Disclaimer : "Charmed" ne m'appartient pas, pas plus que les chansons de ce chapitre (qui sont à 30 STM) et je ne touche pas d'argent. De plus, ceci est une traduction de l'histoire de ch4rm3ds3c0nds (liens dans mon profil).
A/N : Ch4rm3ds3c0nds explique que Tyler est un peu comme la conscience de Chris. Ils se connaissent depuis si longtemps qu'il ne craint pas de dire à Chris quand celui-ci fait fausse route. Ce dont Chris a besoin dans certaines situations.
Elle avoue aussi avoir détesté écrire le souvenir, mais elle avait l'impression que les lecteurs devaient avoir un aperçu de ce que Chris a traversé.
N/T : Plus je découvre le groupe 30 STM, plus je me rends compte qu'il a une énorme influence sur cette histoire. Les références plus ou moins explicites sont absolument partout. C'est dingue...et assez flippant xD
lululadivine : Eh bien, voilà qui a le mérite d'être clair ^^ J'espère n'avoir pas trop tarder.
Canaan : Merci ^^ Et non, il ne faut jamais oublier Chris. (Moi aussi ça m'avait troublé, mais elle parlait effectivement de Léo.)
Merci pour vos reviews/alertes/favoris/plateaux de cookies !
Voici le "merveilleux" -et éprouvant- chapitre de neuf-milles mots !
Enjoy !
AVERTISSEMENTS
« LANGAGE GROSSIER : Pas beaucoup, mais assez pour justifier un avertissement... Je pense.
ALLUSION À UN SLASH : Encore une fois, pas grand chose. Je pense que c'est...trois phrases et c'est au passé... Alors, bon...
FORMULE MERDIQUE : Eh oui, encore une autre. J'espère qu'elle ne sera pas si horrible qu'elle vous fera vous enfuir en courant. »
Chapitre 8 - Lacrima
Adossé au métal noir du bus immobilisé, Chris essayait de voir, à travers les épais nuages anglais, les étoiles brillantes qui se trouvaient derrière. Ses bras étaient croisés contre sa poitrine et sa chemise noir aux manches longues protégeait à peine son corps du froid. Il avait une fine chair de poule, mais il s'en fichait pas mal. Il aimait l'inconfort. Il avait toujours été une sorte de masochiste.
Il poussa un profond soupir. Peut-être était-ce la raison pour laquelle il était resté au Manoir si longtemps. Peut-être que d'une façon malsaine, et tordue, il aimait se faire battre presque chaque soir.
Chris secoua rapidement la tête. Ce n'était pas ça et il le savait. Bien sûr, il était suffisamment masochiste pour se faire quelques tatouages, un piercing ou deux, mais pas assez pour se trancher les poignets ou pour rester dans un endroit où sa peau se couvrait de bleus. Il passa une main dans ses cheveux longs, ses yeux sauges fixaient le trottoir sur lequel il était assis. Dans quelques heures, il serait sur scène pour faire un concert puis reviendrait dans le bus, s'écroulerait sur son lit et tomberait dans les pommes. Déjà, il sentait la fatigue de ses os à cause de la tournée. Il n'arrivait pas à comprendre que les gens puissent faire ça pendant dix ou vingt ans. Il avait à peine pu se remettre de leur première tournée en tête d'affiche !
Jetant un coup d'œil à sa montre, Chris vit qu'il n'était que dix-neuf heures ce qui signifiait qu'il était onze heures à la maison. Son frère était à l'école et enseignait à des lycéens émerveillés les merveilles de la langue anglaise ; l'aînée de ses cousines -Samantha- était assise dans une salle de conférence de l'UCLA(1). Les cousines jumelles étaient seulement en troisième année de lycée, ce que Chris n'enviait pas. Il aimait le fait de n'être pas resté les quatre années entières au lycée. Alors que son frère était le précieux joueur de football américainet que les filles faisaient la queue pour obtenir un rendez-vous, Chris avait toujours été le paria. Il avait une petite clique d'amis qu'il n'avait pas gardé très longtemps. Être dans l'orchestre et dans la chorale lui permettait au moins de rencontrer des gens comme lui. En plus, le club de théâtre était intéressant, surtout quand il avait travaillé dans les coulisses. Beaucoup de ses plus beaux souvenirs étaient ses nuits de travail sur les décors des pièces et des comédies musicales. Il semblait toujours rentrer à la maison couvert de peintures de toutes les couleurs.
Cependant, tout au long de ces années passées à être tourmenté par des joueurs de football et s'efforçant de rester parmi les meilleurs de son année, Chris n'avait gardé qu'un seul ami à ses côtés : Tyler. Tyler était un peu fou -c'était le moins que l'on puisse dire- mais semblait toujours ramener Chris sur Terre quand son esprit commençait à vagabonder ou était trop chargé par les émotions. Les autres amis de Chris étaient partis un certain temps après qu'il soit devenu plus introverti que les enfants normaux, mais Tyler paraissait toujours se glisser entre les bouliers de Chris et son cœur.
Ensuite, Chris avait fugué. Il pensait laisser tout le reste de sa vie derrière et savoir qu'il ne devrait garder aucun lien avec son passé l'avait blessé, mais il savait que c'était nécessaire. Mais, à sa plus grande surprise, deux semaines après, était venu Tyler. Chris s'était rapidement accroché à son seul lien avec son ancienne vie. Bien qu'être battu nu lui manquait pas, il déplorait le confort de ses amis et de sa ma famille. Il regrettait la cuisine de sa mère. La manière étrange qu'avait son frère de le réconforter et de lui remonter le moral. Ses cousines -qui étaient davantage comme des sœurs dans son cœur et dans son esprit- qui le harcelaient toujours pour chante ou joue de la guitare pour elles quand elles s'ennuyaient. Mais il savait qu'il ne pouvait pas avoir toutes ces choses car cela signifierait vivre dans la même maison que son père. Néanmoins, il avait un ami et c'était plus que ce qu'il n'espérait en venant vivre à L.A. Donc, rapidement, Tyler était devenu la béquille de Chris pour traverser le reste de son existence.
Lors de leur première tournée d'ouverture, l'alchimie commença à changer entre les deux hommes. Tyler -un bisexuel qui penchait davantage pour les hommes- et Chris -qui avait testé plus que d'être un vrai bisexuel- s'était retrouvé dans le même lit, nus, après une petite fête. Ils réalisèrent rapidement qu'ils venaient de franchir la frontière qu'ils avaient clairement établies une fois leurs préférences sexuelles dévoilées et n'avaient aucune idée de ce qu'ils devaient faire. Ainsi commença une phase de gêne.
