Voilà un chapitre principalement consacré à un début d'explication concernant les origines de Solan.
J'ai également tenté de révéler avec le plus de délicatesse possible une partie un peu plus sombre de sa personnalité. J'espère avoir fait preuve de suffisamment de finesse et de ne pas m'être montrée trop maladroite...
CHAPITRE 8: LE CLAN REBELLE DE KIRI
« Le passé ne meurt jamais complètement pour l'homme. L'homme peut bien l'oublier, il le garde toujours en lui »
Numa Denis Fustel de Coulanges
Naruto aidait Solan à se redresser. Elle était plus pâle que d'habitude, mais d'aussi loin qu'il se trouvait Kakashi pouvait voir que le kunaï n'avait pas atteint de points vitaux. Mais comment a-t-elle fait pour se débarrasser du clone ? Zabuza semblait tout aussi stupéfait et évita de justesse le coup de pied circulaire que le junnin balançait au niveau de son oreille.
- Cette gosse… est venu à bout de mon clone ? s'exclama Zabuza sans lâcher Kakashi des yeux. Avec deux aiguilles ?
- C'est une… Hanayuki… articula le junnin à voix basse en esquivant le hachoir de Kiri d'un bond en arrière. Tu aurais dû te méfier, Zabuza…
- Il n'y a pas que ça. Je doute qu'elle soit tout à fait ordinaire… Konoha a intérêt à la serrer de près.
- Pourquoi crois-tu que j'ai été désigné pour la prendre en charge ?
Ignorant les protestations de Naruto, j'enroulai mes doigts autour de la garde du kunaï et tirai dessus de toutes mes forces. Des filets de sang et de chair accompagnèrent la lame tandis qu'elle s'échappait des profondeurs de mon bras. Je poussai un cri de douleur et interrompis mon geste à mi-chemin.
- Arrêtes ! s'écria Sasuke. Tu ne vas faire qu'empirer les choses, idiote !
- Bon sang… lâcha Naruto en détournant la tête, il y a des bouts de peau partout, c'est dégueulasse…
Les ignorant tous les deux, je respirai profondément à deux reprises et achevai de retirer la lame sans réfléchir plus longtemps. Naruto se risqua un coup d'œil et eut un haut-le-cœur tandis que je balançai la lame au loin. Je posai une main sur ma blessure et réalisai à quel point elle était profonde: rien de grave, mais je préférais ne pas perdre trop de sang. N'ayant pas le temps de déballer les bandages, je retirai de ma main valide mon bandeau frontal.
- Naruto, enroule-le autour de la plaie.
- Non… gémit-il en se tournant néanmoins vers moi.
D'une main fébrile, il passa le tissu par-dessus mon bras et fit plusieurs tours.
- Mais sers plus fort, bordel ! m'emportai-je, excédée par l'expression dégoûtée de son visage.
Il s'exécuta et tira sur les deux bouts d'un coup sec qui m'arracha un gémissement de douleur.
- Imbécile ! ne pus-je m'empêcher de l'incendier en le foudroyant du regard.
Étant donné que leur corps à corps n'aboutissait à rien, Kakashi et Zabuza y mirent un terme en s'écartant brusquement l'un de l'autre. Les deux adversaires se jaugèrent alors en silence comme si chacun d'entre eux examinait les ressources restantes de l'autre. Le visage déformé par la douleur de ma blessure, je me relevai en prenant appui sur l'épaule de Naruto. Tous les trois assistions alors à cette échange silencieux, prêts à agir au moindre signe de Kakashi.
- Merçi, Solan, déclara inopinément Kakashi sans lâcher Zabuza des yeux. Je ne sais pas comment tu t'es débrouillée, mais tu m'as enlevé une sacrée épine du pied en éliminant ce clone.
- Il suffisait… de savoir lire dans son chakra, et d'agir en conséquence, répliquai-je simplement, pas très encline à approfondir les explications.
- Un simple coup de chance, cracha Zabuza avec colère. Ne vous croyez pas sortis d'affaire.
Il se mit à composer des signes incantatoires avec ses doigts, et Kakashi l'imita aussitôt. Après quelques secondes, Zabuza lâcha un cri de surprise.
