~Guéris-moi~
Résumé : La guerre est finie, elle devrait être heureuse, elle a tout pour. Pourtant, Hermione s'enfonce dans une dépression jour après jour, sans que ses amis ne voient rien. Tous se laissent berner par son bon jeu d'actrice. Tous sauf un. Le dernier auquel elle s'était attendue.
Couple : DM/HG
Rating : K
Disclaimer : j'aimerais toucher plein d'argent pour avoir créer Harry Potter et ses persos. Malheureusement, l'éclair de génie a traversé Rowling, pas moi. C'est con hein ?
Pte Note : oui, je sais c'était long. C'est pas moi, c'est toutes les vilaines personnes qui me demandent du travail ! En même temps 16 pages word, fallait les faire. Les corriger. Les relire. Encore et encore. J'en ai mal aux doigts, arf !
Sinon je suis désespérée ! A chaque fois que j'ai envie de me lire une petite fic pour me détendre, je trouve rien. Est ce y'a rien ou c'est moi qui me fait plus vieille et plus difficile ?! o_O tout ça pour dire que si quelqu'un a une fic sympa à me conseiller, je suis plus que preneuse !
RAR
DreamOf : coucou toi ! Ahah ! Une nouvelle convertie aux DM/HG ! Youpi ! Si tu veux de bonnes fics à te mettre sous la dent, hésite pas à demander et commence par Adolescences tardives de Stellmaria, qui est un bijou ! En tout cas, je suis contente que cette fic te plaise :) et j'espère vraiment que ça continuera (même si me dit que ça sera le cas, on est jamais trop prudente... Et on peaufine jms assez ses chapitres) merci bcp pr ta review, c'est tellement chouette de voir que son boulot est récompensé par des mots adorables comme les tiens ;)
Et comment se sont passés tes examens ?! bisous
Barbabelle : Pas trop cucul alors, t'es sûre ? Ouf !! Me voilà rassurée ! Voilà la suite, j'espère qu'elle te plaira ! merci bcp pour ta review, désolée pour cette longue attente ! bizzz
Kynie : voilà la suite ! J'espère que tu aimeras ! merci bcp pour ton pt mot, bizz
Samantha Malefoy : tu vois, t'as pas eu à attendre si longtemps ! ... Si ? Bon, milles excuses ! merci infiniment pour ton pt mot qui m'a vrt fait plaisir ! J'espère que ce chapitre te plaira ! bisous
C_Uz : Hey slt toi ! Aaah que ça me fait plaisir de lire tes review ! Un vrai petit morceau de paradis ! Si, si je te jure...
Pour Erwan Mc Gregor, je suis désolée mais je crois que ça va pas être possible. Ma meilleure amie l'a demandé avant toi :D et le fin mot de l'histoire pour Noël prochain, ça va être tout aussi compliqué. J'ai l'impression que plus j'avance dans cette fic, plus elle sera longue. Mais bon, c'est pas une trop mauvaise nouvelle ça, hein ?
Pour Ron… Heu… Je peux pas l'évincer aussi rapidement ! J'aimerais bien mais ça serait pas très crédible. Et je lui prépare d'autres choses bien plus méchante qu'une simple rupture, uhuhuh ! tu as raison, je suis perfide et j'aime ça ^^
Et vi, jme suis planté pour Fred et George. C'est psychologique je pense. Je préférai Fred alors je le fais revivre dans cette fic :D je modifierai tout ça, promis !
Sinon je veux pas te faire déprimer mais… C'est vrai que quand tu grandis (pour ne pas dire vieillir) tu te rends compte qu'amis pour la vie, ça marche pas forcément. Mais bon après tout dépens avec qui. C'est juste qu'il y a tellement de gens opportunistes maintenant que j'ai l'impression que finalement, plus le temps passe moins t'as envie de cultiver ce cercle qui te sert finalement pas à grand chose. A part faire la fête. Heu, je m'égare…
Revenons à Draco, miam ! Je reviendrais plus en détail sur la fameuse loi d'après guerre et sur Lucius-que-tu-aimes-tant. C'est ce qui explique en grande partie la situation actuelle de Draco donc quelques retours en arrière vont être nécessaires...
Bon, je dois à mon grand regret t'abandonner, jsuis à la bourre pour la publication de ce chapitre... Jte dis merci pr ta review mais j'ai tjs l'impression que ça suffit pas. Dire que tes pts mots me font plaisir, c'est encore un euphémisme ! Tu vois ce que je veux dire ? vi, il est pas 1h du mat mais j'ai la tête embrouillée !! En tout cas, merci de croire en cette fic pke elle me tient vraiment vraiment à coeur :) et je suis contente de pouvoir la partager avec toi ! voili !
Bon courage pour tes cours de curling... Heu... de philo pardon ! Au pire tu t'exerces au dessin et à la fin de l'année, tu seras une Monet bis ! hihi !
Allez gros bisous, j'espère que ce chap' te plaira !
Morgane
PS : ah, le bac, c'est merveilleux le bac ! ... C'était y'a longtemps le bac. Arf, jme sens trop vieille :( nan mais c'est le dernier diplôme de valeur que tu auras si jamais tu vas à la fac (ce que je te déconseille vivement !!!) alors bosse le à mort !
9) Entre (d)eux
Mardi 17 février
Draco ferma la porte de son appartement. Il resta longtemps, très longtemps, immobile et adossé à cette porte. Qu'avait-il fait ? Qu'est qui lui était passé par la tête pour qu'il accepte une chose pareille ? Il allait se faire interviewer avec Granger sur leur prétendue amitié ! Ce n'était même pas de l'amitié ! C'était juste une chose bizarre, qui les poussaient l'un vers l'autre alors que, pour être tout à fait honnêtes, ils ne s'aimaient pas.
Draco se doutait que la vision qu'avait Granger de la situation était différente. C'était une Gryffondor, quelqu'un qui avait foi en l'espèce humaine… Il savait qu'elle ne pouvait pas lui pardonner la lâcheté dont il avait fait preuve à Poudlard. Mais il savait également qu'elle était prête à lui laisser une seconde chance.
Draco se prit la tête entre les mains. Il ne savait plus quoi faire, il ne se reconnaissait plus ! Et s'il se trompait sur toute la ligne ? Peut-être que Granger allait le lâcher au dernier moment et révéler à quel point il était faible et débile pour se venger de ces années à Poudlard !
Après tout, personne ne lui avait jamais tendu la main. Personne ne lui avait laissé le choix. Pourquoi est-ce que ça changerait maintenant ? Alors qu'il n'avait plus rien à offrir ? Ni fortune, ni renommée, ni avenir, ni relations ?!
Il sursauta quand un hibou frappa vigoureusement à sa baie vitrée. Draco hésita un instant puis, devant l'insistance de l'oiseau, se décolla enfin de la porte. Il ouvrit la baie vitrée, le hibou se posa sur son bras pour lui permettre de récupérer la missive. Dès que Draco l'en eut débarrassé, il s'envola et disparu rapidement.
Le jeune homme déplia un tout petit morceau de parchemin. L'écriture était maladroite et il eu du mal à la reconnaître.
Ca me fait drôle aussi. S'il te plaît, ne te morfond pas pour ça. Moi aussi je t'expliquerai. Je ne suis pas prête maintenant, c'est tout. On fera cette interview et qui vivra verra. On se voit en cours.
Granger. Comme si elle avait compris que c'était le moment de lui apporter la preuve que tout cela était bien réel. Draco comprit ce que son message, aussi sibyllin soit-il, signifiait. Il referma la main sur la missive, qui se chiffonna entre ses doigts. Comment faisait-elle ça, il n'en savait rien.
Mais il fallait qu'il tente. Il fallait qu'il se raccroche à cet espoir infime que représentait Hermione. Même si ça lui faisait mal de l'admettre car c'était reconnaître qu'il était au fond du gouffre…
Draco se posa à son bureau, sortit plume et parchemin. Si une interview d'eux deux allait paraître, autant qu'il prévienne sa mère. Narcissa avait son caractère contradictoire, ses croyances et son éducation qui s'affrontaient parfois. Mais elle était tout ce qui lui restait. Et Draco se devait de la prévenir qu'officiellement, il allait être ami avec Hermione Granger.
Hermione regarda son hibou s'envoler, avec la petite note qu'elle avait griffonnée à Malefoy. L'avantage, quand on est sous potions antidépresseurs et sous anxiolytiques, c'est qu'on ne ressent plus rien. Et l'angoisse qui aurait dû étreindre Hermione était absente.
La peur aussi. La peur d'avoir fait une bêtise, d'être allé trop vite, d'attendre plus de Malefoy que ce qu'il n'avait à offrir… Ca aurait été normal de ressentir tout cela. Mais elle se sentait vide, détachée du monde. Comme si plus rien ne lui importait.
Elle songea à ce que le jeune homme lui avait confié. Au courage qu'il fallait avoir pour en parler. A ce qu'elle même avait sur le cœur et qu'elle n'avait jamais osé confier à qui que ce soit.
