Day 4

Dominance

Note de l'auteur : Merci de lire « Day 4 – Dance » avant cette petite histoire, il s'agit de sa suite.


Ils disparurent, avalés par les ombres de la nuit, fermement agrippés l'un à l'autre pour se protéger du vent qui s'était traîtreusement levé. Petra avait revêtu son grand manteau de laine noire, mais n'ayant pas réussi à remettre la main sur son écharpe, Livaï s'était fait un devoir de lui prêter la sienne. C'est donc frigorifié que son supérieur déverrouilla la porte de la petite maison où il louait une chambre depuis le début du mois. Gonflé par l'humidité et le gel, le bois racla bruyamment sur le dallage en pierre, tirant ainsi sa logeuse de son sommeil qu'elle avait léger. Elle entrebâilla sa porte, et pointa le bout de son nez dans le hall, uniquement pour lui lancer un regard noir de reproches. Ce n'était pas une heure pour rentrer. Le caporal ne lui adressa pas une once d'attention et prit grand soin de l'ignorer. Il se contenta d'indiquer l'escalier d'un signe de tête que Petra commença à gravir aussitôt.

- Au dernier, lâcha-t-il à voix basse.

L'ascension des cinq étages ne fut pas aisée pour la jeune femme, gênée par ses jupons dans l'étroit passage. Elle réussit toutefois à atteindre le petit corridor qui courrait sous les combles où Livaï la fit avancer jusqu'à la troisième porte.

La chambre était spartiate, et malgré la faible lueur dispensée par les braises rougeoyantes de l'âtre, Petra pouvait se rendre compte qu'il ne s'agissait en aucun cas du lieu que le caporal pouvait appeler son chez lui. Un lit pour une personne contre le mur, une commode surplombée d'un miroir avec sa bassine et son pichet d'eau, une table avec seulement une chaise au centre de la pièce. Il n'y avait aucune différence avec les quartiers qu'il occupait à la caserne du bataillon. Aucune photo, aucune touche personnelle pour agrémenter les lieux. Tandis qu'elle retirait son manteau, le pliant et le posant sur le dossier de la chaise, Livaï gratta une allumette et embrasa la mèche d'une chandelle qui mettrait moins d'une heure à se consumer.

Petra avait un nœud dans l'estomac. Non parce qu'elle redoutait ce qui allait suivre, mais parce qu'elle ne savait pas trop comment se comporter. Devait-elle jouer franc jeu, comme quand elle avait pris les devants et embrassé Livaï une demi-heure plus tôt ? Ou devait-elle être la docile et souriante subordonnée qu'il avait toujours connue ? Elle l'observait sans un mot, ôter sa veste et ensuite se débarrasser de la neige qui lui collait toujours aux cheveux. Puis leurs regards se croisèrent. Pendant de longues minutes, ils se dévisagèrent dans un silence total, minutes au bout desquelles Petra retira ses chaussures et avança au centre de la pièce.

Comme dans une danse, Livaï passa derrière elle, lui frôlant le bras, et déclenchant ainsi une série de frissons qui parcoururent sa peau. Elle sentit ensuite son souffle chaud contre sa nuque, puis la légère caresse de ses lèvres. Et plus rien, jusqu'à ce qu'elle devine ses doigts au creux de son dos. Il délaça son corset, fit glisser les bretelles le long de ses épaules, et le tout tomba à ses pieds. En se replaçant devant elle, il laissa ses doigts effleurer sa cuisse mise à nue. Petra fixait le sol, toujours indécise, mais il la força à relever le regard. Sans qu'elle ne détache une seule seconde ses yeux des siens, elle perçut le toucher délicat du caporal qui déboutonnait avec une lenteur calculée les boutons de sa chemise. Quand le vêtement toucha le sol, la respiration de la jeune femme était déjà trop rapide. Son cœur battait la chamade, pourtant, il n'avait encore rien fait.

- Tu portes toujours des sous-vêtements aussi affriolants ?

Puis il se pencha sur son oreille, commença à en titiller le lobe.

- Si je ne te connaissais pas, je dirais que tu as le feu aux fesses…

À cet instant précis, Petra prit conscience que l'attrait particulier qu'il lui portait était purement physique, et qu'il n'avait d'autre intention que de s'amuser avec elle. Très bien. S'il voulait jouer, alors il allait être servi. Elle le repoussa fortement, assez pour qu'il aille se cogner contre le rebord du lit, et tombe sur le matelas. Avec un sourire narquois, elle se détourna de lui, saisit le tison accroché au mur près de l'âtre, et l'agita sous son nez comme si elle allait s'en servir pour lui battre le dos. Le regard de Livaï se fit alors sévère, son sourire s'en accentua. Elle s'agenouilla, activa les braises, puis jeta trois bûches dans le foyer. La chambre devait devenir une vraie fournaise.

