Bonjour à tous !
Wow, un long chapitre ce coup-ci ! Avec une session d'écriture qui a duré une soirée et un jour entier, pfiou ! (et j'ai déjà bien entamé le suivant...) Oui, j'ai un petit côté obsessionnel avec mes fics. J'espère que ce chapitre vous plaira, comme toujours, vos retours en tous genres me sont précieux (à ce propos, coucou aux nouveaux/nouvelles abonné-e-s, bises et merci de suivre cette histoire ;). Enjoy !
CHAPITRE HUIT : Ce que les ténèbres ont dit ensuite
« Le seul moyen de ne pas mourir est de montrer ce que l'on pense vraiment à notre ennemi, sans rien cacher… Et de s'allier à lui. Mais on ne peut jamais réellement voir ce qu'une personne pense vraiment et ce qu'elle ressent au plus profond d'elle. »
Madara Uchiwa
I
Douze heures plus tôt...
Sasuke s'éveilla avec une sensation de gêne dans la poitrine, comme si quelque chose appuyait sur ses côtes. Il ouvrit les yeux, se força à respirer normalement, et ne parvint qu'à obtenir un vertige lancinant. Des étoiles blanches se mirent à clignoter dans son champ de vision. Il se redresssa dans son lit et fixa son regard sur la bougie vacillante qui n'avait pas encore terminé de se consumer sur sa table de nuit.
La bougie est réelle – Je suis réel.
C'était la raison pour laquelle il gardait toujours cette lumière allumée : ces deux peites phrases étaient devenues une sorte de mantra qu'il se répétait chaque matin et qui lui permettait de se raccrocher à quelque chose, même quand il sentait son esprit fuir son corps. Il avait cette impression chaque fois qu'il se réveillait, comme si sa conscience était attirée dans un abysse et s'y dissolvait, mais qu'il lui en restait juste assez pour savoir ce qui lui arrivait.
Assez pour se sentir complètement terrifié.
Il savait bien qu'éprouver le besoin de se rappeler la réalité des choses constituait un problème, mais c'était malheureusment le dernier de ses soucis. Il aurait bien voulu avoir ce genre de problème, pour tout dire. Mais ses angoisses récurrentes, aussi tétanisantes qu'elles soient, n'étaient que des effets secondaires de la vie qu'il avait choisie à l'instant où il avait suivi Orochimaru dans son repaire.
Aujourd'hui, sa vie consistait en une suite incohérente d'instants, tous brouillés les uns aux autres, comme la mémoire d'un ivrogne. Il ne restait de son lui d'avant qu'un noyau dur, qu'il voulait croire invincible. Ce noyau, c'était sa volonté. Sa planche de salut, son seul moyen de s'accrocher. Et il avait compris, maintenant : s'il lâchait prise, il ne mourrait pas, mais connaîtrait un sort pire que la mort. Il serait dévoré vivant par ses cauchemars. À côté de ça, mourir... Ce n'était qu'un mauvais moment à passer. Rien d'aussi redoutable que ce que la vie avait à lui offrir.
Et pourtant, il continuait à vivre. Il était un idiot, comme tout le monde, comme tous les gens qu'il méprisait : il ne supportait pas l'idée de mourir sans avoir accompli l'objectif qui donnait son sens à sa vie. Peut-être qu'il perdrait la vie demain, même par accident, ou parce que par simple lassitude, Orochimaru le tuerait. Ou peut-être que demain, il se découvrirait une maladie incurable. Ou bien simplement que son cœur s'arrêterait de battre sans raison.
Et pourtant, il continuait de se réveiller, encore et encore. Il continuait à être en vie.
Ce matin-là comme tous les autres, il se réveilla avec toutes ces pensées dans la tête. Il se rendit dans le laboratoire d'Orochimaru et pour y attendre ses ordres. Et puis... il parlait de 'matin'... Comme si ça avait encore le moindre sens.
Cependant... Depuis quelques jours, quelque chose avait changé. Son corps avait changé, mais son esprit aussi. C'était presque comme entrer dans la puberté une seconde fois. Quand il se regardait dans le miroir, ce qu'il voyait était familier, et pourtant il ne se reconnaissait pas. Le chakra circulait en lui d'une manière différente. Il se sentait comme un papillon qui sort de sa chrysalide : transformé. Le même être, mais sous une autre forme. D'ailleurs, du papillon, il avait même les ailes. Des ailes grotesques de chimère, mais des ailes quand même. Il lui suffisait de puiser dans le pouvoir de la marque que lui avait apposée Orochimaru pour s'en servir. Et il adorait ça. Quand il prenait cette forme, il avait la sensation d'être invincible. Et c'était bien pour cela qu'il avait pris tous ces risques, qu'il avait accepté l'épouvante, la douleur, l'humiliation : pour devenir intouchable.
