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Il y a eu un gros changement et plein de petites modifications dans ce chapitre, comparé à la première version. Les anciens lecteurs, si vous êtes toujours là, dites-moi en commentaire si vous avez trouvé de quoi je parle ;-)

Pour les autres, n'hésitez pas à commenter tout de même ! :)

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CHAPITRE 9

Place aux rêves

...

Assise en tailleur sur son lit, Ginny lorgnait le petit badge rouge marqué d'un « C » doré qu'elle avait reçu avec sa lettre de Poudlard. Une partie d'elle explosait de joie tant elle était fière et excitée à l'idée de diriger l'équipe de Quidditch de Gryffondor. Son allégresse demeurait malgré tout teintée d'un léger chagrin. Car si elle avait été nommée Capitaine, c'était parce que l'ancien n'était plus en fonction. Or, Harry aurait dû conserver ce poste pour une année encore... Seulement, avec les nombreux avis de recherche de lui qui circulaient un peu partout depuis le mariage, il était normal que le professeur McGonagall ait cherché à le remplacer.

Ginny était calmée à présent. Elle avait pris sa douche et avait mis de l'ordre dans sa chambre pour faire passer sa colère. Elle repoussait encore le moment où elle devrait écrire à Luna pour décliner une énième fois son invitation. Elle contemplait d'un regard vide la première partie de la lettre de Poudlard qui contenait ses résultats de BUSE.

BREVET UNIVERSEL DE SORCELLERIE ÉLÉMENTAIRE

Le candidat est admis s'il obtient l'une des notes suivantes :

Optimal (O)

Effort exceptionnel (E)

Acceptable (A)

Le candidat est recalé s'il obtient l'une des notes suivantes :

Désolant (D)

Piètre (P)

Troll (T)

GINEVRA MOLLY WEASLEY A OBTENU :

Astronomie : A

Soins aux créatures magiques : E

Sortilèges : O

Défense contre les forces du Mal : O

Études des Runes : A

Botanique : E

Histoire de la magie : D

Potions : E

Métamorphose : E

L'examen de BUSE que chaque élève passait obligatoirement à la fin de sa cinquième année avait été exceptionnellement reporté en raison de la mort du directeur de Poudlard au mois de juin. Les cinquième années avaient dû revenir au début de juillet, environ un mois après la mort de Dumbledore, afin de passer leurs examens. Ils en avaient été informé assez tôt pour leur permettre de se remettre au travail, et Ginny s'était replongée dans ses révisions, poussée par sa mère et aidée alternativement par Fleur et Hermione.

Elle n'était pas mécontente de ses résultats, bien sûr, et ses parents pourraient en être très fiers. Mais elle n'y attachait pas autant d'importance qu'eux, car ses BUSE ne lui seraient d'aucune utilité pour ce qu'elle souhaitait entreprendre dans l'avenir. Elle n'y avait jamais vraiment réfléchi, ça s'était imposé à elle comme une évidence lorsque le professeur McGonagall, sa directrice de maison, lui avait demandé ce qu'elle envisageait de faire après ses études à Poudlard. Elle lui avait spontanément répondu du Quidditch. Elle voulait faire carrière dans ce célèbre sport international. Mieux encore, elle rêvait d'intégrer la fameuse équipe des Harpies de Holyhead, sa favorite, qui faisait partie des treize meilleures équipes de Grande-Bretagne.

C'était un rêve fou, un rêve de gamine. Mais elle n'avait pas d'autres projets qui lui tenaient à cœur. Elle ne pouvait s'imaginer enfermée dans un petit bureau, entourée de paperasses ou enfermée dans une vie hyper-rangée. Elle avait besoin de liberté, d'action, d'adrénaline et de surprise. Tout ce que lui apportait le Quidditch. Et rien ne pourrait remplacer la merveilleuse sensation de voler sur un balai. Sauf peut-être les dragons, comme Charlie le lui avait suggéré...