En se relevant, Petra décrocha ses bas de son porte-jarretelles, les retira avec tout l'érotisme qu'il était possible de mettre dans ce simple geste, puis elle les lança au visage du caporal qui n'avait cessé de la dévorer des yeux. Bien entendu, il les attrapa au vol, mais ça lui permit de prendre place sur ses genoux sans qu'il ne la voie venir. Elle le saisit par le col de sa chemise et l'embrassa langoureusement tandis que les mains de Livaï empoignaient fermement ses fesses.

Les lèvres du caporal étaient fermes, agrémentées d'une légère note de levure et d'amertume certainement laissée par la bière, mais malgré ses demandes, il n'ouvrit pas la bouche. Il tentait avec hargne de reprendre le contrôle de leur baiser. Ne voulant rien céder, Petra commença par le débarrasser de sa chemise, puis elle laissa ses doigts parcourir son torse de façon aérienne. La musculature impressionnante de son supérieur ne la surprit pas. Tout bon soldat possédait des muscles saillants et parfaitement dessinés. Elle dut cependant avouer qu'ils étaient plus développés que la moyenne, et douta pendant un instant réussir à garder le contrôle de leurs ébats s'il se mettait à user de toute sa force. Une dernière fois, la jeune femme lui demanda d'approfondir leur baiser, il refusa. Tant pis pour lui. D'un geste rapide, elle saisit son téton et le tordit sournoisement. Sa réaction fut immédiate : il pencha la tête en arrière en laissant échapper un gémissement. Sans perdre un instant, Petra s'empara à nouveau de sa bouche et put enfin goûter pleinement cette saveur qu'elle désirait tant, mais Livaï était loin d'être le genre d'homme à se laisser faire. Il lui mordit la langue, assez fortement pour qu'elle se recule à son tour.

- Petite peste, cracha-t-il.

- Monomaniaque.

Un rictus sur le visage, il lui saisit la tête et l'attira vers lui, cherchant à prendre possession de ses lèvres. Elle se déroba et descendit de ses genoux pour s'asseoir par terre. Ses mains avaient si rapidement dégrafé son pantalon et libéré sa verge qu'il n'eut d'autre choix que de laisser échapper un nouveau gémissement, rauque cette fois-ci, lorsqu'elle referma la bouche sur son gland.

- Petra… gronda-t-il, mais il n'avait aucunement l'intention de l'interrompre.

La chaleur de la pièce devenait de plus en plus intense, les flammes commençaient à prodiguer leurs effets, mais un autre genre de feu avait insidieusement grandi en elle. Plus elle pompait sur ce membre qui ne faisait que durcir entre ses lèvres, plus elle souhaitait le sentir en elle. Bientôt, son bustier lui parut trop étroit, elle avait même du mal à respirer. Qu'il lui arrache par pitié !

Mais Livaï était déjà presque à sa limite, elle sentait distinctement les crispations de sa main qui lui tenait l'arrière de la tête. Elle réussit cependant à s'écarter juste à temps. Le sperme se répandit sur son visage et Livaï laissa un petit rire lui échapper.

- Vu comme t'étais partie, j'pensais pas que tu te retirerais.

- Désolée caporal. J'suis pas une catin. J'avale pas, répondit-elle d'un ton acerbe tout en se nettoyant les joues.

- Alors, arrête d'agir comme si t'en étais une.

- Ah oui ? s'indigna-t-elle. C'est sûr qu'avec votre caractère de chiotte, c'est bien plus facile de mettre une grue dans son lit qu'une fille de bonne famille. Vous êtes certainement un expert !

D'un mouvement brusque, Livaï se leva, saisit sa tête entre ses mains et lui chuchota à l'oreille :

- Tu sais Petra, les filles de bonne famille comme tu dis, elles ne taillent pas des pipes au premier rencard.

- C'est pas un rendez-vous, caporal. C'est juste du sexe.

- C'est vrai.

- Bien, dans ce cas…

Petra tira les couvertures du lit et les plaça sur sol devant l'âtre.

- On continue ?

Livaï laissa un sourire amusé courber ses lèvres. Lentement, il débarrassa Petra de ses derniers vêtements avant d'ôter les siens.

- Après toi, lui dit-il en désignant les couvertures.

- Nope. Pour une fois dans votre vie, laissez-vous faire.