- Tu… imites tous mes gestes ?
Je plissai les yeux et tentai d'observer simultanément leurs mouvements.
- Im… possible… soufflai-je, effarée. Il reproduit les signes de Zabuza au moment-même où il les compose !
- C'est le pouvoir du sharingan, déclara Sasuke d'une voix neutre.
Zabuza tentait vainement de prendre Kakashi de vitesse et je le vis peu à peu perdre son calme devant l'impassibilité de son adversaire.
- Tu ne peux rien contre moi… lança Kakashi à voix basse.
Avant que Zabuza ai pu répliquer quoi que ce soit, il fut comme frappé par la foudre et porta les deux mains à sa gorge. Poussant des râles et semblant aux prises avec des démons invisibles, il tomba à genoux, yeux écarquillés. Kakashi avait laissé ses mains retomber le long de son corps et observait Zabuza avec intensité.
- Mais qu'est-ce qui se passe ? S'exclama Naruto. Je comprends plus rien, là !
- Du genjutsu, répondit Sasuke. Zabuza est pris dans une illusion du sharingan de Kakashi…
- C'est la fin, lâcha Kakashi en s'élançant vers le déserteur.
Il sortit un kunaï de sa poche et s'apprêtait à frapper lorsqu'un discret sifflement s'éleva dans l'air. Kakashi pila, une nuée d'aiguilles percuta Zabuza de plein fouet. Ce dernier perdit immédiatement connaissance et s'effondra au sol.
- Qu'est-ce que… lança Kakashi.
- Merçi, amis de Konoha.
Tous les quatre tournions la tête d'un même mouvement vers l'endroit d'où semblait provenir la voix. Je levai les yeux, et mon regard tomba sur une silhouette mince, debout sur la branche épaisse d'un arbre, et dont les contours restaient flous dans la brume qui persistait. Le masque blanc à motifs rouges qui recouvrait son visage évoquait les ANBU de Konoha, et je me demandai s'il était lui aussi un ninja.
- Merçi, répéta-t-il, d'avoir mis hors d'état de nuire le criminel Zabuza Momochi. Je suis un chasseur de déserteur du Village Caché de la Brume, et c'est homme était ma cible.
Kakashi ne répondit rien. Il s'avança vers Zabuza et s'agenouilla. Consciencieusement, il entreprit de vérifier si le déserteur était bel et bien mort. Au bout de quelques secondes, il se redressa et reporta son attention sur le mystérieux ninja. Je sentis à son hésitation qu'il ne lui faisait pas entièrement confiance.
- Si cet homme était votre cible, pourquoi ne pas être intervenu ?
- Je ne voulais pas interférer, il ne faisait aucun doute que vous aviez l'avantage.
Un tourbillon de courants d'air entoura soudainement le chasseur de déserteurs qui s'évapora au milieu de la tourmente. Il réapparut un quart de seconde plus tard, debout, à côté de Kakashi.
- Laissez-moi emporter son corps, s'il vous plaît. Votre travail s'achève içi, trancha-t-il.
- Non mais pour qui est-ce qu'il se prend celui-là ? s'indigna Naruto en serrant les poings. Je suis sûr qu'il est à peine plus âgé que nous ! Hé toi, la tronche de plâtre ! Je crois que t'imagines pas vraiment comme on en a bavé pour venir à bout de…
Une autre tornade se forma autour du ninja de Kiri, et il disparut avec le corps inerte de Zabuza. Naruto poussa un cri indigné.
- Non mais ce n'est pas vrai, je rêve ? Tout le mérite ira à cet imposteur ! Et nous alors, et notre heure de gl…
- Ça suffit, Naruto, le coupa Kakashi-sensei. Ce n'est certainement pas toi qui allait l'en empêcher…
- Et pourquoi ça ? rétorqua Naruto en gonflant la poitrine. Pourquoi, dîtes moi ? Je lui aurais planté ses aiguilles dans le…
- C'était un chasseur de déserteurs de Kiri, tu n'imagines pas à…
Kakashi continuait de parler mais sa voix se transforma en rumeur lointaine. Je fronçai les sourcils en me demandant brièvement pourquoi la nuit tombait aussi vite. Sans que je sache comment, je me retrouvai affalée sur quelque chose de peu confortable.
