Titre : A l'aube de de ton jardin
Résumé : Un crime terrible amène le non moins terrible inspecteur Michaelis à entrer dans le monde fleur de Ciel Phantomhive.
Pairing : SebastianxCiel
Rating : M.
Disclaimer : L'univers et les personnages de Black Butler ne m'appartiennent pas. Je ne gagne pas d'argent en écrivant cette fanfiction.
Playlist : Benjamin Clementine : Cornestorne, Nemesis et Dark dark dark : Daydreaming, Nobody Knows
Réponses aux reviews: Je suis vraiment, vraiment, vraiment, désolée, je n'ai pas eu le temps de répondre à vos reviews, mais je les garde chaleureusement tout contre mon cœur et je vous remercie ! Promis, pour ce chapitre j'y répondrai avec tout mon amour (et sachez que ça fait beaucoup d'amour). Et merci également pour vos favorite/follows, même les timides qui ne postent pas de commentaires, je vous envoie aussi plein de love !
Commentaire : Pas de bêta-lecture, j'espère que le cerveau ne vous coulera pas par les orifices si une énormité se glisse dans ce chapitre... (si ça vous arrive, pensez à prendre des photos). Et oui, ce chapitre arrive avec à peu près 1000 ans après le dernier paru. Vous l'attendiez avec impatience, tels les témoins de Jéhovah attendant le Jugement Dernier, Grell Stucliff attendant un strip-tease de Sebastian, ou encore ma bibliothécaire attendant le rendu de mes livres en retard depuis un mois (je suis ce genre de mauvaise fille), mais c'est encore plus probable que vous m'aviez oublié. Hé bien, retrouvez vos esprits et situez-moi bien, 'cause I'm back, comrades !
Chapitre 8
Le capitaine de police Randall fixait la carte du FBI de l'agent Michaelis d'une telle intensité que ce dernier espéra que ces petits yeux bruns mécontents sortent de leur orbite. Il poussa le même soupir que poussent ceux persuadés d'avoir toute la charge du monde sur leurs épaules, marmonnât quelque chose d'incompréhensible dans barbe naissante, mais se résolût à laisser l'intrus franchir le ruban de sécurité.
Ses sourcils épais froncés en une expression renfrognée, il regarda l'enquêteur enjamber élégamment le ruban. Il ne comprenait toujours pas en quoi la présence du FBI était nécessaire pour cette enquête, et à son plus grand mécontentement personne ne semblait être capable de lui fournir une réponse satisfaisante. L'affaire avait été à deux doigts de leur être retirée sans aucune explication. Cet agent envoyé faisait son nécessaire pour leur faire comprendre à quel point leur participation dans cette enquête était insignifiante, au point de dérober une importante pièce à conviction pendant la levée du corps. Elle n'avait été rendue que quelques heures plus tard, sans la moindre excuse. Le principal responsable d'enquête, l'honorable et efficace agent Fred Abberline, avait passé un nombre incalculable de coups de téléphone sans que Michaelis ne daigne répondre, au point de devoir se rendre à son domicile après avoir repéré son adresse sur sa fiche officielle. Arthur ignorait ce qu'il s'était passé là-bas, mais après cette visite Fred lui semblât moins enthousiaste à l'idée de travailler en binôme, et à présent les deux enquêteurs prenaient chacun un chemin différent. Bien que les tâches paraissaient bien réparties, l'agent Randall était persuadé que cette façon de travailler était contreproductive. Hélas, en tant que capitaine, il avait bien d'autres affaires à gérer et ne pouvait que faire confiance à son fidèle lieutenant.
Michaelis ignora superbement le regard lourd de reproches d'Arthur Randall et atteint en de grandes enjambées la maison de la nouvelle victime. Quelques agents étaient déjà sur place, parlant à voix basse autour d'une jeune femme également en uniforme. Celle-ci était assise sur une chaise, un verre d'eau à la main et un sac plastique entre ses jambes. Sebastian se demanda vaguement à quoi cela pouvait bien lui servir, avant qu'elle ne baisse brusquement la tête pour vomir dedans dans un bruit répugnant. Alors que ses collègues lui tapotaient maladroitement les épaules, l'un des agents se retourna vers le nouveau venu.
"Excusez-la. C'est vraiment mal tombé pour sa première journée, expliqua-t-il. Je fais ce métier depuis des dizaines d'années, mais c'est la première fois que je vois un truc pareil. Faut aller dans la cuisine."