De son côté, son mentor s'affaiblissait. Cela faisait des semaines que Sasuke prenait soin de lui, sans même savoir pourquoi il le faisait. Orochimaru avait trop attendu avant de s'emparer de lui pour faire de lui sa nouvelle incarnation. Il n'arrivait pas à s'y résoudre, car Sasuke n'avait pas encore atteint l'apogée de ses pouvoirs. Orochimaru était trop gourmand... Et ça allait causer sa perte. Du moins, Sasuke l'espérait, assis tout seul dans cette salle obscure remplie d'appareillages compliqués, de cuves contenant des gens dont le jeune homme ignorait même s'ils étaient encore en vie. En règle générale, il évitait le plus possible de se mêler des 'projets de recherche' de son mentor, et Orochimaru n'essayait pas de l'y impliquer. Sasuke était déjà pour lui un sujet de recherche à lui tout seul, et il se passait assez aisément d'assistant pour mener à bien les expériences qui ne le concernaient pas.
Tout cela durait depuis trop longtemps, même si Sasuke aurait bien été incapable de savoir combien de mois avaient passé. Il fallait y mettre un terme, sans quoi... Peut-être bien qu'il ne sortirait plus jamais d'ici.
Alors pourquoi tu ne passes pas à l'acte, Sasuke ? Tu as peur ? Tu es vraiment devenu son esclave, hein ? Kabuto avait raison...
Sasuke attendit longtemps, mais Orochimaru ne se présenta pas au labo. Il aurait pu s'en réjouir et profiter de cette journée inespérée de liberté. Au lieu de cela, il se rendit dans la chambre de son mentor. Il ne savait même plus pourquoi il agissait comme il le faisait : il se contentait de répondre à des instincts, à des intuitions, à des émotions. Il se répétait que les choses finiraient par redevenir claires comme avant. Qu'il serait à nouveau lui-même. Enfin, façon de parler. En attendant, il devait achever sa métamorphose... Il avait cru avoir touché le fond cent fois, mille fois, et à chaque fois, ç'avait été pour mieux s'apercevoir de la distance à parcourir avant d'y parvenir.
Il trouva Orochumaru étendu dans son lit, baigné de sueur, les traits tirés par la souffrance. Sasuke ne s'était jamais réjoui de le voir dans cet état. Il ne s'en attristait pas non plus. À vrai dire, il ne ressentait plus grand-chose. Peut-être Orochimaru était-il parvenu à tordre complètement sa volonté, à gauchir son libre-arbitre et à museler ses émotions pour qu'il devienne aussi obéissant qu'il le souhaitait... Quoi qu'il en soit, il n'y avait que trois choses que Sasuke continuait à éprouver avec la même intensité qu'au premier jour, et toutes se rapportaient à Orochimaru : son mentor lui inspirait encore et toujours la peur, le dégoût et l'attirance dans la même mesure.
Sans un mot, il prépara l'injection qui soulageait les douleurs du ninja légendaire. Celui-ci entrouvrit les paupières à son approche, et observa ses gestes de ses pupilles verticales ceintes dans le jade doré de ses iris. Il soupira de satisfaction en sentant la mixture qu'il avait lui-même mise au point pénétrer ses veines, puis murmura dans les semi ténèbres de sa chambre à coucher, à l'intention de son protégé et cobaye attitré :
« Tu m'as bien servi, Sasuke-kun. Tu as été plus fidèle et plus utile encore que Kabuto.
— Garde-toi tes compliments », grogna le jeune homme tout en injectant le remède.
Orochimaru ferma les yeux un instant, savourant le bien-être qui naît du relâchement soudain d'une douleur intense.
« Toi et moi, on est liés pour toujours, maintenant », dit-il doucement.
Sasuke ne répondit pas.
« Est-ce que tu vas me tenir compagnie ? »
Le jeune homme haussa les épaules.
Orochimaru l'attrapa par le bras et le fit tomber sur le lit. Il avait encore de la force, pour un infirme...
« Tu es à moi, Sasuke-kun. Tu portes ma marque. Tu es à moi depuis des années. »
Tu te trompes. Je suis ton otage, ton élève, ta victime, ton esclave. Mais Itachi m'a donné quelque chose que tu ne pourras jamais m'enlever. Tant qu'il sera en vie, je ne t'appartiendrai jamais. Il m'est arrivé de te haïr, mais c'est une trivialité comparé à ce que je ressens pour lui. Même en étant ton esclave, je peux encore me servir de toi. Nous sommes peut-être liés, mais jamais tu ne me posséderas totalement. Personne ne le fera jamais.
Orochimaru, qui l'observait toujours derrière ses paupières mi-closes, sourit lentement.