À sa grande surprise, Livaï lui saisit la main et s'allongea avant de l'attirer contre lui. Elle s'assit sur son ventre, tandis qu'il relevait légèrement le buste, se plaçant sur ses coudes.

- Pas d'entourloupe, prévint-il, sinon gare à tes fesses.

Pour seule réponse, elle lui lança un sourire espiègle alors qu'elle le faisait lentement pénétrer en elle. Cette sensation, elle en avait rêvé tellement de fois… Enfin, elle devenait réalité.

Petra ondula des hanches, d'abord doucement pour s'habituer à cette verge qui était plus grosse qu'elle ne l'avait imaginé, puis de plus en plus vite. Cassant le rythme, la ressortant pour mieux s'empaler de nouveau sur toute sa longueur, la jeune femme ne laissait aucun répit à son caporal qui gémissait de plaisir autant qu'elle. La sueur perlait sur leurs corps brûlants dont les gouttes attiraient sa langue sur les pectoraux de son partenaire. Livaï se redressa soudain pour s'emparer avidement de l'un de ses seins. Il l'avait cambré en arrière mais la maintenait fermement en place sur son membre. Il délaissa ensuite son téton pour venir lui mordiller la base du cou, Petra ne put retenir un cri de plaisir.

- Petra…

- Hum ?

- Pour ou contre la sodomie ?

Sans interrompre son mouvement, elle s'écarta légèrement pour plonger son regard dans le sien. Tous ses fantasmes allaient-ils devenir réalité ?

- Pour, répondit-elle avec un sourire aguicheur.

Elle savait depuis longtemps maintenant que son béguin pour le caporal n'avait rien à voir avec sa célébrité ou sa force. Qu'elle était bel et bien tombée amoureuse de l'homme qu'il était réellement, celui qu'il s'efforçait de rendre invisible, celui qui se cachait derrière un masque d'arrogance et d'indifférence. C'était une belle illusion de croire qu'il pouvait un jour s'intéresser à elle, et quand il lui avait susurré des avances un peu plus tôt, son bonheur était déjà à son comble car elle n'imaginait pas qu'elle puisse en attendre davantage. Pourtant, quand il prit possession de ses lèvres à ce moment-là, elle ressentit tout son être vibrer. Ce baiser n'avait rien à voir avec ceux qu'ils avaient échangés jusqu'à présent. Ce baiser était passionnel. Chargé de désir.

De la femme dominante qu'elle avait été, Petra se retrouva allongée sans ménagement sur le ventre, dominée. Livaï lui maintenait fermement la tête contre le sol alors qu'elle sentait un premier doigt pénétrer son anus. Ce n'était pas la première fois qu'elle s'adonnait à cette pratique, et fort heureusement pour elle, car il n'était pas du genre patient. Il s'immisça en elle trop rapidement, lui arrachant un cri de douleur, mais il semblait s'en moquer. Livaï lui imposa un va-et-vient torride, où souffrance et plaisir étaient étroitement liés, lui faisant hurler son nom toujours plus fort.

- Change ! lui ordonna-t-elle alors qu'elle sentait son orgasme approcher à grands pas.

D'un mouvement sec, il la fit basculer sur le dos puis s'introduit à nouveau en elle. Petra savait que son vagin s'était extrêmement resserré, et elle mit à profit ses dernières bribes de volonté pour forcer ses muscles à se contracter encore davantage. Aussitôt, un râle de plaisir franchit les lèvres du caporal.

- Putain… gronda-t-il d'une voix gutturale.

Le claquement de leurs chairs était assourdissant. Métronomique. La chaleur, suffocante, commençait à leur faire perdre la tête. Puis Livaï se figea, donna deux coups de reins plus puissants encore, déclenchant ainsi la jouissance de sa partenaire. Petra noua alors ses jambes autour de sa taille pour l'empêcher de s'enlever. La coutume voulait que l'homme se retire pour éjaculer.

- T'es bête ou quoi ? demanda-t-il à bout de souffle. Et si tu tombes enceinte ?

- Oh vous savez, commença-t-elle narquoise, ça ne me dérangerait pas de porter vos enfants.

Amusé, il se pencha sur elle, posa son front contre le sien pendant un instant avant de répondre :

- Je suppose que non…

Alors, Petra sentit ses bras se refermer sur sa taille, et dans un mouvement fluide, il inversa leur position. Il la serra contre son ventre et ferma les yeux, serein. Attendrie, elle déposa un baiser chaste sur ses lèvres.

- Joyeux anniversaire, caporal.