Et c'est le mois d'Avril ainsi que le mois de Mai ! YOUHOU ! Sachez mes chers amis, qu'il s'agit de l'avant-dernière partie de l'année 3 ! Ensuite on fera une petite pause avant l'année 4. Car faut qu'on l'écrive, et Y a besoin de recharger ses batteries d'inspiratiooooon !

Une fois n'est pas coutume, voici les réponses aux reviews !

ImAShyPhoenyx : Salut toi, je pense que c'est la première fois que je vois une de tes reviews sur cette fanfic ! BIENVENUUUUE ! Ne t'en fais pas pour Teddy. Il va s'en remettre... Ou pas. J'adore vraiment ce type, il a une transformation hyper intéressante, ses coups de colère seront plus fréquentes, il en a un peu marre de subir et d'être impuissant… Mais il a une certaine colère froide je dirais, plus froide que celle de Quentin à bien des égards… Aurélia Responsable ? HAHAHAHAhahaha…. Ouais. On verra.

Kuro-no-Kage : Tu es très claire. Aurélia est serrée dans un étau. Un étau très simple en fait. La raison vs les sentiments. Mais malheureusement pour elle, même si elle va mieux, même si elle est plus en contrôle… Elle est encore confuse. La colère, la peur, l'inquiétude… Et puis la joie, l'enthousiasme… Tout cela se mélange dans une bouillie et lui donne mal à la tête. xD HAHA ouais sa baguette ! Le feu d'une salamandre arc-en-ciel ! Classe et nécessaire.

Tiph : LE maté ! Damnation, j'avais effectivement oublié ! haha vous vous inquiétez tous pour Teddy ! C'est génial, c'est un personnage que j'ai eu plaisir à créer, et son destin sera tout aussi grand ! Donc merci beaucoup !

Kalwen : Hello ! Merci beaucoup pour cette pluie de compliments. Haha, oui Elisa n'est pas encore fameuse, mais on est dans la perspective d'Aurélia, qui est bien plus flamboyante, plus intense plus… Bah Gryffondor quoi. Et même si les furieux de la maison rouge et or sont ingérables, ils ont tendance à attirer les regards facilement avec leur côté DARE TO DEFY ! Et tes sentiments contradictoires sont normaux, Aurélia les a aussi…

Et voilà, merci beaucoup pour vos reviews. Bah tiens on va prendre une page dans le carnet d'Ywena, je vais faire des fiches pour les personnages originaux de G&I. Votez et choisissez entre les deux personnages que je vais vous proposer et je ferais l'aesthetic et une fiche de présentation. Commençons par la famille d'Aurélia ou du moins ses cousins les plus proches :

- Robyn Cassarius

- Morgan Robert

- Gabriel Robert


Avril

La ville de Sao Paulo vibrait de joie entre odeurs et vrombissements de voitures sous le soleil brillant d'Amérique du Sud. La lueur matinale perçait dans la maison de Richard Robert qui lisait tranquillement un journal assis sur son fauteuil préféré, une tasse de café fumante à côté de lui. L'homme de 45 ans était grand, une silhouette longiligne et des lunettes rectangulaires perchées sur son nez aquilin. Sa peau était la plus foncée de la famille Robert. Richard était le deuxième fils de la terrible Suzie Robert et se profitait d'un Dimanche bien mérité hors de son job d'Oubliator, un métier qu'il avait en commun avec Victorien Ruva (les deux hommes s'appréciaient beaucoup et correspondaient souvent pour comparer leurs méthodes de travail.)

Bref, l'homme était assis confortablement quand on toqua non tambourina à la porte d'entrée. Il fronça les sourcils en se débarrassant dans ses lunettes et rejoignit la porte pour l'ouvrir sur :

« - Salut oncle Richard, crièrent Aurélia et Morgan en chœur.

L'oncle Richard Robert éclata de rire alors que les deux cousins s'agitaient comiquement, puis les laissa entrer et les enlaça d'une étreinte chaleureuse sitôt qu'ils vinrent dans le hall d'entrée.

- Je ne vous attendais pas si tôt ! Entrez, entrez… Aurélia, tu as tellement grandi ! Tu as coupé tes cheveux ?

Aurélia hocha la tête en passant sa main dans sa chevelure coupée à la garçonne. Elle en avait profité pour rafraichir sa coupe de cheveux alors qu'elle et Morgan avaient fait escale dans une ville à la frontière du Brésil avec la Bolivie. Richard ferma la porte derrière eux, il habitait dans un quartier exclusivement sorcier à la bordure d'une favela située sur les hauteurs de la ville.

Aurélia découvrit alors la maison construite qu'au rez-de-chaussée et surélevée comme les maisons américaines. Elle était plus petite que la sienne à Londres mais très chaleureuse. Elle était lumineuse et le salon était ouvert sur la cuisine, où s'affairait Rosalinda, la femme de Richard… et raison pour laquelle il s'était installé au Brésil avec sa jeune fille Allie.

- Hola Rosie, sourit Morgan.

Il vint à sa rencontre et l'embrassa sur les deux joues.

La femme était petite et ronde mais avec des yeux brillants de joie presque perpétuelle.

- Hola Morgan et Aurélia. Oh pépi ! s'exclama-t-elle en voyant l'adolescente. Tu as tellement grandi ! La dernière fois que je t'ai vue tu savais à peine marcher !

Le sourire d'Aurélia se figea dans une expression crispée. Elle avait encore du mal à se faire aux réflexions qui la rappelait à un passé dont elle ne se souvenait pas… Morgan s'en rendit vite compte et changea rapidement de sujet alors que Rosie ne remarquait le trouble de la jeune fille devant elle.

- Allie est à Mony, je suppose ? Demanda le baroudeur qui posait son sac de voyage.

Aurélia l'imita alors que son cousin s'assit à la table de la cuisine. Rosie lui servit un verre d'eau pour lui et Aurélia qui la remercia d'une petite voix. Elle s'assit aussi sur une chaise. Richard lui sortit un cigare d'un tiroir ce qui fit rouler Rosie des yeux :

Ouvre la fenêtre si tu as l'intention de nous empoisonner !

Richard balaya la menace d'un signe de main, mais préféra ouvrir la fenêtre suite au regard terrible que lui lança sa femme. Morgan accepta un cigare de bon cœur.

Et moi ? Plaisanta Aurélia.

Morgan fronça les sourcils, Aurélia leva ses mains en signe de défaite anticipée et se resservit un verre d'eau.

- Alors ? Allie ?

- Elle est en train de préparer ses examens du premier Quartant, expliqua Rosie.

Aurélia haussa un sourcil, Morgan lui expliqua immédiatement.

- L'équivalent de tes BUSES.

- Oh… Elle doit être occupée alors. Elle reviendra en Juillet j'imagine ?

- Directement en Barbades ! Tu la verras pendant une semaine chez tes grands-parents, approuva Richard. Vous n'êtes pas trop fatigués ? On avait commencé à préparer à manger mais si vous voulez vous pouvez aller vous coucher…

Aurélia voulut répliquer, mais ses jambes tremblaient. Ils avaient transplané dans une aire sécurisée mais avaient marché toute la journée de la veille. Elle était exténuée.

- J'en serais ravie, dit-elle alors. Je sens que je vais m'endormir dans mon assiette…

Rosie lui lança un sourire.

- Tu peux prendre la chambre d'Allie. Première porte à droite.

- Quant à moi dit Morgan en baillant, je vais rendre visite à quelques amis et poster quelques lettres… Auré ? Tu veux que j'envoie quelque chose pour toi ?

Aurélia eut un temps de pause avant de penser à la missive qu'elle avait dans son sac à dos. Elle l'ouvrit rapidement et en sortit deux d'une poche de côté. Morgan lut les destinataires :

- Quentin à Poudlard et… Gilbert Ronan à Londres. Oh. Tu as fini tes devoirs de Runes ?

- Yep. Je suis enfin libre. Je reprendrais l'année prochaine.

- Bravo, lui dit Morgan en lui ébouriffant les cheveux. Allez, va te coucher tu l'as bien mérité.

Aurélia n'eut pas la force de lui renvoyer une répartie cinglante et préféra faire un signe de main à ses hôtes pour disparaître dans la chambre de sa cousine. L'expression joviale de Morgan s'évanouit alors qu'il se tourna vers Richard qui retenait un rire :

- Et bien mon garçon, murmura l'homme. Bonne chance pour la convaincre.

- Je suis têtu.

- Elle aussi à ce que je vois, répliqua Rosalinda qui repartit touiller son ragoût.

Morgan renifla mais laissa échapper un rictus. Lui aussi ne connaissait pas le mot : défaite.

Aurélia apprenait le système brésilien alors qu'elle étudiait. Elle avait d'ailleurs réussi à faire sortir une forme à peu près définie de son Patronus la dernière qu'elle l'avait jeté ! Bon, ce n'était pas encore un corporel, mais elle était sûre que la prochaine fois qu'elle s'y mettrais pendant une heure ou deux, elle maîtriserait le sort les doigts dans le nez ! La puissance magique, elle l'avait maintenant, et sa baguette était vraiment une beauté. Elle avait moins l'impression d'avoir des poids au bras quand elle jetait des sorts…

Bref, la ville de Sao Paulo était énorme. Centre financier du Brésil Moldu, la grande Banque des Sorciers brésiliens avait aussi son siège dans le quartier sorcier de la ville. Et d'ailleurs, quel quartier ! Il faisait cinq fois celui de Caballito à Buenos Aires et beaucoup de sorciers brésiliens ne sortaient jamais de leur territoire et ne se mêlaient jamais dans le côté moldu. La séparation entre moldus et sorciers était plus rude que celle de Londres. Le travail de l'oncle Richard était beaucoup plus important qu'en Grande-Bretagne. L'effacement des mémoires moldues n'était pas réglementée comme en Grande-Bretagne, ainsi des moldus qui se retrouvaient au mauvais endroit au mauvais moment, finissaient presque toujours dans des institutions psychiatriques. Richard avait annoncé cela avec tellement de détachement qu'Aurélia eut du mal à finir son dîner. Les sorciers Brésiliens avaient leur propre gouvernement et ministère de la magie.

Leur école de magie la perle de Bahia était aussi très réputée mais surpeuplée ainsi les enfants des familles aisées étaient envoyés dans les académies américaines. Richard n'était pas riches mais les parents d'anciens élèves jouissait d'un avantage. La mère d'Allie décédée des suites d'un cas mortel de dragoncelle était une sorcière américaine qui était allée à Mony comme Richard… ainsi c'était tout naturel que sa fille y poursuive ses études.

D'ailleurs, Richard, Rosalinda et Morgan parlaient beaucoup de Mony. De son système aussi basé sur quatre maisons avec des valeurs moins radicales que celles de Poudlard. Et puis un des fondateurs était un no-maj, l'école était l'une des plus égalitaire du monde sorcier, les cultures cohabitaient… les magies ancestrales et de pointe comme l'alchimie étaient enseignées :

- Quelles sont les quatre maisons de Mony ? demanda Aurélia avec curiosité alors qu'elle prenait son petit-déjeuner.

Ce jour-là, Morgan avait proposé qu'elle et lui aillent se promener à la mer. Ils transplaneraient à Santos une ville à quelques kilomètres de Sao Paulo. Un train pouvait aussi les emmener là-bas.

- Oh, elles pourraient être liées à celles de Poudlard d'une certaine manière, réfléchit Morgan. Il y a déjà celle du Serpent Cornu. Il représente l'esprit, c'est un peu l'équivalent de Serdaigle.

- Allie est dans cette maison comme sa mère, dit Richard avec une pointe de fierté.

- Papi Joe y était aussi. Puis il y a la maison Puckwoodgenie.

- Pu… quoi ?

- La maison du cœur, sourit Rosa. Celle des guérisseurs.

- Les Poufsouffles donc.

- C'était la maison de mamie Suzie. Bon,Toya y est aussi.

- Oh ?

- Il ne faut jamais se fier aux apparences, chère cousine.

Aurélia leva un sourcil, mais n'ajouta rien. Elle attendait les deux dernières maisons.

- Puis la maison de Robyn …

- C'est vrai que Clarissa, Zayn et Xander sont à Salem…marmonna Richard. Gabriel y a aussi fait ses études...

- Bref. Robyn est de la maison du Wampus, qui est la maison du « corps ». La maison des guerriers.

- J'ai envie de dire que je suis choquée, dit Aurélia mais ayant vu Robyn te foudre une taulée en compétition de duel, je ne suis pas étonnée.

- Hey !

- Tu te bats toujours contre Robyn ? éclata de rire Richard. Mais tu ne lâches pas l'affaire Moggy !

- Je… Ce n'est pas le sujet !

- Aurélia. Je vais te raconter une histoire. Robyn fiche la tête au carré à Morgan depuis ses treize ans ! Ils se battent dès qu'ils peuvent depuis Mony. Morgan n'a jamais gagné contre elle.

Aurélia regarda son cousin rouge d'embarras.

- Si ! J'ai gagné deux matches !

- Sur une cinquantaine ? bravo mon gars.

- Arrête de l'embêter, le repris Rosie. Morgan tu allais parler de la quatrième maison de Mony.

- Oui…euh. Donc la quatrième est la mienne. Celle de l'oiseau-tonnerre. La maison de l'âme.

- Oh. Aurélia se pencha un peu en avant comme quand elle était vraiment intéressée par une histoire.

- C'est celle des aventuriers, sourit largement Morgan. Tu te doutes que je suis bien tombé.

- Tiens… je me reconnais dans ça, marmonna Aurélia.

- Évidemment, s'esclaffa Richard. Une véritable baroudeuse comme ton cousin ! Et on m'a dit que tu aimais aussi expérimenter non ? Tu as créé des vêtements adaptables ? Robyn m'a écrit une lettre sur le sujet.

Aurélia sourit légèrement.

- J'aime repousser les limites du possible.

Cela fit rire les trois adultes. Aurélia secoua la tête.

- Je travaille aussi sur une expérience de potions, mais j'ai dû laisser mon matériel à la maison, poursuivit-elle avec regret.

- Qu'était-ce demanda Rosalinda en se servant une tasse de café bien fort.

- Un test d'acidité… une sorte de teinture réadaptée pour avoir des informations sur des potions.

Aurélia s'interrompit songeuse. Elle n'avait pas pensé à ses projets restés en suspens depuis des semaines. Peut-être qu'elle devrait appeler Robyn et Joe pour savoir où ils en sont.

- Et tu as étudié quoi à Mony ? Y'a une université magique ou quelque chose du genre après les études là-bas ? demanda Aurélia à Morgan.

- Mais enfin ! J'ai une licence en magie élémentaire et formation basique en vaudou, oncle Aberty était mon maître de stage !

- … Ah bon ?

- Tu croyais que je ne pêchais que la langouste avec lui !?

Aurélia tira la langue alors que son cousin secoua la tête.

- Incroyable.

- Juste la licence en magie élémentaire alors ?

- As-tu oublié mon master en Défense contre les forces du mal ? Rappelle-toi quand même quand tu vagabondais avec Diego, je ramenais du pognon en donnant un coup de main aux Protecteurs de Los Empres.

- Tu avais pris une spécialisation, non ? se rappela Carmelita. Je me rappelais à quel point tu t'acharnais sur tes livres quand tu révisais tes examens.

Morgan laissa échapper un petit sourire de remerciement.

- Spécialisation créatures obscures. Loup-garous, goules etc. Créatures qui demandent des Nettoyeurs pour gérer leur cas. J'envisage fortement de rejoindre le département de régulation de créatures magiques au MACUSA.

Richard secoua la tête.

- Tu es aussi deuxième niveau en Art de combat Moggy. Tu pourrais enseigner la Défense. Ou même être Auror.

Morgan soupira.

- Nettoyeur offre plus de possibilités de voyage. Surtout si je travaille pour le gouvernement. Les États-Unis sont énormes, ils ont besoin de Nettoyeurs. Je ne suis pas assez bon en Runes pour être Briseur de Sorts.

Aurélia hocha la tête. C'était bizarre d'entendre son cousin parler de son avenir avec autant de confiance. Elle pensait qu'il était aussi paumé qu'elle pour voyager tout le temps comme ça… mais pas vraiment en fait. Morgan vit l'éclair sombre passer dans les yeux d'Aurélia et sut qu'il était temps de terminer cette conversation.

- Bon. On va à la mer ? Ne faudrait pas trop tarder quand même… »

.

Quand Aurélia ouvrit ses yeux, la nuit était tombée. Ses yeux eurent du mal à s'habituer à l'obscurité alors qu'elle posa ses pieds sur le plancher. En baillant largement, elle marcha à la porte et se frotta les yeux alors qu'elle traversa le couloir vers la lumière du salon. Elle pouvait entendre des voix s'élever :

- Est-ce que ce n'est pas lui forcer la main ? lâcha Rosalinda. De ce que j'entends sur elle, elle serait contre.

- Peut-être pas, répondit Morgan. Je ne pense pas. Elle accepte de mieux en mieux ce que j'essaie de lui dire. De lui apprendre.

Aurélia entendit Richard laisser échapper un petit rire.

- Tu sais Morgan, j'ai un souvenir très marquant d'Aurélia, dit l'oncle.

Sitôt Aurélia entendit son nom, elle resta dans le couloir et colla son dos contre le mur. Cette conversation n'était pas sensée parvenir à ses oreilles…

- Elle avait cinq ans. Elle était déjà une petite vagabonde. Cela rendait Anna dingue car Aurélia avait l'habitude de se perdre dans les rues autour de la maison de ta grand-mère. Un jour, on retrouva Aurélia a 1 km de la maison. On pensa même qu'elle avait possiblement transplané. A cinq ans ! Sa magie accidentelle ne s'était même pas encore déclenchée !

Aurélia serra ses dents… On ne parlait pas d'elle. Mais d'une autre version… Elle sentit une bile amère remonter le long de son œsophage. Oh non. Elle ne voulait pas entendre ça, mais son corps ne répondait plus. Elle était paralysée, elle subissait. Non. Richard continuait à parler avec le ton léger :

- Quand on l'avait retrouvée sais-tu ce qu'elle avait répondu ? « Je suis partie car on m'avait dit de rester à la maison. » Et c'est ainsi qu'on s'est tous découvert d'à quel point ma chère petite nièce serait une calamité. Elle aime la contradiction, elle déteste qu'on lui force la main, qu'on lui donne des ordres et c'est un trait qu'elle a apparemment conservé.

Aurélia plaqua sa main contre sa bouche.

- On a tous reçu la lettre de ta grand-mère Moggy. Et on sait qu'Aurélia est différente. Mais de ce que je vois ? Pas vraiment. Le même sale caractère. Elle n'acceptera pas tes conditions si facilement.

- Jusque-là, le plan s'est bien déroulé.

- Si j'ai appris une seule chose sur elle, c'est qu'elle aura toujours des réactions inattendues. Elle est imprévisible.

Cette fois ce fut Rosalinda qui rigola alors qu'Aurélia avait plutôt envie de vomir… Morgan soupira.

- Je lui parlerai dans la semaine. Elle acceptera…

La conversation s'arrêta alors et Aurélia regagna sa chambre avant d'être aperçue…. Elle ne savait pas ce que son cousin allait lui proposer, mais elle était prête à faire face à la pire des possibilités. Quelque chose allait changer. Elle ne savait pas si elle était prête pour ça…

.

.

Aurélia n'eut pas à attendre trop longtemps.

Le lendemain, Morgan lui proposa de se promener en ville. Elle força un sourire et l'accompagna dans les rues de Sao Paulo. Ils discutèrent de tout et de rien, et finalement son cousin lui proposa un verre. Ils s'assirent à une terrasse moldue et se commandèrent une bière (pour Morgan) et une limonade.

Le silence se développa entre eux. Morgan regarda Aurélia qui était fermée. Il ne savait pas pourquoi, il se demandait si elle se doutait de ce qu'il allait dire… Mais le doute n'était plus permis. Ils se rapprochaient des États-Unis. Il devait lui en parler maintenant.

« - Aurélia.

Aurélia leva ses yeux vers son cousin qui la regardait avec gentillesse et précautions. Il mesurait chacun de ses mots.

- Il faut que je te dise quelque chose…

Elle attendit.

- Tes parents. Comme tu le sais, ils m'ont demandé de m'occuper de toi. De t'aider… J'étais sensé te guider, t'apprendre le monde magique…

- Je sais ça.

- Non tu ne sais qu'une partie.

Un battement. Aurélia s'assombrit. Elle attendit l'impact. Morgan s'éclaircit la voix et continua.

-Tante Anna, ta mère, m'a demandé quelque chose de plus. Elle m'avait demandé que lorsque je jugerais que tu irais mieux… je suis sensé te faire part d'une offre.

Aurélia retint son souffle. Ça y était. Quoi ? Allait-elle être expédiée quelque part ?

- Aurélia. Est-ce que ça te dirait d'aller à Ilvermony ?

Un silence. Aurélia sentit sa mâchoire se décrocher sous le choc.

- Quoi ?

- Richard est d'accord pour t'héberger si tu le souhaites au lieu de repartir en Angleterre et tu pourras voir tes parents en Barbades pendant l'été, dit Morgan.