- Hé le vieux… fit la voix de Naruto quelque part au dessus de moi. Vous avisez pas de la tripoter sinon…
- Ah ça y est, elle émerge, lança Kakashi tandis que son visage apparaissait devant mes yeux. Qu'est-ce que c'était que ce garrot, Solan ? Il ne servait vraiment à rien…
Je poussai un grognement et me décollai des genoux de Tazuna pour m'asseoir.
- … c'qui s'est passé ? marmonnai-je en me frottant les yeux.
- Tu perdais beaucoup de sang et tu as fini par faire un malaise… Rien de grave, mais on va devoir te porter.
Je relevai vivement la tête.
- Bien sûr. Plutôt mourir.
Je me hissai sur mes genoux et entrepris de me relever. Des milliers de petites étoiles apparurent devant mes yeux et je manquai de m'étaler de tout mon long. Deux minutes plus tard je subissais la pire humiliation de toute ma vie. Malgré mes faibles supplications, Kakashi désigna Naruto pour me porter: autant utiliser son trop-plein d'énergie, avait-il déclaré un sourire aux lèvres derrière son masque. Je jurai de tous les faire payer un jour ou l'autre puis sombrai dans un demi-sommeil.
Kakashi avait été gravement affaibli par l'utilisation du sharingan et resta alité pendant deux jours. Tazuna, qui vivait seul, nous hébergea tous les quatre. Le temps que notre sensei se rétablisse nous gardions la maison et nous occupions de lui. Mon bras avait été correctement soigné par le médecin du village et je retrouvai assez d'énergie pour m'entraîner le lendemain-même. Néanmoins, je ne perdais pas de vue mes interrogations quant aux remarques déroutantes de Zabuza. Elle a l'air plus dégourdie que les deux autres, mais ça n'a rien d'étonnant après tout… Quelle impétuosité ! Ce doit être dans les gênes…
Le repas autour du lit de Kakashi venait de s'achever. Comme c'était le tour de Naruto de faire la vaisselle et que je ne voulais pas l'entendre se plaindre, je filai en douce de la chambre. Je pris ma cape avec moi et sortis sur la véranda. Le froid s'était apaisé, et bien couvert il était possible de profiter un peu du calme de la nuit. Je m'assis en tailleur sur le parquet et levai les yeux vers les étoiles. La neige n'avait pas tenu, et de toute manière la probabilité pour qu'il ai neigé sur le village-même était faible. La tourmente de flocons de l'autre jour avait du être, tout comme le brouillard, un tour de Zabuza. Je me remémorai tout à coup l'étrange fille que j'y avais croisée. Avait-elle vraiment existé ?
Un froissement de tissu dans mon dos me fis tourner la tête.
- Kakashi-sensei ? m'étonnai-je. Vous pouvez marcher ?
- Oui… enfin, à peine. Tous les trois… vous êtes tellement attentionnés avec moi… c'en est presque attendrissant, alors je profite un petit peu…
- Je vois… Heureusement que Naruto n'est pas au courant, il ferait certainement un scandale à vous remettre au lit.
- Il fait la vaisselle, et j'ai envoyé Sasuke escorter monsieur Tazuna qui devait faire une course chez un voisin.
- Kakashi-sensei…
- Tu te demandes ce que Zabuza te voulait, hein ?
Il poussa un soupir et je l'aidai à s'asseoir à côté de moi.
- Solan… j'aimerais te poser une question…
- Mais, c'est moi qui…
- Que sais-tu exactement de ta famille ?
Je le fixai un instant sans ciller. Au fond de moi je m'étais attendu à cette question, mais j'avais repoussé jusqu'au dernier moment pour y réfléchir. Détournant la tête, je ramenai mes genoux contre ma poitrine et, les entourant de mes bras, j'y déposai négligemment mon menton.
