Déjà, merci pour toutes vos reviews, vos follows et favorites ! Si j'arrive à faire des chapitres aussi fournis ce n'est pas pour rien ;)
Pour les reviews guest : Drayy : merci pour ton petit mot ;) et Guest : T'inquiète pas, c'est bien pris en compte dans l'histoire ! De là à dire que Gabriel est adulte... Il n'a que 17 ans dans ce chapitre (et Sam 13, je sais...) et Dean 16 ans et Castiel 16 ans pour ceux qui veulent un petit rappel ;)
Je devais faire un chapitre pour les deux mois d'été, mais je me suis retrouvée avec 16 pages, le mois de juillet pas encore fini (loin de là) et celui d'août pas attaqué... Donc finalement j'ai coupé en deux ! Et maintenant je me retrouve avec deux chapitres au lieu d'un et vous avec juste juillet qui fait une taille monstrueuse. Faut pas que je fasse des prévisions, vraiment pas... Ma muse doit prendre comme un défi de les faire foirer…
Bref, encore et toujours merci à Pimpiericky qui aura eu sacrément du mérite à corriger ce chapitre extra long !
Bonne lecture ! (et pas taper...)
Ça déménage !
Chapitre 8 : Sous la chaleur de juillet
Le matin de leur arrivée à Sioux Falls, Dean entra dans la maison d'Ellen avec une assurance de façade. Intérieurement, il stressait à l'idée de passer un mois entier dans cette maison. Un mois pour vivre une vie de famille presque "normale" avec son frère, Ellen et Jo. Parce que Dean ne se faisait aucune illusion, leur nounou comptait clairement s'occuper d'eux comme une mère et non comme une baby-sitter de luxe et Dean n'aimait pas cette idée, vraiment pas. Tout comme il détestait l'idée de vivre sous le même toit qu'une mère et sa fille. Devoir gérer ses actions en fonction de deux autres personnes, deux filles en plus, ça le rendait particulièrement nerveux.
Les mains moites et le sourire tremblant, Dean se retourna pour jeter un coup d'œil à son père qui prenait leurs cartons dans la voiture. Pourquoi il ne pouvait le suivre dans son travail ? Il voulait le suivre ! Il était prêt, il avait combattu avec Gordon pour ça ! Mais son père semblait d'un tout autre avis, à sa grande déception.
- Tout va bien se passer Dean, voulut le rassurer Ellen avec un sourire confiant.
- J'en doute pas beauté, répondit l'aîné des frères par réflexe en sortant son sourire charmeur.
- Pas de ça avec moi jeune homme.
Dean haussa les épaules et inspecta l'antre de l'enfer.
Il n'était encore jamais venu chez Jo. Quand lui et son frère étaient encore à Sioux Falls, tout se faisait toujours chez eux puisque sans parent et donc sans règle. Ça lui faisait bizarre d'entrer dans une maison aussi... habitée. Il y avait des gens qui vivaient ici depuis longtemps et qui appréciaient leur maison. C'était visible aux petites touches de décoration, aux meubles personnalisés, aux cadres photos ici et là. C'était une maison qui n'accueillait pas les gens pour quelques mois, mais bien pour toute une vie et Dean se sentit mal à l'aise en le constatant. Il avait l'impression d'arriver en intrus.
- Où est-ce qu'on va crécher ? demanda Dean pour briser le silence.
- Je m'excuse d'avance mais je n'ai pas beaucoup de place, donc toi et ton frère dormirez dans la même chambre, annonça Ellen en regardant tour à tour les deux garçons.
Sam sembla prendre très joyeusement la nouvelle mais Dean... Son expression était indéchiffrable. Pas moyen de savoir s'il était heureux ou agacé de dormir avec son petit frère.
- Rassurez-vous, je vous ai mis deux lits. Je n'allais pas faire dormir par terre l'un d'entre vous pendant tout un mois.
- Je croyais que tu avais deux chambres d'a... commença John en revenant avec les cartons.
- L'autre est en travaux, claqua fermement Ellen en lui coupant la parole
- Je ne suis pas sûr que...
- Moi je le suis.
Sous les regards intrigués de Dean et Sam, les deux adultes se lancèrent dans un duel de regards. Une certaine tension se sentait entre les deux, Ellen semblant contenir sa fureur et John se renfrognant comme un vieil ours mal léché.
- T'es chez toi, c'est toi qui vois, finit par abdiquer John de mauvais gré en allant poser les cartons sur la table de la salle à manger.
- Tout se passera bien, n'est-ce pas les enfants ? assura Ellen.
Les deux frères hochèrent rapidement, impressionnés par la mère de Jo.
- Bon, je vais vous laisser alors... annonça John.
- Tu ne restes pas un peu ? interrogea aussitôt Dean.
- Non je ne...
- Mais si, il va rester jusqu'au repas de ce soir au moins.
John voulut protester mais capitula une nouvelle fois en grommelant sous le regard glacé d'Ellen, à la grande surprise de ses fils.
- Jo dort chez Ash cette nuit et demain, ça vous laissera le temps de vous adapter les garçons.
Encore hébétés, Sam et Dean acquiescèrent et suivirent Ellen jusqu'à leur chambre. Cette dernière n'était pas bien grande et les lits jumeaux, collés l'un à l'autre, rétrécissaient encore plus la pièce. Leurs affaires furent posées de chaque côté du lit et une journée sous le signe de l'étrangeté démarra. John et Ellen se regardaient en chien de faïence tandis que les deux frères apprivoisaient leur nouvel environnement. Le grand jardin avec sa terrasse dallée les ravit tout particulièrement, de même que la grande télé écran plat pour Dean et la collection de DVD qui l'accompagnait. Sam fut davantage attiré par la petite bibliothèque mais finit par rejoindre son frère quand ce dernier lança le premier film, sous les regards tendus de John et Ellen qui continuaient de se défier.
Le repas du soir arriva rapidement et se fit dans un silence lourd entrecoupé par les bruits de fourchettes et de couteaux.
- Alors les garçons, vous voulez faire quelque chose en particulier cet été ? demanda Ellen en espérant briser la glace.
Personne ne lui répondit. Les deux adolescents avaient immédiatement plongé le nez dans leur plat face à cette question, Dean allant jusqu'à jeter un coup d'œil inquiet à son père. Sujet à aborder hors présence de John en déduisit Ellen en retenant un soupir frustré.
- Comment vous trouvez l'installation de votre chambre ? Si quelque chose ne vous convient pas je peux essayer d'arranger ça.
Nouveau silence, encore plus lourd que le précédent.
- Les lits sont peut-être un peu proches, voulut faire remarquer John avant de recevoir un regard noir d'Ellen.
Mais aucun des garçons ne confirma sa remarque, pas même Dean qui gardait les yeux obstinément baissés sur son gratin de patates douces. Le silence reprit et ce ne fut qu'au moment de débarrasser le plat de résistance que l'aîné osa prendre son courage à deux mains pour poser la question qui lui nouait l'estomac.
- Tu passeras nous voir papa ?
- Je ne pense pas, je vais être très occupé.
- D'accord, acquiesça son fils en replongeant dans son assiette, les yeux éteints.
- Tu pourrais… voulut intervenir la mère de Jo.
- N'abuse pas de la situation Ellen, gronda John en lui lançant un regard mauvais.
A partir de là, il n'y eut plus aucune tentative de personne pour briser le silence. Même la tarte aux noix de pécan préparée par Ellen ne suffit pas à dérider les garçons, encore moins Dean qui sentait lentement mais sûrement une émotion étrange lui monter à la gorge.
A peine le repas fut-il terminé que John alla chercher ses affaires pour repartir :
- Soyez sages avec Ellen les garçons. En cas de soucis, elle peut me contacter mais j'espère qu'elle n'aura pas à le faire. Dean, surveille et protège ton frère.
- D'accord papa, acquiesça Dean en sentant son cœur peser lourdement alors que le sentiment désagréable grandissait en lui.
- Sam, je compte sur toi pour te montrer fort et ne pas faire de bêtises.
- J'suis plus un enfant ! râla aussitôt le plus jeune en croisant les bras devant lui.
- Je sais Sammy, lui répondit John en souriant légèrement pour la première fois depuis le déménagement. Tu es mon grand garçon mais je veux que tu écoutes ton frère, entendu ?
Sam retint la réplique acide qui lui montait aux lèvres et hocha la tête. Bien sûr qu'il allait écouter Dean ! Bien plus que ses conseils à lui !
- Papa, tu sais, je me suis entraîné durant tout le premier semestre. Avec Gordon on a...
- Son père me l'a dit, le coupa John. Mais pas pour l'instant. Reste avec Sammy et occupe-toi de lui, c'est tout ce que je te demande. Tu peux faire ça ?
Dean hocha la tête, la gorge serrée.
- On se revoit fin août.
John repositionna son sac sur son épaule et passa la porte, sous le regard attentif de ses deux fils, tout particulièrement celui de son aîné.
Dean vit son père partir et une terreur insidieuse et irrationnelle l'envahit.
Lui et Sammy étaient dans la maison d'un autre, sous la garde de cet autre, et leur père venait de leur faire ses au revoir.
Il t'a abandonné, purement et simplement.
Sans aucun contrôle sur lui-même, Dean entendit sa respiration s'accélérer en même temps que les battements de son cœur. Les murs se rapprochaient, la terre tournait et une violente nausée était en train de l'assaillir.
