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Chapitre 9

La chambre était plongée dans l'obscurité quand Trunks finit par se réveiller en sursaut. Il cligna péniblement des yeux pour essayer de s'accoutumer à la pénombre. Sa gorge était désespérément desséchée et il était en sueur malgré la climatisation. Il se défit mécaniquement de l'emprise des draps qui étaient toujours enroulés autour de lui et lui tenaient trop chaud.

Un silence total enveloppait la pièce paisible. Trunks s'assit sur le bord du lit et retira son T-shirt d'un geste sec, avide de fraîcheur. Il se dirigea vers la salle de bains en se guidant comme il pouvait dans le clair-obscur que la lune diffusait par la baie vitrée.

Il alluma la lampe au-dessus de l'évier et ouvrit le robinet pour boire quelques gorgées d'eau. Après s'être défait du reste de ses vêtements, il actionna la douche et se plaça sous le jet d'eau sans même tester la température. Il eut un hoquet en constatant qu'il ne lui avait pas laissé le temps de chauffer vraiment, mais il resta immobile à l'aplomb du débit d'eau, sans même se soucier de ses mèches de cheveux qui se plaquait sur son front. Il laissa l'eau bienfaisante dégouliner sur lui et extirper lentement son corps de son engourdissement.

Il avait été réveillé par un rêve bizarre dont il ne se souvenait presque plus rien déjà. Un rêve à la fois désagréable et intense avec une brune envoutante que son esprit avait décidé d'appeler Raven. Goten devait être là aussi. Trunks savait qu'il faisait partie du rêve mais ses souvenirs étaient trop brumeux. Il baissa les yeux sur son entrejambe et conclut avec amertume que son corps se souvenait mieux que sa tête.

Son érection était insistante et, malgré la douche qui l'avait salutairement rafraichi, Trunks savait qu'elle était de celle qu'il aurait du mal à faire taire. Il repensa inévitablement à sa nuit avec Goten et sa gorge se noua. Etait-il possible que les choses aient changé au point que son ami soit devenu si indifférent à ce qu'il ressentait ? Ou peut-être avait-il pensé que ce qu'il restait entre eux n'était plus qu'un désir difficile à contrôler ? Le seul avantage que Trunks conservait sur la créature exotique qui servait de petite amie à Goten, était encore d'être un homme. Tu me manques. Trunks avait sûrement voulu croire autre chose que ce que Goten avait voulu exprimer. Ce qui lui manquait avant tout était leurs étreintes.

La seule chose que Goten souhaitait finalement, la seule volonté qu'il avait réellement énoncée, était l'assurance que Trunks maîtriserait suffisamment sa colère pour ne pas perturber l'ordre établi autour d'eux. C'était dans le fond très exactement la seule chose qu'il lui avait demandée. Pas de vagues.

Trunks ressassait tout ça douloureusement. Il avait machinalement saisi son érection et la massait de bas en haut. Il se recula d'un pas et s'adossa contre le mur carrelé derrière lui. Il ferma les yeux et accentua son mouvement, en essayant de savourer le plaisir physique en lui et d'oublier un instant tout le reste. Il cherchait dans sa mémoire la voix de Goten, la première fois qu'il avait crié son nom au moment de jouir. Il aurait donné tout son empire pour revenir à ce jour-là, pour revenir en arrière et tout rejouer en évitant les obstacles sur leurs routes. C'était un temps où il se croyait tellement indestructible, Goten et lui se croyaient capables de faire face à tout. Pour la première fois de sa vie Trunks avait eu la conviction d'avoir nouer un lien unique et inébranlable. Il avait trouvé avec Goten une complicité et une authenticité qu'il ne croyait pas exister dans le monde réel. Peut-être qu'il avait rêvé tout ça. En réalité, comme toujours, rien n'avait marché comme il l'avait stupidement espéré.

Il étouffa un grognement en jouissant. Il observa sa semence laiteuse qui se répandait sur lui et sur le sol. Il y avait du plaisir mais rien de transcendant. Juste un soulagement passager qui avait accéléré son rythme cardiaque. La peine était toujours là et lui rappelait qu'il y avait peu d'espoir pour que l'avenir soit meilleur. Il se rinça sous le jet de la douche et essaya de chasser ces idées déprimantes de sa tête.

Il se sentait mieux quand il s'apprêta à sortir de sa chambre. Il trouva une note de la main de Bulma. Ils étaient invités à un barbecue sur la plage privée du gouverneur avec d'autres convives de la Noce. L'adresse était griffonnée et l'hôtel pouvait fournir une voiture avec chauffeur si Trunks se sentait assez bien pour les rejoindre. Trunks leva les yeux au ciel en soupirant et consulta sa montre. Il était plus de dix heures du soir. Ils ne pensent qu'à bouffer. Il empocha distraitement le mot et descendit au bar de l'hôtel.

