Voila enfin le chapitre qui c'est vraiment fait attendre et j'en suis désolé. J'espere qu'il y aura encore des gens pour me lire.

Bonne lecture

Ron

Planté sous le jet d'eau brûlant, je n'arrive pas à cesser de penser à cette affaire malgré l'eau qui me dégouline dessus en cascade et qui délasse mes muscles tendus.

Je m'en veux. Je m'en veux de ne pas avoir déjouer les plans du tueur. C'est un énorme impair que je viens de commettre, une erreur qui va sans doute coûter la vie à une personne innocente. Il doit se sentir tellement puissant, tellement supérieur qu'il ne résistera pas à tuer une fois de plus. Non seulement pour accomplir son projet démentiel, mais surtout parce qu'il se sentira galvanisé par sa victoire sur nous. Sur moi. Je viens de signer l'arrêt de mort d'une jeune sorcière et je ne pourrais pas supporter qu'une telle horreur se produise à nouveau.

Je n'ai pas transplané directement au Ministère en rentrant. J'ai atterri sur le Chemin de Traverse et je suis rentré à pied. J'avais besoin de m'éclaircir les idées, de me recentrer et d'évacuer cette rage acide qui m'a poussé à m'en prendre à Hermione. Je sais désormais où je dois orienter mes recherches, vers qui et où je dois me diriger. Avant tout ça, je dois pourtant faire quelque chose que je n'ai pas eu à faire depuis des années. Je dois aller présenter mes excuses à Hermione.

Je m'en veux pour ça aussi. J'ai réagi comme le stupide adolescent que j'étais avant. Sans réfléchir je m'en suis pris à elle, tout en sachant pertinemment qu'elle n'était responsable de rien. Je serre les dents en effleurant ma main endolorie. Je ne me suis pas jeté de sort de guérison, je n'ai pas estimé que je le méritais. Il y a des douleurs qui nous rappellent nos erreurs et celle-ci en fait partie.

Je me décide à sortir de la douche dans laquelle pourtant, je souhaiterais élire domicile pour les années à venir. Je me sèche vigoureusement déjà en sueur quand Harry entre dans la pièce, encore crasseux. Visiblement il en a eu assez d'attendre que j'en finisse.

« Je m'habille et je te laisse la place. »

Il hoche la tête mais dans son regard je vois qu'il n'a pas l'intention de me laisser m'en sortir aussi facilement.

« Tu a été injuste avec Hermione. »

Je souffle bruyamment afin de lui montrer mon désaccord. Je n'ai vraiment pas envie de discuter de ça avec lui.

« Ce qui se passe entre Hermione et moi ne te regarde pas Harry. »

Je m'empare de mon tee-shirt mais il me saisit le poignet et me force à le regarder. Il est furieux.

« Justement c'est là que tu te trompes. Ça me regarde parce que je suis votre ami et que contrairement à toi je suis resté le sien durant ces trois dernières années.

« Et tu crois que ça te donne le droit d'intervenir dans nos affaires ?

« Oui comme toi tu penses que le fait de coucher avec elle, te donne le droit de te comporter comme un vrai connard. »

Je sursaute de surprise. Je ne l'ai quasiment jamais entendu dire un mot vulgaire, pour ces choses-là il est le pendant masculin de Hermione. J'imagine qu'il doit sincèrement m'en vouloir.

« Tu n'étais pas là pendant tout ce temps. Tu n'as pas été là pour elle quand elle est allée chercher ses parents, quand elle était terrorisée par les lettres de menaces abjectes qu'elle recevait. Tu n'as pas vu son désespoir quand tu as décidé de ne plus lui parler. Tu lui as fais du mal et je crois que je t'en veux un peu pour ça. Hermione a toujours été là pour moi, comme pour toi, et tu sais à quel point elle compte à mes yeux. »

J'ouvre la bouche pour parler mais il lève une main impérieuse pour me faire taire.

« Laisse moi finir. Tu as enfin décidé de prendre la place qui te revenais dans sa vie, et crois moi, il ne peut pas y avoir quelqu'un de plus soulagé que moi à cette idée. Mais je ne te laisserais pas t'en prendre à elle ou la faire souffrir quand elle arrive enfin à se reconstruire. »

Nous nous toisons silencieusement quelques minutes. Ces mots tournent dans ma tête, je sais à quel point il a raison. Je me décide à prendre la parole.

« Si ça peut te rassure je m'apprêtais à aller la voir pour lui faire des excuses parce que figures toi que je suis d'accord avec toi. J'ai agi comme un vrai connard. »

Il semble se relaxer et un sourire se fend sur son visage.

« J'adore quand tu dis des choses comme ça. »

Je secoue la tête et tente de discipliner mes cheveux qui sont définitivement trop longs et qui ne veulent rien entendre. Harry ricane et je l'entends marmonner dans sa barbe des mots comme : Hermione, bébé, catastrophe. J'enfile enfin mon tee-shirt et je m'apprête à sortir de la pièce quand Harry m'attrape à nouveau le bras.

« Je sais que cette affaire est difficile Ron. Elle l'est pour nous tous mais je crois que je comprends pourquoi c'est encore pis pour toi.

« Merci Harry. Je vais voir Hermione avant qu'on se réunisse avec Kingsley. J'ai dans l'idée qu'il ne va pas être de bonne humeur quand il va apprendre le fiasco de l'opération.

« Je vais aller lui parler avant. En principe j'arrive toujours à le ramener à de meilleures dispositions. »

Il a raison. Harry est certainement celui pour lequel Kingsley a le plus de respect, je ne doute pas que la nouvelle passera bien mieux si c'est lui qui l'annonce. J'avoue aussi que je n'ai pas vraiment envie de subir son courroux alors que je vais déjà endurer celui d'Hermione.

« Je te laisse faire avec joie. De toutes façons, tu as toujours été son préféré.

