Tomas
- « Bonjour... »
Je lève la tête de mon bol de céréales et pose rapidement ma main sur ma bouche pour ne pas recracher mon lait. Mon père marche comme un zombie jusqu'au frigo et sort la pinte de lait pour se faire un café. Lucas et moi le regardons opérer, comme fascinés.
- « Bien dormi les garçons? »
- « Un peu serrés mais on a survécu... et toi? »
- « J'ai un sale mal de crâne... »
J'aime comment il nous fait la conversation alors qu'il donne l'impression de se foutre grave de nous, concentré sur son café.
- « Vous buvez de l'alcool, parfois? »
- « Euh... à l'occasion, pourquoi? »
- « Parce que c'est pas toujours la joie » souffle-t-il en se laissant tomber sur une chaise pour s'assoir à table avec nous.
- « Mais de quel père débauché ai-je hérité!? » je blague.
- « Pff... débauché. »
Lucas et moi déjeunons silencieusement afin de laisser mon père récupérer un peu. En même temps, ayant très peu dormi, je suis pas très bavard, ce matin. Et Lucas s'endort à moitié dans ses céréales.
- « Vous m'avez fait chier cette nuit, hein? »
Lucas s'étouffe en buvant son lait, surpris par les propos de mon père. J'avoue que ça me surprend aussi... J'avais peur qu'en fait il soit fâché mais apparemment, il a pris la chose avec humour, hier soir.
- « C'était la fatigue je pense. Dis, on n'aurait pas genre un deuxième matelas, pour Lucas? Parce que bien franchement, on est moyen confo, à deux dans un lit simple. »
- « Ah, c'pour ça que vous avez dormi ensemble… j'croyais que vous vous aimiez beaucoup, mais Tomas, le canapé fait aussi un lit » dit-il en baillant.
- « Avoir su! »
Lucas se cogne la tête contre la table, exaspéré. La nuit a été plutôt dure, pour lui. Je l'ai pourtant prévenu qu'on allait devoir se serrer mais lui, il était tellement concentré sur le fait que je puisse éventuellement être en manque de sexe qu'il avait peur que je sois désespéré au point de me soulager avec lui. Mais non merci.
- « Vous avez prévu de faire quoi aujourd'hui? »
Je hausse les épaules.
- « J'en sais trop rien, et toi? »
- « Je récupère! »
- « Tu m'étonnes. »
Il rigole faiblement et se lève au son de la bouilloire pour terminer son café. Je tourne la tête vers Lucas avec l'intention de lui demander ce qu'il aimerait faire de sa journée, mais il est knock out. Bon, on verra plus tard.
Bill
Argh. Quoi de plus désagréable que de se faire réveiller en se faisant souffler dans l'oreille? Sabine a l'air de trouver ça bien sexy mais moi, ça me dérange gravement. Je la repousse rapidement et m'enfouis la tête sous l'oreiller dans l'espoir de m'en sauver.
- « T'es chiant » soupire-t-elle.
- « Laisse-moi dormir. »
- « Non mais je dois partir, là. Donc toi aussi... »
Je souffle bruyamment et lance l'oreiller par terre. Chiante cette fille, j'aurais mieux fait de dormir dans le parc d'en face tiens!
- « Putain il est quelle heure, là? »
- « 9h15. »
Je la tue au moins douze fois dans ma tête.
- « C'est quoi ton problème? Tu me réveilles à deux heures du mat' pour que je te baise, limite tu me viole et là tu m'obliges à me lever à neuf heures! J'espère qu'au moins tu me payes le bus! »
- « Euh... excuse-moi. J'ai pas de monnaie sur moi. Appelle ton frère pour qu'il vienne te chercher? »
- « J'lui parle plus à lui. »
- « Oh ... Je vais essayer de trouver quelques pièces, alors. »
- « De toute façon, si t'en trouves pas... Je campe ici. »
Elle lève les yeux au ciel avant de quitter la pièce. Je me rendors, tout simplement.
- « Bill! »
Elle me secoue.
- « Arrête ça, borldel » je grogne.
- « Désolée, j'ai trouvé la monnaie, pour ton bus. »
- « Mon bus? Ah... oui. Tu me vires de chez toi, donne-moi cinquante cents de plus s'il te plaît. »
- « Eh? Pourquoi? »
- « Ça te regarde pas. »
- « Rien ne me regarde jamais avec toi, Bill » soupire-t-elle.
- « Mhm mhm. »
Je me vois déjà, mon paquet de bonbons en mains. Je lui souris niaisement. Elle souffle, fait un aller-retour dans son sac - que je trouve bien laid, d'ailleurs - et me tend un dollar. Elle n'est peut-être pas si inutile, finalement. Je m'apprête à attraper l'argent.
- « Eh eh eh, non, Bill. Ça marche pas comme ça! »
Son sourire s'agrandit et plus je m'approche, plus elle se recule.
- « Tu veux du sexe? » je lâche, blasé.
- « Wow Bill, t'as l'air tellement enthousiaste. Je n'ai plus envie, ni d'avoir du sexe, ni de te donner mon dollar. »
La salope.
Je pioche une poignée de gummibears dans mon paquet, attendant désespérément le bus. J'ai juste hâte de rentrer chez moi et de dormir, cette cochonne de Sabine m'a épuisé. Lui donner du sexe pour un dollar, qu'est-ce que j'ferais pas pour des bonbons? J'ai l'impression que ça fait une éternité que j'attends ce foutu bus. Ouais, sans portable, ça paraît toujours plus long.
Tomas
- « TOMAS! Une servietteeeeee? Où elles sont tes serviettes? J'suis à poil là! »
Le truc c'est que j'ai jamais vraiment fait attention à l'emplacement des serviettes. Mon père m'en a donné une, j'ai pas cherché plus loin. Et présentement papa est de sortie.
- « TOM PUTAIN! JE ME CAILLE LE CUL, LAAAA! »
- « ATTENDS, JE CHERCHE! »
- « FUCK! »
Je vois Lucas débarquer dans ma chambre, trempé et surtout, nu.