Hormis un vieux bedonnant qui fumait son cigare sur la terrasse, absorbé dans la lecture de son journal, les lieux étaient déserts. Derrière le comptoir un homme grisonnant aux traits avenants, impeccablement habillé en chemise et veston de soi, faisait office de barman avec une aisance qui trahissait son expérience.

Trunks s'accouda au bar en bois précieux et attira aussitôt toute son attention.

- Y a moyen de manger ? marmonna l'héritier.

- Bien sûr, Monsieur. Les cuisines sont encore allumées. Vous voulez un plat chaud ?

- Un truc normal. Aucune de vos conneries locales qui vous envoient directement en enfer.

Le barman était souriant et parlait avec un fort accent des états du Sud. Un badge indiquait qu'il se nommait Wayan. Très professionnel, il ne s'offensa pas malgré le ton maussade de Trunks.

- Un sandwich avec des frites ? proposa-t-il.

- Ouais, très bien. Mettez-moi un truc fort en attendant, un truc qui nettoie, vous voyez ?

- J'ai exactement ce qu'il vous faut, Monsieur Briefs.

Trunks eut un moment d'arrêt en entendant son nom. Il eut presque le réflexe de vérifier qu'il ne portait pas lui-même un badge. Puis il se souvint qu'ils étaient les invités du Gouverneur pour la noce de son fils et que les employés de l'hôtel avaient dû être soigneusement renseignés sur leurs identités. Il soupçonnait aussi que Wayan avait certainement appris sa mésaventure au déjeuner. Dans un hôtel de ce standing, c'était pratiquement inévitable. Trunks se contenta de soupirer et s'éloigna du bar pour s'installer dans l'un des fauteuils vides du salon.

Il sortit son portable et commença à consulter les messages de la Capsule. Son boulot était peut-être le seul qui ne l'avait jamais déçu. Il était aussi un refuge sûr à chaque fois que sa vie personnelle merdait. C'était une échappatoire pratique, lucrative et valorisante.

Wayan interrompit sa lecture en se postant devant lui avec un minuscule verre de liquide translucide. Trunks avait posé ses pieds avec désinvolture sur la table basse devant lui et interdisait au barman d'y déposer son chargement. Le jeune homme se contenta de tendre la main vers lui pour attraper le verre sans changer de position.

- C'est quoi ? grogna Trunks avec suspicion.

- C'est digestif. Très bon, très doux. Pas de mauvaise surprise, Monsieur.

Trunks renifla le breuvage. L'odeur était un mélange d'alcool à brûler et de médicaments. Il haussa les épaules et but le tout d'une seule traite. Il eut aussitôt l'impression que sa gorge prenait feu et la chaleur irradia jusque dans son estomac avant de s'étendre dans tout son corps. Il fut obligé d'inspirer subitement. Il rendit le verre vide au barman sans un mot.

- Autre chose ? demanda l'homme, toujours souriant.

- Un whisky.

Wayan fit une petite courbette et repartit. Trunks s'aperçut qu'une femme s'était installée au bar. Elle paraissait l'épier en coin. Il la fixa un instant avant de conclure qu'il ne la connaissait pas.

Il eut subitement envie d'appeler Tao. C'était stupide. Ils ne s'appelaient jamais. Ils n'utilisaient leurs téléphones que pour s'envoyer des messages et se fixer des rendez-vous. Trunks se fit la réflexion que c'était une relation autrement plus simple que celle qu'il avait eue avec Goten.

- Votre whisky.

La voix qui venait de faire cette annonce n'était pas celle de Wayan. Trunks leva les yeux et s'aperçut que la femme se tenait devant lui avec le verre. Il chercha le barman du regard et le trouva derrière le comptoir. Wayan lui adressa un clin d'œil et leva les mains en signe d'impuissance. Trunks retira ses pieds de la table et s'assit correctement dans son fauteuil pour qu'elle puisse poser le verre devant lui.

- Vous êtes Trunks Briefs ? demanda-t-elle en déposant précautionneusement sa commande sur la table.

A cet instant, Trunks aurait préféré pouvoir répondre qu'il n'était pas Trunks Briefs. La femme était une blonde aux formes divines, moulée dans une robe de soie sombre. Elle avait l'air très jeune et un peu timide. En d'autres temps, elle aurait aussitôt éveillé ses instincts de prédateurs.

- C'est moi, soupira-t-il en se replongeant dans la consultation de ses mails avec indifférence.