La cicatrice Ron, la cicatrice, ça fait toute le différence. »

Je ris franchement à présent. Je suis toujours content de voir que maintenant il peut rire de ce stigmate, qui à une époque, lui pesait tellement.

« Tu dois avoir raison. La prochaine fois qu'un assassin m'échappe c'est la tête que je me cognerai contre un mur, pas la main.

Je dois reconnaître que tu manques singulièrement de style. »

Nous pouffons à nouveau. Je ne suis pas dupe, je sais pertinemment qu'aucun de nous n'a oublié ce qui s'est passé ce matin. Nous avons simplement besoin d'évacuer un peu la tension et de retrouver un peu de normalité. Harry me tape sur l'épaule avant de se diriger vers la douche. Je sors sans demander mon reste, je trouve que nous nous voyons trop souvent nus en ce moment.

Je m'enfonce dans le dédale obscur du Ministère qui à cet instant me rappelle les tunnels sombres des égouts. Je connais si bien ce lieu que je pourrai m'y déplacer les yeux fermés. Est-ce pareil pour le tueur ? Connaît-il si bien cet endroit ? De toute évidence, oui. Il nous a surpris, espionné jusqu'à se rendre indétectable, se fondant dans le décor jusqu'à en devenir un élément.

Je suis interrompu dans mes réflexions par Blaise qui me rentre dedans violemment, visiblement lui aussi était perdu dans ses pensées.

« Désolé Weasley. »

Je grogne en guise de réponse avant de commencer à reprendre ma route, quand il m'interrompt encore.

« Le corps est dans mon labo, des que j'aurai fini de l'examiner on pourra commencer la réunion. Tu sais où est Harry ?

Sous la douche. »

Il hoche la tête avant d'en prendre la direction et moi je tente d'ignorer et d'oublier le sourire grivois qui s'est dessiné sur son visage. Plus vite que je ne l'aurais voulu je me retrouve devant la porte du bureau d'Hermione. Une porte hermétiquement close ce qui n'est pas normal. La plupart du temps elle laisse sa porte ouverte dans la journée. Le message est clair, limpide. Elle ne souhaite pas me voir, je peux le comprendre mais pas l'accepter. Je suis en terrain connu, j'ai l'habitude de nos disputes mais après sa réaction je me demande si je saurais gérer son dédain. Nos derniers accrochages datent de notre adolescence et désormais nous sommes adultes, ça change la donne que je le veuille ou non. Avec un soupir, je tourne la poignée en espérant qu'elle n'ait pas jeté un colaporta. La porte s'ouvre sans résistance et j'entre à pas de loup.

« Hermione… »

Blaise

Le sourire aux lèvres j'attrape une serviette avant de me frictionner et de grimacer face au manque de douceur de l'éponge. C'est un plaisir sans nom que d'être débarrassé de cette crasse et de l'odeur tenace des excréments. La prochaine fois que Weasley me demandera de l'accompagner sur le terrain je me renseignerai avant sur le lieu. Hors de question que je remette les pieds un jour dans un endroit aussi sordide. Je soupire à cette pensée, mon moral retombant aussitôt. Je pense à cette pauvre fille qui m'attend dans mon labo, mutilée et sans âme.

J'ai vu plus de cadavres ces derniers jours qu'en des mois de travail. J'ai la désagréable impression de travailler dans un abattoir et cela commence à réellement me déranger.

Harry sort enfin de la douche. Je souris à l'idée que nous sommes tous les trois passés sous la douche alors qu'un sort de nettoyage aurait été bien plus rapide. Mais rien ne peut remplacer la sensation divine de l'eau s'écoulant sur le corps, lavant toutes les souillures et les emportant avec elle dans son tourbillon. Je m'habille rapidement pour laisser plus de place à Harry. La salle de bain que nous fournit généreusement le Ministère est minuscule et pas du tout adaptée pour des ablutions prolongées.

« Le corps est arrivé n'est ce pas ?

Oui un peu avant que je te rejoigne. Pourquoi ?

Non rien je comprends juste mieux ton empressement à me quitter. »

Je souris en le regardant tenter de coiffer sa tignasse.

« Renonce Harry, même le plus performant des sorts de coiffure n'arriverait pas à venir à bout de tes épis. »

Il soupire exaspéré et laisse tomber ses tentatives de toutes façons vouées à l'échec. Je le regarde se préparer et j'ai soudain l'envie irrépressible de passer mon doigt sur son front afin de lisser ce pli soucieux qui semble y avoir élu domicile définitivement. Cela le vieillit tellement, de tels stigmates n'ont pas leur place sur un visage si jeune. C'est réellement dur parfois de vivre avec quelqu'un qui est tellement hanté par les épreuves de son passé. Il fait des cauchemars terribles la nuit. Au début de notre relation, je tentais de le consoler, de l'apaiser lorsqu'il se réveillait terrorisé et en sueur. Mais j'ai vite compris que cela le mettait mal à l'aise, il ne veut pas de mon aide, il souhaite exorciser ses démons seul. À présent je fais semblant de ne pas l'avoir entendu quand il se réveille en sursaut, me focalisant sur sa respiration haletante. Je feins d'être endormi jusqu'à ce que lui aussi replonge dans les bras de Morphée.

Cette affaire ne fait que lui apporter un stress supplémentaire, des horreurs qui alimentent ses mauvais rêves et je ne peux rien faire pour empêcher cela. Car ce que nous vivons depuis quelques jours me poursuit aussi jusque dans mes songes.

Je secoue la tête pour chasser mes idées noires.

« Au fait j'ai croisé Weasley dans le couloir, il avait l'air soucieux. Il est allé parler à Kingsley ? »

Harry secoue la tête, un petit sourire malicieux au coin des lèvres.

« Non. C'est moi qui me charge de Kingsley. Ron est allé parler à Hermione et crois moi des deux je suis le plus chanceux.