« Cette passion dans tes yeux... Je sais exactement ce que tu penses. Il n'y a personne d'autre au monde capable de te comprendre, Sasuke-kun. Tu l'as compris, n'est-ce pas ? Ceux qui choisissent les ténèbres y errent seuls, et quand ils trouvent de la compagnie, c'est celle d'autres créatures des ténèbres. »
Sasuke ne répondait toujours pas, et Orochimaru se tourna sur son flanc pour lui faire face. Puis, il l'embrassa, se repaissant de la fièvre qu'il savait faire naître en cette jeune personne qui était probablement la moins innocente au monde. Itachi avait fait la première partie du travail, lui, il s'était chargé de finaliser le processus. Sasuke était presque prêt. Il ne manquait qu'une toute petite pichenette pour le faire basculer dans l'abîme. Alors, sa pupille atteindrait son dernier stade de développement. Et, à travers lui, Orochimaru deviendrait le ninja le plus puissant du monde, le seul à maîtriser toutes les formes de jutsus. En attendant, même faible, même si son corps avait besoin de Sasuke, Orochimaru avait toujours le dessus. Inutile de se servir du genjutsu pour manipuler son jeune élève. Il l'avait brisé. Il avait anéanti sa volonté. Il avait fait en sorte de se rendre indispensable à Sasuke, même si celui-ci ne l'avait pas encore compris. Et leur histoire durerait bien davantage que le jeune homme ne le croyait... À présent, Orochimaru n'avait même plus besoin de l'entraver pour obtenir ce qu'il voulait. S'il le faisait encore, c'était pour le plaisir, pas par nécessité. Sasuke se donnait à lui par habitude, et aussi parce qu'il ne pouvait pas s'en empêcher. Orochimaru avait su s'insinuer dans la moindre de ses pensées, habiter son esprit, et quand ça ne suffisait pas... Son corps avait besoin de lui. Le jeune Uchiwa pouvait toujours prendre ses grands airs... Maintenant, Orochimaru n'avait même plus besoin de lui ordonner de faire quoi que ce soit. Sasuke venait le trouver de lui-même. Et ce matin-là, ce fut encore le cas. Le jeune homme se déshabilla et le chevaucha, et s'empala sur lui en fermant les yeux, frémissant, chaud, palpitant comme un cœur tout juste arraché. Orochimaru voulait bien reconnaître qu'il s'était un peu trop attaché à ces moments d'intimité. Mais avant tout, il considérait cela comme une expérience. Une expérience que, jusque-là, il n'avait encore jamais vécue, parce que cette forme-là de désir lui était encore inconnue. Et il n'y avait rien au monde qu'Orochimaru désirait davantage que d'apprendre de nouvelles choses. Alors si son élève avait des leçons à lui enseigner sur l'intensité du désir, il était prêt à les apprendre.
Pour Sasuke, certains jours, c'était une contrainte. Certains jours, ça lui donnait envie de vomir, jusqu'à ce qu'Orochimaru trouve le moyen de transformer sa répulsion en besoin. Après ces fois-là, il y avait toujours une part de lui qui avait envie de mourir. Mais un jour comme aujourd'hui... il avait l'impression que c'était la bonne chose à faire. Même s'il y avait une part de lui que son mentor n'atteindrait jamais, il régnait sur tous les autres aspects de sa personne. Et c'était peut-être pour cette raison qu'il continuait à le soigner au lieu d'en profiter pour l'assassiner.
Alors, en sentant sa verge s'enfoncer en lui, Sasuke éprouva ce plaisir dissonnant qu'il ressentait toujours, quelque chose qui le comblait autant qu'il l'anéantissait, lui donnant l'envie paradoxale de continuer, et celle d'en finir au plus vite. Ce jour-là, alors qu'il sentait les os du bassin d'Orochimaru s'enfoncer à l'intérieur de ses cuisses, alors qu'il bougeait sur lui, les emmenant tous les deux vers la clarté trouble de la jouissance, quelque chose d'autre s'interposa dans son esprit. Comme un embryon de certitude, qui s'imposa de plus en plus clairement à mesure qu'il approchait de l'orgasme. Le plaisir enserra son bassin, et il sut qu'il était à quelques poignées de secondes de retrouver ce sentiment de solitude, de dégoût et d'incompréhension qu'il ressentait à chaque fois, après.
Et voilà en quoi constituait sa certitude : il ne voulait plus jamais éprouver ce sentiment.
Est-ce qu'il le savait déjà en commençant ? Quoi qu'il en soit, il avait gardé son katana à portée de main. Il l'attrapa et sans se laisser davantage le temps d'hésiter, il l'enfonça dans la poitrine de son mentor. Sa semence chaude se mêla au sang d'Orochimaru et ruissela sur son torse pâle et amaigri. Sa respiration se bloqua, et il recommença. Ça paraissait étrangement facile, il n'avait même pas conscience d'agir, porté par une colère dont il avait depuis longtemps oublié l'ampleur, la profondeur, l'intensité. Il perdit le compte de ses coups. Il ne s'arrêta que parce qu'il se sentit soudain très, très fatigué. La vision trouble, il leva les yeux vers le visage d'Orochimaru. Son mentor... souriait.
Il était encore vivant.
Sasuke s'apprêta à frapper encore, quand il entendit un murmure siffler à son oreille.
« Il est trop tard pour vouloir me tuer... Sasuke-kun... Je suis déjà en toi... Je serai toujours en toi... »
Le jeune homme se figea, son sang battant dans ses tempes, dans ses cuisses, dans son sexe, alors que la vie quittait le corps étendu sous le sien. Il fallut encore quelques secondes pour que le froid ne vienne s'emparer de lui. La sensation naquit d'abord au creux de son estomac, puis se répandit rapidement dans tout son corps, crispant jusqu'à l'extrémité de ses orteils. Un instant encore auparavant, il avait ressenti la rage la plus pure, la plus aveuglante, la puis puissante et la plus jouissive de sa vie. Puis... Orochimaru avait souri. Et prononcé ces mots... Et maintenant, Sasuke ne voyait plus que le sang. La poitrine immobile de son mentor. Le silence s'était transformé en glace liquide, plombant le moindre centimètre carré de chair, de muscle et d'os. Il voulut s'écarter, mais ne maîtrisa pas son mouvement brusque et tomba à terre, le katana encore dégouttant d'hémoglobine toujours dans sa main droite. Le souffle coupé par le choc, il resta quelques instants au sol, l'esprit vide. Puis, avec une prudence infinie, il se releva. S'approcha du lit. Vérifia une dizaine de fois qu'Orochimaru était bien mort. Ensuite, il battit en retraite contre un mur et se recroquevilla sur lui-même, le regard fixé sur le cadavre gisant en plein milieu du lit trempé de sang.