Aurélia ne répondit pas. Soudain, tout fit sens. Pourquoi ils parlaient de Mony si souvent et si positivement. C'était pour la préparer à ce changement ! Elle allait quitter Poudlard définitivement.

- C'est une excellente Académie, Auré est divisée en quatre maisons comme Poudlard comme tu le sais, mais les cours sont plus concentrés… Tu as des options intéressantes, Alchimie, Magie élémentaire, étude des rituels, étude de la civilisation maya et inca magiques, Runes celtiques et amérindiennes… Et tu ne seras pas seule. Allie y étudie, comme Oz et Toya.

- Ce n'est pas une offre, coupa Aurélia d'un ton froid. C'est… Ils ont déjà pris leur décision, ils m'ont déjà inscrite là-bas non ?

Silence. Morgan fronça les sourcils mais Aurélia ne plaisantait pas.

- Auré. Non. On ne va pas te forcer à y aller…

- Mais vous avez tout fait pour que je dise oui. Est-ce que tu as envoyé mes lettres à mes amis ?

- Bien sûr que oui ! Tu as eu des réponses je te rappelle ! Ne commence pas à être paranoïaque !

- Quoi ?! Mais tu ne manques pas du culot ! Tu viens de me piéger dans un voyage scolaire ! Car j'imagine bien qu'on va passer complètement par hasard au Masachusetts, comme par hasard au-dessus de New York pour que je visite ton école !

Aie. Elle était plus vive que Morgan pensait. Aurélia renifla.

- Je te rappelle que je sais lire une carte, Moggy.

- Auré, écoute-moi.

- Je ne vais pas à Mony. C'est hors de question.

- Tu devrais accepter, insista Morgan.

- Bien sûr, lâcha Aurélia avec une voix coupante comme du fil de rasoir.

Morgan fronça ses sourcils cette fois, et perdit son calme. Non. Cette fois, elle allait l'écouter.

- Aurélia, je vais être honnête. Tu ne peux pas repartir à Poudlard. Ton esprit est un champ de ruines qui se remet tout juste d'une explosion. Tu as des relations compliquées avec des amis a qui tu ne peux pas vraiment te confier, sans parler de tes lacunes dans le monde sorcier que tu combles certes, mais on parle de onze ans de vie à refaire. Tu as besoin d'un nouveau départ. Loin de tout, loin des personnes qui t'ont faite souffrir, loin de ce qui te cloue au sol !

- Mais…

- Tes parents veulent te donner la possibilité de choisir ta vie. Je veux que tu puisses choisir. Tu es brillante, tu as un sale caractère mais tu es curieuse, drôle, ouverte d'esprit, respectueuse des traditions. Mony est une école faite pour toi, tu ne seras pas enfermée dans un microcosme anglais mais avec des gens qui viennent de pleins de pays différents ! Tu seras ouverte au changement, tu seras comblée !

Aurélia ferma sa bouche. Ce que disait Morgan avait du sens mais… une petite musique jouait dans sa tête dès le début de cette discussion. Un air éreintant. Alors elle reprit la parole avec seulement un filet de voix… Vaincue.

- Mes parents. Ils ne veulent pas que je revienne en Angleterre, c'est ça ?

- Quoi ? Aurélia as-tu écouté ce que je viens de te dire…

- Non. J'ai bien écouté, seulement…

Aurélia leva sa tête vers Morgan avec des larmes dans la gorge. L'évidence l'avait frappée comme un éclair sur la tête.

- Je suis trop à gérer pour eux.

Elle était un mensonge. Un bouleversement. Elle avait brûlé leur monde, les avait forcés à dissimuler des vérités. Elle avait pris la vie de leur fille. Elle était une aberration. Elle aurait dû être morte.

- Auré, quoi que tu puisses penser…

- Ne me dis pas ce qu'il y a dans ma tête, répliqua-t-elle d'une voix froide. Je sais ce qu'il se passe et je l'accepte. Je sais que je suis une erreur de calcul et… j'aime mes parents Morgan. Je ne veux plus qu'ils se sacrifient plus pour moi.

Il le fallait. Il fallait arrêter d'être égoïste et regarder la vérité en face.

- C'est… C'est d'accord.

Et le Royaume-Uni brûlera. Harry Potter était déjà arrivé au château de toute façon. Elle ne pouvait plus rien faire. Ce n'était plus son problème. Elle devait juste faire en sorte de faire sortir son frère et ses parents du pays avant que ça ne se gâte…

Franchement pourquoi avait-elle cru qu'elle pouvait faire quoi que ce soit avec une vie aussi chaotique. Elle était encore vide. Son esprit était encore compressé entre ses deux vies. Elle allait mieux, mais elle n'allait pas bien. Elle allait rendre le monde pire si elle débarquait là-bas maintenant. Elle était finie, alors autant être égoïste et s'occuper uniquement des personnes qu'elle aimait. Du moins sa famille… Ses amis. Avait-elle seulement des amis ?

- D'accord, murmura-t-elle.

- Aurélia, tu as le temps d'y réfléchir, tu n'es pas obligée de me donner une réponse définitive dès maintenant, expliqua Morgan prudemment. On n'a jamais voulu te forcer. On veut juste que tu saches qu'il y a un autre chemin possible…

- Cool. »

Et Aurélia but sa limonade d'un trait sans un seul autre mot.

oOoOoOo

« - Comment ça tu ne reviens pas ? C'est une blague !

Finalement le Trio Rouge avait réussi à appeler Aurélia au Brésil. Ils s'étaient retrouvés dans leur QG et avaient bravé le couvre-feu en raison du décalage horaire. Raison d'ailleurs pour laquelle ils avaient besoin du cadre en bois, afin d'appeler plus discrètement. Cependant quand Teddy s'était écrié de colère, Quentin bénit Merlin d'avoir pensé à un sort d'impassabilité. Un soupir fatigué répondit au garçon visiblement très remonté.

- Teddy, mes parents…

- Mais... envoie les chier ! Tu es Aurélia Ruva, tu te fous de ce que les gens pensent de toi ! rugit Teddy scandalisé.

Phil s'esclaffa suite à l'humeur de Teddy Mint. Il aimait beaucoup quand le garçon était en colère alors que Quentin, lui se massait les tempes.

- Ouais… Non pas cette fois, répondit Aurélia avec un léger rire.

Un silence. Aurélia soupira encore. C'était sérieux, il fallait qu'ils comprennent.

- Ma famille va mal okay ? J'ai tout cassé et on ne sera plus jamais comme avant. Alors pour une fois, je vais accepter ce qu'on m'impose et je vais arrêter de me plaindre. Je ne vais donc pas revenir à Poudlard car cette école n'est pas faite pour moi, et je suis trop… pour elle. Pour vous.

- Drama-queen, souffla Phil.

- Je souffre de stress post-traumatique suite à l'expérience de la mort, je sursaute quand il y a des éclairs et je ne vous dis pas quand je vois des sorciers les manipuler, répliqua Aurélia. J'ai croisé un oiseau-tonnerre en Amazonie et j'ai sauté par terre en me tenant la tête ! Je ne vais PAS BIEN. Vous voulez vraiment que mon cas problématique revienne dans les murs de Poudlard !?

- Ce sera la même chose à Ilvermony, renvoya Teddy.

- Oui. Mais j'aurais la chance de recommencer en tant que moi-même, pas cette gamine colérique, abrasive qui avait oublié de sourire ! Sans parler des rumeurs et… J'ai blessé trop de monde. Je peux et je dois faire mieux.

- Aurélia, ne commence pas. Tu vas revenir à Poudlard par Merlin ! Même si je dois écrire une lettre d'insultes à tes parents ! Tu n'affrontes pas les problèmes ! Une fois de plus, tu les fuis et tu t'enfermes dans le déni. C'est ce qui t'a mise dans cette situation à la base !

- Quoi ?! Mais pas du tout ! Je prends une décision, logique et saine et...

- Et moi, je dis que tu te fous de nous ! Tu ne veux pas aller à Mony ! Admets-le, au lieu de jouer au martyre !

Silence. Les flammes crépitaient donc rien ne pouvait laisser présager de la colère d'Aurélia mais les garçons n'étaient pas dupes. Quentin lança un regard d'avertissement à Teddy mais manifestement il fallait que ça sorte. Phil prit alors le relais avec un ton un peu enjoué :

-T'es toujours là, ou tu boudes ?

- Je boude pas !

Phil s'esclaffa, Teddy et Quentin laissèrent échapper un rictus.

- Je vous déteste, gronda la voix d'Aurélia ! Vous n'êtes pas censés foutre le chaos dans ma tête ! J'ai pris une décision par Merlin !

- Les amis, c'est fait pour ça beauté, se marra Phil. Et puis, toujours à ton service.

- Mais c'est compliqué bordel, répondit la voix d'Aurélia ! C'est compliqué, y'a des facteurs, je… J'essaie de prendre la bonne décision !

- Aurélia, écoute-moi, soupira Quentin.

Les deux garçons se tournèrent vers Quentin Martins qui s'était avancé vers le cadre et s'accroupit.

- Il est tard. On va se coucher. Prend ta décision, plus rien à carrer. Reviens ou ne reviens pas, mais si tu prends la mauvaise décision c'est entièrement ta faute. On en a marre de te crier d'arrêter de te mentir. Tu veux vivre une vie amère ? c'est ton problème : plus le nôtre.

Lourd silence. Teddy et Phil sont bouches bées.

- Prends soin de toi et envoie des lettres. Bye. »

Et il éteignit le feu d'un mouvement de baguette et récupéra le cadre.

- Teddy, tu rendras ça à Elisa demain au CEM.

- T'as été dur.

- Il faut l'être avec elle. C'est comme ça que ça marche. Et Teddy efface moi cette expression effarée, c'est ridicule.

- Tu lui a raccroché au nez !

- Elle l'a mérité. Et puis franchement… On la connait. Elle va faire un caca nerveux. Se plonger dans le déni et réalisera possiblement qu'elle fait une connerie. Je lui donne un mois. On la reverra à Poudlard en Septembre.

- Et si tu te trompes ? demanda Phil

- Je suis prêt à parier le slip de Rusard, dit Quentin très sérieusement.

Phil et Teddy s'échangèrent un regard circonspect. Mais Méphisto Pinto sourit largement :

- Deal. »

oOoOoOo

A Poudlard, la vie suivait son cours. Le commerce des Glisseurs se portait bien. A la mi-avril, Elisa vendit deux modèles, l'un à Drago Malefoy et l'autre à l'héritier Bulstrode.

Elisa reçu une coquette somme d'argent de la part de Lucius Malefoy et de Lord Allen Bulstrode, et se frotta les mains. Son plan génial marchait !

Bon, un certain nombre d'élèves faisaient la tronche et étaient morts de jalousie. Sauf le Trio d'Or, curieusement. Cela dit, à en juger par leurs fréquentes visites chez Hagrid et leurs chuchotements préoccupés (et le fait qu'Hermione avait innocemment demandé à Elisa si les sorciers pouvaient posséder des dragons), les trois petits Gryffondor devaient essentiellement être préoccupés par l'œuf de dragon d'Hagrid.

Bref. Pas mal d'élèves auraient voulu un MagicoGlisseur eux aussi. Mais, eh, elle leur avait donné ses prix pour des MagicoGlisseurs sur commande. S'ils en voulaient, soit ils avançaient la monnaie, soit ils attendaient qu'elle ait du stock !

Et un employé, il lui fallait définitivement un employé. Ne serait-ce que pour le travail du bois, qui lui prenait un temps fou. Ensorceler la planche lui prenait trois jours, peut-être, si elle se gardait du temps pour ses devoirs, ses activités extrascolaires comme le CEM et le Challenge, et du temps pour se détendre avec ses amis. Mais fabriquer la planche en elle-même prenait plus de deux semaines ! Elle avait un stock de bois qu'elle avait ramené des vacances, mais il fallait polir, sculpter, vernir, ensorceler, redessiner, déformer le bois pour relever les extrémités du Glisseur…

Yep, c'était du boulot. Il lui fallait vraiment un salarié pour l'assister. Et quelqu'un qui ne demade pas un salaire trop élevé, histoire qu'elle puisse économiser un maximum d'argent… Pff. C'était compliqué, la vie active.

D'autant plus que comme elle n'arrivait pas à se décider entre le Saphira et le Simbad, elle avait décidé de fabriquer les deux et de proposer à Ruth Sullivan de choisir. C'était chiant, parfois, d'être une perfectionniste…

– Hey, Trisha ! lança Rhonda.

Trisha et Elisa, toutes les deux plongées dans leurs devoirs de Potions dans la salle commune, levèrent la tête. Cédric, qui avait une affreuse gueule de bois, poussa un gémissement en enfouissant la tête dans ses bras. La veille, ils avaient fêté la victoire des Poufsouffle sur les Serpentard jusqu'à très tard dans la nuit, et un des élèves plus âgés avait insisté pour qu'ils boivent tous un peu de whisky Pur-Feu. Cédric avait eu l'air d'un zombi toute la journée. Il avait encore la migraine ce soir : la seule raison pour laquelle il n'était pas encore parti se coucher parce qu'il avait des devoirs à finir, et que Rogue l'utiliserait comme ingrédients de potion s'il ne rendait pas sa dissertation comme tout le monde.

– Je boirais plus jamais, gémit Cédric sans ouvrir les yeux.

– Sage décision, approuva Elisa.

– Qu'est-ce qu'il y a ? fit Trisha à Rhonda en ignorant ses deux amis.

– C'est vrai que tu peux nous fournir de la Bièraubeurre à volonté ?

Trisha haussa les sourcils :

– Sûr. Mes parents en ont toujours un stock. Il suffit de demander à un elfe des cuisines d'aller en prendre dans leur cave. Techniquement, ils ne font que me ramener ma propriété, donc ils peuvent obéir à cet ordre-là.

– Magnifique ! s'exclama Rhonda.

– Comment t'as découvert ça ? fit Gabriel avec curiosité.

– C'est à cause d'Elisa, dénonça Trisha. Elle utilisait son elfe pour lui ramener des trucs de chez elle en première année.

– Ah bon ? s'étonna Elisa qui avait complètement oublié ça.

Trisha commença à compter sur ses doigts :

– Ton pyjama, tes chaussettes préférées, tous les livres avec lesquels t'as monté ton club de lecture, une énoooorme encyclopédie sur la numérologie qui sert toujours de cale-porte dans le dortoir…

– Pour quelqu'un d'aussi obsédée par les listes et les plannings, t'es vraiment désorganisée ! se moqua Cédric toujours avachi sur la table.

– J'ai pas bien entendu, tu peux répéter ?! fit Elisa en haussant très fort la voix juste à côté de des oreilles de son ami.

Cédric poussa un couinement absolument pathétique, se cachant la tête sans ses bras. Elisa ricana et était en train de retourner à ses devoirs de Potions, laissant Rhonda essayer de négocier avec Trisha l'apport de Bièraubeurre à volonté dans la salle commune, quand soudain une idée de génie lui traversa l'esprit.

Les elfes de maison !

Mais bien sûr ! Pourquoi elle n'y avait pas pensé avant ?! Elle cherchait quelqu'un pour l'aider à fabriquer des MagicoGlisseur, quelqu'un de compétent, de digne de confiance, et qui ne demanderait pas un salaire trop haut. Alors… Pourquoi pas un elfe ? Ok, il faudrait leur apprendre à travailler le bois, mais c'était tout. Les elfes étaient doués, obéissant et refusaient d'être payés. Bon, elle les paierait s'ils le demandaient : mais apparemment Dobby avait été le seul elfe assez excentrique pour réclamer un salaire.

Et puis… Sérieusement, elle pourrait utiliser les elfes pour faire bien davantage que des MagicoGlisseurs.

C'était comme si une porte s'ouvrait dans son esprit. Chappy appartenait à sa mère, elle ne pouvait pas l'exploiter comme elle voulait, parce que les tâches ordonnées par Isabelle (nettoyer la maison, faire les repas, retrouver sa boule de cristal…) prenaient précédence. Mais si Elisa avait son propre elfe… Ou mieux, ses propres elfes ! Alors dans ce cas, elle pouvait faire absolument n'importe quoi !

Les elfes étaient travailleurs, ils n'avaient pas à être payés, ils n'étaient pas affectés par certaines limitations magiques comme les sorciers… Mais surtout, ils étaient loyaux.

Et la loyauté était tellement utile, dans cet univers.

Tout devenait possible si elle avait un elfe. Elisa voulait envoyer un message à Harry alors que celui-ci était surveillé ? Aucun problème. Elle voulait se téléporter à l'autre bout du pays alors qu'elle n'avait pas de permis de Transplanage ? Pas de souci. Elle voulait défier les ordres de Dumbledore ? Fastoche. Elle voulait voler un truc dans la maison des Black à Square Grimmauld, ou dans la maison des Malefoy ? Les elfes s'y baladaient librement. Elle voulait espionner quelqu'un ? Facile. Elle voulait un garde du corps perpétuellement prêt à faire voler à trois mètres le premier idiot qui cherchait la bagarre avec elle ? C'était faisable.

Elle n'arrivait pas à croire qu'elle n'y avait jamais pensé avant. Elle vivait avec un elfe de maison, pour l'amour du ciel. Elle avait vu, depuis des années, à quel point la magie de Chappy était utile.

– Je reviens, lança-t-elle en bondissant sur ses pieds. J'ai un truc à faire aux cuisines !

– C'est presque l'heure du couvre-feu ! protesta Cédric.

– Que quelqu'un aille avec elle, fit l'un des Préfets sans lever les yeux de ses propres devoirs. On ne veut pas qu'un incident comme celui de février se reproduise.

– Oh, je crois que Warrington a compris la leçon ! s'esclaffa un garçon de quatrième année.

Il n'empêche que Cécile Engelhorn, la Préfète de cinquième année, se leva de son canapé pour escorter Elisa : et que la jeune Poufsouffle réalisa qu'elle avait vraiment une place privilégiée. Si n'importe quel autre élève de troisième année était allé se dégourdir les jambes à dix minutes du couvre-feu, aucun des Préfet n'aurait approuvé, et ils se seraient encore moins déplacés pour l'accompagner.

Comme quoi, eh. Faire preuve d'autorité et s'établir comme leader quand elle avait onze ans et que le reste de ses camarades était pétrifiés de trouille, finalement, ça avait des bénéfices sur le long terme.

– Ne me dis pas que tu as un creux, fit Cécile quand elles quittèrent la salle commune.

– Non, juste un coup de génie !

Les sourcils de Cécile se levèrent très haut :

– Et ça nécessite d'aller aux cuisines ?

– Ça nécessite de parler aux elfes, rectifia Elisa.

– Quelle drôle d'idée, marmonna la métisse.

Les cuisines étaient à deux couloirs à peine de la salle commune des Poufsouffle, et tous les membres de la Maison en jaune et noir apprenaient dès leur première année comment y entrer. C'était une sorte de rituel de passage. Les élèves rencontraient donc très tôt les elfes de Poudlard. Pour autant, ils adoptaient assez vite l'attitude classique des sorciers à l'égard de ces petites créatures : un elfe, c'est vaguement stupide, mais surtout servile, et ça adore rendre service.

Même Elisa avait absorbé cet état d'esprit, comme tout le monde. C'était juste quelque chose de normal pour les sorciers. Mais malgré tout, elle avait gardé dans un coin de sa tête la certitude que les elfes de maison étaient grandement sous-estimés. Elle se souvenait parfaitement de l'importance de Kreattur et Dobby dans la saga originale.

– On y est, fit inutilement Cécile quand elles arrivèrent devant le portrait d'une coupe de fruit. J'espère que ça ne va pas prendre trop de temps, le couvre-feu est bientôt.

– Euh, hésita Elisa qui réfléchissait encore à la manière d'aborder le sujet avec les elfes. Ça risque de prendre quand même un petit moment…

Cécile fronça le nez. Elle avait les BUSES à la fin de l'année, se souvint Elisa : elle avait sans doute mieux à faire que de baby-sitter la star des Poufsouffle.

Surtout que Cécile, contrairement aux autres Préfets qui étaient des mères-poules, n'était pas du genre à mettre de côté ses études pour s'occuper des gamins. Non, elle avait pour principe de laisser les gens apprendre de leurs erreurs, et se sortir de leurs propres ennuis.

– Je me débrouillerai pour rentrer, l'assura donc Elisa avec confiance. Et puis, à cette heure, je ne risque pas de croiser un Serpentard !

– Pas faux, concéda Cécile avec une certaine réticence. Mais si tu dépasses le couvre-feu, ne te fais pas prendre. Et ramène-nous du chocolat chaud !

– J'amènerai même des cafés pour ceux qui veulent réviser, promit Elisa.

Cécile hocha la tête, puis tourna les talons et repartit en direction de la salle commune. Elisa la regarda s'éloigner une seconde, puis elle se retourna face au tableau de fruits et se frotta les mains. A l'attaque !

Elle chatouilla la poire du tableau, et celui-ci s'ouvrit obligeamment, la laissant pénétrer dans les cuisines de Poudlard.

