Bonsoir, je poste le chapitre plus tôt que prévu car je pars en vacances, donc le prochain chapitre arrivera le dimanche 19.

Je remercie Soran-M pour son commentaire particulièrement juste et Eykie, merci !

Eykie : Je suis contente d'apprendre que tu apprécies le style et l'approche, Gally et Newt sont deux personnages que j'apprécie énormément, j'allais forcément écrire sur eux. En ce qui concerne l'avenir de leur relation, et bien... surprise !


Ben n'avait jamais été réellement ami avec Teresa lorsqu'ils étaient tous les trois à l'école primaire, puis au collège. À l'époque, cela s'expliquait peut-être par le fait qu'elle était une fille. Peut-être, parce qu'elle avait un an de plus que lui. Gally aussi avait un an de plus que lui, pourtant Ben avait toujours été ami avec ce garçon.

Il avait aussi toujours admiré Gally, c'était une forte-tête, un bagarreur, un protecteur. Il se souvenait comment Gally protégeait Chuck, c'était l'image du grand-frère héros, un peu bourrin. Mais ça lui réussissait bien.

Mais en grandissant, Ben s'était effacé pour que Gally puisse passer plus de temps avec Teresa. Il avait même cru que son meilleur ami était amoureux de la brune.

Il s'était lourdement trompé. Ce n'était pas une question de sentiment caché, en réalité, Gally et Teresa appartenaient au même monde. Un monde que Ben ne pouvait pas comprendre malgré toute son empathie. Jamais Ben ne comprendrait pleinement le sentiment d'être un enfant adopté ; Teresa le pouvait, elle. Cette fille avait toujours intimidé Ben avec ses grands yeux bleus perçants, intelligents, inquisiteurs.

Ben n'avait jamais vraiment su ce qu'était la vie de Gally, avant. Avant l'adoption. Il savait seulement que Chuck était son frère biologique et que ses véritables parents les avaient abandonnés. Pour quelles raisons ? Se souvenait-il d'eux ? Ben n'en savait rien, peut-être ne le saurait il jamais. Gally avait la même réponse qui coupait court les questions : « Tu sais, j'avais sept ans à l'adoption, et avec Chuck, on a fait deux ans de foyer avant. J'ai tout oublié ». Imparable. Pourtant, Ben avait toujours eu le sentiment que son meilleur ami mentait. Mais ça, il ne lui dirait jamais.

Ben était un ami discret, il ne voulait jamais fouiner de trop. C'était son plus grand défaut.

Chuck était mort. Il avait pleuré, lui aussi, comme beaucoup. Puis, tout s'était enchaîné rapidement. Teresa avait déménagé sans donner le moindre signe de vie, Gally avait redoublé. Ils étaient maintenant dans la même classe.

Il savait que Gally n'allait pas bien. Il avait essayé de l'aider. Pas assez, de toute évidence. Gally était devenu agressif. Comment aider quelqu'un qui vous rejette ? Ben s'était accommodé à la morosité de son ami. Il avait tenté, dans un dernier recours, d'alarmer les parents de Gally sur l'état de leur fils adoptif. Il avait été rudement congédié. La perte d'un fils était bien plus dramatique que celle d'un frère. Ben n'était pas d'accord. Mais, du haut de ses quinze ans, que pouvait-il bien dire à des adultes ?

Ça allait passer, Gally irait mieux, il n'y avait pas à s'inquiéter. Il fallait juste laisser le temps du deuil se faire… Gally disait toujours qu'il allait bien, alors, Ben n'insistait pas.

Ben n'était pas assez entêté. Il était un piètre meilleur ami.

Le lycéen soupira avant de reprendre le fil de la conversation :

« Je ne comprends pas, qu'est-ce que vient faire Newton dans tout ça ?

- Moi-même, je ne comprends pas vraiment… »

Il se trouvait à présent sur le palier de la chambre de Teresa, ils étaient tous deux dans le couloir afin de ne pas déranger Gally qui se reposait à l'intérieur.

« De ce que j'ai compris, » Reprit Teresa en croisant les bras, « Il a sympathisé avec cet élève sur le site de votre lycée.

- Mais ils ne peuvent pas se saquer. Et pourquoi ils parleraient ensembles ?

