Re coucou !
Merciiiii pour toutes ces reviews sur le dernier chapitre, ça fait vraiment chaud au cœur cet enthousiasme et votre gentillesse !
Je profite toujours de mes vacances pour écrire, car avec la rentrée qui approche (et la reprise du boulot pour la vieille que je suis), ce sera forcément moins fréquent.
J'espère que ça vous plaira. Il y a moins d'action mais plus de révélations, et pas de Harold, ce sera pour le prochain chapitre, sinon celui-ci aurait fait dix pages :
Je vous embrasse !
READ AND REVIEW !
XXX
Astrid ouvrit les yeux et fixa le plafond pendant quelques instants sans comprendre où elle était. Puis tout lui revint. Elle eut l'impression qu'un poids venait de s'écraser sur son cœur au fur et à mesure que les souvenirs l'assaillaient, elle se redressa brusquement et regarda autour d'elle. La plupart des autres esclaves était déjà debout, elle vit que Kaleina n'était plus à côté d'elle. Elle leva le regard et croisa celui de Shailaine qui secoua la tête avant de secouer doucement sa fille. Le soleil n'était pas encore levé, mais ils devaient préparer les repas et nettoyer en attendant le réveil des maîtres. Astrid soupira et se mit debout en s'étirant. Elle n'était pas douillette, mais une nuit presque à même le sol n'était pas une expérience dont elle avait l'habitude. Elle était courbaturée et percluse de douleur.
_Levez-vous bande de fainéants ! Ou je vais vous faire sortir à coup de fouet ! hurla une voix à l'extérieur.
Astrid sortit, lançant un regard mauvais au chef et à son chien. Si seulement elle avait Tempête, elle se ferait un plaisir de la laisser attraper ce lâche. Il la regarda des pieds à la tête et un sourire vicieux étira ses lèvres, révélant une bouche édentée. Elle grimaça, écœurée, et détourna le regard. Il se tourna vers Shailaine, qui suivait Astrid de près, et sans crier gare, il attrapa Saoirse par le bras et la secoua.
_Avances plus vite petite ordure ! hurla-t-il à la fillette, qui, terrifiée, se figea, les yeux écarquillés de peur et d'incompréhension.
Shailaine voulut l'écarter mais le chef la poussa au sol, et le sang d'Astrid ne fit qu'un tour. Elle se précipita pour aider Shailaine à se lever avant de faire face au chef qui tenait toujours Saoirse et semblait ravi.
_Laisses la espèce de lâche ! Elle n'a rien fait ! s'écria Astrid.
_Non, n'interviens pas, murmura Shailaine, dont le regard plein de larmes ne quittait pas sa fille, laquelle pleurait en essayant de dégager son bras de la poigne impitoyable de l'homme.
_Ce n'est qu'une enfant, laisses la ! cria Astrid en avançant d'un pas.
Le chien se mit à grogner en retroussant ses babines sur des dents redoutables, et l'homme ricana.
_La viking veut faire la forte tête ?
Il relâcha la fillette qui se précipita vers sa mère pour éclater en sanglots dans ses bras, et il déroula son fouet avant de le faire claquer au sol, soulevant un nuage de poussière. Le soleil était déjà haut dans le ciel, et la chaleur étouffante. La plupart des esclaves étaient tétanisés, et les forgerons avaient arrêté de travailler pour observer la scène avec curiosité. Les personnes qui osaient tenir tête étaient rares, et généralement ne vivaient pas assez longtemps pour réitérer l'exploit. Astrid fronça les sourcils, scannant rapidement du regard ce qui l'entourait, espérant trouver quelque chose pour se défendre, mais en vain. Elle serra les poings et ne recula pas. Une Viking ne se soumettait à personne.
_Tu vas gouter à mon fouet, jolie punaise, tu vas apprendre à te taire et à obéir !
_Que se passe-t-il ici ?
Lucia avança vers eux, l'air mécontent. Le chef grinça des dents en la fusillant du regard.