Elle se mit à penser à ses frères qui, avant elle, avaient tracé leur chemin. Bill et Percy avaient fait de longues études et avaient obtenu de très bonnes mentions à leurs ASPIC. Chacun occupait à présent un poste important au sein de la communauté magique ; l'un était Briseur de sorts chez Gringotts, l'autre Assistant personnel du ministre de la Magie. Charlie avait obtenu de nombreux ASPIC également, dont un magnifique « Optimal » en Soins aux créatures magiques, puis était parti étudier les dragons en Roumanie, à la grande surprise de tout ceux qui pensaient qu'il deviendrait joueur de Quidditch professionnel. Fred et George, quant à eux, avaient arrêté leurs études après les deux ou trois BUSE qu'ils avaient obtenu pour monter leur magasin de farces et attrapes, qui marchait merveilleusement bien. Et Ron... jouait les héros.

Ginny soupira dans un sourire. En quelque sorte, ils avaient tous réussi et s'étaient tous donnés les moyens d'y arriver. Elle ne pouvait avoir meilleurs exemples. Et malgré les jours sombres qui s'annonçaient, son rêve ne faiblissait pas. Les résultats de ses BUSE lui offraient la possibilité d'assister à la majorité des cours au niveau des ASPIC et l'opportunité d'embrasser n'importe quelle carrière. S'il le fallait vraiment, elle était prête à devenir Médicomage ou Auror pour assurer la santé et la sécurité des sorciers pendant la guerre. Ce n'était pas des métiers qui fondamentalement lui déplairaient, il y aurait tout autant d'action, d'adrénaline et de surprise. Mais pas de balai...

On frappa à la porte de sa chambre, la tirant de sa rêverie.

- Entre, accorda-t-elle sans bouger de son lit.

Sa mère entrouvrit la porte sans pénétrer à l'intérieur. Elle semblait s'être calmée elle aussi.

- Tu as répondu à Luna ? demanda-t-elle avec prudence.

- J'allais lui écrire, soupira Ginny.

- Je viens de retrouver des feuilles de thé que l'on avait ramené d'Égypte, commença Molly d'un ton hésitant. Je n'ai pas encore eu l'occasion d'y goûter... Tu crois que Luna et son père apprécieraient ?

Ginny resta interdite quelques secondes, n'arrivant pas à en croire ses oreilles. Était-elle en train de lui dire qu'elle acceptait l'invitation de Luna ?

- Je... Je peux lui demander, assura Ginny en se redressant.

- Très bien, sourit Molly. Demande-lui également à quelle heure nous pouvons arriver.

- « Nous » ?

- Ne crois pas que je te laisserais y aller toute seule, fit Molly en fronçant les sourcils.

Ginny ne put s'empêcher de sourire. Sa mère revenait très rarement sur une décision.

- Enlève-moi ce sourire avant que je ne change d'avis, avertit sa mère. Et préviens-moi quand tu auras sa réponse.

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Ginny et sa mère arrivèrent donc chez les Lovegood en début d'après-midi, après avoir traversé à pied le village de Loutry Ste Chaspoule et grimpé une colline plus au nord. La maison était des plus étranges, tant et si bien qu'on pouvait se demander s'il s'agissait réellement d'une maison. Une sorte de grand cylindre noir se dressait verticalement contre le ciel telle la tour d'un vieux château, tandis que derrière pendait une lune fantomatique dans la lumière de l'après-midi. Le jardin quant à lui était envahi de plantes et fruits en tout genre.

- Des Prunes Dirigeables ? s'étonna Molly en lisant les écriteaux peints à la main, cloués sur le portail délabré. Qu'est-ce que c'est que ça ?

- Oh, il y a beaucoup de mystères chez les Lovegood, répondit Ginny amusée.

Molly soupira d'un air las tandis que Ginny toquait à la porte. Celle-ci s'ouvrit brusquement sur Xenophilius Lovegood dont les sourcils, d'abord froncés, se haussèrent jusqu'à disparaître sous sa chevelure.

- Oh ! s'exclama-t-il réellement surpris.

Il paraissait un peu perdu.

- Je ne m'attendais pas à... J'avais dit à Luna que... Merlin, elle ne m'écoute jamais... Enfin, ce n'est rien, entrez, entrez !