Les cuisines étaient une salle plus vaste que la Grande Salle, au plafond haut, et éclairée par plusieurs cheminées qui servaient à faire cuire les repas. La plus grande partie de l'espace était occupée par cinq grandes tables, identiques à celles de la Grande Salle qui se situait juste au-dessus : c'était sur ces tables que les elfes plaçaient les plats avant de les téléporter à l'étage supérieur. Le reste de l'espace était occupé par des plans de travail, des armoires d'argenterie, des bassines pour faire la vaisselle, de marmites, de paniers de fruits ou de légumes. Et surtout, l'endroit était rempli par des elfes de maison. Il devait y en avoir une bonne centaine. Une grande partie était occupée, mais une bonne dizaine d'entre eux convergèrent vers Elisa dès qu'elle entra.

– Bonsoir Miss ! Qu'est-ce que Miss voudrait ?

– Miss voudrait un thé ?

– Miss voudrait un dessert ?

– Miss voudrait un dîner ?

Elisa esquissa un sourire un peu embarrassé (elle parlait rarement à d'autres elfes de maison que Chappy, et leur enthousiasme était un peu déconcertant), et agita les mains :

– Non, non, merci, pas tout de suite. Mes amis dans la salle commune de Poufsouffle voudraient du chocolat chaud et des cafés, mais ça peut attendre quelques minutes. Je suis surtout venue poser des questions… Parce que je voudrais employer des elfes de maison.

Il y eut une grande inspiration surprise de la part des elfes, mais aucun n'eut l'air choqué ou offensé. Encouragée, Elisa poursuivit :

– Ma mère a hérité de son elfe, mais j'aimerai en embaucher d'autres. A mon service personnel. Mais je ne sais pas vraiment comment m'y prendre. Est-ce que vous savez si des elfes recherchent du travail ? Des elfes qui n'auraient plus de maître et qui chercheraient une maison ?

Les elfes se regardèrent, hésitants et chuchotant entre eux. L'un d'eux bégaya :

– Miss doit savoir… Les elfes qui n'ont plus de maître… Ils ont été libérés.

Il avait prononcé le dernier mot avec le même effroi que si c'était le nom de Voldemort. Autour de lui, tous les elfes frissonnèrent. Elisa fronça les sourcils :

– Est-ce qu'ils veulent rester libres ?

– Non ! couina l'elfe tandis que ses camarades poussaient divers exclamations d'horreur. C'est terrible pour un elfe d'avoir été libéré !

Elle s'en doutait un petit peu. La Poufsouffle hocha la tête, puis vérifia quand même :

– Donc ils veulent avoir un autre maître ?

A ce point, l'elfe devant elle semblait à court de mots, ses grands yeux marron remplis de larmes et ses oreilles semblables à des ailes de chauve-souris s'agitant avec détresse :

– Oui, mais, Miss… ! Leur maître les a renvoyés… Personne ne veut d'un elfe qui a si terriblement déçu son maître…

Ce qui posait la question de ce que devenait les elfes libérés. Elisa avait un jour posé la question à Chappy (d'où sa connaissance sur le lien magique unissant sorciers et elfes) mais son elfe ne lui avait pas donné de réponse très claire. Il semblait considérer qu'un elfe libre était un elfe presque mort… Et Elisa ne l'avait pas questionné davantage, puisque le sujet faisait presque pleurer Chappy.

Pourtant, elle aurait dû creuser la question. La jeune Poufsouffle fronça les sourcils, se souvenant vaguement que Dobby avait cherché du travail après avoir été libéré par Lucius Malefoy. Mais c'était parce qu'il avait cherché un travail payé, pas un travail d'elfe. Et l'elfe des Croupton, comment s'appelait-elle… Whisky ? Avait-elle cherché du travail avant d'être employée par Poudlard ?

– Que font les elfes libres, alors ?

Plusieurs elfes eurent l'air épouvantés, d'autres baissèrent les oreilles d'un air mortifié, et l'un d'eux se mit même à pleurer. Horrifiée, Elisa leva les mains d'un geste qu'elle espérait apaisant : ce n'était pas la peine de se mettre dans un tel état ! Mais l'un des elfes, un vieux ridé aux yeux très verts et remplis de larmes, avait déjà commencé à parler.

– Ils vont au Ministère, chuchota-t-il comme si c'était une histoire d'horreur. Si personne ne veut leur donner une maison… Alors ils vont au Département de Régulation des Créatures Magiques. Et on ne les revoit plus jamais.

Elisa ne s'attendait certainement pas à ça, et elle sentit les cheveux se dresser sur sa nuque. Ça avait l'air… Morbide.

Oh, elle doutait fortement que le Ministère exécutait les elfes. Puis elle se rappela soudain que le Ministère employait Macnair, un adepte de la hache qui serait le futur bourreau de Buck l'hippogriffe. Et la voix tremblante du vieil elfe, la crainte dans le regard de ses camarades… Les elfes y croyaient, eux. Alors c'était possible, non ? Terrifiant et très glauque, mais possible…

– Mais les elfes libres arrivent à trouver des maisons, non ? finit-elle par dire.

Les elfes se regardèrent. Elisa s'aperçu avec un sursaut que la foule d'elfes autour d'elle avait grandi : presque tous les elfes des cuisines étaient là, à présent.

– Parfois, chevrota la voix d'une vieille elfe. Parfois un druide accepte les services d'un elfe libre. Parfois les elfes viennent à Poudlard pour servir. Parfois l'elfe trouve une bonne famille qui pardonne sa faute, et il leur donne ses vêtements, et il peut travailler à nouveau comme un vrai elfe.

Elisa sourcilla. Quoi, un elfe pouvait à nouveau retomber en esclavage ? Et apparemment ce n'était pas ce qui se passait quand un elfe était embauché par un druide ou par Poudlard ?

Ah, mais oui. Un druide, ou le château de Poudlard… Ces deux entités devaient avoir une magie différente, qui leur permettait d'avoir un lien avec des elfes libres (comme Dobby et Whisky-truc !). La magie druidique était une magie à part, et le château de Poudlard avait sa magie propre.

Mais entrer au service d'un sorcier requérait la servitude de l'elfe. Du coup, il devait y avoir une sorte de rituel, non ? Un truc qui déclencherait la formation du lien classique de soumission. L'elfe devait renoncer à sa liberté pour que le lien se forme… Ou quelque chose comme ça. En tous cas, ça serait logique.

– C'est ça que je vais faire, décida-t-elle. Vous pouvez parler aux autres elfes, non ? Ceux qui cherchent du travail, ou… une maison ?

Les elfes hochèrent la tête, leurs grands yeux larmoyants fixés sur Elisa et leurs oreilles de chauve-souris battant avec le geste. Vu qu'ils étaient presque soixante-dix autour d'elle, l'effet était assez déconcertant.

– Je dois encore en parler avec ma mère, réfléchit-elle. Parce que je ne sais pas si je peux posséder moi-même un elfe, vu que je ne suis pas majeure et qu'on a déjà Chappy. Mais je veux que vous le disiez à d'autres elfes, d'accord ? Je vais embaucher des elfes, et je peux leur, euh… Leur retirer leur liberté, s'ils veulent. Je m'en fiche qu'ils aient été libérés, ou dans quelles circonstances, tant qu'ils sont prêts à travailler dur pour moi et à m'être loyal.

Yep, la loyauté était un élément important. Un élément-clef, même. Emportée par son élan, Elisa continua en énumérant sur ses doigts :

– Il va y avoir beaucoup de boulot cet été, trop pour Chappy et moi. Je fabrique de MagicoGlisseurs et j'ai besoin d'aide pour le travail du bois, et pour trouver les bonnes planches… Et c'est un travail qui doit être fait pendant toute l'année, donc il faudra des elfes pour faire ça à l'extérieur de Poudlard et pour m'apporter discrètement les planches dans mon atelier pour que je fasse les finitions.

Elle marqua une pause, réfléchissant à la question, puis reprit :

– D'ailleurs, j'aimerai bien me construire un atelier dans la forêt derrière ma maison, parce que ma chambre risque d'être vite trop petite pour mes expériences. Et j'aurais un invité, peut-être deux. Et je vais avoir besoin d'un elfe qui sache transplaner sur de longues distances, puisque je ne sais pas encore transplaner seule… Bref, le travail ne va pas manquer. J'aimerai bien avoir au moins trois elfes qui travaillent pour moi, mais je peux en embaucher plus…

Sa voix s'éteignit quand elle réalisa que les elfes la fixaient tous, leurs grands yeux remplis d'émerveillement incrédule comme si elle était Jésus-Christ réincarnée. Le Jésus-Christ des elfes.

– Miss va redonner une maison à des elfes ? fit l'un d'eux d'une voix tremblante.

– Même s'ils ont été chassés ? bredouilla le vieil elfe ridé qui semblait au bord des larmes.

Elisa haussa les épaules, un peu mal-à-l'aise :

– Je pense que les gens, et les elfes, méritent qu'on leur donne une chance.

Le premier elfe fondit en larmes, embrassant les genoux d'Elisa, et celle-ci sursauta si fort qu'elle faillit tomber. Ce fut comme un signal, et tous les elfes se mirent crier, pleurer, la remercier, l'étreindre (enfin, étreindre ses jambes), dans une cacophonie de sanglots et de bégaiements émerveillés sur sa bonté et sa miséricorde.

Pour Elisa qui n'aimait pas les pleurs et les moments d'émotions, ce fut l'une des expériences les plus inconfortables de sa vie.

(Et, bien plus tard, dans son lit alors qu'elle repensait à ce moment embarrassant, elle eut une révélation bien plus inconfortable : si cette toute petite offre avait bouleversé les elfes à ce point, est-ce que ça voulait dire que personne, jamais, n'avait pensé à faire preuve de compassion envers eux ? Etait-ce si inattendu, qu'elle accorde une pensée aux elfes de Maison ?

… Tout d'un coup, elle commençait à comprendre pourquoi Hermione avait été si indignée par l'indifférence des sorciers vis-à-vis de la condition des elfes. Le monde sorcier était vraiment indifférent à la souffrance des autres…)

Alors Elisa ajouta à sa liste mentale de choses à faire : libérer les elfes.

Ça commençait à faire beaucoup de projets.

Elle invita également Harry à venir passer l'été (ou une partie de l'été) chez elle, afin qu'il n'ait pas à rentrer chez les Dursley. Honnêtement, cela fut presque trop facile. Elle n'eut qu'à lui suggérer la chose et boum, l accepta avec empressement, l'assurant qu'il n'avait même pas besoin de repasser par Privet Drive car tout ce qu'il possédait était dans son coffre, et que ça ne dérangerait pas du tout les Dursley de ne pas revoir sa tronche de l'année. La jeune Poufsouffle ne dit rien. Il n'empêche que pendant les jours qu'ils suivirent, elle laissa tomber quelques mots bien placés à l'égard de Ron et Hermione, leur demandant s'ils savaient comment les Dursley traitaient Harry, quelles étaient leurs relations, s'il avait mentionné des problèmes. Elisa ne pouvait pas elle-même faire irruption chez les Dursley et montrer au monde entier quelles personnes immondes ils étaient, parce que Dumbledore l'aurait sans doute fait taire : mais si quelqu'un d'autre le remarquait, comme un Weasley… Ou Hermione, si encline à se confier à McGonagall… Eh. Dans ce cas, c'était une autre affaire, hein ?

Elisa n'avait cependant pas que ça à faire. Harry était une de ses préoccupations, oui, mais pas la seule. Après tout, elle se préparait à une guerre possible et une chasse aux Horcruxes certaine.

Et puis elle avait aussi son business à gérer. Teddy lui avait rendu sa cheminée portative, mais n'avait pas vraiment raconté comment s'était passé sa conversation avec Aurélia Ruva. Elisa envisagea de le cuisiner un peu, pour se changer les idées… Puis renonça. Au final, ça ne l'intéressait pas vraiment. Elle devait se concentrer sur ses projets importants !

Cette année, elle comptait stopper Voldemort en le laissant tomber dans le piège de Dumbledore. Ses souvenirs du premier tome de la saga originale étaient assez flous, mais elle était sûre que le miroir du Riséd était supposé stopper ou même emprisonner le mage noir. Il suffisait d'empêcher Harry de se jeter à sa poursuite, et boum ! Problème réglé.

Bien sûr, stopper le Trio reposait essentiellement sur le fait d'avoir un bon timing, et sur ce point… Elisa était désavantagée. Maudite mémoire ! Pourquoi est-ce que ses souvenirs de la saga originale ne pouvaient pas être plus précis ?!

Enfin bref. Qu'elle réussisse à stopper le Trio ou pas, ses projets ne s'arrêtaient pas là. Il y avait encore sept bouts d'âmes de Voldy, et pas mal de Mangemorts, qui se baladaient dans la nature…

Elle devait mettre la main sur le journal de Jedusor pour se donner à elle-même un alibi quant à sa connaissance des Horcruxe et sa chasse aux bouts d'âmes de Voldy. Oh, et elle devait capturer Pettigrew, aussi. Sirius Black, malgré ses travers, ne méritait certainement pas de croupir à Azkaban pour le meurtre des Potter. Bon, il aurait être condamné après avoir tenté de tuer Rogue de sang-froid, d'après Elisa (c'était un des passages de la série originale qui l'avait le plus choqué : que Sirius parle sans le moindre remords d'avoir tenté de tuer violemment un camarade de classe, et qu'Harry le voit quand même comme un saint) : mais douze ans en compagnie des Détraqueurs pour un crime qu'il n'avait pas commis ? Personne ne méritait ça.

Bref. Le journal, puis Pettigrew, puis empêcher Cédric de mourir pendant le Tournoi, puis organiser l'AD, puis… Elle serait diplômée, et soit ça serait la guerre, soit elle aurait réussi à l'éviter. Dans les deux cas, elle voulait être riche et s'assurer une certaine protection. Et pour ça, elle devait s'y mettre tôt. Et elle trouvait qu'elle jonglait plutôt bien entre ses différentes tâches.

– Tu ne t'entraînes pas assez au duel, Magister !

… Apparemment, ce n'était pas un avis partagé par tout le monde.

Elisa roula des yeux, mais releva le nez de sa carte du ciel pour se tourner vers l'intruse. De toute façon, elle avait presque totalement fini d'annoter la constellation du Dragon.

– Il n'y a pas que le duel dans la vie, Helen.

– C'est vrai, fit Cédric en hochant gravement la tête. Il y a le Quidditch aussi.

La Serdaigle eut l'air complètement scandalisée. A côté d'elle, Takashi et Aaron étouffèrent discrètement un rire, et Heather leur donna un coup de pied sans lever les yeux de son grimoire. Ils étaient une dizaine à partager l'une des grandes tables à la bibliothèque, alors si l'un d'eux attirait l'attention de Mrs Pince, ils allaient tous se faire virer.

– Est-ce que tu as toujours été aussi obsédée par le duel ? demanda Trisha avec curiosité. Tes parents n'ont pas peur qu'un jour tu décides de tout plaquer pour devenir tueuse à gage ?

Helen haussa les épaules :

– Ils se sont fait une raison. C'est pas nouveau. Quand j'étais petite je voulais être une licorne pour poignarder les gens avec ma tête.

Il y eut un court silence. Trisha décala sa chaise de quelques centimètres pour mettre une distance de sécurité prudence entre elle et la Serdaigle à tendances homicides.

– Là n'est pas la question, finit par déclarer dignement Helen. Le Challenge, ça ne consiste pas seulement à s'asséner des sortilèges comme des bourrins. On a les Gryffondor pour ça.

Thelma Holmes et Angelina Johnson, les deux seules Gryffondor de la tablée, levèrent un regard mauvais sur Helen. C'était quand même Helen la brute de la promo, avec son amour du duel et son affection prononcée pour le maléfice de Confringo qui avait le même effet qu'une grenade ! Du coup, la Serdaigle se hâta de faire machine arrière :

– Mais bon, c'est un cliché ! Personne n'y croit vraiment, hein ?

Elisa roula des yeux et reporta son attention sur sa carte du ciel, terminant de nommer les étoiles qui constituaient la tête de la constellation du Dragon :

– Et sinon, quel est l'objectif du Challenge ?

– Nous rendre meilleur en Défense, évidemment ! Et on ne peut pas s'améliorer avec seulement des matchs. Les gens se réunissent et s'entraînent, et je constate que tu n'assise à quasiment aucun de ces entraînements, Magister !

Elisa ouvrit la bouche pour protester, puis la referma en plissant le front d'un air songeur. Effectivement, Helen n'avait pas tort. La plupart des élèves s'entraînaient hors du Challenge, mais Elisa… Elisa se contentait d'aller au Challenge à proprement parler, et ça lui suffisait.

Mais toutes les après-midi, Rhonda et Helen s'appropriaient une des cours intérieures du château et s'exerçaient ensemble. Mais elles ne faisaient pas que se jeter des sorts ! Elles n'hésitaient pas à faire des démonstrations à ceux qui leur demander conseil, ou à leur expliquer comment ajuster le mouvement de leur baguette, ou corriger leur prononciation d'une incantation.

Elisa était passée à plusieurs reprises devant ce genre de spectacle. Beaucoup de Serdaigle ou de Poufsouffle venaient assister à leurs matchs. Heidi et Tamsin venaient assez souvent, elles aussi…

– Tu ne t'amélioreras jamais si tu ne t'entraîne pas, lâcha doctement Helen. Le meilleur entraînement est bien sûr de disputer un match, pour que les gestes de défense ou d'attaque deviennent automatiques. Mais il faut aussi travailler sa diction, pour prononcer correctement les sorts. Et s'entraîner à les lancer, pour bâtir son endurance magique !

Rien que d'en parler, ça avait l'air fatiguant.

– Elisa peut se passer d'entraînement parce qu'elle a un avantage, fit soudain Rhonda. Et toi aussi, Heather. Vos familles voyagent beaucoup, non ?

Elisa et Heather se regardèrent, puis posèrent un même regard méfiant sur Rhonda. Voyager était considéré comme excentrique pour un sorcier. Qu'un jeune diplômé fasse le tour du monde, c'était traditionnel, c'était une lubie acceptable. Qu'un sorcier adulte quitte son pays régulièrement, pour le travail ou pour le fun, c'était regardé comme un choix de vie assez instable. Une preuve de manque de maturité, même.

Les sorciers avaient beau avoir plein de moyen de transports géniaux qui allaient du balai volant au Portoloin, ils étaient affreusement sédentaires.

– Et alors ? fit prudemment Elisa.

– Et alors vous devez connaitre des sorts étrangers ! pointa Rhonda. Des incantations en français ou en russe, qui prendraient votre adversaire autant au dépourvu que si vous utilisiez un informulé !

Trisha se pencha en avant, intéressé :

– Ou du Vaudou ! Ça serait cool le Vaudou !

Trisha s'était plongé dans la fabrication d'amulettes avec passion. Avec un peu trop de passion, même. Elle avait déjà utilisé presque un tiers des matériaux d'Elisa, et son projet actuel était de faire une poupée Vaudou du professeur Sinistra pour lui donner la grippe et lui faire annuler ses cours. Trisha détestait les cours d'Astronomie qui empiétaient sur son temps de sommeil.

– Je me demande si le Vaudou pourrait être utilisé en duel, fit pensivement Helen.

Heather haussa les épaules :

– Ça vaut le coup d'y jeter un œil.

– Excellent ! s'écria Rhonda (et Elisa se demanda d'un coup si elle n'était pas tombée dans un piège). Tu nous feras une démonstration de magie étrangère au prochain Challenge, alors. Et si tu gagnes, alors ça voudra dire que tu n'as pas besoin de t'entraîner avec nous !

– Euuuh…

– Merveilleux, je savais que tu serais d'accord. Tu veux qu'on décale le Challenge de deux jours pour te laisser davantage de temps pour te préparer ? Et toi aussi, Heather ! Tu pourras nous montrer à quel point c'est efficace de s'entraîner chacun de son côté !

Heather eut l'air très alarmée. Helen, elle, était manifestement morte de rire, tandis que Rhonda semblait très fière d'elle-même. Elisa, elle, fit la grimace. Et voilà, elle se retrouvait embarquée dans un nouveau projet. Comme si elle n'avait pas déjà assez de trucs sur le feu !

oOoOoOo

« - Merci pour ton hospitalité, oncle Richard.

Il répondit en serrant Aurélia dans ses bras imité par Rosalinda avec Morgan.

- Cette maison sera toujours ouverte pour vous. Amusez-vous bien ! »

Aurélia hocha la tête et pris la main de cousin qui transplana avec son cousin à un relais.

- Direction le Mexique, s'exclama Morgan, ça va prendre trois jours pour atteindre Fortaleza mais on y sera pour une fête sur la plage !

Il aperçut le regard sombre d'Aurélia et lui pinça l'épaule. Elle s'ébroua.

- Hey !

- Arrête de faire la tête, ça va être très bien !

- Ouais… je sais.

Puis elle se replongea dans ses pensées. Ce qu'avait dit Quentin l'avait à la fois blessée et énervée. Mais bon sang, ce n'était qu'un gosse ! Il n'avait aucune idée de ce qu'elle traversait ! Elle l'emmerdait voilà ! Elle allait partir au Mexique et s'éclater ! Et sa nouvelle vie à Mony allait être géniale et complète. Loin d'un chaos qui allait déchirer ce pays d'ingrats ! Bon sang prenez-vous cette guerre dans la figure et ne pleurez pas, bande de clampins ! Aurélia grogna. Voilà ! On se libère la tête et on passe à autre chose. FuckL'angleterre ! Fuck Harry potter et Fuck Voldemort ! Qu'ils dansent la lambada, c'est terminé ! Elle ajusta son sac à dos et finalement suivit son cousin dans le relais pour repartir transplaner.

