Disclaimer : Les personnages ne m'appartiennent toujours pas. Ils sont à JK Rowling et je la remercie chaleureusement de les avoir créés !

Chapitre 3

La routine est loin derrière

And the Buffaloes used to say be proud of your name
The Buffaloes used to say be what you are

(Jimmy – Moriarty )

Le petit déjeuner de ce mardi matin se faisait dans un calme religieux au bout de la tablée des Gryffondor, où s'étaient tacitement réunis les sixième année, comme mus d'un soudain élan de solidarité envers chacun quant à leur année qui s'annonçait difficile. Les garçons étaient pourtant arrivés plein d'entrain, autant qu'ils le pouvait à sept heures quinze en tout cas, et James avait pris les devants pour se planter devant les filles, et surtout devant Lily, pour leur faire ses salutations respectueuses du matin. C'était la réponses des filles, quand Sirius leur demandèrent le pourquoi de leurs visages endormis, qui les avait quelque peu refroidis :

-On s'est avancées dans les devoirs qu'on nous a donnés hier, avait répondu Andrea d'une voix pâteuse.

Les Maraudeurs s'étaient regardés, un peu perdus, et Peter avait relancé timidement :

-Mais on a que euh... Un peu de potion et euh... De la métamorphose, c'est ça ?

-Et l'arithmancie, ajouta Remus en ayant une pensée douloureuse pour les colonnes de calculs auxquelles il n'avait pas adressé un regard.

-On a juste fait la métamorphose, dit Lily, et on a presque fini, ce qui est plutôt bien... On y est restée jusqu'à une heure...

-Du matin ? S'exclama Peter.

Aucune n'avait prit la peine de répondre à sa question, et les garçons s'étaient assis à leurs côtés, méditant d'une pensée neuve les premiers exercices qu'ils avaient pensé bâcler en moins d'une heure.

La cloche sonna dans le hall d'entrée, résonant entre les murs épais de la grande salle, et réveillant soudainement les Gryffondor embrumés par leur silence :

-Défense contre les forces du mal ! Rappela Sirius d'un ton énergique, ce serait dommage d'arriver en retard !

Opinant du chef, chacun acheva d'une traite le fond de sa tasse, de son verre ou son reste de tartine, avant de saisir son sac et se diriger vers la sortie :

-Les paris sont ouvert ! Annonça Sirius, Qui veut la déclarer dépressive ?

-Toi, répondit James du tac au tac, elle avait l'air calme au banquet... Et plutôt sympa.

-Dommage que la classe de Franck ne l'ait pas encore eue, on aurait pu leur demander.

-Où serait la surprise ? Sourit Sirius en claquant ses paumes l'une contre l'autre, en tout cas c'est une femme ! Ce qui nous change agréablement du vieux débris de l'an dernier !

Ils éclatèrent de rire en plein milieu des escaliers, au moment où un flot de Serpentard les dépassait. Le rire de Sirius se fit un peu plus dur, plus forcé, au moment où Regulus se trouva à ses côtés. Dans un geste étudié, l'ainé changea son sac d'épaule, frappant au passage le Serpentard pour se tourner vers James, qui fit mine de n'avoir rien remarqué :

-Alors Jamesie ? Tu paries sur la dépression ?

-Tu pourrais t'excuser, rétorqua la voix glaciale de Regulus.

Ils étaient arrivés en haut des marches et le vert et argent s'était placé devant Sirius, bras croisés et tapant du pied dans une posture impatiente :

-Qu'est ce que tu me veux, toi ? Répondit l'ainé avec un sourire narquois, c'était une simple maladresse de ma part, absolument pas calculée.

-Raison de plus pour t'excuser.

-Ou raison de moins, dégage de là tu bloques le passage !

Les camarades de Regulus sortirent leurs baguettes à cet instant, Remus s'interposa pour empêcher son ami de faire de même :

-Les duels dans les couloirs sont interdits, lança t-il d'une voix claire.

Son regard se tourna directement vers les plus jeunes, se prenant une série de moues moqueuses au passage. Un blondinet, particulièrement musclé pour son âge, fit un geste du menton d'un air dédaigneux :

-Il nous veut quoi le sang-mêlé ?

D'instinct, Remus bloqua la main de Sirius qui s'apprêtait à jaillir pour attaquer juste derrière lui, mais ne quitta pas les insolents du regard :

-Il te veut qu'il est préfet et qu'il n'hésitera pas à contacter le professeur Slughorn. Que je sache ceci ne vous concerne pas.

Il se tourna ensuite vers Regulus, et regretta presque par avance ce qu'il s'apprêtait à faire :

-Regulus, Sirius va s'excuser et on en reste là.