Il s'écarta pour les laisser passer. Ginny fut la première à entrer dans la demeure des Lovegood et ne put cacher son ravissement. La pièce, qui faisait office de cuisine, était parfaitement circulaire et donnait l'impression qu'on se trouvait à l'intérieur d'un gigantesque poivrier. Tout avait une forme arrondie pour s'adapter aux murs : la cuisinière, l'évier, les placards, l'ensemble décoré de fleurs, d'insectes et d'oiseaux peints avec des couleurs primaires et criardes.

Une odeur de chocolat chatouilla les narines de Ginny et la fit soupirer d'aise.

- Je suis désolée pour le mariage de votre fils, c'était une très bonne fête, dit Xenophilius. Vous n'avez pas eu de blessés ?

- Non, rien de grave, assura Molly. Vous n'avez pas eu d'ennuis ?

- Non, nous sommes partis à temps. Sait-on comment Scrimgeour est mort ? La Gazette du sorcier ne prolifère que des mensonges à ce sujet. Simple démission, selon eux. Une démission ? Quel euphémisme ! Personne ne l'a vu depuis...

- Je n'ai pas plus d'informations que vous, répondit Molly l'air grave.

Ginny ignorait si sa mère refusait consciemment de dire la vérité pour le bien de Mr Lovegood – et pour les oreilles de sa fille – ou si elle n'avait réellement aucune idée des circonstances de la mort de Scrimgeour. Xenophilius hocha la tête, compréhensif.

- Si vous voulez bien me suivre, nous allons nous installer dans le salon, proposa-t-il en passant devant ses deux hôtes pour monter l'escalier de fer forgé en colimaçon qui se tenait au milieu de la pièce et qui menait aux étages supérieurs.

Ginny lui emboîta le pas d'un pas énergique tandis que Molly observait les alentours d'un air dubitatif. La pièce du dessus se dessinait dans un mélange de living-room et d'atelier. Elle était de ce fait plus encombrée que la cuisine. Sur chaque surface s'élevaient des piles et des piles de livres et de papiers. De délicates miniatures suspendues au plafond représentaient des créatures que Ginny ne connaissait pas, dotées d'ailes qui battaient, ou de mâchoires qui mordaient dans le vide. Il y avait également une étrange machine en bois dotée d'une quantité de rouages que Ginny devina être une vieille presse à imprimer lorsqu'elle aperçut une pile d'exemplaires du Chicaneur déposée à côté.

- Je vous en prie, asseyez-vous, invita Xenophilius en montrant un sofa d'un vert bouteille. Puis-je vous offrir une infusion de Ravegourde ? Nous la préparons nous-même.

- Oh, Ginny déteste ça, dit une voix rêveuse en haut de l'escalier.

Luna apparut alors dans le salon accoutrée de son inséparable collier de bouchons de Bièrraubeurre qui continuait d'intriguer son entourage. Il était vrai que Luna avait déjà fait goûter à Ginny cette infusion une fois aux alentours des vacances de Noël, et que cette dernière avait tout recraché avant même d'avaler le liquide infâme.

- Nous avons apporté du thé d'Égypte, intervint Molly pour éviter un moment de gêne. Nous pensions que ce serait l'occasion.

- Oh ! Merveilleux ! s'exclama Mr Lovegood avec des yeux écarquillés. De quel thé s'agit-il ? Vous a-t-on dit quelles étaient ses propriétés ?

- Heu... Je crois qu'il s'agit de feuilles de Lotus bleu... et qu'elles soignent les douleurs musculaires et articulaires, répondit Molly prise au dépourvu.

- Mes genoux me font justement souffrir ces temps-ci, ce sera parfait !

Xenophilius et Molly descendirent dans la cuisine pour préparer le thé. Pendant ce temps, Luna entraîna Ginny dans sa chambre à l'étage au-dessus. La première chose que Ginny remarqua en entrant fut les cinq magnifiques portraits peints d'Harry, de Ron, d'Hermione, de Neville et d'elle-même au plafond, reliés les uns aux autres par le mot « amis » répété mille fois et tracé à l'encre dorée. Son regard s'attarda plus longuement sur les prunelles émeraudes de Harry qui la fixait d'un air serein.