Les trois jours au soleil étaient très reposants même s'ils bougeaient tout le temps. Ils purent même s'arrêter plusieurs fois pour se baigner et manger des glaces. Les 72h passèrent si vite qu'Aurélia fut étonnée de se trouver aussi rapidement devant le portoloin à Fortaleza… qui les emmena directement au Mexique.

Mexico fut une étape intéressante. Aurélia apprit dans un musée magique certaines traditions et magies de rituel et shamanique. Le vaudou et l'exorcisme étaient des disciplines très respectées et pratiquée dans ce pays. el dia de los muertos était un jour très puissant en terme de puissance magique où le voile entre la mort et le monde des vivants devenait fin et donc parfait pour invoquer et écarter des âmes… Cette information donna à réfléchir à Aurélia… Peut-être que la pierre de résurrection avait été créée lors d'un tel évènement magique ? Elle posa la question à son cousin alors qu'ils regagnaient leur auberge :

- Alors la pierre de résurrection est une invention, Aurélia.

- Rah mais je sais ! Je parlais de… bah d'exorcisme, rituel vaudou… Est-ce certains jours influent sur la puissance des sorts. Par exemple j'ai tout intérêt à faire une potion ou créer un artefact à un certain jour ?

- Hm… et bien effectivement El dia de los muertos est placé sur un Jour de Pouvoir.

- Un quoi ?

- Un jour de Pouvoir, il y en a quatre, qui sont placés concrètement sur les équinoxes et les solstices. Bon sang, ça se voit que tu es nulle en Astronomie ! Tu aurais pu arriver à cette conclusion toute seule !

- Hey !

- Temporalité + Alignement + Phases céleste égal… très bonnes conditions. El Dia de Muertos tombe pile à la Samain, moment où Oncle Aberty fait ses rituels. En temps normal, renvoyer une vingtaine de fantômes pompe pas mal d'énergie… Les Jour de Pouvoir booste un peu le processsus. Mais pour les canaliser et les utiliser c'est assez compliqué. Il faut être précis. Donc pour répondre à ta question, dans le cas d'un rituel c'est plus simple car comme tu le sais (vu que tu étudies la danse d'exorcisme), la puissance est millimétrée. Dans le cadre de la fabrication d'une potion ou d'un artefact c'est plus volatile. Moins contrôlé.

Aurélia hocha la tête. C'était toujours bon de savoir ça…

Et puis finalement Aurélia et Morgan arrivèrent aux Etats-Unis, où ils parcoururent les villes en passant de San Antonio à Houston, puis La Nouvelle-Orléans (qu'Aurélia adora) puis ils remontèrent vers Atlanta, Washington et… finalement New York.

Morgan et sa cousine étaient hébergés chez Charlotte et Lillian, deux amies d'enfance et anciennes camarades de classe de Morgan. Les deux amies étaient en couple et travaillaient pour le MACUSA Charlotte était Nettoyeuse et Lillian était une bureaucrate pour les affaires internationales. Charlotte était une rousse aux cheveux coupés cours délurée et rigolait toujours bruyamment avec Morgan. Ils s'entendaient tous les deux comme des larrons en foire. Lillian était une petite brune beaucoup plus discrète, calme et douce. Elle était la retenue. Les trois acolytes étaient dans la même maison à Ilvermony, Thunderbird.

Aurélia adorait New York. Elle s'était précipitée dans les fripes du Brooklyn des années 90 pour dévaliser à petit prix des vêtements. Elle n'avait maintenant plus du tout d'argent. Elle avait assez bien géré son budget, prenant toujours les choses les moins chères qu'elle pouvait mais bon… être sur la paille ce n'était jamais une sensation sympathique. Mais elle avait de supers t-shirt de Nirvana collectors ! Et un Perfecto floqué d'un « Hell's Angel » sur le dos. Elle envisageait d'y ajouter un Lion. Car pourquoi pas ? Elle ne remettra pas du rouge et de l'or de sitôt après tout…

Bref, on approchait de la dernière semaine d'Avril quand Aurélia reçut du courrier :

- Aurélia, appela Lillian, il y a une lettre pour toi. Un dénommé… Archidéus Kirke ?

Aurélia qui lisait une bande dessinée de Spiderman qu'elle avait emmenée avec elle lors de l'expédition, émergea du canapé du salon.

- Oh ?

Lillian agita l'enveloppe en souriant alors que Morgan buvait un café en compagnie de Charlotte tout en lisant le New York Times sorcier. C'était un Dimanche et ils s'étaient tous levés tard, donc profitait d'un petit-dej tardif. Aurélia les avait taquinés en disant « brunch » mais Morgan faillit lui lancer un sort très scandalisé. Il était trop jeune pour ça, par les couilles de Merlin !

Aurélia ouvrit finalement la lettre, ses yeux tombèrent sur une lettre parfaitement manuscrite par la main d'un homme ayant vécu de longues années. L'écriture en pattes de mouches, aux lettres parfaitement dessinées, se déroula sur deux pages. La jeune fille s'assit sur le fauteuil et commença à lire :

« - Très chère Aurélia,

Si vous lisez cette missive, cela veut très certainement dire que je vous ai quitté. Comme je vous l'ai appris, ma santé était décroissante à la suite des longues années de service comme chercheur au Département des Mystères. Je dois tenir secret la teneur de mes travaux, mais il fut question de magie noire, d'effluves de magie qui se sont infiltrées dans mon sang etont infecté ma santé.Ainsi, consacrer le reste de mon temps à vous protéger et vous connaître fut un adieu dont j'aurais à peine pu rêver.

Le temps est le travail de ma vie et étant un vieillard ayant passé 87 ans à étudier un concept si mystérieux plein, universel et complexe, cela force à s'ouvrir l'esprit. Cela force à envisager des routes différentes à croire au-delà de ses propres connaissances.

Votre venue est le plus grand mystère de ma vie de chercheur. Et vous êtes arrivée alors que ma vie était sur le point de s'éteindre, comme un dernier défi, une dernière étincelle, un dernier problème à résoudre. J'aurais voulu vous poser mille questions, passer du temps avec vous, vous étudier même. Mais parce que le temps si rare, manquait, j'ai dù faire le choix.

Pour moi un chercheur, un sorcier en quête de vérité, vous étiez un mystère à résoudre, et si je ne pouvais le faire, une réponse peut-être à protéger.

Votre esprit complexe, votre contradiction, votre voyage est inédit dans la déchaîné des forces magiques dépassant l'entendement et ayant remodelé notre espace-temps. J'ai pensé bien des fois que vous étiez une menace, ait envisagé de lever la baguette rouge et vous confiner dans le Département, mais c'est en vous voyant au loin, en vous observant que j'ai fait le choix de vous laisser vivre vos expériences.

Je vous ai rencontrée perdue, sonnée, traumatisée. Je vous ai vu vous battre, perdre, faillir. Mais j'ai toujours été impressionné par votre résilience, par votre capacité à vous relever.

Quand j'ai rendu visite à votre psyché, vous m'avez hurlé que vous ne saviez pas pourquoi vous étiez là, pourquoi vous avez été ramenée dans un tel moment de notre histoire… Je pense qu'il y a une raison. Malgré mon savoir, mes études, mes thèses et questionnements… Il y a toujours une grande part de croyance, et je crois que vous êtes avec nous pour une raison.

Car vous avez vu un futur, l'avez peut-être expérimenté… Dans notre département nous croyons aux prophéties Aurélia, et je pense que vous en portez une. Que vous êtes le message et que de ce fait, vous devez être conservée et être révélée le moment venu selon vos propres termes.

Votre vie vous appartient à présent, j'en ai fait le serment et l'ait respecté. Le Département ne viendra plus pour vous. Vous êtes libre avec vos secrets, l'horizon et un temps… non négligeable.

Faites-en bon usage.

Avec respect,

Archidéus Gwaine Kirke. »

Silence. Aurélia déglutit et abaissa le papier, pâle comme la mort. C'était une enclume. Archidéus était mort. Elle n'était plus protégée. Enfin oui… Elle l'était mais à quel prix ? Oh bon sang, elle était terminée ! Elle l'avait trahi ! Elle avait trahi sa mémoire, elle allait tout abandonner, quitter une école, avoir une vie normale.

Une vie NORMALE ? ELLE ? Mais… On lui avait retourné la tête ! Elle avait perdu les pédales ! Comment pouvait-elle avoir une vie normale ? Elle ne le pouvait pas ! Elle était un transfert d'un autre monde à une époque ! Elle avait pris une identité qui ne lui appartenait pas ! Elle était une clef pour arrêter un conflit qui allait faire des centaines voire des milliers de morts ! Elle allait abandonner des enfants… des enfants à leur sort !

Mais… ce n'était pas elle ça. Ce n'était PAS ELLE !

« - Auré ? Hey ? ça va ?

La voix de Morgan perça dans le brouhaha continu du cerveau d'Aurélia alors qu'elle tremblait comme une brindille en plein vent. Son cousin lui prit les épaules :

- Regarde-moi. Respire. Tu respires plus là. Qu'est-ce qu'il se passe ?

- Il… Il est mort. Archidéus.

Morgan hocha la tête. Il ne savait pas qui était Archidéus, c'était évident.

- Je suis désolée Auré.

Non. Non. Non. Elle devait sortir de là. Respirer. Reprendre le contrôle. Elle voulut se saisir de sa veste. Morgan l'arrêta. :

- Aurélia. Aurélia regarde-moi. Hey.

Il claqua des doigts.

- Concentre toi. Dis-moi ce qu'il ne va pas.

- J'ai…

Morgan attendit, alors que Charlotte et Lillian restaient bien à distance, le visage aussi criblé d'inquiétude.

- J'ai… j'ai déconné.

- Pourquoi ?

- Je… Je ne… J'ai un choix à faire. Non. J'ai fait un choix, mais à chaque fois que je pense avoir fait le bon, vous revenez vers moi, vous me faites douter, et je n'arrive plus à écouter ma propre voix, je n'arrive plus… Il n'y a que du bruit, que des gens qui me disent quoi faire… Qui me disent de prendre le contrôle de ma vie mais en fait c'est VOUS qui contrôlez ma vie !

Elle avait crié ces dernières paroles si fort que Morgan recula d'un pas. La jeune fille était sur le point d'imploser.

- Aurélia… ça n'a aucun sens.

- Vraiment ? Vraiment ?!

Aurélia se tourna vers Morgan les larmes aux yeux.

- Je veux pouvoir être égoïste. Je veux pouvoir aller à Ilvermony, me concentrer sur moi-même, me couper de Poudlard. Je veux pouvoir respecter la volonté de mes parents… Bon sang, je veux tout ça ! Mais…

Chaos. Chaos. Chaos.

- Mais ?

- MAIS JE NE PEUX PAS ! CAR J'AI… J'ai une responsabilité ! Je ne pourrais jamais me regarder dans une glace si je n'affronte pas ce que je fuis ! Ce que je sais ! Ce que je dois subir ! Alors oui, je voudrais tellement être insensible. Je voudrais appuyer sur un bouton, m'en aller, me foutre des autres ! Mais quand je parle à mes amis, à toi, à mes parents, aux gens qu'on rencontre, quand je connecte… J'ai une chaleur dans le ventre, j'ai mes sentiments qui débordent. Je me dis que j'ai de la chance, je suis heureuse à en pleurer. Mais je suis aussi terrifiée, car je sais que c'est une accalmie. Que ça ne dura pas. C'est regarder un accident au ralenti ! C'est tout faire pour l'arrêter, c'est crier à n'en plus pouvoir ! Ces émotions làelle me tuent… Elles me brisent ! Elles sont trop intenses comme des milliers de soleils ! Car si…

Si elle n'arrêtait pas le chaos. Si elle ne faisait rien et que des gens qu'elle aime sont blessés. Cela la tuerait.

Morgan n'avait pas bougé alors qu'il regardait sa petite cousine qui normalement si dure, était en train de sangloter toujours en tenant sa lettre entre les mains.

- Aurélia, écoute-moi…

- J'ai besoin d'air, coupa Aurélia. Je dois… respirer.

Sortir. Sortir de là. S'enfuir. Partir.

Morgan hésita mais lâcha le bras d'Aurélia qui se saisit de sa veste et sortit de l'appartement en courant presque. Quand la porte claqua derrière, il se laissa tomber sur le canapé, comme si ses jambes ne répondaient plus.

- Que vais-je faire ?

Charlotte soupira alors qu'elle posa sa main sur l'épaule de son ami.

- Pour l'heure, lui donner un peu de temps. »

La nuit tombait sur la ville de New York. Aurélia traînait ses pieds dans les rues de la Grande Pomme, ne savant pas où aller. C'était comme si son corps entier avait été vidé de toute volonté ou énergie. Elle avait quitté Brooklyn, était montée dans un bus au hasard jusqu'au bout de la ligne qui l'emmena au pieds de L'Empire State Building à la lisière de Koreatown.

Des touristes se pressaient au portique, Aurélia resta un instant immobile dans le flot de personnes puis se laissa finalement guider par le courant à l'entrée de l'immeuble.

« - 15 dollars, marmonna la caissière.

Aurélia soupira mais donna son billet de vingt dollars qui constituait toute la fortune qui lui restait.

Aurélia regarda le paysage de New york qui se déroulait sous ses pieds.

Chaque lumière était une vie. Une famille. Un parent. Un enfant. La ville de New York était constituée de personnes moldues et sorcières, comme la ville de Londres, ou la Grande Bretagne entière. Aurélia pencha sa tête en arrière et observa le ciel. A chaque fois qu'elle avait douté pendant son voyage elle s'était toujours réfugiée dans un lieu haut dans le ciel, pour voir que ses problèmes n'étaient que minuscules. Mais aussi pour comprendre que les vies étaient aussi si petites et négligeables. SI Voldemort ou Grindelwald, ou vraiment les psychopathes de l'histoire qui étaient au sommet de la chaîne alimentaire voyaient le monde que comme cela… La distance les éloignait et les déconnectaient.

Mais elle… Elle voulait être déconnectée ? Elle voulait s'en foutre ?

Non.

Car malgré tous ses efforts pour couper les ponts et se détacher de ses émotions qui l'enchaînent au sol, elle ne pouvait pas tourner son dos aux personnes qu'elle aimait.

Elle adorait sa famille et elle savait qu'ils se battraient. Sa mère aurait pu partir en Barbade pendant la guerre mais elle était restée en arrière. Son père, ne laisse jamais une personne qui a besoin d'aide seul, son frère… Son frère serait peut-être envoyé hors du pays pour le protéger mais ce ne sera pas sans le forcer. Et puis ses amis ? Elle aimait ces gamins. Même si elle les avait blessés, elle tenait à eux. Et Bill, Charlie ? Ils allaient être impliqués !

« - Je n'ai pas de réponse putain, murmura-t-elle. Je n'ai AUCUNE réponse.

Si elle revenait, elle pourrait se tromper, elle n'avait pas les accès ou la force d'une adulte, elle était seulement une gamine dans une école, qui avait certes une baguette débridée à présent mais surtout un manque de popularité ou de réseau. Elle n'était pas une Auror, elle n'était rien. Elle allait assister à cette violence, impuissante, en se débattant comme dans un verre d'eau. Et sa conscience ? Elle allait la bouffer ! Bon sang Cédric Diggory allait mourir ! Fred Weasley ! NymphadoraTonks ! Même cet idiot de Dumbledore ! Comment pouvait-elle croire qu'elle pouvait sauver qui que ce soit alors qu'elle ne pouvait même pas se gérer elle-même ?

Elle contrôlait ses sentiments avec tout ce qu'elle avait car elle voulait vivre, elle voulait que sa famille vive, que ses amis vivent ! Elle ne pouvait pas, non elle ne voulait pas les laisser tomber ! Mais que faire ? Comment le faire !? Comment agir ? Oh bon sang elle était en train de paniquer ! Elle faisait une crise de panique !?

- Merde !

Elle frappa le grillage de ses deux mains à bout de souffle. Certaines personnes murmurèrent en la voyant, certains avec inquiétude, mais elle ne les voyait pas. Aurélia avait les larmes aux yeux. Une déchirure réelle. Son esprit lui hurlait de ne pas s'engager, de continuer à voyager, de s'inscrire à Mony, de rester sauve, de se concentrer sur elle-même mais son cœur…

Son cœur lui murmurait qu'elle avait déjà fait son choix une multitude de fois.

- Une personne comme moi ne peut sauver personne Archie… chuchota-t-elle en sentant ses sanglots poindre dans sa gorge.

Le silence lui répondit. Le vent s'infiltra et leva sa chevelure brune dans une bourrasque. Alors Aurélia ferma ses yeux. Elle inspira et expira lentement. Profondément.

L'ocean turquoise était devant elle. Calme. Plat. L'arôme des salins. La douceur du soleil. Inspirer. Expirer. Papa. Maman. Louis. Bill. Charlie. Morgan. Teddy. Phil. Quentin. Alicia. Angelina. Lee. Fred. George. Gilbert. Inspirer. Expirer. La salle commune. Le feu qui crépite. Inspirer. Expirer. Je savais ce qu'il allait arriver dans les grandes lignes. Malgré les détails, les évènements majeurs ne changeaient pas. Inspirer. Expirer. J'ai changé. Je suis plus calme. Je peux être plus calme. Je sais me battre. Je connais de mieux en mieux le monde sorcier. Inspirer. Expirer. Je peux y aller et terminer ça. Je peux y aller, faire mon devoir et choisir ensuite mon propre destin. Inspirer. Expirer. Je peux choisir mon destin.

- Je vais… Je peux échouer. Mais j'aurais essayé. Ceux qui j'aime ne mourront pas. Tant que je serais là. »

Aurélia ouvrit les yeux, cette fois empreints d'une lueur déterminée.

Elle avait sa réponse.

« - Je rentre en Angleterre, annonça Aurélia.

Morgan en laissa tomber sa tasse de thé. Ils étaient tous en train de prendre leur petit-déjeuner et Charlotte qui sentit le roussi se leva pour quitter la pièce. Morgan avait un milieu de mots qui voulait exploser. Des phrases toutes faites pour la convaincre de rester, des menaces aps très malignes, mais il ouvrir et ferma sa bouche. Car…

Aurélia avait cela d'une voix très calme et très mesurée. Elle regardait son cousin en le suppliant de comprendre. Alors Morgan soupira :

- En es-tu sûre ?

- La vérité ?

Morgan hocha la tête. Aurélia croisa ses mains, en les contemplant.

- Je suis terrifiée. Mais… Si je ne le fais pas, cela va me hanter toute ma vie. Je me serais enfuie face aux difficultés et tout ce que ça implique. Je sais… que je devrais plus prendre soin de moi, mais je ne peux pas le faire sans me soucier des autres. Morgan…

Elle leva sa tête vers son cousin qui s'était tu.

- Je ne serais heureuse que lorsque j'aurais affronté ce que j'ai à affronter.

Et que les personnes que j'aime sont tirées d'affaire pensa-t-elle à demi-mot.

Morgan poussa un râle de désespoir.

- Je ne peux pas te convaincre alors ?

- Désolée.

- Haha. Tu ne l'es pas du tout. Je te verrais chez mamie pendant tes vacances, et vraiment pense à ce que tu vas lui dire car elle va t'assassiner.

Aurélia sourit largement et hocha la tête.

- J'ai aussi une dernière faveur à te demander… »

oOoOoOo

Avant le Challenge suivant, qui aurait lieu le neuf mai, Elisa et Heather allèrent donc potasser leurs connaissances respectives sur la magie venant d'autres pays. Elisa savait que le père d'Heather bossait pour un collectionneur, elle était donc pratiquement sûre qu'Heather allait miser sur les objets enchantés.

Et même si Isabelle Bishop ramenait toujours des tas de bibelots de ses voyages… Elisa n'était pas sûre qu'elle accepte de lui donner des trucs dangereux. Elle savait avec certitude que le set de couteaux de lancer amérindiens qu'Isabelle avait ramené d'une réserve Cheyenne sept ans plus tôt était toujours sous clef.

Alors pour sa part, Elisa ne devait pas miser sur des objets. Elle avait donc le choix entre deux choses : jeter des sorts en langue étrangère, et donc apprendre des sorts étrangers… Ou utiliser des rituels.

Vous voyez, la magie est une chose complexe. Il y a plusieurs branches. Elle peut venir de vous-même, puisée par votre baguette. Elle peut venir de votre environnement, puisé par des Runes par exemple. Elle peut être issue de certains matériaux seulement, avec les potions… Ou avec un rituel.

Le principe du rituel consistait à échanger une forme d'énergie pour une autre. Un peu comme l'Alchimie, en fait. Il y avait un échange équivalent. On sacrifiait quelque chose (un objet, un sort, une forme de vie, une source d'énergie) pour en retirer un sortilège complexe. Bon, dans le canon de l'histoire, le seul rituel jamais mentionné était celui que Pettigrew utilisait pour ressusciter Voldemort. Il échangeait des os, de la chair et du sang, contre un corps vivant et viable. Et c'était de la magie noire. Extrêmement noire. Du coup Elisa n'avait jamais vraiment été intéressée par les rituels… Jusqu'à ce qu'il s'avère que, juste après l'utilisation d'objets magiques, c'était la magie étrangère la plus facile à utiliser.