Ces mots, qui auraient effrayé n'importe qui, enchantèrent Sebastian. Il se hâta de trouver la cuisine, surexcité. Quel cadeau lui avait déposé sa proie ? Quelle œuvre d'art lui avait-elle laissé, cette fois ? Sera-t-elle à la hauteur de sa première création ? Il rejoignit la cuisine dont la porte était entrouverte et la poussa comme on déballe un cadeau de Noël, balancé entre l'envie de faire durer le plaisir et l'empressement de découvrir ce qui s'y cache.
Un corps l'attendait sur la table de la cuisine. Le premier élément qui sautait aux yeux était le rouge. Cette couleur était également omniprésente la dernière fois, mais quelque chose était différent. Les nuances, bien sûr ! C'est important, les nuances. Un choix esthétique n'est pas un autre. Et aujourd'hui, le tueur n'avait pas choisi rouge sang, mais rouge chaire. La victime avait été entièrement dépecée, et sa peau morcelée reposait autour d'elle, sur la table ou par terre. Il ne lui restait plus le moindre échantillon d'épiderme, tout avait soigneusement été retiré de la tête aux pieds. En s'approchant, l'enquêteur pût remarquer de fins filaments blancs qui parcouraient tout le corps de l'écorchée, et écarquilla les yeux : les nerfs avaient remarquablement bien été conservés. Il avait appris lors de ses cours d'autopsie qu'il était particulièrement difficile de retirer la peau sans enlever tous les petits nerfs qui se trouvaient en dessous, car ils y étaient fermement attachés. Il reconnaissait sur ce corps des nerfs importants, tels que les nerfs radials, médians, saphènes, mais également d'autres beaucoup plus fins et certainement très difficiles à conserver. Il avait devant lui une dissection parfaite du système nerveux périphérique. Ces fins rameaux traçaient d'élégants sillons parmi les muscles laissés à l'air libre. Ils formaient des routes sinueuses et complexes, leur blanc nacré contrastant douloureusement avec les prairies rouges qu'ils parcouraient. Le chasseur eût une brève pensée pour le jeune agent en train de vider son estomac dans l'entrée. Cette idiote ne pouvait pas comprendre la splendeur d'un tel ouvrage.
"Bonjour Monsieur Michaelis, l'interrompit une voix dans sa contemplation."
Ce dernier répondit par un hochement de tête, ne prenant pas la peine de détourner les yeux de cette fascinante statue de chaire et de nerfs. Très sincèrement, Fred Abberline était bien moins agréable à regarder. Celui-ci ne semblât pas s'en offusquer, et continua :
"Il s'agit de Sofia Ikbonovitz, 38 ans, vendeuse de prêt-à-porter, expliqua-t-il sans prendre de détours, ce que Sebastian apprécia."
"Enchantée de faire ta connaissance, magnifique Sofia, pensa Sebastian. Tu n'aurai pas pu rêver meilleure tenue pour accueillir tes derniers invités." Il garda ses compliments pour lui, le visage toujours impassible. D'un autre hochement de tête, il encouragea l'agent Abberline à continuer.
"Elle était divorcée, sans enfants, et vivait seule. C'est sa sœur, qui a un double des clés, qui l'a trouvé comme ça ce matin. Elles avaient l'habitude de courir ensemble avant le travail."
Sebastian parcourut une énième fois du regard le remarquable travail du criminel. Sa tête n'avait pas échappé au minutieux dépeçage et de longs cheveux blonds, accrochés à la peau de crâne qui avait été ôtée, reposaient à côté de sa joue -au vue de la situation, le terme plus correct aurait été "à côté de son muscle buccinateur"-. Même les paupières n'avaient pas été épargnées, emportant les longs cils de la femme. Sa fine bouche était grande ouverte, laissant échapper une langue excessivement tirée vers l'extérieur. Alors qu'Abberline l'informait que sa sœur avait été mise dans un cellule psychologique spéciale, les yeux fascinés du chasseur parcourait inlassablement ce cadavre terrifiant. Les ongles de main et de pied avaient également étaient soustraits. De par sa fonction, la main était une région excessivement innervée, et les nerfs désormais apparents formaient une sublime mosaïque s'enroulant avec délicatesse autour de chaque doigt.
"Il y a deux éléments qui nous amènent à penser que c'est l'œuvre du même criminel que Sandra."
"La fenêtre, ouverte, mh ?, marmonna Sebastian."