Ils commencèrent à éviter de se toucher, ce qui était étrange puisque Tyler était très 'tactile' et aimait étreindre son meilleur ami. Bientôt, les autres groupes commencèrent à se questionner et s'inquiétèrent de l'éventuelle séparation de Pariah. Chris avait rassuré tout le monde en assurant que tout allait bien et que lui et Tyler étaient simplement fatigués car ils n'étaient pas encore habitués à ce mode de vie.
Mais les craintes des autres groupes avaient révélé à Chris que lui et Tyler devaient en parler. Ils s'étaient assis à la table d'un petit restaurant et avaient discuté. Aucun d'entre eux ne savaient quoi faire. Ils ne savaient pas s'ils devaient poursuivre leur relation ou tout simplement revenir à ce qu'ils étaient avant.
Finalement, ils décidèrent de sonder le terrain.
Le terrain s'effondra deux semaines plus tard.
Avec le stress qui les entouraient, ils ne pouvaient tout simplement pas rajouter la pression d'une relation. Mais cette liaison avait dû bousculer quelque chose en Tyler, car Chris remarqua qu'il l'observait plus que d'habitude. Puis, il y a eu l'attaque de panique.
Tyler et lui étaient à Chicago, à la cherche de leur nouvel appartement quand Chris aperçu un homme blond du coin de l'œil. Soudainement, il avait senti sa poitrine se contracter et vit Léo marcher vers lui avec un regard mauvais. Pendant quinze minutes, Chris était dans un autre monde, paniqué. Puis, tout s'évapora et il distingua des yeux noisettes le fixer. Tyler était en face de lui et lui serrait les avants-bras avec tant de force qu'il se réveilla avec des contusions le lendemain. Tyler lui demanda s'il allait bien, mais Chris ne pouvait pas l'entendre. C'était comme s'il nageait sous l'eau et il était fatigué. Alors, il fit la seule chose à laquelle il pouvait penser : il posa sa tête sur l'épaule de Tyler et marmonna qu'il voulait rentrer à la maison.
Apparemment, Tyler ignorait ce qu'était la maison parce que dans un délai de quarante-huit heures, Chris se retrouva dans le bureau d'un psychiatre, forcé de déballer tous ses secrets. Deux semaines plus tard, il fut étiqueté comme souffrant d'un syndrome de stress post-traumatique (SSPT, Ndlt), qui fit Tyler étudier chacun de ses mouvements.
Il fit rapidement le lien entre son état de santé et le stress. Plus de stress signifiait plus de crises de panique. Il n'était pas sûr de la raison, mais quand son stress atteignait sa limite, il faisait une attaque de panique. Ses battements de cœur s'envolaient et sa respiration devenait rapide et inégale. Après coup, il était si fatigué qu'il pouvait à peine tenir le reste de la journée.
Il restait en contact par téléphone avec son psychiatre durant les tournées avec Tyler pour son garde du corps émotionnel personnel. Tyler paraissait toujours savoir quand Chris était sur le point de craquer et le traînait dans le bus jusqu'à ce que son niveau d'anxiété baisse et qu'il se calme.
Ensuite était venue Skylar. Un batteur free-lance que Chris avait gardé aussi loin de son cœur que possible. Il ne lui parlait que lorsque qu'il le fallait absolument. Une amitié timide commença néanmoins à se former quand ils commencèrent à faire la tournée ensemble et qu'ils apprenaient à connaître leurs bizarreries respectives. Ça n'avait pas non plus aidé que Tyler et elle deviennent si rapidement amis. Puis était venu le clip de 'The Kill'. Un des points culminants du clip était la scène de baiser entre Chris et Skylar. Visiblement, elle avait fait des étincelles parce que Chris s'était trouvé une petite amie la même semaine.
Il l'invitait à quelques rendez-vous au restaurant, mais cela s'est avéré difficile à faire sur la route. Après six mois de relation, Chris avait fait asseoir Skylar et lui avait parlé de son passé. Elle était horrifiée. Elle était très proche de son père célibataire et ne pouvait pas imaginer qu'un parent puisse maltraiter son propre enfant. Un autre lien se tissa entre eux avec la révélation de ce secret.
Cependant, Chris n'arrivait pas à s'engager dans cette relation pour quelconque raison illogique. Il ne pouvait pas dire qu'il aimait son batteur. Il était affectueux, mais dire qu'il l'aimait était ridicule. Son oncle avait totalement raison. Il ne paraissait pas y avoir d'amour entre eux. Certains jours, ils semblaient en couple juste pour être en couple. Le batteur ne savait rien de son Héritage, ou de celui de Tyler. Et être un sorcier constituait la majeure partie de Chris. Il était fier de son passé Wiccan, c'est pour cela qui avait le symbole de sa famille -le Triquestre- tatoué sur son omoplate droite. Tyler avait le symbole de sa famille, un symbole Quaternaire sur son omoplate gauche.
Leur patrimoine commun était l'une des raisons pour lesquelles lui et Tyler avaient fusionné de cette façon. Ils comprenaient le sang qui coulait dans leurs veines respectives et comment il affectait leur vie. Bien sûr, il y avait des différences dans leur sang. Chris était un demi-Fondateur. Tyler était son exact opposé, il avait un-quart de démon. Le sang démoniaque avait pourtant déteint sur l'âme de Tyler car il descendait d'une Source. Le père de Tyler en était le petit-fils.
Skylar était juste une mortelle. Bien sûr, elle avait un nœud Celtique tatoué sur le corps, ce qui avait fait Chris soupçonner des liens magiques. Quand il l'avait questionnée à ce sujet, Skylar avait répondu qu'elle pensait que ça avait l'air intéressant et qu'elle n'avait aucune idée de ce que ça signifiait. Chris ne voyait pas comment il pourrait se retrouver avec une femme mortelle.
Il y avait pensé et croyait que c'était possible quand il était plus jeune. Aujourd'hui qu'il était plus âgé, il ne pouvait pas comprendre comment ça se passerait. Peut être s'il était un sorcier banal, mais il était le rejeton d'une Sœur Halliwell et ça comportait sa part de dangers, même s'il n'était pas le Deux-Fois-Béni. Même si c'était le chaos dans le Monde Souterrain en ce moment, ça ne signifiait pas que ce chaos resterait.
Avec un soupir, Chris passa les mains dans les cheveux encore une fois. Il baissa les mains puis les regarda. Elles étaient légèrement calleuses à cause des années à jouer de la guitare et étaient à nouveau vernis de noir. Elles étaient plutôt ternes hormis la bague de métal qui ornait son index. Lui et Tyler portaient le même bijou à la main. Au début, c'était juste un symbole d'amitié. Aujourd'hui, il n'en était plus si sûr. Il s'était passé tant de choses entre eux qu'il n'était pas sûr de pouvoir considérer Tyler comme un ami ou même comme un meilleur ami. Tyler avait beaucoup sacrifié pour être son ami. À certains moments, Tyler et lui étaient frères, à d'autres, c'était comme s'ils étaient de nouveau un couple.