Tout ça à cause des différences de langage.

Il était difficile d'apprendre la magie d'un autre pays, parce que les sorts étaient liés au langage. Apprendre un sort français, allemand, italien ou espagnol était à la portée d'Elisa, parce que ces différents pays utilisaient le latin comme racine commune pour leurs incantations. Le latin, c'était à la portée de n'importe quel européen. Mais l'Inde, le Pakistan, le Bengladesh et le Tibet utilisaient une autre langue, par exemple. Le Japon, la Corée, le Vietnam, la Chine et une partie de la Polynésie avaient également une autre racine commune à leurs sortilèges. Même chose pour les pays de la côte Ouest de l'Afrique, ou pour le Moyen-Orient. Chacun avait sa langue magique propre.

Aucune de ces zones géographiques n'utilisait le latin. Ils utilisaient d'autres langues, aux consonnes plus prononcées ou aux voyelles traînantes, aux sons presque soufflés. Alors, quand la moindre erreur d'accent pouvait ruiner une incantation, apprendre un sort dans une langue qui n'était pas la sienne, c'était voué à l'échec.

Elisa pouvait donc jeter des sorts en espagnol ou en français sans trop de problème. En revanche, jeter un sort dans une autre langue nécessitait de l'apprendre, tout comme on apprenait n'importe quel Sortilège.

Et apprendre une brassée de maléfices en moins de trois jours, c'était… assez difficile.

Du coup Elisa avait décidé de se rabattre sur autre chose. En plus, les Sortilèges en langue étrangère étaient difficiles, voire même impossible, à faire circuler d'un pays à l'autre. Mais les artefacts, les livres, les rituels… Ça, par contre, ça circulait plutôt bien. Pour preuve, Elisa avait un livre en hongrois chez elle qui parlait de l'immortalité, et elle était pratiquement sûre d'y trouver une mention des Horcruxes.

Mais bref. Elisa avait donc chez elle des objets magiques, des livres de théories ou d'histoires traditionnelles… Et des grimoires portant sur des rituels.

– Tu pourrais juste donner raison à Helen et aller t'entraîner avec le reste des Poufsouffle et des Serdaigle, pointa Trisha.

Elisa fut indignée :

– Jamais de la vie ! Je veux pas aller à ses entraînements, moi ! J'ai du boulot !

– Tu pourrais te permettre de sécher ses entraînements si tu avais un bon niveau, lâcha Cédric. Là, tu es seulement dans la moyenne de la promotion.

Effectivement. Elle connaissait plein de sorts, mais elle avait la réactivité d'un hamster mort et toute l'adresse d'un phoque échoué. Pas étonnant qu'elle n'arrive jamais à aller au-delà de la deuxième ou troisième manche.

– Mais j'aime pas faire des efforts, geignit Elisa.

– Quelle feignasse, marmonna Cédric. Et puis, c'est faux. Tu sue sang et eau quand tu as une idée que tu veux réaliser. Tu ne vas pas me faire croire que tes Glisseurs sont tombés du ciel, non ?

Certes.

– J'ai trop de travail, argumenta Elisa en changeant d'angle d'approche. Je n'ai pas le temps de m'entraîner au duel avec tout ce que je fais !

Trisha haussa les sourcils d'un air narquois :

– Et tu as le temps de compulser des bouquins de six-cent pages en allemand ? Avoue, tu te raccroche aux branches.

Effectivement. Elisa avait demandé à Chappy de lui apporter un livre qu'elle se souvenait avoir lu quelques années plus tôt, un bouquin allemand avec des rituels de protection qui avait été écrit par un sorcier ayant perdu sa baguette et ayant été obligé de faire appel à des méthodes moins conventionnelles pour se défendre. Et elle passait son temps à le lire, à répéter les formules, à s'imprégner du rythme des paroles. Si elle avait consacré tout ce temps à s'entraîner, elle aurait sans doute fait des tas de progrès.

… Oui, mais elle avait décidé qu'elle allait utiliser un rituel et sécher les entraînements, alors voilà. Elle s'enfonça dans son bouquin en faisant mine de ne pas entendre ses amis, et fit la sourde oreille à leurs moqueries.

Passer tout ce temps à étudier porta ses fruits et, lorsque le Challenge suivant eu lieu le dixième jour du mois de mai, elle se sentait relativement prête. Elle aurait un bon score, et Helen verrait qu'elle n'avait pas besoin de s'entraîner beaucoup pour être décente en duel. De toute façon, ce n'était pas comme si Elisa voulait devenir une championne ou quelque chose comme ça.

– Prête à perdre ? lança Heather d'un ton jovial en croisant Elisa au début du Challenge.

– Parle pour toi, riposta joyeusement la Poufsouffle.

– ASSEZ DE BAVARDAGES ! clama Helen qui avait lancé son Sonorus. ON VEUT DE L'ACTION ! PREMIÈRE MANCHE : C'EST PARTI !

Les matchs débutèrent. Trisha affronta Cédric, et se fit éliminée. Takashi élimina Tabitha, puis Trudy élimina Heidi, et les duels se succédèrent à toute allure, explosions de lumières et d'éclairs entrecoupés d'acclamations et d'explosions. Heather remporta son premier match, contre Thelma Holmes. Elle utilisa des Sortilèges classiques, mais également un foulard enchanté qui s'entortilla autour des jambes de son adversaire.

– C'est réglementaire ? sourcilla Elisa.

Helen haussa les épaules :

– Pour cette fois, on dira que oui.

Le premier match d'Elisa fut contre une Serdaigle qu'elle battit sans trop de problème avec quelques Sortilèges Explosifs. Elle n'eut même pas besoin d'utiliser sa magie allemande. A vrai dire, si elle avait le choix, elle préférait ne l'utiliser que contre un adversaire vraiment sérieux. Elle ne maitrisait pas à 100% les effets de son rituel…

Helen devait s'en douter.

– DEUXIÈME MANCHE ! s'écria la Serdaigle. C'EST PARTI ! PREMIER MATCH : THATCHAM CONTRE… BISHOP !

Elisa et Heather se regardèrent, et la Poufsouffle ne put s'empêcher de rigoler devant l'air ahuri de la Serpentard. Apparemment elle se demandait à quoi allait lui servir son foulard magique contre une experte en trucs qui font boum.

Oh, si elle savait…

Les deux filles se placèrent au centre de l'arène, se tournant autour. Helen sautillait presque sur place. Lorsque le signal du départ fut donné, Heather bondit en avant… Et Elisa bondit en arrière, commençant son incantation à toute allure :

O großer Wind !entonna-t-elle en esquivant un premier sort. NehmenmeinWärmewährendsechzigHerzschlag! Gib mir FlügelundagilFüße!

Elle eut soudain très froid, et son prochain saut de côté fut si rapide qu'elle-même faillit s'étaler par terre. Elle esquissa un sourire triomphant. Les rituels étaient une histoire d'échange. Elle échangeait sa chaleur corporelle pour la vitesse du vent. Elle n'avait pas beaucoup de temps avant que le rituel ne cesse de faire effet, mais d'ici là, personne ne pourrait la toucher.

Elle bondit vers Heather, esquivant sans difficulté son foulard enchanté qui cherchait à l'attaquer comme un serpent, mais la Serpentard frappa juste à temps :

Expulso !

Elisa fut obligée de bondir en arrière pour esquiver, et son geste créa un mouvement d'air qui fit voler cheveux, capes et écharpes en tous sens, comme si une puissante bourrasque s'était engouffrée dans la tour. Il y eut des cris de surprise.

– Vous êtes sûr que c'est sous contrôle ? demanda quelqu'un dans le public.

Elisa préféra de ne pas répondre. Elle n'en était pas très sûre elle-même…

PetrificusTotalus ! attaqua Heather à nouveau.

Elisa esquiva à nouveau, si rapide que l'œil peinait à la suivre. Si rapide, même, qu'elle faisait s'écraser contre un mur. Son déplacement créa à nouveau appel d'air semblable à un puissant coup de vent, qui fit tanguer plusieurs élèves et leur arracha des cris de frayeur.

Elisa serra les dents. Avoir la vitesse du vent, c'était beau et poétique et tout, mais c'était vachement dur à contrôler ! A ce rythme, elle allait s'aplatir toute seule contre le balcon sans qu'Heather n'ai à lever le petit doigt !

Tarentella !cria Heather. Rictumsempra !Immobilis !

Elisa zigzag à toute allure entre les sorts, créant une véritable tornade à l'intérieur de la pièce, et manqua de percuter de plein fouet un des murs avant de changer de tactique et de se ruer droit vers Heather. Les deux filles se percutèrent violemment, roulant au sol, et Elisa essaya de désarmer son adversaire à mains nues.

– FAUTE ! rugit Helen ! FAUTE ! CONTACTS PHYSIQUE INTERDITS !

– On s'en fout ! s'écria quelqu'un dans les tribunes. On veut du spectacle !

Mais Heather n'avait pas dit son dernier mot et repoussa Elisa d'un coup de pied, lançant sur elle son foulard enchanté puis tira de sa ceinture une boule métallique percée de trous. Quand elle lança l'objet sur le sol, la boule se mit à émettre une puissante fumée noire et opaque, comme si de l'encre infusait l'atmosphère. C'était complètement respirable mais totalement aveuglant.

– Poudre d'Obscurité Instantanée ! s'écria Heather tandis que l'obscurité gagnait toute l'arène. Ta vitesse ne te servira à rien si tu ne me vois pas !

Elisa plongea pour éviter le foulard enchanté avec un juron, puis se mit à quadriller à toute allure l'arène pour retrouver Heather. Les coups de vent soulevés par son déplacement faisaient trembler le balcon qui supportait les spectateurs. Elisa commençait à claquer des dents : une minute sans générer aucune chaleur corporelle, ça commençait vraiment à faire froid.

Miraculeusement, elle finit par tomber sur Heather (assez littéralement d'ailleurs) juste au moment où son rituel prenait fin. La chaleur lui revint d'un coup, et à peine une seconde après elle percuta Heather de plein fouet, se prit les pieds dans le foulard enchanté, et filles et foulard se cassèrent la figure en plein milieu du nuage d'obscurité.

– Y a du bruit, elles se battent ! cria quelqu'un parmi les spectateurs.

– Mais on voit rien ! geignit quelqu'un d'autre.

– FAIS LUI SA FÊTE ELISA ! beugla Trisha.

– Deux Mornilles sur Thatcham !

– Tenu !

– Y A FAUTE ! continuait de protester Helen avec véhémence. Y a faute ! Que quelqu'un me dissipe ce nuage !

– Bonne chance avec ça, marmonna Heather tout en se tortillant pour essayer d'échapper à la prise d'Elisa.

La Poufsouffle émit un reniflement amusé, suivi d'un glapissement de douleur quand Heather lui donna un coup de coude dans le ventre. Le foulard se faufila entre ses chevilles et lui ligota les jambes, et Elisa prit une grande inspiration et énonça à toute allure :

O großerWind !NehmendieserTuch und gibmirSturm !

Juste après, elle se rappela que peut-être échanger au Vent un tissu enchanté contre une tempête n'était peut-être pas une bonne idée.

Le foulard devint inerte et sans vie, ça c'était le bon côté.

Le mauvais côté c'est qu'un véritable ouragan sembla exploser dans la pièce, séparant Heather et Elisa, et faisant voler en éclat le nuage de Poudre d'Obscurité Instantané. Le vent hurlait, et la Poudre qui s'était dissipé dans toute la pièce obscurcissait les lampes : les gens criaient, et des écharpes, des sacs, des capes, des papiers volaient en tous les sens, tournants autour de la pièce avec le vent furieux. Les vitres volèrent en éclat, faisant redoubler les hurlements des élèves. Des sorts se mirent à fuser, les gens tentant d'arrêter la tornade, sans aucun succès.

Puis tout s'arrêta. Comme ça, d'un coup. Dix secondes de vent, puis plus rien. Les objets emportés par le vent retombèrent par terre, les élèves ballottés par la tempête se cassèrent la figure, et tout le monde regarda autour de soi d'un air ahuri.

Elisa retint une grimace de soulagement. Heureusement que le foulard enchanté ne contenait pas davantage de magie, ou bien l'ouragan aurait envahi tout le château.

– Rien de cassé ? lança Heather qui avait réussi à s'accrocher à l'escalier et qui se remettait péniblement debout.

Elisa était sur le dos en plein milieu de l'arène, et elle s'assit avec un grognement. Son serre-tête avait disparu, et sa belle chevelure châtain était devenue une crinière sauvage. Elle repoussa quelques mèches derrière ses oreilles pour se dégager la vue, puis parcouru la scène du regard avec appréhension.

– Tout le monde va bien ? hésita-t-elle.

Fred (ou George) pencha la tête par-dessus le balcon pour lui adresser un large sourire :

– Au poil ! Dis-moi Betty, c'était absolument génial cette tornade de poche, comment t'as fait ?

– J'ai sacrifié aux esprits du vent le Charme de Lévitation du foulard d'Heather, répondit la Poufsouffle

C'était la vérité, en plus. Mais comme elle s'y attendait, Fred (ou George ?) émit un reniflement amusé :

– C'est ça, garde le secret. C'était quand même cool !

Elisa promena ostensiblement le regard sur la destruction de la pièce. Sacs envolés, vitres fracassées, lampes bancales… C'était comme si un ouragan s'était déchaîné ici. Ce qui était d'ailleurs exactement le cas.

– Est-ce que ça veut dire qu'Elisa gagne ? fit Rhonda avec hésitation.

Vive comme l'éclair, Heather pointa sa baguette sur la Poufsouffle :

Expelliarmus !

La baguette d'Elisa lui échappa et atterrit dans les mains tendues de la métisse de Serpentard. Elisa se renfrogna. Rhonda, quant à elle, étouffa un fou-rire.

– Je suppose que non. Helen, verdict ?

La Serdaigle avec les cheveux en pétard et sa cravate s'était fait la malle, mais elle semblait autrement indemne.

– La victoire est à Thatcham, accorda Helen. Elisa, tu peux te lever ou tu es morte ?

La Poufsouffle se laissa retomber sur le dos au milieu de l'arène avec un grognement de découragement. Tu parles d'une victoire ! Elle s'était bien collé la honte. Elle n'avait pas sur-dosé un sort depuis qu'elle avait dix ans, et voilà qu'aujourd'hui elle faisait exploser le siège du Challenge.

Bon, d'accord, elle avait utilisé un rituel et pas un sort, mais c'était le même principe. Elle avait fait exploser le truc comme une débutante. Bouh.

– Ok, soupira-t-elle. J'admets, j'ai foiré.

Helen s'accroupit à côté d'elle avec un ricanement.

– C'est le moins qu'on puisse dire. A partir du mois prochain, les objets magiques et les rituels seront bannis du Challenge. On ne peut pas se permettre de faire exploser davantage de vitres.

– J'avais les choses bien en main pendant presque trente secondes entières ! plaida Elisa.

– Tu manques de précision et de contrôle, critiqua Helen. Et ton endurance magique est tout juste passable. Regarde, là, tu es hors d'haleine ! Tu peux finir un duel rapidement si tu lance assez d'explosion, mais pour peu que tu t'épuises face à quelqu'un qui a de bons boucliers, tu perdras, c'est garanti. Il faut absolument que tu travailles ton endurance ! Et tu sais comment faire ça ?

Elisa gémit, puis ferma les yeux et admit sa défaite.

– En m'entraînant ?

Helen lui tapota la tête avec satisfaction.

– Bonne réponse. Rendez-vous mardi après-midi dans la cour intérieure centrale. Ne sois pas en retard, Magister.

Et Elisa se le tint pour dit.

oOoOoOo

Louis Keith Ruva était un garçon intelligent, un trait qu'il partageait avec sa famille. Les Ruva après tout, étaient loin d'être des idiots.

Victorien, son père, avait une intelligence savait se placer dans la toile du Ministère afin d'obtenir une vie paisible. Victorien n'avait pas une forte ambition, il ne souhaitait que la sureté, traumatisé par le massacre de sa famille en Inde. Il ne connaissait que trop bien les dynamiques de pouvoir entre clans, alors même s'il ne s'exprimait pas beaucoup sur le sujet, il regardait les conflits entre familles nobles britanniques, la politique de la Grande-Bretagne avec un regard plutôt acéré et froid. Il ne comptait pas être un acteur, il n'en avait ni la patience ni l'envie… mais savait à quelles portes toquer pour avoir une vie relativement tranquille.

Annabelle, elle avait une intelligence encyclopédique. C'était une intelligence qu'elle avait cultivée en lisant et apprenant sans relâche mais elle était aussi pourvue d'une certaine hauteur ce qui la menait à la recherche d'autres perspectives. Annabelle n'était pas la plus éthérée des Serdaigles mais elle avait appris à ne jamais fermer des portes, laisser une chance à toutes les possibilités. C'est ce qui avait fait d'elle une infirmière d'exception… Enfin future Guérisseuse. Alors que sa fille se promenait en Amérique du Sud, Annabelle Ruva passait ses examens de Guérisseuse et était partie pour des années additives d'études en médicomagie au sein de St-Mangouste. Elle rentrait plus tard, restait plus longtemps entre les murs de l'hôpital mais était soutenue sans relâche pas son mari qui avait une position assez confortable au Ministère et donc contrôlait mieux ses horaires de travail. Louis n'était donc pas seul.

Louis d'ailleurs… Louis était le plus le plus serein, le plus froid de la famille de quatre. Il possédait à l'instar de ses deux parents, une intelligence qui lui appartenait, l'intelligence stratégique. Louis savait comment se placer dans les jeux de pouvoir comme son père et savait avoir de la hauteur comme sa mère, mais le garçon utilisait cela pour tempérer. Pour analyser. Pour se préparer.

Et sa sœur était son plus grand défi. Depuis l'incident, il fut le premier à ne pas la reconnaître, à comprendre que celle qu'il avait connue avait disparu dans le fracas. Pour Louis, il ne faisait aucun doute qu'Aurélia Ruva était morte. Qu'elle était du moins sensée l'être. Et donc la personne qui avait pris sa place n'était pas celle avec qui il avait grandi. Mais il observa cette personne, pris du recul… Et l'apprécia. Elle était similaire à sa sœur à bien des égards, plus âgée mentalement mais bien plus terrifiée, émotive, tête brûlée. Pourquoi ? Il comprit qu'elle attendait quelque chose. Un impact, quelque chose qui allait la frapper au sol. Elle se préparait à tomber. Et c'est ainsi que Louis Ruva à, à peine 10 ans, sut qu'il fallait qu'il soit prêt à tirer sa famille hors d'un destin sombre qui semblait inextricable.

« - Louis ? Quelqu'un asonné à la porte, tu peux aller voir qui c'est ? résonna la voix d'Annabelle.

Le petit garçon roula des yeux, il détestait qu'on le dérange quand il faisait ses devoirs, notamment de géographie imposée par Aloysius. Cela faisait maintenant un an et demi que le précepteur Né-Moldu lui enseignait des matières moldues et Louis avait trouvé ses cours d'histoire et de géographie à son goût. Bref, Louis traina des pieds à la porte et ouvrit pour sentir sa bouche se décrocher d'un O parfait.

- Mais… MAMAN ! hurla le garçon

- Vraiment répondit la voix féminine très amusée. La première chose que tu fais c'est appeler notre mère au lieu de me faire un câlin et me souhaiter la bienvenue ?

- Je croyais que tu étais à Montréal, dit Louis en laissant entrer sa sœur dans la maison avec son sac de voyage sur le dos.

- J'ai préféré rentrer pour passer mes exams. Bon ça suffit, viens me faire un câlin immédiatement !

Louis lâcha un rictus mais obéit. Aurélia était habillée d'un t-shirt déchiré de toute parts et d'un treillis vert kaki militaire avec ses grosses bottes de randonnée. Mais ce qui avait changé, c'était la couleur de ses cheveux. Elle arborait fièrement une coupe garçonne ébouriffée violette bubblegum. L'adolescente sourit largement et se détacha des bras de son frère pour poser son sac de voyage par terre quand Annabelle Ruva descendit de sa chambre pour se figer, interdite :

- Mais… que…

Aurélia se tourna vers elle laissant partir son frère et lui sourit nerveuse alors que la matriarche se précipita vers elle :

- Aurélia mais…Qu'est-ce que TU FAIS LA ?

- Salut maman ! dit Aurélia d'un enthousiasme feint.

- N'essaie pas… attendez… est-ce que vous êtes vraiment…

Annabelle sortit sa baguette et lança un sort de détection devant les yeux médusés de son fils et plus amusés de sa fille.

- C'est vraiment toi… AURELIA GAIL RUVA ! explosa-t-elle

- Wow. Le nom complet, chuchota Louis. T'es morte ma vieille !

- LOUIS VA DANS TA CHAMBRE, ordonna-t-elle toujours en hurlant. PAR MERLIN AURELIA, AS-TU PERDU L'ESPRIT ? REVENIR SANS PREVENIR ? OU EST TON COUSIN ?!