- Je ne me rappelle que de ma mère, en fait. Je n'en suis pas certaine, mais je crois que je n'ai jamais connu mon père. Je me souviens vaguement de notre maison à Kiri.
- Te rappelles-tu… du jour où tu as quitté le village ? me demanda Kakashi à voix basse.
Je cherchais la lune du regard, mais seules les étoiles luisaient dans le ciel parfaitement noir.
- C'était la nuit du coup d'État, finis-je par murmurer. Je n'avais que quatre ans, mais je m'en souviens assez bien… Ma mère… n'a pas pu venir avec moi lorsque j'ai fui le village avec les autres. Ensuite, j'ai été récupérée par les forces spéciales de Konoha.
- Ta famille faisait partie du complot visant à renverser le Mizukage, déclara Kakashi. En fait, ta mère était un des piliers de la révolte.
Je n'aimais pas les nuits sans lune; je les trouvais trop effrayantes, trop sombre… Les étoiles semblaient complètement perdues sans sa douce lumière.
- Tu ne dis rien ?
- Que voulez-vous que je vous répondes ? Je me rends compte que des étrangers à ma famille en savent plus que moi sur mes propres parents… Vous pourriez bien me raconter n'importe quoi, je ne pourrais que vous croire.
Gardant le silence, il m'observait de son œil ouvert.
- Ce n'est pas faute d'avoir cherché… des informations sur eux, d'avoir cherché mon nom dans les livres qui évoquaient mon pays.
- Étant donné que tous les Hanayuki étaient censés avoir péris dans la bataille, il n'y avait plus aucune raison pour le Pays de l'Eau de conserver leur nom dans les registres, expliqua Kakashi. Ils ont effacé toutes les traces, en quelques sortes.
- Oui… soufflai-je. Vu ce que vous m'avez révélé c'est effectivement logique… Comment se fait-il que vous sachiez toutes ces choses sur ma famille ? m'enquis-je en relevant la tête vers lui.
- Bien qu'il ai largement été affaibli par la mort de ton père, le clan rebelle des Hanayuki passait pour l'un des plus redoutables et à la fois des plus secrets de tout le Pays de l'Eau.
Mes yeux s'écarquillèrent de surprise. Moi, membre d'un clan réputé ?
- Qu'est-ce que vous voulez dire ? demandai-je d'une voix tremblante.
- En temps de guerre comme en temps de paix, ils étaient craints de leurs ennemis autant que de leurs alliés. Ils avaient la réputation de ne se soumettre que difficilement aux décisions des dirigeants, et cela n'a fait qu'empirer lors de la période où Kiri était surnommé le Village de la Brume Sanglante.
- Ma famille… des dissidents ?
- Résistants conviendrait plus, je pense. Yagura, le Quatrième Mizukage, faisait régner la terreur à cette époque, un véritable bain de sang, tu peux me croire. Je ne prétends porter de jugements ni sur ton clan, ni sur le coup d'État; ce sont des choses qui me dépassent largement et face auxquelles mon savoir est bien insuffisant…
Kakashi s'arrêta un instant, puis prit une profonde inspiration.
- Je voudrais simplement… te donner quelques clefs pour comprendre d'où tu viens, et ce afin de savoir…
- … où je vais, achevai-je dans un murmure. Je ne sais pas… si ça m'est vraiment utile, en fait. Vous l'avez dit vous-même, tous les membres de ma famille sont morts -ça je l'ai compris au bout de quelques années, alors que personne n'était venu me chercher à Konoha. Je suis toute seule maintenant, mon présent et mon avenir appartiennent à Konoha, je ne vois pas pourquoi je m'encombrerai d'un passé que j'ai à peine effleuré du doigt…
- Mais, murmura-t-il, rien ne t'empêches de savoir qui…
- J'ai peur des fantômes… soufflai-je en fermant les yeux. Sensei… j'ai peur de trop apprivoiser ces souvenirs qui hantent mon cœur depuis des années. Jusque-là, j'ai réussi à ne pas trop y penser, mais si je commence à mettre des noms, des actes, des sentiments sur ces ombres, j'ai peur de crouler sous leurs plaintes et leurs requêtes…
J'enfouis mon visage entre mes genoux comme s'ils me mettaient à l'abri de tout. Entourant ma tête de mes bras, je ne pus cependant pas m'empêcher de murmurer d'une voix étouffée:
- Savez-vous… comment mon père a trouvé la mort ?