J'espère qu'elle va lui en faire baver.

Tu es dur avec lui. Il ne va pas très bien en ce moment, il se sent vraiment responsable ce qui s'est passé aujourd'hui.

Je sais bien mais ce n'est pas le peine que tu le défendes. Je trouve ce qu'il lui a dit était totalement injuste. »

Harry finit d'ajuster sa chemise, avant de se tourner vers moi en soupirant.

« Crois moi je ne le défends pas bien au contraire. Je ne l'ai pas épargné tout à l'heure quand il est sorti de la douche. »

Je me tourne brusquement.

« Tu étais dans la douche avec Weasley ?

Je suis rentré quand il se séchait. Écoute on a partagé la même tente pendant presque une année.

« C'est pas une raison, les tentes magiques ne sont pas minuscules.

« On devait déjà faire attention à préserver l'intimité de Hermione alors si on avait fait pareil entre nous…

« Tu parles ! Weasley devait jouer les voyeurs.

« Eh bien non il est respectueux. De toute façon toute l'intimité que j'avais offerte à Hermione vient de voler en éclat tout à l'heure puisque je les ai surpris dans le plus simple appareil. »

J'éclate de rire à l'idée de la gêne cuisante qu'il a du ressentir et je regrette presque de ne pas avoir était avec lui. Rien que pour voir leur réaction à tous les trois. Voilà qui devait être un grand moment dans l'histoire du fameux Trio.

« Bon il faut que je retourne à mon bureau. J'ai beaucoup de travail qui m'attend. »

Ma bonne humeur retombe aussi sec à la pensée de ce que je vais devoir faire. Il semble qu'il en soit de même pour Harry, car de nouveau son front se plisse.

« Ouais moi je dois aller voir Kingsley. »

Je dépose un léger baiser sur ses lèvres, et malgré moi, lisse du bout du doigt les plis d'inquiétude qui lui fripent le front.

Hermione

Plongée dans un rapport assommant, je tente de me concentrer sur ce qu'il contient sans véritablement y parvenir. Je soupire avec lassitude. Ce qui s'est passé avec Ron tout à l'heure m'a grandement perturbé.

Je l'avoue je ne suis pas peu fière de ma réaction, j'ai conservé mon calme alors que j'avais juste envie de lui arracher les yeux. Malgré tout je suis gênée. À Poudlard, me disputer avec lui n'a jamais été un problème parce que nous arrivions toujours à nous réconcilier. Maintenant les choses sont différentes parce que nous ne sommes plus amis, nous sommes bien plus que ça.

Je ne sais pas trop quelle réaction je peux avoir face à tout ça. C'est nouveau et effrayant. Je ne sais pas si je dois lui pardonner plus vite que de coutume ou au contraire le faire patienter plus longtemps. Être si intime avec lui ne m'aide pas à savoir si je dois être plus dure ou plus souple.

Je secoue la tête, vaine tentative pour m'éclaircir les idées avant de replonger dans ce rapport barbant. Et de rêver au moment béni ou on me transférera au Département de régulation des créatures magiques, où je pourrai enfin me consacrer à ce qui me tient le plus à cœur.

J'entends de légers coups frappés à ma porte que j'ai laissé volontairement close. Sans attendre de réponse Ron, car je suis sure que c'est lui, entre doucement dans mon bureau.

« Hermione… »

Je souris bien malgré moi, j'aurais dû m'attendre à ce qu'il n'attende pas ma permission pour rentrer. Une porte fermée n'empêchera jamais Ron Weasley de faire ce qu'il a envie. Pourtant je ne dis pas un mot, je n'ai pas l'intention de lui faciliter la tâche bien au contraire. Cette fois-ci, il va devoir s'excuser et il a vraiment intérêt à être convaincant.

Il s'avance doucement et se plante devant mon bureau, je ne lève pas les yeux vers lui et reste le nez plongé dans mon rapport.

« Hermione s'il te plaît… »

Cette fois-ci, je relève la tête si brusquement que j'entends ma nuque craquer. Je plante fermement mon regard excédé dans le sien.

« Qu'est ce qu'il y a Ronald ? Quelque chose t'as encore énervé et tu souhaites me hurler dessus afin de te défouler ?

« Je …

« Non parce que si c'est ça, je te préviens je te lancerai un silencio si puissant que tu resteras muet pour le reste de ta vie.

« Mais…

« Je n'arrive pas à croire que tu te sois permis de me parler comme ça devant tout le monde alors que j'essayais juste de te soutenir. As-tu idée à quel point ça peut être humiliant d'être traité de la sorte.

« Ecou…

« Sans parler de la tête ravie de Malfoy qui avait l'air enchanté, je t'assure que…

« Hermione laisse moi parler bon sang ! »

Je m'arrête dans ma tirade légèrement haletante. J'avoue que je n'avais pas l'intention de m'emporter aussi vite, mais il semble que la maîtrise dont j'ai su faire preuve tout à l'heure ait complètement disparu. Je le fixe à nouveau et il soutient mon regard sans ciller.

« Je suis désolé d'accord. J'ai eu totalement tort d'agir de la sorte. J'étais tellement hors de moi. J'aurais pu l'arrêter si seulement j'avais eu l'intelligence de comprendre ce qu'il allait faire. Au lieu de ça, je lui ai offert une occasion de bien rigoler. »

Je reste silencieuse un moment. Je ne crois qu'il ne m'a jamais formulé d'excuses aussi franches et directes. Je décide alors moi aussi de ravaler ma rancœur et de lui pardonner.