- Tu peux poser tes affaires là, indiqua Luna en ouvrant l'armoire située à côté du lit.

- Tu as tout fait à la main ? interrogea Ginny à la fois émue et fascinée par les peintures.

- Oh, oui. J'ai fait ça après la bataille au ministère. Ça m'a pris toutes les vacances. J'ai d'abord commencé par toi, puis j'ai fait Harry et Neville. J'ai terminé par Ron et Hermione.

Un élan d'affection s'empara doucement de Ginny.

- C'est très beau, avoua-t-elle toujours perdue dans la contemplation.

- Merci. Ça m'aide à me sentir moins seule.

Ginny et Luna redescendirent dans le salon alors que Molly et Xénophilius remontaient avec une haute théière branlante, quatre tasses et un fondant au chocolat orné de fruits rouges. Le gâteau s'avéra assez lourd sur la digestion mais Ginny se régala. Le thé eut quant à lui un drôle d'effet sur son cœur qu'elle sentit battre plus vigoureusement dans sa poitrine tandis que des milliers de petits fourmillements parcouraient son corps, procurant des vagues de bouffée de chaleur, lui donnant d'étranges idées concernant Harry. Les joues rosies des autres lui confirmèrent qu'elle n'était pas la seule à subir des dérèglements internes et elle se demanda si ces plantes agissaient réellement sur les douleurs osseuses et musculaires... Néanmoins, personne ne fit de commentaires à ce sujet.

Molly se décida à partir en fin d'après-midi, après avoir inspecté la chambre de Luna où Ginny dormirait et avoir poliment refusé de dîner sous le toit des Lovegood malgré tout le bien que pût dire Xenophilius de son ragoût de Fangieux qu'il avait préparé la veille et qui sentait le jus de chaussette sale. Ginny espérait elle-même trouver une solution dans la soirée pour en être épargnée et elle aurait attendu un peu plus de compassion de la part de sa mère à ce propos. Elle comprit à son regard frondeur que c'était, selon elle, le prix à payer pour dormir hors de la maison familiale.

Une fois Molly partie, Xenophilius s'affaira à préparer la prochaine distribution de son journal et Ginny fut ravie de constater que le Chicaneur avait un public plus important qu'elle ne pensait, même s'il ne pouvait sans doute pas rivaliser avec celui de la Gazette du Sorcier.

Elle remarqua que le courrier des lecteurs était réparti sur deux énormes caisses en bois. Les lettres entassées dans la première se mêlaient pêle-mêle alors que celles de la deuxième avaient été triées en deux piles distinctes selon un classement tout à fait personnel : au-dessus de chacune des deux piles avaient été écrits à l'encre les mots « Gentils » à gauche et « Vilains » à droite, cette dernière pile s'avérant bien plus fournie que l'autre.

- J'aide papa à trier son courrier quand il est débordé, informa Luna alors qu'elles montaient dans sa chambre à nouveau. Il ne s'occupe jamais de la pile de droite sauf s'il n'en a plus à gauche. La dernière fois il a beaucoup pleuré, alors depuis, j'écris moi-même des lettres – anonymes bien sûr – et je les dépose dans la pile de gauche lorsqu'elle est vide.

- Tu lui écris quoi ?

- Je pose principalement des questions. Ça lui donne des idées pour ses prochains articles et il en oublie le courrier de droite.

- Astucieux, admit Ginny. Mais vous ne lisez donc jamais le courrier des... « Vilains » ?

- Quand on reçoit des beuglantes, on n'a pas vraiment le choix. Sinon, c'est moi qui m'en occupe. Je crois que papa préfère l'ignorer.

- Et tu y réponds ?

- Quand j'ai le temps et que c'est nécessaire, oui. On en a eu beaucoup après l'interview qu'avait donné Harry il y a un an, mais j'ai préféré d'abord répondre aux gentils avec papa. Et j'ai jeté toutes celles qui n'attendaient pas de réponses, comme les insultes ou les menaces.