Abberline le contempla, surpris. Il lui avait pourtant semblé que son associé n'était arrivé il n'y a que quelques instants et n'avait pas quitté la victime des yeux. C'était à la fois rassurant -il travaillait avec quelqu'un réellement compétent-, et plutôt perturbant.
"C'est ça, admit-il. Toutes les entrées étaient verrouillées, et les autres fenêtres closes. Sa sœur nous a dit que Sofia était terrifiée à l'idée qu'un cambrioleur entre dans sa maison. Non seulement toutes les portes possédaient plusieurs verrous, mais elle n'aurait jamais ouvert une fenêtre en pleine nuit. Pourtant..., il désigna d'un geste impuissant la grande fenêtre ouverte qui surplombait le plan de travail." Celle-ci, témoin du passage d'un visiteur démoniaque, apportait la lueur du petit matin en même temps qu'un léger vent glacé, reste d'une nuit froide.
"Où est la carte ? demanda le chasseur, insensible au désespoir apparent du lieutenant."
Ce dernier lui renvoya un regard incrédule.
"Comment avez-vous deviné qu'il y en avait une ? s'exclama-t-il, abasourdi."
Le chasseur se retint de lever les yeux au ciel.
"Une fenêtre ouverte n'est pas un élément assez concret pour relier ces deux assassinats. Pour cela, il a fallu une preuve beaucoup plus évidente pour les encéphales atrophiés qui vous permettent de faire semblant de réfléchir. Les lieux du crime, l'heure, la victimologie, le mode opératoire, ils n'ont rien en commun... Sauf s'il y avait une carte. C'était un élément essentiel dans l'homicide de Sandra, je ne peux pas imaginer une récidive sans un nouvel élément de ce genre, justifia-t-il avec dédain."
"C'est bien le deuxième lien avec notre première enquête, répondit Abberline, dans un mélange d'admiration et de honte de ne pas avoir pu mener cette réflexion tout seul. Elle était enfoncée dans sa bouche. "
A ces mots, Sebastian sentit son rythme cardiaque accélérer. Il inspira profondément, espérant garder une expression imperturbable malgré sa fébrilité. Qu'y avait-il sur cette carte ? Encore une orchidée rose ? A moins qu'elle ait changée de couleur ? Ou était-ce quelque chose de totalement différent ? Allait-il de nouveau trouver le chiffre satanique ?
"Puis-je la voir ? demanda-t-il avec toute la diplomatie dont il était capable." La voir, l'avoir. Il n'était question que d'une apostrophe.
"Le médecin légiste est déjà passé et n'attend plus que l'intervention des ijistes pour la levée du corps. Il paraît qu'il y a eut des dépôts accidentels de luminol sur la carte de Sandra, donc elle a préféré prélever celle-ci avant."
L'agent du FBI contint un petit ricanement. Il avait de sérieux doutes quant la véracité de ces propos, mais le petit mensonge de May Linn allait lui permettre d'obtenir directement l'objet de ses convoitises.
Sebastian caressa du regard une nouvelle fois la finesse avec laquelle les nerfs s'entremêlaient, formant un réseau complexe grâce auquel ce corps mort se mouvait il y a quelques heures encore. La créature était parfaite. L'enquêteur fronça les sourcils, réalisant qu'elle était peut-être trop parfaite. Il ne voyait aucun hématome, aucune coupure, aucune lésion. Pourtant, un travail de cette précision n'avait pas pu se faire pre-mortem puisque le moindre mouvement de la victime aurait perturbé cette délicate opération. Sofia devait être morte avant son dépeçage... Mais comment ? A part quelques petits vaisseaux accrochés à la peau, presque aucune artère ou veine n'avaient été lésées. La quantité de sang autour de la défunte était trop négligeable pour imaginer qu'elle ait subit la même sort que Sarah, une large incision dans le cou.
"Lieutenant, Monsieur Michaelis, salua une voix dans leur dos."
L'agent Abberline se retourna pour accueillir les ijistes. Ils entretinrent quelques formules de politesse, ignorés par l'enquêteur Michaelis qui semblait perdu dans des pensées qu'ils préféraient ne pas connaître.
"Prélevez tout ce qu'il y a dans cette cuisine, ordonna-t-il soudain. Ne touchez à rien dans cette pièce si vous ne portez pas de gants. Et ouvrez les fenêtres."
