Merci beaucoup pour les reviews.

L'enfer, c'est l'indifférence.

« Shizuru-Hime a un amoureux. »

Shizuru ne prit même pas la peine de lever la tête de son repas. Chie Harada et Aoi Senou du service des urgences. Deux infirmières inséparables et surtout les pires commères.

Elle entendit le claquement des plateaux se poser simultanément sur sa table avant qu'Aoi reprenne avec emphase:

« C'est tellement romantique : j'imagine déjà un jeune homme, riche et ténébreux. Peut-être l'héritier d'une grande famille…

- Et qui sait ce qu'il a dû faire pour pouvoir enfin ravir le cœur de notre chère Shizuru-Hime ! » Chie termina dans le même élan d'exaltation. Vraiment, songea l'interne, les infirmières sont les pires créatures qu'on puisse rencontrer dans les cliniques…

« C'est Fujino-han, pour vous. » Elle reposa ses baguettes, consciente qu'elle n'échappera pas à un interrogatoire en règle.

« Et puis qu'est-ce qui vous fait dire ca ? »

D'un même geste, elles désignèrent le bento.

« On a remarqué que depuis maintenant trois semaines, tout les mercredis, Fujino-san vient déjeuner à la cafétéria avec un beau bento.

- Je pourrais très bien le préparer moi-même.

- Que le mercredi ? réfuta Chie avec amusement. Et pourquoi pas les autres jours ?

- Peut-être parce que les autres soirs je travaille sur mon mémoire et qu'une fois par semaine j'aime prendre le temps de cuisiner. »

Et paf ! Que vas-tu redire à ca ? Avec une certaine satisfaction, elle reprit son repas.

« Mais on a d'autres preuves, Chie poursuivit, néanmoins, imperturbable.

- Depuis deux mois tu es différentes, continua Aoi.

- Tout les mardis tu te dépêches de partir, renchérit Chie.

- Et le mercredi matin tu arrives avec des étoiles dans les yeux. Ca ne trompe pas : tu vois bien quelqu'un ! »

Et moi qui pensais avoir une discrétion légendaire… Elle laissa durer le suspense avant de consentir à leur répondre:

« Si vous êtes déjà persuadées que j'ai un fiancé, pourquoi alors me poser la question ?

- Mais pour avoir des détails, bien sûr ! »

Un sourire énigmatique, et Shizuru attrapa du bout de ses baguettes un morceau de poulet citronné.

Des détails ? Elle aurait pu leur en fournir des tas. A commencer que ce beau ténébreux était une demoiselle. Qu'il ne s'agissait hélas pas de son amante, mais d'une simple amie. Et surtout que désormais elle la voyait également le vendredi soir.

Installée à son bureau, Natsuki souriait, amusée et avec une furieuse envie d'immortaliser en quelques coup de crayons cette scène. Clichée certes. Mais tellement agréable à regarder : une jeune femme vêtue d'une simple nuisette, ses longues jambes enserrant le carénage nerveux de son destrier mécanique, les volutes de fumée tourbillonnant autours d'elle et en arrière plan une nuit constellée.

« Natsuki ne m'écoute pas… » Le Kansai-ben de Shizuru la sortie de sa rêverie.

« Désolée. » Elle détourna son regard, vaguement gênée. « Tu disais ?

- Je te demandais si ca ne te manquais pas de faire de la moto.

- Un peu, elle concéda. Mais je passe mon envie sur des jeux de circuit.

- Ca ne doit pas être pareil, quand même. »

Elle entendit la fenêtre se refermer et quelques instants plus tard, Natsuki devina la présence de la jeune femme, derrière elle.

« Toujours sur tes dessins ? Shizuru questionna, prenant appuie sur ses épaules. Quelques mèches blondes et encore humide d'une récente douche vinrent chatouiller son cou, et aussitôt Natsuki sentit ses joues s'empourprer.

« Non, pas ce soir, je regarde juste un film. Mais toi, va te coucher.