Abandonné.
C'était faux ! Son père allait revenir, il revenait toujours ! Il avait juste été confié avec son petit frère à une personne de confiance. Juste ça. Ce n'était pas la première fois qu'il était laissé à lui-même et qu'il devait s'occuper de son frère !
Mais pas dans la maison d'un autre...
Il avait déjà été confié à Bobby ou Ellen sans problème ! Il avait même été deux semaines chez Bobby sans aucun souci !
Mais tes cartons étaient dans une autre maison, la tienne...
La pièce continua de se rétrécir autour de lui alors qu'il suffoquait. Il entendait le sang battre dans ses tempes, son cœur jouer du tambour et son souffle se saccader. Il avait beau passer et repasser sa main dans sa nuque ou dans ses cheveux, il n'arrivait pas à se calmer.
Il avait chaud.
Il était glacé.
Il avait envie de vomir.
Il avait l'impression de mourir.
Il vous a laissé derrière vous.
Il allait revenir, il revenait toujours !
En es-tu si sûr ?
Certain ! Il revenait… Toujours…
Et si ce n'est pas le cas cette fois ?
Non, c'était impossible ! Il ne pouvait pas l'avoir…
Abandonné ?
Dean ne sut plus...
Sans avertissement en dehors de sa respiration précipitée, sous le regard triste mais non surpris d'Ellen, Dean sortit en trombe de la maison et se mit à courir, comme pour rattraper l'Impala. Il courut de toutes ses forces et suivit le chemin qu'avait dû emprunter la voiture de son père. Il courut longtemps, incapable de penser à autre chose que la route qui défilait sous ses pieds et à la voiture qu'il espérait voir, contre toute attente, à chaque coin de rue. Il courut jusqu'à ce que le soleil se couche et le laisse essoufflé et épuisé sur le bord de la route, à la sortie de la ville.
L'Impala n'était pas là, pas plus que son père...
Parti.
Dean hurla.
Pour ne pas pleurer.
000
Sam, couché dans son lit dans la chambre préparée par Ellen, attendait le retour de son frère, les yeux grands ouverts dans la nuit. Il avait laissé la fenêtre ouverte, au cas où, et il analysait chaque bruit qu'il pouvait entendre à l'extérieur, des aboiements d'un chien à la voiture qui passe jusqu'au bruissement des arbres. Chaque bruit inconnu le faisait sursauter, persuadé que c'était le signe du retour de son frère, jusqu'à ce qu'il découvre qu'il ne s'agissait que d'un chat ou du vent dans un volet mal fermé.
Il continuait alors d'attendre, recroquevillé dans le noir, le retour de Dean. Et il avait peur. Peur que son grand frère ait réussi à retrouver John et qu'il l'ait laissé derrière lui. Peur qu'il ne revienne pas. Peur d'être laissé à la charge d'Ellen, comme un poids mort, sans plus d'explications. Un bagage un peu encombrant.
Plus le temps passait, plus ses craintes grandissaient et plus son sac à dos, rangé à côté de son lit, devenait tentant. Et s'il partait ? S'il s'en allait avant qu'on ne le laisse, qu'on ne l'abandonne ? S'il fuguait à nouveau ? Mais plus loin cette fois, pas pour rentrer mais pour partir. Gabriel le retrouverait peut-être à nouveau ? Dean s'inquiéterait pour lui ?
Un nouveau bruit, une branche qui se brise. Une respiration, quelqu'un qui grimpe à la gouttière. Et si ce n'était pas Dean qui entrait ? Si c'était un voleur ou pire ?
Sam sentit une panique instinctive l'envahir. Il était terrifié, seul, pas chez lui, loin de son frère et quelqu'un allait rentrer dans la chambre. Il voulait que ce soit Dean mais tout en lui craignait que ce soit quelqu'un d'autre.
Un juron, la fenêtre s'ouvre et la silhouette se découpe dans la faible lumière des lampadaires extérieurs. Sam ouvrit de grands yeux, cherchant à capter le moindre rayon de lumière pour deviner qui était la personne. Une voiture passa à l'extérieur et les phares éclairèrent son frère.
Il était revenu.
Sam respira à nouveau et retint le long soupir de soulagement qui ne demandait qu'à sortir. Son frère était revenu…
Il le vit ouvrir un carton en jurant à voix basse, se changer rapidement et s'allonger sur son lit.
Sam hésita fortement avant de se décider. Lentement, il approcha sa main de la démarcation entre leurs deux lits. Surpris, il sursauta en sentant celle de Dean et retira sa main par réflexe. Se mordant les lèvres, il l'approcha à nouveau, tomba sur celle froide de son frère et la lui prit, le plus doucement possible en espérant ne pas déclencher un rejet. Mais il n'en fut rien. Dean resserra sa prise et Sam sentit son cœur gonflé d'appréhension se détendre.
Lentement, il se détendit, l'inquiétude s'évanouit et le sommeil le prit. Mais il ne lâcha pas la main de son frère, il ne l'aurait fait pour rien au monde.
000
Quand le lendemain matin arriva, Dean se réveilla dans un espèce de brouillard cotonneux doux et chaud. Il entendait les oiseaux piailler par la fenêtre et le soleil lui chauffait le dos. Il se sentait bien et les souvenirs de la veille, s'ils lui pinçaient encore le cœur n'avaient plus la même force.
Son coussin bougea contre lui en grognant et Dean resserra sa prise, n'ayant aucune envie de laisser s'en aller l'agréable chaleur. Une fragrance bien connue de lui, vanillée et épicée, vint titiller ses narines, achevant de l'apaiser. Il serra d'autant plus fort son coussin contre lui jusqu'à ce que ce dernier finisse par protester.
- Dean, tu me fais mal, marmonna une voix tout contre lui.
L'aîné ouvrit lentement les yeux et se sentit mal en découvrant que ce qu'il prenait pour un bout de tissu rembourré était en réalité son petit frère, qu'il serrait contre lui. Sa respiration se bloqua et l'espace d'une minute il paniqua. Qu'était-il en train de faire ? Il devait s'éloigner de Sammy ! Justement pour éviter ça ! Pour éviter de s'accrocher à lui comme un mauvais grand frère ! Que s'était-il passé pour qu'il se retrouve à encercler son frère de ses bras et se mettre en cuillère derrière lui ? Cette idée idiote de lits collés l'un à l'autre était... Débile !
- Desserre juste un peu Dean, murmura son petit frère en se tortillant contre lui.
Obéissant, l'esprit vidé, l'aîné obéit et Sam se retourna pour s'installer plus confortablement, sa tête posée sur son bras. Il soupira de bien-être et somnola calmement, le front plaqué contre le torse de son frère. Dean n'osait plus bouger un seul muscle. Il n'avait aucune idée de ce qu'il devait faire. Il aurait pu repousser violemment son frère mais son crâne presque rasé était juste sous son nez, rappel de la fugue désastreuse de Sammy. Rappel aussi de tout ce qu'il avait raté. Il ne pouvait pas le repousser. Mais le garder contre lui ? Il était persuadé que c'était une mauvaise idée et pourtant... Il ne pouvait pas s'en empêcher. Et de toute façon, John n'allait pas revenir de si tôt, il ne risquait pas de les surprendre !
Baissant légèrement la tête, Dean embrassa le haut du crâne de son frère, regrettant la présence de sa crinière, et resserra sa prise.
Il se mit à somnoler à son tour, appréciant le calme de la maison, la présence de Sammy, la chaleur du soleil qui lui chauffait agréablement le dos et le petit vent doux qui passait à travers la fenêtre toujours ouverte..
Il était bien.
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Lorsqu'Ellen ouvrit la porte ce matin-là, un sourire rassuré vint immédiatement ourler ses lèvres devant ce qu'elle voyait. Depuis la fugue de Sam, elle et Bobby s'étaient concertés sur la meilleure façon de remettre les petits sur le bon rail. Cette chambre faisait partie du plan et cela fonctionnait bien mieux que tout ce qu'elle avait pu espérer. Dean avait son frère contre lui et les deux adolescents présentaient un visage apaisé, bien loin du stress de la veille. L'aîné l'avait un peu effrayée par sa fuite mais sa réaction ne l'avait pas surprise le moins du monde.
Tel père, tel fils.
John avait toujours pris le parti de la fuite quand il ne savait pas gérer une situation. Déjà à l'époque où Mary et William étaient en vie, quand ils se voyaient le dimanche, John avait l'habitude de fuir la conversation dès que celle-ci glissait vers un sujet qu'il n'appréciait pas. Généralement il allait se chercher une bière, fermait ou ouvrait une fenêtre et dans les cas extrêmes, partait aux toilettes.
Ellen se souvenait aussi de ces longues après-midis passées à réconforter Mary au téléphone alors que John s'était lâchement enfui après une énième dispute de couple. C'était une sale habitude qu'il avait à l'époque et qu'il avait gardé ensuite. Et puis son mari était mort et les Winchester s'étaient éloignés, puis ce fut au tour de Mary de mourir et John avait fui à travers tout le continent, ses deux enfants accrochés à lui comme deux valises sur pieds. Convaincre la tête de mule qu'il était qu'il ne pouvait pas continuer comme ça avec ses fils avait été un travail de longue haleine qui avait nécessité qu'elle fasse jouer ses relations dans l'armée. Intégrer Bobby à son complot avait été l'une de ses meilleures idées, ce dernier se mouillant bien plus qu'elle ne l'aurait cru.
