Chapitre 9
Les problèmes commencent
Deux personnes ? Shoyo aurait-il trouvé un nouvel « ami » à embêter ?
Ce fut la seule pensée que Kageyama réussit à avoir avant que tout bascule.
En une fraction de seconde, il se retrouva avec une épée sous la gorge, ce qui n'est jamais synonyme de joie et de bonheur.
- Je ne te veux aucun mal, sachant que ton shinki est déjà en train d'être récupéré. Mais si tu intervient, je serais obligé d'employer la manière forte.
Impuissant, Tobio comprit rapidement qu'il n'avait aucune chance en combat sans son arme, chose à laquelle il faudrait remédier.
Pendant que l'homme maintenant Kageyama immobile, son complice avait engagé un combat contre Kenma, qui semblait en clair désavantage. Mais où était-donc Kuroo quand on avait besoin de lui ?
Il ne tarda pas à avoir la réponse.
Alors que Kenma, désormais à terre, allait se faire assommer, il se transforma en Kuroo, qui flanqua alors un uppercut à son adversaire qui atterrit plus loin, complètement sonné.
Sonné, Kageyama l'était aussi : par quel miracle Kuroo avait-il pu prendre la place de Kenma ? Et où était celui-ci, du coup ?
D'une voix tonitruante, Kuroo (car c'était bien lui) somma l'homme de lâcher Kageyama où son complice en ferait les frais.
C'est avec soulagement que Tobio sentit la pression sur sa gorge s'atténuer, son mystérieux agresseur sachant très bien qu'il ne faisait pas le poids contre le Dieu du Commerce déchu, mais tout de même un Dieu.
Mais la phrase qu'il prononça avant de disparaître avec son complice atteignit Kageyama plus sûrement que si le poignard lui avait tranché la gorge :
- Nous avons pris des risques en tentant de récupérer le shinki en présence du maître. Mais cela signifie que l'autre méthode était la bonne. Kageyama Tobio, ou devrais-je dire Bishamonten, Dieu de la Guerre, si tu veux revoir ton shinki vivant, ramène Kagutsuti à la forteresse aux mille shinkis.
Les deux agresseurs disparurent aussi vite qu'ils étaient arrivés.
Rongé par la culpabilité, Tobio se précipita en dehors de la grotte pour constater l'évidence. Shoyo n'était plus là, et des traces de lutte signifiaient clairement qu'il n'était pas parti de son plein gré.
Kuroo et Kenma, de retour pour une raison inconnue de Tobio, qui s'en fichait désormais complètement, regardèrent le ciel d'un air extrêmement préoccupé.
Enfin, Kuroo énonça tout haut ce que tous pensaient :
- Il va falloir convoquer la nouvelle génération de Dieux en urgence.
* Quelques minutes plus tôt, du côté de Shoyo... *
Le rouquin sortit en trombe de l'antre, une peur panique lui enserrant le cœur tel un étau. Ses pires craintes s'étaient réalisées : Puisque Kuroo avait abandonné ses responsabilités de Dieu, qu'est-ce qui empêchait Kageyama de faire pareil ? Rien, vu que celui-ci occupait un poste qu'il détestait. Mais lui, qu'allait-il faire ? Son maître pouvait bien se passer du shinki incapable qu'il était, qui plus est pour ne rien faire. Et après son expérience de bataille contre un ayakashi, il avait vite compris que se la jouer en solitaire était une très mauvaise idée, quand on était dans le monde des Dieux. Et même si il était déjà mort, il ne voulait pas tenter l'expérience de savoir si on pouvait mourir une deuxième fois.
Shoyo en était là dans ses réflexions quand deux personnes se matérialisèrent derrière lui.
L'un des avantages à s'être battu étant qu'il avait accru ses réflexes et son sens de l'attention, le shinki se retourna vivement et aboya :
- Qu'est-ce que vous voulez ?
Il était déjà assez déprimé comme ça, pas besoin que d'autres personnes viennent le déranger, surtout quand il s'agissait de gens qu'ils ne connaissait pas et n'avait pas la moindre envie de connaître.
Mais au lieu de répondre, les deux étrangers se précipitèrent sur lui.
D'un bond sur le côté, Shoyo esquiva et resta suspendu en l'air afin de faire un rapide compte-rendu de la situation.
Cela ne lui prit effectivement pas beaucoup de temps, car la seule option qui semblait s'offrir à lui était la suivante : foncer vers la grotte où il pourrait trouver l'aide de deux Dieux, ce qui devait suffire pour se débarrasser de ses deux hommes qui semblait vouloir sa peau.
Cette « stratégie » ne lui ayant pourtant pris que quelques secondes à établir, ses deux assaillants l'avait déjà encerclé dans les airs, et avaient l'air prêts à réitérer la tentative de se précipiter sur Shoyo.
Mais un bruit déconcentra le rouquin du combat, le son d'une chute brutale sur le sol. Et c'est ce son qui mit fin à l'affrontement, celui-ci ayant été suivi d'un coup sec qui résonna sur la tête du shinki, avant qu'il ne perde connaissance.