- C'est bon, Natsuki. Je ne travaille pas demain, je peux rester un petit moment avec toi si tu veux. »

La pression sur ses épaules s'accentua et Natsuki eut un rire nerveux :

« Tu tombes littéralement de fatigue et je ne pense pas que tu aimes ce genre de film, Doc'. »

Du doigt, elle pointa son ordinateur, mis en sourdine, où un centre commercial était pris d'assaut par une horde de mort-vivants.

Les mains remontèrent sur sa nuque, caressantes, tandis que Shizuru lui soufflait :

« C'est comme ca que tu vois le monde extérieur, Natsuki ?

- Non…enfin peut-être. »Elle hésita et Shizuru vint gentiment ébouriffer ses cheveux.

« Il n'y a pas que des monstres dehors. » A regret, la dessinatrice sentit la jeune femme s'éloigner d'elle.

« Tu viendra dormir, ce soir ?

- Je ne sais pas. »

Natsuki entendit les escaliers grincer et un instant plus tard, la lumière de sa mezzanine s'éteignit.

Il était presque trois heures du matin et à l'écran une femme se faisait malencontreusement découper par une tronçonneuse.

Qu'est-ce que je fous là ?

.

Quelques minutes plus tard, Natsuki se glissait dans sa chambre.

Un regard vers la porte de sa salle de bain où se trouvaient ses précieux alliés.

Un temps de réflexion. Est-ce que j'en ai vraiment besoin ? Oui, désespérément oui. Mais Natsuki, ce soir, avait décidé d'être plus forte que sa peur. Après tout, elle savait qu'elle n'avait rien à craindre de Shizuru, qu'elle était la dernière personne à pouvoir lui faire du mal.

Alors, avec précaution, le cœur battant la chamade, elle prit place dans son lit, sursautant presque quand son amie, d'une voix éraillée de sommeil, lui chuchota :

« Je ne m'attendais pas à ce que tu viennes.

- hum. » Concis comme réponse mais elle ne trouvait rien d'autre à dire.

« On peut un peu parler si tu veux, si ca peut te rassurer…

- J'n'ai pas peur. »

Ses yeux quittèrent le plafond pour se poser sur la silhouette couchée prés d'elle. Drapée dans la couverture, la jeune femme lui tournait le dos. Belle, mais tellement seule, elle réalisa.

« Pourquoi tu n'as personne dans ta vie ? »

Elle observa les épaules de son amie se contracter, à quelques centimètres d'elle, mal à l'aise. La question avait fait mouche. Et en voyant le silence s'égrener Natsuki ne put s'empêcher de culpabiliser : pourquoi ressentait-elle ce besoin de blesser son entourage ? Il en avait toujours été ainsi. Avant. Peut-être pour se conforter, peut-être pour se mettre sur le même pied d'égalité que les autres…Quoiqu'il en soit elle avait toujours pris un malin plaisir à observer et décortiquer le comportement de ses amis. Et leur balancer en pleine gueule leurs faiblesses quand l'occasion se présentait.

Et maintenant elle reproduisait ce vice sur Shizuru. Essayant de percer les défenses de la jeune femme, ses secrets. Mais Shizuru n'est pas "les autres" ! Non, Natsuki se rassura en gardant son regard sur la silhouette tendue à ces cotés. Ce n'était pas par méchanceté qu'elle agissait. Du moins elle l'espérait sincèrement. Elle avait envie de connaître cette jeune femme. La connaitre davantage.

« Pourquoi crois-tu ca ? Shizuru lui répondit finalement, sans émotion.

- Tu ne me parles jamais de ta vie sentimentale et, si tu voyais quelqu'un, je doute que tu serais chez moi ce soir.

- Natsuki est toujours aussi perspicace. » Shizuru plaisanta, avant de reprendre avec plus de pudeur :

« Il y a eu une époque où je fréquentais réguliérement les bars, où je collectionnais les aventures sans lendemain. » Elle fit une pause, peut-être embarrassée, puis termina sa phrase d'une traite :

« Finalement tout ce que je retiens de cette période c'est je ne sais pas y faire en amour…

- Si tu m'avais connue, à ce moment là… j'aurai été une de tes conquêtes…

- Non, je ne crois pas. »

Le cœur de Natsuki, qui jusqu'à présent battait à tout rompre, sembla se figer.