Et puis John avait fini par fuir, encore, au bout de deux ans. Et elle et Bobby continuaient leur travail de sape pour le convaincre de se poser enfin, en vain. Au moins avait-elle obtenu gain de cause pour cet été ! Elle espérait encore obtenir un peu plus de lui mais elle avait l'impression de combattre un courant d'air. Parfois elle avait envie de baisser les bras quand elle voyait l'état des deux adolescents. Dean qui avait pris la mauvaise habitude de son père de fuir et celle, non moins mauvaise, de jouer les durs et Sam, renfermé, qui cachait sa tristesse sous la colère.
Toutefois, la simple scène qui se déroulait sous ses yeux lui suffisait à lui redonner du courage. Si elle avait craint au début cette proximité si forte entre les deux frères, aujourd'hui elle ne pouvait plus nier que cette relation leur était indispensable. Il avait suffi de constater ce qu'il s'était passé suite à l'éloignement de Dean et à la fugue de Sam. Cela les avait tous les deux fragilisés. Parce qu'ils n'avaient plus de mère. Parce que leur père n'était jamais là. Parce qu'ils n'avaient qu'eux deux.
Mais il y avait de l'espoir. Il y en avait toujours.
Refermant doucement la porte, Ellen toqua sur le battant.
- Debout ! Le petit déjeuner est prêt ! Je vous attends dans la cuisine, appela-t-elle depuis le couloir, le cœur léger.
De l'autre côté de la porte, Dean sursauta violemment en entendant les coups et se sépara immédiatement de son frère. Un coup d'œil vers l'entrée le rassura immédiatement, Ellen n'avait rien vu. A côté de lui, Sam se mit à grogner suite à la soudaine perte de chaleur. Dean hésita un court instant avant de poser sa main sur son épaule pour le secouer doucement.
- C'est l'heure de se lever Sammy.
- Veux pas... marmonna le plus jeune en s'enfouissant sous sa couette.
- Debout paresseux, sinon je mange tout avant que tu arrives !
- T'as pas le droit, râla Sam en ouvrant enfin un œil fatigué.
- Je suis ton grand frère, alors j'ai tous les droits !
- Si tu fais ça je me vengerai en mettant du poil à gratter dans tes caleçons !
- Ose un peu pour voir, se moqua Dean.
- Je vais le faire !
- C'est ça, je te crois !
- Demain tu te tortilleras comme si t'avais des fourmis dans le froc !
- Si tu me fais ça tu auras intérêt à faire gaffe où tu t'assois !
- Je trouverais un marqueur pour te faire les pires moustaches !
- Dans ce cas je vais... Je vais t'étouffer avec ton oreiller !
Dean prit celui juste à côté de lui et sauta sur son frère pour l'immobiliser sous le coussin. Une fois sa manœuvre réussie après mille contorsions, il se mit à chatouiller un Sam hilare.
- Mais j'ai encore rien fait ! parvint à dire le cadet entre deux fous rire.
- Non, mais tu mérites quand même !
- Deaaaan !
- A table les garçons ! cria Ellen depuis le rez-de-chaussée.
- Le dernier arrivé devra obéir à l'autre toute la journée ! clama Dean avant de s'enfuir à toute vitesse.
- C'est pas du jeu Dean ! Tu triches ! Dean ! râla Sam en partant aussitôt à sa poursuite.
Ellen vit arriver les deux garçons en trombe dans sa cuisine, Sam en second. Il n'avait, bien évidemment, eu aucune chance de gagner.
- Vous êtes aussi énergiques les matins de classe ? demanda-t-elle avec ironie.
- Nan mais l'école c'est nul, répondit aussitôt Dean en regardant l'assiette de son frère avec malice.
- Moi j'aime bien, on apprend plein de trucs !
- Attention Sammy, si tu deviens une trop grosse tête les extra-terrestres vont venir t'enlever pour t'étudier !
- Tu dis n'importe quoi, répliqua celui-ci en lui tirant la langue.
L'aîné se vengea en chipant des œufs brouillés dans l'assiette de son frère au grand énervement de ce dernier qui finit par manger dos à lui en tenant son plat serré contre son torse.
Ellen les laissa s'amuser un moment, souriant de voir qu'il en avait fallu bien peu pour les rapprocher à nouveau et leur faire récupérer leur joie de vivre.
- Est-ce que vous voulez faire quelque chose en particulier cet été ? demanda-t-elle une fois l'ambiance un peu calmée.
- Est-ce que Castiel pourra venir ? Et Gabriel ? ajouta Dean après que Sam lui eut tiré le bas de son t-shirt.
- Je comptais faire quelques barbecues avec Jo et ses amis, vous pourrez les inviter à ce moment-là, acquiesça Ellen avec un grand sourire.
- Seulement ces jours-là ?
La mine soudain dépitée de Dean et Sam lui fit revoir son jugement précédent. Les deux frères étaient de nouveau proches, mais leur moral était encore fragile.
- Je vais y réfléchir Dean, et puisque tu abordes le sujet, il est temps de parler des règles.
- Règles ? releva-t-il d'un air à la fois ahuri et dégoûté.
- Oui règles, on est chez moi ici et on va devoir vivre tous ensemble, ainsi qu'avec Jo. Je vous rassure, elles n'ont rien de bien méchantes, Jo les suit sans problème. Pour faire simple, retour le soir à dix-neuf heures sauf si vous m'avez demandé la permission avant et dans ce cas on discute de l'horaire. Le frigo est libre d'accès, mais vous fermez la porte derrière vous ! Si vous voulez cuisiner, vous faites le ménage et la vaisselle derrière vous. Autre règle très importante : on n'entre pas dans la douche ou les toilettes avant d'avoir vérifié qu'il n'y a personne. Ça vaut surtout pour toi Dean.
- J'ai rien fait... Pour l'instant.
- Et tu ne feras rien si tu ne veux pas que je te castre avec un fusil de chasse.
Dean déglutit avec difficulté sous le regard noir d'Ellen alors que son frère se bidonnait à côté de lui.
- Pour le reste, faites comme vous voulez tant que vous ne détruisez pas la maison ni ne faites venir les flics chez moi. Et si vous voulez inviter des gens, demandez-moi avant.
- Donc c'est mort pour Cas' et Gabriel ? s'enquit à nouveau l'aîné.
- Je vais y réfléchir, soupira Ellen devant son insistance.
Elle allait surtout appeler Bobby pour savoir ce qu'il en était exactement de ces deux gamins. Elle se souvenait qu'il lui en avait parlé régulièrement, mais elle avait l'impression d'avoir raté un truc.
- Une dernière chose : je n'ai pas réussi à me trouver un journalier pour l'ensemble du mois, je ne serai donc pas là trois soirs par semaine. Je vous fais confiance, à vous et à Jo, pour ne pas transformer ma maison en champ de bataille ces soirs-là.
- Tu travailles dans quoi ? demanda Sam intrigué.
- Je gère un bar, le Roadhouse.
- Cool ! s'exclama aussitôt Dean.
- Et vous avez interdiction d'y mettre le moindre foutu pied ! Si je découvre que vous vous êtes approchés à moins de cent mètres de mon bar, je vous enferme à la cave pour tout le reste de l'été. Je suis claire ?
L'aîné fit une grimace mais hocha la tête. Ça n'allait pas l'empêcher d'essayer.
- Vous pouvez aller vous changer.
Sam ne se le fit pas dire deux fois et se précipita vers la salle de bain, suivi par son frère un peu moins enthousiaste. Ellen profita de leur absence pour se renseigner auprès de Bobby.
Elle découvrit que le grincheux lui avait sciemment caché une information importante quand il lui avait demandé de garder les fils Winchester un mois. Ces derniers étaient apparemment livrés avec deux autres adolescents à peine en meilleur état, mais qu'il valait mieux pour elle accepter dans sa demeure.
Ellen insulta férocement Bobby pendant un bon quart d'heure avant de se calmer. Au moins savait-elle de qui il s'agissait puisqu'elle se souvenait maintenant les avoir déjà croisés. Il n'en restait pas moins que ça allait lui donner des angoisses supplémentaires. Quatre adolescents autour de sa fille ? Si elle rajoutait Ash et Benny, elle commençait à appréhender sérieusement la situation. Bobby l'avait « rassurée » en lui expliquant que Castiel ne viendrait que le jour et Gabriel que rarement, même si lui allait squatter le canapé, il n'en restait pas moins qu'elle se demandait dans quel pétrin elle s'était fourrée. Et le pire, c'est qu'elle était responsable de son propre malheur...
Cela dit, elle oublia une partie de ses inquiétudes quand elle annonça son accord aux deux Winchester pour leurs deux amis et qu'elle vit leur visage s'éclairer. Bobby avait raison, un « non » aurait été désastreux.
Le reste de la journée se passa calmement et Ellen prit un peu plus la mesure de ce qui l'attendait quand Castiel débarqua à peine deux heures après qu'elle eut donné son accord à Dean pour sa présence. Elle eut une très forte envie de faire une remarque devant cette arrivée précipitée, mais le regard adouci de l'aîné des Winchester la fit se raviser, de même que celui un peu perdu mais soulagé du petit brun. Et puis Sam aussi semblait ravi de la présence de l'adolescent.