- C'était vraiment courageux de la part de ton père de l'avoir publié, loua Ginny en repensant au fameux article qui avait permis de remettre les propos du ministère à leur place.

- Oh, ce n'était pas une question de courage, assura Luna en montant sur son lit. C'était de la conviction. Papa a toujours consacré son énergie à révéler les évidences de notre monde. Le ministère voulait cacher la vérité, papa l'a dévoilée, c'est aussi simple que ça.

Ginny laissa un sourire se dessiner sur ses lèvres. D'aussi loin qu'elle la connaissait, Luna avait toujours eu une foi inébranlable en son père.

Luna s'approcha de la tête de son lit et tendit une main vers un énorme anneau suspendu quelques centimètres au-dessus d'elle que Ginny n'avait pas remarqué tant elle avait été fascinée par les peintures murales en entrant. Pourtant, elle n'aurait pu le louper, il devait faire un demi-mètre de diamètre, une sorte de toile se tissait à l'intérieur, et trois grosses plumes jaunes attachées au bas de l'anneau pendaient vers le sol. Tout semblait être fait de bois et de cordes lâches, hormis les perles bleues qui décoraient l'ensemble.

- Qu'est-ce que c'est ? interrogea Ginny qui sentait une étrange attraction émaner de l'objet.

- Un Attrapeur de Rêves, répondit Luna en caressant la plus grosse des trois plumes. Certains l'appellent aussi la Toile de Rêves. Il empêche les mauvais rêves d'envahir notre sommeil. Il agit comme un filtre. Les beaux rêves passent à travers le trou du centre pour être conservés dans les plumes et les mauvais restent prisonniers dans la toile et sont brûlés aux premières lueurs du jour.

- Tu veux dire qu'il est possible de consulter ses beaux rêves ? Comme une sorte de Pensine ? s'enquit Ginny en s'approchant du cerceau magique.

- Oui et non, l'Attrapeur de Rêves est un protecteur, il chasse les cauchemars avant tout. Il ne délivre les beaux rêves qu'une seule fois, si tu sais comment lui demander, et seulement à la personne qu'il protège. Une fois libérés, les rêves s'évanouissent.

- C'est un bel objet, admira Ginny.

- C'est ma mère qui me l'a fait. Je faisais beaucoup de cauchemars quand j'étais petite. J'en fais encore, mais avec ça, ils sont moins puissants, et je les oublie au réveil.

Luna lâcha la grosse plume jaune qu'elle tenait dans sa main puis se tourna vers la fenêtre sur sa gauche. Il y avait un autre Attrapeur de Rêves qui y était suspendu. Il était plus petit, de la taille d'une main à peu près, ses plumes et ses perles étaient d'une blancheur éclatante. Luna le détacha et le tendit à Ginny.

- Je te souhaite un joyeux anniversaire Ginny, dit-elle dans un grand sourire.

Cette dernière resta muette quelques secondes, franchement surprise. Il était magnifique.

- C'est moi qui l'ai fabriqué, ajouta Luna une fois que Ginny l'eut pris dans ses mains. Il était important que tu sois la première personne à le toucher – en dehors de moi – c'est pour ça que je préférais te le donner en main propre.

Ginny sentit des fourmillements parcourir ses mains et ses bras. Une vive lumière éclaira le trou au centre de la toile puis s'échappa vers les bords de l'anneau et descendit jusqu'aux plumes qui se colorèrent d'un rouge vif. Les perles demeurèrent blanches.

- Rouge, évidemment, commenta Luna. Il t'a reconnu comme son propriétaire. Il ne protégera que toi dorénavant.

- Merci Luna, c'est vraiment un très beau cadeau, dit Ginny d'une voix émue.

- Je l'ai rechargé en lumière, ajouta Luna. Pense à le faire régulièrement, surtout si tu fais beaucoup de cauchemars. Sans lumière, il ne pourra chasser les mauvais rêves.