- Franchement, je n'en sais rien, Gally n'est pas clair… Votre site est anonyme, non ? J'ai cru comprendre que Newton a arrêté de correspondre avec lui lorsqu'il a découvert son identité, quelque chose comme ça.

- Ça n'explique pas pourquoi ils ont commencé à discuter ensemble, je veux dire, Newton quoi… » Pensa tout haut Ben, « Pourquoi ?

- Je ne sais pas… Gally a besoin d'aide. Il voulait juste parler à quelqu'un. Je… Je ne m'attendais pas à le retrouver dans un tel état. Et ses parents dans tout ça ? Je les ai eus au téléphone, ils étaient froids. »

Le garçon grimaça.

« Ça n'a pas changé depuis que t'es partie, ils le blâment toujours pour la mort de Chuck.

- C'est ridicule.

- Je sais mais ils le vampirisent. Comment veux-tu qu'il fasse son deuil si on lui rappelle quotidiennement que c'est de sa faute ? »

La brune ouvrit la bouche, prête à répondre, elle se ravisa. Elle se pinça les lèvres, formant une expression agitée sur son visage.

« Il faut régler cette histoire avec ce Newton…

- Je peux parler de ça avec Gally, justement ?

- Désolée, il ne veut voir personne mais il a dit qu'il essayerait de venir en cours vendredi. Je le déposerai le matin et j'irai le chercher l'aprem. J'imagine qu'il va rester chez moi encore quelques jours… »

Ben hocha la tête, légèrement nerveux à cause de la situation. C'était la première fois depuis trois ans qu'ils se voyaient – il ne l'avait même pas croisée durant la fête d'Alby -, elle dégageait une telle maturité qu'il en était perturbé. À cela s'ajoutaient ses inquiétudes pour Gally.

« Bon ok… Tu me préviens quand il revient au lycée, d'accord ? Et j'y pense… » Il s'interrompit pour fouiller dans son sac à dos, « J'ai les cours de ces derniers jours, c'est la dernière de ses préoccupations, je sais enfin…

- Merci. » Le coupa doucement Teresa avec un sourire de remerciement.

Elle attrapa les feuilles tendues.

« Merci. » Répéta-t-elle.

Ben se passa une main dans les cheveux, il n'avait qu'une envie : parler et voir Gally tout de suite. Il voulait constater son état de lui-même. Alors qu'il s'apprêtait à partir, il se figea, sembla réfléchir, puis fouilla dans la poche de son pantalon. Il y sortit deux billets qu'il fourra dans la main de la brune.

« Qu'est-ce…

- Ce n'est pas grand-chose mais garde ça, je ne sais pas, pour la bouffe, le Lavomatic. J'en sais rien.

- Mais… »

Ben se détourna et se dirigea à la hâte vers les escaliers où il disparut. Déconcertée, Teresa ouvrit sa main et découvrit deux billets froissés de vingt dollars. Elle resta ainsi quelques secondes avant de rentrer dans sa chambre de bonne. Elle ferma la porte le plus doucement possible, puis envoya un sms à Ben pour le remercier et lui promettre qu'elle le rembourserait dès qu'elle recevrait sa bourse.

Une fois envoyé, la jeune étudiante s'avança à pas feutré vers son lit et s'agenouilla. Gally y était allongé depuis la veille, il ne dormait pas. Depuis qu'il était ici, il ne dormait pas réellement, seulement trois heures par nuit. Le reste du temps, il somnolait.

Gally n'avait pas quitté son lit depuis hier soir, il était à présent 17h. Enfin, les seules fois où il se levait étaient pour aller aux toilettes. Le simple fait de se lever représentait un effort flagrant. Le lycéen vacillait sur ses jambes, même pour effectuer trois pas.

La journée, Teresa était à l'université, mais elle n'était pas dupe. Elle savait pertinemment que Gally restait amorphe.

À cela s'ajoutait un début de sevrage de Xanax, Teresa appréhendait les prochains jours.

« C'était Ben.

- Je sais. » Bafouilla Gally.

« Tu veux retourner au lycée demain ? Ou vendredi ?

- Lundi.

- Ok. » Souffla la brune sans jugement, « Et si pour changer des pâtes, on mangeait une pizza ? Surgelée évidemment, ça te dit ?