Hermione soupira. Il était trop tard pour se poser des questions maintenant. Elle s'installa sur la table de la cuisine et s'empara d'une plume. Ron avant tout. Puis Harry, Ginny, Neville, Luna et les autres. Il fallait qu'elle les prévienne pour l'interview.
Hermione n'avait pas peur mais quand sa main traça les premiers mots sur le parchemin, elle tremblait.
Jeudi 19 février
COS. Centre d'orientation sorcier. Jade lui en avait parlé tellement de fois qu'Hermione avait bien été obligée d'accepter. Et puis son amie l'avait tellement soutenue ces deux derniers jours pour faire face à la fronde et l'incompréhension de ses amis. Elle lui devait bien ça.
Le COS était un petit bâtiment pas très loin de la fac. Un panneau vieilli indiquait les horaires d'ouverture, sur une lourde porte de fer forgée recouverte de toiles d'araignées. De toute évidence, le service était peu fréquenté.
Les deux jeunes femmes entrèrent d'abord dans le hall puis poussèrent une porte menant dans une vaste salle. Il n'y avait absolument personne et un silence de mort était uniquement troublé par le bruit d'une plume glissant sur un parchemin. La vieille femme responsable du COS leur adressa un regard blasé.
- Les fiches sur les métiers sont rangés par ordre alphabétique dans les petits tiroirs, fit-elle d'une voix atone avant de poursuivre sa rédaction.
Jade et Hermione échangèrent une moue agacée et allèrent poser leurs affaires sur l'une des nombreuses tables.
- On commence par quoi ? souffla Jade en jetant un coup d'œil désespéré aux nombreux petits tiroirs, il y en avait bien deux cents, qui s'étalaient sur le mur.
- J'ai pas d'idée, donc ça n'a pas d'importance, répondit Hermione en haussant les épaules.
Les deux amies approchèrent des tiroirs, au dessus desquels la lettre B était inscrite.
- Boulangère ? suggéra Jade, en ouvrant le tiroir qui portait ce nom.
Elle en tira une fiche qu'elle se mit à lire à voix basse. Hermione l'écouta tout en regardant le nombre de métiers qui étaient répertoriés. Avec tout ce qu'il y avait là dedans, elle trouverait bien quelque chose à faire de sa vie. Piocher parmi des fiches cartonnées pour savoir à quoi elle allait se consacrer. Merlin que c'était pitoyable…
- Tu m'écoutes pas, Mione, soupira Jade en refermant le tiroir « boulangère » d'un coup sec.
- Excuse moi. Je pensais à autre chose, répondit Hermione en lui adressant un sourire contrit.
Elle tenta de se concentrer alors que Jade faisait des commentaires à voix basse sur les métiers qui, selon elle, pourraient convenir à Hermione. En réalité, elle pensait à Malefoy. Bien sûr, elle comprenait qu'il ait pu être traumatisé par son échec au concours. Mais de là à ne plus monter sur un balai…
C'était tellement dommage. Elle aurait tellement aimé faire quelque chose, le Quidditch était la seule chose pour laquelle il semblait vraiment se passionner.
Jade sembla deviner à quoi son amie pensait car elle abandonna la fiche « Avocate » pour se tourner vers Hermione.
- J'en reviens toujours pas que tu fasses cette interview avec Malefoy…
- Moi non plus. Mais je te rappelle qu'on avait pas trop le choix. Cette salo… heu… cette journaliste ne nous aurait jamais lâchés sinon.
- C'est sûr que si elle a Skeeter comme modèle… Tiens, et journaliste ? Ca te dit pas journaliste ?
- Ouais… Ouais pourquoi pas… fit Hermione au bout d'un moment, le regard plongé dans le vague.
Jade retint un soupir devant son manque d'enthousiasme. Mais elle comprenait. Elle, elle avait toujours su quoi faire plus tard. La psychologie avait toujours été son truc. Depuis que Jade était petite, elle adorait observer, analyser, décortiquer le comportement des gens. C'était quelque chose de tout à fait fascinant à ses yeux. Et même si la médicomagie la rebutait un peu, elle se rassurait en se disant que la spécialisation débutait en 2ème année. Et il y avait Hermione, brillante partout, passionnée nulle part. Cette fois, le soupir s'échappa d'entre ses lèvres et son amie lui jeta un regard interrogateur.
- Et j'en reviens toujours pas que je sois avec Hermione Granger à chercher ce qu'elle pourrait bien faire de sa vie, marmonna Jade en extirpant la fiche « Journaliste » du petit tiroir.
Elle vit le visage d'Hermione se rembrunit et se mordit violemment les lèvres. Ca, ce n'était vraiment pas malin. Jade, un peu paniquée, dit la première chose qui lui passa à l'esprit.
- Et Ron qu'est ce qu'il en pense ?
Raté. Pourquoi était-elle incapable de détourner correctement la conversation ? Hermione n'avait pas besoin d'être enfoncée ! Merlin qu'elle se sentait stupide !
- Heu… Rien. Je ne lui parle pas de ça. Il fait toujours la tronche. Il a même séché son entraînement pour venir me hurler dessus. « Hermione Granger et Draco Malefoy, non mais tu te rends pas compte ! Et ton image et gnagnagna, et la mienne, celle d'Harry, tu nous ridiculise ! et gnagnagna ! Son père a failli nous tuer, tu te souviens pas ?! » répondit pourtant l'ancienne Gryffondor.
Jade resta sans rien dire, étonnée par l'indifférence teintée de mépris du ton de son amie. Elle aurait peut être préféré la voir hurler, pleurer ou s'énerver. Plutôt que de la voir lui dire ça avec détachement. Comme si elle était… Vide…
- Remarque c'est ironique. Il faut que mon petit-ami apprenne que je vais donner une interview avec notre ennemi d'enfance pour qu'il prenne le temps de venir me voir !
Jade grimaça. Elle détestait avoir l'impression qu'Hermione n'avait même plus la force de ne pas laisser son couple se fissurer. Elle tenta l'optimisme, à défaut d'arguments valables pour défendre le rouquin.
- Ca ira sans doute mieux cet été. On boucle les partiels début mai, il finit sa session quinze jours après. Vous aurez le temps de vous retrouver non ?
- Hum. Peut-être… Je pense que je vais aller passer un mois chez mes parents et que je travaillerai en juillet août. Ils ont payé mon loyer pendant un an, je ne vais pas être un fardeau toute ma vie, il faut bien que j'apporte ma contribution
- Tes parents s'en foutent, ils préfèrent que tu te consacres à tes études, Mione.
- Je sais. Mais j'ai besoin de ça. Il faut que je sois occupée. Et puis c'est une bonne expérience, ça m'ouvrira un peu l'esprit… Et toi quel programme ?
- Hum… boulot aussi. Je vais sans doute rentrer en Amérique mais je ne sais pas encore quand… Prof ? et prof ? Ca t'irai bien ?
Hermione mis un temps à comprendre que Jade lui proposait un métier. Elle y avait pensé, Mac Gonagall lui avait même dit qu'elle serait heureuse de l'avoir pour collègue. Mais non. Cela ne remuait rien en elle. Et Hermione voulait quelque chose qui la passionne. Restait à trouver quoi. Enfin, une autre chose que celle qu'elle avait en tête et qui n'était pas possible.
- Nan, fut sa réponse lapidaire.
- C'est toi qui voit… Et Draco ? susurra Jade, il fait quoi lui ?
Hermione haussa un sourcil d'un air intrigué mais elle ne pu empêcher son cœur de faire un bond. Oui, c'est vrai. Qu'est ce qu'il faisait ? Et s'il partait en vacances ? Pendant trois mois ? Et s'ils ne pouvaient plus se voir ? Et s'il ne pouvait plus la faire enrager pour lui faire oublier son… état ? Qu'allait-elle bien pouvoir faire, seule ?! Elle ne serait pas seule, il y aurait Ron, Harry, Ginny, Luna et les autres. Mais eux, ils allaient bien... Donc elle sera seule, tout compte fait. Hermione baissa la tête vers le tiroir qu'elle venait d'ouvrir au hasard, tentant de cacher la pâleur de son visage.
- Pourquoi est ce que tu le dis sur ce ton ? Ce qu'il fait, je n'en sais rien !
Sa voix aurait dû être hargneuse, froide ou indifférence. En réalité, elle n'était que tristesse.
Jade décida de ne pas en tenir compte. De faire comme si, malgré tout, son amie arrivait à converser les apparences.
- Arrête Mione, si tu crois que j'ai pas remarqué votre… Changement d'attitude…
Hermione ne répondit rien et entreprit de lire la fiche « Ornithologue ».
- Ce n'est pas flagrant, poursuivit Jade, imperturbable. Disons que vous… Non, c'est peut être encore trop fort…
Jade se mordilla le lèvres tout en levant les yeux au ciel, signe de réflexion chez elle.
