aucun doute. Tout de même, pourquoi diable ne l'avait-elle pas découverte plus tôt ? Ce genre de détail ne lui passait jamais sous le nez, ayant été pickpocket dans une autre vie… Elle en vint à la conclusion que Le Docteur ne l'avait que depuis quelques heures, guère plus.
- Oui, je sais, se contenta-t-il de murmurer.
- Je peux vous en offrir un bon prix !
- Elle n'est pas à vendre, déclara sévèrement le Docteur sans quitter des yeux les aiguilles luisantes, le cœur soudainement en proie à une douleur profonde.
- Un très bon prix ! Vous n'y croiriez pas !
- J'ai dit non !
Le marchand perdit immédiatement l'usage de la parole, angoissé par le regard intense et foudroyant du Docteur. Il se recula, tête basse, balbutiant des excuses inaudibles. Le Gallifréen chassa aussi loin que possible les idées noires qui venaient subitement de s'installer et lui, inspirant profondément et calmement, puis enfourna le nouveau marteau dans une poche intérieure de son long manteau brun. Il tendit le bras à Kate et l'invita d'un sourire ravageur, oubliant l'incident :
- Si vous voulez bien me suivre !
Kate attrapa son bras, toute enthousiaste à l'idée de visiter un New Roman World et l'accompagna, écoutant avec attention les quelques détails historiques qu'il acceptait bien de lui dévoiler :
- L'empire des Humains s'étendait sur trois galaxies, mais une des planètes de la constellation de Sirius abritait un Empire semblable à celui des Romains, en plus évolué. Lorsqu'ils découvrirent le voyage spatial, ils n'ont pas hésité à conquérir la Terre et le reste du régime précédemment installé.
- Et vous n'avez rien tenté pour l'empêcher ? s'étonna Kate.
- Ils l'ont fait de manière pacifiste, je ne vois pas pourquoi je m'y serais opposé, se défendit le Docteur en s'avançant au milieu de la Place.
Une douzaine de gardes en armure surgit alors de nulle part, les encerclèrent, l'arme à la main, et pointèrent sans hésitation le canon dans leur direction, prêts à ouvrir le feu au moindre geste suspect.
- De manière pacifiste ? répéta Kate peu convaincue en levant les bras.
Le Docteur haussa les épaules et eu une grimace de mécontentement. Il posa les yeux sur sa compagne et avoua en toute franchise :
- Eh bien, ils étaient tellement nombreux que les populations qu'ils soumettaient à leur régime n'opposaient aucune force… il n'y avait donc aucune victime.
- Je vois…
- Vous êtes le Docteur ! déclara le chef de l'escadron.
- Exact ! Salut ! s'exclama ce dernier.
- Hello…, souffla Kate avec un sourire crispé.
- Vous êtes en état d'arrestation !
- Ah oui ? Et pour quel motif ? se moqua le Gallifréen peu effrayé par la tournure des évènements.
- Meurtre, répondit sèchement l'homme en armure. Voilà une semaine que l'on vous recherche.
Le sourire du Docteur s'effaça. Il dévisagea gravement les hommes autour de lui et leva finalement les mains en l'air, inquiet. Il n'était pas encore venu dans ce monde, du moins pas depuis une bonne vingtaine d'années. Possible qu'à l'avenir il remette les pieds ici, quelques jours auparavant… mais de là à y commettre un meurtre ? Non, jamais ! Pas lui ! Oh quelle dure torture que celle de ne pas savoir… L'angoisse des spoliers le hantait toujours, et bien plus encore lorsqu'il s'agissait de violer l'un de ses principes les plus vitaux : ne jamais tuer.
- Il doit y avoir une erreur, se persuada-t-il incapable d'imaginer le pire, il doit obligatoirement y avoir une erreur !
Kate se pinça les lèvres et le contempla silencieusement, tâchant de ne pas empirer la situation en cédant à la panique.
- Nous avons des preuves. Suivez-nous. Vous êtes condamné à mourir dans l'Arène pour le spectacle de tous.
Un autre soldat appuya la requête en plaquant sont arme contre la tempe du Seigneur du Temps, l'obligeant bien malgré lui à avancer.
- Que fait-on d'elle chef ? grogna un autre en désignant Kate d'un signe de tête.
- C'est sa complice. Elle devra le suivre jusqu'à sa mort…
- Quoi ?! s'écria le Docteur en se retournant vivement. Non ! Vous n'avez pas le droit ! Elle n'a rien fait ! Elle n'a strictement rien fait ! C'est moi que vous voulez, c'est moi seul ! Je suis entièrement responsable de ce qui est arrivé ! Laissez-la tranquille, laissez-la tranqu…
Il n'eut pas le temps d'achever sa phrase, assommé violement par la crosse d'une arme. Il s'effondra à terre, complètement inconscient, sous les yeux paniqués de Kate qui tremblait d'effroi.
- Emmenez-les, aboya le chef de la garde.