"Monsieur Michaelis, répondit l'un des deux experts, agacé. Pensez-vous réellement que nous avons assez de sacs stériles pour le contenu entier d'un réfrigérateur ? Pourquoi devrions-nous être paranoïaques pour tout ce que nous touchons ? Et si nous ouvrons les fenêtres nous risquons de perdre d'importants éléments." Il ne suffisait plus à l'agent Michaelis de s'imposer lors de leur intervention, à présent il fallait qu'il leur donne des ordres. Sans compter cette façon extrêmement désagréable de s'adresser aux gens.
Pour la première fois, l'enquêteur décrocha ses prunelles rouge sang de la défunte pour les plonger dans les yeux du lapin blanc. Ce dernier soutint avec quelques difficultés le regard du loup. Ce n'était pas qu'il était intimidé ou impressionné. Il était simplement abasourdi de ce qu'il lisait dans ce regard sanglant. Si l'agent du FBI ne souriait pas, la lueur dans ses yeux ne pouvait tromper personne : l'enquêteur semblait particulièrement ravi. Comment quelqu'un pouvait-il être aussi joyeux au beau milieu d'une scène de crime, qui plus est un crime aussi effroyable ?
"Elle a été empoisonné, déclara l'enquêteur. Faites-vous un poulet citron avec ce que vous trouvez ici, ça m'ait égal."
Sur ce, il leur tourna le dos pour rejoindre May Linn, avant d'être rattrapé par l'agent Abberline.
"Attendez, Monsieur Michaelis ! l'interpella-t-il." Il le fixa de ses grands yeux bleus, l'air grave. Ses traits étaient tendus par l'anxiété, et ses mains se crispèrent en un poing ferme. "Ecoutez, je sais que nous n'avons rien en commun... commença-t-il."
"C'est faux, objecta Sebastian. Nous sommes tous les deux des mammifères."
"… mais il y a quelque chose qui nous relie. C'est cette envie de trouver le criminel derrière ces abominations. Monsieur Michaelis, s'exclama-t-il d'une voix ferme, nous allons stopper ces massacres et purifier cette ville. Nous protégerons ses habitants."
L'enquêteur supposa que cela devait être l'un des moments pendant lesquels une équipe se soudait et ses membres s'encourageaient mutuellement. Pourquoi pas, après tout ?
"Ok, approuva Michaelis. Et après nous ferons des cookies pour les enfants malades et on adoptera un chien."
A ces mots, il tourna définitivement les talons pour quitter la cuisine.
Il regagna l'entrée, pour retrouver la jeune femme qui avait été malade lors de son arrivée. Ses collègues avaient déserté et son sac lui avait été retiré. Assise sur sa chaise, le teint pâle, ses yeux rouges d'avoir tant pleuré fixaient le vide. Les larmes avaient séchées et elle mâchait avec faiblesse un chewing-gum pour faire passer le goût acide de ses vomissements. Mais la sensation de quelqu'un empoignant son cœur et lui retournant son estomac ne partira pas avant longtemps. Ses nuits seront longtemps peuplés de jeunes filles dépecées, mais Sebastian ne voyait pas l'inconvénient de faire de beaux rêves. Il continua donc son chemin, déterminé à trouvé May Linn. Il trouva celle-ci dans le salon, seule, et confortablement installée dans un fauteuil. Les jambes croisées, elle sirotait une brique de jus d'orange comme celle qu'on trouvait dans les cours de récréation. Ses étonnants cheveux roses étaient attachés en un chignon strict et ses larges lunettes dissimulaient ses beaux yeux en amande. Sa blouse blanche portait quelques éclaboussures qui ne partaient plus au lavage. May Linn était un étrange mélange entre une scientifique et une écolière.
"Bonjour ma belle, susurra Sebastian en s'avançant."
La belle ne répondit pas, se contentant de boire sa brique à la paille, profondément absorbée par cette tâche.
"Il semblerait que tu aies quelque chose pour moi ? se risqua l'enquêteur."
Le médecin légiste tourna la tête dans un petit "Mmpff", et s'absorba dans la contemplation d'un tableau représentant une nature morte. Le chasseur s'assit à côté d'elle et patienta avec difficultés. Il n'était pas question de froisser la jeune femme alors qu'elle possédait un élément aussi important pour lui. Enfin, pour son enquête.
"Je n'ai absolument rien pour les personnes qui me raccrochent au nez, déclara sa collègue avec solennité, évitant toujours les yeux rouges de l'enquêteur."
Avec les derniers événements, il avait complètement oublié leur conversation téléphone d'il y a deux jours. Sebastian soupira, et insista : "May Linn..." commença-t-il, avant d'être interrompu par la main de May Linn s'écrasant sur son visage. Ce n'était pas une claque, simplement une main fermement appuyée sur sa bouille. Ce dernier cligna des yeux, surpris.