- « MEC MAIS CACHE MOI ÇA! » je lance, choqué, avant de détourner le regard, trouvant désormais les murs roses de ma chambre très intéressants.
- « Rooooh fait pas ton coincé Tomas on est entre mecs! »
Je le regarde et rougis.
- « Se pourrait-il que je te fasse de l'effet? » se moque-t-il.
Cette simple remarque, et la posture purement gay qu'il a adoptée pour parler nous entraîne dans un fou rire incontrôlable. Cinq minutes plus tard, nous somme calmés et Lucas est allongé en étoile sur mon lit, toujours nu.
- « Tu fais quoi là, Lucas? »
- « Je me fais sécher. »
Je rigole légèrement puis un léger silence s'installe.
- « Alors, on fait quoi aujourd'hui? » demande-t-il après un moment.
- « Je sais pas. »
- « Tomaaaas! T'aurais pu prévoir quelque chose, sérieux. »
- « Je connais pas cette ville, moi. »
- « Super. »
- « Eh... j'ai une idée, attends! »
Je le laisse, perplexe. Et m'en vais chercher mon téléphone, je compose le numéro d'Alexis, comme une dernière chance. Il répond à la quatrième sonnerie, histoire de me mettre un peu plus la pression.
- « Alexis? »
- « Oh Tomaaas? Comment tu vas? »
- « Bien et toi? »
- « Bien. »
- « En fait ... je t'appelle parce que j'ai rien à faire. »
- « Sympa! »
Je réalise que ma phrase était merdique.
- « Enfin non je veux dire, je suis avec Lucas ... tu sais, et on sait pas quoi faire à Manhattan! » je me rattrape, gêné.
- « J'avais compris. »
Je l'entends rigoler et je me sens légèrement con.
- « Je travaille, là. Vous avez qu'à passer vers dix-huit heures, tout le monde sera là, tu nous présenteras ce fameux Lucas! »
- « Mh, ok, ça marche. À toutes! »
- « Ciao tutti. »
Je raccroche et ne cherche pas à comprendre. Je suis content d'avoir trouvé une occupation, et légèrement anxieux de devoir présenter mes nouveaux amis à Lucas, vu comment il a réagi avec Bill hier soir. Je me retourne vers lui, histoire de lui annoncer que je nous ai trouvé quelque chose à faire et constate qu'il avait commencé à se rouler dans mes couvertures. Toujours à poil, je précise.
- « J'espère que tu t'es bien lavé PARTOUT, sous la douche. »
Il se relève et me fixe, écarquille les yeux.
- « Pourquoi? »
Juste comme ça.
Bill
Je descends enfin du bus et m'arrête sur le trottoir. Le soleil est bien présent, ce matin. À moins que ce ne soit qu'un agace soleil de début de journée et qu'il disparaisse d'ici une heure, puis qu'il se mette à pleuvoir. Typique de dame nature, ça.
- « Excusez-moi » me lance une vieille en me bousculant sauvagement.
Pff, ces vieux! Ça se croit tout permis. Je me bouge le cul et me décide à longer la rue pour me rendre à mon immeuble. J'espère que Jéjé travaille, aujourd'hui. En même temps, pourquoi est-ce qu'il travaillerait un samedi? Bon, l'espoir fait vivre. Je n'ai pas envie de le voir. Je n'ai pas envie de l'entendre encore marmonner contre moi comme si j'étais sourd et que j'l'entendais pas se dire que je suis le pire petit frère du monde.
Après avoir grimpé ces foutus escaliers – panne d'ascenseur, tu me tueras – je me traîne lâchement jusqu'au 310 (c'est pas parce que vous connaissez mon numéro d'appart' que vous êtes obligé de venir me violer) et tourne lentement la poignée de porte en espérant qu'elle se bloque et que je sois obligé de sortir mes clés pour entrer chez moi.
Suspens.
La porte s'ouvre. Fuck.
Apparemment, je suis arrivé au bon moment car mon frère est sous la douche. J'ai eu le temps de me faufiler silencieusement dans ma chambre. J'ai refermé la porte, laissé mes rideaux fermés et j'ai pas allumé la lumière. Comme ça, je suis incognito.
Je me lance sur mon lit à la recherche de mon fichu téléphone portable. Plus jamais, jamais, j'veux passer une soirée sans lui. En voulant voir si j'ai reçu des sms (yoyons, je me dois d'être honnête envers moi-même : j'en ai reçu, c'est clair) je constate que ma batterie est morte. Argh. Elle est fichue, cette batterie, elle a certainement atteint sa durée de vie la plus longue.
Pour trouver mon chargeur, j'ai pas le choix d'allumer la lumière. Bon, voyons voir. J'attrape ma couette et la secoue dans tous les sens. Une petite culotte lilas ainsi qu'un paquet de bonbon récemment égaré en ressortent, mais pas ce que je cherche. Peut-être sous le lit, ne sait-on jamais!
Je grimpe sur mon matelas et, tête en bas, je commence à fouiller. C'est l'instant que mon frère choisit pour sortir de la douche et se balader en serviette dans le couloir. Évidemment, il capte aussitôt la lumière qui filtre sous ma porte, et mes cris d'émerveillement à chaque objet nouvellement retrouvé. Il défonce presque la porte de ma chambre, déclenchant la panique générale.
- « HAAAA HA! TE VOILÀ! »
- « Tu pourrais frapper comme toute personne sensée, non? »
- « Non. »
Je me redresse péniblement et m'allonge sur mon lit, penaud, tandis qu'il reste planté devant moi, les bras croisés sur son torse pour un semblant d'autorité et sa serviette qui commence dangereusement à se barrer de ses hanches. Je devrais l'avertir.
- « Tu sens pas comme un léger courant d'air? Le fond de l'air est frais, aujourd'hui. »
- « Bill » dit-il durement.