- Vous flirtouillez ! lâcha la jeune femme d'une voix de conspiratrice, en pointant un doigt accusateur sur son amie.
- On flirtouille ? se moqua Hermione. Bonjour la future psychomage. Tu vas leur sortir des trucs pareils à tes patients ?
- C'est ça, moque toi. Je sais de quoi je parle ! Bah, c'est pas bien méchant. Mais la dernière fois, il ne te regardait plus pareil. Enfin, moi je dis ça, jdis rien…
Jade s'éloigna, tout sourire, mine de rien. Hermione pouvait nier autant qu'elle voulait, depuis le début de la semaine, ils agissaient différemment. Personne ne l'aurait remarqué mais son habitude à tout observer, jusqu'aux moindres petits détails, lui apportait cette certitude.
Ce n'était pas grand chose. Mais la jeune femme était persuadée qu'ils avaient passé le cap de la méfiance mutuelle. Ils s'apprivoisaient, peu à peu. Un pas en avant, deux en arrière, dans une danse longue mais obligée vu leur histoire respective…
Et pour Jade, cette interview était une bonne chose. Comme ça, ils ne cachaient rien à personne. Cela officialisait leur… espèce d'amitié bizarroïde en quelque sorte. Et puis, quoi qu'on en dise, c'était quand même une belle preuve de maturité, de la part de l'un comme de l'autre.
Jade observa Hermione flâner le long des rangées de tiroirs, l'air absent ou triste. Elle la rejoignit au moment où son amie posait le doigt sur le tiroir où « Quidditch » était annoté. Un soupir s'échappa de ses lèvres.
- Qu'est ce qu'il y a ? interrogea Jade, perplexe.
- Non… Je me disais… C'est drôle la vie. Quand tu es petite, tu as hâte de grandir, de vivre comme les adultes, d'avoir des responsabilités mais de faire ce qu'il te plaît… Et puis quand tu y arrives, tu réalises que ce n'est pas si drôle. Qu'il a des choix à faire, des sacrifices, que les responsabilités sont bien plus lourdes que tu l'imaginais… Et que finalement, tu es loin de faire ce qu'il te plaît…
- Mione…
- Tu te sens encore plus nulle quand tout le monde autour de toi sait parfaitement ce qu'il veut faire et pire, y réussi. C'est égoïste de penser ça hein ? Mais disons qu'être la ratée du groupe, c'est pas forcément très marrant.
- Mione, je t'en supplie ne dis pas de choses pareilles ! Malefoy te foutrait des paires de claques pour que tu oses raconter ce genre de débilités ! D'ailleurs lui non plus ne sait pas ce qu'il veut faire ! C'est pas un raté pour autant ! Et puis vous avez 18 ans, merde ! 18, pas 40 !
La vieille femme lança un « chut ! » visiblement agacé à Jade qui lui répondit par un regard noir. Hermione hocha doucement la tête, comme si elle entendait les arguments sans vraiment y croire. Un léger sourire était apparu sur ses lèvres à l'évocation du nom de Malefoy. Un sourire presque tendre, qui ne rassura pas Jade, bien au contraire. Elle n'avait jamais vu son amie avec ce sourire là. Il ne fallait pas, surtout pas, que cela devienne une habitude.
Hermione semblait presque apaisée lorsqu'elle pensait à lui. Une sorte d'anesthésiant, de… médicament ? (1)
Jade en eu la confirmation lorsque l'ancienne Gryffondor reprit d'une voix plus calme.
- Oh… Si. Si, il sait ce qu'il veut faire. Mais il pense qu'il n'y arrivera pas… Je ne sais pas ce qui est le pire. Ignorer ce qu'on veut faire de sa vie… Ou le savoir mais ne pas y arriver…
Jade fut horrifiée par le ton banal, dénué d'émotion sur lequel Hermione disait des choses aussi importantes. Comme si elle s'y était faite. Que c'était comme ça, et qu'il était inutile de le combattre.
Jade n'avait pas l'habitude d'être désarçonnée par les propos de quelqu'un. Elle ne savait pas quoi dire, quoi répondre à ça. Alors elle prit la fiche « Quidditch » des mains d'Hermione, la posa sur l'un des tiroirs et la serra dans ses bras.
Le fameux vendredi arriva bien vite au goût d'Hermione et de Draco. L'interview se passa bien et, comme prévu, la Gazette allait le mettre sous presse pour le lundi suivant. Draco avait convaincu Hermione que le plus tôt serait le mieux. Déjà car ils n'auraient pas à s'angoisser. Ensuite parce que ce serait les vacances de Février et qu'ils n'auraient pas cours. Donc pas de regards, de demandes d'autographes ou autres choses dans le genre.
Hermione avait redouté de revoir Malefoy mais finalement ils étaient assez à l'aise. Ils discutaient et se chamaillaient d'une manière différente d' "amis normaux" mais Hermione avait appris à ne pas prendre au premier degré tout ce que disait Draco. Et lui avait appris que sous ses airs de jeune fille innocente se cachait des réflexions qui le désarçonnait. Et c'était follement amusant.
Le dimanche qu'Hermione passa au Terrier fut plus froid que d'habitude, toute la famille Weasley étant au courant de la fameuse interview. Harry était partagé entre Hermione, qui montrait une indifférence –étrange pour lui- à Ron, et entre son meilleur ami qui ne décolérait pas.
Ginny prenait ça avec plus de détachement mais c'est surtout Monsieur et Mme Weasley ainsi que Georges et les anciens Gryffondors avec qui Hermione était resté en contact qui avaient du mal à s'y faire. Neville en particulier n'avait toujours pas répondu à sa lettre.
Alors qu'elle avait passé la journée du dimanche dans une relative indifférence, Hermione s'assomma presque à coup de potions une fois rentrée dans son petit studio. Le lendemain, elle ne descendit que pour acheter le journal au kiosque au coin de sa rue. Avec les commentaires enthousiastes et frénétiques de la vendeuse, dont elle eu du mal à se dépêtrer. Aussitôt rentrée, Hermione déplia le journal.
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La Gazette du Sorcier . . . . Edition du lundi 23 février
45 Chemin de Traverse
Fondé en 1843
EXCLUSIF : DRACO MALEFOY ET HERMIONE GRANGER TEMOIGNENT SUR LEUR RECENTE AMITIE
Hermione Granger, née Moldue, a été élevée dans une petite ville du Nord de l'Angleterre par ses deux parents dentistes. Elle a appris tardivement qu'elle était une sorcière, pour son entrée à Poudlard. Preuve que le sang ne fait pas l'excellence, elle est rapidement devenue et reste à ce jour l'une des meilleurs élèves qu'ait connu Poudlard.
Répartie parmi les courageux Gryffondors, elle a porté haut les couleurs de sa maison. Meilleure amie d'Harry Potter et de Ronald Weasley, le fameux Trio d'Or, elle a combattu les Mangemorts et Vous savez qui à leurs côtés.
La jeune fille étudie maintenant la médicomagie à la faculté de Londres.
Draco Malefoy est né dans une famille dite de Sang Pur et a reçu l'éducation "qui siée à son rang". Il est le fils de Lucius Malefoy, le bras droit de Vous savez, qui purge sa peine à Azkaban et de Narcissa Malefoy, blanchie des accusations de soutien au Mage Noir et de participation à des actes terroristes contre des Moldus.
Réparti à Serpentard lors de son entrée à Poudlard, Draco Malefoy s'est rapidement imposé comme une figure dans la maison des audacieux. Excellent élève, sa réputation a toutefois été ternie par son comportement décrit comme "odieux" par ses anciens professeurs. Pourtant, il ne participa pas à la guerre, si ce n'est comme otage du couple Malefoy.
Lui aussi se consacre à la Médicomagie.
Ces deux caractères, pourtant réputés comme étant ennemis à Poudlard, ont fini par devenir amis, malgré toutes les tracasseries que cela peut leur apporter.
C'est donc avec un empressement ravi que notre journaliste, dont la carrière s'avère aussi prometteuse que son mentor que vous connaissez tous, a convaincu ces amis hors normes de répondre à quelques questions.
Tati Skeeter : Pouvez vous expliquer aux lecteurs comment vous êtes devenus amis ?
Miss Granger : En fait, on ne le sait pas trop. Nous avons choisi la même filière, médicomagie, et donc nous avons des cours ensemble. Pendant six mois, on ne s'est pas vraiment parlé. Puis on s'est retrouvé en binôme pour une potion et on a eu l'occasion de discuter un peu…
Monsieur Malefoy : C'est sûr qu'au début, on était réticent. On a été ennemis pendant si longtemps qu'on a retrouvé nos réflexes et on a pas arrêté de s'envoyer des piques. Mais ce n''était plus méchant, c'était plus pour nous rappeler Poudlard. Nous nous sommes fréquentés seulement en cours au début puis comme nous avons des amis en commun, nous avons commencé à sortir… Comme des amis normaux.
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Tati Skeeter : Donc vous êtes bien uniquement des amis ?