* Peu avant, du côté de Hajime...*
Hajime poussa un soupir avant de s'appuyer lourdement contre un tronc d'arbre, tout en passant consciencieusement l'onguent qu'il avait toujours sur lui sur ses blessures.
Il n'y avait pas à dire, Tobio Kageyama avait de la poigne.
Et quoi que pouvait dire Oikawa, les capacités de Bishamonten étaient multipliées par cette arme, Shoyo. Même si ces deux-là semblaient être les seuls à ne pas s'en rendre compte.
Lui, il l'avait bien senti. La rage qui faisait bouillonner Tobio à la vue de la blessure de son shinki avait décuplée sa force comme jamais. Sa colère était telle qu'il avait fissuré le poing américain qu'il tenait à la main, causant de multiples coupures sur le corps d'Hajime. Enfin, seulement la moitié gauche.
Il s'était toujours demandé comment un tel phénomène pouvait être possible. Et la légende que lui avait raconté la mère d'Oikawa à ce sujet l'avait fortement perturbé.
Il était encore petit, et venait d'arriver depuis quelques mois dans la famille Oikawa. Après de longues séances d'entraînement, la petite équipe que formait Tooru et lui avait enfin eu la permission d'affronter Shigeru, le père d'Oikawa et donc le précédent Daikokuten. Bien sur, celui-ci n'avait pas mis toute sa force dans le combat, mais avait cependant infligé quelques blessures légères aux deux enfants.
Alors qu'ils se faisaient soigner par Amari, la mère d'Oikawa, c'est Tooru qui remarqua le premier l'étrangeté des blessures de son compagnon. Après l'avoir observé sous toutes les coutures, Amari s'assit et se mit à raconter l'histoire qui hantait encore les pensées du garçon, des années après :
- Tu sais Hajime, une légende raconte que les armes doubles comme toi on une signification très particulière. Je n'en étais pas certaine jusqu'à présent, mais le fait que tes blessures apparaissent uniquement sur la moitié gauche de ton corps confirme cette croyance.
En fait, il est dit que les armes doubles sont en général la forme armée des jumeaux. Ce qui veut dire que tu as certainement un frère ou une sœur jumelle quelque part, dans le monde des vivants comme dans celui des morts. J'espère que tu pourras trouver cette âme sœur un jour, et que le trio que vous formerez avec Oikawa sera le plus puissant du monde des Dieux.
Et elle était partie, comme ça.
Quand il y repense, Hajime se dit que c'est sûrement de sa mère qu'Oikawa a hérité de son côté lunatique, parce qu'il n'avait jamais plus d'explications à ce sujet de la part d'Amari.
Perdu dans ses pensées, le shinki n'avait remarqué la présence des deux personnes devant lui que quand elles furent à quelques mètres. Surpris, il se mit immédiatement en position de défense, non sans grimacer de douleur. Et c'est là que l'inconnu de gauche sortit un filet, tout en prononçant une phrase de très mauvais augure :
- Fais attention, il a beau ne pas être très grand, c'est un shinki endurci. Il ne va pas être facile à capturer.
Dans cette phrase, deux choses interpellèrent Hajime. De une, il était vexé que l'on dise qu'il n'était pas très grand. Oui, il ne faisait pas encore 1m80, mais ça ne saurait tarder. De deux, pourquoi ces deux zigotos voulaient le capturer ? Et avec un filet en plus ? Il n'était pas un Pokémon, bon sang !
La stratégie la plus adéquate lui semblait de foncer trouver Oikawa, celui-ci s'étant éloigné pour se « ressourcer », comme il disait. Car bien qu'il soit « un shinki endurci », Hajime était réaliste quand à sa force physique : il ne battrait certainement pas deux inconnus vraisemblablement armés, tout en étant à moitié blessé.
Et c'est donc ce qu'il entreprit de faire.
Surpris par sa vitesse, ses deux assaillants ne réagirent pas dans l'immédiat. Mais le shinki entendit rapidement des pas dans son dos, ainsi qu'un « ne le laisse pas s'enfuir ! » qui ne présageait rien de bon. Conformément à son plan, il hurla :
- Oikawa ! Viens m'aider, j'ai un prob...
Mais c'est à ce moment-là qu'il sentit quelque chose s'enrouler autour de ses chevilles, le faisant tomber brutalement au sol. Gémissant, Hajime eut le temps de se retourner pour constater qu'une sorte de fronde l'empêchait de se relever. S'accrochant désespérément à son dernier recours, il continua d'appeler au secours son maître et ami, avant qu'une main vienne se plaquer sur sa bouche.
Par réflexe, Hajime la mordit, et eut la satisfaction d'entendre son agresseur pousser un juron. Mais il déchanta bien vite quand le filet qu'il avait vu il y a quelques minutes vint se plaquer tout autour de lui, avant qu'il ne soit soulevé du sol.
Mais ce n'était pas ça le plus terrible. Oh non.
Oikawa venait d'apparaître dans son champ de vision.
Et le regard horrifié de son meilleur ami fut la dernière chose qu'il vit avant qu'une pression sur la carotide lui fasse perdre conscience.
