Chapitre 9 : Sauvetage

Un frisson me parcouru l'échine. J'étais encore en débardeur, et c'était insuffisant pour ce soir là. Je me décidai à rentrer pour poursuivre mes recherches sur internet. A ce moment là, une voix, que je trouvais mélodieuse malgré moi, me cloua sur place.

-Bonsoir Bella.

J'avais senti qu'il avait mit toute la douceur possible pour me saluer, comme s'il essayait de m'amadouer. Je levais la tête et vis trois ombres blanches s'approcher. Jane arrivait sur ma droite, Alec en face de moi et Démétri sur ma gauche. Lorsqu'ils furent vraiment proches, je distinguais plus nettement leur accoutrement. Jane me choqua presque, tant j'eus du mal à déterminer où s'arrêtait sa robe. Mais si mes yeux ne se trompaient pas, elle n'arrivait que quelques centimètres en dessous de la ceinture. Ses compagnons masculins ne semblaient ni offusqués ni intéressés. Leurs chemises noires étaient ouvertes sur leurs torses nus. Je pus apercevoir une cicatrice sur les pectoraux gauches d'Alec, mais je n'arrivais pas à en saisir les détails. La pâleur de leur peau était saisissante, contrastant avec l'obscurité de leurs vêtements et de la nuit comme Edward dans mon rêve. Ils avançaient tranquillement, mais je me sentais prise dans un piège. Leurs sourires ne me rassuraient pas. La politesse était peut être la meilleure solution :

-Salut Alec, Démétri, Jane.

J'avais incliné la tête vers chacun d'eux en prononçant leurs noms. Ils ne pouvaient pas me faire du mal ? Pas au sein même du campus ? Pour éviter que la peur ne me paralyse, je commençais à parler :

-Il va faire orage. J'allais rentrer. Peut être que vous devriez faire de même ?

Alec rigola. Démétri et Jane cette fois ci ne l'imitèrent pas, et ça me rassura. Alec seul ne m'effrayait pas.

-Nous ne voulons pas rentrer Bella. Nous avons l'opportunité de te parler, on ne va pas laisser passer ça.

-Mais je ne veux pas vous parler !

C'était vrai, je désirais les éviter, eux et leur sinistre société. Je ne voulais pas finir comme Victor. Cependant, dés l'instant où mes paroles avaient quitté mes lèvres, je me rendis compte que le leur crier comme ça n'était pas une idée intelligente. Jane s'était énervée et gesticulait sur ma droite, ses cheveux blonds se répandant en cascade autour de son visage.

-On ne te demande pas ton avis ma chère ! On veut te parler on te parle point final ! Tu es exaspérante, tu mériterais que je te punisse.

Sa voix était très aigue, comme celle d'une enfant. Hélas, elle était aussi extrêmement menaçante. Je reculais de deux pas. Jane semblait être la plus jeune mais également la plus cruelle des trois. Elle ressemblait à une fille belle et capricieuse, prête à tout pour faire souffrir ce qui l'entourait. Comme une gamine sadique qui s'acharnerait sur une poupée. Sauf qu'ici, la poupée, c'était moi. Elle me faisait penser à une enfant gâtée, habituée à ce qu'on lui cède en permanence. De plus, le cri d'Alec ne me rassura pas quand aux talents qu'aurait Jane pour me punir :

-Hors de question Jane ! Essaye de te tenir en société bon sang !

Ce fut la parole de trop… Le mot sang m'arriva en pleine figure comme une balle. Tout ce que j'avais refoulé pour être courageuse face à eux m'arrivait maintenant au cerveau. Leur pâleur, leur beauté, le sang, le visage souriant de Victor. Je fus prise de vertiges, par peur qu'ils me fassent du mal. Ma réaction fut plutôt bête : je me suis mise à courir. Je regardais à terre pour éviter de trébucher, mais je les sentais autour de moi.