- Il a été assassiné…
- Par qui ?
Kakashi ne répondit pas tout de suite. Je le sentais mal à l'aise tout d'un coup.
- On ne sait pas vraiment… finit-il pas déclarer à voix basse. Il y a eu des rumeurs, mais ce ne sont que des bruits, cela n'a jamais été confirmé… On disait qu'il s'agissait d'un ninja de Konoha, plus précisément un membre du clan Uchiwa…
J'enfonçai plus profondément ma tête entre mes genoux et resserraient mes bras autour de mes cheveux.
- J'y ai réfléchi, poursuivit-il, et je n'ai jamais trouvé la moindre raison qui aurait poussé Konoha à s'en prendre à ton père. J'ai retourné le problème dans tous les sens, et je n'ai pas trouvé d'explication crédible. Le clan Hanayuki était un allié de longue date du village de Konoha, ils entretenaient d'excellentes relations. De plus, ayant fait partie quelques temps des ANBU je pense que j'aurais eu vent d'une pareille machination… Non, vraiment, il ne faut pas croire ce que racontent les rumeurs. Si je te l'ai dit, c'est parce que je préférais que tu l'apprennes de ma bouche plutôt que d'une autre pour ne pas que tu l'interprètes mal.
- Je comprends… Mais enfin, pourquoi mon clan avait-il tant d'ennemis ?
- On s'en fait irrémédiablement lorsque l'on est puissant.
- C'est incompréhensible, comment n'en ai-je jamais entendu parler auparavant ? Et pourquoi personne ne semblait les connaître ?
- Je te l'ai dit… Les Hanayuki inspiraient une crainte profonde car leur pouvoir avait quelque chose de mystérieux et d'un peu incompris.
- C'est-à-dire ?
À côté de moi, j'entendis Kakashi prendre une lente et profonde inspiration.
- Au même titre que tous les autres, je n'en sais pas grand-chose… Tout ce que je peux te dire, c'est que certains membres de ton clan avaient développé des pouvoirs spéciaux, grâce à une certaine pupille.
Je relevai lentement la tête et le dévisageai d'un air incrédule.
- Une… pupille ?
- Oui, le gamigan, ou œil miroir.
- Qu'est-ce que c'est ? Est-il possible… que je la possède ?
- Ce n'est pas à exclure… Seulement, tu dois savoir que le gamigan était peu fréquent, on racontait qu'un seul Hanayuki par génération était en mesure de le développer.
- Un seul ? murmurai-je, dépitée.
- Quant à ses pouvoirs… je n'en ai tout bonnement aucune idée. Lorsque j'ai su que j'allais t'avoir comme élève, j'ai tenté de faire des recherches, mais… comment dire… on dirait un sujet tabou, comme s'il s'agissait d'une erreur de la nature…
Je me renfrognai. Il n'y allait vraiment pas par quatre chemins.
- Qui a été le dernier possesseur du gamigan ? m'enquis-je en ayant l'impression de connaître déjà la réponse.
- Le dernier homme à la tête du clan, Akio Hanayuki. Ton père.
Je fermai un instant les yeux. Quelle ironie. Il était un temps où je n'avais de cesse de rechercher mon nom dans les journaux, les archives, les livres pour mettre le doigt sur cette identité qui n'avait de silhouettes que les ombres incertaines de mes souvenirs. J'y avais finalement renoncé et avais laissé profondément enfoui dans le fond de mon cœur ce qui me semblait être les dernières traces d'un passé dénué de sens. Ce faisant, je m'étais résolument tourné vers l'avenir. C'était à la fois effrayant et réconfortant de faire face à une vie que je devais entièrement bâtir de mes propres mains.
Et voilà que des années après, alors que je m'y attendais le moins, les morts venaient mettre à mal cet équilibre si durement acquis. Zabuza m'avait rendu curieuse, mais jamais je n'aurais pensé que mon nom puisse peser si lourd.