Elle fut un peu déstabilisée par sa réaction désinvolte et resta un instant indécise. Finalement, elle prit place sur le fauteuil en face de lui.

- Mon nom est Edra. Je travaille pour Marron et Raven, ajouta-t-elle.

Il leva les yeux de son écran et la regarda plus longuement. Il savait qu'elle attendait qu'il lui propose de boire quelque chose. Il n'allait pas faire ça; il n'avait aucune envie qu'elle s'incruste à sa table. Il se pencha simplement pour saisir son verre et y boire quelques gorgées.

- Enchanté Edra. Je peux faire quelque chose pour vous ? demanda-t-il après une minute.

- Hmm… Pas vraiment. Ce serait plutôt le contraire, Marron et Raven m'ont demandé de m'assurer que vous n'aviez besoin de rien…

Trunks haussa un sourcil, captant clairement un double-sens dans son explication.

- Bien… Je crois que… Je suis un grand garçon installé dans un hôtel de luxe, donc…Tenez ! Vous voyez ? J'avais faim et miraculeusement mon ami Wayan me ramène à bouffer !

Le barman déposa l'assiette sur la table et fit à nouveau sa courbette rituelle sans se départir de son sourire.

- Et en plus, ajouta Trunks, vous voyez ? J'ai du fric dans toutes les poches …

Pour illustrer son discours, il sortit un billet de sa poche et le fourra dans celle du barman. Wayan se courba encore une fois et s'éloigna de la table. Edra écoutait Trunks avec confusion, comprenant qu'il était en train de lui démontrer que sa sollicitude lui paraissait totalement débile. Il se pencha un peu plus pour se rapprocher d'elle.

- Et vous pouvez me croire, si j'ai besoin d'une pute, ce mec m'en trouvera une mille fois plus douée que vous dans l'heure qui suit, chuchota-t-il.

La jeune femme se raidit et s'empourpra en un instant. Elle porta sa main à sa bouche avec un air choqué qui amusa terriblement Trunks.

- De toute façon, en ce moment, je préfère les mecs, donc vous voyez, ma petite Edra, il n'y a vraiment, vraiment rien que vous puissiez faire pour moi, à part peut-être… me foutre la paix ?

Elle se leva subitement en le fixant avec consternation. Il la sentait totalement perdue et confuse. On lui avait sûrement décrit Trunks comme un gentleman bien élevé et civilisé, mais il y avait longtemps que ce Trunks là avait disparu.

- Je… Je crois que tout ça… on s'est mal compris, vous me prenez pour quelqu'un d'autre, bégaya-t-elle, peinant à trouver et articuler ses mots.

Trunks se contenta de lui faire un bref salut de la main pour lui dire au-revoir. Elle s'éloigna d'un pas raide et il devina qu'elle avait les larmes aux yeux. Elle était sûrement très jeune et on ne lui avait sûrement jamais parlé comme ça. Sans compter que ses patronnes avaient dû insister sur l'importance de plaire à Trunks.

Il se concentra sur l'assiette devant lui et entreprit de commencer son repas. Dans le fond, même s'il était ravi de s'être débarrassée de cette fille, il n'était pas très fier de ce qu'il venait de lui faire. Mais il était devenu comme ça. Les gens l'importunaient systématiquement. Et le fait que cette fille travaille pour la créature exotique de Goten, cette grue qui avait l'espoir que Trunks puisse lui faciliter ses affaires dans les états de l'Ouest, alors qu'elle profitait déjà de toute l'attention de Goten… Ce détail avait fait resurgir toute la cruauté dont Trunks était capable.

Il ne parvint même pas à finir l'assiette devant lui et la repoussa d'un geste las. Il avait de nouveau envie d'appeler Tao. Il saisit son portable et composa le numéro. La sonnerie fut interminable, passant un à un tous les relais jusqu'à la capitale de l'Ouest. Sans grande surprise, il tomba sur le répondeur. Tao n'avait même pas pris soin de personnaliser son annonce. Après le bip, Trunks inspira.

- C'est Trunks… Euh… Je suis encore à Eloma mais j'avais besoin de… Euh… Laisse tomber.

Il coupa la communication et finit son verre d'une traite. Il fit signe à Wayan pour en avoir un autre. Le barman courba à nouveau la tête en souriant. Trunks se cala dans son fauteuil et ferma les yeux. Il calcula que le mariage devait avoir lieu le lendemain. Il devrait participer à la fête cette fois-ci, il ne pourrait pas, comme ce soir, se calfeutrer dans le salon pour s'enfiler des whiskys en attendant que ça passe. Cette perspective ne l'enchantait certainement pas.