« Ron je sais que ton travail est difficile. Je peux être une épaule pour toi et t'écouter quand cela devient trop dur mais tu ne peux pas t'en prendre à moi de la sorte quand ça ne va pas. Ce n'est pas comme ça que fonctionne un couple. »

Il me sourit tendrement et laisse son regard chaud errer sur mon corps, suffisamment longtemps pour que je me sente rougir. Avant de dire à voix basse :

« Tu veux que l'on soit un couple ? »

Je suis partagée entre l'envie de lui enlever ce sourire grotesque du visage et celle de l'embrasser sauvagement. Je choisis finalement une troisième option et je lève les yeux au ciel en soupirant pour bien lui montrer à quel point il m'agace.

« Oui malgré ton immaturité et ton manque flagrant de tact, j'aimerai bien qu'on essaye tous les deux. »

Toujours souriant jusqu'aux oreilles, il s'avance vers moi, tendant sa main que je saisis sans hésiter. Je me lève et contourne mon bureau avant de me lover dans ses bras avec un petit soupir que je n'arrive pas à retenir. Je sens ses doigts se glisser sous mon menton pour m'obliger à relever la tête. Il ne sourit plus à présent et son regard est grave.

« Moi aussi. Moi aussi j'ai très envie d'essayer. Je suis désolé pour tout à l'heure, je suis prêt à faire ce que tu veux pour me faire pardonner. »

Je souris.

« Tu n'as pas peur ?

« En réalité je suis terrifié mais tu me connais je ne réfléchis jamais avant de parler. Bon dis moi quelle est ma punition ?

« J'aimerais que tu fasses un effort avec Malfoy. »

Immédiatement je le sens se tendre, il se redresse si brusquement que je peux entendre sa colonne vertébrale craquer en signe de protestation.

« Hors de question. »

Sa voix est dure et sans appel.

« Ron …

« J'ai dis non Hermione. Tu viens de me demander la seule chose que je ne peux pas faire. Je t'assure, je pourrai tout accepter, même danser un slow avec Hagrid mais ça je ne peux pas. Ce type a passé toute notre scolarité à t'insulter à chaque fois qu'il te voyait ! Tu as oublié peut-être ? »

Il essaie de se dégager de mon étreinte mais je maintiens fermement mes bras autour de lui. Je ne veux pas qu'il s'éloigne sous prétexte que je ne suis pas d'accord.

« Bien sûr que non je n'ai pas oublié. Mais il me semble qu'il a changé du moins un peu et pour le bien de l'enquête je pense qu'il faudrait mettre de côté nos rancœurs d'adolescent. »

Il soupire et passe à nouveau ses bras autour de moi, je le serre encore plus fort.

« Je vais te raconter quelque chose que je n'ai jamais dit à personne. »

Je relève la tête intriguée et fière qu'il me révèle ce qui semble être un secret.

« Tu te souviens de cette nuit au Manoir Malfoy quand ils nous ont capturés. »

J'hoche la tête doucement, comment pourrais-je oublier. Je rêve encore parfois de Greyback. Je frissonne au souvenir de ce cauchemar qui revient souvent me hanter. Un horrible songe où Ron et Harry ne parviennent pas à me sauver, et où je suis seule et impuissante face à Greyback qui ne cesse de répéter à quel point il me trouve délectable. Ron doit sentir mon malaise car ses bras se referment plus fort autour de ma taille. Quand il reprend la parole sa voix n'est plus qu'un murmure.

« Cette nuit là, Hermione, a certainement été une des pires de ma vie. J'étais impuissant, obligé de t'abandonner aux griffes de cette démente de Bellatrix et à ce fou furieux de Greyback. J'avais l'impression de devenir fou, j'imaginais ce qu'ils allaient te faire, tu n'as pas idée des images qui me traversaient l'esprit. Malfoy était là, sans entrave avec sa baguette magique. J'ai croisé son regard quand ils nous ont emmenés et je l'ai supplié, je t'assure supplié du regard pour qu'il intervienne. Il était le seul qui pouvait faire quelque chose et je voyais dans ses yeux qu'il n'était pas d'accord avec ce qu'il se passait. Il a compris, tu sais. Il a compris ce que je voulais et il a détourné les yeux. Il les a laissés te torturer en te regardant hurler sans rien faire. Tu aurais pu mourir, Greyback aurait pu te faire Merlin ne sait quoi. Alors tu vois j'en ai rien à faire de ce qu'il a pu faire après, de ce qu'il est devenu et tout le baratin qu'on pourra me servir. Tout ce qui compte c'est ce qu'il n'a pas fait la seule et unique fois de ma vie où j'avais besoin de lui. »

Il finit sa tirade à bout de souffle et j'enfouis le nez dans son cou, pour cacher mon émotion, m'enivrant de son odeur, l'aimant encore plus fort, le cœur au bord de l'explosion. Ce n'est pas par entêtement stupide qu'il ne veut pas lui pardonner. Ce n'est pas non plus pour toutes les fois où Malfoy a voulu l'humilier, se moquant de ses talents de gardien, de sa famille, de sa pauvreté. Non ce n'est pas pour toutes ces raisons pourtant valables. C'est pour moi, uniquement pour moi.

Je caresse sa joue rugueuse tendrement.

« Je n'avais pas besoin de lui tu sais. Je savais que tu viendrais me sauver. Comme toujours. »

Il me sourit tendrement.

« Tu as toujours aimé me voir jouer le preux chevalier sur son cheval blanc.

« Noir. Ton cheval est noir, souviens toi. »

Il me regarde quelque peu perplexe, puis je vois son regard s'animer avant qu'il ne parte dans un grand éclat de rire.

« L'échiquier géant ! »

J'acquiesce souriante. Ça fait partie des secrets que nous partageons tout les deux. Ces aventures vécues ensembles qui ont créé un lien si profond, que même les années et parfois l'éloignement n'ont pu briser.

Incapable de résister plus longtemps, je pose mes lèvres sur les siennes, forçant la barrière de sa bouche, l'envahissant avec ma langue, me gorgeant de son goût avec délectation simplement parce que je le peux. Il n'est pas en reste et pendant que nos bouches se dévorent, ses mains s'égarent déjà sur mes fesses, en redessinant l'arrondi avec fougue.