- Il est à Montréal… Mais tout va...

- QUOI ?! coupa Annabelle PARDON !? IL T'A LAISSE REVENIR SEULE !?

- Je lui ai demandé de m'avancer pour un portoloin à New York. Je suis revenue plus tôt car je voudrais bien passer les examens de fin d'année à Poudlard…

- TU AVAIS SIGNE LES PAPIERS POUR ALLER A ILVERMONY !

- PARDON ? s'écria Louis scandalisé.

Aurélia ouvrit la bouche. Puis la referma en haussant les épaules. Louis n'était apparemment pas au courant… Merlin.

- Et bien non. J'ai fait le choix de ne pas y aller. J'ai envoyé une lettre pour expliquer que je ne ferais pas la visite et que je resterais à Poudlard. J'espère que tu ne m'as pas déjà désinscrite…

Annabelle bouillait de colère, mais Aurélia avait croisé les bras et la regardait avec déjà. L'adulte tentait de rester calme, ce qui n'était pas gagné vu qu'elle avait atteint son point culminant de rage. Elle échoua misérablement.

- On en parlera à ton père ce soir mais jusque-là tu es PUNIE ET VA REDONNER A TES CHEVEUX LEUR COULEUR NATURELLE TU ES RIDICULE ! »

Aurélia posa alors ses affaires dans sa chambre où elle sourit légèrement en découvrant ses affaires dont sa bannière de Gryffondor au-dessus de son lit. Elle se laissa tomber sur son lit en soupirant alors que Louis entra dans sa chambre et s'assit un brin agacé :

- Merci pour ça ! Elle va marmonner pendant toute la journée !

- Sois pas dramatique, rigola Aurélia. Si tu veux on peut aller se promener et revenir quand papa sera de retour.

- Non merci, elle serait capable d'appeler les Aurors. Tu ne pouvais pas être civilisée pour une fois ? Appeler par la cheminette ou envoyer une lettre pour les préparer à l'impact…

- ça s'est un peu décidé au dernier moment…

Louis tira la langue, énervé et renifla :

- Évidemment.

- Hey. Je ne calcule jamais rien, tu devrais le savoir non ?

- Si tu calcules, répliqua son frère. Tu calcules le moyen le plus effectif pour tous nous rendre fous !

Aurélia sourit tristement. Elle soupira ensuite, elle savait qu'elle avait tendance à être plutôt... explosive mais tout de même !

- Pardon, dit-elle quand même. Je suis sûre que ça t'a inquiété que je revienne plus tôt.

Louis se figea, elle s'excusait rarement après tout. Il ferma les yeux pour aussi reprendre son calme.

- J'espère ne pas être dans ta maison en Septembre, marmonna-t-il.

- Aucun risque, s'esclaffa sa sœur. La maison des Gryffons a trop de cinglés pour toi. Je parie Serdaigle pour toi.

- Faire un pari avec moi ? dit Louis avec un rictus. Tu ne les gagnes jamais.

- Tu serais surpris, sourit sa sœur.

- Hm… Si je gagne, tu me payes un Glisseur même si ça doit prendre dix ans.

Aurélia fronça les sourcils.

- Un quoi ?

- Un Glisseur… Ah oui pardon, c'est vrai qu'on n'a pas vraiment correspondu dernièrement. Un Glisseur, c'est comme un skate mais sans les roues, et tu peux voler avec ! ça a été inventé à Poudlard apparemment. Une fille de Poufsouffle. Tu sais l'ami de papa ? Tom Snicket ? Son fils est à Poufsouffle, il le tanne pour en avoir un, mais ça coûte une petite fortune.

- Hm… Combien ?

- Je ne suis pas sûr. Mais tu pourrais demander à tes amis non ?

Aurélia hocha la tête lentement. Elle avait du mal à imaginer comment leur annoncer que finalement elle revenait. Bon sang, elle avait tendance à compliquer les choses et maintenant ça lui revenait en pleine figure, elle ne serait certainement pas accueillie comme la fille prodigue ! Louis la vit se plonger dans ses pensées et décida de la laisser :

- Va prendre une douche, tu pues. »

Aurélia lui balança son oreiller à la figure pour seule réponse.

Victorien Ruva revint finalement assez tôt. Il se précipita à l'étage où Aurélia écrivait une lettre à Bill, Charlie et Gilbert. Elle fut accueillie par une forte étreinte. Elle rigola sur le coup, son père était vraiment le meilleur des hommes. Ils parlèrent pendant une bonne heure, elle lui donna des souvenirs et Victorien eut la présence d'esprit de lui dire que la plupart des souvenirs étaient normalement interdits à Poudlard.

- C'est d'ailleurs étonnant que tu aies pu prendre un portoloin à New York qui est très sécurisé avec tout ça…

En effet, mais il s'agissait d'un camarade de promo de Morgan, Charlotte et Lillian qui était responsable du voyage. Ainsi, elle eut beaucoup de chance. Victorien inspecta ses artefacts.

- Laisse ton bâton rétractable. A la limite, prend un ogham mais ne l'utilise pas devant les professeurs. Et ta pierre de concentration, tu l'as depuis l'année dernière, je pense que ça passe si tu la caches comme ton ogham sous ton t-shirt… D'ailleurs, je suis étonné. Un ogham c'est le terme druidique non ? Comment les amérindiens appellent cette pierre.

Aurélia tira sa langue comme son frère plus tôt.

- Un mot portugais extrêmement compliqué.

Victorien s'esclaffa et continua à regarder les photos d'elle et Morgan. Il sourit attendri.

- Tu t'es bien amusée… Non ?

Aurélia posa sa tête sur l'épaule de son père.

- Comme une petite folle. »

Mais maintenant les vacances étaient terminées.

Après le dîner, Louis se retira dans sa chambre, il ne voulait pas être là quand ça allait péter. Il savait se préserver, merci bien.

Annabelle haussa les sourcils alors qu'Aurélia s'assit sur le fauteuil en face d'elle et Victorien qui avait posé son journal. La jeune fille se pencha et posa ses coudes sur ses cuisses en contemplant ses mains croisées.

- Que se passe-t-il Aurélia ? demanda Victorien d'une voix douce.

Aurélia inspira et expira. C'était le moment. Elle ne pouvait plus y couper, il fallait qu'elle affronte ça. Elle le devait, pour elle et pour eux.

- Je… Il faut qu'on parle.

Annabelle et Victorien s'échangèrent un regard. Aurélia ne savait pas commencer, en fait si… Elle le savait.

- Je ne suis pas votre fille. Mais vous le savez n'est-ce pas ?

Victorien se figea alors qu'Annabelle ne laissait transparaître aucune information.

- Je ne suis pas votre fille. Pas celle que vous avez élevée dans cet univers en tout cas. Et je sais que c'est dur, vous l'avez perdue. Vous ne retrouverez jamais l'Aurélia de 11 ans. Celle qui était en pique-nique avec vous le jour ou ce fichu éclair est tombée sur elle. Elle était une sorcière, elle n'avait pas de savoir moldu, elle se serait intégrée comme une chef à Poudlard. Mais elle n'est plus là… Je suis là à sa place. Et je ne suis pas elle.

Aurélia tremblait comme une feuille. Sa voix chevrotait. Elle serrait ses mains encore croisées.

- Je ne suis qu'une inconnue. Une âme qui a pris sa place. Je suis… Je m'appelle aussi Aurélia Ruva, j'ai aussi un petit frère qui s'appelle Louis, une mère qui s'appelle Annabelle et un père qui s'appelle Vikram. Ils sont comme vous. Exactement comme vous. Mon monde est similaire au vôtre, les mêmes évènements historiques, les mêmes inventions moldues, les mêmes pays, le même climat… Mais il n'y a pas de magie. Dans ce monde ma famille est moldue. Vous êtes moldus et c'est la seule différence, car ici, votre monde, cette maison… c'est comme un miroir déformant. Ou regarder à travers une vitre de buée. Tout m'est familier, tout est similaire, mais... pas totalement. Tout est là, la magie en plus.

Le silence résonna comme d'outre-tombe. Victorien et Annabelle la fixait indescriptibles. Aurélia fixait ses mains, sans pouvoir les regarder en face.

- Mais même si j'explique cela, le résultat reste le même. J'ai perdu ma famille. J'ai perdu ma vie et j'ai chamboulé la vôtre. Je ne sais pas si… je ne sais pas si vous voudrez toujours de moi, car je reste une étrangère, mais cette année j'ai commencé à faire mon deuil, il n'est que justice que vous fassiez le vôtre et pour cela vous devez savoir tout ce que je sais.

Aurélia se força à les regarder finalement.

- Je sais… que vous en savez beaucoup. Mais à quel point m'accepterez-vous ?

Victorien voulut dire quelque chose mais aucun son ne sortit de sa bouche. Aurélia bégaya :

- Je sais à quel point c'est difficile, à quel point vous… elle vous manque. Elle n'est plus là. Et ce serait tellement plus simple si vous n'étiez que des étrangers car je serais partie et je ne serais jamais revenue. J'aurais changé de nom, j'aurais changé d'identité, de pays, de patrie, de maison. Mais mes parents, et mon frère… Ils me manquent aussi. Et vous voir ici, être avec vous me rassure, même si c'est avec cette culpabilité, je… Je vous aime. Je vous aime tellement, comme mes parents. Car vous êtes eux et je suis moi. Et ce n'est pas du déni, ou de la folie c'est une réalité. Ma réalité. Les personnes qui m'ont élevée, aimée, chérie, protégée, c'était vous. C'était juste vous. Vous n'étiez pas des sorciers mais vous étiez vous. Les mêmes noms, les mêmes expressions, les mêmes goûts. Vous êtes mes parents. Et quelque soit l'univers, quel que soit l'année, je vous aimerais toujours.

- Mais ils te manquent non ? murmura Victorien.

Aurélia leva sa tête vers l'homme qui la regardait avec les traits soudainement tirés par le sommeil et la tristesse. Annabelle quant à elle la fixait sans faillir toujours avec le flegme qui la caractérisait.

- La vie que j'avais me manque. Car j'étais une adulte. J'avais… quand on grandit. On passa par un certain nombre d'épreuves et on se forge, et il y a une certaine dose de soulagement, car on n'aura pasa revivre nos erreurs, nos colères, nos tristesses. On devient indépendants, plus forts. Et maintenant que je suis revenue à un âge où il ne m'est pas possible de garder cette expérience… j'étais en colère et une partie de moi l'est encore. Car je suis terrifiée. J'ai tellement peur. Le contrôle de ma vie m'échappe. Je subis et je ne peux plus choisir pour moi-même. Ça et le fait que je suis dans un monde où la plupart de ses subtilités m'échappent. Je suis comme en dedans et en dehors. Je dois tout reconstruire et ça prend du temps ainsi que des bases solides.

Aurélia regarda ses parents qui l'observaient sans faillir en dissimulant à peine leur émotion. Du moins Victorien.

- Et vous êtes mon roc. Je… veux pouvoir croire que l'univers ne m'a pas projetée dans un monde avec vous, et tout ce que vous êtes par pure cruauté. Bon sang, je dois y croire. Vous êtes mon seul point de repère et c'était aussi le cas dans le monde duquel je viens. Je ne peux pas y arriver sans vous, vous êtes mes parents. Sorcier ou pas sorcier, moldus ou pas moldus, je vous aime tellement. Je veux pouvoir croire que vous serez toujours avec moi quel que soit la dimension.

Car tout ce qu'elle faisait, tout ce qu'elle voulait faire… Elle ne le faisait que pour eux. Pour sa mère. Pour son père. Pour son petit frère. Elle pouvait s'enfuir, changer d'identité. Mais elle ne le faisait pas car elle ne savait que trop bien ce qui approchait. Un danger terrible qui allait tout détruire. Elle était là pour les sauver, pour les protéger. Il fallait qu'elle y croie. Il le fallait.

Aurélia baissa sa tête le regard ombrageux.

- C'est donc ta réponse ? lâcha Annabelle.

Aurélia avait les larmes qui coulaient sans pouvoir les contrôler.

- Oui, répondit-elle d'une voix faible.

Annabelle soupira profondément. Puis se leva doucement. Aurélia se tendit le visage encore barbouillé par les larmes, elle tentait de rester digne. Alors contre toute attente Annabelle se pencha vers elle et la serra dans ses bras. Aurélia se figea mais après une hésitation, serra Annabelle dans ses bras en retour.

Un silence se développa alors qu'Annabelle étreignait l'enfant devant elle. Puis lentement elle se détacha et se rassit sur le canapé :

- Aurélia… commença-t-elle. Tout d'abord, tu dois comprendre que nous savons. Nous savons que la personne que tu étais avant l'éclair et après cet incident, sont complètement différentes. Archidéus Kirke (Merlin ait son âme) nous a expliqué qu'il s'agissait d'un transfert spatio-temporel et malgré toutes nos recherches avec son aide, nous n'avons jamais pu vraiment définir ce que c'était. Mais nous savions que tu étais différente. Et c'est justement le bon mot. Différente.

Aurélia écoutait. Elle attendait la suite.

- Ma fille… de onze ans. A disparu. C'est un fait. Et j'en ai fait mon deuil. Pas totalement, j'aurais toujours le regret de ne pas l'avoir vue grandir normalement, mais ai-je perdu ma fille définitivement ? Je ne le pense pas.

Aurélia fronça les sourcils. Comment cela ?

- La vérité, c'est que personne ne peut vraiment expliquer ce qu'il s'est passé, dit Anabelle d'une voix définitive. Archidéus était dans le flou total, et toi aussi… Tu n'as qu'une perspective de la vérité. Je suis une enfant des Barbades et une Serdaigle Aurélia. J'ai vu des âmes quitter le sol de l'île et danser avant de rejoindre l'au-delà, j'ai vu une guerre déchirer ce pays, j'ai appris pendant toute ma scolarité à envisager des routes alternatives, à ne jamais me reposer sur mes certitudes.

La voix d'Annabelle montait de plus en plus. Aurélia se sentait s'écraser dans son fauteuil. Annabelle était tout bonnement impressionnante quand elle prenait de la hauteur…

- Tu viens sans doute d'un monde sans magie, certes. Ou tu pourrais être de ce monde avoir été transportée à onze ans dans le monde d'où tu viens toute mémoire effacée et revenir en croyant ne pas être d'ici alors que c'est le cas.

Attendez quoi ?! Victorien toussota :

- Anna, tu es en train de la perdre.

- Ah… Navrée, j'ai tendance à me laisser aller quand je réfléchis.

Cela lui rappelait quelqu'un… elle-même ne put s'empêcher de penser Aurélia avec une pointe d'amusement.

- Je veux simplement t'expliquer que les explications sont nombreuses et que nous n'avons aucune certitude quant à la vérité. Ni nous, ni toi. Notre fille peut être morte, mais tu es bien Aurélia Ruva, et biologiquement nous sommes bien tes parents. Comment expliquer que tu es bien notre fille ? Comment expliquer que nous sommes tes parents malgré l'évolution forcée de ta conscience ?

- C'est… confus.

- Oh certainement, s'esclaffa Victorien. Ma tête me fait mal, rien que d'y penser !

Aurélia sentit un léger sourire apparaître sur son visage.

- Il me fallait donc raisonner. Et au lieu de chercher une réponse dans une nébuleuse de questions me rattacher à ce que je connais. Me rendre compte, nous rendre compte qu'il y avait plus de similitudes que de différences.

- Tes similitudes avec l'Aurélia d'avant l'incident sont plus nombreuses que tes différences avec elle, simplifia Victorien.

Il eut un silence. Aurélia était sous le choc. Mes similitudes sont plus nombreuses que mes différences.

Mes similitudes sont plus nombreuses que mes différences. Mes similitudes sont plus nombreuses que mes différences.

Mais. Ce raisonnement.

- C'est le même que le tien, n'est-ce pas ? Soyons clairs, si nous avions été très différents de tes parents, de ta dimension, te serais-tu enfuie ?

Oui. Sans l'ombre d'un doute.

- Sans…doute.

- Nous t'avons vue mourir Aurélia, coupa Victorien. Et pour nous c'est le pire des cauchemars. Alors bien entendu que nous nous sommes raccrochés à tout ce que nous connaissons de toi. De tes similitudes. De ta façon de chanter dans la douche. De lever les bras au ciel quand tu es exaspérée ou énervée. De lécher les cuillères de crème de noisette avant de les nettoyer. De détester le chou-fleur. Des froncer les sourcils quand tu ne comprends pas un énoncé. De marcher pieds nus dès que tu es à l'intérieur. De détester le rose. De veiller sur ton frère quand il ne te voit pas. De remettre droit le tapis de sol en face de la porte d'entrée dès que tu rentres. De siffler quand tu es anxieuse.

Aurélia sentit son cœur tomber dans ses chaussures puis remonter, gonflé d'hélium.

- Papa, dit-elle la voix gonflée d'émotion.

- Et tout cela nous a conforté. Nous fait dire que nous ne t'avions pas perdue définitivement. Que tu étais là, d'une certaine façon. Et ça a été assez. C'est assez, tu es assez pour nous.

- ce serait mentir que de dire que nous avons accepté cela facilement, dit Annabelle d'une voix tremblante. D'une certaine manière, c'était une très bonne nouvelle que tu te sois éloignée à l'école… ou en voyage avec Morgan. Nous pouvions accepter notre réalité à notre rythme.

Aurélia hocha la tête.

- Et puis Archidéus pensait que tu étais un prophétesse… Tu nous caches une dernière information capitale, n'est-ce pas ? siffla Victorien.

Un silence. Aurélia inspira. C'était là. Il fallait leur dire. Elle avait longtemps hésité mais elle avait décidé qu'elle ne rentrait pas sans être honnête sur cette information. Oui elle risquait de se faire évacuer de force et oui ses parents seraient tellement flippés que Louis va peut-être en chier mais elle ne pouvait pas passer cette information en silence hors de question :

- Un danger approche. Ça ne va pas être joli. Mais tant qu'il ne se déclenche pas, je ne peux rien dire.

Annabelle fronça les sourcils.

- Aurélia.

- Non maman. Je ne peux pas. C'est trop risqué.

Ses parents la jugeaient.

- c'est… pour cela que je dois retourner à Poudlard, c'est le lieu le plus sauf pour le moment. Vraiment. Rien ne m'arrivera là-bas.

MENSONGE EHONTE. Les deux Ruvas s'échangèrent un regard. Annabelle avait le visage fermé, mais ce fut Victorien qui prit la parole. Lentement :

- Les prophètes sont les annonciateurs de bouleversements. Catastrophes ou renaissances. Leurs paroles ont toujours été à la jonction d'un moment déterminant, commença le père.

Aurélia fronça les sourcils alors qu'Annabelle se tournait vers son mari qui s'était penché en avant, le visage crispé dans la réflexion :

- En Inde… Du moins là, d'où je suis originaire. Il y avait des voyants, des sorciers doués en divination dans les fleurs, l'encens… L'encre. L'eau... Le sang aussi. J'ai toujours cru aux remous de l'avenir. Et quand je suis arrivé ici en Angleterre…. Je me suis aussi connecté au flot du temps. Quand je le pouvais.

Victorien se gratta la joue :

- Je ne suis pas du tout doué en divination. Je ne fais qu'allumer une branche d'encens de temps en temps pour capter si des dangers approchent ou si une paix relative sera plutôt présente. C'est juste un indicateur. Or, depuis ton accident, je ne vois plus rien. Les volutes de fumée se dispersent très vite. Ton avenir et celui de cette famille… a comme été brouillé.

- Et c'est mauvais… hoqueta Aurélia

Victorien secoua la tête.

- Non. Juste que rien n'est gravé dans le marbre et que tu es sans aucun doute… Une disruption dans le flot du temps. Prophétesse ou pas… L'avenir ne peut être prévu. Donc tout peut arriver, le meilleur…

- Comme le pire, murmura Annabelle.

Ils n'en avaient pas idée ! Aurélia déglutit alors que son père lui adressa un sourire un peu triste. Car elle ne pouvait pas dire quoi que ce soit de plus. Elle avait fait tout ce qu'elle pouvait.

- Viens ici petite idiote, ordonna alors Annabelle Ruva

Aurélia retint un gloussement surpris, et obéit. Annabelle la serra dans ses bras et Victorien les rejoignit :

- Pour l'heure, je veux que tu saches quelque chose. Nous t'aimons, nous tenons à toi. Et nous serons toujours là pour toi. Car tu es notre fille Aurélia. Et cela ne changera jamais.

-Tu seras toujours chez toi avec nous quel que soit la dimension, murmura Annabelle.

Un magnifique sourire éclaira le visage d'Aurélia alors que de nouvelles larmes coulaient le long de son visage d'enfant.

Adieu à sa vie d'avant. Adieu à sa peur. Adieu. Enfin. Elle se sentait vraiment elle-même.

oOoOoOo

Le mois de mai avançait tout doucement. A Poudlard, le printemps pointait le bout de son nez, et les examens approchaient.