Alors, comment était-ce, ce deuxième meurtre, Sasuke-kun ?
Il tressaillit. Se surprit à regarder autour de lui et à la recherche de l'origine de la voix, et se dit qu'il devait avoir l'air d'un fou. Qu'il était probablement devenu cinglé, d'ailleurs. Mais il ne trouva pas en lui la force de bouger. Alors il resta là, prostré, à terre, dans un étrange silence bourdonnant du bruit de son sang dans ses oreilles, ponctué par le faible sifflement de sa respiration.
Il resta là assez longtemps pour que, en émergeant de sa transe, il ressente une soif désespérée, au moins autant que son envie de soulager sa vessie. Il se leva comme un automate, abandonnant là le cadavre, pour aller faire ce qui était nécessaire pour rester en vie et reprendre une apparence vaguement humaine. Son esprit commençait doucement à se désembrumer, mais il était encore plein de la voix d'Orochimaru. Sasuke l'avait tué, et pourtant, il ne lui avait jamais semblé aussi vivant, aussi proche, aussi... puissant ?...
« Je suis déjà en toi... Je serai toujours en toi... »
Non, c'est impossible. Orochimaru est exceptionnel, mais il n'est pas immortel. J'ai hérité de ses pouvoirs, mais il est mort. C'est terminé.
Alors qu'il achevait de se laver, un voyant se mit à clignoter dans un coin de la pièce. L'une des alarmes d'Orochimaru. Celle-ci, c'était pour prévenir d'une intrusion imminente. Il y avait quelqu'un dehors.
Soudain, la terreur le quitta. Il baissa les yeux sur son corps encore nu, en fit jouer les muscles et les articulations comme pour s'assurer qu'il était fonctionnel, et réalisa enfin ce qu'il avait fait. C'était bel et bien terminé. Il ignorait qui l'attendait dehors, mais il avait vaincu Orochimaru. Il s'en était sorti, finalement. Qu'est-ce qui pourrait bien encore lui faire peur, dehors ? Même d'Itachi, il n'avait jamais eu peur. Son grand frère hantait peut-être ses cauchemars, mais jamais il ne serait capable de le tétaniser comme Orochimaru l'avait fait. Il était libre. Aussi libre qu'on peut l'être quand on a voué son existence à la vengeance.
Alors, quand il sortit pour rencontrer ses visiteurs, il ne se laissa pas impressionner par la quantité de chakra qu'il sentit tout autour du repaire d'Orochimaru. Quand il vit son frère, il éprouva seulement de la satisfaction. Quand il aperçut ensuite son ancienne équipe, une forme tordue d'espoir s'insinua en lui. Il n'avait pas vraiment envie de tuer son sensei, sa camarade et amie, et son meilleur ami, mais...
Il parvint à verrouiller sa pensée presque aussitôt qu'elle surgit. Sensei ? Camarade ? Meilleur ami ? Ces termes n'avaient plus aucun sens, maintenant. Et la dernière formulation était on ne peut plus inappropriée. D'où ça sortait, ça ? Non. C'était comme la voix d'Orochimaru : des substrats du passé qui s'accrochaient encore à son esprit. Il ne devait plus y penser. Sa nouvelle vie commençait aujourd'hui. Plus personne ne pouvait l'arrêter. Ni Kakashi, ni Sakura, ni Naruto n'étaient plus rien pour lui.
« Sasuke-kun, tout l'intérêt de la chose, c'est qu'ils représentent quelque chose pour toi. On obtient pas le mangekyô sharingan dans l'indifférence. Tu le sais, ça, non ? Tu ne peux plus reculer. »
Tu es mort. Je n'ai plus à t'écouter.
Alors, il dit ce qu'il avait à dire, s'écoutant parler comme s'il se regardait lui-même en pleine représentation théâtrale, sans vraiment avoir envie d'y assister. Il ne fut pas surpris de voir son frère s'en aller. Il était à peu près certain qu'Itachi avait compris ce qu'il avait fait. Aussi fort qu'ils se haïssent, deux frères ne peuvent pas se cacher grand-chose. Itachi l'avait observé avec ses sharingans, il avait lu en lui, lu dans son corps. Quoi qu'il ait vu, ça l'impressionna assez pour que ses yeux d'ordinaires inexpressifs s'allument brièvement. Sasuke fut perplexe en comprenant l'expression d'Itachi : son grand frère était horrifié. Sasuke sourit. S'il parvenait à horrifier même Itachi, il devait être devenu le dernier des monstres.
Les autres n'avaient pas compris, bien entendu. Naruto fit son numéro habituel avec ses grands discours et son optimisme débile, mais Sasuke était prêt à en finir. Quand il avait quitté son village natal, il croyait connaître le sens de l'expression 'n'avoir rien à perdre'. Mais maintenant, il comprenait que c'était tout l'inverse de ce qu'il avait cru : en partant de Konoha, il avait encore tout à perdre. Il avait réussi malgré tout, et maintenant, il était libre.