Mes entrailles se serrent de plus en plus et le feu qui anime mon bas ventre me semble déjà incandescent. Toutes les émotions, les sensations de la nuit dernière me reviennent en mémoire et je n'ai qu'une envie, c'est de les revivre à nouveau. Je suis loin d'être rassasiée de lui, loin de connaître chacun de ses détails. Je veux entendre le moindre de ses gémissements. Parcourir et découvrir la moindre partie de son anatomie. Sentir l'odeur de son désir quand il suinte de son corps puissant. Je me demande si il ressent la même chose ? Ce désir si fort qu'il en est douloureux. Une douleur qui s'ancre au plus profond de notre être et qui ne semble jamais vouloir disparaître.

Je n'ai pas attendu la réponse longtemps, car presque immédiatement je sens son érection pressée contre mon ventre et un gémissement presque désespéré s'échappe de sa bouche. Galvanisée par cette preuve de son envie de moi, je perds la tête et l'entraîne avec moi vers mon bureau soigneusement ordonné sur lequel je m'assois. Je l'attire entre mes jambes tremblantes de désir et aussitôt il ondule contre moi. Sa main remonte le long de ma cuisse. Lentement. Cruellement. Jusqu'à ce qu'il arrive à la barrière de tissu qui recouvre mon intimité si humide, si prête pour lui que j'en ai presque honte. Ses doigts plongent en moi sans aucune hésitation et j'aime le sentir si sûr de lui, si conquérant.

Pourtant je ne suis pas satisfaite. Je veux plus, bien plus. Je veux le sentir en moi, être reliée à lui, me sentir possédée. Je le repousse violemment, retirant sa main déjà affairée. Il me regarde surpris mais je ne le laisse pas s'interroger plus longtemps. D'un geste rapide, je retire ma culotte l'envoyant valser d'un coup de pieds. J'écarte les cuisses largement ne lui laissant pas une seule chance d'ignorer ce que j'attends de lui.

Il expire l'air bruyamment entre ses lèvres serrées, les pupilles dilatées, les yeux noirs de désirs avant de se précipiter sur ma bouche, enfonçant violemment sa langue en moi comme affamé. Je gémis de plaisir et d'anticipation, déboutonnant sa braguette avec dextérité, libérant son érection, caressant le velours de son sexe tendu de désir. Il casse le baiser et me regarde le regard fou, perdu mais tellement vorace.

« Hermione… »

Je ne sais pas ce qu'il a voulu dire parce que je ne le laisse pas finir sa phrase. Brûlante et folle d'envie, j'enroule mes jambes autour de sa taille, le suppliant de me combler, de venir enfin. Il cède à son tour et agrippant mes fesses il entre en moi avec violence. J'ai le souffle coupé, la bouche ouverte en un cri muet. Il bouge en moi avec passion, s'enfonçant toujours plus loin, touchant un point sensible au creux de mon corps. Mes cuisses tremblent autour de ses hanches, je suis déjà au bord de l'orgasme alors que je sens son sexe palpiter en moi. Il grogne de plus en plus fort et je suis obligé de lui mordre l'épaule pour étouffer mes cris de plaisir.

Nous sommes devenus fous. Je ne vois pas d'autre explication, alors que nous faisons l'amour comme des animaux sur mon bureau dont la porte n'est même pas fermée. On pourrait nous surprendre à tout moment.

Curieusement cette idée m'affole encore plus. Je sens l'orgasme arriver, il se précipite en spirale dans tout mon être et je ferme les yeux sous la puissance de cette sensation que je n'attendais pas si vite. Lui aussi à présent tremble et frissonne avant de pousser un râle profond alors que je le sens se répandre en moi. Sa jouissance précipite la mienne et j'enfouis ma tête dans son cou. Mon sexe palpite autour de sa verge tendue et nos corps se tendent l'un contre l'autre.

Le plaisir reflue lentement, nous laissant pantelants. Je m'accroche encore à lui haletante, respirant à plein poumon l'odeur de sa peau. Il dépose une pluie de petits baisers le long de mon cou et je soupire de bien être avant de geindre lorsqu'il se retire bien trop vite à mon goût. Il a raison, nous avons eu de la chance de ne pas nous faire attraper, inutile de tenter le diable une fois de plus.

Nous nous rhabillons rapidement et je nous lance un sort de nettoyage. Il s'avance vers moi et me prend de nouveau dans ses bras. Collée contre son torse, je peux entendre les battements encore précipités de son cœur.

« Wow si j'avais su qu'on pouvait se réconcilier comme ça je l'aurais fait bien avant. »

Je ricane en lui donnant une petite tape sur le bras.

« Crétin !

« Non je t'assure si on avait fait ça à Poudlard, notre adolescence aurait été moins chaotique crois moi.

« Peut être. Tu aurais dû essayer.

« Eh c'était toi l'élève brillante tu aurais dû y penser ! »

Je ne peux pas lui donner tort mais je me dis que peut-être, nous avons bien fait d'attendre. Ainsi nous sommes enfin prêts à prendre ce que la vie nous offre, à se donner l'un à l'autre et à se soutenir quand les heures deviennent sombres.

Il me gratifie encore d'un long et délicieux baiser et je suis effarée de constater qu'aussitôt le désir m'enflamme.

Soudain la porte s'ouvre à la volée laissant apparaître un Blaise quasiment horrifié de nous voir ainsi enlacés.

« Mais c'est pas vrai ! Vous le faîtes exprès d'abord Harry, ensuite moi. Avouez le vous avez décidé de nous avoir tout les deux ! »

Je tente de m'éloigner de Ron mais celui-ci me retient fermement contre lui. Je rougis à l'idée que s'il était rentré quelques minutes plus tôt il aurait pu surprendre quelque chose de bien pis.