Chris secoua la tête. Ils avaient déjà emprunté ce chemin une fois et il refusait de laisser cela se reproduire.
Il ne pouvait pas risquer de perdre Tyler.
Il n'allait pas risquer de perdre Tyler.
« - Chris ! »
Il sursauta en entendant crier son nom. En se tournant vers la porte du bus, Chris regarda Tyler avec un regard surpris. Tyler leva simplement un sourcil. « Le concert va commencer, tu ferais mieux de te lever pour que Sky puisse jeter un dernier coup d'œil et vérifier que tu es parfait. »
Il hocha la tête et se dirigea vers le bus. Cependant, il s'arrêta sur le seuil quand Tyler posa une main sur son épaule. « Tu vas bien ? » demanda-t-il.
Chris sourit. « Ouais. Je pensais, simplement. »
Tyler dévisagea Chris. Ses yeux détaillèrent son corps avant d'acquiescer brièvement. « D'accord. Alors nous recouvrir de maquillage. »
Chris sourit et cogna l'épaule de son ami. « Oh, tu sais bien que tu aimes eye-liner. »
« - Oh oui, et la douleur de se le prendre dans l'œil est tout aussi amusante » marmonna Tyler.
Chris leva un sourcil et arrêta Tyler dans le salon du bus. « Très bien, accouche. Tu n'agis pas en tant que toi. »
« - Si, bien sûr » protesta Tyler.
Chris sourcilla à nouveau. « C'est ça. Le sarcasme pessimiste, c'est mon truc, pas le tien. Quelque chose se passe dans ta tête et je veux savoir quoi. »
Tyler secoua la tête. « Ce n'est rien, Chris. Je le jure. »
« - Et je ne te crois pas. »
« - Chris, s'il te plaît. »
Chris secoua la tête. « Tu ne me laisserais pas partir comme ça, alors pourquoi le ferais-je ? »
« - Parce que ce n'est pas moi qui ait une raison médicale de rester calme » rétorqua Tyler.
« - Très bien, maintenant je sais qu'il y a quelque chose qui ne pas pas avec toi » dit Chris en conduisant son ami agité vers la cabine. « Assis. On doit parler. »
Les deux amis s'assirent face à face et, d'un regard, Chris incita Tyler à se confier. Ses yeux verts-sauge se plissèrent légèrement et s'emplirent d'inquiétude. Les iris noisettes se levèrent vers lui et Tyler soupira. « Je... »
« - Tu... » répéta Chris pour essayer de le faire terminer sa phrase.
« - Je...Bordel, ça à l'air tellement stupide. »
« - Tyler, tu vas me le dire ou pas ? »
« - J'ai eu une vision de toi en train de mourir, d'accord ? » lâcha Tyler. Il se leva et commença à faire les cent pas. « Tu étais plus vieux, je le sais, c'est juste, je ne suis pas sûr de quand. Mais ce n'est pas comme si mes visions étaient à cent-pour-cent fiables, ça signifie sûrement que celle-ci ne deviendra pas vraie. »
Chris cilla tandis que Tyler continuait à marcher et à divaguer. Tyler l'avait vu mourir ? Il savait qu'en plus du sang de Source, Tyler avait un peu de sang de la Prophétesse, mais c'était ridicule. La plupart du temps, les visions de Tyler venaient du Futur si lointain qu'il était forcément perturbé par un élément et ne se réalisait jamais. Alors pourquoi Tyler prêtait tellement d'importance à celle-ci ?
« ...je veux dire, je ne comprends pas pourquoi j'ai vu ça, ça n'a aucun sens. »
Soupirant, Chris se leva et se posta sur le chemin de Tyler. « Ty, calme-toi. »
Tyler regarda Chris et sa respiration était tremblante. « Tu ne comprends pas, Chris. Je t'ai vu mort. »
Chris pressa le bras de son ami. « Je sais, Tyler. Mais tu dois te calmer, sinon tu finiras comme moi. »
Tyler ferma les yeux. « Je... Je ne peux pas arrêter de le voir, Chris. »
Le Halliwell soupira et enroula ses bras autour du cou de Tyler, enlaçant l'homme dans une étreinte d'ours. « Tu sais que tes visions ne se réalisent pas toujours, Ty et je n'ai pas l'intention de mourir de si tôt. »
Tyler lui rendit l'étreinte. « Tu n'en sais rien, Chris. Tu semblais avoir été battu et...et maintenant... »
« - Tu as peur que Léo me cherche pour me tuer » réalisa Chris.
Tyler hocha la tête et posa la tête sur l'épaule de Chris. « Ton père est capable de le faire et tu le sais, Chris. »
« - Oui, mais il n'en sera pas en mesure » assura Chris en frottant le dos du bassiste en faisait des cercles pour le rassurer.
« - Comment le sais-tu ? »
« - Je le sais, c'est tout » rassura Chris. « Fais-moi confiance. »
Tyler soupira profondément. « Tu sais que c'est le cas. »
Ses yeux fixaient le mur banc-cassé de la chambre avec apathie. Elle pouvait sentir des bras lourds enroulés autour de sa taille et un souffle doux et chaud contre l'arrière de son cou. Ces choses simples lui amenaient habituellement un sentiment de confort et d'amour. Aujourd'hui, ce n'était que du pur dégout.
Elle regardait la main qui pendait à quelques centimètres de son ventre et grimaça. Cette main frappait son fils adoré et ensuite revenait et la caressait ? Elle faillit vomir à cette pensée. Facilement, elle glissa hors de portée de Léo et se dirigea vers la salle de bain.
Elle referma silencieusement la porte pour ne pas réveiller l'homme et s'assit en chancelant sur le couvercle des toilettes. Elle entrelaça ses mains tremblantes et prit de longues respirations. Piper sentait son cœur battre la chamade dans sa poitrine. En serrant les yeux, la matriarche Halliwell exhortait son muscle au calme. Elle ne pouvait pas se permettre de faire une crise cardiaque maintenant.
Sa tête se tourna rapidement en entendant son téléphone portable sonner dans la chambre. L'appareil fit suffisamment de bruit pour réveiller son mari.
« - Allô ? » marmonna l'homme à moitié endormi.
Les yeux de Piper se creusèrent par la peur.
« - Pourquoi appelles-tu ? » grogna son mari, soudain réveillé. « Tu ne mérites pas d'appel. Tu ne mérites pas de vivre après avoir abandonné ta famille. »
Piper laissa échapper un sanglot brisé ainsi que quelques larmes en entendant la voix remplie de méchanceté de Léo.