« Alors pourquoi tu perds ton temps à les écouter, Sasuke-kun ? Naruto t'a déjà offert une demi douzaine d'ouvertures. Il te sous-estime. Il ne croit pas que tu vas vraiment le faire. Il pense qu'il peut te dompter. Te dresser. Comme je l'ai fait. Prouve-lui le contraire. »
Sasuke essaya, mais faute de prouver quoi que ce soit, il baissa sa garde. Naruto, encore et toujours lui, avait obscurci son jugement. Il s'était concentré sur lui, répondu à ses provocations.
Ces enfoirés l'avaient prévu. Je me suis laissé avoir.
Ensuite, il avait été à deux doigts, à plusieurs reprises, de se sortir des vapes où le foutu poison de Sakura l'avait plongé. Il n'avait émergé que pour se sentir abruti de nouveau. Il avait entendu des voix, senti qu'on l'emmenait, qu'on l'entraînait... vers une autre prison, supposa-t-il.
« À nouveau prisionnier, Sasuke-kun. La liberté est une chose difficile, n'est-ce pas ? Tu reconnaîtrais cet endroit entre mille, non ? Même si tu n'as jamais visité ces quartiers particuliers de Konoha. Le village du Feu... Cet endroit que tu appelais ton foyer. Tu en reconnais l'odeur, non ? Mais cette fois, tu es derrière les barreaux. Comme un criminel. Joue-la finement, ou bien tu resteras un prisonnier. Allie-toi avec tes ennemis. Fais-leur croire qu'ils peuvent voir dans ton cœur. »
II
« C'était un très beau coup, Sakura. Et félicitations à toi aussi, Naruto. On s'en est remarquablement bien sortis, compte tenu des circonstances. »
Mais les deux élèves restants de Kakashi n'étaient pas d'humeur à se réjouir. D'autant plus avec les nouvelles qu'apportaient Sakura. Tous les trois s'étaient donnés rendez-vous sur le terrain d'entraînement où l'équipe 7 avait vu le jour. Ils étaient rentrés à Konoha à l'aube, le jour même. Tout s'était déroulé selon le plan et comme prévu, Tsunade les avait couverts. La Hokage répugnait à condamner Sasuke, elle avait donc aidé l'équipe 7 à le ramener en secret, mais maintenant, seul l'avenir leur dirait s'il existait encore une possibilité de réintégrer le déserteur. Cependant, un élément de taille pesait en la faveur du jeune Uchiwa : après l'avoir neutralisé, Kakashi, Naruto et Sakura avaient infiltré le repaire d'Orochimaru, dont ils avaient trouvé le cadavre. Éliminer l'un des plus grands ennemis de Konoha ne constituait pas un petit exploit pour Sasuke. En fait, Tsunade pourrait même faire croire assez facilement qu'il n'avait jamais déserté, mais quitté le village pour une longue mission d'infiltration top secrète. Le problème, c'était que le jeune ninja n'allait probablement pas corroborer cette version des faits. Tsunade et l'équipe 7 savaient très bien pourquoi Sasuke était parti, et ça n'avait pas grand-chose à voir avec l'intérêt général.
Cependant, ce n'était même pas cette donnée qui perturbait actuellement ses coéquipiers. Tsunade et Sakura avaient pris le temps d'examiner le jeune homme, et les résultats n'avaient rien de réjouissants.
« Il a été torturé, annonça la kunoichi à ses coéquipiers. À de nombreuses reprises. Il a guéri de tout ce qu'il a subi, mais on n'a pas trouvé une seule partie de lui qui soit intacte. Et ses analyses sanguines sont... pratiquement illisibles. Il va falloir plusieurs jours pour qu'on puisse isoler toutes les substances. Il n'est même pas drogué, il est blindé de molécules dont on peut à peine deviner le fonctionnement. Et la... la marque. Elle est toujours active. Et ni Tsunade ni moi ne comprenons vraiment comment elle agit.
— Sans compter le fait qu'aux dernières nouvelles, son objectif du moment est de nous faire la peau... murmura Kakashi.
— C'est des conneries ! protesta Naruto. S'il a été torturé et s'il a toutes ces saloperies dans le sang, c'est normal qu'il pense pas clairement ! »
Sakura et Kakashi échangèrent un bref regard : ils commençaient à se demander si Naruto lui-même pensait vraiment clairement quand il s'agissait de Sasuke, et ça aussi, ça les inquiétait. Mais cela dit, l'aspirant Hokage marquait un point : le jeune Uchiwa avait subi des choses qu'ils n'étaient même pas en mesure de comprendre, alors comment prévoir son avenir et ses futures réactions ? Et même... ses futures opinions ? S'ils voulaient vraiment aider Sasuke, ils ne pouvaient que choisir la patience.
Premier jour
Sasuke fasait de son mieux pour cacher à ses geôliers qu'il était à deux doigts de faire une attaque de panique. Pour une raison inconnue, la prison dans laquelle il se trouvait présentement l'angoissait bien plus que les souterrains d'Orochimaru. Peut-être parce que, avec le temps, ils lui étaient devenus familiers. Mais maintenant, ironiquement, il avait besoin d'air et de lumière. Il avait l'impression de devenir fou. La perte de tous ses repères, aussi cauchemardesques soient-ils, l'empêchait de se concentrer sur quoi que ce soit. Il avait atteint son objectif et tué Orochimaru, mais ça avait été pour se faire capturer immédiatement... Et maintenant, il était perdu. C'était comme revenir à la case départ. Où devait-il aller ? Que devait-il faire ensuite ?
