Et voilà, le dernier chapitre ;) merci à tous ceux qui ont suivi!

Chapitre 9

Bilbo heurta douloureusement le sol, s'écorchant la joue contre la pierre. Il y eut un grognement à son oreille, et un poids fut brusquement ôté de son dos. Son esprit commença à s'éclaircir, la présence insidieuse s'évanoussant peu à peu à présent que le terrible chant avait cessée. Tout était silencieux, et elle réalisa que le poids sur elle était Vili, la protégeant de la pluie de gravats. Il se releva, et Bilbo put jeter un coup d'oeil circulaire à la dévastation.
Thorïn se tenait sur le chapiteau brisé du pilier qu'il avait dû chevaucher alors qu'il s'effondrait à travers le plafond, un marteau argenté à la main.
- Bilbo.
Il murmura son nom dans un souffle, et courut à ses côtés, les aidant, Vili et elle, à se relever, alors que Bofur, Gilraen et Nori dévalaient le tas de débris.
- Tout va bien?
Elle hocha la tête, et il replaça ses mèches en désordre derrière son oreille, amorçant un mouvement pour prendre sa figure en coup dans sa paume.
- Pas le moment! cria Nori.
Les gravats qui avaient enseveli Morgoth se soulevaient, lévitant dans l'air alors qu'il s'en dégageait. Il embrassa la scène du regard, et sa face se tordit d'une hideuse colère.
- Détruisez-les!
Les Rôdeurs possédés qui avaient reculés de stupeur hébétée s'avancèrent, dégainant leurs armes.
- Bilbo, nous avons besoin de savoir comment l'arrêter.
Thorïn hocha la tête pour désigner les signes à moitié obscurcis gravés dans le sol, et sortit son épée, la tendant pommeau en avant à Vili.
- Es-tu avec nous?
Le regard de Vili passa de Morgoth à Bilbo. Il fit rouler son épaule pour en tester la mobilité, la chute de pierre l'ayant laissée saignante, et pris l'arme offerte.
- Tu parles, que je le suis, yâsith-nadad.
Ils se placèrent en position défensive de chaque côté de la Hobbite alors qu'elle s'agenouillait devant le sceau.
- Mais si ça tourne mal, c'est toi qui l'expliquera à Dìs.
Il plongea sur la gauche pour éliminer un des hommes qui se tenaient en formation le long du mur, Thorïn partant à l'opposé pour intercepter celui qui bloquait les escaliers. Les couteaux de Nori s'encastrèrent dans le torse d'un Rôdeur, et il bondit pour les récupérer, Bofur le suivant en rugissant.
- Morgoth! cria Gilraen, le provoquant.
Le Vala lui fit face, son pouvoir s'échappant de lui comme des rubans noirs, faisant trembler l'air.
- Comme Fingolfin a provoqué ta chute, ainsi ferais-je!
Morgoth rit, tendant une main pour s'emparer du marteau de guerre noir que sa magie venait d'invoquer de nulle part.
- J'ai brisé le fils de Finwë, siffla-t-il. Et nul ne viendra te secourir, femme.
Elle sauta en arrière alors qu'il abattait l'arme, brisant le pilier sur lequel elle s'était tenue et le réduisant en poussière.
Davantage d'hommes se déversaient par les escaliers, et Thorïn les repoussait de son mieux. Le passage étroit les empêchait d'avancer trop vite et Bofur et Nori les attendait en bas pour éliminer ceux qui choisissaient de sauter plutôt que d'affronter le brillant marteau du Nain.
Gilraen aurait dû pouvoir tirer avantage de son agilité comparée à la stature plus imposante de Morgoth, et à son arme plus lourde, mais il était inhumainement rapide, et elle ne parvenait pas à dépasser sa garde. Tournoyante, elle prit son épée à deux mains et la lui plongea profondément dans le côté. Morgoth s'immobilisa, son regard faisant l'aller-retour entre la lame dépassant de son estomac et la femme haletante qui la tenait. Il se dégagea de l'arme et la blessure se ferma instantanément. Toute couleur disparut du visage de Gilraen alors qu'un revers du marteau l'envoyait voler à travers la pièce.