Elle entendit Léo renifler. Chris devait avoir raccroché. Elle entendit le doux cliquetis du téléphone qu'on repose sur la table puis le bruissement des draps, comme si Léo se mettait à l'aise pour se rendormir. Piper attendit jusqu'à ce qu'elle perçu les ronflements -presque silencieux- de son mari avant de s'aventurer hors de la salle de bain. Elle s'enveloppa rapidement dans sa robe rouge foncé et attrapa le portable avant de quitter la pièce. Pendant qu'elle descendait les escaliers, elle trouva le numéro de son fils dans la liste des appels récents et rappela le jeune homme.
« - Allô ? »
Elle ne pu s'empêcher de sourire à sa voix. « Salut, Peanut. »
« - Maman » répondit Chris. « Quoi de neuf ? »
Piper cilla. « Tu as appelé, ce n'est pas moi qui devrait te demander ça ? » Elle adressa un hochement de tête à son fils aîné en entrant dans la cuisine. Wyatt était assis sur l'Île et dégustait un bol de céréales.
Elle entendit Chris soupirer. « Ouais, Léo à répondu. »
« - J'ai entendu » confia Piper. « J'étais dans la salle de bain. Peanut, je suis désolée. »
« - Pas ta faute » rassura rapidement Chris. « J'étais juste -Non, ça va là-bas- Désolé, j'étais en train de régler quelque chose. J'ai quelques interviews demain matin qui ont sautées afin que je puisse venir plus tôt. »
« - Quelle heure ? »
Elle entendit des papiers s'effriter et une douce voix proférer un juron -ça semblait venir de Tyler. « Ils sont en haut de l'armoire » dit Chris. « Je serais là vers, euh, stupide décalage horaire. »
Piper rit. Les maths n'avaient jamais été le point fort de Chris, c'était la seule matière où il était au même niveau que ses pairs. « Vers dix heures » répondit Chris.
Piper sourit. « Ça devrait aller, même si Wyatt va devoir faire faux-bond à sa classe. »
Wyatt leva les yeux de son bol de céréales avec un visage légèrement confus ; un sourcil blond était levé et la cuillère était à mi-chemin de sa bouche.
« - Est-ce un problème ? »
« - Nan, Wyatt pourra prendre un jour de congé » dit Piper. « Et ça, c'est plus important. Bon, je vais tout organiser pour que le reste de la famille vienne. Veux-tu de Léo ici ? »
« - Euh... » Un fort soupir se fit entendre. « Il pourrait être là aussi. Ça fera d'une pierre deux coups, je suppose. Comme ça, tu pourras le mettre dehors dans la foulée. »
« - Demain dix heures, alors ? »
« - Ouais, j'espère que l'interview ne sera pas trop longue. Tyler ! Arrête de faire ça ! Tu fais trembler tout le bus, putain ! » Chris soupira. « Je dois y aller. »
Piper sourit. « D'accord. À demain, Peanut. Je t'aime. »
« - Je t'aime aussi, maman. »
Chris fusilla son meilleur ami du regard en mettant son Blackberry dans la poche de son manteau noir. « Bordel, pourquoi tu secouais tout le bus ? »
Tyler haussa les épaules. « Je pensais que ce serait amusant. »
Résistant à l'envie de cogner la tête de son ami, Chris décida que se retourner et sortir du bus serait la meilleure solution, même s'il était à l'extérieur quelques secondes plus tôt. Chris se retrouva plongé dans une furieuse activité. Les groupies(2) s'empressaient d'essayer tout mettre en place pour le concert qui aurait lieu dans quelques heures. Dès dix-sept heures, les fans commençaient déjà à s'aligner devant le stade, essayant désespérément d'apercevoir le groupe.
Une mince barrière grillagé était la seule chose qui séparait les fans et le groupe. Chris voyait la fin de la queue de là où il était et se demanda si les gens pouvaient le voir, debout à l'extérieur du bus. Probablement pas, car ils ne commencèrent pas d'émeute pour obtenir un autographe. Rapidement, il se faufila pour ne plus risquer d'être vu et s'aventurera vers le stade.
L'immense scène était en cours d'assemblage. Seules la petite passerelle et l'allée droite étaient terminées et les groupies étaient au milieu de la construction de l'aile gauche. Ensuite, ils devront accrocher les trois écrans et placer les instruments sur scène. Dès que cela serait fait, les groupies laisseraient les fans passer. Puis le concert se terminera et ils devraient démonter tout leur travail. Après cela, ce sera la prochaine ville et le processus se répétera.
Chris secoua la tête en marchant dans les environs. Il ne pouvait pas comprendre comment les gens pouvaient faire ce travail. C'était un travail intensif et plutôt monotone. Mais ils semblaient aimer ça, donc ce n'était pas à lui de les juger.
En fredonnant, Chris continua à marcher dans le stade et les salles du bâtiment, l'air assez satisfait.
En redressant son chapeau Fedora orné d'un ruban blanc, Chris soupira et se dirigea vers le fauteuil d'ivoire sur lequel il resterait assis durant une heure et demi. Puis il devrait faire la plus dure des confessions à sa famille, tout cela sous le regard de Léo. Aujourd'hui n'allait pas être une bonne journée.
Lentement, Chris s'assit et croisa les jambes. Ses chaussures brillantes et blanches se détachaient de son ensemble noir. Il portait son habituel jean noir, mais aussi un tee-shirt noir et une veste moulante en cuir. Ses mains étaient recouvertes par des gants en cuir noir. Une fine écharpe blanche était lâchement enroulée autour de son cou, le tissu descendait jusqu'au milieu de son ventre.
Ses yeux verts étaient entourés d'eye-liner et leur couleur naturelle n'en était qu'accentuée. Chris passa une main dans ses cheveux noirs et fronça les sourcils. Il avait besoin d'une nouvelle coiffure. Le noir commençait à devenir banal et il manquait de coiffures à faire avec ses cheveux. Peut être qu'une nouvelle couleur pourrait être ajoutée à son palmarès. Il avait la réputation d'être étrange avec ses vêtements et ses coupes de cheveux, et il aimait cela. Il aimait être différent. C'était une des raisons pour lesquelles Pariah était aussi populaire. Ils étaient au top sans se conformer et cela rendait Chris fier de son groupe.
« - Bonjour. »
Chris sourit à la jeune femme blonde devant lui. Il se leva pour serrer la main tendue dans un geste poli. « Bonjour, comment allez-vous ? »
La femme sourit. « Je vais bien, et vous ? »
« - Bien. Damon » se présenta-t-il inutilement.
« - Élisabeth, Liz pour faire court » répondit-elle en s'installant dans le fauteuil en face de lui. Elle jeta un regard aux petits papiers bleus qu'elle tenait dans la main, relisant les questions qu'elle avait préparées pour Chris.