Durant l'après-midi, elle découvrit avec surprise des Winchester relativement sages et elle mit ça sur le compte de la présence du troisième larron. Ce dernier, très posé, semblait réussir à calmer l'aîné sans même avoir à bouger le petit doigt et Sam, de toute façon très calme, paraissait plus détendu lui aussi.
Castiel repartit peu avant le repas du soir, après une après-midi joyeuse et sans heurt :
- Merci de m'avoir laissé venir Madame Harvelle et pardon pour le dérangement, s'excusa le brun si poliment qu'Ellen en eut la chique coupée.
- Il n'y a pas de soucis, dit-elle après s'être reprise. Tu peux revenir quand tu veux.
- Merci Madame.
Ellen n'eut même pas le cœur à le reprendre sur sa façon de l'appeler tellement son extrême courtoisie la mettait mal à l'aise. Elle repensa à Bobby qui l'avait prévenue que les adolescents compris dans le lot Winchester avaient eux aussi des ennuis jusqu'au cou. Elle voulait bien le croire.
Le soir, après un repas familial dans le calme, Dean et Sam regardèrent un film avec Ellen avant d'aller se coucher.
Cette fois-ci, Dean prit bien garde à se mettre au bord du lit, loin de Sam, et à ne pas laisser traîner sa main au milieu. Pourtant, quand l'angoisse le réveilla au milieu de la nuit, dans cette chambre qu'il connaissait à peine et entouré de ses cartons, ce fut lui qui se rapprocha de Sam et pressa sa main contre la sienne pour se rassurer. Il savait qu'il ne devait pas, que c'était mal de se raccrocher ainsi à son petit frère, mais il en avait besoin. C'était viscéral. Son père était parti (abandonné ? non !), sa mère était morte, tout autour de lui était instable, mais si Sammy était là, il pouvait gérer.
Quand il se réveilla le lendemain avec de nouveau son frère contre lui, il ne fit aucun mouvement de recul. Il était ensommeillé, il avait toujours cette peur tapie au fond de son ventre, mais il avait aussi l'impression qu'un voile, qui recouvrait jusqu'alors ses yeux, venait de disparaître. La présence de Sam contre lui était une bonne chose, ça ne pouvait pas être autrement. C'était son petit frère, il l'adorait, il l'aimait même. Il y avait un tas de choses qui n'allait pas dans sa vie et l'absence de son père n'était que la partie émergée de l'iceberg, mais avec Sammy près de lui, ça allait mieux. Ensemble ils pouvaient tout faire, tout vaincre, tout supporter.
- Sammy ? murmura Dean avec tendresse.
- Je m'appelle Sam, marmonna son cadet, pas tout à fait réveillé.
- Papa va revenir, il revient toujours, dit-il sans savoir qui il cherchait à rassurer.
- J'sais Dean mais tu sais, moi je m'en fiche de p'pa.
- Tu ne devrais pas dire des choses pareilles, le gourmanda Dean.
- Mais c'est vrai. J'm'en fiche de lui, c'est toi qui comptes pour moi.
- Sammy...
- Et tu me laisseras jamais tomber, hein ?
Dean plongea son regard dans celui de Sam et vit à l'intérieur des choses qui l'effrayèrent plus qu'il ne l'aurait cru. La peur de l'abandon, l'affection, l'admiration, l'adoration presque... Cela le mit mal à l'aise de voir de telles choses dans les yeux de son frère quand il était persuadé d'avoir les mêmes sentiments pour son père. Il ne voyait vraiment pas ce qu'il avait mérité pour avoir tout ça.
- Dean ? supplia son petit frère.
- Je serai toujours là, confirma finalement l'aîné.
Cela rassura Sam qui se blottit encore plus contre son frère.
- Tu crois que Gabriel va venir ?
- Connaissant ce squatteur à la morale douteuse, j'en doute pas cinq minutes !
- Moi je l'aime bien, le défendit aussitôt Sam en rougissant malgré lui.
- Tout ça parce que c'est un vrai distributeur à bonbons, se moqua Dean.
- C'est pas vrai ! C'est pas pour ça !
- Parce que en plus tu oses contredire ton grand-frère ? Ça va se payer ça !
Dean serra très fort Sam contre lui, comme pour l'étouffer alors que ce dernier se débattait et gigotait en râlant et riant. Dean réussit à lui coincer la tête sous son bras et lui savonna le crâne jusqu'à ce que Sam le supplie d'arrêter. Ellen arriva sur ses entre-faits, le regard brillant d'amusement contenu :
- Si vous tenez vraiment à vous entre-tuer, essayer de ne pas mettre du sang partout, ça tache et c'est pénible à nettoyer. Autrement, je vous annonce que le petit déjeuner est servi.
Dean, en bon estomac sur pattes, lâcha immédiatement son petit frère pour aller remplir le puits sans fond de son estomac, rapidement suivi par Sammy.
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Le week-end suivant, Ellen organisa comme prévu un barbecue chez elle. Tous les amis de sa fille et des Winchester furent invités et ce fut sous un magnifique ciel bleu que tout le monde se retrouva pour un long repas dominical.
Sam jouait au baseball avec Garth dans le jardin pendant que Dean, Castiel, Ash, Benny et Jo faisaient une partie de poker sur la terrasse. Ellen de son côté faisait griller steaks et poivrons en buvant une bière fraîche, heureuse de voir toute cette animation joyeuse autour d'elle. Le début de la cohabitation n'avait pas été évident avec sa fille, Jo ayant un caractère bien trempé et ne comptant pas se laisser marcher sur les pieds par Dean. Il y eut des engueulades, des insultes, parfois même quelques crêpages de chignon. Des règles supplémentaires avaient été ajoutées et la chambre de Jo avait été décrétée zone interdite, chose que Dean prit immédiatement pour un défi... Depuis il ne cessait de venir l'ennuyer dès qu'elle était enfermée à l'intérieur ou proposait de s'y rendre à la moindre occasion juste pour faire paniquer sa fille. Rien de bien inquiétant en somme, surtout que Jo avait du répondant. Elle n'hésita pas à le menacer de diverses représailles, allant de la promesse de le prendre en flagrant délit d'activité intensive sous la douche ou de lui voler sa veste fétiche récupérée dans un dépôt de l'armée. La situation avait fini par se tasser d'elle-même, les deux adolescents s'appréciant malgré tout et les blagues restant bon enfant. Dean se calma un peu, Jo aussi, le tout temporisé par un petit brun perpétuellement confus devant les menaces très imaginatives de sa fille, et le calme était revenu.
Et en ce jour ensoleillé, les Winchester ressemblaient à des adolescents tout ce qu'il y avait de plus normal. Même Castiel, l'invité quasi permanent, semblait plus détendu. Ellen avait fini, bien malgré elle, par s'attacher à ce gamin toujours poli, toujours tiré à quatre épingles et qui semblait n'avoir absolument rien en commun avec sa fille ou Dean. Pourtant, il paraissait incapable de se détacher de l'aîné des Winchester. Castiel était tout le temps collé à lui, parfois tellement proche que Dean râlait en lui demandant de respecter son espace personnel. Ce qu'il faisait aussitôt pour au moins... Deux bonnes heures avant que tout ne recommence !
Il y avait quelque chose dans cet adolescent effacé qui déclenchait violemment l'instinct maternel d'Ellen, à tel point qu'elle devait parfois s'empêcher de le serrer contre lui quand elle le voyait regarder tristement dans le vide.
Un troisième gamin à problèmes... Elle avait un peu peur de ce que lui réservait le quatrième mais préférait ne pas y penser pour l'instant. Pour le moment, elle préférait se concentrer sur l'ambiance bruyamment joyeuse de son jardin.
Ellen retourna à ses côtelettes en souriant, commençant à remplir le plat posé à côté du barbecue.
De leurs côtés, Garth et Sam avaient arrêté de jouer à cause de la chaleur et s'étaient assis à l'intérieur de la maison pour se rafraîchir, un verre de limonade entre les mains.
- C'est cool que tu sois venu, fit Sam une fois réhydraté.
- C'est sympa de m'avoir appelé, répondit Garth avec un grand sourire. C'est moi ou Castiel est en train de se faire plumer ?
- Je l'avais prévenu de ne pas jouer au poker. Il n'est pas doué pour bluffer ou mentir, contrairement à mon frère. Je parie tout ce que tu veux que Dean va gagner haut-la-main !
- Je parie que si j'ai une chance de gagner !
Ensemble, ils regardèrent Dean pigeonner tout le monde à travers les portes ouvertes de la baie vitrée. Avec un sourire amusé, Sam nota que son frère restait relativement gentil avec Castiel. Alors qu'il observait la partie et les manigances de Dean, Sam sentit les petits coups d'œil en coin de Garth vers lui.
- Il y a un truc qui cloche chez moi ? demanda-t-il intrigué en regardant son ami.
- Non c'est juste... C'est bizarre ta nouvelle coupe de cheveux. Enfin, je veux pas dire que ça te va pas hein ! Mais c'est bizarre.