_Ca ne te regarde pas ! gronda-t-il.
Lucia n'eut l'ait guère impressionnée, elle haussa un sourcil et croisa les bras.
_En effet, en revanche, cela regarde maître Flavius… Elles lui appartiennent, je suis certaine que tu sauras comment lui expliquer pourquoi elles sont abîmées ?
Astrid vit le doute et la peur dans le regard de l'homme, qui abaissa son bras. Il sembla se dégonfler, sa véhémence se transformant en haine et en rancœur.
_Maître Flavius ne sera pas toujours là ! hurla-t-il à l'adresse d'Astrid. Puis il regarda autour de lui.
_Qu'est-ce que vous regardez tous ? Au travail !
Les esclaves se dispersèrent, le regard fuyant, tandis que les forgerons retournaient à l'intérieur, avec des sourires amusés. Lucia secoua la tête en fixant Astrid, laquelle garda la tête haute.
_Ce lâche s'en est pris à Saoirse ! protesta Astrid.
Lucia soupira et secoua la tête, Astrid vit qu'elle était en colère mais son regard semblait plus doux lorsqu'elle s'adressa à elle.
_Astrid, tu vas vraiment finir par avoir des problèmes…
Astrid haussa les épaules, elle n'était plus à un problème près, sa seule priorité était d'échapper à cet endroit et de retrouver les siens.
_Ce n'est qu'une enfant ! Je ne pouvais pas rester là et ne pas agir !
Lucia eut un regard étrange, chargé de tristesse.
_Tu me rappelle beaucoup quelqu'un, elle avait cette même soif de justice, cette même détermination à protéger les plus faibles… C'était une femme du Nord, comme toi…
_Les Vikings sont bornés, sourit Astrid. Où est cette femme ?
Le regard de Lucia se voila et elle détourna les yeux.
_Elle n'est plus de ce monde…
Astrid voulait en savoir plus, elle ne savait pas pourquoi, mais elle voulait savoir qui était cette Viking qui avait connu le même destin qu'elle… Mais elle décida de ne pas insister.
_Où est Kaleina ? demanda Astrid.
_Comment veux-tu que je le sache, je ne suis pas sa responsable, elle doit être au travail… répliqua sèchement Lucia en se dirigeant vers le palais.
Astrid la suivit précipitamment.
_Au travail ? Elle ne peut pas travailler ! Pas dans son état !
Lucia lui lança un regard en coin et eut une expression étrange.
_Seule la mort justifie de ne pas travailler lorsqu'on est esclave…
Astrid écarquilla les yeux.
_Alors vous êtes au courant ? Il faut faire quelque chose ! On ne peut pas le laisser faire ça ! C'est un monstre !
Lucia stoppa et fit volte-face pour la regarder dans les yeux.
_Ne te mêles pas des affaires de Néron, petite idiote, si tu tiens à la vie, tu n'as rien vu, rien entendu !
_Mais… balbutia Astrid, prise de court par la soudaine agressivité de Lucia.
_Suffit ! Au travail ! Maître Flavius doit s'absenter dans quelques jours, nous devons commencer à préparer ses bagages…
Elle s'éloigna sans un mot de plus, et Astrid décida d'abandonner…pour l'instant. Elle rejoignit Shailaine, qui serrait sa fille contre elle. Shailaine ne dit rien, mais Astrid vit la reconnaissance dans son regard. Elle sourit faiblement à la fillette, qui se détacha soudain de sa mère pour enrouler ses bras autour de la taille d'Astrid. Celle-ci, surprise, se figea, puis se détendit en lui caressant tendrement les cheveux. Elle aurait au moins aidé une personne innocente aujourd'hui.