- Pas faim.

- Tu as mangé ce midi ? » Demanda-t-elle en connaissant déjà la réponse.

Depuis lundi, elle préparait toujours un plat de pâtes à faire réchauffer au micro-onde afin que Gally ait le moins de choses à préparer. Mais le plat restait à chaque fois intact.

« Désolé.

- Ce n'est pas grave. »

Teresa alla à la supérette, laissant Gally seul.

Sa tête était si lourde, de même pour son corps tout entier. Il voulait quitter ce lit, mais le moindre muvement devenait une torture. Il ferait un effort, lundi, se promettait-il. Il aurait le courage lundi. Pour de vrai.

Pourtant l'idée même de sortir, le fatiguait d'avance.

X

La voiture se gara devant l'établissement où les élèves commençaient à affluer. À côté d'elle, sur le siège passager, Gally se tordait les doigts, le regard fixé sur la route.

« Ça va bien se passer.

- Je sais, comme d'habitude. »

La brune hocha la tête puis ouvrit la boîte à gants qu'elle fouilla en marmonnant contre le bazar. Entre les lunettes de soleil, ses écouteurs, son chargeur, ses papiers ou encore ses chewing-gums, elle eut du mal à mettre la main sur la plaquette de médicament. Elle sortit finalement un comprimé qu'elle cassa en deux entre ses ongles. Elle en tendit une moitié à Gally.

« J'en ai besoin d'un entier. » Dit le lycéen.

« T'es monté à trois, voire, quatre par jour, c'est le double de ta prescription. Tu dois revenir à un ou deux.

- Mais comment tu veux que je tienne toute la journée avec un demi ?! » S'emporta-t-il.

Teresa ne se laissa pas impressionner. Un coup contre la vitre fit sursauter le jeune homme. La vitre s'abaissa.

« 'Lut.

- Ben, tu tombes bien, écoute, tu dois garder ça avec toi, ok ? Tu lui donneras à la fin de la cantine. »

Elle lui donna la moitié du comprimé dans sa boite. À côté, Gally s'échauffait de plus en plus :

« Putain, vous allez arrêter de vous la jouer assistantes sociales. Je ne suis pas un débile qu'il faut surveiller h24, même aux chiottes ! »

La brune lança un regard d'avertissement à son ami, ce dernier lui rendit un regard dur.

« Prends déjà ce que tu as. »

De mauvaise grâce, il mit le comprimé à faire fondre sous sa langue et ouvrit la porte du véhicule.

« On se retrouve à 19h après ton entraînement. »

Il ne répondit pas, se contentant de sortir pour rejoindre Ben. La voiture démarra et le lycéen se demanda comment il allait tenir toute une journée après une semaine d'absence.

En passant les portes du lycée, sa première pensée fut qu'il y avait bien trop de monde.

C'était suffoquant et il allait devoir attendre quatre heures avant de retrouver Ben à la cafétéria.

X

« Galileo nous fait l'honneur de sa présence, il ne fallait pas se donner tant de peine. » S'éleva la voix sarcastique du professeur Janson.

Plusieurs regards se tournèrent vers le fond de la classe où Gally avait retrouvé son habituel place près de la fenêtre. Newt, lui, restait dangereusement focalisé sur son cahier de cours, il jouait nerveusement avec son stylo. Depuis la première heure, il refusait de regarder, ne serait-ce qu'un instant, Gally. Thomas et Minho n'avaient pas manqué de lui signaler son retour mais le blond, s'obstinait à ne pas le regarder. Il en était incapable.

Savoir que Gally se trouvait à nouveau dans la salle de classe, parvenait à lui donner la nausée et de la tachycardie. Discrètement, il avait porté sa main à sa gorge, donnant l'illusion de se masser. Mais discrètement, ses doigts se perdaient contre sa carotide, sentant son rythme cardiaque s'affoler.

Le blond mit toute sa concentration dans les paroles du professeur afin de prendre des notes. Son écriture habituellement élégante se faisait brouillonne, sa main tremblait. Il posa brusquement son stylo contre la table et inspira laborieusement. Son cœur n'arrivait même pas à se calmer. Dans un dernier recours, il se mit à se masser le poignet, les tremblements persistaient.