Sam passa une main dans ses cheveux qui faisaient désormais deux centimètres à tout casser. Ça lui faisait bizarre à lui aussi. Il avait hâte que ça repousse, il se sentait dégarni pour l'instant. Il avait vraiment été idiot de se les couper comme il l'avait fait. Il avait tellement voulu prouver à son frère qu'il n'était pas une fille...
Cela dit, même si ça restait un mauvais souvenir, il repensait par contre avec beaucoup plus de douceur au moment où Gabriel avait rectifié le tir. Assis sur un tabouret à trois pieds dans la vieille cabane et les cheveux humides, Sam avait senti les doigts de Gabriel passer et repasser dans sa tignasse massacrée, jouant des ciseaux et faisant pleuvoir les mèches autour de lui.
"- Je suis désolé Mouse, avait-il dit en le voyant se tendre devant le spectacle désolant à ses pieds, mais tu t'es pas raté. Je suis obligé de prendre pour base les mèches les plus courtes et... Disons que tu n'auras pas à aller chez le coiffeur avant un bon moment !"
Sam avait hésité entre pleurer et rire devant la pauvre blague de Gabriel. Il s'était finalement tu, préférant profiter de ses doigts qui effleuraient sa nuque, ses oreilles, son front et parfois même ses épaules pour l'épousseter, déclenchant tout un tas de frissons très agréables dans le bas de son dos. Même s'il en avait payé le prix fort en se retrouvant presque tondu, il avait apprécié ce moment qu'il considérait comme intime.
- C'était une bêtise, avoua Sam à Garth. Dean m'avait énervé et... Et voilà.
- La prochaine fois tu te coupes une oreille ?
- Idiot, rit Sam en lui tirant la langue.
Ils retournèrent à la contemplation de la partie de cartes ou plutôt à la bataille d'après partie de cartes, Jo voulant apparemment étrangler un Dean hilare.
- Dis Garth, tu as déjà été... Amoureux ? demanda Sam en repensant à Gabriel.
- Heu... Un personnage de comics, ça compte ?
- Pour de vrai.
- Non pourquoi ? demanda le jeune homme soudain très sérieux.
- Pour rien.
- Sam, tu en as trop dit ou pas assez !
- Je... Je crois que... Que j'aime quelqu'un, avoua-t-il les joues rouges en faisant tinter les glaçons dans son verre.
- Elle s'appelle comment ?
- Il s'appelle et Il a quatre ans de plus que moi.
- Oh, je ne savais pas que...
- Moi non plus, rougit Sam un peu gêné. Comment savoir si... S'il m'aime aussi ?
- Heu... je sais pas... Il sait que tu existes ?
Sam hocha la tête. Ça oui, Gabriel était parfaitement au courant de son existence et ne l'ignorait jamais !
- Il t'a déjà offert des trucs ? Dit des choses gentilles ?
Sam acquiesça à nouveau, le cœur de plus en plus léger et des papillons dans le ventre. Oui, Gabriel lui avait déjà fait tout ça. Gabriel était génial de toute façon. Il était parfait aussi.
- J'imagine que ça part bien alors, lui annonça Garth avec un grand sourire.
- Alors c'est possible hein ? Si ça se trouve lui aussi m'aime ? questionna le cadet des Winchester avec un sourire béat.
- C'est possible, confirma son ami.
- Ok, alors je lui dis la prochaine fois que je le vois !
- Je suis de tout cœur avec toi !
Sam prit son verre, fit semblant de trinquer et avala une grande gorgée du liquide glacé. Il avait l'impression d'être sur un petit nuage. Le temps était magnifique, il discutait avec son ami devant une limonade fraîche, une salade d'été n'attendait que lui pour être dévorée et le mieux dans tout ça, il était amoureux. Définitivement et désespérément amoureux. De Gabriel.
Tout son corps était détendu et agréablement réchauffé par le doux sentiment, son imagination lui faisant voir mille avenirs possibles avec le blond.
Aujourd'hui et comme rarement, la vie était belle...
Le soir-même, Ellen et les trois adolescents à sa charge allèrent voir le feu d'artifice qui célébrait la fête nationale. Apparemment, malgré un père qui enchaînait les contrats militaires, jamais ce dernier n'avait pensé à emmener ses gamins voir les célébrations du quatre juillet, pas plus que les feux d'artifice du week-end qui suivait. Sam regarda avec émerveillement les fleurs flamboyantes et les serpentins célestes pendant que Dean, collé à son dos, le protégeait avec ses bras de la fraîcheur du soir.
Pour Sam, il n'aurait pu y avoir de plus belle journée.
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On était vendredi et cela faisait déjà une semaine depuis le barbecue et deux semaines depuis leur emménagement chez Ellen. Dean et Benny regardaient par la fenêtre l'orage qui menaçait à tout moment de se déverser sur la ville. Castiel n'avait pas pu venir de la journée et son frère, ainsi que Ash, Jo, et la mère de celle-ci étaient allés voir un film à l'eau de rose au cinéma. Dean avait clairement manifesté son refus de regarder un truc pareil et Benny avait semblé heureux d'avoir une échappatoire.
Ils étaient donc là, à parler de tout et de rien en sirotant deux bières piquées dans la réserve personnelle d'Ellen. Dean savait qu'il allait le sentir passer quand elle allait s'en rendre compte, mais il s'en fichait pour l'instant. Ça faisait longtemps qu'il n'avait pas parlé avec Benny et il devait avouer que ça lui avait manqué. Ses conversations avec Castiel avaient toujours des profondeurs cachées, chaque mot semblait vouloir dire plusieurs choses à la fois. Discuter avec Castiel c'était se livrer à cœur ouvert tout en gardant une certaine pudeur. Causer avec Benny c'était totalement différent. Pas de prise de tête, chacun disait simplement ce qui lui passait par la tête. C'était reposant. D'autant que son ami avait un caractère placide qui convenait parfaitement à Dean.
- Nan mais sérieusement mec, la tarte aux pommes ? C'est dégueux et c'est du gâchis en plus, fit Dean, passablement répugné.
- Tu me demandes je te réponds. Il parait que c'est ce qui y ressemble le plus !
- Ça me donne envie de gerber...
- T'es vraiment trop attaché aux tartes aux pommes gars, répondit Benny d'un air dépité.
- Désolé si violer une tarte aux pommes ne fait pas parti de mes fantasmes numéros un !
- Violer ? Putain, à ce niveau-là c'est du fétichisme presque !
- Va te faire foutre Benny.
- Il y a aussi cette solution-là, admit l'adolescent très sérieusement avant de brusquement éclater de rire.
- Ok, t'as vraiment l'esprit malsain toi !
- Roh, tu vas pas me dire que tu y as jamais pensé peut-être ?
- Désolé vieux, mais je suis purement et définitivement hétéro, se défendit Dean, en occultant un regard bleu qui venait de traverser son esprit.
- Ça se fait aussi avec une fille tu sais...
- Ouais, je sais, bouda Dean en plongeant son nez dans sa bière. En attendant, ça répond pas à ma question, tu l'as déjà fait oui ou non ?
- On t'a déjà dit que t'étais un obsédé Dean ?
- Plus d'une fois mais on s'en fout. Alors ?
- Ouaip. Elle s'appelle Andrea.
- Parce que t'es toujours avec la même fille ? Un vrai romantique !
- Fous-toi de ma tronche, en attendant tu devrais essayer un de ces quatre.
- De quoi ? La baise ou la corde au cou ?
- Crétin, râla Benny en levant les yeux au ciel. Rester avec une fille plus d'une semaine je veux dire. De ce que tu m'as dit tu les jettes systématiquement au bout de cinq jours.
- Ouaip, parce que après il y a plus rien à en tirer. Elles deviennent chiantes et se mettent à vouloir me présenter leurs copines quand c'est pas leurs parents !
- Avec Lisa t'étais différent.
- Lisa c'est du passé. J'ai compris la leçon, fit Dean avec aigreur. J'ai pas besoin des filles.
- Et des potes ? demanda Benny de sa voix calme et posée.
- Je m'en passe. J'ai Sammy alors le reste je m'en fiche.
- Même pour Castiel ?
- Quoi Castiel ?
- Ce gars est littéralement collé à toi Dean et quand, par miracle, c'est lui qui s'éloigne, c'est toi qui te mets à le chercher.
- Je l'aime bien, c'est tout, se justifia Dean en faisant le dos rond.
- Dean, j't'aime bien, mais tu me verras jamais te coller comme toi et Castiel le faites !
- Tu peux pas comprendre Benny. J'ai... C'est mon meilleur ami, sans vouloir te vexer. Et avec lui c'est... Tout est différent. C'est presque un second frère, marmonna Dean en essayant de mettre des mots sur ce qu'il ressentait. Tu sais, mon père est pas souvent là. Je comprends pourquoi et je l'accepte ! Mais... il me manque... C'est affreux. Il y a toujours plein de trucs dont je veux lui parler et quand il est là, j'oublie ou alors c'est trop tard... J'aimerais vraiment qu'il soit là plus souvent, mais...
Dean haussa les épaules d'un air désabusé et tourna la canette entre ses mains.
- Enfin bref, quand il est pas là, j'aime pas ça. Sammy il... Il arrive à me faire oublier son absence, mais pas totalement, parce qu'il me rappelle lui aussi. Alors que Cas'... Quand Cas' est là ça va. Je ne le considère pas comme un père adoptif ou quoi que ce soit d'autre de malsain, hein ! C'est juste que, quand il est là, ça va... Il...