"Ooooh non, Sebastian Michaelis ! protesta-t-elle avec vigueur. Ne commence pas avec ta petite voix et tes yeux de chien battu ! Je ne veux pas voir ça ! Après je vais te pardonner alors que je n'ai pas encore fini d'être fâchée !"
Le chasseur se demanda avec confusion depuis quand il avait une petite voix et des yeux de chien battu, mais décida de laisser cette question à plus tard.
"Quand auras-tu fini d'être fâchée, alors ? demanda-t-il avec inquiétude." Il ne pouvait pas se permettre de perdre cette précieuse carte.
"Mmmh..." May Linn se frotta le menton, comme si elle réfléchissait intensément à la question. Sebastian le visage impassible, ne put s'empêcher de déglutir. Il est des humains qui valent plus la peine que d'autres de s'y intéresser, ne serait-ce que pour les conséquences de les avoir négligés. May Linn faisait sans aucun doute partie de ces humains-là. "Je te pardonnerai... disons, après le goûter."
L'agent Michaelis accepta sagement la sentence. C'est ainsi que le chasseur de Démon, installé dans le canapé douillé d'une morte, attendait que la fatidique brique soit vidée et lui permette de continuer son enquête.
Sebastian n'avait pas souvent reçu de cadeaux dans sa vie. Mais de temps à autres, alors qu'il observait ses semblables plus par ennui que par réel intérêt, il assistait à ce type de cérémonie. Recevoir un cadeau. Il s'agissait d'obtenir un objet précieux emballé, choisi spécialement pour le receveur. Parfois, cet objet était accompagné d'un petit mot, d'une petite carte, pour expliquer son geste ou le personnaliser. Sebastian ne savait peut-être pas pourquoi les gens se faisaient des cadeaux, mais il savait en reconnaître quand il en voyait un. Il balaya du regard le fauteuil sur lequel il était assis, la pièce dans laquelle il attendait, le toit qui les couvrait. C'était plutôt en bon état. Un bon emballage. Puis il ferma les yeux un instant, et il se remémora la créature fantasmagorique qui reposait sur le plan de travail. Un objet précieux. Il lui manquait encore quelque chose. Il serra les dents et crispa la mâchoire, frustré. La carte. Evidemment qu'elle était pour lui, pour qui d'autre, sinon ?
Quel message sibyllin allait-elle apporter, cette fois ? Y aurait-il à nouveau un motif floral ? Retrouvera-t-il le chiffre satanique ? S'agira-t'il encore d'une peinture à l'aquarelle, ou allait-il découvrir un nouvel art ? Y aura-t-il encore un seul côté marqué ? Le bruit caractéristique d'une paille se vidant l'interrompit dans ses conjectures. Il s'empressa de se tourner vers sa collègue, qui rougit gracieusement sous son regard insistant. Elle fouilla dans la poche intérieure droite de sa blouse et en sortit l'objet tant convoité. Les doigts fébriles de Sebastian s'en emparèrent, et la présentèrent à hauteur de ses yeux de démon, qui dévorèrent avec hâte le message qui lui était destiné.
Un fleur très simple était à nouveau peinte à l'aquarelle, enroulée délicatement autour d'un 666. Composée d'une petite dizaine de larges pétales, elle était à la fois très belle et très simple. Des petits points noirs représentaient son centre. Elle reposait sereinement au bout d'une longue tige verte. C'était une fleur rouge. Pas rouge sang. Pas rouge chaire. Rouge coquelicot.
Sebastian baissât sa main doucement. Ses tremblements avaient cessé.
Il se leva, remercia May Linn par un élégant baisemain, et sortit calmement de cette maison. Celle-ci se remplissait de plus en plus de policiers, d'experts, et de journalistes essayant de braver les interdits. La jeune femme le regarda quitter la pièce à grand pas, ses lèvres féminines étirées en un sourire en coin.
Une fois dehors, l'air frais lui fouetta le visage et s'engouffra au travers de ses vêtements. C'était un matin froid. Il ne prit pas la peine de resserrer son écharpe et s'échappa rapidement du périmètre de sécurité. Il séchait allégrement l'opération de récupération des indices par les ijistes, mais il envoyait au Diable le professionnalisme -il l'y rejoindrait un jour ou l'autre, de toutes façons-. Il savait déjà qu'ils ne récupéreront pas plus d'indices que la dernière fois, et seule May Linn était capable de confirmer sa théorie d'empoisonnement.