Elisa s'était jointe aux entraînements d'Helen, traînant les pieds, mais bonne perdante. Si elle assistait à un entraînement par semaine, elle considérait son devoir fait, et elle avait largement assez de temps pour se préoccuper d'autres choses. Ses Glisseurs, ses projets, ses inventions…

Il lui restait encore un peu de temps avant le début de la période de révision, qui commençait traditionnellement vers la mi-mai. Du coup, elle en profitait pour mettre ses affaires plus ou moins en ordre.

Et pour se faire régulièrement botter les fesses par Helen ou Rhonda. Leurs leçons étaient très différentes du Challenge, mais il y avait quand même une part d'affrontement. Le côté positif, c'était qu'Elisa progressait régulièrement. Le côté négatif, c'est qu'au bout de six vols planés dans l'herbe, elle commençait à avoir mal partout et à se sentir nettement moins bien disposée vis-à-vis de ses amies.

– Il faut souffrir pour être douée, la nargua Helen.

– C'est pas « il faut souffrir pour être belle », le dicton ? sourcilla Trisha.

– Peu importe le but poursuivi, tu finiras toujours par souffrir, déclara sinistrement Heather.

Vu qu'elle aussi avait fait partie du fiasco du dernier match du CEM, elle avait été convoquée aux entraînements d'Helen et Rhonda… Et elle n'osait pas ses défiler. Sans doute parce qu'Adrian, Terence et Tabitha aurait bien rigolé d'elle. N'empêche qu'Elisa se serait bien passée de ses remarques défaitistes. Ça lui sapait le moral. Déjà qu'elle n'était pas super-motivée pour le duel…

Mais passons.

A mi-mai, Elisa retourna aux cuisines (et fut promptement assaillie par une horde d'elfes qui se marchaient presque dessus dans leur hâte de lui offrir du thé et des petits gâteau) afin de prendre des nouvelles de son projet de… recrutement. A sa grande surprise, la nouvelle s'était répandue comme une traînée de poudre et tous les elfes du pays avaient apparemment entendu parler de la jeune sorcière miséricordieuse prête à rendre leur dignité aux elfes abandonnés et à les sauver du Ministère.

Elisa ne savait pas si elle devait en rire ou en pleurer. Elle avait toujours trouvé le comportement de Dobby ou de Kreattur complètement excessif dans les livres, mais… Après avoir vu ce qu'était leurs conditions de vie, leur vue du monde et de la liberté… Ça avait du sens qu'ils révèrent les rares sorciers à faire preuve de bonté envers eux. Ils étaient comme des enfants privés d'affection pendant longtemps, désespérés pour un contact amical.

La plus vieille elfe des cuisines de Poudlard, Mellie (une sorte de matriarche chez les elfes), lui présenta six elfes : les seuls six elfes libres de Grande-Bretagne. Ils avaient été libérés récemment et étaient encore sous le choc, ou cherchaient toujours désespérément du travail, ou se terraient dans les forêts pour éviter d'être ramassés par des officiels du Ministère soucieux du secret magique et des troubles que pouvait causer un elfe qui n'avait personne à servir.

Tilly, une femelle aux grands yeux craintifs, avait été renvoyée trois mois plus tôt pour avoir laissé la porte de l'arrière-boutique ouverte et permis à un chat errant de s'y introduire et de laisser des poils sur les travaux de couture à moitiés achevés de sa maîtresse. Olly, un de ses amis, avait été renvoyé il y avait une semaine à peine, quand sa maîtresse avait découvert qu'il volait de la nourriture pour Tilly qui se cachait dans les égouts près de sa vieille maison.

Moppy, un vieil elfe mâle, avait été renvoyé parce qu'il toussait et que ça dérangeait son maître. Il n'en avait plus que pour quelques années à vivre de toute façon, avait dit son maître avant de le chasser : personne ne voulait d'un elfe à l'agonie. Tuanelle, une elfe femelle assez âgée, avait été renvoyée à cause de ses mains trop tremblantes pour faire le thé. Maddy, une autre femelle, avait été renvoyée à cause d'une cicatrice de brûlure sur son visage qui effrayait les jeunes enfants de sa maîtresse. Et Pillo, le plus jeune de la bande, avait été renvoyé parce qu'il avait osé réconforter le fils de son maître en lui disant que ce n'était pas grave s'il n'avait jamais reçu sa lettre de Poudlard.

(Elisa essaya très fort de ne pas penser à ce qu'un maître aussi cruel pouvait avoir fait au petit Cracmol qui pleurait en premier lieu.)

A ce point Elisa était à deux doigts d'inventer elle-même la S.A.L.E. d'Hermione. Quand elle avait lu les livres, elle avait trouvé la passion de la Gryffondor pour cette cause assez infondée, mais maintenant… Maintenant, elle réalisait que le grand drame c'est que personne d'autre qu'Hermione ne se soit indignée.

Et maintenant, elle avait mauvaise conscience de réduire elle-même des elfes en esclavage. Mais comme l'alternative était de renoncer à les engager et de laisser le Ministère les emporter, Elisa était bien obligée de respecter sa promesse.

– Est-ce que vous savez construire un bâtiment ? demanda-t-elle à la cantonade. Pas une grande maison, juste empiler des pierres pour faire quatre mur et un toit, pour me construire un atelier dans la forêt.

Les six elfes, qui étaient à la fois complètement pétrifiés et tremblant d'espoirs, échangèrent des regards affolés jusqu'à ce que Pillo dise timidement :

– Pillo a servi un druide cette année ! Il a appris à Pillo à construire des cabanes.

– Très bien, sourit Elisa. Est-ce que vous savez couper du bois, et équarrir des planches ?

Cette fois, ce fut Maddy l'elfe brûlée qui leva la main, un peu tremblante. Elisa retint un soupir de soulagement. Construire un atelier et travailler le bois de ses MagicoGlisseur étaient les deux aptitudes qu'elle était le moins sûre de trouver chez des elfes qui avaient passé leur vie à faire le ménage.

– C'est parfait ! Alors je vous engage tous les six. Je peux effectuer le rituel de servitude tout de suite, mais je ne rentrerai chez moi qu'au mois de juin… Ça ne vous ennuie pas de rester à Poudlard jusque-là ?

– Miss nous engage ? répéta Olly d'une voix tremblante.

– Tous les six, confirma Elisa avec fermeté. Vous travaillez pour moi maintenant.

Elisa s'attendait un peu aux larmes et elle s'était mentalement préparée, mais l'ovation des elfes des cuisines la prit complètement au dépourvue. Ce fut tout juste s'ils ne la portèrent pas en triomphe.

Elle était devenue l'héroïne des elfes de maison. En y repensant, elle se sentait vraiment coupable de ne s'être intéressée aux elfes que pour le bénéfice qu'ils pourraient lui apporter. Et elle se sentait encore plus coupable de participer au système qui les oppressait ! Ces petits êtres avaient besoin qu'on les défende sans motifs ultérieurs. La moindre des gentillesses suffisait à les bouleverser aux larmes.

Ce fut Mellie qui donna à Elisa les instructions pour le rituel de servitude. Apparemment c'était assez simple : les elfes devaient donner volontairement leurs vêtements à leur maître, qui devait immédiatement les faire disparaitre (en les brûlant, le plus souvent). Elisa se serait absolument passée du spectacle des elfes à poil, merci bien. Heureusement les elfes de Poudlard avaient prévu la situation et prêtèrent à leurs nouveaux camarades des sortes de draps, que les serviteurs d'Elisa enfilèrent comme des toges.

– Hum, fit pensivement Elisa. Tilly, tu étais employée par une couturière ?

– Oui, maîtresse !

Le terme de « maitresse » mettait la jeune fille trop mal-à-l'aise, et elle se hâta de corriger avec un sourire figé :

– Oh, appelle-moi juste Miss Elisa.

Non, attendez, les elfes trouvaient ça impolis d'appeler leurs maîtres ou maîtresses « miss » ou « monsieur ». C'était des titres réservés aux étrangers ou aux invités. La Poufsouffle rectifia aussitôt :

– Ou bien appelle-moi Madame, ou Magister. Tilly, est-ce que tu pourrais vous coudre des uniformes pour tous les six ? Des sortes de longues robes, avec des manches. Rouge foncé, presque marron.

Pas question qu'elle laisse ses elfes se trimballer en guenilles. Ils avaient droit à un minimum de dignité quand même.

– Oui, Madame Elisa !

– Parfait, sourit-elle. J'achèterai du tissu, tu auras juste besoin de me donner la longueur dont tu as besoin.

Puis elle se tourna vers les autres elfes, commençant par le seul qui avait quelques notions de construction :

– Pillo, je veux que tu apprennes aux autres elfes comment construire une maison. Utilisez des livres sur l'architecture si vous en avez besoin, mais dans moins de deux mois vous devrez tous être capable de bâtir mon atelier. Maddy, tu leur apprendras à couper et équarrir des planches. Moppy, est-ce que tu pourrais calculer quel budget vous aurez besoin tous les six pour manger chaque semaine ?

– Oui, Madame Elisa !

– Dans ce cas, tu es chargé de calculer les finances. Tuanelle t'aidera. Et tu seras aussi chargé des courses.

– Oui, Madame Elisa !

Puis Elisa se tourna vers Olly, le dernier elfe. Elle avait une tâche pour lui aussi. Elle n'avait aucune idée de quand précisément le Trio d'Or allait partir à la recherche de la pierre philosophale (le dernier jour des examens ? Le lendemain ? Dans l'après-midi ? Au soir ? Elle n'arrivait plus à s'en souvenir, c'était un de ces détails qui lui échappait !), mais elle tenait à garder un œil sur cet évènement.

Si elle jouait bien ses cartes, elle pouvait réussir à stopper Voldemort cette nuit-là.

– Olly, pour toi, j'ai une mission de la plus haute importance. Tu vas surveiller sans te faire voir le couloir du troisième étage, là où il y un Cerbère. Au moment où quelqu'un passe devant ce Cerbère sans se faire mordre, et descend par la trappe que le chien est supposé garder, je veux que tu viennes me prévenir, d'accord ? Immédiatement.

Olly se mit presque au garde-à-vous :

– Oui, Madame Elisa !

Une demi-douzaine d'elfes sous ses ordres, c'était le début d'une petite armée. Avec eux et leur magie, changer le monde serait du gâteau.

– D'ailleurs, Moppy ? fit soudain Elisa. Est-ce que tu pourrais m'apporter un thé bien sucré dans ma salle commune ? Et assez de gâteaux pour toute ma classe. Ce soir, on révise les Potions et on va avoir besoin de tout le réconfort possible.

Et oui. Car malheureusement, changer le monde, ça devrait attendre qu'elle ait passé ses examens de fin d'année. Il lui restait un peu moins de trois semaines avant le début des tests, au début du mois de juin.

Et puisqu'elle avait à peine commencé ses révisions, elle allait devoir y mettre les bouchées doubles.

Sa prédiction s'avéra exacte. Avec deux matières supplémentaires à préparer, les troisièmes années révisaient frénétiquement pour les examens. Et en prime, il leur fallait toujours baby-sitter les plus jeunes ! Les séances du CEM poursuivaient leur cours, et très souvent les plus jeunes membres du club venaient timidement demander de l'aide à Takashi ou Elisa quand qu'ils butaient sur leurs devoirs de magie.

Ni le Serdaigle ni la Poufsouffle ne rechignaient à la tâche, même s'ils auraient préféré se concentrer sur leurs propres notes de Métamorphose. Après tout, l'entraide était l'une des promesses faites aux membres du CEM.

Et puis il y avait d'autres élèves, qui n'avaient rien à voir avec le CEM mais qui connaissaient quand même Elisa, qui venaient lui demander un coup de main. Par exemple, la classe de Jojo s'inquiétait de leur examen en Sortilèges, alors Elisa prit une demi-heure sur son temps de révision à elle pour les aider à revoir les points qui leur posait problème. Zacharias Smith et Sally-Anne Perks, les deux meilleurs élèves de Poufsouffle, lui demandèrent de les aider à faire leurs chartres d'astronomie. Tracey Davies s'inquiétait de ses notes en Métamorphoses, alors Elisa et elle révisèrent laborieusement les exercices de transfiguration de première année.

On ne change pas le monde tout seul. Elisa se devait de pouvoir compter sur les gens. Sur tous les gens : chaque élève de Poudlard pouvait devenir quelqu'un dont elle aurait besoin plus tard. Et si elle voulait pouvoir compter sur eux… Eh bien, il fallait déjà qu'ils puissent compter sur elle, non ?

Et c'est fou ce qu'Elisa avait gagné en popularité depuis que des petits gâteaux apparaissaient spontanément à côté d'elle dès qu'elle s'installait quelque part pour réviser.

Du coup Elisa aidait tous ceux qui le lui demandaient, sans distinction de Maison, d'âge, ou de pureté du sang. Les jours passèrent, partagés entre les cours, les révisions, ou les conseils prodigués à leurs cadets qui s'inquiétaient. Et bien sûr, il y avait les projets qu'Elisa échafaudaient dans son carnet. Elle essayait d'imaginer tous les jalons possibles qui risquaient d'apparaitre sur son chemin, si son plan pour stopper Voldemort réussissait, ou s'il échouait.

L'année prochaine, Isaac (le petit frère de Trisha) ferait sa rentrée : est-ce qu'elle pourrait le présenter à Ginny et Luna, et ainsi éviter que les deux filles ne deviennent des parias ? Et l'année suivante, est-ce qu'elle capturait Pettigrew avant l'incident de la Cabane Hurlante, ou est-ce qu'elle patientait jusque-là ? Après tout, Elisabeth Bishop, la Poufsouffle fouineuse, n'avait aucune raison d'attaquer le rat de Ron Weasley avec un sort qui annulait les Métamorphoses.

Uh. Il fallait quand même qu'elle apprenne ce sort, au cas où. De toute façon, étant donné sa nullité en Métamorphose, si elle apprenait à annuler ses erreurs… Ça serait toujours ça de pris.

Du coup elle chercha à la bibliothèque si un bouquin mentionnait ce sort. Effectivement, c'était le Sortilège d'Homomorphus. Un sort très puissant, du niveau des ASPICS, qui mêlait Sortilèges et Métamorphose. Elisa n'eut qu'à jeter un œil à la taille du chapitre explicatif, et elle renonça.

Elle se débrouillerait pour démasquer Pettigrew sans ce sort. La Métamorphose, c'était définitivement pas son truc.

Mais passons.

Elle avait toujours une tonne de questions. Une fois Pettigrew capturé, est-ce que ça empêcherait totalement Voldemort de revenir ? Elle réussirait peut-être à stopper Voldemort cette année, mais il y avait quand même des Horcruxes qui pouvaient être utilisés pour le ramener à la vie. Et puis Barty Croupton était toujours dans la nature… Tiens, ça, c'était encore un autre problème à résoudre.

Peut-être qu'elle pourrait utiliser ses elfes pour espionner l'elfe de Croupton, qui était apparemment complice ? Mais pour quel motif ? Elle ne pouvait quand même pas dire qu'elle connaissait le futur ! Si elle se faisait chopper, elle devait toujours avoir un alibi, c'était sa règle d'or.

Enfin, sa deuxième règle d'or. La première était de ne pas se faire prendre.

Pettigrew, et Croupton Jr. C'était les deux plus grandes menaces dont elle devrait s'occuper. Oh, et le journal de Jedusor, aussi. Elle devait absolument l'intercepter pour empêcher qu'un Basilic soit lâché dans l'école. Elle avait vraiment du pain sur la planche.

Et si elle n'arrivait pas à stopper Pettigrew… Il y avait cette histoire avec Bertha Jorkins, non ? Un pur accident, qui permettait au mage noir de lancer son plan durant le tome 4 de la saga. Donc on ne pouvait pas exclure la possibilité qu'Harry soit entré dans le Tournoi… Et que Cédric soit tué. Pour ça aussi, elle devait trouver une solution.

Peut-être lui dire que le trophée était piégé ? Ou bien entrer dans le Tournoi elle aussi et espérer prendre sa place ? Est-ce que c'était seulement possible ? Elle ne pouvait pas ensorceler la Coupe. Elle ne savait pas si la Elisa Bishop de l'histoire canon avait entré son nom (ou même si elle avait existé), mais c'était Cédric qui était supposé être choisi. C'était le destin. Elle ne pouvait pas l'empêcher…

Alors, quoi ? Etudier les contrats juridiques magiques pour trouver une faille permettant à Harry de ne pas participer ? Voler son Polynectar au faux Maugrey Fol-Œil ? Saboter le Tournoi elle-même ? Poser des pièges dans le cimetière de Jedusor pour que tout le coin explose s'il essayait de faire son rituel stupide ? Eh, c'était une idée, ça. Où est-ce qu'elle pourrait se procurer des mines antipersonnel ?

D'ailleurs, il faudrait vraiment qu'elle pense à apprendre à se défendre. Pas seulement avec des sorts : elle avait beau être douée en duel désormais (à sa grande surprise d'ailleurs, et essentiellement grâce à Helen), les Mangemorts seraient toujours plus doués qu'elle. Sa meilleure chance de gagner un combat était de prendre son adversaire au dépourvu, alors… Elle devrait peut-être se prendre une arme secondaire.

Peut-être qu'elle pourrait apprendre le lancer de couteaux ? Avec la Force, elle toucherait toujours sa cible. Et elle était sûre d'avoir un set de couteaux de lancer d'origine amérindienne dans un placard du Cottage aux Erables… Ou bien peut-être qu'elle pourrait acheter un flingue ? Et donner un flingue à Harry, vu qu'il était tout le temps en danger ?

Rien qu'hier, il était revenu de sa retenue avec Hagrid pratiquement à minuit, blême de peur et vacillant sur ses pieds. Elisa, qui revenait d'une leçon d'Astronomie, l'avait croisé dans le hall, et avait trouvé sa pâleur inquiétante.

D'ailleurs, est-ce qu'Harry n'était pas supposé voir Voldemort boire le sang d'une licorne au cours d'une retenue avec Hagrid ? Bon sang, personne n'était en sécurité dans cette école !

Raaah, sauver le monde et préparer ses examens en même temps, c'était d'un compliqué ! Heureusement que la question du lancement de son entreprise de MagicoGlisseurs était réglée. Si elle avait dû s'en inquiéter en plus du reste, elle aurait sans doute pété un plomb.

– Tu t'en sors ? fit Cédric en haussant les sourcils.

Elisa baissa les yeux sur son brouillon, à côté de ses notes d'Histoire (enfin, les notes d'Histoire d'Heather, puisqu'Elisa n'avait pas écouté un seul mot de Binns de l'année). Au milieu de sa chronologie sur les chasses aux sorcières et les découvertes divinatoires du Moyen-âge, elle avait griffonné une liste d'armes Moldues létales qui comprenait, entre autres, la kalachnikov, la tronçonneuse et le couteau-papillon.

– Merveilleux, marmonna-t-elle.

– Si tu comptes tuer Rogue tu as tout mon soutien, marmonna Raashid qui peinait à apprendre la composition du Philtre de Confusion.

– Ah non ! s'indigna Trisha. Personne ne tue Rogue ! Pour une fois que j'ai parfaitement révisé mon examen, je compte avoir le maximum de point et il n'est pas question que vous me sabotiez toute mon entreprise en assassinant l'examinateur, vu ?

Il y eut un blanc.

– Ce que je préfère dans notre Maison c'est notre altruisme désintéressé, fit une Préfète avec un sourire en coin. Eh, Elisa, il te reste de gâteaux sablés ?

Elisa ne se souvenait absolument pas d'à quel moment tous ces gens s'étaient mis à être assez proches d'elle pour l'appeler par son prénom, mais elle poussa quand même son assiette remplie de gâteaux en direction de l'intruse. C'était toujours utile d'être dans les bonnes grâces des Préfets.

D'ailleurs, en parlant de Préfets…

– Est-ce que vous savez comment sont choisis les Préfets ? demanda-t-elle innocemment.

La Préfète inconnu haussa un sourcil :

– Tu es intéressée ?

– Justement non, sourit Elisa. Ma hantise serait d'être choisie et de devoir passer mon temps à patrouiller les couloirs au lieu d'inventer la plume auto-correctrice…

– Tu as inventé la plume auto-correctrice ? s'enquit avidement Trudy dont les fautes d'orthographes étaient abominables.

Elisa marqua un temps d'arrêt.

– Euh, non. Mais je le note. Je ferai ça un de ces jours.

Parce que ça avait l'air d'être une excellente idée. En plus, ça se vendrait comme des petits pains, ces choses-là. Plus de fautes, plus de ratures !

– Mais bref, reprit-elle. Je veux justement éviter d'être Préfète, parce que ça me prendrait trop de temps. Il y a une procédure pour ça ?

La Préfète inconnue renifla avec amusement :

– Eh ben, tu anticipes vachement… Et tu es bien sûre de toi. Mais t'inquiète, j'en toucherai un mot au professeur Chourave si tu veux.

– Vraiment ? Cool !

– Comment tu peux savoir qu'il y a une chance que tu sois Préfète ? fit Cédric avec curiosité.

Elisa esquissa un sourire en coin, et se replongea dans ses notes d'Histoire :

– Oh, je suis douée en Divination. D'ailleurs, je prédis que tu seras absolument Préfet. Et Préfet-en-Chef après ça. Et Capitaine de l'équipe de Quidditch.

