Voici le dernier chapitre écrit d'avance. Merci à Nightmare of Minoru de s'être proposé pour la relecture de la suite!

Chapitre VIII : Lucius au cachot.

Sitôt franchie la grille du parc de l'école, Lucius transplana vers celle de son manoir. Il contempla un instant le domaine qui s'étendait devant lui : la grande allée qui menait au seuil, bordée de chênes plusieurs fois centenaires, les pelouses qui s'étiraient de part et d'autre, le bassin en contrebas de la façade ouest, avec sa fontaine « aux loups » en marbre noir, le bois qui se dressait derrière elle et qui regorgeait d'espèces curieuses et d'essences rares. Il s'y trouvait également une clairière verdoyante, agrémentée de coquelicots et de bleuets, où la météo était toujours la même : un soleil radieux, dont la lumière était modérée par les arbres, et une température toujours agréable. Un véritable havre de paix. Côté Est, le verger qui faisait suite à la pelouse lui rappelait les meilleurs jours de son enfance. En contrebas du manoir, au Nord-Est, il pouvait apercevoir le mausolée abritant le repos de ses ancêtres. Il savait aussi ce que sa demeure dérobait à sa vue : un labyrinthe d'arbres vivants, abritant nombre de créatures plus effrayantes et plus dangereuses les unes que les autres. L'ensemble de la propriété était baigné des eaux de multiples cours d'eau qui tous se jetaient dans une rivière qui longeait l'extrême Nord de ces terres. Comme tout cela serait beau au printemps ! Un pincement pris l'homme au cœur alors qu'il parcourait l'allée le menant à sa majestueuse demeure. Il ne se souvenait pas de la dernière fois qu'il avait parcouru ses terres, mais se souvenait très bien combien il avait aimé s'y ébattre dans sa prime jeunesse, combien il avait été impatient de les présenter à sa femme… et sa déception lorsqu'elle n'avait manifester qu'indifférence et dédain. A présent il réalisait que malgré tout, elle s'était entièrement appropriée le domaine, ne lui laissant à lui aucune décision quant à sa gestion. Elle l'avait peu à peu dépossédé de son héritage, jusqu'à sa mort par laquelle le domaine allait devenir la propriété de fait du seigneur qu'elle lui avait, là encore, imposé.

Il savait que la punition qui l'attendait serait exemplaire. Il savait aussi que son détour par Poudlard ne serait pas apprécié de son maître. Celui-ci allait-il lui-même le torturer, ou bien le laisser aux mains de Bellatrix, tout en se repaissant du spectacle ? S'il avait de la chance, il mourrait vite.

Cependant, rien ne se passa comme il l'avait prévu. Quand il eut passé le seuil, il fut bien accueilli par un elfe de maison qui le conduisit jusqu'à Voldemort, mais ce dernier ne leva pas sa baguette, Bellatrix non plus. Pas un mot ne fut d'abord échangé, bien que fussent présents tous les membres les plus éminents des mangemorts. Introduit au sein de ce cercle, Lucius sentit leurs regards haineux, joyeux, ou terrorisés posés sur lui. Il constata que Severus gardait un visage absolument neutre, peut-être était-ce lui qui devait se charger de sa punition ? Il reconnaissait bien là l'humour de Lord Voldemort. Puis, sans qu'il sache d'où le sort était parti, il se retrouva privé de sa baguette.

« Lucius, tu m'as déçu au plus haut point aujourd'hui. Que cela ne se reproduise plus.

- Oui mon seigneur.

- Bien. Lestrange, Goyle conduisez-le »

Lucius eut à peine le temps de s'étonner d'une telle clémence qu'un second sort le percuta : arrachant l'un de ses ongles, puis les autres, un à un. Quand il n'en restait plus, ils repoussaient pour être à nouveau arrachés. Suivirent d'autres sorts qui reproduisaient magiquement les effets des plus subtils supplices moldus, suivis eux aussi par le « must » de la sorcellerie : le Doloris. Lucius perdit d'abord la notion du temps, puis celle de l'espace, avant de perdre connaissance.