« Patience, Sasuke-kun. Se précipiter, c'est bon pour les têtes brûlées. La plupart du temps, tu m'as prouvé que tu savais garder ton sang-froid. Et tu vas en avoir besoin pour les prochains mois. »
Il avait remarqué quelque chose, cependant : les ninjas qui surveillaient sa cellule étaient affectés au service personnel de Tsunade. C'étaient à elle qu'ils répondaient, pas à l'Anbu. Ce qui voulait dire que Tsunade agissait dans le dos des services secrets. Quand elle vint lui rendre visite, il lui demanda pourquoi.
« J'essaie de te protéger, figure-toi, répondit-elle sèchement. J'ai entendu dire que tu avais menacé tes camarades de mort, alors je ne peux pas te laisser aller comme bon te semble. Mais en ce qui me concerne, ton exploit face à Orochimaru rachète la désertion. Il n'est pas trop tard pour toi, Sasuke. Ce village a toujours une place pour toi. »
Sasuke grimaça, mais ne répondit rien. Il n'y croyait pas une seule seconde, mais il devait laisser Tsunade penser qu'il n'était pas complètement fermé à l'idée. Sinon, il ne sortirait jamais d'ici.
« Je suis sincèrement désolée pour tout ce qui t'est arrivé, continua-t-elle. Mais ne te trompe pas de cibles. Nous ne sommes pas tes ennemis. »
Il réprima la colère qui montait en lui en entendant ces paroles, et se força à garder le silence.
Rappelle-toi qui tu es. Endurer en silence. C'est ce qu'on fait dans la famille. Tu as encore un long chemin à parcourir avant d'accomplir ta vengeance, mais tu as terminé la première étape. Alors laisse la vieille parler.
« Réfléchis bien, Sasuke. Rien ne t'oblige à gâcher ta vie. »
Il sourit avec une ironie sinistre. Puis, il détourna le regard et attendit qu'elle s'en aille.
Deuxième jour
« Vous allez dire quelque chose, ou resté planté là toute la journée derrière votre bouquin de pervers ?! »
C'était sorti tout seul. La présence de Kakashi, adossé au mur face à sa cellule, en train de lire comme si de rien n'était, le faisait sortir de ses gonds.
Le ninja copieur leva un œil de son bouquin.
« C'est que... il paraît que tu n'es pas bien bavard, alors je n'ai pas voulu t'embêter avec ma conversation.
— Arrêtez vos petits jeux. Qu'est-ce que vous me voulez ? »
Kakashi haussa les épaules.
« Pas grand-chose, à vrai dire. Il y a des choses que j'aimerais, des choses que je souhaiterais, mais n'est-il pas vain d'en discuter ?
— Si. Complètement.
— Ah ! Ravi de voir qu'on est d'accord. »
Et Kakashi se remit à lire son bouquin, une main dans la poche, l'ignorant totalement. Son silence pseudo-indifférent était une façon de se moquer de lui, et ça fonctionnait, puisque ça le faisait enrager.
« Très bien... Dites-moi ce que vous aimeriez, alors, et qu'on en finisse. Et d'abord, vous l'avez pas déjà lu dix mille fois, ce foutu bouquin ?
— Oh ! Non, pas celui-ci. Jiraya vient de publier sa dernière œuvre ! C'est brillant, je t'assure !
— Humpf... » grommela Sasuke, qui ne se rendait même pas compte qu'avec cette simple conversation, il redevenait un peu l'élève qu'il avait été, qui respectait son professeur tout en le trouvant souvent parfaitement exaspérant. Il ne s'aperçut même pas qu'il s'était détendu.
« Voici ce que j'aimerais », dit Kakashi en rangeant son livre dans la poche avant de sa veste et en s'approchant de sa cellule. « J'aimerais que tu reviennes avec nous. Je ne sais pas qu'Itachi a pu te raconter, mais le mangekyô sharingan, ça peut s'obtenir par l'entraînement. Même si c'est un entraînement acharné.
— Et vous vous y connaissez en sharingans, hein...
— Pas vraiment, en fait. Je ne nierai pas que cet œil m'a été très utile. Mais je ne l'ai jamais convoité. De toute façon, votre famille est plus ou moins maudite, on dirait... Alors ça ne me donne pas tellement envie de vous voler vos pouvoirs. C'est peut-être pour ça qu'Obito m'a donné son œil, d'ailleurs. Ma famille non plus n'a pas eu beaucoup de chance dans la vie.
— C'est facile pour vous de dire que vous en voulez pas, maintenant que vous l'avez.
— Sasuke, tu me connais : l'ambition n'est pas le trait le plus caractéristique de ma personnalité. Ça l'a été, il y a longtemps. Mais les gens changent.
— Ce qui nous ramène à la question initiale : qu'est-ce que vous aimeriez ? »
Kakashi soupira.