Astrid travailla en cuisine toute la journée, elle ne vit pas Kaleina et commençait à véritablement s'inquiéter. Elle entendait les autres esclaves parler à voix basse sur son passage, elle sentait les regards sur elle, sans pouvoir déterminer si toute cette attention, née de l'altercation avec le chef, était hostile ou pas. Lucia semblait l'éviter et Shailaine semblait aussi garder ses distances, ce qu'elle comprenait encore moins. Astrid soupira. Elle regarda ses mains sales et grimaça lorsqu'elle bougea ses orteils. La plante de ses pieds était en sang, mais elle parvenait à peu près à supporter la douleur, d'autant que dans le palais, les sols en marbre ne posaient pas de problème pour marcher. Elle aurait tout donné pour pouvoir se laver, prendre un bain. Chez les Vikings, se laver toutes les semaines étaient un luxe, mais à Berk, les dragons permettaient de fournir le village en eau assez facilement, Tempête se chargeait de chauffer le bain et Astrid se délectait de la sensation de son corps fatigué entrant dans l'eau encore fumante. Sans parler des quelques fois où Harold la rejoignait…
Lorsque les autres esclaves se chargèrent du service, Astrid fut assignée au nettoyage des cuisines, puis des sols, avant de rejoindre les appartements de Flavius. Elle était seule, elle devait rejoindre Shailaine et d'autres femmes mais elle ignorait où. Alors elle entrouvrait les portes, glissant un œil discret à l'intérieur. La plupart des pièces étaient vides, mais lorsqu'elle ouvrit la quatrième porte, elle se figea. La pièce n'était pas vide. Flavius était allongé sur une banquette, un bras sur ses yeux, visiblement endormi. Elle hésita, elle savait qu'elle aurait dû faire demi-tour et s'éloigner, mais sur une table, plusieurs parchemins étaient éparpillés et sa curiosité l'emporta. Pour une fois, être pieds nus était un avantage, elle se glissa silencieusement jusqu'à la table, retenant presque son souffle, et se pencha sur les divers parchemins.
Lorsque Flavius s'agita dans son sommeil, elle se figea, tétanisée, osant à peine respirer. Il se mit à marmonner des paroles incompréhensibles.
_Hmmm… Feu… Mars… Solveig…
Astrid fronça les sourcils. Solveig ? Qui était Solveig ? Flavius finit par s'apaiser et sa respiration régulière se fit de nouveau entendre. Elle se tourna alors vers la table. Elle lisait mal le latin, les runes vikings étaient si différentes, mais elle vit des cartes, des plans… Elle fronça les sourcils, et se concentra, essayant de comprendre le contenu de tous ces papiers.
_Il n'y a rien qui concerne les Vikings…
Elle sursauta avec un petit cri et se retourna, les yeux écarquillés. Flavius était assis, bien réveillé, et son regard la transperça. Cependant, il ne semblait pas en colère, il semblait presque curieux et effrayé, ce qui était étrange étant donné leur situation respective. Il se leva et s'approcha d'elle. Astrid déglutit.
_Tu lis le latin ? demanda-t-il, son regard glissant sur les parchemins.
Astrid secoua la tête.
_Non…
Il reporta son regard sur elle, et elle vit de nouveau cette lueur, troublée, torturée, inquiète, curieuse. Il semblait comme ailleurs.
_Solveig… souffla-t-il.
Elle n'eut pas le temps d'y réfléchir d'avantage, lorsqu'elle vit sa main se lever pour se tendre vers ses cheveux et sa joue, elle bondit en arrière, cognant la table, faisant tomber plusieurs parchemins au sol. Flavius sembla sortir d'une espèce de transe et son regard redevint impénétrable.
_Je… Je suis désolée… Je… Je cherchais Lucia et…
Elle se tut. Que pouvait-elle dire ? Elle fouinait clairement, c'était un fait qu'elle ne pouvait nier et bredouiller des excuses ne rimait à rien. Elle s'agenouilla et entreprit de ramasser les papiers qui étaient tombés, pour ensuite les poser sur la table avec hâte, comme si leur simple contact lui brûlait les doigts. Flavius n'avait pas bougé.
