- Vous êtes en retard Miss Weasley, me fait remarquer Dr. Wall.
- Excusez-moi j'ai eu un petit problème avec une femme âgée à l'accueil, je fais avec mon sourire le plus hypocrite. Elle ne voulait pas me dire où vous vous trouviez.
- Gertrude ? – Attendez, même mon arrière-arrière-arrière-grand-mère ne s'appelait pas comme ça ! – Pourtant c'est une femme très gentille.
- Elle doit avoir une dent contre les blondes.
Il me regarde en haussant un sourcil. Bah quoi, je n'allais pas lui dire que j'avais conseillé à la vieille Gertrude de crever quand même ! Je m'installe en face de lui dans un fauteuil et reprends :
- Que dois-je faire docteur ?
La phrase que je viens de prononcer me fais penser aux vieilles séries télévisées. Et c'est là que le docteur m'annonce que j'ai une maladie très grave, que la seule issue est la mort et qu'il va lui-même prévenir mes parents à propos de la mauvaise nouvelle – pendant ces quelques instants une musique du style violon crissant accompagné de piano retentira, se qui accentuera l'effet de désespoir. C'est grave quand je laisse mon imagination prendre le dessus.
- Et bien tout d'abord, répond Wall, dites moi ce que vous aimeriez faire plus tard.
Il est con ou quoi ? Si je viens chez lui c'est justement parce que je ne sais pas quoi faire comme études. En voyant mon air de t'es-con-ou-quoi, il s'empresse d'ajouter :
- Comment vous vous verrez, mariée, célibataire, riche, populaire, triste, heureuse…
- Vous êtes psychomage ou conseiller ? Je demande.
- Cette opération est nécessaire Miss, veuillez répondre.
Je réfléchis un peu. Je ne m'étais jamais imaginée dans quinze ou vingt ans.
- Bah, en fait, je ne sais pas. Je n'y avais jamais pensé.
- Bien, commencez par me dire ce que vous aimez en général …
La séance se déroule comme ça. Il me pose des questions et moi je réponds, en étant la plus précise possible. Ce que j'aime, ce que je n'aime pas, mes activités quotidiennes, mes relations, le niveau que j'avais à Poudlard … Ma vie quoi. Après deux heures à raconter ma si passionnante vie au conseiller/docteur Wall, celui-ci me dit :
- Je vais vous donner une liste de métiers que vous prendrez chez vous. Vous cocherez ceux qui vous intéressent et vous reviendrez me voir dans une semaine, Miss Weasley.
- C'est tout ? Je demande. Après deux heure de bavardage sur ma vie, vous n'allez pas me dire pour quel le métier je suis faite ? C'est de l'arnaque !
- Je ne peux pas vous dire comme ça quel métier vous convient, il faut que vous décidiez par vous-même.
- Mouais, je réponds, pas totalement convaincue.
Je prends la feuille qu'il me tend et il me donne le rendez-vous de la semaine prochaine le même jour à la même heure.
- Dites vous ne pourriez pas décaler mon rendez-vous de genre deux-trois heures ?
- Je suis déjà pris, Miss, cela vous dérange-t-il de venir à cette heure-ci ?
- Nan, c'est juste que j'ai la flemme de me lever à sept heure du mat'.
Il me sourit et me souhaite une bonne journée. Je le remercie et m'apprête à sortir quand j'ai un doute.
- Vous avez une voiture ?
Il me regarde sans comprendre et me répond que oui.
- C'est quoi la marque ?
- Peugeot. Pourquoi ?
- Rien, ça aurait été classe si ça avait été une BMW.
Il hausse un sourcil. Visiblement il n'a pas fait le lien entre son nom et la marque de la voiture. Je hausse les épaules et ferme la porte derrière moi. Je traverse le couloir et ouvre la porte qui me mène à la salle des cheminées. Je m'arrête et réfléchis. Je referme la porte avant de me retourner en marchant d'un pas rapide vers l'accueil.
- Alors Gertrude, toujours pas morte ?
Celle-ci, tellement étonnée ouvre la bouche. Son dentier glisse et ce n'est pas par hasard si ma baguette a bougée au même moment.
- Vous voyez, même votre dentier est d'accord avec moi ! Bon, c'est pas que je m'ennuis mais faut que je retourne à la maison. A un de ces jours en enfer ! Je lui fais avec un grand signe de la main.
La vieille Gertrude devient toute rouge. Tout ce que je peux dire, c'est que cette couleur ne lui va pas, mais alors là, pas du tout. Je souris, fière de moi et pénètre dans la salle des cheminées. Je rentre chez moi de la même façon dont je suis venue. Je me lance vite fait un tergeo et trouve Eric qui m'attend assis dans le canapé.
- Salut toi ! Je lui fais.
- Coucou, me répond-t-il en me faisant la bise. Alors prête ?
Je fronce les sourcils et lui lance un regard interrogateur. Prête à quoi ?
- Ne me dis pas que tu as oublié ! C'est l'anniversaire de Lex dans une semaine, triple idiote !
Mince alors ! J'avais complètement zappé l'anniversaire de ma meilleure amie.