« Ça va ? » Lui demanda Thomas qui l'observait.

« Ouais, juste une crampe. »

Il avait perdu le fil du cours. Depuis le début, il ne pouvait s'empêcher de penser à Gally. Ce dernier avait était absent une semaine. C'était de sa faute directement ou indirectement. Il le savait même s'il refusait de l'admettre. Autant que cela pouvait-être impossible, il devait comprendre que Gally était fragile. Cependant, Newt ne se voyait pas parler avec lui. La simple idée de lui faire face et d'ouvrir la bouche lui semblait insurmontable. Il allait crever de honte, littéralement.

L'esprit embrumé et les membres engourdis, il rangea ses affaires à la sonnerie du midi. Gally avait déserté en toute hâte la salle. Les trois amis mirent, eux, plus de temps à sortir car les autres élèves profitaient toujours des pauses pour venir discuter avec les deux athlètes.

« Gally est déjà sorti ? » Demanda Ben une fois qu'ils se trouvèrent dans le couloir.

« Ouais, dès la sonnerie. » Répondit Minho dérouté par l'absence de salutation.

Ben sembla jurer, c'était si bas qu'ils n'étaient pas sûrs de l'avoir réellement entendu.

« Tu viens manger avec nous ?

- Non, je vais chercher Gally.

- Une semaine que tu manges avec nous et maintenant que Gally est de retour, tu l'attends fidèlement… Il te traite comme un chien. » Fit remarquer Thomas.

Personne ne manqua la moue dédaigneuse qui passa sur le visage de Ben.

« Jusqu'à preuve du contraire, ça me concerne. Laisse-moi m'occuper de mon pote, et toi, du tien. »

En disant cela, son regard glissa vers Newt qui se sentit pris de vertiges. Ben sortit son téléphone portable de sa poche et les abandonna.

« Il n'est pas net… Il change tellement d'humeur, faut suivre.

- J'imagine que le plus simple est de ne pas parler de Gally, du tout… » Supposa l'asiatique.

« Je vais aux toilettes, je vous rejoins à la cafeteria. » Annonça subitement Newt qui ne prit pas la peine d'attendre une réponse de ses amis.

Il se faufila parmi la foule d'élèves bruyants, ses oreilles sifflaient. Il serra les dents et accéléra le pas jusqu'aux WC, manquant de s'écraser contre la porte tant il se précipita pour l'ouvrir. Il n'y avait personne.

Il s'enferma dans l'une des cabines, s'effondrant sur la cuvette. Le dos courbé, il essayait de se concentrer sur sa respiration. Les fourmillements qui traversaient tout son corps refusaient de disparaître, pire encore, ils s'accentuaient.

Il avait terriblement chaud, pourtant il sentait couler des sueurs froides le long de sa colonne vertébrale.

Il était au bord du malaise. Il connaissait bien les symptômes, c'était imminent.

D'un geste désordonné, il retira son sweat-shirt. Il manqua de déraper de la cuvette, il se stabilisa quelques secondes en appuyant ses mains contre les parois. Newt peinait à garder les yeux ouverts. Alors, il se pinça durement le creux de son bras livide. Malgré la force qu'il y mettait, cela lui faisait l'effet d'une caresse.

Il retira son t-shirt qui se retrouva lui aussi au sol. Torse-nu, Newt se courba davantage sur lui-même, prenant sa tête entre les mains.

Il attendit, immobile, que cela passe. Cela faisait un an qu'il n'avait pas fait une telle chute de tension. Il fallait forcément que cela se produise au lycée. Il était en train de faire une crise de panique au milieu de centaines de gens. Sa seule consolation était qu'il avait évité de peu le malaise.

Il crut sentir son téléphone vibrer dans sa poche. Il ne chercha pas à le sortir, sa vue était si brouillée qu'il serait incapable de lire quoique ce soit. Au lieu de ça, il extirpa péniblement un tube minuscule. Dans une tentative d'ouverture, il fit tomber le bouchon. Les mains toujours secouées de tremblements, deux comprimés tombèrent dans sa paume.

Avec empressement, il les avala. C'était la première fois depuis la rentrée qu'il prenait du Xanax au lycée.


Enjoy.