Il ignora la plainte de son ami et attendit que le cadet hoche la tête. Toute son assurance semblait partie à présent, et le lycanthrope eut presque peur pour lui en s'écartant pour laisser les deux frères face à face.

Comme il s'y attendait, Sirius ne dit rien. Il attendait d'un calme feint, l'expression figée :

-Laissez-tomber, souffla Regulus d'un air acide.

Et d'un mouvement sec il se retourna pour partir vers sa salle de cours. Remus le regarda s'éloigner, d'un air un peu déçu, il était convaincu qu'il n'était pas aussi détestable que le portrait que Sirius faisait de lui. La cloche sonna de nouveau :

-Ça Remus, je ne te pardonnerai pas facilement une telle humiliation, cingla Sirius en passant devant lui.

Le châtain bloqua un court instant, il s'y était presque attendu mais cela lui paraissait quand même complètement déraisonné. Avant que les deux autres n'aient effectué un geste il se lança à la poursuite de Sirius, lui attrapa le bras pour le forcer à se retourner, à quelques mètres d'eux, les élèves étaient déjà entrés en cours :

-Vous gueuler dessus devant toute l'école, ok, c'était humiliant, souffla Remus à toute vitesse, mais là tu exagères quand même. J'aurais demandé la même choses à n'importe quel élève !

-Tu rigoles ? S'exclama Sirius avec un rire sans joie, tu sais parfaitement l'état dans lequel me met ce... Ce type ! Saint Remus, toujours plein de commisération pour autrui n'aurait jamais mis personne dans une telle situation !

-Merlin Sirius tu...

-Et permets-moi un détail, ajouta t-il promptement.

Il baissa la voix à tel point que seul Remus, et James et Peter à la rigueur, purent l'entendre :

-Hier tu t'es humilié tout seul Remus. Que tu hurles comme ça parce que tu n'es pas capable de maintenir un contrôle sur lui, ça te regarde, mais ne pense pas m'avoir rabaissé aussi simplement...

-Là ça suffit Sirius ! Clama James d'une voix forte.

Il arracha son frère de cœur au cercle de fortune qu'ils venaient de former et l'éloigna vers le fond du couloir pour, à son expression, lui faire entendre le fond de sa pensée.

Remus ne bougeait pas, tentant d'ignorer le regard inquiet que lui lançait Peter à ses côtés. Il n'était pas particulièrement énervé contre cet... Ce quoi d'ailleurs ? Cet aveu ? Une telle chose de la part de Sirius ? Non... Certainement pas, c'était simplement...

-Il était énervé c'est tout, dit timidement Peter en poursuivant sans le vouloir le fil de ses pensées, tu sais qu'il ne pensait pas une telle chose.

-Oui, répondit mécaniquement Remus.

Il n'allait pas s'en faire pour si peu... Un coup de sang ça arrivait à tous le monde, lui le premier :

-Viens on va en cours, dit-il à Peter en se forçant à sourire.

Et quand bien même il était vraiment triste ou en colère... Ce n'était pas à Peter qu'il en parlerait spontanément.

-Excusez-nous professeur, lança James en poussant la porte de la salle.

Tout le monde, sauf Remus naturellement, se tourna vers eux pour les regarder entrer. Les filles avaient l'air un peu étonnées de leur retard... Après tout elles les avaient vus partir juste derrière elles... Et entrer en séparé avec cinq minutes de décalage :

-Asseyez-vous messieurs... Potter et Black je suppose ?

James sourit au froncement de sourcil de leur professeur qui suivait leurs déplacements, leur réputation les avait précédés depuis la salle des professeurs.

Le professeur Reverse fit claquer le registre de présence et contourna son bureau pour s'appuyer dessus, face à sa classe. Elle s'autorisa un petit sourire, mais James doutait que c'était plus pour se mettre à l'aise elle que eux :

-Bon, annonça t-elle, le retard de vos camarades me permet la première remarque sur mon cours. Je ne tolère aucun retard. Passée cinq minutes vous pouvez estimer que je ne vous accueille même pas en cours. Bien, maintenant que ce point est réglé, la traditionnelle entrée en matière des examens qui vous attendent...

James décrocha durant cette partie du discours, désespérément identique depuis celui de Slughorn. Il se tourna vers la gauche, fixant Remus pour qu'il se tourne vers lui... Ce qui ne manqua pas d'arriver. Le brun lui fit un hochement de tête confiant, auquel son ami répondit par un petit soupir avant de revenir à leur professeur.