Ginny se promit de garder le conseil dans un coin de sa mémoire et se demanda où elle pourrait l'accrocher dans sa chambre à Poudlard. Son humeur s'assombrit lorsqu'elle songea aux dernières nouvelles concernant leur future année scolaire.

- Tu es au courant pour la Commission d'enregistrement des nés-Moldus ?

- Oui, papa m'a raconté. C'est terrible qu'on en soit arrivé là. Je connais une fille de mon année à Serdaigle dans ce cas. Elle ne m'aime pas, mais je lui ai envoyé une lettre pour l'avertir. Je crois qu'elle a un petit frère aussi.

- Tu as bien fait, soutint Ginny. Moi j'ai averti les Crivey et Olivia, une fille de mon année également. J'espère qu'ils sont déjà loin.

- Papa est embêté pour cette histoire de Statut du sang, poursuivit Luna. Il faut qu'il trouve un acte de naissance de maman pour prouver que je suis née de deux parents sorciers. Il a envoyé une lettre à mes grands-parents hier.

- On ne devrait même pas avoir besoin de justifier quoique ce soit, grommela Ginny. Comme si notre sang était meilleur que celui des autres... Poudlard ne va accueillir qu'un quart de la population sorcière cette année. Les Serpentards doivent être tout à fait ravis !

C'était du cynisme pur, bien entendu, mais elle ne pouvait s'empêcher de penser que la maison des Serpentards rassemblait beaucoup trop de sorciers aux idéaux extrémistes.

- Il y a des nés-Moldus chez les Serpentards aussi, tempéra Luna. Et ces histoires de « Sang Pur » ne concernent pas que leur maison. J'ai déjà entendu ce genre de discours dans notre salle commune.

- Je n'ai jamais entendu de telles bêtises chez les Gryffondors ! rétorqua Ginny.

- Ils ne le disent peut-être pas haut et fort, remarqua Luna. Je ne suis pas sûre que ce soit une question de maison. Nous allons devoir être prudents. Surtout toi, Ginny.

Ginny haussa les sourcils, à la fois surprise et légèrement offensée par la mise en garde de son amie. Luna l'estimait-elle, elle aussi, trop faible pour se défendre ?

- Ce n'est peut-être pas arrivé aux oreilles de Tu-Sais-Qui, mais beaucoup de personnes à Poudlard savent que tu étais proche d'Harry, expliqua Luna. Et que tes frères ont toujours été de son côté.

- Et alors ? fit Ginny avec un certain défi dans la voix.

- Ça fait de toi la première cible des ennemis d'Harry à Poudlard.

- C'est exactement pour éviter ce genre de problème qu'il m'a quitté ! railla Ginny amère.

- Tu as donc le choix de leur donner raison en montrant ouvertement ton soutien à Harry et risquer ainsi d'être leur bouc émissaire. Ou bien d'effacer leurs soupçons en affichant clairement ton adhésion au nouveau régime.

- Je refuse de me rallier à leur cause ignoble !

- Il reste une troisième solution, poursuivit Luna. Rester neutre. Ou du moins, semer le doute sur ta position sans jamais prendre officiellement parti, tout en soutenant secrètement Harry.

Ginny fixa Luna quelques secondes puis l'ombre d'un sourire se dessina sur ses lèvres.

- Tu parles de reformer l'AD ?

- J'en rêverais.

C'était évident. Tout comme Neville l'avait suggéré dans sa lettre... Elle aussi en avait rêvé. La formation de l'AD avait été proposée par Hermione deux ans auparavant, mais Harry en avait clairement été le leader, bien malgré lui. Aux yeux des autres membres en tout cas, il était celui qui avait opposé une certaine résistance à la dictature du ministère de la Magie. Reformer l'AD signifiait donc reprendre le flambeau et soutenir son ancien dirigeant, soutenir Harry Potter et tout ce qu'il incarnait.

