Oui, je sais, il ne s'est pas passé grand-chose dans l'épisode 8. Veuillez m'en excuser.

Episode 9 : Deuxième année

Mais le 91ème jour après l'accouchement arriva. Sulring recommença à son plus grand désespoir à recevoir des visites de Melkor.

La première fois, celui-ci s'étonna de l'absence de bassine au pied du lit.

- Tu n'as plus ta bassine ?

Sulring, plus que surprise de voir que son chef, voyant une cinquantaine de femmes par nuit, retienne un détail aussi insignifiant, répondit :

- A chaque fois, je rendais mon dîner. Mais j'ai résolu le problème : je ne prends plus de dîner.

- Est-ce si traumatisant que cela ?

- Pour moi, oui. Mais ne vous inquiétez pas : mon cas n'est pas une généralité.

- Je vois ça, oui. Au moins, je suis sûr d'une chose : tu me seras toujours fidèle.

- Ca, c'est clair.

Quand je pense que les autres me traitent de lapin… elle est presque reconnaissante.

Elle ne put s'empêcher de trembler quand il posa les mains sur elle. Ce n'était pas la première fois, mais cela lui faisait toujours aussi peur.

Heureusement, cela ne dura pas longtemps : cinq minutes et huit secondes…

Le lendemain, Sulring fut contrainte de laisser tomber les lembas et de se remettre à la viande d'orque. Eärwen lui amena une étrange mixture.

- C'est quoi, cette chose ? Un truc qui améliore le goût ?

- Non désolée. Il s'agit d'une potion de fertilité. Une consoeur m'en a fait passer. Je l'ai goûtée, et je n'en suis pas morte, si ça peut te rassurer.

- Et c'est efficace ?

- Je ne sais pas. Mais apparemment, ça ne peut que faire du bien.

- Si tu le dis.

Elle l'avala et fit la grimace. Cette potion avait un goût semblable à celui de l'huile de foie de morue.

- Niveau goût, ça pourrait être mieux. Pourquoi faut-il toujours que les potions soi disant magiques aient des goûts infects ?

- Aucune idée.

Par la suite, Sulring se dispensa de potion. Si elle avait réussi à faire un gamin à Melkor, elle réussirait une deuxième fois. Et ça ne rata pas. Ce fut peut-être un effet de la potion, mais Sulring mit au monde deux enfants. Elle s'émerveilla deux fois plus à leur vue lorsqu'ils poussèrent leur premier cri. Seulement, un minuscule détail attira l'attention de Sulring et de sa suivante : ses enfants étaient des filles.

Eärwen regarda sa maîtresse d'un air désolé, disant :

- Ma dame, le Chef ne veut pas de filles.

Sulring lui jeta un regard signifiant clairement que si elle n'avait pas été épuisée par l'accouchement, elle lui aurait collé son épée sous la gorge.

- Alors je les garde.

- Tu n'y penses pas ?

- Je ne tuerai pas mes propres enfants. Et si ce psychopathe de Melkor n'en veut pas, je les garde et les élève moi-même.

Eärwen frissonna quand elle entendit sa maîtresse prononcer le nom de Melkor. C'était bien la première fois qu'elle l'osait.

- T'as qu'à leur dire qu'elles sont mortes-nées, continua-t-elle.

- Mais comment vas-tu faire pour que personne ne se rende compte de leur existence ?

- J'aviserai.

- Les biberons ?

- Je les allaiterai un moment, puis tu m'achèteras du lait dans lequel je diluerai des lembas.

- Et pour les couches ?

- J'utiliserai de l'essuie tout ultra absorbant, enfin, on verra.

On va bien voir ce que ça donne, se dit Eärwen, Sulring est une spécialiste du système D.

Voyant que Sulring était déterminée, Eärwen préféra ne pas insister.

- Je pourrai demander de l'aide à celle qui recueille les garçons. Ou son mari (Sauron) pourra nous aider.

- Eärwen, je ne demanderai de l'aide à Sauron que si je n'ai pas d'autre choix, ou un moyen de pression. Maintenant, voudrais-tu me rendre un service ?

- Bien sûr, je suis là pour ça.

- Va voir Elya la M17. Dis lui que tu viens de ma part et taxe lui autant d'essuie tout ultra absorbant que tu pourras.

- Mais, ça ne va pas faire louche ?

- Non.

Après une seconde de réflexion, elle ajouta :

- C'est vrai que ça peut paraître louche. Elle va croire que j'ai commis un meurtre et ai besoin d'essuie tout pour éponger le sang.

- En effet oui.

- Alors n'en taxe pas beaucoup à Elya et va en acheter.

- C'est de la folie, Sulring.

- Eärwen ! tonna-t-elle. Tu fais ce que je te dis et tu ne discute pas !

Elle sursauta et s'inclina devant elle, en murmurant un faible « oui, ma dame ». Elle se retira et partit voir Elya. Sulring s'en voulut de lui avoir parlé ainsi. Elle n'avait jamais grondé Eärwen auparavant.

Elle chercha une autre solution tout en allaitant ses filles. Mais elle n'en trouva pas. Peu de temps après, les trois s'endormaient profondément.