« - Bien. » Elle fit signe au cadreur pour lui indiquer de commencer le tournage. « Bonjour, je suis Liz Anderson et, chers téléspectateurs, j'ai une surprise pour vous. Il est jeune, il est chaud, c'est un chanteur et un guitariste, ai-je mentionné qu'il était chaud ? » annonça-t-elle. « Aujourd'hui, je reçois le chanteur du groupe de Rock américain Pariah, Damon Payne. » Elle se retourna vers Chris avec un grand sourire plaqué sur le visage. « Bonjour, Damon. »
« - Bonjour » répondit calmement Chris. « Comment allez-vous aujourd'hui ? »
« - Je vais bien et j'espère que votre voyage en Angleterre a été un plaisir. »
« - Ça a été merveilleux. C'est génial de revoir l'Angleterre. »
Liz sourit et ses yeux bleus bleus foncés étincelaient quand elle posa la première question. « Trois albums, Lumen, Malum et Aperio. Voilà trois termes dans un latin correct. » Après un hochement de tête de Chris, elle continua : « Pourquoi le latin, pourquoi pas simplement un nom en anglais ? »
Chris haussa les épaules. « Eh bien, pour commencer, ça sonne mieux. Ça n'a pas l'air aussi intéressant si on les nomme Lumière, Obscurité et Révélation. C'était la première raison, et en plus, nous adorons le mystère. Ça fait nos fans s'asseoir et réfléchir à ce que ces titres signifient. Et, Jaiden est un peu un monstre en histoire, alors il saute sur chaque occasion d'utiliser une langue morte quand il le peut. »
Liz eut un petit rire avant de poursuivre : « Vous venez de commencer votre tournée britannique. Déjà deux concerts et le troisième ce soir. Comment les foules réagissent-elles à vos concerts ? »
« - Elles y sont sensibles, c'est vraiment le moins que l'on puisse dire » répondit Chris avec un léger gloussement. « Nos concerts ont toujours été dingues, pour ainsi dire. Mais on essaie toujours de prendre soin les uns des autres. »
« - Oui, vos fans sont uniques. Très fidèles à votre groupe » commenta Élisabeth.
Chris acquiesça. « Et nous sommes très reconnaissant à notre armée de fans. Nous avons beaucoup de chance d'avoir une telle communauté qui nous suit et nous fait une telle promotion que nous n'avons même pas à utiliser la publicité normale. On arrive dans une ville et le travail est déjà fait. Nos employés sont très reconnaissants pour ça, cela leur donne une chose en moins à faire dans leur vie déjà tourmentée » sourit-il. « Notre armée est la seule raison pour laquelle nous en sommes là, planant au-dessus de la montagne musicale, son sommet à porté de main. Et pour cela, nous les remercierons toujours. »
Liz hocha la tête. « Alors, Aperio est sorti il y a quelques mois, le nouveau CD est déjà en route ? »
Chris gloussa et se tapota la tempe. « Lentement, il se forme. D'abord, nous devons offrir à Aperio la publicité dont il a besoin. Des clips, par exemple. »
« - Oh, des clips » rebondit la femme. « Des singles ? »
Chris haussa les épaules avec un sourire énigmatique sur le visage. « Toujours en train d'être choisi. Bientôt, cependant. Très bientôt, on commencera le tournage pour le prochain single. »
Liz sourit. « Bon, je dois le demander. Raisons personnelles ? Beaucoup de personnes se sont inquiétées pour votre tournée britannique. »
« - Oui, mon parrain est mort dans un accident et son fils était à l'hôpital. J'ai dû rentrer chez moi et respecter mes obligations familiales. »
La femme grimaça. « Mes condoléances. »
« - Merci. »
« - Maintenant, il y a une rumeur qui court et je suis assez curieuse de connaître la réponse » commença Liz avec un sourire. « Les VMA(3). La rumeur dit que Pariah y joue ? »
« - Voyons, la curiosité a tué le chat(4), Liz » réprimanda Chris en secouant le doigt pendant que la jeune femme faisait la moue.
« - Oh, allez. Les chats ont neuf vies, Damon ! »
« - Eh bien, c'est parce que c'est un animal curieux, il a donc besoin de les garder toutes les neuf. »
Liz soupira. « Je ne vais donc pas obtenir de réponse, n'est-ce pas ? »
En souriant, Chris mima une fermeture éclaire sur la bouche puis jeta la clef. « Confidentiel. Désolé. »
La jeune femme laissa échapper un grommellement de protestation et croisa les bras sur sa chemise blanche pendant que Chris sourit. Cette interview s'annonçait intéressante.
Chris se renfrogna devant la porte verte, comme si c'était de sa faute s'il devait être ici aujourd'hui et en finir avec le traumatisme de son enfance. Les voitures de ses tantes étaient dans l'allée, ce qui signifiait que toute la famille était réunie au Manoir.
Le chanteur croisa les bras et tapa du pied. Son esprit lui disait qu'il devait tout simplement frapper à la porte et se débarrasser de ça, mais son cœur battait la chamade et il était sûr que ses paumes étaient moites. Heureusement, il portait encore ses gants donc ce n'était pas vraiment un problème.
Prenant une profonde inspiration -vaine tentative pour calmer son cœur affolé-, Chris leva la main pour frapper trois coups à la porte. À peine une seconde plus tard, son frère l'ouvrit avec un large sourire. Chris fronça les sourcils. « Tu savais que j'étais debout là depuis tout ce temps. »
Wyatt leva les yeux au ciel. « Non. » L'aîné rit au regard que lui lança son cadet. « Bon, oui, je le savais. Mais c'était intéressant de te regarder. Je me demandais si tu allais finir par frapper à cette porte. »
Chris continua à foudroyer son frère en passant le seuil et fut immédiatement happé par les bras de sa mère. Piper frotta le dos de son garçon pendant qu'il continuait de prendre de longues respirations, dans le confort et la sécurité des bras de sa mère. « Salut, Peanut. »
« - Coucou, maman » répondit doucement Chris. Sa mère s'éloigna, mais garda les mains sur ses épaules. Un mince sourcil interrogatif se leva.
« - Quoi ? » demanda Chris avec un sourire hésitant.
Piper secoua la tête. « Tu parais étrange avec de l'eye-liner, c'est tout. Et... Ce sont des piercings ? »
En levant la main, il saisit son lobe droit et sentit deux boucles d'oreilles. « Euh... Ouais. Longue histoire. »
« - Combien, monsieur ? » s'enquit Piper en tapant du pied.
« - Euh.. » Il en dressa rapidement la liste et répondit : « Cinq. Trois à mon oreille droite et deux à la gauche...je crois. »
« - Tu crois ? Tu n'es pas sûr du nombre de piercings que tu as ? » s'étonna Piper.
« - Wouah, c'est quoi cette histoire de piercing ? »
Chris rit et enroula ses bras autour de sa plus jeune tante. « Salut, tante Paige. »
« - Salut, mon cœur » accueillit-elle avant de reculer. « Maintenant, piercing. Combien mon petit neveu a-t-il fait de trous dans son corps ? »
« - Seulement cinq... » répondit Chris en levant les yeux au ciel.