Je me renfrogne, m'enfonçant dans mon oreiller.
- « Où t'as passé la nuit? »
- « Que tu oses me demander après m'avoir abandonné dans un parking! »
- « Je me suis dit que de toutes façons, tu avais ton portable et que tu m'appellerais certainement en pleurant pour que je revienne te chercher. »
- « Tu l'aurais même pas fait » je soupire.
Il hausse les épaules. Il me semble que c'est clair, comme réponse. Puis merde, c'est moi qui dois se plaindre ici! J'ai été victime d'un sérieux abandon. J'aurais très bien pu être attaqué, il aurait pu m'arriver n'importe quoi. J'ai pas à me faire réprimander pour avoir survécu. On s'entend?
- « T'es un mauvais frère » je lui lâche.
- « Pardon? » s'offusque-t-il.
- « Je me serais fait kidnappé hier soir tu t'en serais même pas rendue compte! Je l'avais pas, mon portable. J'ai du me débrouiller tout seul. »
Il fixe un court instant. Son visage démontre une nouvelle expression totalement indéchiffrable.
- « Wow… félicitations, Bill! C'est ce que je me tue à t'apprendre depuis tant de temps! »
Je fronce les sourcils, profondément vexé.
- « Va te faire foutre. »
Il fronce à son tour les sourcils, et nous voilà en plein duel oculaire. J'peux malheureusement pas l'entendre penser mais d'après moi, ce qui se trame présentement dans cette tête, ce sont des plans machiavéliques pour me pourrir encore plus l'existence. Il abandonne le premier, clignant des yeux, mais décroise aussi les bras et s'avance vers moi. Je serre inconsciemment mon téléphone contre moi. Intuition comme ceci.
- « Donne-moi ça. »
M'voyez. Je secoue vivement la tête.
- « Non. Ne le mêle pas à ça! »
- « C'est un fichu téléphone portable, espèce de demeuré. »
Ce fichu téléphone portable, je le glisse rapidement dans mon pantalon, persuadé qu'il n'ira pas jusque-là.
- « Viens le chercher » je lui lance, le défiant à nouveau du regard.
Mais il soupire et commence à se pencher sur moi.
- « Bill, t'es mon petit frère. J'ai déjà changé tes couches et tes couilles je l'ai vues et touchées des centaines de fois. Ça me gêne franchement pas d'aller fouiller là. »
- « PERVERS. »
Voyant qu'il tend la main vers moi, je le repousse brusquement et reprend moi-même mon téléphone, le lui balançant presqu'en pleine tronche, dégouté. Surpris, il se recule et il tombe sur mon lit. Jeremy se penche pour prendre un t-shirt qui trainait par terre et s'en sert pour prendre mon téléphone.
- « T'es pathétique. T'étais prêt à te plonger la main dans mon boxer mais là, tu fais des caprices. »
- « Crois-tu vraiment que je t'ai déjà touché les couilles? » soupire-t-il. « Bon, t'es puni. Plus de ça jusqu'à ce que je le décide. Et aujourd'hui tu sors pas. Range-moi ce bordel une bonne fois pour toutes. »
- « Mais… »
- « Ta gueule. Tu m'écoutes, parce que ça va vraiment chier. »
- « MEURS. »
Il prend bien soin d'éteindre la lumière avant de claquer la porte, me laissant seul dans mon désespoir. Je me lève pour allumer ma lumière mais pose malencontreusement le pied sur quelque chose de très désagréable.
- « FUUUUCK. »
- « Ta gueule! »
Oh lui! Je me laisse tomber par terre, me tenant le pied victime d'agression d'objet maléfique et découvre rapidement de quoi il s'agit. Cette merde de chargeur de téléphone. Pourquoi est-ce que tu réapparais MAINTENANT, salope? Fuck ma vie, quoi.
Tomas
- « Tom? Comment ils sont, ces gens? »
- « Bah, c'est des gens, comme toi et moi. »
- « Non, ils viennent de Manhattan. »
- « Ils sont comme Bill, alors » je lance, désespéré.
Léger blanc.
- « Tom? »
- « Hm. »
- Ils sont vraiment tous comme Bill? Parce que, il est spécial, quand même.
- « Comment ça, spécial? »
- « Bah ... J'ai réfléchis, enroulé dans ta couette. Je pense que Bill est homosexuel! »
Blanc puissant.
J'éclate de rire, Lucas est insensé. C'est toujours pareil avec lui, il me sort ces espèces de conclusions dont il est sûr alors que c'est fondé sur de la merde.
- « Tom, je sais ce que tu penses »
Il sourit et saute de mon lit pour me rejoindre par terre - ouais j'aime bien m'assoir par terre. Et puis de toute façon, à deux dans ce lit, je suis traumatisé. Il s'assoit en tailleur devant moi, serrant un de mes coussins contre son torse.
- « Ah? Qu'est-ce que je pense alors? » je le nargue.
- « Que je pars encore dans un de mes délires. Mais j'ai des preuves, cette fois. »
- « Je t'écoute Sherlock! »
- « Eh! Te moque pas! »
Il m'assène un coup de coussin, je rigole et fait mine de l'écouter sérieusement.
- « OK, je dois te prouver que ce mec est gay... euh. »
Je me retiens franchement d'exploser de rire, ça se voit que Lucas ne voit pas Bill tous les jours.
- « Tom, je te vois, je sais que tu ne me prends pas au sérieux! »
- « Sisisisisisi, continues! »
- « Mh... Bah, tu l'as vu? Il est trop parfait, ses cheveux sont trop bien coiffés. Et puis la fille qu'il baise, là… Il l'aime pas, alors il fait juste ça pour prouver qu'il est pas gay. »
Wow. Il va chercher ça assez loin.
- « Ça s'explique pas, il l'est pas, c'est tout. Tu le juges trop vite et trop mal, là. »
Lucas sait très bien que j'ai horreur de ça. Je juge pas les gens, leur apparences, leurs préférence sexuelles ou autres. Ça s'fait juste pas.