Il reprit conscience dans un des couloirs du manoir. Il se dégagea aussitôt de ses porteurs, arguant qu'il n'avait nul besoin de deux rebuts de leur espèce pour marcher. Il lui fallu toute la puissance de sa volonté pour ne pas hurler de douleur à chaque pas. Leur destination finale lui apparut peu à peu, et peu à peu il sentit sa dignité chanceler. A chaque intersection, puis à chaque porte, il pria pour changer de direction. Quand il passa la porte du « cachot », il lui sembla qu'un détraqueur s'abattait sur lui.

Loona se tenait informée de la situation extérieure en écoutant les conversations des mangemorts par le soupirail. Elle avait ainsi appris la mort de Narcissia Malefoy, ainsi que la punition que Voldemort réservait à son mari.

L'homme semblait être encore plus touché que la jeune fille par l'atmosphère des lieux. Ses épaules s'étaient voûtées à l'instant même où il en avait franchi le seuil. Il ne prit même pas la peine de faire quelques pas pour avancer dans la pièce. Il s'effondra contre la porte sitôt qu'elle fut close. Il était à présent à genoux, la tête baissée, les bras tombant le long du corps. Le prenant en pitié, Loona se leva et le rejoignit. Elle se plaça à côté de lui, lui tint les épaules et l'appela. Il ne lui répondit pas. Aucun signe ne laissait supposer qu'il avait seulement remarqué sa présence. Elle continua cependant.

« Monsieur, je vais vous guider jusqu'au lit, vous y serez mieux installé »

Elle initia le mouvement, et il se leva docilement. Il se laissa également faire quand elle l'amena au lit, puis l'y fit asseoir, comme s'il était dépourvu de volonté propre. Cet état de catatonie inquiétait un peu Loona. Elle ne s'était certes pas attendu à ce qu'il lui raconte sa vie, ou bien s'épanche sur son épaule, mais à des rebuffades, un geste d'orgueil… ou au moins à des cris de douleur après la torture qu'il venait d'endurer mais certainement pas à ce manque total de réaction. Elle avait presque envie de le secouer comme un vieux prunier. Elle s'assit à côté de lui et commença à attendre en silence. Le lit grinçait doucement au rythme de ses jambes qui se balançaient. Elle estima qu'il était à peu près midi quand monsieur Malefoy était arrivé chez lui. Ils avaient donc encore une heure ou deux devant eux avant que le dîner ne leur soit servi.

« J'ai dû vous faire mal en vous attrapant comme je l'ai fait. Je suis désolée, je n'y ai pas pensé sur le moment. Mais pourquoi n'avoir rien dit ? »

Loona n'obtint aucune réponse. Le silence ne dérangeait pas Loona habituellement, pourtant en cet instant, elle le trouvait pesant. Elle se lança donc dans un monologue « compensatoire ». Elle fit à Lucius un exposé assez détaillé des mœurs des ronflacks cornus, avant d'évoquer son enfance, et la façon dont elle avait perdu sa mère. Quand elle eut fini d'évoquer l'enterrement de sa mère, Loona marqua une pause. Son interlocuteur ne se fit le vecteur d'aucune manifestation extérieure. Ses cheveux avaient eux aussi souffert de la séance de torture. Loona avait toujours admiré le soin que cet homme apportait à sa chevelure (on trouve aux gens les qualités que l'on peut) et se dit qu'il apprécierait sans doute qu'elle les lui arrange un peu. Elle s'y employa donc du bout des doigts tout en continuant à discourir. Elle commença alors à parler de la façon dont elle était arrivée ici, dans cette pièce et de ce qu'elle y avait vu et entendu. Elle lui fit part de ses conclusions au sujet de la fresque. Après un nouveau silence, et comme son auditeur ne semblait toujours pas réagir (malgré quelques carambolages mano-capillaires), elle s'apprêtait à aborder un sujet complètement différent quand soudain, sans un mouvement, il lui demanda :

« Ne pourriez vous vous taire, s'il vous plait ? »

Le ton était sans appel, mais Loona s'apprêtait tout de même à répliquer quand le dîner apparut devant eux. Loona remarqua que ce repas semblait nettement meilleur que les précédents. Il semblait même être délicieux… même en d'autres circonstances, comprenez : même si elle n'avait pas eu à se contenter de pain et d'eau depuis quelques jours, Loona aurait sans doute poussé la même exclamation, ô combien distinguée, que celle qu'elle poussa ce soir-là :

« Miam ! » et de se pourlécher les babines sans aucune retenue : slurps !