_La troisième porte à droite, c'est là que tu trouveras Lucia…
Sa voix était dépourvue de toute émotion. Astrid déglutit et se dirigea vers la sortie sans un mot avant de se précipiter vers la pièce en question. Elle s'appuya un instant sur le mur, reprenant son souffle, son cœur battant à tout rompre. Lucia qui dirigeait les esclaves dans la préparation des malles la regarda sévèrement.
_Je pensais que tu ne nous ferais pas l'honneur de ta présence ! dit-elle en reportant son attention sur les vas et viens frénétiques des esclaves autour d'elle.
_Je… Heu… Je me suis perdue…
Il valait sans doute mieux passer sous silence l'épisode de Flavius. Lucia claqua la langue en levant les yeux au ciel. Elle se redressa et s'attela à la tâche. Elle en profita pour réfléchir. Ce Romain était décidemment étrange, qui était cette Solveig, il connaissait donc une autre Viking ? Dans quelles circonstances ? Et pourquoi cet air torturé, que dissimulait-il derrière son regard qui pouvait passer d'insondable à hanté? Elle repensa à ce qui venait de se passer, elle l'avait échappé belle, il s'était montré indulgent, ne s'était pas mis en colère, c'était presque déroutant. A Berk, on parlait très peu de l'esclavage. On savait que la plupart des tribus le pratiquait, des histoires terribles circulaient à ce sujet, des histoires qu'on murmurait au coin du feu le soir pour se faire peur, des histoires de torture, de pieds enchainés à vie… Le manque de liberté était sans doute pire que la mort pour les Vikings, et la plupart préféraient mourir plutôt que d'être réduit à l'état d'esclave. Ses pensées glissèrent vers Berk, vers les siens, vers Harold. Elle avait l'impression que des années s'étaient écoulées depuis la dernière fois qu'elle avait pu voir son visage, lorsque cette mystérieuse tempête semblait s'être arrêtée en plein océan. Et leur fille, leur magnifique petite fille… Et si elle ne revenait pas ? Et si Harold devait l'élever seul ? Et si elle grandissait avec un père anéanti et aucun souvenir du visage de sa mère. Elle savait qu'il ferait un père exceptionnel, il était déjà un père exceptionnel, mais ils étaient censés faire ça à deux, elle voulait être là, elle voulait faire partie de cette vie qu'ils avaient imaginée et construite à deux…
Elle secoua la tête, elle refusait de perdre espoir, elle les reverrait, elle les rejoindrait, coûte que coûte.
Alors que Lucia approchait pour vérifier ce qu'elle faisait, Astrid décida de tenter sa chance.
_Lucia, depuis combien de temps êtes-vous dans cette maison ?
_Depuis assez longtemps pour avoir vu naître maître Flavius… répliqua-t-elle.
_Oh…
_Je suis née esclave, ma mère était elle-même une esclave…
_Et ton père ?
Le visage ridé de Lucia se durcit.
_Je ne l'ai jamais connu…
Mais à son expression, Astrid sut qu'elle mentait. Elle se mordilla la lèvre avant de demander.
_Qui est Solveig ?
Lucia pâlit alors qu'elle la dévisageait avec horreur. Elle attrapa Astrid par le bras et l'entraîna à l'écart tout en jetant des regards craintifs autour d'elle, comme si elle craignait qu'on l'ait entendue. Mais il y avait un tel remue-ménage que personne ne semblait avoir écouté.
_Qui t'a parlé de Solveig ? souffla Lucia, le regard dur.
_Heu… Personne, j'ai entendu une conversation dans les cuisines, mentit Astrid.
_Personne n'a le droit de prononcer son nom…
_Mais qui est-elle ?
Lucia fronça les sourcils.
_Cela ne te regarde pas !
Astrid ne se démonta pas.
_Lorsque je me suis perdue, je suis entrée par mégarde dans une pièce où maître Flavius dormait… Il s'est réveillé et a essayé de me toucher, alors qu'il avait dit qu'il ne le ferait pas… Il…Il m'a appelée Solveig…
Lucia sembla sous le choc et la dévisagea avec un air incrédule.