« - Il croit » renifla Piper.
Paige cilla. « Quoi, tu n'en es pas sûr ? »
« - Pas sûr de quoi ? »
« - Piercings » railla Paige pendant que Phoebe embrassait son neveu.
« - Ai-je envie de savoir ? » s'inquiéta Phoebe avec une légère appréhension sur le visage.
Chris soupira. « J'ai cinq piercings et maman flippe parce que je ne suis pas sûr à cent pour cent que mon piercing à la lèvre soit refermé, bien que je sois assez certain qu'il l'est. »
« - Tu avais un piercing à la lèvre » répéta Phoebe en retenant un petit rire.
« - Ouais... Longue histoire, très longue histoire. Plus longue que celle des piercings à l'oreille. »
« - Une histoire que, j'espère, nous entendrons un jour » encouragea Piper avec une lueur d'espoir dans les yeux.
Chris sourit. « Très probablement. »
« - Chris ! »
Chris hoqueta quand deux corps entrèrent en collision avec le sien. « Salut, les morveuses » dit-il en se penchant pour embrasser les jumelles.
Mélinda fronça les sourcils en relâchant la taille de Chris. « Nous ne sommes pas des morveuses. »
« - Ouais ! » confirma Payton. « C'est toi le morveux ! »
Chris leva un sourcil. « Vraiment ? »
Mélinda acquiesça. « Ouais ! Tu es tellement méchant ! »
Chris simula un reniflement. « Oh, et moi qui pensait à acheter un second bus afin de vous emmener à ma prochaine tournée, mais si je suis un tel morveux ! »
Les jumelles écarquillèrent les yeux puis enroulèrent rapidement leurs bras autour des jambes de leur cousin. « On est désolées ! »
« - Non, le mal est fait. » Chris serra les yeux. « Je comprends. »
« - Oh mon Dieu, Chris devient une reine du tragique, puis-je partir et revenir plus tard ? »
Chris tira la langue à l'aînée de ses cousines. « Silence Sammy. Aux dernières nouvelles, tu étais Miss spécialité en théâtre. »
Samantha rit et se pencha au dessus des jumelles collantes pour embrasser son cousin. « Bon, on va l'avoir cette conversation, ou pas ? »
Chris soupira. « Jolie façon de casser l'ambiance, Sam. »
Samantha haussa les épaules. « Eh bien, certains d'entre nous doivent retourner à l'Université. »
Chris désigna le séjour. « On y va ? »
La famille acquiesça. Après avoir décollé les jumelles de ses jambes, Chris se dirigea vers le salon. Il salua rapidement ses oncles et échangea un regard avec son père avant de s'installer à sa place -appuyé contre le cadre de la porte qui séparait le hall et le salon. Chris croisa les bras et soupira. Il n'avait aucune idée de par où commencer.
« - Pourquoi ai-je l'impression que ce ne sera pas une bonne chose » marmonna Paige.
« - Parce que ça ne l'est pas » confirma Chris. Il prit son chapeau et passa une main dans ses cheveux. En jetant son chapeau sur la table, il se mit à arpenter la faible distance entre les deux montants de la porte. « La raison pour laquelle je me suis enfui il a cinq ans se résume à une chose » commença-t-il en pinçant l'arête du nez au moment où son niveau de stress grimpa en flèche. « La peur était trop grande et je ne supportais plus de servir de punching-ball. L'idée d'avoir peur de m'endormir, d'être seul était si traumatisante que... » Il secoua la tête. « Pendant treize ans, j'ai dû endurer les coups de poings, les coups de pieds, les paroles haineuses d'une personne que je pensais devoir protéger simplement par j'étais sa famille. » Un grognement. « Apparemment, je me suis trompé, parce que mon propre père me haïssait tellement qu'il a décidé que je serais mieux rabaissé et mort plutôt qu'aimé et réconforté. »
Un hoquet retentit quand Chris termina sa phrase.
« - Chris... » chuchota Phoebe avant de jeter un coup d'œil à Léo, qui s'était levé.
« - Tu mens ! Je n'ai jamais levé la main sur toi ! » s'écria le Fondateur.
Chris plissa les yeux. « Tu croyais vraiment que je quitterais ma famille pour une raison aussi stupide que devenir célèbre ? J'ai vécu avec ta haine pendant treize putains d'années ! Désolé, si j'en ai eu assez de me réveiller avec des ecchymoses ! »
« - Chris... » Un doux chuchotement venu du canapé, à sa droite, fit Chris se tourner vers les yeux noisettes de son oncle Henry. « Chris... »
En grimaçant, Chris regarda son oncle. L'homme se leva lentement. « Tu... Pourquoi est-ce... » bredouilla-t-il.
Que les souvenirs effacés,
Retrouvent leur place dans cet esprit troublé.
Tout le monde observa quatre petites boules blanches tournoyer autour de Henry avant d'être absorbées par son corps. Henry tressaillit quand les souvenirs s'inscrivirent dans son esprit. Chris et lui était assis sur un bateau. Ses yeux fixaient la clavicule du garçon de seize ans. La chemise était légèrement descendue quand Chris essaya de remonter un poisson. Henry décida d'en parler avec lui. Chris s'effondra en larmes dans ses bras. Il sentait une fureur brulante contre son beau-frère pour avoir osé faire ça à un enfant si innocent. Un garçon qui ferait n'importe quoi pour sa famille et ne récoltait en retour que le haine de son père.