Sans doute les elfes craignaient-ils le courroux de leur maître quand ce dernier serait relâché. Loona se leva et se servit copieusement. Lucius ne bougeait toujours pas. Elle lui apporta donc une assiette bien remplie et une cuiller. L'homme attrapa l'assiette et la posa sur ses genoux, puis n'y toucha plus.

« Vous n'avez pas faim ? Je devine que la mort de votre femme vous a beaucoup bouleversé, mais vous devriez manger un peu tout de même. C'est elle sur le mur ? C'était vraiment une femme magnifique. C'est vous qui l'avez peinte ?

- Taisez-vous donc sombre godiche ! Cela ne vous regarde en rien ! Vous êtes même indigne de parler d'elle ! »

La voix de Lucius avait grondé comme un coup de tonnerre. Ayant enfin obtenu le silence auquel il aspirait, il prit la bouteille de vin qui accompagnait le dîner et revint au lit où il s'emmura à nouveau dans son mutisme. Il s'endormit quelques temps plus tard, assis au fond du lit, les genoux recroquevillés contre le torse, la tête appuyée sur le mur, et la bouteille vide serrée contre lui. Loona la lui subtilisa sans le réveiller, et entreprit de l'allonger avec toute la douceur possible avant de se coucher elle-même. Cette proximité forcée la rendait mal-à-l'aise certes, mais cela valait toujours mieux que de dormir sur le sol froid, dur et sale ! Et puis, il sentait bon cet homme, même aviné ! Cette odeur avait même quelque chose de rassurant… un peu comme celle d'un vieux doudou.

Quand il se réveilla le lendemain, la première chose que vit Lucius fut une chevelure blonde qui descendait en cascade le long d'un dos si menu qu'il était entièrement dissimulé par les fils d'or. Seul les nœuds qui les souillaient les distinguaient des cheveux de Narcissia. Loona bougea légèrement et c'est alors que Lucius ne se souvint plus exactement d'où il se trouvait ni de la façon dont il y était parvenu. Il avait mal dans chacun de ses muscles, mais sa femme était là, devant lui. Il sourit. Il ouvrit la bouche pour l'appeler, mais aucun son ne consentit à s'en extraire. Lucius voulut alors toucher les doux cheveux de son épouse. Il se leva péniblement et approcha, la main tendue en avant. Narcissia se retourna, l'air contrarié :

« Votre fils est là. »

Il fallu quelque secondes à Lucius pour revenir à la réalité. Réalisant qu'il se passait quelque chose d'étrange, Loona l'interpella :

« Monsieur ? »

Secouant la tête pour chasser les restes de son hallucination, Lucius lui fit répéter sa première phrase :

« Pardon, vous disiez ?

-Votre fils est là monsieur. Il vient d'être conduit devant Voldemort. »

Lucius murmura d'abord :

« Non, c'est impossible. Je lui ai dit de ne pas venir ».

Puis il se mit à hurler de toute sa rage. Il portait ses mains à son crâne, s'agrippant les cheveux, tout en donnant des coups de pied dans les mur, puis il se mit à les frapper de ses poings, courant de l'un à l'autre comme un dément. Loona l'évitait, parcourant toute la pièce au fur et à mesure des déplacements de Lucius. Finalement, après avoir fracassé la bouteille de la veille contre la fresque, l'homme s'effondra, frappa une dernière fois le sol de ses poings et fondit en larmes. La jeune fille fit quelques pas vers lui, et quand elle l'eut rejoint, Lucius entoura les jambes de la jeune fille de ses bras, manquant de la faire tomber. Il commença alors à la supplier de lui rendre son fils, et à lui baiser les cuisses. Surprise par cette attitude, Loona ne sut d'abord comment réagir. Son regard se porta alors sur la fresque et une partie des éléments du mystère se mirent en place. Elle reporta ensuite son attention vers l'homme qui pleurait pour ainsi dire dans son giron. Loona s'accroupit et entoura son compagnon de cellule de ses bras.