- Bilbo! cria désespérément Bofur.
- Je l'ai.
Elle se remit péniblement sur pieds.
- Je l'ai!
Morgoth traversa la pièce en trois enjambées. Il fit disparaître le marteau de guerre et empoigna la Hobbite par la gorge, la soulevant dans les airs.
- Ton impudence dépasse ton usage, Semie-Homme! rugit-il, invoquant une lame noire recourbée dans sa main libre.
- Non!
Vili se jeta en avant, arrachant Bilbo à l'emprise de Morgoth, prenant toute la force du coup.
- Vili! hurla Thorin, impuissant.
Bilbo se releva.
- La Couronne! cria-t-elle. Brisez la Couronne et enchaînez-le avec!
Thorïn prit son élan et sauta en l'air, marteau levé, et avec toute sa force et sa fureur porta uj coup terrible au front de Morgoth. Il fut projeté en arrière par le choc, le marteau de mithril chantant alors qu'il se désintégrait, et le Vala rit, un rire bas et cruel, à peine ébranlé.
Les Nains avaient été doués par leur Créateur d'une véritable passion pour leurs arts, et de longues vies pour parfaire leur savoir. Pendant plus d'un siècle, Thorïn avait travaillé le métal. Il était maître forgeron et pouvait trouver la faiblesse d'un objet d'un seul regard. Il y eut un faible craquement alors que la Couronne de Fer noir se fissurait à l'endroit où le fragment manquant avait été replacé sur le front de Morgoth. La salle entière sembla se figer alors que l'esquille glissait de son emplacement tombait sur le sol.
Bofur et Nori semblèrent exploser de mouvement, Nori bondissant pour s'emparer de la couronne alors que Bofur fauchait les genoux de Morgoth et repliant la tiare de métal noir autour du cou de la créature. Bilbo criait, son regard à moitié sur le sceau et à moitié sur Morgoth.
- Au nom d'Erù Iluvatar, par la force d'Angainor, Morgoth-Bauglir, Alkar, Ancien Roi, Ennemi Noir, Melkor, soit enchaîné ici depuis le Néant, jusqu'à la venue du Dagor Dagorath!
Morgoth laissa échapper un hurlement de déni sans mots, renversant la tête en arrière alors que la lumière le submergeait. Tous les occupants de la salle protégèrent leurs yeux de sa terrible brillance. Quand l'éclatante luminosité se dissipa, Morgoth et tout ce qui restait de l'Elfe qu'il avait possédé avaient disparus. Là où il s'était tenu ne demeurait plus que la Couronne de Fer noir.
Bofur fut le premier à bouger, balançant le fragment brisé, aussi loin de la tiare que possible. Nori commença à rire, mais Thorïn ne pouvait se concentrer sur autre chose que la forme prostrée au centre de la pièce. Les yeux de Vili étaient ouverts et conscients, mais ses lèvres étaient tachées de sang. Il grimaça douloureusement à l'approche de Thorïn.
- Tu avais raison, rit-il avant de se crisper de souffrance.
Thorïn pressa ses mains contre la blessure, impuissant. Il était bien trop tard pour arrêter le saignement.
- Non, non. J'étais égoïste, yâsith-nadadel. Trop avide d'avoir une place dans la vie de ta femme, de tes fils.
- Ta soeur, lui rappela Vili. Tu étais là pour eux, tu les protégeais. Même pour ça, j'ai échoué.
Le son qu'il émit était bien trop angoissé pour provenir juste de la blessure.
- Tu nous a fais gagner le temps qui nous a tous sauvés, Vili.
- Dis à Dìs...
Il s'étouffa, le sang envahissant sa gorge.
- Elle saura. Elle saura que tu es un héros. Fili et Kili seront fiers d'être tes fils.
Il se pencha pour presser son front contre le sien.
- Va en paix dans les Halls de l'Attente, Vili fils de Kiri. Nous te rejoindrons quand notre temps sera écoulé.
Les yeux de Vili se fermèrent en frémissant, et son souffle se ralentit jusqu'à s'arrêter tout à fait.