- Rien ne t'oblige à te torturer avec ce passé pour l'instant… murmura Kakashi en posant une main sur mon épaule. Ton talent est énorme, continus à faire comme tu l'as toujours fait.
- Pensez-vous que… certaines de mes aptitudes soient liées à mon ascendance ?
- Ne te préoccupes pas de ça… éluda Kakashi d'un geste de la main. Tu as une telle intuition naturelle en ce qui concerne le chakra que tu ne dois surtout pas dévier de cette voie-là. On verra plus tard pour le reste.
Je dépliai mes genoux et allongeai mes jambes devant moi. Lentement, la tête à nouveau penchée vers le ciel noir, je posai mes mains derrière mon dos. Kakashi me jeta un coup d'œil et se détendit lui aussi.
- Ça me fait un peu mal de l'avouer, lança-t-il en se grattant l'arrière du crâne, mais… je n'ai toujours pas bien saisi la manière dont tu t'es débarrassé du clone de Zabuza.
- Hmm… Le chakra des ninjas du Pays de l'Eau a tendance à être très humide en comparaison de celui des ninjas du Pays du Vent, par exemple, qui sera plutôt sec et chaud. Leur équilibre interne repose sur cet excès permanent d'énergie relative à l'eau, l'énergie yin autrement dit, et, sachant cela, je n'avais plus qu'à perturber l'équilibre de Zabuza en faisant pénétrer dans son corps un violent courant d'énergie opposé yang. Les deux points que j'ai touchés avec mes aiguilles constituent des portes d'entrée de la force yang; en les activant j'ai donc rendu son clone plus enclin au déséquilibre.
- Et Sasuke l'a achevé avec son katon… le point faible de Zabuza.
- Oui… C'est comme si Zabuza s'était noyé dans le feu. Un clone est moins résistant que l'original, mais je pense que si nous avions pu pratiquer cette stratégie sur lui, nous l'aurions grandement affaibli…
- C'était plutôt bien pensé, reconnut Kakashi en acquiescant. Oui, c'était pas mal, à un détail près.
- Hmm ?
- Je n'ai pas du tout aimé la manière dont tu es parvenu à planter la deuxième aiguille.
Sa voix était froide. Il tourna vers moi un visage sévère et je ne pus soutenir son regard.
- Ah… ça.
- Et oui... ça. C'est tout à ton honneur de risquer ta peau pour la réussite de la mission, néanmoins, un ninja ne doit pas accorder si peu d'importance à sa vie…
- Ce n'est pas…
- … car dans ce cas, poursuivit-il en élevant la voix, il perdrait tout de ce qui fait de lui un être humain.
Je détournai la tête et me sentis blêmir.
- Qu'est-ce qu'un soldat qui n'éprouve aucune crainte d'être blessé au combat, sinon une machine à tuer ? continua-t-il d'un ton toujours aussi dur. Le sacrifice est important, c'est vrai, c'est moi-même qui vous l'ai dit, mais tu ne dois jamais, jamais perdre de vue la valeur d'une vie humaine.
Je baissai la tête et me refusai à le regarder. Mes entrailles se contractèrent à m'en faire mal au ventre.
- Je ne suis pas aveugle, Solan, reprit-il. J'ai vu ces cicatrices sur ton poignet, il y en a même une qui me fait vraiment peur…
J'écarquillai les yeux et posai instinctivement ma main gauche sur mon avant-bras, même si celui-çi était recouvert de bandages.
- J'espère sincèrement que tu en as fini avec ça… déclara-t-il d'une voix désolée.
- Oui… lâchai-je en chuchotant, je crois que… je vais un peu mieux, mais… ça ne m'empêche pas d'être… attirée par les aspects sombres de la vie… c'est plus fort que moi...
- Je ne suis pas fin psychologue, répliqua-t-il en se tournant complètement vers moi, mais… si jamais tu as besoin de discuter…
- Oui… murmurai-je en sachant pertinemment que ce n'était pas le genre de choses qui se partageait avec des mots.