Dean se perdit un instant dans ses pensées, recréant une image mentale de son ami aux yeux bleus. Sans pouvoir se contrôler, un sourire doux étira ses lèvres et ses yeux se firent rêveurs, ce que ne manqua pas de remarquer Benny.
- C'est dans sa façon d'être. Il donne toujours l'impression d'être sûr de lui, de ne rien craindre. Je sais que c'est faux ! Je l'ai déjà vu craquer mais... Ça n'empêche... Je l'aime bien. Et puis il y a sa façon de me regarder avec ses grands yeux bleus c'est... Oh putain ! Arrête-moi Benny je suis en train de me transformer en fille, ricana Dean en cachant son visage. Bientôt je vais avoir mes règles si ça continue !
Benny préféra ne rien dire et posa une main sur l'épaule de son ami. Son regard mit mal à l'aise Dean qui avait envie de rajouter quelque chose, pour se défendre, contredire Benny, mais le problème, c'est qu'il n'avait aucune idée de ce dont il avait à se défendre... Heureusement pour lui, l'orage tonna et lâcha sa fureur à ce moment-là. Des éclairs secs déchiraient l'horizon et la grêle se mit à pleuvoir, claquant et tapant contre les ardoises des maisons, la tôle des voitures et le verre des vitres, bruit assourdissant qui couvrait tous les autres bruits, empêchant la discussion.
L'orage gronda et déchira l'atmosphère pendant de longues minutes, comme un écho à l'âme tourmentée de Dean qui refusait de penser davantage à sa relation avec Castiel.
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La deuxième quinzaine de juillet commença et Sam profitait de la chaleur et de la tranquillité de ce début d'après-midi pour lézarder assis sur la terrasse, son esprit dérivant au gré de ses envies. Régulièrement, l'image de Gabriel lui venait à l'esprit et il se sentait immédiatement sourire. Comme à l'instant. Il venait de s'imaginer blotti contre le blond à ne rien faire d'autre que de profiter du soleil. C'était un joli rêve et son ventre fut parcouru d'agréables fourmillements à cette idée.
Deux mains se posèrent soudain sur les yeux et une odeur sucrée envahit l'atmosphère.
- Devine qui c'est Mouse ?
- Gabriel, murmura Sam en se levant pour aussitôt l'enlacer.
- T'as gagné, rit le blond en tapotant son dos avec affection.
- Tiens le squatteur est arrivé, fit Dean en se rapprochant, le sourire aux lèvres.
- Cache ta joie de me revoir Deano, je sais que tu ne peux plus te passer de moi !
- A peu près autant que d'un morbac, répondit Dean avec sarcasme.
Ellen observa avec attention le garçon qui venait d'arriver. Blond, de taille moyenne, un grand sourire et une sucette entre les lèvres, elle avait un petit espoir pour qu'il ne soit pas un énième adolescent à la dérive qui venait trouver refuge chez elle et Bobby.
- Tes parents sont inquiets, annonça subitement Castiel, comme toujours présent dès que Dean était là.
- Mes parents ? Tu veux pas plutôt dire Mimi ? demanda Gabriel sans se départir de son sourire.
- Peut-être, admit le brun. Il paraît que tu n'es pas rentré chez toi depuis deux mois.
Ellen grimaça. Autant pour elle et ses espoirs mais maintenant elle se souvenait. C'était pareil la dernière fois qu'elle l'avait vu, il avait aussi fugué à ce moment-là. Et c'était son frère aîné qui avait répondu au téléphone et qui était venu le chercher.
- Si vous les appelez, je me casse tout de suite, annonça Gabriel en observant son cousin et Ellen, son ton et son sourire joyeux totalement démentis par son regard dur.
- Non ! Je veux que tu restes ! réclama aussitôt Sam.
- Tu as dormi où ces derniers temps ? interrogea Castiel.
- Ici et là, j'ai l'habitude, expliqua le blond en haussant les épaules d'un air indifférent. Et puis Kali est toujours prête à m'accueillir quand c'est la vraie mouise !
- Kali ? releva Sam en sentant son estomac descendre dans ses chaussettes.
- Celle avec qui je partage les nuits les plus torrides du Minnesota ! Elle sait se servir de ses mains comme aucune autre, lâcha Gabriel avec un clin d'œil entendu.
Sam sortit un sourire joyeux en réponse, mais le cœur n'y était pas. Pas du tout.
Gabriel avait une copine. Gabriel était en couple. Gabriel n'était pas libre. Ses sentiments n'étaient pas réciproques. Il n'avait aucune chance.
Sam avait l'impression d'être tombé du paradis aux enfers en l'espace de quelques secondes.
- Hé, ça va Mouse ? s'inquiéta Gabriel devant son silence prolongé et son immobilisme.
- Oui, ça va, répondit le plus jeune en cachant sa douleur. Tu restes quand même ?
- Bien sûr ! Au moins quelques jours !
Ellen se racla bruyamment la gorge en regardant le blond sévèrement.
- Enfin, si la maîtresse de ces lieux, belle inconnue à la toison d'ébène, accepte mon humble présence dans son palais, déclama Gabriel en s'inclinant de façon très théâtrale.
- Toi, je te garde à l'œil, annonça aussitôt Ellen sans pouvoir retenir un petit sourire amusé.
- On ne drague pas ma mère, prévint Jo en frappant l'épaule de Gabriel de son poing.
- Et toi je peux ? répliqua le blond avec un sourire malicieux.
- Pas si tu as l'intention de repartir sur tes deux jambes, expliqua calmement la mère de Jo.
- Tant de violence contre moi ! Vais-je m'en remettre ?
Sam ne suivit pas le reste de la conversation. Il crut voir son frère et Jo se liguer pour ennuyer Gabriel, Castiel servant de bouclier à ce dernier, mais son esprit était ailleurs.
Gabriel avait une petite amie.
Son cœur se brisait un peu plus à chaque fois qu'il y pensait. Il résistait difficilement à l'envie d'envoyer balader tout le monde et d'aller se cacher sous sa couette dans sa chambre. La journée lui sembla un long chemin de croix. Chaque fois que Gabriel lui souriait ou lui offrait une sucrerie, il sentait son cœur s'emballer douloureusement, prêt à s'accrocher au moindre espoir, alors que sa logique lui disait que c'était mort et enterré.
Toute la journée, il fit semblant de sourire, fonctionnant en mode automatique, incapable de réagir de manière spontanée sauf quand le blond le touchait ou lui souriait. Il s'éclipsa plusieurs fois prétextant téléphoner. Parfois il téléphonait vraiment à Garth pour se changer les idées, parfois il se contentait de rester quelques minutes dans sa chambre le temps de digérer ses émotions à l'abri des regards.
Quand vint le soir, Gabriel s'installa dans le salon pour la nuit, Ellen n'essayant même pas de l'en dissuader. Sam rejoignit son lit à son tour et ne laissa pas le choix à Dean, il s'allongea sur lui sans rien demander. Après la toute première semaine où Sam s'était systématiquement retrouvé dans les bras de Dean au réveil, ils avaient commencé à se laisser un peu d'espace, parce que Dean craignait qu'un jour il ne se réveille « très en forme » et parce que Sam ne pouvait être en permanence dans ses bras. Finalement, seules leurs mains restaient accrochées l'une à l'autre. Mais ce soir, Sam avait besoin de plus, de bien plus.
- Un souci Sammy ? s'inquiéta Dean en caressant le dos de son frère.
- Veux pas en parler.
- D'accord...
Dean n'insista pas et continua à serrer son petit frère contre lui jusqu'à ce que le sommeil les prenne.
Sam dormit très mal cette nuit-là, il enchaîna cauchemars sur cauchemars et finit par être réveillé au milieu de la nuit par l'un d'eux, dérouté et épuisé. Il ne se souvenait déjà plus du thème de son rêve, mais la sensation de malaise était toujours présente en lui. Il s'éloigna de son frère, peu désireux de le réveiller, et descendit au salon. Il y trouva Gabriel endormi sur le canapé, son sac débordant de cochonneries juste à côté de lui et plusieurs paquets vides s'étalant déjà au sol. Le jeune homme donnait une impression de calme et d'assurance tranquille. Ses cheveux blonds étaient légèrement ébouriffés et certaines mèches tombaient sur son front et sur ses joues, adoucissant encore davantage les traits de son visage.
Sam regarda le dormeur avec émotion et les larmes lui montèrent aux yeux tout naturellement. Sans le réaliser, il se mit à sangloter, debout devant le canapé, les deux mains sur son visage.
Le pire, c'était qu'il ne pouvait pas s'empêcher d'imaginer que, peut-être, Gabriel quitterait sa copine pour lui, que peut-être, il y avait un espoir, même un tout petit, alors que sa raison lui hurlait le contraire. Alors il pleurait, incapable d'évacuer autrement la tension qui l'habitait et toutes les émotions contraires qui s'entrechoquaient en lui.