Cédric se contenta de rire, clairement incrédule, et le sourire d'Elisa s'élargit. Eh, si les gens se souvenaient de cette prédiction d'ici quatre ans… Peut-être qu'elle gagnerait une réputation d'Oracle. On pouvait toujours espérer, non ?

Elisa révisait, donc, mais gardait toujours une partie de son cerveau concentrée sur ses projets. Et puis, sur ses cours aussi. Eh oui, il restait encore plusieurs jours de cours où les profs se hâtaient de boucler leurs programmes. Rogue, McGonagall et Flitwick avaient généralement une éthique de travail draconienne et finissaient toujours dans les temps, mais les autres… n'étaient pas toujours au même niveau.

Le professeur Sinistra aurait voulu leur faire étudier deux autres cartes du ciel. Le professeur Babbling se désespérait de réussir à leur apprendre le sens tertiaire des runes proto-germaniques. Le professeur Trelawney déclara d'une voix mystique que les feuilles de thé seraient à l'examen et comme ils n'avaient passé que trois semaines dessus, les élèves se mirent à consommer deux fois plus de thé que d'habitude pour s'entraîner.

Bref, c'était une période assez dense. Elisa aurait bien aimé faire une pause, mais franchement, la période de révision était justement celle où elle n'avait absolument pas le temps.

Et, mine de rien, le jour des examens (et celui des aventures souterraines du Trio d'Or) approchait…

oOoOoOo

« - J'ai fini ma malle, déclara Aurélia. Maman, tu peux m'aider à la descendre ?

Ananbelle lâcha un rictus canaille et zappa la petite malle de voyage devant la porte d'entrée en manquant de renverser Victorien qui était vêtu de ses habits de dimanche. Une veste et une chemise en lin avec un pantalon et son long manteau en tweed.

- Merlin Anna ! J'ai failli être percuté !

- Mais non, répliqua Annabelle en roulant des yeux, sous le rire étouffé d'Aurélia qui descendit les escaliers.

- Cette femme aura ma peau, grommela Victorien. Tu as tout ce qu'il te faut ?

- Oui mon capitaine !

- Arrête de jouer à la mariole, je te rappelle que tu es arrivée au dernier moment et qu'on va devoir encore s'excuser à la direction à cause de ta fâcheuse manie de débarquer quand ça te plaît.

- C'est de famille, souffla Aurélia moqueuse.

- Certainement pas de mon côté ! ça vient de la famille de cinglés de ta mère !

- PARDON ? s'indigna Annabelle d'une voix forte.

- On s'en va chérie ! A ce soir ! se rattrapa Victorien sous les éclats de rire de sa fille. Aurélia avance au lieu de te marrer ! »

Aurélia avança devant les larges grilles de Poudlard. Elle inspira et expira lentement, sachant qu'elle ne restait que pour le dernier mois du collège et les examens, elle n'avait vraiment besoin d'emmener sa grosse malle, mais avait quand même des souvenirs et... son projet spécial ! Elle avait hâte de le montrer au Trio. Enfin... S'ils le voulaient bien.

Elle baissa les yeux. Aurélia avait toujours imaginé repasser ces portes avec confiance, la tête haute, telle une vraie badass mais maintenant la réalité... l'écrasait. Et si elle se plantait comme avant ? Était-elle meilleure ? Assez forte pour affronter les épreuves à venir ? Harry Potter était là-dedans, dans sa maison, et cette année il était supposé combattre ou du moins survivre la tête de Serpent. Pourrait-elle vraiment l'aider ou allait-elle rendre le monde pire ?

C'était une vraie question qu'elle s'était posée plusieurs fois... surtout au cours de l'année passée. Mais elle n'avait toujours pas de réponse.

- Tu m'as l'air perdue dans tes pensées, sourit Victorien.

Aurélia se tourna un peu brusquement vers son père, le regard un peu hagard. Victorien fronça les sourcils et les deux Ruva se regardèrent dans le blanc des yeux pendant quelques secondes.

- Tu sais que tu n'es pas obligée d'y revenir ? Chuchota-t-il avec douceur.

- Papa je vais bien, déclara Aurélia d'un sourire forcé.

- Oh, je le sais bien. Mais je te rappelle juste que tu as des options. On ne t'en voudra pas.

Un petit silence souligna ses paroles. Aurélia resta immobile quelques secondes... puis leva sa tête pour dire quelque chose à Victorien quand les grilles s'ouvrirent à la volée. Elle se tourna brusquement pour découvrir... Le professeur Dumbledore lui-même. Aurélia se figea. Le sorcier le plus puissant de Grande-Bretagne était en face d'elle. Elle avait toujours une pointe d'agacement en le regardant, mais la rage d'avant... ? Elle était bien moins présente. Cependant la méfiance persistait.

- Bonjour, sourit jovial l'homme à la barbe blanche. Miss Ruva c'est un plaisir de vous revoir ici.

- Ah euh... Bonjour professeur.

- Bonjour, professeur Dumbledore, salua Victorien en lui serrant la main.

- Je ne crois pas avoir plaisir de vous avoir eu comme élève si je me trompe Mr. Ruva ? Répondit le directeur.

- Effectivement, j'ai fait mes classes en Inde, dans une école de magie anciennement sous l'égide du Commonwealth. C'est ma femme qui était ici.

- Il est vrai que des sorciers étaient aussi partis dans ces contrées lors de l'expansion du royaume britannique moldu, songea Dumbledore à voix haute.

Il croisa alors les yeux d'Aurélia qui avait fermé son visage mais restait contrôlée. Elle se concentrait sur son océan. Calme. Relax.

- Je vais vous laisser, dit Victorien, je dois malheureusement aller au travail, on se voit dans un mois ? Écris-nous s'il y a un problème. N'importe lequel.

Aurélia hocha la tête contrôlée et accepta la main sur la tête de son père qu'elle vit ensuite partir et transplaner hors de l'enceinte de Poudlard. Aurélia resta une ou deux secondes à contempler le vide que son père laissait... quand le directeur la héla :

- Miss Ruva, il est temps d'aller au château.

Aurélia inspira et expira encore. Il fallait qu'elle respire, c'était la première leçon et la plus efficace. Reste calme, ne fait aucune erreur, tout allait bien se passer. Elle se tourna alors vers Dumbledore et tira sa petite valise remplie à ras-bord, son sac de cours à l'épaule et redressa sa mèche tombante au-dessus de ses yeux. Sa baguette était dans son porte-baguette sur la cuisse. Elle était parée.

- Oui. Allons-y.

Elle commença à marcher quand Dumbledore l'arrêta d'un petit geste.

- Un instant.

Aurélia fronça les sourcils mais Dumbledore agita sa baguette (la fameuse Relique de la Mort!) et le vieil homme l'agita pour que la valise s'élève de quelques centimètres. Aurélia pencha la tête, il ne s'agissait pas du Wingardium leviosa c'était... un autre sort... Sans doute. Ah. Elle s'en rappelait.

- Locomotor... barda ?

- Exact Miss Ruva, sourit Dumbledore agréablement surpris.

- Mon... cousin Morgan l'utilisait souvent quand on se déplaçait dans des endroits sans moldus, expliqua Aurélia avec une pointe de satisfaction. Elle marcha à côté du professeur Dumbledore alors que ses affaires flottaient derrière eux. Tous deux, entreprirent de traverser le parc direction le château. Le trajet sembla extrêmement long pour Aurélia qui marchait vite malgré sa petite taille. Sans doute à cause de la puissante présence à côté d'elle.

- Nous avons reçu la totalité de vos devoirs complets mi-mars. Je dois dire que le corps professoral a été très impressionné par votre vitesse mais aussi la qualité de vos écrits.

- Ma famille m'a enseigné. Ils sont tous des sorciers plus que compétents pour la plupart, dit Aurélia très cordiale.

Pas comme vos profs de Défense ! Albus Dumbledore hocha la tête alors qu'ils continuaient leur périple.

- Vos notes en Astronomie et en Potions ont sensiblement augmentées. Quant à l'Histoire de la Magie... Miss Ruva, je conçois que vous n'aimez pas cette matière mais j'espère que vous ne bâclerez pas votre copie lors des examens.

Aurélia retint une grimace. Ce n'est pas qu'elle n'aimait pas la matière, elle détestait juste le programme et l'enseignement soporifique de leur professeur flottant…mais elle hocha la tête.

- Oui, Professeur.

Dumbledore sourit légèrement, pas dupe pour un sou. La jeune fille devant lui avait beaucoup de contrôle, au-delà de ses cheveux violets pétards et colliers tribaux autour du cou qui l'intriguèrent au plus haut point. L'un des colliers était une pierre plate de petite taille gravée par une rune amérindienne. Mais il ne saurait dire laquelle...

- Votre mère m'a dit que vous êtes partie en voyage début Janvier ? Puis-je vous demander où ça sans indiscrétion ?

Aurélia se tendit un tout petit peu, mais n'en laissa rien paraître. Elle n'était pas surveillée, elle n'était rien aux yeux du directeur. Il n'allait certainement pas vérifier si elle avait des objets illégaux dans sa valise ou une baguette débridée... Ce qui était le cas.

- Nous avons commencé par l'Argentine, le Chili. On est remontés par le Pérou où on est restés le plus longtemps puis le Brésil pour rendre visite à ma famille, Mexique et enfin la côte Est des Etats-Unis avec New York, Boston et Washington. On voulait faire le Canada mais on a manqué de temps...

Sachant que c'était à ce moment-là, qu'elle a réalisé qu'elle voulait revenir à Poudlard et passer ses examens au château. Histoire de voir si elle pouvait aider à piéger Voldemort dans le miroir. Ou du moins protéger Harry, elle avait assez de poupées répulsives d'esprits dans sa valise.

- Et bien... Quel voyage ! J'imagine que vous avez vu beaucoup de choses intéressantes.

- Vous n'avez pas idée, s'exclama Aurélia spontanément. Au Chili, leur magie est entièrement naturelle avec presque pas de magie avec baguettes ! Il y en a au Pérou et au Brésil, mais en Argentine, ils fabriquent des oghams et c'est tellement pratique ! Quant aux américains, leur magie est tellement diverse, entre la magie créole qui ressemble à celle de la Barbade, les natifs et une magie plus européenne car elle vient des colons du Mayflower !

Elle s'interrompit brusquement et baissa la tête. Mince ! Elle ne voulait pas être aussi joyeuse devant Dumbledore. Le vieil directeur quant à lui était plus intéressé par ce qu'elle avait à dire.

- Il semblerait que ce voyage vous ait fait beaucoup de bien.

Ce fut le moment où Aurélia s'arrêta brusquement. Une fois de plus le professeur Dumbledore fut surpris, mais intrigué il regarda la jeune fille qui avait arrêté de baisser la tête et le regardait avec un éclair passionné dans les yeux.

- Très franchement professeur,ce voyage m'a vraiment ouverte au monde... La magie est intéressante certes, mais savoir qu'il existe tellement de différentes applications ou de perspectives. Qu'elle peut être sombre, colorée, inventive. Enfin, c'est toujours utile de rencontrer des gens qui voit le monde autrement. Ça m'a faite réaliser à quel point le monde est vaste et à quel point la magie l'est aussi. Peut-être que c'est ce qu'il manque à l'école. Une fenêtre sur le monde, pour apprendre à prendre du recul. Pour savoir qu'on n'est pas si grands.

Un silence passa. Aurélia resta debout pendant quelques secondes à défier Dumbledore quand... OH SHIT. Elle se rendit compte qu'elle était peut-être allée trop loin !

- Enfin, je crois baragouina-t-elle à voix basse.

Le directeur la regarda, les yeux pétillant d'amusement :

– Ah, la jeunesse a souvent soif de voyage. A mon époque, Miss Ruva, il est coutume pour les jeunes sorciers ayant terminé leurs études de faire le tour du monde durant plusieurs mois, afin de découvrir d'autres cultures. C'est une tradition qui s'est perdue, malheureusement, mais il est rafraîchissant de voir que l'aventure attire toujours les jeunes de votre âge.

- Mais tout le monde n'a pas la possibilité de voyager, objecta Aurélia. J'ai la chance d'avoir une famille nombreuse et connectée avec des gens dans des pays différents. Mon cousin Morgan est un baroudeur accompli et est très cultivé, chaque jour était comme un cours en conditions réelles. Pour ceux qui ne peuvent pas découvrir le monde, magique ou moldu même, pourquoi on n'amènerait pas le monde à eux ? A travers des cours de géographie, d'histoire des civilisations, de géopolitique… S'ouvrir le monde inspirera peut-être des sorciers à repousser les limites, à l'améliorer, à se remettre en question. Je pense vraiment que ce serait salutaire, professeur.

Dumbledore lui sourit avec patience. C'était un discours qui reflétait une étonnante conscience de soi pour une enfant : la plupart des adolescents revenant de voyage étaient émerveillés par ce qu'ils avaient vu, mais pas rendu humble. C'était mignon, que tout ça l'ait impressionné au point qu'elle veille le partager avec ses pairs. Mais ce n'était pas aux professeurs de lui mâcher le travail pour cela… Il fallait qu'elle soit capable de partager elle-même ce qui l'intéressait avec ses amis. Le programme scolaire servait à enseigner des compétences utiles aux enfants, ce n'était pas un objet interactif où chacun pouvait partager uniquement ce qui l'intéressait. Sinon, Merlin savait qu'il y aurait eu moins d'Arithmancie et plus de Quidditch !

- Vous ne pouvez pas forcer les gens à partager vos centres d'intérêts, Miss Ruva. L'immense majorité de vos pairs ne sont guère intéressés par l'idée de voyager. La nature des sorciers est relativement sédentaire.

Aurélia pinça les lèvres, contrariée. C'était vrai. Mais elle insista quand même :

- Et l'étude du monde moldu ? Ça aussi, ça devrait être obligatoire. Pas seulement l'option en troisième année qui explique comment faire marcher un fer à repasser, mais l'Histoire Moldue, la façon dont les gens pensent. Le monde sorcier ne va jamais évoluer si les sorciers continuent à être sourds et aveugles à l'avance que les Moldus ont sur nous.

Dumbledore haussa un sourcil. Encore une tirade étonnante. Oui, il savait quelle était la situation d'Aurélia, s amère le lui avait expliqué, mais… Là, il en voyait le résultat, et c'était bien la première fois qu'une élève défendait les moldus avec autant de véhémence. Même pas sur la base d'une théorie puriste, ou d'un commentaire, rabaissant, non : sur la simple conviction que les Moldus s'en sortaient mieux.

Dumbledore, personnellement, avait ses doutes. Il se battait pour que les Moldus ne soient pas vu comme inférieurs par les sorciers, oui, et il se mêlait toujours à eux sans crainte, mais… Il avait vu les horreurs dont les Moldus étaient capables. Quelqu'un qui prônait la supériorité intellectuelle des Moldus était aussi aveugle que quelqu'un prônant celle des Sang-Purs.

Mais Dumbledore n'était pas du genre à fracasser les rêves d'une gamine se remettant à peine d'une sévère dépression. Si elle avait trouvé un peu de réconfort en quittant les normes établies, et alors ? Ça ne faisait de mal à personne. Oui, elle voulait casser les limites, explorer, pousser le changement. Mais elle n'était qu'une enfant. Si elle avait les mêmes ambitions d'ici trois à quatre ans… Mais c'était encore loin, pour elle. Il était entièrement possible qu'à ce moment-là, elle ait trouvé sa place parmi les siens, les sorciers. Peut-être qu'il lui resterait assez de soif de changement pour lutter contre les Puristes, comme de nombreux Gryffondors…

– Le Conseil d'Administration ne partage malheureusement pas votre opinion, Miss Ruva, fit-il avec gentillesse. Ce que les élèves de Poudlard apprennent des Moldus est réduit au minimum. S'ils désirent en savoir davantage, ils doivent effectuer ce genre de recherches par eux-mêmes.

– Et il n'y a pas moyen d'augmenter ce minimum ? tenta Aurélia.

Le directeur secoua la tête, amusé :

- Le changement est difficile à imposer Miss Ruva. Particulièrement auprès d'élèves dont le plus grand bonheur est de ne pas avoir de cours supplémentaires.

- Je dois donc abandonner selon vous ?

- Non. Je pense plutôt que vous devriez y aller au rythme de chacun. Commencez petit.

Aurélia gronda alors que Dumbledore était amusé. Quel esprit et quelle passion ! Elle voulait que ça bouge. Elle voulait de la vitesse. Elle était aussi têtue.

- il me semble que plusieurs de vos camarades ont des clubs basés sur ce genre d'idées, peut-être pourriez-vous en discuter avec eux ?

Aurélia faillit rouler des yeux. C'était de la politique ! Elle détestait la politique ! Ce n'était pas dans son ADN. Mais... elle hocha la tête. Car malgré tout ce qu'elle pouvait dire, elle le savait. Elle avait l'information dans sa tête, ses émotions tues dans une boîte. Elle le savait... Il avait raison.

- Je dois avoir la liste de ces clubs quelque part dans mon bureau, rajouta le directeur en la voyant hésiter. Je peux vous donner les noms de leurs présidents, et leurs programmes. Ils seront plus que ravis de partager leur passion avec vous.

Aurélia hocha la tête un chouia touchée.

- Merci, professeur.

La conversation s'arrêta là. Ils étaient arrivés à la porte du château et d'après l'heure, les élèves se dirigeaient au dîner. Aurélia soupira. C'était fait. Elle y était. Il n'y avait plus de rebrousse-chemin. C'était tout ou rien. Dumbledore ouvrit alors la porte et entra suivi par Aurélia. C'est alors que le directeur agita sa baguette et la malle disparut. Aurélia le regarda étonnée.

- J'ai envoyé votre malle dans votre dortoir. Je pense que vous avez hâte de voir vos camarades alors je vous laisse vaquer à vos occupations.

Et sur ce, il s'en alla. Alors qu'Aurélia le suivit du regard puis tourna la tête. Il n'y avait pas encore foule dans le hall, le dîner ne commençait que dans dix minutes. Aurélia pinça ses lèvres. Il était hors de question de faire une entrée fracassante par Merlin ! Elle avait promis à ses parents et à son frère (la deuxième personne la plus terrifiante après sa mère), de ne pas trop faire l'imbécile. Donc elle allait juste attendre.

Parfois c'était plus effectif.

Angelina, Alicia, Lee, le jumeaux, le trio Rouge et... tout le château en fait, étaient assis dans la Grande Salle en train de se restaurer. Comme d'habitude, les plats étaient fournis et sur la table des quatre longues tables. Les professeurs mangeaient aussi en parlant entre eux. Le professeur Sinistra discutait calmement avec Rogue. McGonagall avec Dumbledore et Flitwick plaisantait avec Chourave.

C'est alors qu'une gamine aux cheveux violets entra dans la Grande Salle et s'assit à la table des Gryffondor très naturellement en lisant un livre. Elle fut tellement calme qu'Angelina ne rencontra son visage que lorsqu'elle finit de se servir en jus de citrouille. Elle se figea. Bouche bée.

« - Ah, Thelma, dit la fille. Tu peux me passer la carafe d'eau s'il-te-plaît ?

- Hm, répondit Thelma plongée dans ses fiches de révisions.

- Merci, répliqua Aurélia avec un faux sérieux. Et bien Angelina ? On dirait que tu as vu un fantôme.

- MAIS…

- AURELIA ?! s'écria une voix à l'autre bout de la table, qu'elle reconnut comme celle de Méphisto « Phil » Pinto qui s'était mis debout sous le choc.

Évidemment, la promo et pas mal de Gryffons se tournèrent vers l'adolescente qui ferma son livre d'Arithmancie et sourit à l'audience, comme si rien ne se passait.

- Salut Phil. Ça va ?

Celui-ci pour toute réponse se leva de son banc, et se planta vers l'adolescente qui finalement ne put retenir le rire qui voulait sortir de sa gorge.

- Mais qu'est-ce que tu fais là ?

- Je vais à l'école ici Méphisto. Enfin. M'aurais-tu oubliée ?

Ce fut le moment où les jumeaux Weasley explosèrent de rire et Thelma qui remarqua enfin sa présence, avait son visage figé dans un O abasourdi. Angelina se mit les mains sur le visage et Alicia était aussi secouée d'un rire avec Lee qui était mi-hilare, mi-surpris comme une bonne partie de la promo.

- T'es pas croyable, gronda Angelina. Une lettre. UN HIBOU ! TU SAIS CE QU'EST UN HIBOU AURELIA ?

- Je voulais vous faire une surprise… répliqua Aurélia en roulant des yeux. C'est vous qui réagissez dramatiquement.

- Incroyable, s'exclama Lee à personne en particulier, alors que des Gryffons secouèrent la tête.

- Les jours de quiétude sont terminés, lança un cinquième année à la cantonade.

- Vous manquez pas de culot, renvoya Aurélia en se mettant debout sur le banc. Y'a eu un troll en liberté dans cette école, je rappelle ! Je suis PIRE qu'un TROLL ?

- Miss Ruva, asseyez-vous immédiatement ! gronda le professeur McGonagall, alors que Phil réclamait une fête de tous les diables pour célébrer le retour de la tempête violette.

Teddy lui était encore sous le choc se tourna vers Quentin qui mangeait avec un rictus :

- Tu me dois le slip de Rusard. Sur la table, demain matin, Théodore. »