Sirius avait odieusement dépassé les bornes. Être énervé était une chose, passer ses nerfs sur les autres en était une autre. Il avait taché de lui faire comprendre cela en prenant garde de ne pas le faire encore plus sortir de ses gonds. Sirius était un garçon génial et brillant, mais d'un caractère obtus vis à vis de certaines choses. James le savait plus formaté par sa famille qu'il ne se l'avouait. Son frère de cœur pouvait frapper là où ça faisait mal, et même si James ne l'avait jamais subi, il l'avait vu faire sur beaucoup de gens, toujours sur le détail qui blessait le plus : La lycanthropie de Remus bien sur, les difficultés scolaires de Peter, le côté garçon manqué de Kathleen, la préciosité d'Andrea, le caractère autoritaire de Lily... Et tant d'autres.

Et pourtant, Sirius regrettait toujours... Mais ne l'avouait jamais. Sauf à James qui s'assurait de pouvoir réparer les pots cassés par derrière... Un peu comme Remus le faisait avec eux parfois :

-Monsieur Potter, qu'est ce que je viens de dire ?

-Que vous allez nous présenter de quelle façon nous allons travailler durant l'année et que euh... Vous vous appelez Jane Reverse ?

Il soutint son regard le plus poliment possible, mais les soubresauts de Sirius, prêt à rire à ses côtés, ne l'aidait pas. La femme finit par hocher la tête, un air complice sur le visage :

-Impressionnante capacité de double concentration monsieur Potter, je m'en souviendrai. Mais s'il vous plaît, le cours est par ici maintenant.

James s'autorisa un sourire d'excuse et revint vers leur professeur qui, de toute façon, allait attaquer le point important de son cours :

-Alors j'ai décidé, avec votre classe, de m'assurer que chacun d'entre vous participe à chaque chapitre que nous allons étudier au moyen d'exposés, je vais m'expliquer ne me regardez pas comme ça, plaisanta t-elle, mais sachez que si vous pensez être absent à un de mes cours, qu'importe la raison, j'aimerais être prévenue au plus tôt, par respect aussi pour vos camarades.

Alors donc, les exposés. Par exemple le premier chapitre que nous allons étudier, sur les vampires, sera partagé entre mon cours, durant la première heure, et vos exposés ensuite. Chacun se penchera sur un thème en particulier, qui vous serons distribués par mes soins au début du chapitre, et votre présentation orale, qui sera bien entendue notée, devra durer... 15 minutes. C'est compris ?

Le silence buté qui fit office de réponse sembla la contenter :

-Bien, prenez vos parchemins alors. Aujourd'hui je vais commencer par vous donner la méthode d'oral que j'attendrai de vous. Au moins nous serons clairs sur ce point.

Si James, comme bon nombre de ses camarades, avait espéré pouvoir faire des exposés à deux, il désenchanta vite. Un par un, Jane Reverse était bien claire sur ce point. Quand il ne resta plus qu'une demi-heure de cours elle afficha au tableau le planning des oraux qu'elle avait prévus, ainsi que les thèmes propres à chaque élève. Les deux frères de cœur se regardèrent d'un air un peu dépité, les sujets allaient du plus épuré ( « Mythe de Transylvanie » pour Andrea ou « Lien du sang » pour James ) aux plus élaborés... La palme revint d'ailleurs à Irisea Daffodil sur ce point (« Le sentiment sorcier quant à l'expansion des vampires en territoire résidentiel moldu. » ). James remarqua avec un air amusé qu'elle se pencha immédiatement sur Remus pour en rire, et son ami lui répondit avec un naturel qui ne cessait de surprendre le brun. Il était hors de question de parler à Remus de son attirance pour elle à moins de vouloir communiquer à une tomate bien rouge... Mais seul avec elle il semblait toujours confiant. Peut-être n'avait-il pas besoin d'aide en fin de compte.

Instinctivement son regard glissa vers Lily, qui était assise devant le châtain. Lily dont il essayait patiemment de bien se faire voir... Il espérait tellement pouvoir un jour passer ses doigts dans ses cheveux roux... Mais elle ne le voulait pas. Et plus elle s'énervait contre lui, plus il la trouvait désespérément attirante :

-Vous avez tous pris note de vos sujets ? Demanda Reverse en redirigeant l'attention sur elle, parfait. Je vais vous libérer deux minutes à l'avance, à jeudi ! Ou mercredi pour ceux qui m'ont en option !

Dans un raclement de chaises, tous les élèves se levèrent pour sortir :

-Ah ! Rappela t-elle, monsieur Lupin il faut que je vous demande quelque chose. Venez je vous prie.