« Tu a tout compris Zabini. Hermione et moi avons décidé d'assouvir tous nos fantasmes et bien sûr tu es en tête de liste. »

Je ne peux pas m'empêcher de pouffer en entendant le ton sarcastique de Ron qui, à mon avis, commence à se lasser de notre manque d'intimité. Blaise secoue la tête avec dédain.

« Tu m'en vois ravi Weasley quoique pas véritablement étonné. J'étais venu vous prévenir que Kingsley nous attend pour la réunion. Alors je vous laisse calmer vos ardeurs mais ne tardez pas trop. »

Il sort sans demander son reste. À regret je me détache des bras de Ron avant d'empoigner mon bloc note et de me diriger vers la sortie. Mais brusquement Ron m'enlace, plongeant sa tête dans mon cou, il murmure à mon oreille.

« Viens chez moi ce soir…»

Je hoche la tête sans attendre. Moi aussi j'ai envie de me retrouver seule avec lui sans personne pour nous déranger. Nous avons tous les deux besoin d'oublier un peu cette affaire et le reste du monde pendant quelques heures. Je peux lui offrir cet oubli et je compte bien y parvenir. Je me penche vers lui et je susurre doucement à son oreille.

« Toi tu viens chez moi. »

Harry

Assis sur une des chaises inconfortables du bureau de Kingsley, je le regarde se masser les tempes avec lassitude. Je ressens la même chose, une impuissance si flagrante qu'elle en devient désespérante. Ron n'est pas le seul responsable de ce qui s'est passé aujourd'hui, je suis coupable également. Je n'ai rien vu dans ces égouts sombres.

La présence de Blaise me perturbait bien trop, je n'aimais pas le voir dans ce décor macabre et j'étais focalisé sur lui uniquement. C'est humain comme réaction mais je suis un auror et j'aurais du mettre mes sentiments de côtés. Je crois que cette affaire me fait atteindre mes limites et j'ai du mal à l'accepter.

Blaise entre dans le bureau sans frapper, l'air légèrement perturbé, il salue Kingsley poliment avant de prendre place près de moi.

« Weasley et Hermione arrivent. »

Puis il se penche vers moi et chuchote.

« J'envisage sérieusement de leur lancer un sort d'abstinence à ces deux là. »

Je le regarde étonné, haussant les sourcils pour l'inciter à continuer. Par chance, la secrétaire de Kingsley fait irruption dans le bureau pour qu'il consulte des documents, ce qui détourne son attention de nous.

Blaise se tourne de nouveau vers moi avant du murmurer de nouveau d'un ton offusqué.

« Je viens de les surprendre en train de se bécoter dans le bureau de Hermione et crois moi si j'étais arrivé ne serait-ce que cinq minutes avant j'aurais été obligé de me jeter un sort d'amnésie. Ce sont vraiment des pervers ! Tu te rends compte faire ça au Ministère ! »

Je retiens le rire qui enfle dans ma poitrine et rétorque amusé.

« Je me souviens d'un soir et de nous deux dans ton bureau… »

Il me jette un regard outragé avant de jeter un coup d'œil à Kingsley visiblement toujours enseveli sous une montagne de parchemins.

« Il n'y a aucun rapport. C'était la nuit, le Ministère était vide et nous étions amoureux.

« Et que crois tu que sont Ron et Hermione ?

« Des exhibitionnistes ! »

Nous nous regardons amusés un instant avant qu'il ne reprenne son sérieux.

« Comment ça c'est passé avec Kingsley ?

« Pas très bien. Il n'est pas enchanté que le tueur ait pu nous échapper dans les égouts même si il admet que quadriller à la surface était le plus logique. Le souci est que je suis d'accord avec lui. Il se peut que nous n'ayons plus la chance de l'avoir si près de nous. En étant tout à fait honnête on a loupé une belle occasion. »

Il pose doucement sa main sur mon genou dans un geste réconfortant.

« Harry j'étais là. C'était impossible de prévoir une chose pareille, il nous a eu par surprise et je crois qu'il ne se serait pas risqué à faire une chose pareille s'il n'avait pas été certain que nous ne soupçonnions pas sa présence. »

Je soupire méditatif mais tout comme Ron je ne peux m'empêcher de me sentir coupable.

« J'espère que Kingsley gardera son calme parce qu'il en faudra très peu pour faire exploser Ron. Au fait tu n'as pas demandé à Malfoy d'assister à la réunion ?

« Non il est retourné à la Gazette.

« Tant mieux ! »

Il me regarde l'œil noir.

« Ne me dis pas que toi aussi tu es aussi idiot que Weasley et que tu vas te lancer dans …

« Blaise écoute je n'ai rien dit tout à l'heure parce que la situation était déjà suffisamment tendue mais je suis d'accord avec Ron. »

Il ouvre la bouche prêt à protester mais je lève la main pour l'interrompre.

« Non écoute moi ! Tu t'en es bien tiré un peu plus tôt parce que tu les a mis mal à l'aise en évoquant leur relation. Mais la colère de Ron était justifiée. Je me fiche que ce soit Draco ou quelqu'un d'autre, mais là ou il a raison c'est que tu aurais dû en parler à Hermione avant.

« Harry…

« C'est son job Blaise en passant au dessus d'elle tu as sous entendu qu'elle n'était pas compétente. C'est une chance que Kingsley ait beaucoup d'estime pour elle parce que quelqu'un de moins acquis à sa cause aurait pu considérer qu'elle n'était pas nécessaire à l'enquête. Il faut que tu comprennes qu'elle n'a pas les mêmes passe-droits que Ron, toi ou moi.