Miss Granger : J'ai un petit ami je vous rappelle !
Monsieur Malefoy : De toute façon, t'es pas du tout mon genre
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Tati Skeeter : Mais n'est ce pas curieux d'avoir été en conflit pendant 7 ans pour finalement vous lier d'amitié ?
Miss Granger : La guerre m'a appris quelque chose d'essentiel. Il est ridicule de continuer à s'opposer à quelqu'un pour des raisons qui ne sont plus valables. Nous avons grandi, il n'y a plus deux camps qui s'opposent. Je pense qu'il était temps de se débarrasser de nos préjugés et d'aller de l'avant.
Monsieur Malefoy : Absolument. Nous ne sommes plus des enfants, nous n'allons pas continuer à nous chamailler pour des trucs débiles. Et puis vous ne trouvez pas que c'est un beau geste après le deuil de la société sorcière de prouver qu'il est temps de pardonner ?
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Tati Skeeter : Comment vos amis et vos familles ont-ils appris votre amitié ? Sont-ils au courant ?
Miss Granger : Bien sûr qu'ils le savent ! Ils n'étaient pas ravis au début, c'est le moins qu'on puisse dire. Ils avaient du mal à comprendre c'est sûr mais je ne leur ai jamais rien caché et aujourd'hui, ils sont habitués. Mais c'est n'est pas encore pour maintenant que je vais inviter Ron (Weasley ndlr) et Harry (Potter ndlr) pour un dîner à quatre !
Monsieur Malefoy : Je pourrai dire la même chose. Mes amis ont eu envie de tourner la page après la guerre donc ils l'ont rapidement accepté et s'ils ne partagent pas cette amitié ce n'est pas pour autant qu'ils m'en veulent de m'être lié avec Hermione.
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Tati Skeeter : Donc vous n'avez pas peur des réactions de la société quand ils apprendront que vous vous fréquentez ?
Miss Granger : Non, pas du tout. J'espère bien que nous servirons d'exemple. Il n'y a rien de mal à oublier des querelles d'adolescents. J'appelle toute la société sorcière à mettre de côté sa rancœur. La haine n'engendre que la haine et si nous ne voulons plus de ces guerres qui ont ravagé nos familles, il est temps de se débarrasser de nos préjugés.
Monsieur Malefoy : J'ose espérer que « la société » est assez intelligente pour se faire sa propre opinion en sortant des idées reçues. Et je demande aussi plus d'indulgence pour les enfants qui ont reçu une éducation comme la mienne. Il est difficile de se détacher d'un tel endoctrinement et de ce qu'on croit être une vérité absolue.
Il faut simplement que quelqu'un vous donne une chance de voir autrement et cette occasion, peu d'entre nous l'ont eue.
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Espérons que ces sages paroles seront respectées. Tari Skeeter
NB : Dans le cadres des lois d'après-guerre, nous rappelons à nos lecteurs que solliciter des anciens combattants est très fortement déconseillé. Les prises de photos, demandes d'autographes ou les actes malveillants à leur encontre peuvent être sanctionnés par le Ministère de la Magie et passible d'une interdiction temporaire d'exercice de la Magie ou d'une amende de 20 000 Gallions.
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Draco rangea le journal sous son bras. Il pressa le pas sur le Chemin de Traverse. Les gens lui jetaient tous des coups d'œil plus ou moins discrets. Il n'y avait pas eu de photo accompagnant l'article et Draco ne se doutait pas qu'autant de monde était capable de le reconnaître.
Il savait que l'article allait faire du bruit. Granger était devenue une véritable héroïne. Contre son gré, mais une héroïne du monde sorcier quand même. Il se souvenait qu'en début d'année, lorsque les autres élèves avaient appris qui elle était, ça avait fait beaucoup de bruit. Certains sorciers et sorcières avaient commencé à s'aventurer sur le campus juste pour la voir, lui demander un autographe ou une photo. C'était avant les lois d'après guerre. Lui n'avait jamais rien eu que du mépris, de la part des étudiants qui savaient qui il était. Il s'était lié d'amitié avec un italien en début d'année. Qui lui avait tourné le dos dès qu'il avait révélé son nom... Alors évidemment que ce papier allait faire du bruit. Mais Draco, un peu naïvement, avait pensé que les gens étaient bien trop occupés à reconstruire le pays, à faire leur deuil, à se remettre...
Cela ne semblait pas être le cas. Draco avait dû faire plusieurs marchands de journaux avant d'en trouver un à qui il restait des exemplaires. Et là, il s'était demandé si c'était vraiment une bonne idée. Encore.
Il avait parlé de l'article à Blaise, qui avait trouvé que Draco avait géré cette affaire d'une main de maître.
- T'avais pas le choix, avait rétorqué le métisse. T'es pas sous protection et connaissant Skeeter senior, un scoop pareil ne l'aurait jamais arrêtée. Elle aurait simplement trouvé le moyen de désigner Hermione sans écrire son nom. … T'as prévenu Narcissa ?
Draco avait grimacé.
- Je lui ai présenté ça comme la première phase d'un plan destiné à redorer l'image et le nom des Malefoy. Ca passera mieux ainsi. Et peut être qu'elle renoncera à me marier avec Astoria.
Blaise s'était marré. Il trouvait Astoria tout à fait à son goût.
- Tu préférerais Granger ? Remarque, ça serait tout bénéf pour ta réputation…
Draco lui avait adressé un regard noir, clairement énervé par les provocations de son ami.
- Ben quoi ? Je l'ai aperçue la dernière fois sur le Chemin de Traverse. Elle est mal foutue hein ? Depuis qu'elle se fringue plus joliment, j'ai remarqué qu'elle avait une poitrine très...
- Ca va, Zabini, ça va. Fais toi Granger si ça t'amuse ! avait lâché Draco, agacé.
- Non, je te ferais pas ça. J'te laisse ce plaisir…
Draco lui avait balancé son Quidditch Mag à la figure mais Blaise avait esquivé et avait transplané. Son rire avait résonné quelques secondes dans le grand appartement, après sa disparition.
Draco se souvenait bien de cette scène. Il avait réalisé à ce moment là que Blaise risquait de le poursuivre de ces sarcasmes pendant le restant de sa vie.
Il soupira et rentra chez lui. A peine débarassé de sa robe, il crut avoir une attaque. Une petite vingtaine de hibou attendaient sur son balcon de pouvoir lui remettre des missives. Draco eu besoin d'une bonne demie heure pour toutes les détacher puis, intrigué, il en lu quelques unes.
La plupart terminèrent à la poubelle mais il en garda certaines, les plus originales. Il tenta de se divertir l'esprit mais ses pensées revenaient toujours vers Granger. Décidant que c'était inutile de lutter contre ça, il prit une poignée de lettres qu'il glissa dans une poche de sa robe de sorcier. Il était temps qu'il lui rende visite.
Hermione était postée à sa fenêtre, bras croisés sur la poitrine. Elle regardait les gens aller et venir, en bas de son immeuble, ses pensées divaguant de la fac à Ron, de Ron à Malefoy, de Malefoy à la guerre, de la guerre à son absence totale d'avenir.
Des pensées sans fin et sans logique.
Elle n'avait pas eu le courage de sortir aujourd'hui. Pas envie d'affronter le regard des gens. De voir les gamins chuchoter d'un air surexcité sur son passage. De surprendre la jalousie dans les yeux de filles comme de garçons. De se voir traiter avec tant d'égards en achetant un livre alors qu'elle n'avait jamais rien récolté d'autre que des regards indifférents avant le début de la guerre.
Des coups frappés à sa porte la firent sursauter. Machinalement, son regard se porta sur le flacon d'anxiolytiques qui se trouvait sur la table. Elle hésita un bref instant puis s'approcha d'un pas incertain.
Hermione, prise entre deux sentiments contradictoires, laissa son regard aller de la porte au flacon. C'était trop tentant. Elle se sentait trop fragile. Elle en but une gorgée, alors que de nouveaux coups se faisaient entendre.
Hermione se hâta de cacher le flacon puis alla ouvrir. C'était Harry, qui s'empressa de la serrer dans ses bras avant même d'avoir dit bonjour.
- Oh Mione ! Je suis content de te voir !
Surprise, Hermione lui rendit son étreinte, tout en essayant de ne pas se laisser envahir par la douce somnolence que lui apportaient ses médicaments. Quand il lui eu suffisamment brisé les côtés, il la relâcha et darda un regard inquiet sur son amie.
- Ca va ?
- Oui, Harry, ça va très bien, répliqua Hermione, un peu étonnée.
- Oh… Je ne sais pas… C'est cet article. J'avais peur que… je sais pas, des gens s'en prennent à toi.
