Ethan :
J'arrivai enfin à Dover. Le voyage avait été plutôt long mais comme je l'avais prévu, nous étions arrivés dans la matinée. Sauf que c'était l'heure de pointe et que j'avais beaucoup de mal à me faufiler jusqu'à l'arrêt de taxi parmi les piétons trop pressés.
Tout le monde était descendu du car et s'était séparé en souriant. Comme nous étions peu nombreux, nous avions pu un peu discuter…de tout, de rien. Et, nous nous étions quittés en souhaitant aux autres une bonne continuation.
A l'arrivée du car, l'homme, qui n'avait cessé de travailler sur son ordinateur portable durant tout le trajet, avait été rejoint par une femme d'une trentaine d'année, deux petites filles aux cheveux bouclés et un garçon un peu plus âgé. En voyant les retrouvailles de cette famille, j'avais tout de suite imaginé que j'aurais pu être le petit garçon qui embêtait gentiment ses deux sœurs et que les parents qui riaient devant cette scène auraient été mes parents.
Je hélai un taxi mais il passa devant moi s'en s'arrêter en montant légèrement sur le trottoir. Je renonçai à l'idée de retenter ma chance et me dirigeai vers des rues un peu moins encombrées. J'allai essayer de faire du stop.
Le voyage n'avait pas été très long et le conducteur qui m'avait pris en stop était plutôt sympathique. Il me déposa dans le quartier de la maison de ma sœur. Lorsque j'arrivai près de chez elle, je vis entrer plusieurs hommes dont un que je reconnus comme étant Lyle. Avec lui, il y avait plusieurs personnes habillées en costume sombre. J'en déduisis qu'il s'agissait de nettoyeurs. Et, un autre homme les accompagnait. Je remarquai un détail à son sujet : il refusa de serrer la main du voisin qui était venu voir si tout allait bien.
Après avoir rassuré le voisin, l'équipe de nettoyeurs entra dans la maison de Parker. Apparemment elle n'était pas là. Il ne fallait donc pas que je reste dans le coin et j'avais déjà une idée sur l'endroit où me cacher en attendant de retrouver Parker.
Lyle :
Rien. Il n'y avait rien. Aucun indice qui pouvait nous indiquer où elle se trouvait. La seule chose dont nous étions sûrs c'est qu'elle n'était pas venue ici depuis quelques jours, mais ça, nous nous en doutions déjà. J'en connaissais un qui n'allait pas être content de ce manque de résultat.
Je me tournai vers Cox pour voir où il en était mais il n'avait pas sorti les mains de ses poches depuis que nous étions entrés. Il observait une photo posée sur un des meubles du salon. Sur le papier glacé, Parker posait à côté de la maison dans laquelle elle avait grandi. Elle était vêtue d'une robe légère et claire, ce qui changeait des vêtements qu'elle portait habituellement.
Je connaissais bien le regard que Cox lançait à l'image de Parker pour avoir moi-même posé le même sur ma sœur. Son physique ne le laissait donc pas indifférent. Pas besoin d'être un Caméléon pour savoir que c'était le cas de beaucoup d'hommes. Je garderai un œil sur ça, je ne voulais pas qu'il me prenne ma chance avec Parker, si chance il y avait encore avec elle vu les récents évènements du parking. Je souris en me remémorant ces quelques instants où j'avais pu frôler sa peau douce et chaude, l'avoir aussi près de moi…
Un nettoyeur me tira de mes pensées pour articuler avec difficulté –c'était jouissif de voir à quel point je pouvais leur faire peur- une explication au manque d'indice :
« - Mlle Parker a dû tout remettre en ordre et enlever tous les indices susceptibles de nous aider à la retrouver avant de partir.
- Je ne crois pas, intervint Cox, je pense plutôt que, comme Mlle Parker est une femme ordonnée et impeccable, c'est l'état habituel et normal de la maison.
- D'après vous, elle ne serait pas rentrée chez elle avant de s'enfuir, demandais-je pour voir s'il se doutait de quelque chose concernant l'autre soir.
- Non, me répondit-il. …Je vous expliquerai ma théorie plus tard, ajouta-t-il devant mon regard interrogateur ».
Mlle Parker :
J'ouvris les yeux. J'essayai de remettre mes idées en place car il me semblait que je m'étais déjà réveillée un peu plus tôt. Quand tout me revint en mémoire, je remarquai l'absence de Jarod. Il avait dû me laisser dormir encore un peu.
Comme je m'y attendais, m'être confiée à lui m'avait fait du bien. Encore une fois. Cependant, je ne savais pas trop quel comportement avoir avec lui. Tout était encore un peu confus dans ma tête même s'il était désormais plus facile pour moi de m'avouer certaines choses sur lesquelles je me mentais depuis toutes ces années.
Je décidai de me lever et d'aller le rejoindre. Je le retrouvai dans la cuisine où il travaillait déjà sur son ordinateur portable tout en buvant un café. En m'entendant arriver, il leva la tête et me sourit. Je le lui rendis en pensant que je n'oublierais jamais ce genre de moment. La douceur et la chaleur de ce sourire resteraient à jamais gravés dans mon cœur. Quoi que j'en dise, cet homme pansait mes blessures par un regard, un sourire, ses gestes, sa présence…
Je me servis un café en observant ce que faisait le petit génie. Des chiffres, des formules scientifiques, des chiffres, des représentations d'ADN en trois dimensions, des chiffres, des lignes et des lignes de calculs…Est-ce que j'ai mentionné les chiffres ? Il était décidément trop tôt pour que je me plonge dans ce qui défilait sur son écran d'ordinateur. Il sourit en comprenant que je n'arrivais pas à déchiffrer tous ces…trucs. Ce qu'il pouvait m'énerver à savoir ce que je pensais sans même que je ne parle !