« Je te rappelle à toutes fins utiles que je ne suis certainement pas issu d'une famille de sang pur, ni le fils de héros de guerre. »

Son ton est froid et sec, je sais que je l'ai vexé et sans doute blessé, d'autant plus qu'il a beaucoup d'affection pour Hermione. Pourtant je sais qu'il est nécessaire de lui faire prendre conscience des conséquences de ses actes.

« Je le sais Blaise mais ta mère est une sorcière et tu as toujours fais partie de la communauté. Hermione n'a aucune famille dans le monde sorcier, les seules personnes sur qui elle peut compter sont Ron et moi. »

Il me regarde dubitatif mais je sens qu'il ne va pas tarder à se rendre à mes arguments. Pour finir de l'apaiser je pose ma main sur la sienne avant de murmurer doucement.

« Et sur toi aussi peut être si tu te décides à reconnaître que tu as tort. »

Il soupire vaincu avant de me jeter un regard peu engageant parce que reconnaître qu'il a eu tort lui coûte sans doute beaucoup.

« J'irais lui parler après le réunion mais ne rêve pas Potter je ne dirais jamais que tu as raison. »

J'acquiesce satisfait, je ne ressens pas le besoin de l'entendre puisqu'il vient de se ranger dans mon camp. C'est le moment que choisissent Ron et Hermione pour rentrer dans la pièce. Ils adressent tout les deux un signe de tête à Kingsley qui ne les gratifient même pas d'un regard tout absorbé qu'il est dans ses papiers.

Un regard sur eux me permet de comprendre que leur réconciliation s'est bien passée, peut être trop bien, et que leur dispute est déjà reléguée au rang de vieux souvenirs. Leurs regards brillants et leurs cheveux en bataille ne laissent aucun doute sur ce qui vient de se passer et ils sont chanceux que Kingsley soit trop préoccupé pour y prêter attention. Ils s'assoient en silence et comme toujours Hermione tente de peindre sur son visage une expression digne et innocente, ce qui réussirait sûrement si elle n'avait pas un sourire stupide à chaque fois qu'elle croise le regard de Ron.

Kingsley arrive enfin à mettre sa secrétaire dehors et je tente de mettre de l'ordre dans mes idées afin de pouvoir affronter la réunion difficile qui va suivre. Toujours aussi imperturbable il s'assoit face à nous, nous scrutant de son regard perçant avant de soupirer et de déclarer.

« Cette enquête est un véritable fiasco. »

Kingsley

Je les regarde tour à tour et je vois la déception, la confusion ou encore la colère se peindre sur leurs visages. Je n'ai pas envie de leur infliger de tels reproches mais je n'ai plus véritablement le choix. Je suis sur la sellette depuis le début, Ministre intermédiaire, je n'ai pas été élu, pas été choisi par le peuple.

Si j'échoue, si je me révèle incapable de faire arrêter ce tueur cela voudra simplement dire que je suis incapable de protéger le monde sorcier. Je suis Auror avant tout, protéger c'est ce que j'ai toujours fait.

Weasley semble à la fois épuisé et hargneux. J'ai parfois honte parce que je sais que je me sers de lui, que moi et les autres nous lui imposons bien trop de responsabilités sans jamais lui en laisser le mérite. Trop de pression, trop de tension sur ses épaules le rende vulnérable et incertain. Potter à côté semble aussi défait, encore hanté par tout ce qu'il a vécu, par cette gloire qu'il juge usurpée.

Je soupire, je sens déjà une douloureuse migraine battre derrière mes yeux. Parfois je rêve de n'être encore qu'un Auror et me faire remonter les bretelles au lieu d'être celui qui, derrière son immense bureau, réprimande les hommes d'action. Je souffle et frotte mon visage avec vigueur, pour effacer la fatigue. Quand je reprend la parole je tente d'être moins dur.

« Ecoutez je sais que vous faîtes de votre mieux mais ce n'est pas suffisant. Il nous faut des résultats maintenant que l'affaire est couverte par la presse, et même si Malfoy évite le grandiloquent, la panique ne tardera pas s'emparer de la population. Il faut que nous puissions les rassurer. »

Weasley se lève et se dirige vers ma fenêtre laissant son regard se perdre dehors avant de déclarer calmement.

« C'est un cracmol. »

Tous les regards se dirigent vers lui, confus, interrogateurs mais surtout avides d'enfin avoir une réponse. Toujours le dos tourné il reprend d'un ton presque monocorde.

« Une personne qui connaît tout aussi bien le monde sorcier et le monde moldu, qui sait où se trouve le Chemin de traverse mais qui connaît Londres comme sa poche. C'est tellement évident que j'aurais dû le comprendre bien avant. »

Il frappe doucement le mur du plat de la main tout en soupirant, le dos courbé, il semble porter tout le poids du monde sur ses épaules.

Potter le regarde intensément.

« Tu es sûr de ce que tu avances. Jusqu'à présent ses méthodes laissent plutôt penser que c'est un moldu.

« Evidemment il n'a pas de pouvoirs magiques et bien sûr nous avons supposé qu'une personne qui n'utilise pas la magie ne vient pas de notre monde. Il devait d'ailleurs s'en douter et savoir que ça ralentirait notre enquête. Il avait raison d'ailleurs. »

Cette fois-ci la migraine c'est bel et bien installée, c'est une mauvaise nouvelle, si l'assassin est un cracmol cela devient notre entière responsabilité.

« Weasley est-ce que vous êtes absolument sûr ?

« J'en suis persuadé mais je ne peux pas affirmer que j'ai raison. Les cracmols ont un statut bien particulier. Ce ne sont pas des sorciers mais ils connaissent l'existence de la magie. Ils grandissent dans cet univers avant de se rendre compte que jamais ils n'en feront partis. Ils n'ont alors pas d'autre choix, pour la plupart, que d'aller vivre chez les moldus que la moitié des sorciers méprisent. Ce n'est pas étonnant qu'une personne fragile bascule doucement dans un syndrome de persécution qui vire lentement à la folie si il ne se fait pas aider. »

Zabini qui jusqu'à présent a gardé le silence, s'agite sur son siège.