- Je ne suis pas sortie aujourd'hui. Et même si c'était le cas, je ne pense pas qu'un déséquilibré se serait jeté sur moi. Ni qu'une horde de sorciers en colère m'attende en bas de l'immeuble…
Elle remarqua qu'Harry devait être passé directement de la case vestiaire à chez elle car ses cheveux étaient encore mouillés et il portait sa robe de l'Ecole. Elle sourit, amusée de l'intérêt qu'il lui portait mais aussi heureuse qu'il ne lui ait pas tourné le l'invita à s'asseoir. Harry déposa sa robe sur le dossier de la chaise et s'y affala en soupirant d'aise, renversant sa tête en arrière.
- Tu as vu Ron ? demanda Hermione.
Le visage d'Harry se tordit dans une moue.
- Ouais… Il n'est plus furieux mais il fait toujours la tête… Il a l'impression que c'est lui que tu visais dans ton passage sur les préjugés…
- Lui et bien d'autres, malheureusement…
- Il s'y fera. Je t'avoue que moi-même j'ai encore du mal à me faire à cette idée. Mais Dumbledore laissait toujours une deuxième chance aux autres et il a eu raison de le faire avec Rogue… Alors, ma foi, va pour Malefoy…
Harry se redressa et remarqua soudain quelque chose. Une pile assez impressionnante d'enveloppes étaient posées sur la table.
Hermione avait suivi son regard.
- C'est mes admirateurs, fit-elle en souriant. Cette interview a vraiment fait du bruit !
- Je peux … ?
- Je t'en prie.
Harry décacheta une enveloppe au hasard et commença à lire.
- Je trouve que vous faites preuve d'une grande maturité d'esprit, blablabla, les gens devraient suivre votre exemple, blabla, il est important de pardonner et passer à autre chose, vous avez fait preuve de courage, ect ect… On peut dire qu'elle t'aime bien celle là !
Le Survivant sourit et s'empara d'une autre lettre. Ses yeux la parcoururent rapidement mais, contrairement à la précédente, il grimaça et chiffonna la lettre avant de la jeter à la poubelle.
- Pas très sympa celle ci, commenta-t-il.
- J'en ai lu quelques unes. Je m'attendais un peu à ce genre de courrier mais y'a une chose que j'avais pas prévue…
Harry lit en diagonale une autre missive puis releva la tête vers Hermione.
- Hum ? Quoi ?
- C'est de m'en foutre complètement…
- Hein ?
- Ces gens m'écrivent que je bafoue la mémoire des morts, que je pactise avec l'ennemi ou que je suis indigne de mon statut d'ancienne combattante et plein d'autres conneries encore. Ils me font bien rire. Nous avons été une minorité à nous battre pendant la guerre, la plupart d'entre eux n'ont rien fait d'autre que se plaindre et trembler comme des poules mouillées ! lâcha Hermione dans un rire froid.
Harry regarda son amie avec les yeux ronds comme des soucoupes. Ce ton ne lui ressemblait pas. Elle n'avait pas tout à fait tort mais la Hermione qu'il connaissait ne se plaçait jamais ainsi au dessus des autres. Il fit une nouvelle grimace.
- Je trouve ton jugement un peu… méprisant…
- Mais enfin Harry ! Ces gens là étaient planqué bien au chaud pendant qu'on risquait nos vies pour eux ! Et maintenant ils veulent me faire la morale ! Oui je n'ai pas beaucoup de respect pour eux, qu'est ce que tu veux que je te dise ? Leur avis ne m'intéresse pas !
Tout en parlant, Hermione avait déblayé la table pour y installer de quoi prendre le goûter. Ses gestes étaient brusques et saccadés, reflétant la colère qui l'habitait. Elle jeta presque un paquet de gâteaux sur la table puis, se rendant compte de l'étrangeté de la situation, se força à rester immobile et à se calmer.
Peu à peu, elle sentit l'effet des anxiolytiques l'engourdir, inspira longuement et se tourna vers Harry, les bras croisés sur la poitrine. Sa voix se fit moins forte, plus lasse.
- Et puis qu'est ce que tu veux que je pense après ce qu'il s'est passé en début d'année ?
Hermione leva les yeux vers lui et le Survivant eu un coup au cœur. Il aurait préféré mille fois voir des sentiments animer les prunelles de sa meilleure amie plutôt que d'y voir le vide qui y régnait.
Il ne pensait pas que cette affaire l'avait tant perturbée. Ou alors il y avait autre chose. Mais Hermione semblait avoir une espèce de rancune et de haine qui s'étaient progressivement ancrés en elle.
Quand elle était entré à la fac, la plupart des étudiants l'avaient reconnue. Pas physiquement bien sûr, puisqu'aucune photo d'elle n'avait été publiée depuis la Victoire. Mais le nom sur la liste d'émargement que faisaient passer les profs, ça, ils connaissaient.
Ils avaient été nombreux à venir la voir, la féliciter, vouloir devenir ami avec l'ancienne Gryffondor. Elle avait accepté ces témoignages, étonnée. Une chose pareille ne lui était jamais arrivée. Hermione était resté avec eux. Un petit mois tout au plus. Assez pour comprendre qu'ils n'en voulaient qu'à son nom, qu'à ses « amis célèbres », qu'à sa propre célébrité.
Et puis il y avait eu Jade. Jade qu'elle avait mise de côté alors que c'était la première fille désintéressée avec qui elle avait sympathisé. Jade qui lui avait ouvert les yeux, se servant de sa propre expérience.
- Hermione… Tu sais bien qu'il y a des cons partout. Ne tombe pas dans ce genre de généralités. Je voulais juste… Je veux juste que tu redeviennes la Mione qui a survécu à la guerre. Celle qui a de l'énergie à revendre, qui croit en l'Homme…
Hermione lui adressa un sourire triste. Harry s'était plutôt bien remis de la guerre. Il avait pleuré ses morts, il avait fait son deuil, il avait aidé les gens à se relever autour de lui, ce qui l'avait aidé lui-même. Et il s'était relevé, comme toujours. Avec tout l'amour que lui portait une Ginny qui ne pouvait plus donner d'affection à l'un de ses frères, Harry Potter était réellement un Survivant.
Elle ne pouvait pas nier qu'une certaine partie de ses rêves, de son adolescence et de sa naïveté lui avaient été enlevés. Mais il était resté désespérément Gryffondor. Pas elle. Mais maintenant elle l'assumait… Plus ou moins… Il fallait juste que son entourage comprenne pour l'aider.
- Harry… Les gens changent. Je ne peux plus être cette personne là… murmura-t-elle.
- Malefoy y est pour quelque chose hein ?
- Malefoy ne peut pas être la source de tous nos problèmes. Bien sûr, ça serait plus facile car il n'y aurait pas besoin de chercher plus loin… Non, il n'y est pour rien. Il m'aide juste à assumer.
- Assumer quoi Hermione ?
- Le fait que j'ai changé Harry ! répliqua doucement mais fermement son amie. Je ne suis plus la gamine rêveuse et idéaliste que tu as connue ! Tu as gardé presque tous les traits de ton enfance, Harry, l'innocence en moins. Moi j'ai… Changé… J'ai grandit… Mûrit… Appelle ça comme tu veux…
- Et qu'est ce que tu es maintenant ?
- Je ne sais pas… soupira Hermione. Je n'en ai pas la moindre idée. Mais tu n'as pas à t'inquiéter pour moi. Je serai toujours ta meilleure amie, Miss je sais tout.
Elle lui fit un pauvre sourire et Harry ne sut que dire. Il avait toujours été persuadée qu'Hermione s'était bien remise de la guerre et s'accommodait de la situation actuelle. Mais il avait maintenant le sentiment que ce n'était pas du tout le cas.
Mais tout à coup, plusieurs coups se firent entendre à la porte. Hermione sursauta et, machinalement, les deux amis se saisirent de leur baguette magique. Quand ils le réalisèrent, ils se sourirent, à la fois amusés et tristes de l'effet que pouvait produire de simples coups sur une porte. Hermione rangea sa baguette et alla ouvrir. Les battements de son cœur s'accélérèrent en découvrant le blond qui se tenait devant elle, un sourire qui se voulait sarcastique aux lèvres, mais qu'elle voyait maintenant comme gêné.
Il était appuyé négligemment contre l'encadrement de la porte mais Hermione n'eut pas le temps de laisser son cerveau détailler à quel point cette attitude le rendait craquant que Malefoy brandissait et agitait devant elle une vingtaine d'enveloppes décachetées.
- Salut Granger, fit-il de sa voix froide. Je me disais qu'on pourrait comparer notre popularité. J'en suis à dix « fils de Mangemort » et douze « traître à ton sang » contre quinze « vous faites honneur à votre statut de sorcier » et vingt « je vous approuve »…
Hermione sentit un sourire heureux naître sur ses lèvres. Ses yeux étaient directement fichés dans ceux de son ancien ennemi et elle ne put s'empêcher de le trouver diaboliquement beau. Elle se demanda depuis quand elle appréciait tant son humour si pince sans rire.