Voyant qu'il n'était pas décidé à m'expliquer, je m'assis à côté de lui. Je commençai à manger quand il dit :
« - Je suis en train de voir si le Centre à d'autres informations à propos de Brigitte et sur le bébé qu'elle a mis au monde. Apparemment, Raines n'a pas pris le risque de tout mettre dans le même dossier mais il a gardé sa mauvaise habitude de tout mettre dans des fichiers informatiques qui sont protégés par un système que j'ai mis au point.
- Tu n'as donc eu aucune difficulté à les retrouver et les ouvrir…
- …de les copier sur mon ordinateur et de commencer à les analyser ».
Il était levé depuis quand ?
Il n'avait pas dû beaucoup dormir en étant assis et apparemment il n'était pas allé se recoucher à part s'il travaillait très vite mais, jusqu'à preuve du contraire, il était le petit génie pas Flash ! –un héros de bande dessinée qui va "super vite" en reprenant les termes de Broots-. Et pourtant, il n'avait pas l'air fatigué. Il était trop absorbé par ses recherches pour cela.
Une lueur passa dans ses yeux, signe qu'il avait trouvé quelque chose. Néanmoins, il semblait préoccupé…même indécis. J'avais l'impression qu'il ne savait pas s'il devait se réjouir de ce qu'il venait de trouver ou, au contraire, si la suite n'allait pas être pire. Comme il s'agissait du Centre, j'aurais pensé qu'il n'y avait aucun doute possible et que ce qui était sur le point d'arriver n'allait pas être rose, mais Jarod n'en semblait pas aussi sûr.
« - Tout ceci confirme nos soupçons sur Brigitte et sa véritable…"fonction". Il y a même tous les descriptifs des tests et leurs résultats. Celui de compatibilité s'est révélé être positif et on lui a implanté un ovule fécondé, me dit-il en voyant l'impatience me reprendre.
- Oui, mais qui sont les parents de cet enfant ? Si le Centre a tenu à garder tout ceci secret jusque là, c'est parce que ce bébé doit être très important pour eux. Peut-être qu'en retrouvant ses parents, on saura pourquoi le bébé est si important pour le Centre.
- En fait, j'ai déjà commencé mes recherches sur l'identité des parents. J'ai déjà pu déduire, depuis les tests qui sont détaillés, une partie d'ADN de la mère biologique de l'enfant. Mais, je ne sais pas si je pourrais reconstituer cet ADN en entier. Je dois encore y travailler, dit-il en se replongeant déjà dans ses recherches.
- Et le père ?
- Il n'y a pratiquement aucune information sur lui, sauf peut-être le fait que son ADN a déjà été étudié…mais ça ne nous aide pas beaucoup, cette pratique est monnaie courante dans la Maison des Horreurs, dit-il en grimaçant ».
Je frissonnai. Il avait raison. J'avais peur de savoir d'où venait cet enfant, pourquoi il avait été conçu et ce qu'il était devenu. Si jamais Raines avait touché à ce bébé… Une faible douleur au ventre me rappela à l'ordre : il fallait que je me calme. Et je savais exactement ce qui allait me détendre : du shopping. Ça tombait bien puisque je n'avais rien emmené avec moi et qu'il me fallait des vêtements.
Jarod avait deviné mes intentions car il me tendit une carte de crédit en m'assurant que le Centre ne pourrait pas nous repérer. Je levai un sourcil, étonnée. Il sourit et m'informa que ça n'était pas vraiment son argent mais plutôt celui d'une grande entreprise du Delaware. Je souris à mon tour. Cet homme était vraiment un génie !
Sydney :
D'un geste rageur, j'envoyai au sol tous les papiers qui traînaient dans mon tiroir pour attraper, enfin, mon arme.
Il avait osé ! Lyle avait osé toucher Parker ! Il allait le payer.
Je me dirigeai vers le couloir où j'étais sûre de le trouver à cette heure-ci en bousculant deux ou trois personnes qui passaient par là. J'avais entendu dire qu'il était revenu de la fouille de la maison de Parker où il n'avait, heureusement, trouvé aucun indice. Soudain, je m'arrêtai. Il était là et discutait avec deux jeunes femmes –asiatiques pour ne pas changer les habitudes- devant l'ascenseur. J'essayai de me calmer ou, tout du moins, de paraître calme et j'allai vers lui. Il me sourit et me salua, visiblement de bonne humeur. Je l'entraînai dans un couloir plus sombre et beaucoup moins fréquenté et le plaquai au mur. Je repoussai la sécurité et lui collai l'extrémité du pistolet sous sa gorge ; la calandre glacée saisissant au passage quelques reflets de son visage contorsionné par un mélange de stupéfaction et de crainte naissante.
Broots m'avait tout confessé. Il fallait avouer que je lui avais posé des questions jusqu'à ce qu'il me dise la vérité. L'informaticien avait autant tremblé en m'annonçant la nouvelle que quand il disait à Parker qu'il n'avait pas trouver grand-chose sur une quelconque recherche. Cependant, il avait essayé de me retenir, de me dissuader d'aller voir Lyle…mais il n'avait pas réussi…et j'en étais plus que satisfait. Lyle était en face de moi. Je pouvais lire de la peur dans son regard, malgré tous ses efforts pour la cacher. Il devait être étonné de me voir aussi violent et menaçant vis-à-vis de quelqu'un, moi qui, d'habitude, ne laissais rien paraître –comme quoi, c'était vraiment quelque chose de courant au Centre-.
Il avait osé poser ses mains sur celle que je considérais comme ma fille, alors il n'allait pas s'en tirer comme ça.
5