« J'aimerais avoir trouvé les mots, ce soir-là. Je croyais t'avoir compris, mais je me trompais. Ça m'a coûté très cher, mais je crois que c'est toi qui as payé le plus élevé. »
Sasuke se détourna. Il éprouva une gêne étrange. Il ne voulait pas de la culpabilité de son sensei.
« C'était mon choix, marmonna-t-il. Moi, je ne regrette rien. »
Kakashi l'observa un moment en silence.
« Alors... Ça signifie que tu as une force de caractère hors du commun. J'ai toujours admiré ça, chez toi.
— Vous arriverez à rien avec de la flatterie.
— Ce n'est pas de la flatterie quand on ne fait qu'énoncer la vérité. Quoi qu'il en soit... J'aimerais aussi savoir comment tu as réussi à tuer Orochimaru. »
Sasuke eut un rire étouffé.
« Non, sensei, croyez-moi, vous ne voulez pas le savoir. Naruto avait raison, vous savez ? »
Kakashi haussa un sourcil.
« Eh bien, je crois qu'il s'est mis à geler en enfer, remarqua-t-il. Tu as dit que 'Naruto avait raison' ?! »
Sasuke leva les yeux au ciel.
« Je suis devenu comme mon frère, siffla-t-il, c'est en ça qu'il avait raison. Ce n'est pas une fierté, c'est un fait. En fait, j'ai toujours été comme lui. Mais ça change rien à ce que je dois faire. »
Kakashi l'observa longuement.
« Tu lui ressembles, ça c'est certain... murmura-t-il finalement. Mais crois-moi, il existe quelques différences plutôt importantes, et je ne parle pas de puissance. »
Sasuke leva la tête et dévisagea son professeur.
« Vous parlez de lui comme si vous le connaissiez. »
Kakashi haussa les épaules.
« Parce que c'est le cas. Enfin, c'était le cas. Lui et moi, on a travaillé un moment ensemble à l'Anbu. »
Sasuke se figea.
« P-Pourquoi vous me l'avez jamais dit ?
— Ça n'aurait pas été le meilleur moyen de gagner ta confiance et ton respect, hein ? Enfin, pour ce que j'ai réussi dans ce domaine... Je préfère jouer franc jeu avec toi, vu où on en est arrivés. »
Sasuke déglutit.
« Alors... en quoi on est différents, d'après vous ?
— Hum... Voyons... D'abord, il y en a un qui est plus beau que l'autre. » Kakashi leva les mains en riant devant le regard noir de Sasuke. « Je plaisante, Sasuke. Ne te mets pas dans tous tes états. Ton grand frère est probablement la personne la plus sérieuse et introvertie du monde. Toi, tu as mauvais caractère, mais ça te donne aussi plus d'entrain.
— Tout ça, c'est que des détails !
— Pas tant que ça. La personnalité de quelqu'un forge ses choix et son avenir. Par exemple, tu es aussi arrogant que je l'étais quand j'avais ton âge. Obito m'a changé. Itachi aussi, à sa manière. À cause de mon arrogance, j'ai perdu Obito avant de l'avoir apprécié à sa juste valeur, et vécu avec le fardeau de ce qu'il m'avait légué. Mon arrogance m'a poussé à abandonner mes camarades et à devenir quelqu'un de méprisable. Comme toi, je cherchais à effacer la mémoire de quelqu'un. À purger mon existence de sa présence.
— Vous parlez de votre père...
— Je pensais qu'il avait gâché ma vie. Qu'il était un être abject. En fait, c'était lui qui avait raison. Et c'est ce village qui l'a poussé au suicide par son mépris et ses calomnies. Alors crois-moi, j'en connais un rayon sur la haine.
— Mais aujourd'hui, vous vous foutez de tout, c'est ça ?
— Si c'était le cas, est-ce que je serais là à te parler ?
— Vous allez encore me dire qu'on a toujours le choix et des conneries du genre ?
— Non. Je t'ai déjà ce que j'aimerais. Le reste ne dépend que de toi, et je sais que je ne peux rien faire pour t'influencer.
— Pourquoi pas ? Tout le monde essaie !
— Oui. Tout le monde essaie. »
Sasuke détourna les yeux. Implicitement, Kakashi lui reconnaissait un libre-arbitre qu'il n'était même plus si certain d'avoir. Une partie de lui appartenait à Orochimaru. L'autre, à Itachi. Entre les deux, il n'était plus très sûr d'avoir encore réellement une existence propre.
« Sensei... Est-ce que... est-ce que vous auriez cru qu'Itachi en serait capable ?
— Dans la mesure où il aurait eu une bonne raison, oui. C'est ce qui le rend si dangereux. Je crois qu'il n'y a rien dont il ne soit pas capable lorsqu'il s'est fixé un but.
— Alors vous savez pourquoi j'agis comme je le fais.
— Oui. Mais le problème, c'est que toi, tu ne penses jamais pouvoir te tromper. C'est aussi l'une des différences avec ton frère. »
Kakashi n'attendit pas que Sasuke l'agonisse d'insultes, et repartit sereinement avec son bouquin.
Troisième jour
« Ils ont pas voulu me laisser entrer avant, dit Naruto en manière d'excuse.
— J'ai plus de visites qu'un malade en phase terminale... grogna Sasuke sans regarder son camarade.