Je savais qu'ils jouaient avec moi comme un chat jouerait avec une souris avant de la manger. Est-ce que j'étais leur repas ? Est-ce que j'allais finir vidée de mon sang, comme Victor ? J'étais terrifiée, mais je préférais fuir que leur faire face. S'ils avaient autant de force qu'Edward, rester immobile serait suicidaire. S'ils avaient la même vitesse, courir ne servait à rien. Entre deux maux, autant choisir le moindre. Leur petit jeu consistait à me suivre et à me murmurer des paroles à l'oreille pendant ma course. Alec me suppliait de leur parler, Jane voulait me punir, et Démétri m'ordonnait de m'arrêter. …Stop, parle nous, tu vas souffrir, arrête de courir, s'il te plaît Bella Leurs paroles s'insinuaient dans mon cerveau comme un poison mortel. …Stop, Bella écoute-moi, prépare toi… Je savais que s'ils l'avaient voulu, ils m'auraient rattrapée sans problème et m'auraient stoppée net dans ma course. …Fuir ne sert à rien, tu ne m'échapperas pas, regarde-moi… Courir n'était pas mon fort, surtout lorsqu'on me déconcentrait. Un moment de faiblesse plus important que les autres, alors qu'Alec me chuchotait de sa voix enchanteresse parle moi Bella…je ne te ferais aucun… et je trébuchais sur un caillou proéminent.

Je fermais les yeux, prête à encaisser le choc frontal. Qui ne vint jamais. J'étais persuadée que ma tête aurait du frapper de plein fouet le sol dur et ferme. Mais non ! Seul mon bras droit avait heurté quelque chose. Une poigne d'enfer apparemment, qui m'avait soulevée comme une plume et m'avait empêchée de tomber. J'ouvrais les yeux.

Edward me tenait, magnifique comme à son habitude, malgré son air hagard et son T-shirt légèrement déchiré au niveau de l'épaule gauche. Son poignet serrait un peu trop fermement mon bras droit. Il ne me regardait pas. Il fixait calmement mes ennemis.

Ils s'étaient arrêtés net dans leur course et s'étaient rapprochés les uns des autres comme pour se protéger. Au moins, ils semblaient craindre Edward. Depuis que je l'avais vu, ténébreux apollon se tenant à mes côtés, toute la frayeur de la soirée s'était envolée. Avec lui, je me sentais en sécurité. Les trois affreux ne me feraient rien. A ce moment là, alors que je me sentais sereine d'être en sa compagnie, Edward grogna.

Je retins un cri d'étonnement. Il n'avait pas crié, il n'avait pas parlé. Il avait grogné, comme un ours ou je ne sais quel autre animal sauvage. J'aurais dû avoir peur de lui, mais je ne pouvais pas m'empêcher de le considérer comme mon protecteur. Son visage était maintenant colérique et haineux envers mes ennemis. Son nez était retroussé, sa bouche tremblait, et de sa gorge sortait ce son si effrayant, rauque, grave et puissant. Le bras qui me tenait était aussi rempli de spasmes. Je regardais sa main, et je me rendis compte que c'était moi qui tremblais, et non lui. Je devais me reprendre. Alec parla d'une voix calme mais assurée:

-Du calme, Edward.

Ses mots avaient la puissance d'un ordre mais la douceur d'une prière. Je faillis rétorquer « mais il est calme ! ». L'ironie m'aidait à surmonter ma peur. Je fus presque étonnée d'entendre la voix d'Edward, je m'étais attendue à un autre grognement de sa part. Il parla doucement, mais je pouvais moi-même palper la menace sous jacente à ses paroles :

-Ne vous approchez plus d'elle.

Alec fit un très léger signe de tête à ses amis. Impossible de deviner ce qu'il avait voulu dire, mais Edward cria :

-Ne vous avisez même pas de penser à elle pour vos projets !

Il rajouta alors plus doucement, en souriant comme s'il se faisait une bonne blague :

-Je le saurais.

Bizarrement, ils semblaient le croire et ils se retirèrent, sans prendre le risque de nous tourner le dos. J'avais l'impression d'être dans un mauvais feuilleton. Edward les suivit des yeux jusqu'à ce qu'ils disparaissent de ma vue, puis il me lâcha enfin le bras. Je me dépêchais de masser l'endroit où il m'avait tenue. Il m'avait quasiment coupé la circulation en me serrant si fort. Il ronchonna, sans tourner sa tête vers moi :

-Désolé.