En se tournant violemment, Henry plissa les yeux et foudroya Léo. « Comment as-tu pu... » siffla-t-il. « Pourquoi as-tu... »
« - Oncle Henry » intervint Chris en posant la main sur son épaule pour tenter de le calmer. « Assieds-toi...s'il te plaît. »
« - Comment as-tu pu me faire ça ! » cracha Henry. « Pourquoi as-tu pris ces souvenirs ! J'aurais pu te sauver ! On aurait pu arranger ça ! »
Chris grimaça. « Crois-moi quand je te dis que si je pouvais changer mes actions, je le ferais. Mais je dois en affronter les conséquences aujourd'hui et je ne veux pas que tu aies à souffrir de mes choix, alors s'il te plaît. Assieds-toi. »
« - Tu le crois ! » s'indigna Léo, en pouffant légèrement. « Il était à la recherche d'attention, il a toujours voulu être sous le feu des projecteurs. »
« - Je pense que je me serais dégoté le premier rôle dans la pièce de l'école, dans ce cas là » railla Chris d'une voix traînante. « Je n'aurais pas fait croire à tout le monde que j'étais tabassé par mon propre père ! »
Léo croisa les bras. « Je ne vois pas comment quelqu'un pourrait te croire. Tu n'es rien d'autre qu'une tapette. Regarde-toi, avec le maquillage. »
« - Tu crois que je voulais faire ça ? » gronda Chris, les yeux brulants de colère. « J'ai fais ce que j'avais à faire pour survivre. »
« - Et ça ne t'arrête pourtant pas aujourd'hui » rétorqua Léo. « Au moment où tu es revenu, tu aurais pu rester, mais non. Tu as abandonné ta famille une fois de plus pour partir à cette tournée ! »
Chris prit une profonde respiration et répondit calmement : « Est-ce mal d'aimer ce que je fais ? Que j'aime mon travail ? En quoi est-ce différent que Wyatt soit professeur ou maman gérante d'une boîte de nuit ? »
« - Ils sont toujours chez eux le soir et ils peuvent revenir à la maison quand ils savent qu'on a besoin d'eux » dit Léo. « Ils sont inhérent à leur héritage et en comprennent les limites. »
Chris plissa les yeux. « Tu te fiches de moi. Donc, tu es train de me dire qu'à cause de ce que je fais, je ne suis plus un Wiccan ? »
« - Pas plus qu'un Halliwell. »
« - Oh, je parie que ces mots te ramènent des tas de souvenirs, Léo » siffla Chris. « Parce que, pour moi, si. Que suis-je d'autre ? Pourquoi ne pas dire à toute la famille ce que tu avais l'habitude de me murmurer à l'oreille après avoir brisées mes putains de côtes, avant de me laisser dans une marre de sang sur le plancher de ma chambre ? »
Léo grogna. « Surveille le ton que tu emploies avec moi. Je suis toujours ton père. »
« - Tu as perdu le droit d'être mon père au moment où tu as levé la main sur moi la première fois » aboya Chris. « Tu n'es rien d'autre qu'un donneur de sperme pour moi. »
Wyatt leva la main et la plaça sur l'épaule de son frère. « Chris. »
« - Non » répondit Chris en repoussant la main de son frère. « J'en ai assez. Il n'avouera jamais ce qu'il a fait. »
« - Ça n'a pas d'importance qu'il le fasse » rassura doucement Wyatt en replaçant sa main sur l'épaule de Chris. « Je l'ai vu et maman le croit. » Les yeux bleus glacials de Wyatt se fixèrent sur ceux de son père. « Il est parti et il ne reviendra jamais. »
Léo grogna et leva le poing. Les yeux de Wyatt s'élargirent en voyant la main de son père se dirigea vers son visage. Il les ferma, attendant la douleur.
« - Ne t'avise pas. »
Wyatt rouvrit brutalement les yeux et loucha en essayant de distinguer le poing à quelques centimètres de son visage. En se tournant légèrement, il fut surpris de voir son frère, les yeux plissés et concentrés sur le poing de son père. « Ne t'avise pas de nuire à une autre personne de cette famille » siffla Chris.
Wyatt regarda son frère plisser les yeux et le poing de Léo commença à reculer en tremblant. « Tu m'as battu pendant treize ans » gronda Chris en faisant un pas en avant. « N'était-ce pas suffisant pour te débarrasser de ta colère, Léo ? Mais non, tu veux poursuivre tes méthodes idiotes. J'ai permis que treize années de ma vie soient souillées par ces nuits, mais je refuse que tu les transferts sur une autre personne. Je refuse de te laisser toucher à une autre personne de cette famille. Je porterais ce fardeau, car c'est ainsi que tu m'as fais. Mais tu ne donneras à personne d'autre ce sentiment de d'impuissance, de désespoir, de douleur et de haine de soi. » Chris baissa les yeux de façon à ce que la main de Léo se pose sur le côté. « J'ai juste une question à te poser » murmura Chris. « Pourquoi ? Pourquoi m'as-tu fais ça ? »
Léo dévisagea Chris. « Je ne t'ai rien fait. »
« - C'est ça » railla Chris. « Et j'ai imaginé les ecchymoses et les fractures. C'est vrai, parce que je souffre de schizophrénie et pas de SSPT » cracha-t-il. « Stupides psychiatres, ils confondent toujours ces deux là ! »
« - Chris... »
Chris plissa les yeux. « Quoi papa ? Tu vas me gifler à nouveau ? Me casser le nez ? Ça a toujours été un de tes préférés. Oh, encore mieux, pourquoi ne pas me balancer dans les escaliers ? Ça a toujours été amusant. » Soudain, Chris tourna le dos à son père. « Je ne comprends pas ce qui t'a fait me voir différemment de Wyatt. Est-ce parce que je ressemble plus à maman ? Parce que je n'étais pas le parfait petit blond aux yeux bleus que tu voulais ? Ou parce que j'ai rendu maman incapable d'avoir d'autres enfants ? Que je l'ai presque tuée quand elle m'a donné naissance ? » Chris se pinça l'arête du nez. « Pourquoi me hais-tu à ce point, bon sang ? »
Léo plissa les yeux à son tour. « Tu n'es pas comme je pensais que tu allais devenir. »
Chris fusilla Léo du regard. « Quoi ? Tu voulais que je me mette à courir à l'étage, que je me décolore les cheveux, que je mette des lentilles pour avoir les yeux bleus ? Que je me gonfle de muscles et que je devienne le meilleur joueur de football américain que Bakers High ait jamais vu ? » Il fit un pas en avant. « Désolé de te décevoir, papa, mais ça n'arrivera pas. »
« - Tu n'es qu'un sale morveux. »
Chris pouffa. « Tu as fait mieux, Léo. Qu'est-il arrivé à tes insultes, elle sont mortes quand tu as vieilli ? »
Léo soupira et balaya les visages abasourdis de la famille. « Vous ne le croyez pas, n'est-ce pas ? »
« - Léo, ça paraît assez évident que nous le croyons » grogna Henry.
« - Henry, il ment ! » plaida Léo. « Il joue ! »
Coop se leva et plaça une main sur l'épaule de Chris. « J'en doute, Léo. » Le Cupidon enroula un bras autour des épaules de son neveu. « Calme-toi. »
« - Plus facile à dire qu'à faire » haleta Chris. « Merde. »
« - De profondes respirations » conseilla Coop avant que ses yeux sombres ne fixent Léo. « Je pense qu'il est temps de partir. »
« - C'est toujours ma maison, Coop » rappela Léo.
« - Non, plus maintenant. »
Les yeux de Léo se tournèrent rapidement vers son épouse ; la femme se leva lentement. La fureur était visible dans ses yeux quand elle vint se placer à côté de son fils. Elle lui prit les mains dans les siennes et en frotta doucement le dos avec ses pouces. « Chut, Peanut, c'est ça, de grandes respirations » rassura-t-elle avant de se tourner vers son mari. « Tes affaires sont déjà dehors. Je ne veux plus jamais te revoir. Je ne veux plus jamais entendre parler de toi. Tu vas marcher jusqu'à la porte et ne plus jamais remettre les pieds ici. Tu ne parleras plus jamais à un membre de cette famille ou je jure devant Dieu que tu seras soufflé jusqu'au Zimbabwe ! »
« - Tu ne peux pas faire ça, Piper » protesta Léo.