- Ah, je n'ai que neuf « traîtresse », et une petite dizaine « honte à ta condition » et… Bah, peut-être une quinzaine de « vous êtes géniale »…
- J'ai toujours su que j'étais bien plus populaire que toi, fit Draco en haussant les sourcils de manière hautaine.
Hermione rit doucement puis, tout à coup, sembla reprendre conscience de la présence d'Harry. Elle toussota et s'écarta, ouvrant la porte pour laisser entrer Draco mais aussi pour qu'il puisse voir que son meilleur ami était présent.
Dès qu'ils se firent face, les deux anciens ennemis se figèrent. Hermione sentit son corps se raidir devant l'hostilité qui se dégageait des deux garçons. Elle sentit la main de Draco se presser doucement contre son dos et rien que ce contact lui donna la force de sourire. Elle ne sut pas si Harry avait remarqué ce geste. Mais elle comprit que son ancien meilleur ennemi avait, lui, compris ce qui se tramait dans sa tête.
- Tu veux boire quelque chose ? s'enquit Hermione avec une légèreté qui tranchait avec l'atmosphère tendue de son petit studio.
Elle vit une moue se former sur les lèvres d'Harry avant qu'il se maîtrise et reste finalement stoïque. Ses yeux verts n'étaient pas amicaux, mais pas franchement agressifs non plus. Draco soutint son regard.
- Je veux bien un café, fit-il en fixant le brun.
- Viens t'asseoir alors. Et arrêtez de jouer aux mâles dominants, pour l'amour de Merlin ! lâcha Hermione en les foudroyant du regard.
Tous deux firent la moue et Hermione rit doucement.
Draco s'assit, nonchalant, en face d'Harry. Séparés uniquement par une boîte de gâteaux et des piles d'enveloppe.
Hermione s'apprêtait à se tourner vers sa cafetière, rassurée par le fait qu'ils ne s'étaient pas sauté à la gorge mais suspendit son mouvement. Malefoy avait le bras passé au dessus du dossier de la chaise et la jambe droite posée sur la gauche dans l'attitude négligée qu'il semblait affectionner tout particulièrement.
Il avait un charme fou. Tellement de charme et de charisme qu'elle eut envie de le frapper.
Heureusement, les deux sorciers étaient bien trop occupés à se dévisager, qu'ils ne le remarquèrent pas.
- Alors… Potter… Je crois bien qu'on va être obligés de se supporter suffisamment pour rester dans la même pièce.
On avait l'impression que Malefoy faisait la conversation avec un vieil ami. Harry eu un sourire crispé, mais ses yeux ne lâchaient pas le blond.
- On dirait bien oui.
- Tu es toujours avec la rouquine ? s'enquit poliment Draco.
- Ginny ! aboya immédiatement Harry, ses yeux se rétrécissant en une fente meurtrière.
- Hé bien… Elle est rousse, jusqu'à preuve du contraire...
Hermione posa brusquement trois tasses sur la table en adressant un regard agacé à Harry. Il haussa les épaules dans un geste d'excuse, soupira puis se tourna à nouveau vers Malefoy.
- Oui, nous sommes toujours ensemble.
Draco hocha la tête, comme si cela l'intéressait alors qu'il essayait juste de faire la conversation. Et d'éviter, par la même occasion, une crise d'Hermione. Il avait bien remarqué qu'elle était sous médicaments. Il le voyait dans sa manière d'agir, plus distraite, moins décidée et rapide.
- C'est bien. Je l'ai jamais montré mais en fait, c'est la seule que j'apprécie dans la famille, reprit Draco d'une voix traînante. Avec les jumeaux. Elle a du caractère cette fille.
Harry fixa le blond d'un air ahuri. De toute évidence, il ne s'attendait pas à celle-là. Le Survivant se dit qu'Hermione avait décidément raison sur toute la ligne. Malefoy avait l'air sincère et pourtant, quand ils étaient à Poudlard, on avait l'impression qu'il détestait Ginny et les jumeaux plus que n'importe qui d'autre. "Il aurait pu être acteur tu sais", lui avait dit Hermione. Au début, ça l'avait fait rire. Mais il réalisait maintenant qu'elle avait parfaitement raison. Une fois de plus.
Et puisqu'il faisait des efforts, Harry se dit que lui aussi devait se montrer un minimum aimable.... Ne serait-ce que pour ne pas perdre la face...
- Ta mère va bien ? demanda-t-il à brûle pourpoint.
Il ne vit pas que sa question avait surpris Malefoy. Il était resté impassible. Mais Hermione frémit légèrement en se tournant vers eux. Malefoy était figé, son visage ne reflétant pas le moindre sentiment. Comme toujours.
- Comme elle peut, répondit-il en haussant légèrement les épaules.
Il eu envie d'ajouter comme elle peut en ayant perdu son mari, l'estime de tous, son manoir et sa fortune. Mais il restait un Malefoy. On ne parlait pas de ces choses là. Et certainement pas avec Potter !
- Heu… C'était pas une fausse question, fit Harry, semblant se rendre compte de sa bévue. Je… Je lui suis très reconnaissant pour ce qu'il passé dans la forêt… A Poudlard, à la fin…
- Oui, je vois de quoi tu parles, coupa Draco d'un ton impatient. Allez Potter, je sais que tu es intervenu pour que son internement à Saint Mangouste ne soit pas divulgué. Considérons que nous sommes quittes… Enfin, pour cette affaire.
Le silence s'installa avant qu'Hermione ne les serve. Elle alla reposer la cafetière mais ne s'assit pas avec eux. Cet espèce de réunion à trois la gênait plus qu'elle ne voulait l'admettre.
Harry but une gorgée de son café. Il reposa rapidement sa tasse et se tourna vers Hermione.
- Je suis désolé Mione mais je dois rentrer.
- Rentrer ?
- Hum… Enfin, je… heu… Je vais chez les Weasley…
Il détourna le regard, gêné, et Hermione fronça les sourcils, consciente que quelque chose clochait.
- Ginny est rentrée ? Je pensais qu'elle prenait le Poudlard Express demain ? demanda-t-elle alors qu'il se levait.
- Heu… Oui… Je vais juste… Je vais plaider ta cause auprès des Weasley.
- Tu parles de Granger comme si c'était une cause désespérée, souligna Draco, son ton devenant tout à coup beaucoup plus froid.
Harry sembla étonné de cette intervention et encore plus gêné.
Draco n'avait pas apprécié sa dernière phrase. Le fait qu'Hermione assumait de traîner avec lui était inadmissible ? Il n'était pas digne de la côtoyer peut-être ? Potter n'avait pas tort… Mais Draco voulait sa deuxième chance. Ses choix d'ado manipulé ne pouvaient pas lui gâcher tout sa vie, si ? On n'allait pas le condamner éternellement pour des choix maladroits qui étaient certes les siens, mais avec tant de circonstances atténuantes…
Hermione adressa un léger sourire à Draco avant de se tourner vers Harry.
- Non, je n'ai jamais dit ça, répliqua Harry en levant les yeux au ciel. C'est simplement qu'ils ont du mal à s'y faire et tu sais à quel point ils sont bornés…
Il enfila sa robe de sorcier aux armoiries de l'Ecole en même temps, et fit un petite sourire d'excuse à Hermione qui accepta d'un haussement d'épaules.
- Tu viens demain voir Gin' ? demanda-t-il.
- Je verrais… répondit évasivement la Gryffondor.
Harry voulu dire quelque chose puis se ravisa. Il colla un baiser sur la joue d'Hermione, dépassa Malefoy et fit quelques pas vers la porte. Mais il s'immobilisa et se retourna légèrement. Les yeux de glace de Malefoy le fixaient, mais pour une fois, le Survivant eu l'impression qu'il ne le regardait pas vraiment. Il avait l'impression que c'était le même regard vide qu'il surprenait parfois chez Hermione.
Se disant qu'il paranoïait, il secoua légèrement la tête, toujours immobile.
- Harry ? demanda Hermione, voyant qu'il restait figé.
- Hein ? Oui, pardon, je m'en vais… Malefoy…
Harry revint sur ses pas. Et tendit la main à son ancien ennemi. Malefoy cligna brièvement des yeux, semblant sortir de ses pensées et fixa la main d'Harry. Avant de la serrer. Hermione, interloquée, observa cette poignée de main. Tous deux ne se regardaient pas et on sentait encore ce malaise ambiant. C'était… étrange… Vraiment curieux. Mais elle fut heureuse de voir qu'aucun des deux n'affichait une attitude hostile.
- Potter, salua Malefoy en retour.
Harry s'éloigna, définitivement cette fois, et ouvrit la porte.
- A demain, Mione, fit-il en insistant sur ces premiers mots.
Elle lui sourit et il ferma la porte. Ils l'entendirent ensuite transplaner. Hermione lâcha un soupir nerveux et ils restèrent silencieux quelques secondes.
- J'espère que Potter ne s'est pas brûlé à mon contact, ricana ensuite Draco.
Hermione rit légèrement et s'assit en face de lui, là où Harry se trouvait il y a quelques minutes. Elle prit la tasse encore pleine et but une gorgée de café.