Une voix haut-perchée attira soudainement son attention. Il ouvrit les yeux et se tourna vers le bar. Son sang se figea quand il reconnut Chichi qui discutait avec Wayan. Il n'eut même pas le temps de se ratatiner dans son fauteuil pour essayer de se dissimuler, les yeux de Chichi tombèrent sur lui et un sourire étira ses lèvres.

- Tu es là ? Tu vas mieux ? demanda-t-elle.

Elle semblait de bonne humeur et marcha directement sur lui. Elle se laissa tomber avec un soupir de satisfaction sur le fauteuil qu'Edra avait occupé quelques minutes plus tôt.

- J'avais oublié le cadeau que j'ai ramené pour le Gouverneur, expliqua-t-elle distraitement, comme si Trunks avait eu envie de s'intéresser à sa petite vie merdique.

Elle balaya le décor autour d'eux d'un regard rêveur et soupira à nouveau.

- Tout est si magnifique, ici, tu trouves pas ?

Trunks était étrangement anesthésié. Il s'était convaincu qu'il étriperait Chichi à la prochaine de leur rencontre. Il lui avait voué une haine tenace tout au long des derniers mois, se jurant de lui faire payer ce qu'elle avait fait à la première occasion. Et alors que l'occasion se présentait, il n'arrivait même pas à sortir un son de sa bouche.

Il ne s'était pas attendu à la trouver là et, à la vérité, il ne se souvenait pas de l'avoir jamais vue de si bonne humeur. Ça aurait été plus simple, si elle était arrivée en râlant, les traits tirés par l'agacement, comme ça lui arrivait si souvent. Il s'aperçut qu'elle le dévisageait en souriant faiblement.

- Tu as l'air d'aller mieux… Tu ne veux pas te joindre à nous ?

- Non, je… suis trop… fatigué, articula Trunks péniblement.

Wayan l'interrompit en posant un nouveau verre sur la table.

- Madame veut quelque chose ? demanda le barman.

- Non. Je vais repartir, la voiture m'attend devant, merci.

Chichi baissa les yeux sur le verre de Trunks mais ne fit aucun commentaire et lui sourit à nouveau. Trunks la fixait intensément et peinait à retrouver la Chichi querelleuse, la Furie implacable qu'il avait imprimée dans sa mémoire. Elle posa doucement sa main sur la sienne, mais il la retira instinctivement. Elle prit un air navré mais ne se départit pas de son sourire.

- On a pas eu l'occasion de se parler vraiment depuis longtemps mais je voulais te dire que je ne t'en veux pas, dit-elle sur le ton de la confidence.

Trunks plissa les yeux en fronçant les sourcils. Il mit un temps à disséquer le sens de ses mots tant ils lui paraissaient extraordinaires.

- Je tenais à te le dire. Goten et toi, vous êtes jeunes… Alors vous avez fait des bêtises mais tout est rentré dans l'ordre maintenant, c'est tout ce qui compte, reprit-elle d'une voix douce et rassurante.

Trunks sentit un déclic en lui. Il se raidit et se pencha légèrement vers elle.

- Des bêtises ? gronda-t-il d'une voix sourde, c'est comme ça que tu appelles ça ?

- C'est pas si grave, je t'assure, souffla Chichi.

- Pas si grave ? Qu'est-ce que tu crois, Chichi ? T'as à ce point rien compris ? crachat-til.

- Parle-moi sur un autre ton, Trunks, objecta Chichi dont le sourire s'était fané.

- Je suis plus un môme. Goten n'est plus un môme non plus. Je te parle comme j'en ai envie… Tu as ruiné ma vie et, moi, je t'en veux, je tenais à te le dire.

Il avait appuyé sur chacun de ses derniers mots et sa voix exhalait la haine et la colère qu'il contenait. Le masque de Chichi était redevenu celui de la contrariété.

- Je crois que tu as bu, grinça t-elle, j'en toucherai deux mots à ta mère.

Trunks ne put plus contenir sa rage. De toute évidence, les mots glissaient sur Chichi et n'atteignaient pas son esprit. Rien n'atteignait jamais son esprit verrouillé. Il bascula la table basse entre eux et son verre fut projeté sur Chichi qui poussa un cri de surprise et d'effroi.

- J'en ai rien à foutre de ma mère, ni de toi ! J'en ai rien à foutre de ce mariage non plus ! hurla-t-il, t'as jamais rien compris et ça, ça n'a pas changé !

Il ne trouvait plus les mots pour exprimer sa fureur et sa frustration et préféra quitter la pièce en laissant Chichi s'époumoner à son tour avec indignation, tandis que Wayan accourait pour éponger sa robe imbibée de whisky.

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