James, qui venait d'arriver près de son ami, retint un éclat de rire quant à son expression fatiguée :

-Ils te feront le coup chaque année hein ? Demanda t-il pour le détendre.

-J'en ai peur, soupira t-il dramatiquement, prévenez Flitwick que j'arrive.

Sans s'arrêter, Sirius passa entre eux pour sortir. Ils le regardèrent faire pendant que la salle finissait de se vider :

-On s'occupe de lui, assura Peter, à tout de suite !

Reverse attendit que le dernier élève, un Serdaigle, referme la porte de la salle de classe pour se tourner vers Remus. Celui-ci chercha la moindre trace de répulsion sur le fin visage qui lui faisait face mais n'en vit pas, il aurait donc déjà vu pire en rendez-vous :

-Ainsi c'est vous, entama la professeur avec un petit sourire, le premier loup-garou jamais accepté dans une école de magie...

Il ne répondit rien... Que pouvait-il dire de toute façon ? « Eh bien oui c'est moi » ? Il était préférable de la laisser continuer :

-Comme bon nombre de mes prédécesseurs, je pense, je tiens à vous faire part de ma pensée vis à vis de votre... condition.

Elle croisa les bras sur sa poitrine et releva un peu le menton, comme pour le regarder de haut... Attitude typique du sorcier qui se croit supérieur. Remus préféra ne rien dire, mais il connaissait déjà la position de son professeur :

-Je n'ai rien contre vous, monsieur Lupin, mes collègues m'ont d'ailleurs dit beaucoup de bien de vous. Je ne doute pas que je n'aurais aucun problème à m'habituer à votre présence. Néanmoins sachez que je ne modèrerai pas mes propos sur les lycans en votre présence. Je préfère être franche, pour l'instant je ne vous connais pas et de ce fait je ne vous vois que comme le loup-garou que vous êtes, autorisé à suivre mon cours. Il ne tiendra qu'à vous que je change d'avis.

Il acquiesça. Il avait vécu pire, bien pire. En deuxième année, le professeur ne l'avait convoqué que pour lui dire tout le mal qu'il pensait de sa personne. Là, elle avait décidé de jouer la carte de la franchise... Et de la façon la plus neutre possible. Cela dépendait de lui... Autrement dit elle le mettait à l'essai :

-Ce sera tout. Rejoignez votre prochain cours.

-Au revoir professeur, salua t-il en sortant.

Il pressa le pas pour ne pas arriver trop en retard en sortilège. Les couloirs du troisième étage étaient on ne peut plus désertiques et partout autour lui parvenaient les voix feutrées des classes en cours. Calant son sac sur son épaule, il avala les deux étages qui le séparaient de sa salle de classe et toqua doucement, pas essoufflé pour une mornille :

-Excusez-moi professeur Flitwick, annonça t-il en entrant.

Le minuscule sorcier lui fit un sourire avenant :

-Asseyez-vous monsieur Lupin, je laisse à vos camarades le soin de vous expliquer en quoi concerne la leçon d'aujourd'hui !

Le châtain acquiesça, un peu soulagé de pouvoir se défouler deux heures sur des travaux pratiques, et s'assit à côté de Sirius. Naturellement l'unique place que lui avaient laissée ses amis :

-Les sortilèges d'animation, annonça Sirius quand il posa son sac.

Il ne le regardait pas, feignant la concentration sur les notes inscrites au tableau. Remus soupira doucement, James lui avait assuré que ça allait... Et il n'avait aucune envie d'être en froid avec Sirius plus longtemps que prévu :

-On sera noté sur l'originalité de l'animation, poursuivit Sirius, l'objet ne sera pas imposé pour la séance de notation. En attendant on a ça.

Il désigna inutilement le petit mannequin de bois posé sur son bureau :

-D'accord, répondit Remus, merci.

C'était une maigre réponse, mais il n'avait pour l'heure pas plus d'inspiration que Sirius. Il sortit son manuel et l'ouvrit à la page indiquée, mais aucune des notes sur les sortilèges d'animation ne voulut s'imprimer dans son esprit. Il entendait partout quelques formules prononcées, les pages que l'on tournait avec désespoir, les jurons... Inévitables en cas de sortilège raté.

Finalement il sentit Sirius tourner son visage vers lui. Au vu de la chevelure multicolore qu'arborait désormais son mannequin, il n'avait pas non plus la tête à faire des sortilèges. Remus attendit qu'il parle mais rien ne vint, Sirius se contentait de le fixer avec son regard d'orage...

-Ça allait, répondit finalement le châtain en comprenant ce qu'il voulait savoir, les autres profs m'ont un peu défendu par derrière en plus.