Il marchât calmement vers sa voiture, l'expression indéchiffrable. Il ouvrit la portière, s'assit, s'enferma, et abattit un poing tellement violent sur le siège arrière que l'air-bag se déclencha automatiquement.
"Putain... marmonnât-t-il." Il chercha frénétiquement la carte au fond de la poche de sa veste, et ses yeux rouges l'examinèrent à nouveau, furetant le moindre indice supplémentaire. Mais ce n'était qu'un coquelicot et un nombre. Rien de plus. Il inspira et jeta la tête en arrière, exaspéré.
"Tout le monde sait à quoi ressemble à coquelicot. Tout le monde sait ce que c'est..." Il ne pouvait pas demander de l'aide à Phantomhive pour reconnaître cette fleur, il n'en n'avait pas besoin. Ce n'est pas comme si le web ou la bibliothèque manquaient d'informations sur cette fleur, il pouvait trouver sa signification facilement tout seul.
Cependant... Michaelis se redressa. C'était sa chance. Il n'avait dorénavant plus besoin du fleuriste. Mais Phantomhive était un homme curieux, il voudra participer et l'assister... et sera contraint d'accepter les termes du marché : lui parler des fleurs sans en en savoir plus sur leur contexte. Sebastian pourra bénéficier de son aide sans lui montrer la carte, ni même révéler le côté macabre de ces fleurs. Il poussa une petite exclamation satisfaite. Il avait enfin le moyen de renverser la balance et de reprendre le contrôle. Il utiliserait le savoir de Ciel tout en surveillant le degré d'information auquel celui-ci a accès.
Extatique, il attrapa son téléphone au fond de sa poche et entreprit de composer un numéro qu'il connaissait déjà par cœur. Il s'apprêta à appuyer sur "Appeler" avant de retenir son geste. C'était sa chance, oui. De s'éloigner. De prendre son indépendance végétale sur cette enquête, son enquête. De ne plus jamais approcher ces fleurs. Et de ne plus jamais approcher Ciel ? Il appuya dans la seconde, comme un automate.
Le combiné à l'oreille, il comptât 4 battements cardiaques par bip d'attente, sur 13 bips d'attente, ce qui lui permettait de calculer...
"Mmmmallô ? marmonna enfin une délicieuse voix ensommeillée au bout du fil." Il avait raté un battement. Les calculs étaient à refaire.
"Bonjour, Monsieur Phantomhive. Je suis désolé de vous déranger à cette heure si matinale, mais votre assistance serait la bienvenue. Le plus vite possible." Il avait l'impression d'avoir parlé trop vite, et il espérait qu'il s'était correctement fait comprendre. Il entendit un ravissant bâillement de l'autre côté du combiné.
"Je ne travaille pas le samedi matin, répondit le fleuriste." L'enquêteur sentit son sang se glacer. En ce qui le concernait, les week-ends étaient des jours de semaines comme les autres, et il n'avait pas pris en compte le fait que l'horticulteur vivait probablement un rythme de vie normal. "Les heures supplémentaires seront payées doubles ? demanda la voix délicate de Ciel, suivie d'un nouveau bâillement." Sebastian, soulagé, se retint de lui dire qu'il pouvait les payer au quadruple s'il le fallait. Il s'empressa de répondre, de peur que son interlocuteur ne change d'avis:
"Quand pouvons-nous nous voir ? demanda-t-il en prenant son meilleur air détaché."
"Je comptais déjeuner au Rialto ce midi." Sebastian se souvenait d'être déjà passé devant ce nouveau restaurant italien. Ce n'était pas très loin de son appartement. "J'y serais vers 12h30. A tout à l'heure, et bonne nuit, Monsieur Michaelis." Le chasseur n'eut pas le temps de répondre avant que Ciel ne raccroche.
L'enquêteur contempla son téléphone, songeur. A côté de lui, l'air-bag passager achevait de se gonfler dans un petit "pschiii". Il venait d'obtenir un rendez-vous avec Ciel Phantomhive.
N'hésitez pas à me laisser un petit mot, que notre histoire d'amour soit mutuelle et qu'on fasse pleins de petits fandoms ensemble ! Oui, je deviens romantique. Il est temps de tuer une licorne pour équilibrer les choses. (Je plaisante. J'aime les licornes. Pas autant que la fondue savoyarde, mais je les aime bien.)