Ils construisirent pour Vili un cairn couvrant les inscriptions maudites avec les pierres tombées du toit, Gilraen et ses Rôdeurs les aidant comme ils pouvaient tout en soignant leurs blessés.
Thorin referma les mains froides de Vili autour de la Couronne de Fer noir et les plaça sur son torse avant de refermer le tombeau, laissant Vili en être le gardien. Ils n'avaient pas d'outils appropriés, mais Bilbo peignit une inscription runique avec ce qui lui restait d'encre.
Ci-gît Vili, fils de Kiri, aimé de la lignée de Durïn, qui se dressa contre le mal.
Avec un peu de chance, il empêcherait les mots maudits d'être à nouveau découverts.


La lumière du soleil et l'air chaud de l'été semblaient presque incroyables lorsqu'ils émergèrent de Belegost.
- Vous pourriez revenir à Cul-de-Sac, offrit Bilbo.
Les trois Nains se préparaient au départ, chargeant leurs sacs sur toutes les montures qu'ils avaient réussi à chaparder aux Rôdeurs.
- Pour soigner vos blessures, dormir un peu.
- C'est juste des égratignures, la taquina Bofur avec un sourire malicieux. Tu y retournes, je reviendrais avec les caravanes la prochaine fois qu'ils passeront dans la Comté. On pourra aller rendre visite aux mangeurs d'herbe.
- Ne m'apporte plus jamais de relique, l'admonesta-t-elle, se jetant à son cou.
Nori fut le suivant, et lui rendit son étreinte avec force, bien que son expression retombe dès la fin de l'embrassade.
- Ils voudront obtenir réparations, pour cette fichue taverne.
Il haussa ses sourcils tressés.
- Je ferais mieux de pas traîner dans le coin.
Il se mit à bavarder amicalement avec Bofur alors que Bilbo se tournait vers Thorïn qui avait l'air tellement noble et tellement triste qu'elle n'osait pas le prendre dans ses bras.
- Vous voulez vraiment partir?
- Je dois retourner vers ma soeur et mes neveux, dit-il gravement. Ils le droit de savoir que Vili m'avait retrouvé, qu'il nous a sauvé et qu'il est mort en empêchant un grand Mal d'entrer en ce monde.
- Transmettez-leur mes meilleurs sentiments. Et...merci. Pour tout.
Il s'inclina, profondément et avec sincérité.
- À votre service, Mademoiselle Sacquet.
Nori émit un son étouffé ressemblant à un grognement alors qu'ils retournaient tous deux à leurs bagages.
- Est-ce que..., commença Thorïn, et Bilbo virevolta dans sa direction.
- Oui?
- Vous êtes sûre de ne pas vouloir chevaucher avec nous?
- Oh.
Elle secoua la tête pour se soustraire à son regard plein d'espoir.
- Non, malgré ces derniers jours, les Hobbits ne sont pas très porté sur l'équitation. Je serais sans problème de retour dans la Comté avant la nuit.
- Très bien.
Ce fut au tour de Bofur d'émettre un grognement, cette fois, et il lança quelque chose qui ressemblait à une bourse à la tête de Nori.
Bilbo hissa son sac sur ses épaules, et les salua tous de la tête.
- Merci encore, je crois que je ne le dirais jamais assez. Bon voyage.
Elle ne fit pas dix pas.
- Attendez, stop!
Les Nains n'étaient encore allés nulle part, mais Bilbo n'allait pas laisser ce détail la déranger.
Elle se fichait de savoir que ce qu'elle s'apprêtait à faire était la chose la plus embarrassante qu'elle eut jamais fait en connaissance de cause, elle se fichait aussi qu'elle soit probablement rouge comme une tomate. C'était son aventure, et elle se finirait exactement comme elle voulait qu'elle se finisse.
- Thorïn Écu-de-Chêne, je crois que vous me devez un vrai baiser.
Thorïn lâcha son sac dans la poussière.
- Oh, béni soit Mahal, exhala-t-il.
Il la pris dans ses bras si rapidement que ses pieds quittèrent le sol, et puis il l'embrassa, doucement, lentement et avec assez de passion pour faire se recourber ses orteils pendant dans le vide. Ce fut un long moment qui s'écoula avant qu'il ne la relâche, et Bilbo rouvrit les yeux en papillonnant des paupière, avec un petit son de satisfaction.
- C'est mieux.
Il rit, et la remit sur ses pieds, se tournant vers leur audience.
- Je crois que je ferais mieux de ramener Mademoiselle Sacquet chez elle.
Bofur riait tellement qu'il semblait prêt à tomber de son cheval.
- Oh ouais, mon Roi. On voudrait pas qu'elle se perde.
Nori lui frappa l'arrière de la tête et tira sur ses rênes, les entraînant tous deux au loin avec un signe de la main ironique dont Bilbo ne saisit pas la signification.
- Roi?
- C'est vous qui m'avez nommé ainsi.
Thorïn s'empara de la longe de son poney et glissa son bras sous celui d'une Bilbo stupéfiée, l'entraînant sur la route.
- Vous n'aviez pas remarqué ma surprise?
- Si, mais je ne pensais pas...
Son teint prit une belle teinte rouge rubis, et Thorïn dût s'arrêter de marcher pour l'embrasser à nouveau.
- Roi de quel endroit? demanda Bilbo quand ils se séparèrent.
- Dites-moi, avez-vous déjà entendu parler de la Montagne Solitaire?

fin.

aimé? pas aimé?