— Sakura devrait passer tout à l'heure. »
Sasuke l'ignora. Il repensait à ce que Kakashi lui avait dit la veille. Ne devrait-il pas au moins examiner la possibilité qu'il se trompe ? Lui aussi, il pouvait accomplir n'importe quoi. Son objectif était toujours aussi limpide, et n'avait pas changé. Mais la graine du doute s'était plantée dans son cœur en ce qui concernait les moyens.
« Il est toujours bon d'étudier ses possibilités, Sasuke-kun. Et quoi qu'il en soit, ça ne change rien à la situation présente. Ils ne connaîtront jamais le fond de ton cœur, mais ils en auront sûrement l'impression. C'est cela qui te donnera la maîtrise de la situation. Ton illustre aïeul Madara avait coutume de dire qu'il faut s'allier à ses ennemis, et jouer franc jeu avec eux. Parce que même en le faisant, personne ne sait jamais vraiment ce qu'on a au fond de soi. Enfin, bien sûr, il n'avait pas prévu notre cas de figure. Car moi, bien sûr, je sais... »
« Oh, et... Sasuke-kun. Ne t'inquiète pas pour la marque. Je connais bien Tsunade. Elle est brillante, mais je le suis davantage qu'elle. Elle n'arrivera pas à t'en débarrasser. »
Sasuke frissonna, parce que ça ressemblait autant à une promesse d'espoir qu'à une menace. Et puis... Cette voix dans sa tête l'amenait à un constat lui aussi à double tranchant : il n'était probablement pas devenu fou, mais dans ce cas, cela signifiait qu'il n'avait pas réussi à tuer Orochimaru. Du moins, pas complètement. Il avait été stupide de croire qu'il y arriverait aussi facilement. Il avait besoin de ses pouvoirs. Et il n'avait pas terminé d'en payer le prix.
« Sasuke, tu m'écoutes ?
— Non. »
Naruto siffla d'exaspération.
« Bah dis donc, t'as pas changé ! Toujours aussi exaspérant !
— Je te retourne le compliment.
— Sasuke... Il faut que tu dises à la vieille que tu vas pas tous nous buter. »
Sasuke se tourna vers Naruto et le regarda dans les yeux.
« Qu'est-ce qui te fait croire que je ne vais pas le faire ? »
Naruto haussa les épaules.
« Je te connais.T'es pas aussi futé que Shikamaru, mais pas loin. Alors déjà, tu vas pas essayer ici, à Konoha. Et de toute façon la vieille te laissera pas partir en mission avant un bout de temps. Ça me donnera du temps pour te prouver que t'as d'autres moyens d'atteindre ton objectif.
— Et pourquoi tu voudrais me prouver ça, hein ? Pour sauver ta peau ? »
Naruto éclata de rire.
« Nan, plutôt la tienne. Parce que je crois pas que t'es capable de me battre, Sasuke. »
Sur ce, le blond lui adressa un clin d'œil et s'éclipsa.
III
« Bon, tu vas finir par m'expliquer ce qui se passe ?! »
Itachi ne prêta aucune attention à son camarade. Dans le laboratoire d'Orochimaru, il y avait une note posée bien en évidence sur son bureau. Itachi la prit et la parcourut à toute vitesse.
« Salut, Itachi. Je t'ai laissé deux-trois trucs qui pourraient intéresser ton chef. Je devrais pas, je sais, mais c'est pour qu'il ne râle pas parce que t'as rien rapporté de ta mission. Bien sûr, ma cheffe à moi ne serait pas ravie de l'apprendre, mais on va considérer qu'elle en saura jamais rien, d'accord ?
Bon, plus sérieusement. Je sais qu'Orochimaru n'est pas mort. Enfin, pas tout à fait. Le sharingan, tu te rappelles ? J'ai vu ce que t'as vu. On trouvera une solution. Cette fois, je le lâche plus. Et tu verras que moi aussi, je sais garder des secrets.
Kakashi.
PS : J'ai l'impression d'être un parfait idiot à écrire ça sur une note en attendant que tu la découvres (j'espère que c'est bien toi qui me lis !), mais tant pis. Je n'ai jamais oublié cette nuit-là. La question est : l'as-tu oubliée, toi ? Tu me le diras si on se revoit un jour. Même si je ne sais pas vraiment s'il faut que je souhaite que ça arrive.
Itachi froissa le papier dans son poing. Il ne savait pas ce qu'il aurait préféré : lire cette lettre, ou ne l'avoir jamais découverte. Il opta pour la première solution et la rangea soigneusement au fond d'une poche, puis, enfin, il daigna répondre à Kisame :
« Sasuke a tué Orochimaru.
— Comment tu le sais ?
— Appelle ça une intuition. Je suis sûr qu'on va trouver son cadavre quelque part. Mais il n'est pas tout à fait vaincu... Il vit encore en Sasuke. Je crois que Sasuke arrive à le bloquer. Si jamais il relâche sa vigilance... Ce sera fini pour lui.
— Mais tu ne vas pas laisser ça arriver, pas vrai ?
— En effet. Il faut qu'on sache ce que sait Orochimaru. Et il y a encore des notes intéressantes dans ce labo. Cherchons un peu.
— Ça va aller, Itachi ?
— Évidemment. »
Kisame n'insista pas, même si pour une fois, Itachi mentait très mal.