- « Et puis » je rajoute « si ça te perturbe tant que ça, tu n'auras qu'à lui demander ce soir. »
- « ÇA VA PAS! Je pourrais pas faire ça, de toute façon. Laisse tomber. Je te dis juste que ça se sent, ces choses-là. »
- « Bah oui, bien sûr tu as un don, tu reconnais les homosexuels. »
- « TA GUEULE! »
Je rigole et il se jette littéralement sur moi, me donnant au moins dix coups de coussin à la seconde. Cinq minutes plus tard nous sommes à bout de souffle allongés sur le sol, un grand sourire aux lèvres. Je l'aime quand même, mon Lucas.
- « Bon, on bouge! » s'excite-t-il.
- « Pour faire quoi? » je souffle en me penchant sur mon lit, rassemblant mes couvertures pour les replacer correctement.
- « Pour faire quelque chose… il fait super beau dehors, on va tout de même pas rester enfermés. Magne ton cul, je t'attends sur le perron! » m'annonce-t-il en partant en coup de vent.
Message reçu.
C'est Lucas qui me traîne de force dans les rues, pendant que je me concentre sur le trajet qu'on prend, histoire de pas se perdre. Il est ultra motivé. Il m'a rien dit mais d'après moi, il est présentement à la recherche d'une copine. Je vais lui présenter la deuxième Carsy et avec de la chance, ils vont bien s'entendre. J'ai hâte qu'il se décoince un peu avec les filles.
- « Où tu vas? » je soupire.
Sans s'arrêter, il se tourne vers moi et me fait signe d'avancer.
- « Tu traînes un peu, hein. »
Et ce qui se doit d'arriver comme il ne regarde pas devant lui, arrive tout simplement. Il fait un violent face à face avec une jolie demoiselle aux longs cheveux bruns, simplement vêtue d'un courte robe soleil, qui recule d'au moins un mètre, très surprise.
- « Regarde où tu vas, idiot! » lui crache-t-elle, furieuse.
Je constate que le cappuccino qu'elle tenait en main s'est à moitié déversé sur elle et je comprends rapidement ses raisons d'être hystérique.
- « Je suis profondément désolé » bafouille-t-il difficilement.
Je ris subtilement et décide de m'en mêler avant qu'il n'empire la situation, m'avançant vers eux.
- « Excuse-le. Il était légèrement pressé. Tu veux qu'on t'en repaie un? »
Elle fronce doucement le nez et fait mine de réfléchir avant de finalement, secouer négativement la tête.
- « Non, c'est bon » déclare-t-elle en le balançant adroitement dans la poubelle à quelques mètres de nous. « Merci quand même, c'est gentil. Vous m'excuserez… »
Puis elle trace rapidement la route, disparaissant au premier coin de rue. Je remarque le regard insistant que posait Lucas sur ses hanches et le secoue brusquement pour le faire redescendre sur terre. Il grogne légèrement contre moi et me pousse, reprenant rapidement la route, mine de rien.
- « Pourquoi tu l'as pas abordée plus que ça? » je lui demande, curieux.
- « Peut-être parce que je venais de la transformer en cappuccino géant? »
Je soupire.
- « Avec les bons mots t'aurais pu engager la conversation. »
- « D'accord, d'accord… je le saurai pour la prochaine fois. Trouvons une crémerie. J'ai envie d'une glace! »
Je vais faire comme si j'avais pas remarqué son changement direct de sujet causé par la gêne, et l'aider tout simplement dans sa recherche de crémerie. En même temps, je vais me familiariser un peu avec le quartier. Quelle magnifique journée avons-nous devant nous!
Bill
J'aurais dû rester couché moi, ce matin. Je pensais pouvoir me sauver facilement de chez moi, mais Jeremy monte la garde devant ma chambre, s'assurant que je ne décampe pas et que je m'attaque bien à la méchante tâche qu'est de ranger ma chambre de fond en comble.
Présentement, je suis en pause. Je m'accorde raisonnablement des pauses de quinze minutes à toutes les demi-heures. Accoudé à ma fenêtre, je regarde les gens passer sur le trottoir. Juste devant notre immeuble se tient le cimetière. C'est morbide, je vous l'accorde. Mais tant que des esprits ne viennent pas me perturber durant mon sommeil, ça m'est égal. C'est paisible, comme coin.
- « Bill? »
Tiens, Jeremy qui fait sa ronde.
- « Quoi? » je marmonne.
- « Je t'entends pas. Tu fais quoi? »
- « Je suis en pause. »
Je l'entends soupirer. La poignée de porte de ma chambre se déclenche doucement, mais la sonnerie du téléphone stoppe l'activité et j'entends mon frère s'éloigner pour aller répondre. Bon, faudrait peut-être que je m'y remette avant qu'il ne revienne. Je suis persuadé qu'il ne sera pas du même avis que moi, pour les pauses.
Il débarque dans ma chambre et me découvre pendant que j'fais sagement mon lit. En fait, je fais semblant. C'est la première chose que j'ai trouvé à faire pour ranger un peu. Je tapote légèrement mes oreillers, levant la tête vers lui. Il tend le bras vers moi, tenant le téléphone dans sa main, semblant vouloir que je le prenne.
- « Quoi? »
- « C'est pour toi, idiot. »
- « Ah, je suis puni de téléphone, rappelle-toi. »
- « De téléphone portable » soupire-t-il. « C'est Alexis, il insiste. »
- « LILOU! »
Je lui arrache le téléphone des mains et me balance sur mon lit, m'installant confortablement pour lui parler. En portant le combiné à mon oreille, je remarque mon frère toujours planté devant mon lit, qui me fixe.
- « Eh, dégage. »
- « Bill » fait-il avec sa grosse voix.
- « S'il te plaiiiiit. »
Il secoue tristement la tête avant d'enfin quitter ma chambre, sans bien sûr fermer la porte pour probablement écouter ce que je dis. M'enfin… je ne lui cache rien. Donc je m'en fiche pas mal.