-Tant mieux.

-Hum hum.

Il ne voulait pas s'excuser pour ce qu'il avait fait... Et pourtant, tout plutôt que se disputer avec un de ses amis :

-Je n'aurais pas dû te pousser à bout, dit-il finalement, je sais que Regulus est un sujet sensible avec toi...

-Ouais, grogna Sirius à mi-voix, j'ai dépassé les bornes de toute façon... Ce que je t'ai dit... C'était dégueulasse de ma part, je le pensais pas.

Remus laissa échapper un petit rire, qui se noya dans le brouhaha ambiant du cours. L'avantage de ces cours étaient la liberté qu'ils offraient aux confessions :

-Tu le pensais, affirma t-il en se tournant vers son ami.

Sirius écarquilla les yeux et s'apprêta à répliquer mais Remus le coupa :

-Tu le pensais, pas la peine de le nier je préfère que tu sois franc.

-Pas totalement, confessa Sirius, j'étais énervé.

-Pas de problème, je comprends.

Il se tourna ensuite vers son mannequin qui n'avait pas changé de place et entreprit de lui faire faire des mouvements de base en suivant son manuel. Au bout de plusieurs minutes d'acharnement il parvint à le faire se mettre debout, avant de tomber dans un bruit sourd :

-Dis...

-Je t'écoute ? Dit Remus en relisant une ligne de son cour.

-Tu le contrôles hein ?

Le jeune homme s'arrêta pour se retourner vers l'ainé des Black. Ce n'était pas de la peur qui teintait les iris de Sirius, mais une forme de curiosité... D'appréhension aussi peut-être, mais pas plus :

-Oui, ne t'inquiète pas.

-Tu nous avais dit que tu le sentais constamment.

Remus se tendit légèrement :

-Pas ici Sirius.

-Réponds simplement oui ou non : tu le sens là ?

-Oui, souffla t-il précipitamment.

Il réalisa qu'il s'était véritablement bloqué, inconsciemment, alors que pour être tout à fait réaliste personne ne prêtait attention à lui ici... Ou même si c'était le cas, personne ne pouvait comprendre de quoi retournait sa conversation avec Sirius.

Lentement il décrispa ses doigts autour de sa baguette et abaissa ses épaules qu'il avait voutées. Sirius eut un petit sourire satisfait, mais il n'avait apparemment pas fini :

-Pourquoi tu l'a laissé prendre le dessus hier ?

-J'étais énervé... Ça m'arrive aussi parfois...

-Tu le contrôles depuis des années pourtant...

Remus fronça les sourcils, il connaissait Sirius comme lui le connaissait. Il lui avait pardonné... Et en même temps il assouvissait son éternelle curiosité à l'égard de sa lycanthropie en guise de punition. Soit.

-C'est comme tenir une porte fermée contre quelqu'un qui souhaite la forcer. C'est épuisant, il suffit de relâcher la vigilance une fois et...

Il laissa sa phrase en suspens, pas la peine d'en dire plus. Sirius méditait cette réponse avec concentration... Tout en ajoutant des détails à son mannequin qui ne ressemblait plus du tout au modèle, sobre, du départ :

-Donc c'est l'inverse de ce que je pensais. Plus le temps passe plus on fatigue...

-C'est ça, acquiesça Remus, on peux retourner au cours de sortilège maintenant ?

Ce fut le mannequin, haut en couleur, de Sirius qui lui répondit d'une élégante révérence.

Flitwick accepta de les libérer un peu avant la sonnerie. Les sixième année sortirent dans une joyeuse masse quasi homogène. Remus vit Lily se précipiter sur les Serdaigle pour intercepter Daria qui, malgré ses claires réticences, accepta de partir devant avec la jolie rousse. Remus sentit un poids se soulever de son estomac... Un poids dérisoire en comparaison du travail qui l'attendait, mais c'était déjà cela :

-Des difficultés en sortilège ? Demanda une voix claire, c'est plutôt rare venant de toi.

Le garçon quitta le dos des deux filles qu'il avait regardé s'éloigner pour lancer un petit sourire à Irisea. Délaissant ses amies de Poufsouffle (à moins que ce ne soit l'inverse qui se soit produit ), elle l'attendait en dansant d'un pied sur l'autre :

-Je n'avais pas la tête à ça, éluda t-il en sentant sa gorge s'assécher.

-Salut Daffofil ! Lança Sirius d'un air énergique dans le dos de son ami, ne te laisse pas avoir par ses bonnes notes, c'est une nouille en sortilège d'animation ! Tu pourrais lui donner un coup de main tu crois ?