« Non, continua doucement Shizuru inconsciente de son trouble, rassure-toi. »

Natsuki garda le silence, fixant le dos de la jeune femme.

Dans le calme nocturne, elle se prit à l'imaginer un de ces soirs, dans un bar aux lumières tamisées, accoudée au zinc, son long trend coach posé à ses cotés. Une boite de jazz peut-être et le pianiste jouerait un morceau des Doors, Riders On the Storm par exemple. Ses yeux caramels scruteraient la salle enfumée, à la recherche d'une compagne nocturne, d'un regard déjà tourné vers elle. Et elle en trouverait c'est sûr: Shizuru était une femme magnifique. Elle aurait juste alors à esquisser un sourire, peut-être que ses longs cils s'abaisseraient dans une timidité feinte, attirante, mais Natsuki voyait déjà sa proie s'avancer vers elle, lui offrir un verre, discuter, flirter. Et puis la main de Shizuru se poserait sur la sienne, concrétisant sa prise, quelques mots seraient susurrés à l'oreille de l'inconnue, peut-être rougirait-elle mais elle suivrait Shizuru, c'était certain.

Une véritable prédatrice, songea Natsuki, les yeux toujours braqués sur la jeune femme. Si près d'elle à présent.

Son esprit divagua de plus belle…Il suffirait qu'elle se retourne, qu'elle plonge son regard dans le mien et je serai perdue …je n'oserais pas bouger, et elle n'aurait plus qu'à s'avancer et capturer mes lèvres. Je ne pourrais pas la repousser…et elle continuerait ses caresses, ses mains remonteraient le long de mon corps, relevant peu à peu mon t-shirt jusqu'à complètement me dévêtir. Je serais totalement à sa merci…rien ne l'empêcherai d'enlever mes derniers vêtements et ses gestes se feraient plus intime, passant de mon ventre à l'intérieurs de mes cuisses…et alors je n'aurais plus qu'un souhait…

Retourne-toi, Shizuru, s'il te plait retourne-toi.

Natsuki déglutit péniblement, tentant d'empêcher ses larmes de couler. Ce n'était pas une question, Shizuru, j'aurais été une de tes conquêtes, crois-moi.

Elle resta, muette, à contempler ce dos immobile, pendant de longues minutes qui semblaient s'étirer comme des heures. Retourne-toi…

Et finalement, un bruissement de drap, un mouvement.

Shizuru, lui faisait face.

Paisiblement endormie. Si belle, si seule. Si vulnérable… Natsuki se redressa lentement, indécise et troublée, dominant la jeune femme. Ses doigts repoussèrent quelques mèches rebelles sur son visage serein. Elle s'aventura à caresser ses lèvres pleines, entrouverte. Cela serait si simple… Elle se pencha, goutant à son souffle, humidifiant ses propres lèvres. Vas-tu réellement faire ca, Natsuki ? Son regard descendit sur le corps de la belle assoupie…Je pourrai faire bien plus encore… Ses lèvres rencontrèrent les siennes, timidement, tandis que sa main se posait sur sa poitrine, en un geste retenue, suivant délicatement le galbe de ses seins.

Un gémissement de plaisir et avec horreur, elle s'écarta de la jeune femme. Mais qu'est-ce que je suis entrain de faire ?!

Elle quitta son lit. Direction la salle de bain. Boite d'Effexor. Sans un regard en arrière, elle descendit dans son salon, attrapant au passage sa bouteille de whisky.

Canapé. Trois gélules. Et une large dose de Super Nikka. Et puis encore une autre. Et une autre. Et une autre…

La dernière chose dont elle eu conscience, fut la sensation d'une douleur fulgurante, quand sa tête heurta le sol.

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Le prochain chapitre sera le dernier. Un peu plus long que les autres, mais il n'arrivera pas avant le 14 Juillet^^

Pour patienter d'ici là : trois références de film d'horreur se sont glissées dans la fiction…est-ce que vous saurez les retrouver ?