Eärwen se rendit vers l'appartement de la M17. Elle n'en voulait pas à Sulring de l'avoir engueulée. Après tout, Sulring était assez à cran en ce moment. En même temps, elle s'engage dans un de ces trucs… vouloir élever seule deux enfants sans être repérée par Melkor, ça relève de la mission impossible, pensa-t-elle. Devant la porte d'Elya, elle entendit des bruits étranges, le genre de bruits que l'on n'entendra jamais chez Sulring. Elle frappa tout de même. Elle entendit un juron, des bruits de pas, de portes et autres. Puis elle vit Elya, mal sapée et les cheveux en pétard, lui ouvrir.

- Oui ?

- Je suis Eärwen, la suivante de Sulring, la M47.

- Ah, la M47. Elle est trop sympa, elle. On s'est vues quand le Chef nous a présentées. Comment va-t-elle ?

- Bien. C'est juste que, elle a eu un problème avec de la viande d'orque. Elle en a vomi par terre et elle est en rupture de stock d'essuie tout…

Apparemment, Elya crut au mensonge gros comme Angband qu'Eärwen lui sortit. Histoire d'ajouter plus de crédibilité, elle dit :

- La personne qui en vend fait grève.

Elle ne prenait pas beaucoup de risque. C'était très fréquent. La personne vendant de l'essuie tout et autres trucs du genre faisait souvent grève, en manifestation inconsciente du fait qu'elle voulait se tirer.

- Elsea ! appela Elya.

Une elfe consistante sortit de sa chambre et se présenta devant Elya, l'air de mauvaise humeur.

- Oui ma dame ? grogna-t-elle.

- Va me chercher mon stock d'essuie tout.

Elle y alla en traînant les pieds, revint avec une vingtaine de rouleaux et les laissa tomber sur le sol. Elya lui dit de se servir, même qu'elle pouvait tout prendre si elle voulait.

- Je vous dois combien.

- Rien. Prenez ce que vous voulez.

- J'en prends en plus au cas où.

- Je vous en prie.

Eärwen prit les vingt rouleaux, la remercia et prit congé. Elle resta un moment derrière la porte, et entendit des voix.

- Combien de fois t'ai-je dit de me parler autrement, espèce d'insolente ? criait Elya. Ce n'est pas parce que tu fais 30kg de plus que moi que je vais avoir peur de toi ! Je suis supérieure à toi, je suis la favorite du Chef et tu ne peux rien contre moi !

- Vous devriez avoir peur. Je peux vous mettre à terre en un seul geste ! Et je pourrais vous dénoncer au Chef car vous le trompez !

On entendit un bruit montrant clairement qu'Elya venait de donner une baffe à sa suivante.

- N'y pense même pas, gronda Elya d'un ton menaçant.

- Je vais me plaindre et rejoindre l'association SOS suivantes battues.

- Pffft, soupira Elya. Personne ne croira que tu es battue.

Eärwen l'entendit alors parler à une troisième personne :

- Frappez-la s'il vous plaît.

Un autre bruit signifia que la suivante se prenait un autre pain.

Tout le monde ne s'entend pas aussi bien que Sulring et moi, se dit Eärwen. Elle a peut être un sale caractère, elle est peut-être têtue comme une mule mais au moins, elle me respecte.

- Je l'enferme ? demanda une voix d'homme.

Eärwen sursauta. Il lui semblait connaître cette voix.

- Oui, si vous le voulez bien. Après nous finirons ce que nous avons commencé.

On entendit un bruit de porte et un grognement. Apparemment, Elsea n'était pas d'accord pour être enfermée.

- Je vous dénoncerai, Sauron. Vous et votre maîtresse serez torturés pendant des siècles, menaça Elsea.

- Ca m'étonnerait, répliqua Sauron. Elya est la favorite du Chef, donc il ne lui fera rien. Quant à moi, il ne me fera rien non plus, il a besoin de moi pour trouver la cité cachée de Gondolin.

Sauron bluffait. Pour le moment, son maître avait renoncé à chercher Gondolin, cette cité des elfes dont tous ignoraient l'emplacement. Ceux qui l'avaient trouvée par hasard n'avaient plus le droit d'en sortir. Les elfes de Gondolin vivaient en paix, ne se préoccupant pas des problèmes extérieurs à la cité, bien contents que Melkor ne les ait pas encore trouvés.

- Melkor se fiche de Gondolin comme de sa première chaussette pour le moment ! cria Elsea.

Sauron lui colla un pain, pour avoir osé prononcer le nom de Melkor. Puis il la bâillonna.

Eärwen faillit tomber à la renverse. Elle décida de garder ce secret pour elle. Elle préférait ne pas imaginer la réaction de Sulring si elle l'apprenait, sachant que cette dernière haïssait Sauron de toute son âme. Elle le détestait plus encore que son maître lui-même.

Eärwen ne pensait pas que ce secret révélé par les défauts d'insonorisation d'Angband allait leur être très utile par la suite.

Elle rentra donc chez sa maîtresse, qui se réveilla avec ses gamines, quelques heures plus tard. Eärwen posa ses essuie tout et demanda :

- As-tu pensé à des noms ?

- Oui. Ilmarë et Miriel.

- C'est joli, commenta-t-elle. Et, as-tu pensé à quelque chose pour les différencier ?

- Sors un ruban rouge et un bleu. Mets-les à leurs poignets. Celle de droite aura le rouge et s'appellera Miriel. Celle de gauche aura le bleu et s'appellera Ilmarë.