- « Alexis! » je réponds enfin.
- « Bonjour demeuré! Alors ça va? Tu réponds pas aux sms? »
Je soupire.
- « Il m'est arrivé toute une aventure hier soir, faudra que je te raconte. Le plus important est que j'avais oublié mon portable chez moi. C'tait l'enfer. Et… je t'ai appelé! Avec le téléphone de Tomas, t'as pas répondu. J'ai appelé chez toi aussi, t'étais pas là. Qu'est-ce que tu faisais? Tu t'envoyais en l'air? »
- « Ça va, tu me laisses en placer une? » rigole-t-il après mon monologue.
- « Excuse-moi, je suis enfermé, je deviens dingue. »
- « Enfermé? Explique-toi. »
- « Mon frère me détient pour une raison stupide. Je suis puni, il m'a enlevé mon portable et en plus, ma batterie est morte. Donc oublie, pour les sms. »
- « Ah… t'es puni jusqu'à quand? »
- « Aucune idée. Pourquoi? Tu voulais me voir? »
- « Mh. En fait, Tomas m'a appelé tout à l'heure, Lucas et lui savaient pas quoi faire donc je les ai invités à venir au resto ce soir et comme j'avais pas de nouvelles de toi, je voulais savoir si tu venais aussi… »
Argh. Des bons burgers avec mes copains… J'hésite pendant un instant, faisant s'impatienter Lilou à l'autre bout de la ligne. Je vais quand même pas être enfermé toute la journée? Faut que je me libère.
- « D'accord. Je vais essayer de convaincre mon gardien de prison… si je suis pas là, ma sentence n'est pas terminée. À quelle heure? »
- « Vers dix-huit heures mon chou. »
- « C'est bon. »
- « J'dois te laisser, ma pause est terminée. »
- « Mh, la mienne aussi. À ce soir p'tete! »
- « Ciao. »
Je raccroche et m'affale comme une merde. Maintenant, faut que je trouve un moyen de convaincre Jeremy de me laisser sortir, j'ai envie de revoir Tomas et son petit Lucas.
- « N'y pense même pas » souffle Jeremy en entrant dans ma chambre pour reprendre le téléphone.
- « Mais… »
Il me coupe la parole en claquant la porte. Sympa. Bill, réfléchit. J'vais devoir l'amadouer, celui-là!
J'ouvre la porte le plus doucement possible, aux aguets. Ça doit faire environ une heure que j'l'ai pas vu dans le coin et je me demande bien ce qu'il trame. Je crois qu'on a manigancé chacun de notre côté. Enfin, moi, j'ai fait que le ménage de ma chambre. En gros, j'ai pas trop cherché à savoir si tous les vêtements qui trainaient par terre étaient vraiment sales et je les ai fichus dans le panier. J'ai remis quelques trucs sous mon lit et le reste, je l'ai fait rentrer dans mon placard. Impeccable. Avec ça, il va me relâcher.
En longeant silencieusement le couloir, je tombe face à face avec lui. Il lève lentement la tête vers moi et soupire, m'agrippant par le bras pour me trainer avec lui jusqu'à ma chambre. Jéjé c'est genre il me soulève avec son petit doigt et pourtant, je me suis toujours demandé où ils se cachaient, ces muscles!
- « Est-ce que je t'ai dit que tu pouvais sortir de ta chambre? » grogne-t-il en ouvrant la porte d'un coup de pied, découragé.
- « Non, mais tu m'as pas dit que je devais y rester, non plus » je dis, fier de moi.
- « Il me semble que le message était assez clair. »
- « Maaaaais! Regarde, j'ai tout rangé. »
Il entre avec moi dans ma chambre et jette un rapide coup d'œil circulaire à la pièce. Puis hausse un sourcil. Bon… Je savais qu'il s'en rendrait vite compte. Il s'avance vers mon placard et l'ouvre brusquement. Une pile d'objets et de vêtements lui tombe sur les pieds. Il laisse le tout par terre et se rend vers mon lit. Il se penche pour voir dessous et soupire.
- « Est-ce que t'essaies vraiment de me faire gober tout ça? »
- « Moi, je pense que tant que c'est joli en apparence, on s'en fiche. Avant que tu n'ouvres mon placard, tout avait l'air très propre! »
- « Recommence et cette fois-ci, range pour vrai. »
J'allais protester, mais il me couvre rapidement la bouche avec sa main.
- « Et arrête de faire le bébé, s'il te plait. »
Puis il s'en va. Me laissant planté comme un con dans ma chambre, mon bordel découvert. Je me sens à nu. Il y a des jours comme ça, ou je déteste mon frère. Je peux pas me résoudre à ranger tout ça. C'est des mois et des mois de bordel, je m'y suis attaché, quand même. Et puis j'ai surtout la flemme.
Je m'allonge en croix sur mon lit et réfléchis. Je dois trouver un plan, une diversion, j'en sais rien. Je reste comme ça pendant dix minutes, à réfléchir sans rien trouver. J'ai plus de portable, ça complique tout. Bon, ça ne sert à rien de se compliquer la vie, je vais tenter de le convaincre verbalement.
Je quitte ma cellule et me rend au salon mais étonnement, il n'est pas là. Ah bon… En me rendant dans sa chambre, le téléphone se met encore à sonner. Jamais on ne peut avoir la paix ici! Je retourne dans le salon en râlant et décroche, de très mauvaise humeur.
- « Ouais? »
- « L'agréable petit frère! » s'exclame une voix que je ne reconnais pas tout de suite.
- « Ouais qui c'est? »
- « C'Noah. Alors qu'est-ce qu'il t'a fait pour que tu sois en rogne? »
- « Je suis puni, privé de sortie et de téléphone, je le hais. Tu veux lui parler? »
- « S'il te plait » soupire-t-il.