Remus se tourna vivement pour le fusiller du regard, mais ses yeux tombèrent immanquablement sur Andrea et Kathleen, au rang derrière, ainsi que sur James et Peter... Les quatre affichaient un sourire jusqu'aux oreilles :

-Je serais ravie de t'aider... Si je m'en sortais, s'excusa Irisea.

Remus se dirigea vers la sortie et la rassura :

-Ne t'en fais pas, je devrais me débrouiller...

-Mais alors vous pourriez travailler ensemble non ? S'exclama Sirius.

Si seulement le couloir avait été désert, il aurait été ravi de se défouler sur le mur en imaginant la tête de ses amis à sa place. Il adressa un regard d'excuse à Irisea qui souriait complètement, consciente du trafic qui se jouait dans l'esprit des Gryffondor :

-Moi ça me va, répondit-elle tout sourire, je t'enverrais un hibou dans la soirée pour te dire quand je serais libre !

Elle adressa un salut de la main aux joyeux lurons qui les suivaient de près et un clin d'œil à Remus, avant de se fondre dans la masse d'élèves qui s'engageaient dans les escaliers :

-Elle est dingue de toi, commenta James en posant sa main sur son épaule.

-Pitié, soupira Remus, laissez-moi avec ça.

Andrea prit place à ses côtés en hochant négativement la tête :

-Pas question ! Vous êtes trop mignons !

-Si la belle a parlé, c'est que c'est vrai !

-Pour une fois que Sirius dit un truc censé, affirma t-elle.

Remus mit tout en œuvre pour ignorer leurs taquineries, blagues vaseuses et conseils à deux mornilles durant le chemin qui les menait à la Grande Salle. Il préféra se concentrer sur des choses concrètes... Malheureusement cela ne concernait que ses devoirs, ce qui se révéla bien moins passionnant que le souvenir d'Irisea. Elle avait attaché ses longs cheveux blonds en une queue de cheval aujourd'hui, et il aimait particulièrement cela. Parce qu'alors sa nuque était dégagée, et son parfum s'en libérait bien mieux. Si ses amis l'embêtaient sur son visage, ses habitudes, ses sourires... Remus pouvait se vanter de ne jamais leur avoir avoué ce détail. Si un jour ils l'apprenaient, là il n'aurait plus qu'à s'enterrer six pieds sous terre de honte.

Juste avant qu'il ne prenne place sur le banc des rouges et or, quelqu'un, Daria, lui tapa sur l'épaule. Elle sembla hésiter un court instant, puis lui tendit la main avec son énergie habituelle :

-Sans rancune Remus, amis quand même ?

Le châtain croisa le petit sourire confiant de Lily du coin de l'œil et serra doucement la main de Daria. La poignée ne dura qu'une seconde, avant qu'il ne retire prestement sa paume, mais la Serdaigle ne s'en formalisa pas :

-Merci, lui souffla t-il avant qu'elle ne s'éloigne.

Elle lui renvoya un sourire resplendissant et alla s'asseoir à sa table. Allait-il enfin pouvoir se concentrer sur son vrai problème relationnel du moment ?

-Elle t'encourage avec Irisea, précisa sournoisement Lily.

Se concentrer seul si possible...

-Je demande mon droit de véto sur le changement de sujet, dit-il en attrapant le plat de viande qui venait d'apparaître.

-J'en ai un alors, lança James, mais avant tout Evans : Tu ne veux toujours pas sortir avec moi ?

-James ! S'exclamèrent les six voix de ses amis et condisciples à l'unisson.

Sur le coup ils se regardèrent sans rien dire, puis cédèrent à un violent fou rire. Auquel seul ne participaient pas le brun et la préfète. Même Remus n'entendit pas le grommellement de son ami tant l'hilarité de Sirius était forte. Lily se contentait d'enfourner des fourchettes de légumes dans sa bouche sans rien dire, les joues rouges. Partout, les regards se dirigèrent sur eux. Remus réussi à se calmer en croisant celui de Mac Gonagall, qui ne semblait pas aussi euphorique qu'eux en voyant ses élèves se faire aussi bruyamment remarquer dans la Grande Salle.

Quand leur rire ne fut plus qu'un hoquet incontrôlable dans le gosier de Peter, James se racla la gorge :

-Sinon je voulais parler du Quidditch...

Aussitôt, Kathleen délaissa son assiette pour se pencher vers lui, le feu de la passion au fond des prunelles :

-Tu es déjà allé voir madame Bibine ?