- C'est dur pour lui. Ca lui rappelle de mauvais souvenir, tu sais… répondit-elle.
- A moi aussi Granger…
- C'est vrai… Pardon.
Ils retombèrent dans un silence qui n'était pas tendu, pas gênant mais simplement... Reposant. Chacun pensait à la manière dont leur proches avaient pris la nouvelle. Bien du côté de Draco mais le fait qu'il avait coupé les ponts avec tous les anciens Serpentards devait y être pour quelque chose. Mal du côté d'Hermione. Qui fouillait sa pile d'enveloppes à la recherche de l'écriture chaloupée de Neville.
- Malefoy ? fit-elle soudainement.
- Hum ?
- Comment… Comment tu as vécu la guerre ?
Il haussa les sourcils et lui adressa un regard blasé.
- Je t'en prie Granger, on est peut-être dans la Gazette mais on sait tous les deux qu'on est loin d'être les meilleurs amis du monde… Garde ces questions pour plus tard, veux-tu…
- Oh… Oui…
Elle baissa la tête, déçue. Hermione ne voulait pas rouvrir des plaies pas encore cicatrisées. Mais elle avait envie d'en parler. L'année dernière avait été tellement sinistre. Elle voulait simplement partager ça avec quelqu'un qui n'avait pas fait partie de sa sombre période. Tout en l'ayant vécue, d'une autre manière.
Elle sursauta quand une lettre atterrit violement devant elle, la forçant à lever les yeux.
- Regarde celle-là. Je la trouve absolument parfaite, lui fit Draco.
Elle hésita un instant puis s'en saisit, comprenant que c'était là sa manière de se rattraper après des paroles qui l'avaient un peu refroidie. La lettre vantait l'attitude de Draco et lui attribuait une liste de qualités impressionnantes. Et son admiratrice lui proposait carrément un rendez-vous.
- Tu as accepté ? s'amusa Hermione après la lecture silencieuse de la missive.
- Je l'ai mise sur ma liste d'attente.
Hermione lui envoya la lettre à la figure, en laissant échapper un soupir d'exaspération. Mais Draco vit bien qu'elle tentait de dissimuler son sourire. Il la narguait derrière les mèches blondes qui retombaient souplement sur ses yeux. Granger avait la chose caractéristique de ces filles qui ne se rendent pas compte qu'elles sont belles. Chacun de ses mouvements était imprimé de sa marque si particulière. La manière qu'elle avait de boire son café en posant les deux mains sur la tasse. La manière qu'elle avait de chasser d'une manière impatiente les mèches folles qui tombaient sur son visage. La manière qu'elle avait de rire doucement, en baissant les yeux, comme si admettre que son humour lui plaisait était un péché.
Et là, tout de suite, la manière qu'elle avait de le regarder la tête légèrement penchée sur le côté, son visage de porcelaine encadré par ses boucles brunes.
- Malefoy… C'est quand la dernière fois que tu t'es coupé les cheveux ? reprit Hermione.
Il songea que cette fille ne pouvait pas se taire un instant. Et qu'elle posait toujours ses questions avec un naturel complètement désarmant.
- Je ne m'en souviens pas. Je cultive mon aspect négligé, fit-il d'un air narquois.
- Bien sûr… répondit Hermione, ouvertement septique.
- Pour la première fois depuis 18 ans, précisa le jeune homme, son regard soudain plus sombre.
Elle se mordit les lèvres, comprenant qu'avant de ne plus faire de gaffes, le chemin était encore long. D'un côté comme de l'autre. Hermione baissa les yeux sur ses propres lettres et lui en envoya une, au hasard.
- Regarde celle-là, dit-elle sur le même ton que celui qu'il avait employé quelques minutes plus tôt.
Draco parcourut rapidement la lettre avant de la chiffonner. Puis ils s'amusèrent à trier les lettres. Celles qui ne leur convenaient pas terminaient balancées quelque part et leurs propriétaires étaient taxés de frustrés ou de débiles. Draco était particulièrement doué à ce jeu et plusieurs fois, ils rirent de bon cœur. Et ils s'amusaient à vanter ceux qui les couvraient de compliments. Quand l'horloge d'Hermione sonna six heures, ils songèrent tous deux que le temps avait passé bien vite. Draco annonça alors qu'il devait y aller.
Il fit disparaître les parchemins froissés, éparpillés aux quatre coins de la cuisine d'Hermione, d'un coup de baguette magique. Puis il enfila son coûteux manteau et se dirigea vers la porte.
- C'était pas si terrible, fit-il d'une voix nonchalante, alors qu'Hermione le raccompagnait.
Elle hocha doucement la tête avant de baisser les yeux. Non, ce n'était pas terrible mais elle sentait bien que cet événement allait et l'avait déjà éloignée de ses amis. Elle ne s'attendait pas à ce qu'ils accueillent sa décision, un peu prématurée, en sautant de joie… Mais un peu de soutien aurait été le bienvenu. Elle se sentait coincée entre deux mondes. Celui quasi parfait de ses amis. Et celui de Malefoy aussi bouleversé que le sien. Ou, c'était ça. Un entre deux complet.
Hermione sursauta en sentant que Draco s'était rapproché d'elle. Il passa ses doigts sous son menton et lui fit relever la tête avant qu'elle ait pu réagir. Aussitôt, il s'empara d'une de ses mèches.
- Tu es inquiète, Granger, souffla-t-il, ses doigts tournoyant autour de ses boucles.
Hermione perdit le souffle. Son regard était hypnotisant. Il le savait, il jouait avec, ne laissant rien d'autre s'y refléter que cette indifférence, qui contrastait singulièrement avec le ton plus chaud de sa voix. Malefoy lui avait toujours fait un peu peur, d'une certaine manière. Et là, il avait tout du prédateur, comme la dernière fois dans sa chambre. Hermione avait l'impression qu'il pouvait la bouffer toute crue. Et pourtant, les mèches de ses cheveux adoucissaient ses traits, le rendaient plus humain que son visage marmoréen et sans défauts.
- Oui… lâcha la jeune fille. Je…
Brusquement, elle se saisit de la main de Draco pour l'éloigner de ses cheveux. Ce simple toucher lui faisait ressentir beaucoup trop de choses. Ce n'était pas normal. Elle était attirée par lui, parce qu'il ressentait les mêmes choses, parce qu'il la comprenait. Mais elle ne devait surtout pas développer d'autres sentiments, et encore moins une attirance physique.
Elle croisa brièvement son regard et la pointe de déception qu'elle vit dans les yeux de Draco fit battre son cœur plus vite.
- Tu m'influences, de toute évidence. Il y a de quoi être inquiète…
C'était sorti presque tout seul, automatiquement. Draco haussa un sourcil. Il n'avait jamais vu Granger draguer qui que ce soit. Mais si elle devait franchir ce pas, il lui semblait bien que ce serait dans ce style. Son air gêné, ses joues rouges, son regard qui n'osait croiser le sien tranchait de manière flagrante avec son ton mutin et sa petite moue espiègle de sa bouche. Très appétissante, cette bouche.
Il se reprit et renvoya à Hermione un sourire carnassier.
- Tu ne devrais pas. Il n'y a que moi qui aies des raisons d'être inquiet.
- Pourquoi ?
- Parce que quoi qu'il arrive, toi tu auras tes parents, ta famille. Tes amis. … Et Weasley.
Hermione comprit que sous son ton ouvertement séducteur se cachait une réelle inquiétude. La carapace de Draco Malefot était-elle en train de se fissurer ? Elle en doutait mais l'envie de voir réapparaître cette lueur malicieuse dans ses yeux, plutôt que cette douleur, balaya tous ses appriori.
Elle s'approcha de lui, jusqu'à ce que seulement une vingtaine de centimètres les séparent. Elle devait lever la tête pour le regarder. Hermione lui pinça doucement le bras, sa voix se fit taquine.
- Toi, tu as Narcissa. Et Blaise. Moi maintenant. Et d'autres amis, tu as la vie pour t'en faire. Sans compter que tu remonteras sur un balai. Promesse d'Hermione Granger…
Puis elle se hissa sur la pointe des pieds pour lui parler doucement à l'oreille. Merlin que ça la grisait. Cette proximité, cette tension, ses sous-entendus, son cœur battant, le souffle plus rapide de Malefoy. Hermione ne savait pas ce qu'elle faisait mais elle trouvait cela diaboliquement… Excitant…
Cela faisait des semaines que son cœur et son corps n'avaient pas ressenti de choses aussi puissantes. Alors sur le moment, elle se fichait de ce qu'elle faisait. Hermione recherchait juste cette adrénaline, encore et toujours.
- Et je suis du genre à respecter mes promesses…
Elle lui adressa à nouveau cette petite moue. Pour le moment, elle ne pouvait pas décrypter ce qu'il se cachait dans les yeux de Malefoy. Mais elle se promis de le découvrir très vite.