_Petite inconsciente, j'aurais peut-être dû laisser cet idiot de chef te punir ! Quelle insolence ! Et maître Flavius n'a rien dit ? Sa bonté le perdra !
Mais malgré sa colère, Astrid voyait qu'elle était bouleversée, ses mains tremblaient et ses yeux étaient tristes.
_Qui est-elle ?
_Qu'est-ce que ça va t'apporter de le savoir ? Retournes au travail !
_Lucia, dites-moi qui est cette femme, c'est une Viking comme moi, le seul lien qui me reste avec celle que j'étais…
Lucia ferma les yeux un court instant en prenant une profonde inspiration. Lorsqu'elle parla à nouveau, ce fut dans un murmure.
_Solveig était une esclave il y a quelques années de cela, elle devait avoir ton âge, peut-être plus jeune encore à l'époque… Son village dans le nord avait été attaqué et pillé, et elle a été vendue… Maître Flavius l'a choisie, comme il t'a choisie, pour éviter de tomber entre les mains de …bref, elle était à son service. C'était une fille brillante, battante, parfois trop, et d'une grande beauté… Tu lui ressembles beaucoup, elle avait de longs cheveux d'or et des yeux d'un bleu si pur que le ciel semblait fade… Je comprends qu'il ait pu… Bref, Maître Flavius est tomb…a développé une profonde affection pour elle, une affection qui était partagée…Les malheureux… Lorsqu'il a annoncé à son père et à son frère son désir de l'épouser, il y a eu une grosse dispute… Car en l'épousant, elle serait devenue une femme libre… Il était hors de question pour eux qu'une vulgaire esclave, Viking qui plus est, intègre la famille… Flavius a refusé de les écouter, ils s'aimaient vraiment… Mais la veille du mariage, elle a disparu et a été retrouvée plus loin sur l'île, on l'avait…on avait abusé d'elle…et on l'avait ensuite tuée et en partie brûlée…
La voix de Lucia se brisa. Astrid avait porté une main à sa bouche, horrifiée.
_Maître Flavius était anéanti, détruit… C'était une femme formidable, vous vous seriez bien entendues, elle faisait tourner le chef en bourrique…
Lucia sourit avec affection, les yeux perdus dans ses souvenirs.
_Depuis ce terrible jour, maître Flavius n'est plus le même… Il a mis des mois à reparler, on le nourrissait de force, puis il est parti en campagne, je pense que la guerre l'aide à se sentir mieux… Et il est interdit de prononcer le prénom de Solveig, il refuse de se marier, il lui sera fidèle jusqu'à sa mort…
Astrid sentit son cœur se tordre douloureusement. Cette histoire était terrible, elle ne pouvait pas imaginer vivre une telle perte. Imaginer devoir vivre sans Harold, du jour au lendemain, était inconcevable. Elle ressentit de la peine et de la compassion pour Flavius.
_Tu lui ressembles vraiment beaucoup, ça a dû être un choc pour lui… Gardes tes distances, il ne mérite pas d'être tourmenté ! ajouta Lucia d'un ton protecteur. C'est la dernière fois que nous abordons ce sujet, suis-je claire ! Allez, files à la forge, maître Flavius a commandé de nouvelles armes que nous devons empaqueter !
_Mais qui aurait pu faire une chose pareille ? demanda Astrid.
Lucia la regarda avec un air entendu.
_Une personne suffisamment proche qui se réjouit de la souffrance d'autrui…
Néron.
_Allez, files, ne parles à personne de ce que je viens de te raconter, je regrette déjà de l'avoir fait, allez, au travail !
Astrid tourna les talons et sortit du palais pour se diriger vers la forge, plongée dans ses pensées. Elle comprenait mieux le regard torturé de Flavius, vivre sans Harold ne serait pas une vie, les Enfers ne seraient rien à côté d'une vie à se lever et se coucher en sachant Harold parti pour toujours.