-N'exagérons rien, on n'est que mardi... J'irai demain je pense... Si j'ai réussi à avoir tout le monde. Il nous faut un nouveau batteur, je pensais placarder les essais pour dans deux semaines, samedi ou dimanche.

-Si loin ? Grinça Sirius, on pourrait pas plus tôt ?

-Non il vaux mieux pas, répondit un capitaine intransigeant, mais nous on a qu'à se faire une séance d'entrainement samedi matin ? Ça vous irait ?

-Plutôt deux fois qu'une ! S'exclama Kathleen.

Un sourire rayonnant débordait au coin de ses lèvres. Sirius semblait animé de la même fougue, évoquant déjà des possibilités de mouvements :

-Ça parle Quidditch ? Demanda Dylan d'une voix forte.

Les trois, désormais surexcités, hochèrent la tête d'un même mouvement dans sa direction :

-Parce que j'ai des infos sur les autres équipes... Enfin une info plutôt, corrigea t-il après un temps.

-On t'écoute ! Clama James avec impatience.

-Ton amie là, Lina Saxon...

James se rembrunit légèrement à son souvenir :

-Mouais...

-Fait pas la tronche Jamesie, intervint Susan, tu te vengeras d'elle sur le terrain !

Les deux septième année laissèrent l'information pénétrer doucement dans leurs crânes. Remus commençait seulement à mettre le point sur le détail gênant alors que Sirius s'exclamait :

-Mais Serpentard n'a jamais pris de fille dans son équipe !

-Et bien c'est soit que les temps changent, soit que c'est un travesti... Soit qu'elle est sacrément douée ! Répondit Susan.

D'un même mouvement, tous se retournèrent pour regarder au fond de la salle. Lina était encore plongée dans un livre, ses cheveux relevés avec négligence à l'aide d'une pince. Un regard sur les éléments masculins de la maison des serpents leur assura que ce n'était certainement pas les temps qui changeaient :

-Ok première séance d'entrainement, pour nous, samedi, reprit James à mi-voix, j'irai voir Bibine après l'option de sortilège.

-James, prête moi tes lunettes, je vois flou, se plaignit Sirius au bout d'une laborieuse heure de silence.

Le brun prit cette boutade comme l'occasion de se reposer un moment et s'étira. Même Peter put entendre son dos craquer désagréablement à force d'être resté courbé sur son lit :

-Pourquoi tu ne te mets pas sur le bureau ? Demanda Pettigrow en voyant son ami grimacer, c'est pas ça qui va t'aider à faire disparaître tes courbatures.

-Je suis plus efficace sur mon matelas ! Vous en êtes où ?

-Fin de ma première partie de la dissert' de potion... Répondit Peter, autant dire que je n'avance pas.

Remus se retourna sur sa chaise en voyant que chacun faisait l'arrêt de travail tant espéré depuis la matinée. Sirius s'était levé de son bureau pour se dégourdir un peu les jambes :

-Je viens de la finir, dit-il avec un petit sourire, le prochain qui prononce les mots « propriété de l'armoise » devant moi, je le baffe.

- « propriété de l'armoise », répondit tout naturellement James avec sérieux, je suis sur le commentaire à rendre à Binns...

-Prends le mien si tu veux, proposa Remus en fouillant dans son sac pour retrouver son devoir, mais interdiction de recopier mot à mot.

-La fatigue te rend aimable mon petit préfet, plaisanta Sirius, il y a deux ans tu ne nous aurais jamais filé tes devoirs.

-À charge de revanche, dit-il en tendant son parchemin à James.

Il reposa sa plume près de son travail d'arithmancie pour se lever un moment à son tour. Leur retard accumulé leur avait bondi dessus ce dimanche matin. Il était à présent près de minuit et les quatre Gryffondor n'avaient quitté leur dortoir que pour manger. Chacun d'entre eux avait les yeux rouges et se jurait fermement de ne plus jamais laisser le travail s'entasser comme ça.

La sixième année leur évoquait désagréablement la cinquième. Seulement là, comme ils n'avaient plus d'examen principaux à la fin de l'année, les professeurs ne se contentaient plus des leçons à apprendre. C'était commentaire sur commentaire, dissertations et recherches en permanence.

Après quelques minutes de conversation, les quatre garçons revinrent, la mort dans l'âme, sur leurs devoirs inachevés. Remus regarda machinalement le calendrier posé sur son bureau, annonçant la date fatidique de la prochaine pleine lune, un peu trop proche pour ses nerfs. Il se réveillerait prochainement avec les mêmes courbatures que James et Sirius après leurs entrainements de Quidditch, il serait fatigué en permanence, presque inattentif à certain moment... Il se secoua la tête pour se réveiller un peu. Il aurait bien le temps de penser à ça quand il y serait. Il avança son livre d'arithmancie et constata avec soulagement que c'était son dernier exercice. Il inspira profondément et s'y remit, ignorant autant que possible son cauchemar qu'il venait de réveiller dans son esprit.