- Hé ho, ca va, c'est pas toi qui t'es réveillé à sept heures du matin et qui n'a mangé qu'une seule tartine de Nutella pour tenir toute la journée. Je suis en manque là.
Il soupire et j'ai l'impression qu'il a dit quelque chose du genre, « toi et ton Nutella ». J'ai remarqué qu'il soupire beaucoup quand il est avec moi. Coïncidences ?
- Bon, on y va ? Je demande.
- Et c'est toi qui dis ça ? Murmure Eric.
Je lui souris – sourire qu'il me rend – et nous ouvrons la porte. Il pleut et malgré le fait que nous soyons au beau milieu de l'après-midi, il fait sombre. Génial. Nous refermons la porte d'entrée et je dis à Eric d'attendre ici le temps que je cherche une veste. Je monte rapidement les escaliers et pénètre dans ma chambre. Je prends une veste en cuir noir et vais rejoindre Eric. Ginger regarde sagement la télévision.
- Tu sais où est Chris ? Je lui demande.
- Bah il est parti faire des trucs dégoutants avec Pénélope chez elle, me répond-t-elle avec une grimace.
Pénélope ? La petite-amie de Chris. Ne me demandez pas comment elle fait pour supporter mon frangin, je ne le sais pas moi-même ! Alors imaginer qu'elle fasse des trucs cochons avec lui … Beurk.
- D'accord, tu sais à quelle heure il rentre ? Je reprend
- Nan, il m'a pas dit.
- Bon, papa rentre dans une demi-heure, tu peux rester sage d'ici là ?
- Ça va, c'est pas comme si j'avais trois zans, me dit-elle en levant les yeux au ciel.
En plus elle est sérieuse. J'éclate de rire et lui fais un gros bisou.
- On ne va pas tarder non plus, je lui dis, on sera ici dans une heure maximum. On est dans le magasin d'à côté mais tu n'ouvres à personne et tu ne sors pas, ok ?
- Ok ! Me répond-t-elle toute contente.
Je lui ébouriffe les cheveux.
- Euh, Kim, t'es sure de pouvoir laisser Amy ici toute seule ? Demande Eric. Elle n'a que quatre ans.
- T'inquiète, je gère. Et puis on va pas à l'autre bout de la ville, on est tout proche et on peut voir la maison de là-bas. Besoin d'un autre argument ?
- C'est toi qui vois.
Eric et moi sortons. Je ferme la porte à clé derrière moi, on ne sait jamais. Nous marchons rapidement sous la pluie battante et traversons la route. Nous arrivons finalement dans le magasin sorcier qui nous accueil dans un chaleureux décor. Un grand tapis marron et orange s'étend du début jusqu'à la fin de la pièce, un lustre de ceux qu'on trouve dans les manoirs illumine fièrement le magasin et le papier peint est d'un beige doux et accueillant. Je salue le vendeur, un vieux monsieur que j'aime bien et Eric et moi marchons dans les étroites allées du petit magasin. Nous choisissons plusieurs genre de feux d'artifices – Lex adore ça – et tout ce dont nous avons besoin pour organiser une fête surprise : couverts et assiettes en plastique qui changent du couleur à volonté, des ballons que l'on gonfle sans qu'ils n'explosent jamais, toutes sortes de banderoles qui bougent toutes seules et plein d'autres choses de ce style. Nous nous dirigeons vers la caisse les bras chargés et déposons le tout sur la table. Je vois de petits feux d'artifices près de la caisse.
- Elles font quoi de spécial ? Je demande au vendeur.
- Ah celle-là éclatent en formant le nom de la personne que vous avez choisi, me renseigne-t-il. Il faut donner un coup de baguette sur le feu d'artifice en pensant au nom que vous voulez.
- Cool ! Je vais en prendre deux, j'aimerai en tester un maintenant si ça ne vous dérange pas.
- Absolument pas, miss Weasley, répond-t-il en m'en tendant une.
Je lui souris et lui paye avant de dire à Eric que je vais l'essayer dehors. Il me dit qu'il préfère m'attendre ici, au chaud. J'acquiesce et sors du magasin, mon feu d'artifice sous ma veste. Je me mets au sec, sous un immeuble en travaux mal éclairé et sors mon feu d'artifice. Quelques voitures bruyantes passent et me dérange. Je fronce des sourcils, pas foutues de faire moins de bruit ! Je baisse le regard vers le petit objet dans ma main, donne un coup de baguette comme me la dit le vendeur et pense à Lex. D'un incendio, j'allume la petite ficelle et pose le tout par terre. Quand la mèche se consume entièrement, le feu d'artifice vole d'un mètre tout au plus et explose en formant « Alexandra ». C'est vraiment joli. Les lettres dorées restent suspendues dans l'air pendant quelques secondes et finissent par disparaitre. J'adore ! La pluie ne cesse de tomber, en martelant fortement la petite bâtisse dans laquelle je me suis refugiée. J'ai horriblement froid, surtout depuis que l'eau a réussie à s'infiltrer dans mon pantalon. Je soupire et un petit nuage de fumée s'échappe de ma bouche. Saleté de temps qui n'arrête pas d'empirer ! Je referme mes bras sur moi et me frotte les mains avec énergie. Je m'apprête à retourner dans le magasin quand je vois une petite silhouette de l'autre côté de la route. Je plisse des yeux, la route est vraiment mal éclairée, et à cause de cette pluie, je n'y vois rien. Je me concentre et aperçois une petite silhouette avec des cheveux roux coupés courts. Ginger ! Mais qu'est-ce qu'elle fait hors de la maison ! Elle avance, elle va traverser la route.