Les yeux de Piper se rétrécirent. « Tu as fait du mal à mon fils. Tu as fait du mal à mon fils et tu l'as fait fuguer pour pouvoir échapper à ce qu'il n'aurait jamais dû avoir à traverser. Sors de ma vue, Léo. Si tu ne le fais pas, je ne répondrais plus de rien. »
Léo ouvrit la bouche, mais il la referma en voyant Phoebe et Paige se lever à leur tour. Il regarda son fils cadet, les yeux de celui-ci fulminaient. « Comment tu te sens après avoir déchiré cette famille ? » siffla Léo. « Ça te fait quoi de savoir que si tu n'étais pas né, cette famille serait heureuse ? »
Chris serra les yeux. « Va te faire foutre, Léo. Va te faire foutre. »
Les jambes que Chris se dérobèrent quand il le senti cracher à son visage avant d'entendre la douce musique de l'éclipse. Chris lâcha un grand souffle ; il ne savait pas qui le tenait. Levant avec peine sa main libre, il attrapa la main de son oncle. « Ça va. »
« - Chéri, tes jambes tremblent. Tu devrais peut être t'asseoir » conseilla Piper en l'escortant jusqu'au canapé.
Chris soupira et se pencha en arrière. « Ce...n'était pas comme j'avais prévu que ça ce passerai. »
Piper s'assit à côté de son fils, et Wyatt de l'autre côté. « Je pense qu'aucun d'entre nous n'avait une idée claire sur le déroulement de l'histoire » fit remarquer celui-ci.
Chris pouffa. « Je pensais être au moins capable de garder mon sang froid. »
Phoebe fronça les sourcils, assise sur le fauteuil en face des trois. « Euh, je ne veux pas paraître grossière, mais on vient juste de recevoir une sacrée bombe sur la tête et je voudrais un peu plus d'informations. »
En se penchant en avant, Chris se frotta les yeux. Il fit une légère grimace en voyant les tâches noires sur ses mains. « Emma ne va pas aimer ça » marmonna-t-il avant de regarder ses tantes. « En gros, Léo venait me battre dans la nuit. Il me disait des choses stupides que mon esprit stupide croyait et venait le matin, avant que tout le monde ne soit réveillé, guérir mes blessures visibles. »
« - Et...tu as subi ça pendant treize ans » souffla Paige, horrifiée.
Chris hocha la tête. « Je ne suis pas certain de la raison pour laquelle je n'ai rien dit. C'est quelque chose que je n'ai jamais été en mesure de comprendre, je ne l'ai tout simplement pas fait. »
« - Comment avons-nous pu ne rien remarquer ? » gémit Paige. « J'ai été travailleur social, j'ai été formée pour reconnaître les signes d'abus et ils m'ont échappés chez mon propre neveu. »
« - Ne t'en veux pas, tatie » murmura Chris. « En plus, oncle Henry l'a remarqué. Je lui ai dit un soir puis j'ai eu peur de ce que Léo pourrait lui faire, alors j'ai effacé ses souvenirs. Deux semaines après, je suis parti. »
Piper ferma les yeux. « On doit faire en sorte que Léo ne revienne pas. »
« - Les Fondateurs ne feront rien » renifla Chris.
« - Pourquoi pas ? »
« - J'ai essayé » répondit-il à son frère. « Je devais avoir autour de quatorze ans quand j'en ai convoqué une et que je le lui ai dit. Elle a répondu qu'elle ne pouvait rien faire. Je n'étais même pas censé être né et ils pensaient que c'était une sorte de karma sacré... Connards. Ils se sont sans doute dit que j'allais mourir et qu'ils n'auraient pas à se préoccuper d'un autre hybride. »
Piper serra les dents. « Il faut faire quelque chose. »
Chris soupira et posa une main sur le genou de sa mère. « C'est bon, maman. Il a eu tout ce qu'il méritait. »
« - Chris, il te battait tous les soirs » siffla Wyatt. « Je pense qu'il mérite plus que quitter la maison. »
« - Il a perdu sa famille, c'est tout ce qu'il reçoit » expliqua Chris en regardant sa montre. « Merde, je dois y aller. »
Les yeux de Piper s'élargirent. « Tu ne peux pas monter sur scène ou quoi que tu aies à faire après tout ça. »
Chris sourit tristement. « Je le dois. Simuler fait parti du job, maman. » Il se pencha et posa une bise sur la joue de Piper. « Je reste en contact » rassura-t-il avant de s'éclipser.
Tyler leva les yeux de son magazine en entendant le bruit de l'éclipse. Voyant la masse trébuchante, il se leva rapidement et conduisit Chris jusqu'au sofa. « Putain... »
« - Qu'est-ce qui s'est passé ? » s'enquit Tyler en se précipitant vers le réfrigérateur pour prendre une bouteille d'eau.
Chris sourit avec lassitude. « Il est parti. »
Tyler se figea et regarda son ami. « Quoi ? »
Le Halliwell acquiesça lentement, un petit sourire sur les lèvres. « Il est parti. Je n'ai plus à m'inquiéter qu'il frappe quelqu'un d'autre. Il est parti. »
Le visage de Tyler s'adoucit en regardant Chris pencher la tête vers la table et libérer des larmes de soulagement. Plaçant la bouteille sur le comptoir, Tyler s'installa sur le canapé et enveloppa un bras autour des épaules de son ami. Son regard se déplaça vers le toit et un sourire tendu se forma sur ses lèvres. C'était enfin fini. Il caressait les cheveux de Chris et continua de le réconforter. Ces larmes étaient la première d'un grand nombre étapes vers la guérison. Une guérison qui était attendue depuis longtemps.
(1) UCLA - University of California, Los Angeles.
(2) Chris appelle "groupies" les membres du staff.
(3) VMA - Video Music Awards. Émission sur MTV récompensant les meilleurs clips de l'année.
(4) "Curiosity killed the cat" - Normalement, ça se traduit par "la curiosité est un vilain défaut" Mais avec la réponse de Chris, je n'ai eu d'autre choix que de faire un [vilain] mot-à-mot...
N/T : *Crazy disco dances* Oh, yeeeaaaahhh ! Il est parti ! Il est bien parti...n'est-ce pas ?
Prochain chapitre : vendredi 11 novembre.
Fiche de traduction :
Traduction : 11h50
Début-Fin : 29-30/06/11
Relecture : 5h30
Nombre de pages : 25
Nombre de mots : 9 737
Date de publication : 14/10/11
Dernière mise à jour : 22/02/12