Lentement, il se sentit basculer en avant et se retrouva blotti contre un corps chaud à l'odeur sucrée. Une voix prononçait des mots à son oreille mais il était incapable d'en comprendre le sens. Seuls les sanglots résonnaient sans sa tête. Par contre, il ressentait très fortement cette main qui lui caressait la tête et l'autre qui allait et venait dans son dos, toutes les deux déclenchant de violents frissons en lui. Et ça le fit pleurer encore plus fort, des gémissements douloureux s'échappant d'entre ses lèvres. C'était le sucre. C'était sa voix. C'étaient ses mains. C'étaient ses lèvres contre son front. C'était le balancement qu'il imprimait à leurs deux corps.
Sam était à la fois heureux comme tout et triste comme les pierres.
- Hey Mouse, qu'est-ce qu'il t'arrive ? demanda Gabriel avec inquiétude une fois le plus jeune un peu plus calme.
- Rien, renifla Sam entre deux sanglots.
- Tu ne t'es quand même pas mis à pleurer pour rien ? C'est parce que Dean t'a piqué ton poney pour jouer avec ?
Sam se mit à rire nerveusement à cette blague plutôt nulle.
- Pas ça donc... T'as découvert qu'Haribo allait fermer boutique ? Si c'est le cas, dis-le-moi tout de suite, ne me ménage pas !
- Idiot, sourit Sam entre ses larmes.
- Il va y avoir une pénurie de chocolat ? Non je sais ! Tu as réalisé qu'on était dirigé par des hommes-lézards et ça te fait peur !
- Tu racontes n'importe quoi, dit-il en continuant d'essayer d'effacer les larmes qui n'arrêtaient pas de couler de ses yeux.
- Alors c'est quoi Mouse ?
Sam hésita tout en se frottant les joues. Le visage inquiet de Gabriel lui donnait envie de répondre, mais ce n'était pas... Ça aurait voulu dire tout lui avouer... C'était... Inconcevable.
- Tu peux tout me dire Sam, je ne te jugerai pas, essaya de le rassurer le blond sans savoir que le problème venait de lui.
- Je... J'ai... J'aime une personne et... Et elle... Elle a déjà quelqu'un, avoua Sam en sentant les sanglots remonter.
- C'était donc à ça que tu as passé ta journée d'hier, conclut Gabriel avec un sourire triste.
Sam hocha la tête et le flux de larmes augmenta à nouveau. Ce n'était pas tout à fait exact mais ça se rapprochait assez de la réalité.
Gabriel recommença à le bercer tout en éloignant ses poings de ses joues et de ses yeux déjà bien rouges.
- Laisse-moi te dire que cette personne est idiote, lui murmura Gabriel. Rejeter une souris aussi mignonne que toi c'est presque un crime !
- J'suis pas une souris, gémit Sam avant de repartir dans une violente crise de sanglots.
- Bravo Gab'... T'as encore raté une occasion de te taire, grimaça le blond en se parlant à voix haute. C'est pas ce que je voulais dire Sammy. Sammy excuse-moi...
- J'm'appelle pas Sammy, hoqueta le plus jeune.
- D'accord Sam, d'accord. Mais essaye de te calmer un peu, tu commences à me faire vraiment peur.
Sam renifla, déglutit, respira profondément et réussit plus ou moins à réduire ses pleurs, sans pour autant les arrêter complètement.
- Je préfère. Sam, tu ne devrais pas te mettre dans des états pareils. Tout n'est pas perdu d'avance. Les couples ne sont pas pour la vie, surtout à ton âge. Tu lui as déjà dit à cette fille que tu l'aimais ? Alors tente ta chance, l'encouragea Gabriel après que Sam lui eut confirmé que non. On ne sait jamais, tu pourrais être surpris. Tu es intelligent, gentil et tu as tout du beau gosse, champion. Il n'y a pas de raison pour que tu partes perdant.
Sam observa Gabriel avec de grands yeux, son cœur battant plus fort que jamais et ses pleurs oubliés. La pièce était baignée dans la pénombre et Gabriel n'était éclairé que par la lumière pâle et blanchâtre des luminaires extérieurs, pourtant Sam le trouvait encore plus beau qu'en plein jour et sa voix douce qui l'encourageait dans le silence de la nuit lui faisait un drôle d'effet. Il avait l'impression d'être dans l'un de ses rêves, l'un de ceux où Gabriel le serrait contre lui pour ensuite l'embrasser et lui avouer qu'il l'aimait. Il avait l'impression d'avoir retrouvé toutes ses chances malgré cette « Kali ».
Pour autant, Sam décida de reporter sa déclaration à une autre fois. Il ne se sentait vraiment pas d'essuyer un autre échec dans son état actuel. Maintenant, il voulait juste profiter des paroles de celui qu'il aimait, de ses bras qui l'entouraient et de son odeur qui l'enivrait.
- Tu me promets que tu essayeras Mouse ?
- Promis. Gabriel ?
- Quoi ?
- Je peux... Dormir avec toi ? Juste cette nuit ! Je veux pas déranger Dean à nouveau... mentit Sam en sentant ses joues s'échauffer dans le noir.
- On risque d'être sacrément à l'étroit !
- M'en fiche.
- Ok alors laisse-moi m'allonger d'abord, demanda Gabriel en se positionnant. Maintenant viens entre moi et le dossier.
Sam ne se le fit pas dire deux fois et s'installa, la tête posée sur l'épaule de Gabriel, la main sur son cœur et l'une de ses jambes sur celles du blond. Il espérait juste ne pas avoir de réaction physique qui le grillerait immédiatement... Ça commençait tout juste à lui poser des « problèmes » et il n'avait vraiment pas envie de gérer ça maintenant. Heureusement, son corps engourdi par la fatigue se tint tranquille et il put s'endormir sereinement, un petit sourire satisfait aux lèvres.
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Ce fut à son réveil quelques heures plus tard, alors que la lumière solaire envahissait le salon, qu'il se découvrit une réaction gênante. Il essaya de se cacher, un peu honteux, avant que le plus âgé n'éclate de rire en lui montrant son propre entre-jambe. "Érection matinale", lui avait expliqué Gabriel avec un clin d'œil complice. Mais Sam avait considéré ça totalement autrement.
À la fois ravi et effrayé, il se disait que c'était là une preuve que Gabriel pouvait ressentir quelque chose pour lui mais il réalisa aussi une chose qui le fit légèrement paniquer. S'il se mettait avec Gabriel il y aurait sûrement du sexe. Ça lui était passé complètement au-dessus de la tête jusque-là, mais maintenant que l'idée était ancrée dans sa tête, il ne pensait plus qu'à ça. Embrasser Gabriel et puis... Tout le reste... Sauf qu'il n'avait qu'une vague idée du reste en question ! Avec les filles c'était clair, il connaissait la théorie mais avec un garçon ? Et puis de la théorie à la pratique il y avait tout un monde... Sans compter qu'il ne se sentait clairement pas prêt ! Sauf que Gabriel était plus âgé que lui et qu'apparemment il l'avait déjà fait... Avec une fille mais quand même... D'autres images très perturbantes s'insinuèrent dans l'esprit de Sam, des visions de Gabriel avec sa copine puis des visions un peu plus « chastes » de lui avec Gabriel. Il était effrayé, mais aussi excité et ses sentiments prirent un tournant encore plus intense.
Pendant les deux jours qui suivirent où Gabriel squatta allègrement, Sam ne put le regarder sans rougir et penser à eux deux en train de faire tout un tas de choses... A tel point que Dean s'inquiéta à son sujet et posa plus d'une fois sa main sur son front pour vérifier sa température. Heureusement, Gabriel lui sauva la mise une nouvelle fois, comme lorsqu'il avait inventé une histoire d'allergie pour expliquer les yeux rougis et son visage irrité à son réveil après sa nuit avec lui. Enfin... Quand Sam disait qu'il lui avait sauvé la mise... Disons plutôt qu'il avait vendu la mèche à son frère comme quoi il était amoureux, et depuis il rougissait de gêne en regardant tout le monde, y compris Jo.
Sam lui en aurait bien voulu d'avoir lâché ce détail de sa vie privée aussi facilement, sauf que cela l'arrangeait de ne pas avoir à le dire lui-même à Dean. Son frère aurait forcément remarqué que quelque chose clochait dans sa version. Déjà, le fait que le Elle était un Il. Ce n'était pas qu'il en avait honte, mais pour l'instant il gardait cette information, tout comme le prénom de son "amoureuse" comme un secret précieux. Sam n'avait vraiment pas envie que Dean ou même Jo se paye sa tête, même gentiment, même pour le conseiller. C'était son histoire et avec un peu de chance, cela deviendrait celle de lui et Gabriel... Il n'avait envie de la partager avec personne d'autre que lui.
Au bout de ces deux jours d'amusement où Jo voulut plus d'une fois étrangler le blond, le plus souvent sous les encouragements de Dean, Gabriel finit par repartir.
- J'y vais avant de me faire dénoncer par mon surveillant en chef, se moqua Gabriel en faisant un clin d'œil à Castiel.
- Je ne te ferais pas ça, rectifia le brun d'un ton offusqué.
- Je sais bien mon p'tit ange, répondit son cousin en riant. Sammy, je compte sur toi hein ! Mouse ?
Sam ne répondit rien, préférant directement aller serrer Gabriel contre lui.
- Je reviens le mois prochain, promis, en attendant je compte sur toi pour te déclarer.
- J'essaierai.
- Et tant que j'y suis, fit Gabriel en fouillant dans ses poches. Tu pensais que j'avais oublié je suis sûr !