Et je sais même pas ce qu'il fout… Je longe l'appart' avec le téléphone à la main, à la recherche de Jeremy. La porte de la salle de bain étant fermée, je conclus que c'est là qu'il se trouve et je frappe dessus comme un déchainé.
- « TU VEUX QUOI!? » s'énerve-t-il rapidement.
- « Téléphone pour toi. C'est Noah. »
- « Oui ben attends deux secondes… »
Je reprends le téléphone pour préciser à Noah qu'il doit patienter.
- « Jeremy est au p'tit coin, ça devrait pas être très long je crois qu'il est enfermé là depuis un moment déjà et… »
- « BILL! »
Il sort rapidement de la salle de bain, le pantalon aux genoux et s'empare méchamment du téléphone, les sourcils froncés et me pointe du doigt.
- « Ça va pas de dire des conneries à tout le monde? J'vais te faire chier moi quand tes copains vont t'appeler » marmonne-t-il en partant s'enfermer dans sa chambre.
- « Oh, mais c'est l'agréable grand frère de Bill! » je grogne pour moi-même, allant à mon tour m'enfermer dans ma chambre.
Je m'assois sur le bout de mon lit, les bras croisés et fixe le mur devant moi. Je. Le. Hais. Mis à part me faire chier, il fait pas grand-chose ces temps-ci! Ne fais pas ci, ne fais pas ça… t'es privé de ci, t'es privé de ça… Je vais lui en foutre moi, des punitions pour le plaisir! Et pendant que monsieur papote au téléphone, moi, je suis confiné dans cette pièce pourrie à me faire gravement chier.
Mais… une petite minute…
Je me redresse vivement et me dirige vers ma porte pour écouter ce qui mon frère dit – et aussi pour analyser la situation. Je l'entends rigoler, il a l'air à fond dans sa conversation. J'fugue et il s'en rend même pas compte, je parie.
Je prends rapidement une veste au hasard, qui git dans la pile de vêtements tombés de mon placard, mon portefeuille et mes clés (normalement j'aurais aussi pris mon portable MAIS BON). J'ouvre doucement la porte de ma chambre qui, naturellement, grince comme pas permis et ne la referme pas complètement. J'veux pas prendre trop de risques non plus.
Je traverse le couloir sur la pointe des pieds et m'arrête au salon, jetant un coup d'œil à la table basse, sachant que mon frère y laisse toujours de l'argent. Soit il est trop con pour avoir remarqué qu'elle disparaissait toujours, soit… ben il est con, faut pas chercher plus loin.
J'enfile mes chaussures et quitte l'appartement, dévalant les escaliers comme un débile.
- « JE SUIS LIBRE! »
- « Ta gueule! »
Ces vieux…
Tomas
Dans certaines situations, j'ai l'impression que mon meilleur ami est en fait, UNE meilleure amie. Par exemple, je le regarde se changer pour la centième fois. Il veut être parfait pour rencontrer mes nouveaux amis, qu'il m'a dit.
- « Alors à ton avis? Noir ou blanc? »
Je ne réponds pas, dans l'espoir qu'il passe à autre chose. Ça a marché les trois fois précédentes.
- « Tomas? Tu m'écoutes ou pas? »
- « Gris » je lâche désespéré.
- « Je sais pas trop, j'aime bien le t-shirt noir, mais le blanc irait mieux avec l'ensemble... seulement le blanc, bah ça grossit. Et je veux pas que tes nouveaux amis me prennent pour un obèse. »
- « Eh ben, mets du gris » je répète.
- « Mais le gris c'est triste, c'est fade. Et tu me connais je suis pas comme ça, moi. Je veux pas qu'ils se fassent une fausse idée de moi. »
- « Lucas, on s'en fout de tes vêtements. On va au Burger King, pas à Time Square. »
- « Certes, mais je les rencontres pour la première fois. »
Je regarde mon portable et constate qu'il est déjà dix-huit heures. Je souffle.
- « Si tu continues comme ça, tu vas pas les rencontrer du tout. On est déjà en retard. »
Son visage se décompose étrangement, je crains le pire.
- « Dis-moi que c'est pas vrai. TOM? Je peux pas arriver en retard! C'est encore pire que d'y aller habiller en jogging! Vive la première impression! Que vont-ils penser de moi? »
Je soupire, le fixant, malheureusement impuissant face à la situation.
- « Écoute… prends un truc au hasard et… attends, je vais t'aider à trancher, moi. »
Je plonge la main dans son sac de vêtements et empoigne quelque chose qu'il me semble être un t-shirt. Je ressors quelque chose de gris foncé avec des touches de blanc, le lui balançant en pleine tronche. Il prend le t-shirt du bout des doigts et étire les bras pour l'examiner. Je sens qu'il va quand même me faire chier.
- « M'ouais… j'avais dit pas de gris. »
- « OK, ça va. Alors je vais aller voir mes amis tout seul. À plus tard! » je lance en quittant ma chambre.
- « Eh, mais… »
Je ne l'entends pas protester puisque je sors de la maison, décidant de l'attendre sur le perron. Je m'assois sur les marches en béton et appui mes coudes sur mes genoux, posant ma tête contre mes mains. Puis je regarde ce qui se passe dans cette ville. Les piétons sur mon trottoir (oui, j'ai un bout de trottoir à moi, celui devant chez papa, c'est le mien) me regardent, mais me sourient à peine. J'habite presque au coin de la rue, j'ai donc une magnifique vue sur l'avenue passante. C'est chiant. Le soleil commence déjà à songer à se coucher.
- « Putain j'ai cru que tu t'étais poussé » souffle Lucas en claquant la porte d'entrée.
Je me retourne lâchement vers lui et lui adresse un sourire.
- « Je suis pas si con. T'as verrouillé? »
- « Qu'est-ce que j'en sais si j'ai verrouillé moi, je sais pas comment elle fonctionne ta porte » râle-t-il en dévalant les marches, les mains dans les poches.