- RESTES OU TU ES GINGER, N'AVANCES PAS ! Je hurle de toutes mes forces.
Mais le petit corps continue d'avancer. J'aperçois une voiture au loin qui roule très vite arriver dangereusement vers nous.
- GIN' NE TRAVERSES PAS ! Je m'écris les larmes aux yeux.
Mais la pluie trop puissante couvre le son de ma voix. Ginger va traverser la route alors qu'une voiture va l'écraser ! Je suis morte de peur je ne sais pas quoi faire. Je suis impuissante.
- AMELIE, NE BOUGE PLUS ! Je lui cris en pleurant.
Je n'arrive pas à avancer. Je suis paralysée. J'ai trop peur. J'ai peur de ce qui va se passer. La voiture arrive à toute vitesse et Gin' est au beau milieu de la route. Je lance un regard à la maison, les lumières sont allumées. D'ici je n'arrive pas à voir correctement, tout est trop sombre, mais j'arrive à discerner une petite silhouette au travers de la fenêtre qui se tient devant le frigo. Ginger. Je tourne un regard paniquée sur la route : Ginger est toujours en face de moi. Soudain, un déclic se fait dans ma tête. Je sors ma baguette, et avant que la voiture ne heurte le corps de Gin' je m'écris :
- RIDICULUS !
Ginger arrête la voiture d'une main, comme si elle était superpuissante. La voiture qui a maintenant des émotions, prend peur et Ginger se met à courir derrière elle en faisant toutes sortes de grimaces. C'est la seule chose de comique à laquelle j'ai pu penser. Au moins l'épouvantard est parti. Je me laisse tomber à terre et me mets à pleurer. Mes larmes accompagnent le rythme claquant et régulier de la pluie. J'ai eu si peur. C'est comme ça qu'Eric, qui s'était inquiété pour moi, me retrouve sur le trottoir, sous la pluie. Il lâche immédiatement tous les sacs qu'il porte en voyant l'état dans lequel je suis. Il me réconforte avec des paroles douces et me frotte gentiment le dos. J'essaye de lui expliquer ce qu'il s'est passé, mais même moi je ne me comprends pas ce que je dis tellement je hoquète. Au bout de quelques minutes, je me calme un peu. Entre plusieurs sanglots, je lui explique qu'un épouvantard avait prit la forme de Ginger et qu'elle allait mourir sous mes yeux. Eric me prend dans ses bras et me dit que ce n'était qu'une illusion, que Ginger va bien et qu'elle est au chaud dans la maison. D'habitude il l'aurait appelée Amélie, mais il l'a appelée Ginger. Je n'arrive pas à sourire, et ne me force pas, mais je le remercie du fond du cœur. Il me frotte gentiment la tête et me répond qu'il n'y a pas de quoi. Il me sèche mes larmes et me demande si je suis capable de marcher. Je hoche de la tête, incapable de prononcer un mot de plus et il prend les sacs d'une main en me soutenant de l'autre. Je lui en suis reconnaissante et marche près de lui. Je tremble légèrement et la scène de l'épouvantard ne cesse de repasser devant moi. Je n'ai conscience de rien à part le contraste entre la main chaude d'Eric m'aidant à marcher avec le froid infernal d'aujourd'hui. Nous sommes devant la maison. Il prend les clés de la poche de ma veste et ouvre la porte. Je suis encore sous le choc, je n'arrive pas à bouger correctement. Il me prend la main, me sourit et me guide jusque dans le salon. Et là, je vois Ginger, endormie devant la télévision allumée. Je n'arrive pas à retenir les larmes qui coulent sur mes joues encore une fois et je me précipite vers elle. Mon petit ange est allongé de tout son long sur le canapé. Je la prends délicatement dans mes bras, pose sa tête sur mon épaule, ferme les yeux et la serre contre moi. Je la berce doucement, tout en humant son parfum que je ne connais que trop bien : la fraise, parce qu'elle adore cette odeur. J'arrive à sentir sa respiration lente et régulière sur ma nuque : elle est bien vivante. Je souris et reste une vingtaine de secondes comme ça, à la bercer tendrement. Je rouvre les yeux et remercie Eric du regard. Il s'approche, embrasse mon front et transplane avec les sacs. Je regarde Gin' elle est toujours endormie. Je la porte avec toute la douceur du monde et vais dans sa chambre. Je la pose sur son lit et lui embrasse affectueusement ses cheveux qui sentent la fraise. Je lui souris et ferme la porte derrière moi, avant d'aller me coucher à mon tour.