La routine scolaire aurait pu s'étirer ainsi indéfiniment. Faire les devoirs puis les rendre. Descendre dans les cuisines pour manger bien après le couvre-feu. Observer James essayer encore de se rapprocher de Lily, qui perdait chaque jour un peu plus de patience... Et le prendre à part pour lui expliquer que ça ne servait à rien de la forcer. Cela faisait à peine une semaine et demi qu'ils étaient revenus à Poudlard, Remus avait l'impression que ça faisait bien plus. Il n'avait pas encore écrit à ses parents, il pensait prendre un peu de temps au repas de midi pour le faire. Il avait même à peine parlé à Irisea... Mais heureusement personne ne le bousculait plus dans son entourage, trop pris dans leur propre histoire.

Sirius était revenu, la veille, dans une humeur exécrable. Tout ce que Remus et Peter avait put comprendre de son monologue, hormis les jurons, étaient les noms de Bellatrix et Lucius. Sa « garce de cousine folle à liée » et ce « petit merdeux d'aristocrate fiancé à cette pimbêche de Narcissa » selon ses dires. Puis il avait pris James à part pour lui demander quelque chose, à l'abri des oreilles indiscrètes de Remus, avant de revenir pour se glisser dans son lit. James leur avait demandé de ne pas y prêter attention, et comme d'habitude Remus et Peter avaient obtempéré.

Seulement voilà, le lycanthrope leur en voulait toujours un peu de les tenir à l'écart comme ça. Surtout que Sirius était toujours énervé... Même si personne ne semblait vraiment le remarquer. Il sortait, depuis cinq minutes montre en main, avec une quelconque Serdaigle de cinquième année et Remus le voyait rire avec aigreur avec Dylan et Thomas. Peter n'y prêtait pas attention, se récitant fébrilement les propriétés des mandragores, et James se contentait de faire « comme si », regardant parfois le châtain avec un sourire d'excuse du genre « ne t'inquiète pas, ça va aller. Je m'occupe de lui ». Il aurait voulu lancer un sujet de conversation au hasard, pour chasser ses mauvaises pensées, mais le courrier était arrivé et les gros titres chassèrent toutes les préoccupations, la routine, la sécurité qu'ils ressentaient chacun à Poudlard :

« Nouvelle attaque dévastatrice du Lord V.

Ce matin, à Oxford, la brigade des Oubliators a eu un travail de masse. La désormais tristement connu, marque des ténèbres a flotté pendant une bonne heure au dessus d'un orphelinat moldu. La bâtiment est en ruine et subit toujours un examen approfondi des Auror. William Potter n'a pas voulu répondre à nos questions mais nous connaissons le bilan de cette attaque : aucun survivant. La centaine d'enfants moldus, ainsi que les douze personnes qui les avaient en charge, ont péri sous les décombres.

La zone a été sécurisée, un sortilège de repousse-moldu appliqué. Le premier ministre moldu s'est longuement entretenu avec Cornelius Fudge pour demander de rompre le traité du secret de l'existence sorcière : « La population de Grande-Bretagne doit être au courant de ce qui se passe. Mentir ainsi sur la réelle nature de ces attentats est une honte ! » a t-il déclaré.

Serait-ce la fin du secret ? Nos ministres semblent contre, reste à savoir si monsieur Records acceptera de laisser les brigades d'Aurors gérer cette situation. »

-Ils savaient, fulmina Sirius les mains tremblantes, Bellatrix et Lucius étaient tellement euphoriques hier. Les sales bâtards ! Ils sont avec lui j'en suis sûr !

Personne ne trouva la force de lui répondre.

Note: « Gentlemens... We are in war ! » (dixit Doctor Who hehe ). J'ai de plus en plus l'impression de décrire les affres de l'adolescence dans cette fic... Mais c'est marrant ! On m'a fait remarquer le nombre important de personnages secondaires... Mais je vais vous aider pour identifier ceux à retenir ^^ C'est facile... C'est tout les personnages féminins, au moins une de chaque maison en plus, c'est facile : Andrea et Kathleen pour Gryffondor, Lina pour Serpentard, Irisea pour Poufsouffle et Daria pour Serdaigle.

Je vais essayer de développer le personnage de Daria parce que je l'aime bien... Et que c'est une Serdaigle ! Il faut toujours un cerveau !

See you next time !!