Je soupire et les remonte pour constater qu'elle n'était pas verrouillée. Je me bats avec pendant que Lucas m'attends sur le trottoir, se retournant au passage de jolies demoiselles. Mais il n'ose pas plus les aborder que tout à l'heure. Lui il va finir sa vie tout seul avec ses quinze chats, s'il continue comme ça!
- « Allez, bouge ton gros cul Tom, on est déjà en retard! »
Ah j'vais l'tuer.
Lucas gambade devant moi pendant que je traîne un peu derrière, gêné. Comment espère-t-il que mes nouveaux amis le trouvent normal s'il débarque comme ça devant eux? Voyant qu'on s'approche du Burger King, je cours vers lui et lui agrippe le bras pour le calmer. Il se débat légèrement avant de tourner la tête vers moi, me fixant méchamment.
- « Calme-toi un peu s'il te plait. »
- « Mais Tom, fais un petit effort, comprends-moi. Je suis stressé. »
- « Pourquoi? Ils sont super normaux. »
- « Mh… est-ce qu'ils sont plus… super normaux que moi? »
Je vois déjà venir la nouvelle crise de jalousie.
- « Comment ça? »
- « Non, laisse tomber. »
Je reste planté sur place, le regardant s'éloigner, toujours en gambadant.
Oh fuck, après tout je l'aime comme il est, Lucas. Je souris et cours pour le rattraper.
Bill
Je dévore littéralement mon hamburger en rigolant avec Lilou. Malpoli je sais, j'ai pas attendu les autres, mais bon. Ça vaut ma journée pourrie. Je suis fier d'avoir déserté. Hm, je serais certainement moins fier ce soir en rentrant chez moi. Enfin, pour le moment, je préfère ne pas y penser.
- « J'ai hâte de le rencontrer ce fameux Lucas » lâche Alexis entre deux crocs - oui on est deux malpolis.
- « Moi je l'ai déjà vu » je dis.
- « Eh? » Il me regarde, choqué.
Je suis envahi par un sentiment de fierté. Oui, il m'en faut peu. Mais rien que de me dire que j'ai rencontré le meilleur ami de Tomas en avant-première, bah ça me plaît. Enfin c'est surtout la tête choqué de Lilou, qui me plaît.
- « Ah, devine! »
Il feinte la réflexion. Après trente secondes de silence il me sort :
- « Bah, j'en sais rien. »
- « Tu m'écoutes jamais, ou quoi!? »
Il regarde en l'air, semblant réfléchir de nouveau.
- « AH! JE SAIS! »
- « Mh? »
- « Hier soir, tu m'as appelé avec le portable de Tomas. J'en déduis que tu étais avec lui, et donc avec Lucas! La question est : que faisais-tu avec eux, HEIN!? »
Je souris, amusé.
- « C'est un secret. »
La tête choquée de Lilou, je vous jure que ça vaut la peine. J'ai bien envie de le laisser ruminer. Il m'adresse un regard insistant tandis que je hausse simplement les épaules, laissant planer le mystère. Ça m'amuse, il faut bien qu'il m'arrive quelque chose d'agréable aujourd'hui!
- « Non sérieux, vous avez fait quoi? »
Je réitère mon haussement d'épaule.
- « Ok... tu me caches un truc? »
- « Qu'est-ce que je pourrais bien te cacher? » je souffle, détournant les yeux, jouant le jeu.
Il finit par laisser tomber. D'après moi il se doute bien que je me fiche un peu de lui. Je lui souris niaisement, m'adossant contre la banquette. Alexis se relève après quelques minutes, s'étirant un peu pour se revigorer avant de reprendre le boulot. Mais alors qu'il était sur le point de m'abandonner cruellement pour retourner en cuisine, je vois Lucas qui entre dans le Burger King en gambadant.
- « Mais c'est quoi ça » marmonne Alexis, sceptique face à ce qu'il voit.
- « C'est Lucas » je lui murmure.
Je remarque qu'il reste perplexe jusqu'à ce que Tomas entre à son tour, l'air embarrassé.
- « Hey les gars! » nous salue-t-il en s'approchant de nous.
- « Hey Tom… J'suis content de te voir. »
Lucas le rejoint et se plante à côté de lui, soudainement très calme. Tomas nous sourit un peu, gêné, puis désigne Lilou à son meilleur ami.
- « Lucas, je te présente Alexis. C'est le gars qui m'a fait planter à mon premier jour à l'école. »
Alexis soupire et roule des yeux tandis que j'éclate de rire. Cette histoire m'amusera toujours, je crois bien. Pauvre petit Tomas…
- « Enchanté mec » s'avance Lilou en lui tendant la main.
- « Moi de même. »
- « Bon, tu connais Bill » rigole Tomas.
Lucas et moi hochons la tête en même temps.
- « Moi ma pause était terminée, les mecs. Vous voulez un truc à manger? »
- « Ouais, moi j'suis affamé, Tomas m'a pas nourrit depuis ce matin… »
- « FRANCHEMENT. »
Lucas part donc avec Alexis et Tomas s'assoit lentement face à moi, m'adressant un petit sourire. Nous restons silencieux pendant au moins deux longues minutes. Ce n'est pas un silence gênant, c'est juste pesant mais pas si désagréable. Jusqu'à ce qu'il se mette à parler.
- « Alors… t'as passé une belle soirée? »
Je lève la tête vers lui pour voir qu'il me fixe d'un regard complice. Je rigole légèrement.
- « Ouais, c'était normal. La routine quoi. »
Il éclate complètement de rire et m'assène un coup de pied sous la table.
- « Oh Bill! La routine! »
- « Mais quoi? »
Je lui rends gentiment son coup de pied. Puis derrière lui, je vois cette chose s'approcher de nous. Je sais déjà qu'elle vient lui tourner autour et profiter du moment pour m'emmerder un peu. Jamais on peut manger en paix, ici.
- « Dégage Kym. »
Tomas se retourne automatiquement et lui adresse un sourire.