- Très bien Granger, répondit-il, en attrapant à nouveau une de ses boucles. Mais fais attention, les promesses non tenues demandent compensation…
- C'est ce que nous verrons.
- Bonnes vacances, Granger.
Il se saisit délicatement de sa main et déposa un baiser aussi léger qu'une plume sur sa paume. Avant qu'Hermione n'ait pu réagir, il était sorti de son studio. La laissant les joues rougies et l'esprit chamboulé par ce qu'il s'était passé. Par ce qu'elle avait fait.
Patient : H. Potter
Séance : merc. 24 février 13h-14h
Avancement : toujours RAS
- Bonjour Monsieur Potter, salua la psychomage. Comment allez vous ?
- Hé bien pour être honnête, je suis un peu perturbé en ce moment, avoua le brun en se calant dans le fauteuil en cuir.
- Quelle en est la raison ?
- Je crois que c'est le fait de voir ma meilleure amie devenir amie avec mon pire ennemi. Ca perturberait n'importe qui non ?
- Je suppose que vous parlez de Mademoiselle Granger et de Monsieur Malefoy ? demanda la psychomage, sans pouvoir retenir un sourire.
- Oui c'est bien ça. Il y a deux semaines, Hermione nous a dit qu'elle lui avait parlé… J'avoue que depuis la fin de la guerre, mon opinion sur Malefoy a bien évolué, surtout pendant ce qui aurait du être ma dernière année à Poudlard. Je ne vais pas aller lui dire bonjour pour autant, si je le croise dans la rue. On aurait rien à se dire et ça serait ridicule. Mais je ne ressens plus cette haine viscérale, ce mépris pour lui. Je ne l'apprécie pas pour autant, loin de là. Je suis juste…. Indifférent.
- On appelle ça grandir monsieur Potter. Vos querelles d'adolescents ne vous paraissaient plus aussi importantes alors que quand vous étiez à Poudlard, elles prenaient d'énormes propensions.
- C'est tout à fait ça.
- Alors pourquoi cela vous préoccupe tant ?
- Je ne sais pas trop… Peut être le fait d'avoir constaté de mes yeux qu'ils se parlaient alors qu'avant, c'était juste… Des paroles rapportées par Hermione. Et puis oser le proclamer dans la Gazette… Ce n'est pas n'importe quoi. Même si je sais qu'ils n'ont pas vraiment eu le choix…
- Pour vous ce n'était pas grave tant que vous n'aviez pas la preuve qu'ils se voyaient réellement ? résuma la psychomage.
Elle griffonnait à toute vitesse sur son petit calepin. Harry hocha la tête et se demanda ce qu'elle pouvait bien noter. « M. Potter craint de perdre sa meilleure amie maintenant qu'ils sont tous deux dans des filières différentes, qu'elle est en couple avec M. Weasley et qu'ils ne se voient plus aussi souvent. »
Harry était lucide, il y avait des choses qu'on avait pas besoin de lui apprendre… Pendant qu'il réfléchissait, le silence s'éternisa puis Harry ne su plus par où reprendre. La psychomage reprit donc la parole.
- Mlle Granger ne vous avait pas caché qu'ils se parlaient. Il était donc normal que vous vous retrouviez tous les trois à un moment ou à un autre. Je suppose que c'est une possibilité que vous aviez envisagée. Mais qu'avez vous ressenti quand Malefoy est entré chez Hermione ?
- En fait, j'ai été gêné à cause d'un truc… Mais j'arrive pas vraiment à mettre de nom là-dessus… C'est… c'est comme s'ils… Comment dire ?
Cette idée turlupinait Harry depuis cette fameuse première rencontre, lorsqu'il avait rejoint Hermione à la fac pour aller déjeuner. Il jeta un coup d'œil à la psychomage, comme pour demander de l'aide. Elle regardait Harry d'un air confiant et patient par dessus ses lunettes carrées.
- J'ai eu l'impression qu'ils partageaient quelque chose d'inaccessible aux autres, lâcha le brun, mal à l'aise. Un truc... Juste entre eux...
- Quelque chose… Qui n'est pas matériel je suppose ?
- Oui et c'est pour ça que ça m'embête autant… Dites moi… Vous voyez d'autres personnes… Est ce qu'Hermione … ?
- Secret professionnel monsieur Potter ! s'exclama la psychomage, mi figue mi raisin.
- Mmm, oui, pardon… Tout ça pour dire que… Partager quelque chose, on peut pas vraiment parler de complicité mais c'est un truc dans la genre, qui ne se crée qu'au bout d'un certain temps… Alors qu'ils se parlent irrégulièrement depuis à peine deux semaines… C'est curieux non ?
- …
- J'ai… J'ai la drôle d'impression que… Oh ! Je me sens ridicule à faire des spéculations pareilles ! On dirait une conversation entre Lavande et Parvati, ajouta-t-il pour lui-même.
- Ce n'est pas mon travail de vous juger Monsieur Potter. Allez jusqu'au bout de votre pensée, si cela peut permettre de clarifier votre esprit…
- Ok… Très bien, je...
Harry passa la main dans ses cheveux. Il détestait être dans une telle incertitude. Il n'était pas censé jouer aux devinettes pour des choses qui concernaient sa meilleur amie ! Ron persistait à dire qu'Hermione débloquait et ne se faisait pas à l'idée. Et Harry commençait à penser que l'attitude parfois égoïste de son meilleur ami -que c'était compliqué- n'y était pas forcément pour rien dans toute cette histoire. Le brun chassa ses pensées pour se concentrer et mettre des mots sur ses sensations.
- J'ai l'impression qu'Hermione ne me dit pas toute la vérité et qu'elle a trouvé en Malefoy… Quelqu'un qui… Comprend… Qui comprend ce qu'il se passe dans sa tête alors que moi-même j'en suis maintenant incapable…
Harry se tut et la psychomage n'osa pas le relancer. Il y avait bien des non-dits, dans cette guerre et dans cette période de reconstruction. Et face à cela, elle était impuissante.
24 février. Ou 25 je suis plus sûre
J'ai surestimé ma volonté une fois de plus je crois. Oh, je me fais honte. Je ne peux pas résister, c'est plus fort que moi. Avant de me jeter des pierres, essayer juste de comprendre. Quand Malefoy commence son petit jeu avec moi, j'ai le cœur qui bat. J'ai les jambes flageolantes. J'ai le rouge qui me monte aux joues. J'ai mon ventre qui se tord. J'ai mes mains qui tremblent doucement.
Je me sens… vivante… Terriblement vivante. Infiniment vivante. Ce jeu m'enivre, me fait vivre, me fait sentir femme. Certains dépressifs ont le besoin, pour se remettre à éprouver des choses, de se scarifier, de se faire mal. Moi j'ai besoin de ça.
Je sais que je devrais arrêter. Mais c'est comme une drogue. Je ne peux m'en empêcher, rien que pour sentir les frissons qui me parcourent quand ses yeux de glace glissent sur mon corps.
C'est délicieux. Je me sens vivante. Et ça fait du bien.
Hermione posa sa plume. Elle était assise dans sa cuisine, emmitouflée dans son peignoir. Le silence était absolu. Il était près de 3 heures du matin et elle n'arrivait pas dormir. Trop de choses se chahutaient dans son esprit
Elle baissa les yeux et ils parcoururent rapidement le texte qu'elle venait d'écrire, mais dont elle se souvenait à peine.
Hermione écarquilla les yeux. C'était comme si son esprit s'était vidé pendant un moment, pour lui permettre d'écrire ce qu'elle ressentait sans que d'autres pensées la détournent.
Comme si… C'était son cœur qui avait écrit. D'abord tétanisée par ses propres écrits, Hermione fut brusquement saisie d'une colère violente.
Elle envoya valser son cahier contre le mur dans un cri de rage. Elle remonta ses genoux contre sa poitrine, enfouit ses mains dans ses cheveux désordonnés. Et pleura.
(1) formule piquée à Loufoca Granger ! J'ai de la chance d'avoir des revieweuses de génie, hein ?
Et voilà !
Un chapitre un peu plus centré sur Harry et Hermione avant de retrouver les Weasley (oui, Ron va revenir), Draco et Blaise dans le prochain chapitre. Enfin, je pense que je ferais comme ça, si j'ai l'occasion d'avoir quelques heures de libres d'ici juin !!
En attendant, je prends les critiques histoire de m'améliorer ! Harry et Draco c'était crédible ? L'article aussi ? Un peu court mais faut y aller doucement non ? La mise en page pour l'interview n'est pas terrible c'est vrai mais limite les moyens de ce côté là ! Ca va pas trop vite ? Pas trop lentement ? Oui, je suis en pleine période de doute sur cette fic, je veux la terminer mais la terminer bien ^^
Gros bisous à toutes et bon courage pour la fin de l'année (vi à la fac on est des feignasses, c'est bientôt la fin de l'année...) si je ne peux pas poster d'ici là !
Morgane 2 vous :)