« Tu vas loin Weasley quand même, tout les cracmols ne deviennent pas fous. »

Weasley se tourne vers lui le regard dur, le regard d'un homme qui en a déjà trop vu et qui a perdu toutes ses illusions sur le monde.

« Ah tu crois ça ? Mets toi en situation deux minutes. Je viens au monde dans une famille de sorciers, je grandis entouré de magie et j'adore ça. Je n'ai qu'une hâte c'est de pouvoir posséder une baquette magique à mon tour et de faire de la magie comme mes parents. Parfois ils parlent des moldus, ce sont des gens sans pouvoir, ils ne les détestent pas mais ils les jugent inférieurs et moi aussi parce que je sais qu'ils ont toujours raison. Mais les années passent et rien ne vient. Alors le regard de mes parents change, ils sont inquiets, troublés et peut être même déçus. Tous les jours j'espère que la magie va se révéler et je pourrais enfin voir les voir sourire. Les petits sorciers que je connais commencent tous à jeter des sorts. Je vois le sourire crispé de ma mère quand ses amies lui parlent des talents de leur progéniture avant de me lancer un regard à la fois désolé et dégoûté. Je ne suis pas normal, je ne suis pas ma place. »

Weasley marche de long en large le regard perdu dans le vide, complètement absorbé par son récit. Je l'admire, j'envie presque sa capacité à se fondre dans l'esprit d'un autre, à vivre dans sa peau. Il continue sans faire attention au silence quasi religieux qui s'est installé dans mon bureau.

« L'été de mes onze ans malgré tout j'attends avec espoir la lettre qui portera le sceau de Poudlard. Peut être qu'on va m'apprendre que tout n'est pas perdu et qu'avec beaucoup de travail je pourrais devenir un sorcier. Il paraît que le directeur est un homme bon, il voudra probablement de moi. Ce parchemin tant désiré n'arrive jamais et la nuit j'entends ma mère pleurer. Je suis une déception, je ne suis pas un sorcier et parfois dans ses yeux je vois de la haine derrière le voile de tristesse qui la hante. Les années passent et on m'explique qu'il va falloir que je parte que je n'ai aucun avenir dans le monde sorcier. Je vais devoir vivre chez les moldus, ces moldus que tout le monde méprise et je serais méprisé à mon tour. »

Il s'arrête pour se servir un verre d'eau, ses traits sont agités de tics nerveux, ses mains tremblent. Il n'est plus lui même, égaré dans un autre monde, dans une autre vie.

« Je suis adulte à présent, je vis dans le monde moldu mais je déteste cette vie. Parmi eux je suis insignifiant, personne ne me voit, je les hais. Il devrait m'admirer, je viens d'un monde supérieur même si je n'en ai pas les pouvoirs, j'en ai les origines, ils doivent me respecter mais ils ne peuvent pas parce que je ne peux rien leur dire. Les sorciers, ceux qui m'ont rejetés, ne veulent pas que j'en parle et peu à peu eux aussi je les hais. À ma place nulle part, je ne rêve que d'une chose : exister. Alors je commence à imaginer des choses malsaines, je me vois puissant. Les monde sorciers et moldus à mes pieds. Plus célèbre que les grands tyrans, plus craint que le plus terrible mage noir. Par hasard je découvre la magie noire. Celle des moldus et pour la première fois je peux dire que je pratique la magie. Je glisse dans la folie et sais ce qu'il me reste à faire. Percer le secret de la vie après la mort. Je ferai ce que personne n'a jamais fait et je deviendrai immortel. Je décide de sacrifier des sorcières. Je me sens fort, sans limites, elles ont peur de moi et leurs baguettes magiques ne leur servent à rien. Je suis supérieur, les enquêteurs moldus sont dépassés, et les Aurors me cherchent sans succès. Je les observe, je sais ce qu'ils ignorent et bientôt j'aurai atteint mon but, je serai connu dans les deux mondes. »

Il s'interrompt enfin à bout de souffle, hagard, et nous, hébétés le regardons reprendre pied dans la réalité. Hermione le fixe avec stupeur avant de murmurer.

« Ron … »

Elle n'ajoute rien, sans doute incapable d'exprimer ses pensées et Weasley la regarde avec crainte sûrement effrayé de lui avoir ainsi révéler la nature de son travail.

« Eh bien c'est la première fois que je laisse Hermione Granger sans voix. »

Elle lui sourit et l'ambiance se détend, la chape de plomb qui semblait nous entourer se dissipe enfin. Potter, pourtant, ne se joint pas à leur rire et se tourne vers moi le front barré d'une ride d'inquiétude.

« Chef je crois que Ron a raison. »

J'opine du chef.

« Je suis d'accord. Je vais demander à mes secrétaires de regarder le registre où nous référençons les cracmols. Mais il faut que vous me donniez une tranche d'âge Weasley sinon ça nous prendra des jours.

« Entre vingt et trente ans, et dîtes leur d'exclure les femmes de leur recherche je suis persuadé que c'est un homme. »

Je me lève légèrement courbaturé et je me rends compte avec regret que le poids de l'âge commence à se faire sentir.

« Bien. À présent rentrez chez vous, reposez vous. La journée sera chargée demain. Miss Granger vous ferez le tri dans les documents et ensuite Weasley et Potter vous irez interroger chacune des familles. »

Ils hochent la tête sans discuter avant de sortir de mon bureau la fatigue marquant leurs traits. Je les regarde en silence avant de soupirer et de me diriger vers ma cheminée. Il faut que je m'entretienne avec Malfoy pour que nous mettions au point la prochaine conférence de presse. Oui il y a vraiment des moments où je rêve d'être à nouveau un simple Auror.