Elle eut soudain l'impression de heurter un roc et elle tomba à la renverse.
_Hey là, regardes où tu vas ma jolie !
Elle leva les yeux et vit un homme lui tendre la main. Un géant à l'air peu amène, chauve, torse nu sous un épais tablier en cuir. Elle était arrivée à la forge. Elle refusa la main tendue et bondit sur ses pieds. L'homme esquissa un sourire et croisa les bras en la regardant des pieds à la tête avec un air appréciateur. Astrid serra les poings, elle commençait à en avoir assez d'être observée et dévisagée de la sorte.
_Je viens chercher les armes de maitre Flavius… annonça-t-elle sèchement.
_Toi ? Tu dois à peine peser le poids d'une des armes !
Astrid haussa les sourcils.
_Lucia m'a envoyée les récupérer, où sont-elles ?
_Tu vas te blesser, ma jolie…
_Je ne suis pas ta jolie et je pourrais te faire pleurer comme un enfant avec une hache ou une épée ! rétorqua-t-elle.
Il éclata de rire en rejetant la tête en arrière. Elle voulut le passer pour entrer dans la forge mais il tendit un bras devant elle.
_Attends…
Elle saisit aussitôt sa main, la tordant en arrière tout en fauchant ses jambes avec l'une des siennes. Les quelques forgerons qui assistèrent à la scène se mirent à rire. L'homme grogna de mécontentement, puis se releva.
_Tu n'étais pas obligée de faire ça, je voulais juste te dire que tu dois attendre dehors, il fait chaud à l'intérieur…
Astrid réprima un rire devant son air embarrassé qui contrastait avec son aspect bourru.
_Je ne crains pas la chaleur, j'ai passé beaucoup de temps dans une forge…
Il la dévisagea.
_Toi ? Tu es sûrement douée au combat…
_Ou c'est toi qui es rouillé ! lança une voix de l'intérieur de la forge. Plusieurs rires s'élevèrent, vite recouverts par le bruit du métal battu.
L'homme marmonna des insultes en lançant un regard noir à Astrid, qui eut un sourire désolé.
_Tu as donc travaillé dans une forge ?
_Pas moi, mais Harold oui… Harold est mon époux…
_Quel petit veinard… Ou vu comme j'ai toujours mal à la main, le malheureux ! Et où est-il ? Il pourrait nous être utile ! Le chef va à Rome demain pour essayer de trouver un nouveau forgeron !
_Je… Je ne sais pas… répondit Astrid, la gorge soudain serrée.
L'homme sembla comprendre.
_Je vois… Tu devrais peut être trouver un remplaçant ici…
Astrid fronça les sourcils et serra les poings. L'homme leva aussitôt les mains et s'empressa d'ajouter.
_On se calme, je ne parlais pas de moi ! Je dis juste que pour une aussi jolie fille, être seule peut être dangereux !
_Je sais me défendre toute seule, rétorqua Astrid.
_J'ai pu remarquer, mais les autres esclaves ne sont pas les seuls à craindre, il y a aussi les soldats…
_Je préfère mourir plutôt que de laisser un homme autre qu'Harold me toucher…
_Bien, bien…
_Et en quoi ça te regarde, on ne se connait pas !
_Tu me rappelles quelqu'un, c'est tout…
Solveig… Mais elle ne le dit pas à voix haute, l'avertissement de Lucia était très clair…
_Au fait, je m'appelle Octavus…
Astrid hocha la tête. Quelque chose d'apaisant émanait de cet homme, il semblait fiable et digne de confiance, mais elle restait sur ses gardes.
Un rire retentit soudain. Un rire qui lui donna aussitôt la nausée et draina toute couleur de son visage. Elle se précipita vers la forge et se dissimula dans l'entrée, glissant un œil vers l'extérieur.
D'abord, elle vit le chef marchant en direction du palais. Auprès de lui, un homme. Son sang se figea.
Drago.