Sam récupéra le paquet de sucettes au lait et au caramel et il sentit son cerveau tourner au ralenti.
- Je te fais confiance pour ne surtout pas en donner à Deano, il ne les mérite pas, dit-il en lui faisant un clin d'œil. Ni à Jo, elle est trop méchante avec moi !
- Tu le mérites sale tricheur, répliqua aussitôt la jeune fille.
- Vous continuez de douter de mon intégrité ? Vous me briser le cœur...
- Si seulement, râla Dean. Si seulement...
Gabriel fit un dernier signe de main et s'en alla, nul ne savait où, avec juste son sac à dos et ses vêtements sur lui. Sam le regarda partir et un étrange détachement s'empara de lui, son cœur le serrait et il avait la tête vide. Il n'avait qu'une envie, tout laisser tomber, prendre son propre sac et partir à la suite de Gabriel. Mais il y avait Dean. Il y avait Bobby et Ellen. Il y avait ses études. Il y avait son père. Gabriel était libre alors que lui était attaché de toute part.
En soupirant, il ouvrit le paquet de sucettes et en attaqua une. Peu importait que ce soit le soir et qu'ils allaient bientôt manger, quand il fermait les yeux, l'odeur de sucre lui donnait presque l'impression que Gabriel était toujours là.
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Les jours défilèrent lentement après le départ du blond. Fin juillet approcha et Sam s'enfonça dans une rêverie triste dont il ne sortait que rarement et grâce à son frère. Son cœur oscillait entre l'espoir de revoir Gabriel, de tout lui avouer et de devenir son petit ami, et la crainte de le voir le repousser, de ne pas réussir à lui dire, de ne pas le revoir.
Puis ce fut la dernière semaine de ce mois d'été.
C'était le début de l'après-midi, il faisait très chaud mais un agréable courant d'air venait régulièrement les rafraîchir. Dean et Sam s'apprêtaient à partir de chez Ellen pour retrouver Bobby et la nervosité les gagnait tout doucement.
Pour y échapper, Dean s'entraînait aidé par Castiel dans le jardin d'Ellen. Ce dernier avait enfilé des pattes d'ours et laissait son ami cogner ses poings dessus. Malgré tout, Dean n'y allait pas en puissance, n'ayant pas pour envie de blesser Castiel. Il se contentait d'entretenir sa vitesse et ses réflexes ainsi que sa résistance à la distraction grâce aux deux yeux céruléens qui l'observaient.
De son côté, Castiel réfléchissait à la meilleure façon de révéler son projet à Dean. Cela faisait plusieurs mois qu'il cogitait, planifiait, économisait, et il savait que tôt ou tard il allait devoir annoncer la nouvelle à Dean. Il avait pensé le faire à la toute fin des vacances, juste avant la reprise des cours, mais il ne se sentait pas le courage de cacher cela aussi longtemps. Il ne se sentait pas beaucoup plus le courage de le dire maintenant à vrai dire... Seulement il n'en pouvait plus de mentir par omission. Il avait l'impression de trahir son ami à chaque fois qu'il préférait se taire. Alors, prenant une profonde inspiration, il se lança :
- Je vais partir, annonça-t-il de sa voix basse et tranquille entre deux coups de poing.
- De quoi ? demanda aussitôt Dean en baissant les bras. J'ai tapé trop fort ?
- Non, ça n'a rien à voir. Je parle de l'année scolaire qui vient. Je... Je vais prendre une année sabbatique.
- Mais... Pourquoi faire ?
- Je vais partir à la recherche de mon père. J'ai... J'ai fait des recherches cette année. Je sais qu'il a abandonné sa voiture sur un parking de supermarché et qu'il a pris un bus pour partir de Sioux Fall. Je sais lequel et j'ai récupéré une vieille photo de lui. Je vais partir à sa recherche.
- Mais... Tu... Pourquoi ?
- Parce que je... Je … Je ne supporte plus d'être chez moi, avoua enfin Castiel en haussant la voix malgré lui. Dean, je dois partir ou alors je... Je vais faire un truc que je vais regretter...
- Pourquoi tu ne m'as rien dit avant ? l'interrogea Dean en sentant sa gorge se serrer.
- Je ne voulais pas t'ennuyer avec ça...
- Tu ne m'ennuies pas.
- J'étais pas sûr.
- Reste Cas', le supplia presque Dean. Je te promets d'être plus attentif.
- J'apprécie ta proposition Dean mais… Mais je veux essayer. Je veux partir. Ça m'est vital Dean.
Un « et moi ? » naquit sur les lèvres du boxeur sans être achevé. Même pour lui la question semblait terriblement égoïste, pourtant elle résumait parfaitement ce qu'il ressentait. Il pouvait comprendre le désir de Castiel, il avait lui-même penser faire ça plus d'une fois pour retrouver plus rapidement son père, mais pour le moment il n'arrivait qu'à penser à lui. A ce que le départ de Castiel allait lui faire. A ce vide qui l'étourdissait déjà.
- Je serai toujours disponible par téléphone Dean, fit Castiel en devinant ses angoisses. Tu pourras m'appeler quand tu voudras.
- C'est pas pareil, murmura-t-il douloureusement.
Il ne savait pas pourquoi, mais ce n'était pas pareil. Savoir que Castiel appelait de chez lui, depuis Sioux Falls, une ville qu'il connaissait, ce n'était pas pareil que de savoir qu'il pouvait être n'importe où dans n'importe quel état, quelque part trop loin pour l'atteindre.
- Dean, je suis encore là, voulut le rassurer Castiel en posant une main sur son épaule.
- Comment je vais faire Cas'... Comment je vais faire si j'ai encore besoin de toi ? Si Sammy s'enfuit à nouveau ou si rien ne va plus ?
- Tu m'appelleras.
- C'est pas pareil...
- Je dois le faire Dean. J'en ai besoin, souffla Castiel avec désespoir.
- Est-ce qu'on se verra à Noël ? Pour Thanksgiving ? Pour le Nouvel An ? Pour l'anniversaire de Sammy ?
- Je ne sais pas. Je ne ferai pas de détour, tu sais. Je me donne un an pour le trouver alors... Je ne veux pas hésiter.
- Je... Ok, tu veux partir à sa recherche, je suis ok, acquiesça Dean en se léchant les lèvres nerveusement. Mais... Tu peux pas attendre ? Juste un peu ? Je... Que j'essaye de m'arranger, qu'on y aille ensemble que...
- Dean, le coupa Castiel en posant une main sur son épaule. Je dois le faire seul. Je veux retrouver mon père mais aussi... Je veux me retrouver moi. Je... Je veux savoir ce que je suis capable de faire ou d'être.
- Et moi je t'en empêche c'est ça ? Je suis toujours dans tes pattes, comme ta famille. Je suis juste un boulet pour toi.
- Non Dean ! C'est pas ça..
- Tu veux partir alors pars ! explosa Dean, préférant convertir sa tristesse en colère. Va-t'en ! Qu'est-ce que ça peut bien me faire après tout ! J'ai jamais eu besoin de toi ! J'ai toujours su m'occuper de moi et de Sammy sans toi !
- Dean...
- Dégage ! Va le chercher ton paternel et ta paix intérieure et fous-moi la paix !
Castiel regarda Dean avec peine, ferma les yeux en soupirant pour les rouvrir plus déterminé que jamais.
- A bientôt Dean.
L'insulte que Dean voulut sortir mourut dans sa bouche. A bientôt ? C'était cruel, tellement cruel de lui rappeler ça maintenant... Deux mots, une poignée de main, une promesse...
Cruel.
Dean essuya rageusement ses yeux quand il sentit l'eau couler le long de ses joues. La culpabilité et la colère se partagèrent en lui, jusqu'à ce que finalement ce soit l'abattement qui gagne. En serrant les dents, il rentra à l'intérieur de la maison, s'installa sur le canapé et mit la chaîne cinquante qui repassait pour la treizième fois la cinquième saison de « la clinique des cœurs brisés ». Il hésita un moment à aller se chercher un pot de glace mais finalement abandonna quand il réalisa que le moindre geste de trop risquait de le faire craquer. Alors il regarda le docteur sexy sauver femmes et enfants ainsi que les dauphins, les lynx à poil ras et la planète.
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Ellen ne comprit jamais ce qui avait pu se passer pour en arriver là. Les vacances avaient très bien commencé, les garçons avaient vite retrouvé le sourire et ils avaient passé un agréable été tous ensemble. Alors pourquoi allait-elle remettre à Bobby un Sam mélancolique et un Dean déprimé ?
Elle ne comprenait pas.
Un jour tout allait bien et le lendemain rien n'allait plus.
Comme maigre consolation, elle pouvait se dire que les deux frères étaient plus proches que jamais, mais elle ne s'expliquait toujours pas leur tête de déterré quand ils montèrent dans sa voiture. Elle qui pensait amener de bonnes nouvelles à Bobby…
A suivre...
Heu... Pour ma défense c'était pas censé se finir comme ça ! Il y avait le mois d'août juste derrière pour régler les tensions, les problèmes tout ça, sauf que bah... Finalement il n'y a que juillet...
Pas cailloux syouplait, j'ai pas fait exprès cette fois é.è
Et promis, je ne les fais pas souffrir juste par sadisme et pour m'amuser ! Il y a un vrai but derrière tout ça ;)