Cependant, si Ginny ne gardait de ces réunions secrètes que de beaux souvenirs de partage, d'amitié et surtout, de liberté, elle ne pouvait y songer sans se rappeler la trahison de Marietta Edgecombe, une élève de Serdaigle, qui avait entraîné la fin de ces rencontres clandestines. S'ils reformaient l'AD, Luna avait raison, ils devraient se montrer prudents et bien plus que la dernière fois.

- Nous n'aurons peut-être pas besoin de le faire, objecta cependant Ginny. Si McGonagall garde le poste de directrice de Poudlard...

- Ils enverront Ombrage ou un autre employé du ministère, conclut Luna en haussant les épaules. La dernière fois, Dumbledore n'a pas eu son mot à dire. Je doute que McGonagall ait plus d'influence. Mieux vaut organiser la résistance dès maintenant.

La résistance. Ce mot fit frémir Ginny d'une certaine excitation. Oui, ils allaient reformer l'AD avec Neville et Luna, et ensemble, ils allaient soutenir Harry et l'Ordre du Phénix. Elle en avait rêvé tout l'été et ce soir, grâce à Neville et Luna, elle venait enfin de trouver sa façon à elle de résister. Rester libre, coûte que coûte.


Si vous aussi vous frémissez d'excitation à la fin de ce chapitre, laissez une petite review... ! ;-p

...

Réponse aux reviews (première version)

Cazolie : Ne t'excuse pas ! C'est déjà super de poster une review quand tu peux :) Je trouvais intéressant de suggérer une éventuelle amitié entre Viktor et Ginny, et les jumeaux restent les jumeaux ! :-p Je me suis particulièrement appliquée pour ce passage avec Tonks, et je suis ravie qu'il t'ai plu :) Il est vrai que cette période de l'histoire n'est pas très gaie, mais ce n'est pas dit que tous les chapitres à venir soient aussi sombres. Yes, si j'ai réussi à te faire rire, c'est gagné ! Les jumeaux ont toujours su alléger l'ambiance :) Ouais, on oublie souvent beaucoup de choses sur Ginny... surtout dans les fanfictions... Oui j'ai trouvé amusant de comparer la passion de Neville à celle de Hagrid ! Percy est le vilain petit canard de la famille, mais ça ne veut pas dire qu'il l'a renié pour toujours :) Merci pour tes encouragements, je vois bientôt la fin !

Emma-Austen : Je n'en doute pas ! Heureuse qu'il t'ait apparu fluide :) Eeet oui, Ginny commence à s'affirmer ! Pour Molly, entre son fils aîné Bill qui s'est fait agressé par un loup-garou, son fils Percy qui ne lui parle plus, son fils George qui a perdu une oreille, son autre fils Ron qui est en vadrouille... On peut comprendre qu'elle soit encore plus protectrice avec le dernier enfant sur lequel elle a encore une partielle autorité, d'autant plus qu'il s'agit de son unique fille. La dispute était volontairement inattendue, je voulais montrer le caractère un peu impulsif de Ginny. La difficulté était de la rendre crédible, mais si ça ne t'a pas choqué, c'est que ça a du fonctionner :) Oui, on apprendra qui sont les autres expéditeurs ! et tu as bien compté, il en reste deux :) Merci pour tes encouragements !

Maylis : Haha, merci pour tes deux reviews ça m'a fait trop plaisir ! J'aime illuminer tes journées de cours :D Je savais que je pouvais m'en sortir sans détailler la torture, la suggestion est toujours plus forte que la description ! :-p J'avoue que ce moment avec Tonks m'a mis la boule au ventre quand je l'ai écris; je voulais vraiment qu'on sente sa détresse comme je l'ai ressenti. Sache que j'essaye toujours de placer des jeux de mots de ce style avec Fred et George, chaque fois que je peux ! :-p Ouais, pour moi ils ont toujours cru en ses capacités et je dirais même qu'ils ont toujours eu une forte admiration pour leur petite sœur (comme la fois où ils racontait que Ginny avait forcé la porte du placard à balais pour voler sans autorisation). Le cadeau de Luna ? Je pense que tu as réponse dans ce chapitre ;-) Merci pour tes efforts, ça m'a vraiment fait plaisir !