- « Ne t'inquiète pas Bill, je ne viens pas pour toi. »
- « Heureusement. »
- « Salut Kym » lâche gentiment Tomas. « Tu vas bien? »
- « Très bien, c'est gentil. »
Avec dégout, je la regarder poser son énorme postérieur sur le banc à côté de Tomas, juste en face de moi et s'accouder à la table. Je la fixe, très perplexe. Cette fille m'insupporte, c'est juste incroyable! Elle est moche et difforme, c'est comme si elle était maigre, mais son cul c'est… wow! Puis elle a rien d'attrayant, elle est laide, point.
Alors qu'ils ont timidement engagé la conversation, je me lève, blasé, et vais voir si c'est possible d'avoir des frites. Tant qu'à faire…
Tomas
- « Tu sais, j'avais demandé ton numéro à Alexis l'autre soir, tu te souviens? »
Je hoche vaguement la tête parce qu'elle me laisse à peine le temps d'en placer une.
- « Eh bien tu vois je… j'avais envie de t'envoyer un message tu sais pour qu'on se voit, mais j'étais un peu timide et, connaissant Alexis, il peut très bien ne pas m'avoir donné le bon. »
Oh god… pourquoi Bill m'a laissé seul avec cette pie?
- « Donc regarde, je voulais juste que tu vérifies si c'était le bon » m'indique-t-elle en me tendant son téléphone. « Puis prête ton portable, je vais t'inscrire le mien. »
Un peu perdu, je prends maladroitement son portable de ses mains et lève le bassin pour aller chercher le mien dans ma poche. Je l'en sors à peine qu'elle s'en empare et commence à fouiller dedans. J'crois pas qu'elle puisse être un peu plus envahissante.
Alors que je me cherche sur sa liste de contacts pour vérifier qu'Alexis lui ait donné le bon numéro, quelqu'un entre dans le resto et je relève la tête pour voir la fille assez mignonne de tout à l'heure. Je lui souris naturellement, par pure politesse, puis elle fronce les sourcils, semblant chercher quelqu'un. M'ignorant royalement, elle s'avance vers le comptoir et je vois qu'elle s'adresse à Alexis.
Je vois aussi Lucas, qui se fige sur place en la voyant s'approcher. Je me dois de retenir immédiatement un rire. C'est trop cocasse. Il agite subtilement la main pour se faire remarquer, un sourire crispé aux lèvres. Elle lui sourit, mal à l'aise et se retourne pour s'adosser au comptoir, croisant les bras sur sa poitrine.
Phil entre à son tour dans le resto, un large sourire aux lèvres. Il passe devant moi sans me remarquer (ok?) et se dirige automatiquement vers la fille peu sympathique qui vient d'entrer. Elle se redresse lorsqu'il arrive face à elle et elle passe ses bras dans son cou, se rapprochant pour l'embrasser. Ah, ok. C'était sa copine. Aaaaah! Tout ça a du sens.
- « Bon, j'ai entré mon numéro Tom. »
Je hoche rapidement la tête.
- « Tiens. »
- « Mh, merci. »
Je lui redonne son téléphone et remet le mien dans ma poche. Phil et sa copine viennent s'assoir avec nous et cette fois-ci, elle me rend mon sourire, un peu gênée.
- « Salut Tom. »
- « Alors t'es guéris, toi? »
Il sourit.
- « Oui. Malheureusement aucun d'entre vous n'avez eu ma gastro. Meilleure chance la prochaine fois! Enfin, je te présente Olive, ma copine. »
Elle tend malgré tout la main vers moi.
- « Enchantée Tom. »
Elle me lance un petit regard complice.
- « Re-bonjour » je rigole.
Phil se tourne vers elle et la regarde, intrigué. Elle lui explique rapidement notre altercation et me précise qu'elle n'en est pas fâchée, même si on aurait pu croire le contraire. Lucas revient vers nous et tire timidement une chaise pour se joindre à la table, évitant parfaitement le regard d'Olive.
- « Eh Lucas je te présente Phil… »
Il lève la tête vers lui pour lui sourire.
- « … et sa copine Olive. Tu te souviens d'elle? Elle s'est changée mais… »
- « Ouais » me coupe-t-il. « Et euh… je suis vraiment très très désolé. »
- « Ça va j't'en veux pas, on peut oublier cette histoire » rigole-t-elle, voyant son malaise.
- « Bouge ton gros cul. »
Nous sursautons tous légèrement, mais c'est Kym qui semble le plus choquée face aux paroles de Bill. Elle lui fait un doigt d'honneur sans se lever, lui adressant un regard de glace. Il fronce les sourcils et soupire d'impatience.
- « Écoute, pourrais-tu s'il te plait, faire l'effort de lever ton postérieur – ma foi assez imposant – pour me laisser la place qui m'est due? »
- « Pourquoi elle serait à toi? »
- « OK Jennifer Lopez arrête de piailler et pousse-toi, je te prie. Je suis un client, et j'aimerais pouvoir manger mes frites où je le désire avec mes amis. T'as du boulot. »
Elle se tourne vers moi. Oh, je la sens mal celle-là!
- « Mais Tom, dis quelque chose! »
- « Euh… »
- « Bon, c'est ridicule » intervient Phil. « Bill tire-toi une chaise comme Lucas, c'est tout. »
- « Je suis d'accord avec Philippe » soupire Kym. « C'est tellement ridicule que j'ignore pourquoi je m'obstine avec lui. Vas-y, prend la ta place, gros bébé. »
Elle disparait sans un regard pour personne et Bill s'empare rapidement de sa place, comme s'il avait peur qu'elle revienne en charge et qu'elle la reprenne. Puis il mange tranquillement ses frites en faisant mine de rien, nous en proposant quelques-unes.
Bill a tellement un drôle de caractère… j'imagine qu'il faut tout simplement le flatter dans le bon sens du poil et jusqu'à maintenant, je crois que je m'en sors assez bien, avec lui.