Je ne savais pas par où commencer. Il s'était passé tellement de choses que je ne comprenais pas. Mais ma politesse prit le dessus :

-Merci.

Il se tourna vers moi et me sourit faiblement. Je voyais qu'il faisait des efforts pour rester près de moi. Il se plissait le nez et se tenait légèrement penché en arrière. Ma présence semblait l'importuner, mais il me demanda tout de même :

-Cela te dérange-t-il si je te raccompagne ?

Je n'aurais pu rêver mieux. Il venait de m'offrir une dizaine de minute en sa compagnie. J'étais ravie, mais je ne voulais pas le forcer, il n'avait pas à me protéger comme ça !

-Tu n'es pas obligé, je pourrais me débrouiller seule.

-Oui bien sûr. Je me demande bien ce que tu aurais fait contre eux il y a deux minutes.

Son ton était ironique, et j'étais vexée qu'il me croit incapable de me protéger. Je savais pourtant qu'il avait raison. Mais sa question m'avait offert une ouverture dans la conversation que je ne soupçonnais pas. Bluffant comme un joueur de poker je déclarais :

-Je leur aurais brandit une croix !

Je lui montrais en même temps mon pendentif en forme de croix. Je savais que les vampires craignaient les croix. Bingo, j'avais touché juste. Son visage se décomposa. Ca ne dura qu'une seconde, mais j'eus le temps de voir sa grimace. Ca m'enhardissait, je voulais découvrir leur secret :

-Désolée, ça te fait peut être quelque chose à toi aussi ?

Il secoua la tête.

-Rien du tout. Je ne vois pas pourquoi ça m'affecterait. Et eux non plus d'ailleurs.

Je m'étais trompée alors, il n'avait en effet pas l'impression de craindre mon ridicule petit pendentif. Sa main se tendit lentement vers la mienne, celle qui tenait la croix. Doucement, ses doigts gelés décrispèrent les miens. Alors que je restais immobile, il prit la croix entre son pouce et son index, et le remit sous mon débardeur en effleurant le creux de mon cou. Pendant tout ce temps, ses yeux n'avaient pas quitté les miens. Mon cœur hésita pendant une demi-seconde : accélérer ou s'arrêter ? La proximité entre la main d'Edward et mon corps m'avait fait perdre les esprits. Mon cœur avait choisi de s'arrêter, et je dus me forcer à respirer un grand coup. Mais Edward s'éloigna et je compris qu'il avait juste voulu me prouver une chose : il ne craignait pas les croix. Il n'avait même pas dû être troublé par son geste, alors que sentir sa main près de ma gorge m'avait réchauffée plus que nécessaire. Mettant de côté mes hormones, je réalisai que j'avais quand même trouvé un point sensible vu là grimace qu'il avait faite. Nous avions doucement commencé à marcher. M'empêchant de parler, il prit la parole :

-Comment fais tu pour rester indifférente à ce qui vient de se passer ?

Je restais sans voix. J'avais été poursuivi par trois jeunes qui ne me voulaient apparemment pas du bien. J'avais entendu Edward grogner comme un animal. J'aurais dû être choquée, j'aurais dû pleurer, crier ou je ne sais quoi. Cependant, sa présence me calmait et me faisait oublier tout le reste. Je haussais les épaules.

-Tu ne sais pas ce qu'ils te comptaient te faire hein ?

-Tu le sais toi ?

-En effet.

Il secoua la tête, comme s'il ne me comprenait pas.

-Tu devrais avoir peur d'eux. Et de moi aussi.

Je respirai un grand coup, et comptais jusqu'à 3, essayant d'avoir l'air sûre de moi :

-Tu… Ne… Me… Fais... Pas... Peur.

J'avais parlé lentement car c'était à moitié vrai. Edward avait des pulsions violentes, mais il s'était toujours contenu. Il m'avait fait mal plusieurs fois, mais c'était bénin. Je savais qu'il ne voulait pas me blesser donc je n'avais pas réellement peur. Alec lui ne m'avait jamais fait du mal, physiquement. Mais après ce soir, je tremblais à l'idée de l'approcher. Mentalement, c'était une torture de penser à eux. Edward soupira, ma réponse ne lui convenait pas. J'aurais voulu l'interroger sur ce qui venait de se passer, mais je n'étais pas sûre qu'il apprécie. Je décidais alors de changer de sujet de conversation :

-Tu faisais quoi encore sur le campus ? Je croyais que tu avais des choses à faire ce soir…

-Oui, mais j'ai cru comprendre que tu aurais besoin de moi. Je suis revenu le plus vite que j'ai pu.

-Comment tu savais que j'aurais besoin de toi ?

Je réfléchis à 100 à l'heure. Je n'avais pas envoyé de signal de détresse, je n'avais pas crié…Comment aurait-il pu savoir que j'étais en danger ? Et puis, je me rappelais ses paroles de la minute d'avant. Il savait ce qu'ils comptaient me faire. Il leur avait même dit qu'il connaissait leurs projets. Je frissonnais. Une idée saugrenue me traversa l'esprit et je m'éloignais rapidement de lui :

-Tu es avec eux hein ? Tu fais partie de leur groupe c'est ça ?

Il fit non de la tête, tout en continuant à avancer.

-Hors de question que je les fréquente. Et tu devrais les éviter aussi Bella. Ca ne leur a pas trop plu d'être dérangés ce soir, ils essaieront de te coincer une autre fois.

C'était la troisième personne qui me conseillait de m'éloigner des membres de la S&B. Heureusement que c'était Steph, Alizée et Edward, sinon j'aurais cru à un complot contre Alec. Je croyais Edward quand il me disait qu'il ne les fréquentait pas. Pourtant…

-Mais tu es comme eux.

C'était une affirmation, mais j'espérais qu'Edward me répondrait. Il n'en fit rien. Je pris ça pour un oui. Edward et Alec étaient bien…semblables. Ca me ramenait à ce qui m'avait fait quitter brusquement la salle commune. Se pouvait-il qu'ils soient…des vampires ? Comment en être sûre ?

-A quoi tu penses ?

Edward avait interrompu mes pensées.

-A ce que tu es.

Il me prit le bras ce qui m'arrêta net dans ma marche. Il fronçait les sourcils. Une grande première, Edward pouvait être inquiet. Pour lui ou pour moi ?

-Et qu'est ce que tu crois que je suis ?

-Je ne sais pas encore.

-Tu devrais arrêter d'y penser.

Je ne répondis pas. Chacun de nous repartit dans ses pensées, et nous marchâmes en silence. Arrivés devant ma résidence, il me fit un petit signe de tête pour signaler qu'il allait partir.

-Attend !

Il attendit. Je me demandais combien de temps je pourrais faire durer ce plaisir, de le voir là, face à moi en train d'attendre que je parle. Son visage n'exprimait rien d'autre que le désir de partir le plus loin possible de moi. Et pourtant, il restait là. Je ne le comprenais pas.

-Puis je te poser une question ?

-Non.

Au moins c'était clair. J'avais l'impression d'avoir reçu une gifle, et je sentis les larmes affluer à mes yeux. Il dut le sentir aussi, car il prit délicatement ma main. Je découvrais qu'il pouvait être affectueux. Cette fois ci, mon cœur eut le bon goût d'accélérer. Je sentis son pouce froid et dur me caresser la paume tout en me déclarant :

-Je pense que tu es fatiguée Bella, que tu as eu un choc ce soir et que tu ferais mieux de dormir. Tu penses des choses complètement folles. Repose-toi. Tu auras d'autres occasions pour me poser des questions. Mais cesse de divaguer, tu imagine des choses…

Et il avait raison, une fois de plus. J'étais complètement folle. Sa main me lâcha lentement, et mon cœur reprit sa course normale. Il était temps, car j'avais peur qu'il s'en rende compte. Je m'approchais de lui pour lui dire au revoir. Ma tête se leva vers la sienne, se dirigeant vers son visage. Avais-je réellement l'intention de l'embrasser? Je n'en sus rien car à ce moment là, les nuages s'écartèrent, et la lune éclaira Edward. Je pus ainsi découvrir une toute petite tache rouge sur son T-shirt. Du sang. Je m'évanouis.