Non, non, je ne vous oublie pas ! Et en ce climat de rentrée, voici une nouvelle partie... En espérant qu'elle vous plaira =)

Enjoy !

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De l'autre côté, neuvième partie

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6 mois plus tard

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Une légère brise de vent remuait le feuillage épais des chênes et des bouleaux, comme pour rappeler que le doux mois de Septembre venait d'arriver. Marquand Park, 19 heures. La vaste pelouse se vidait de ses visiteurs, les plus petits ne voulant pas se séparer, les plus grands déjà fatigués par la récente rentrée.

Tandis que tous se pressaient vers la sortie, des cris enjoués retentirent près des hauts jeux en bois. Un jeune bambin tentait de se maintenir assis sur un rameau trop poli, tombant à chaque fois à la renverse, et rattrapé in extremis par deux mains fermes, ces sensations fortes lui arrachaient des éclats de rire. Il parvient enfin à rester en équilibre, et fier de lui, il se mit à rire une nouvelle fois. Alors il décolla dans les airs, se sentit embarqué dans un avion à deux mètres du sol, ferma les yeux et crut rejoindre le ciel. Il atterrit avec douceur sur le sable, se redressa et se tint assis, observant les alentours. Forcément, sur du sable, c'est plus facile que sur une poutre usée. Il se recoucha et commença à se rouler dans le duvet poussiéreux, les fins minéraux s'insinuant sous ses vêtements. Il riait en tournant sur lui-même, sous l'œil vigilant de la masse allongée à ses côtés, masse qui roula bientôt jusqu'à lui, le souleva et épousseta toute cette saleté avec espièglerie.

« Et ça te fait marrer en plus ! Ca se voit que c'est pas toi qui va te faire tirer les oreilles… »

Le très jeune homme agita les bras et les jambes pour se dégager, mais c'était peine perdue. Il dut se blottir contre le corps chaud et accueillant de son ainé, et s'y reposer paisiblement. Que la vie est dure, tout de même…

Ils restèrent longuement allongés, se reposant d'un trop grand nombre de folies. Le jour commença à décliner malgré tout. Une montre avisée d'un court regard, un grognement, une cuisse négligemment massée et le plus grand se redressa, portant son petit bout avec lui. Il caressa sa joue pour le tirer du sommeil qui ne tarderait plus à l'emporter. Leurs yeux clairs se croisèrent, il sourit.

« Il va être temps d'y aller, petit père. »

A son manque de réactivité, il comprit qu'il allait devoir porter une petite masse jusqu'à la voiture. Il se leva d'une manière habile, prenant d'abord appui sur sa bonne jambe, puis sur sa canne, dans un mouvement étonnamment fluide et travaillé. D'une démarche nonchalante, il dépassa les poussettes sophistiquées qui traînaient encore ici et là, dessinant du bout de sa canne un subtil paradoxe.

La Volvo gris métallisé se gara devant une maison illuminée. Au dehors, l'obscurité grandissait et enveloppait le quartier résidentiel dans un crépuscule aux allures d'été indien. Le même homme, portant le même enfant, remonta l'allée jusqu'à la porte du pavillon. Il toqua doucement, n'eut pas le temps d'insérer la clef dans la serrure que la porte s'ouvrit sur une femme à l'allure décontractée. Elle fronça les sourcils et passa une main sur le blouson du petit garçon.

« Qu'est ce que vous êtes encore allés faire ?!

- Bac à sable, répondit le faux responsable dans un murmure, avec un petit sourire innocent.

Elle leva les yeux au ciel mais sourit discrètement. Elle tendit les bras et le petit bonhomme se réveilla immédiatement. Elle déposa un tendre baiser sur son front.

- Je crois qu'il a faim, ajouta-t-il, l'air de rien.

- Ca, je me doute. Mais si tu prévenais de ton retard, ça évitera que son repas soit froid quand il rentre.

- Quoi ??! Mais il est huit heures et quart, on est pratiquement en avance !

- C'est VINGT heures, pas vingt heures trente !

Le petit s'agitait toujours lorsqu'ils étaient sur le point de se disputer. La jeune mère céda et l'assit par terre à ses côtés, où il commença à gazouiller tranquillement, observant ses proches environs à la recherche de quelque chose d'intéressant. Ils l'observèrent quelques instants puis Cuddy s'appuya au chambranle et lâcha un faible soupir.

- Fatiguée ?

- Un peu, concéda-t-elle à contrecœur.

- C'est la fin du week-end… Tu es censée être reposée.

Elle haussa vaguement les épaules.

- Oh non, ne me dis pas que tu as encore passé la journée à bosser !

Elle ferma les yeux pour tenter d'échapper à la sérénade inutile qui allait lui être infligée.

- Tu devrais sérieusement penser à engager quelqu'un pour t'aider. Tu n'es pas obligée d'assumer cette charge de travail toute seule !

- Peut-être, peut-être pas… Ce n'est pas si simple d'engager quelqu'un. En plus l'hôpital n'a pas trop les moyens en ce moment…

- Ce n'est pas un demi salaire qui va ruiner Plainsboro, cette excuse n'est pas valable…

Un vacarme soudain coupa net la conversation. Ils tournèrent à l'unisson la tête vers le salon, puis à leurs pieds, et enfin se regardèrent dans les yeux, stupéfaits.

- Depuis quand marche-t-il à quatre pattes ?! s'exclama House.

- C'est la première fois !!

Et ils se ruèrent dans le séjour, découvrant que la pile de CDs rangée dans le placard sous la chaîne hi-fi avait été découverte et renversée. A côté, Junior restait figé, les bras ballants. Quelques sanglots serrèrent sa gorge, puis ce fut la crise de larmes. Sa mère le prit dans ses bras et tenta de le consoler, lui répétant que ce n'était rien, que tout allait bien, que c'était fini.

- Il commence bien, ironisa House.

Cuddy se retint de rire, berçant encore son enfant qui se calmait petit à petit. House sortit de la pièce. En passant devant l'entrée, il referma la porte qui était restée ouverte sous le coup de la précipitation, puis entra dans la cuisine et réchauffa pour la deuxième fois le repas du nourrisson. Il fut bientôt rejoint et Cuddy installa Junior dans la chaise haute. Ils jouaient tous les deux lorsque le micro-ondes sonna. Cuddy s'installa en face de son fils et fit mine d'attendre que House lui passe le plat. Il lui lança un regard sévère.

- Toi, tu ferais mieux d'aller te préparer à dormir, sinon tu vas ENCORE abuser du maquillage demain matin.

Elle fit la grimace et se leva, les laissant en tête-à-tête. House devait l'avouer, les repas étaient ce qu'il aimait le plus partager avec son fils : instant de grosse marrade garanti à toutes les occasions. Sauf que ce soir, Junior ne semblait pas aussi enclin à avaler sa purée que les cubes de jambon dont il n'avait fait qu'une bouchée…

- Ben quoi ? C'est pas bon ?

House jaugea un instant la substance verdâtre puis goûta du bout des lèvres.

- Powa ! Mais c'est complètement dégueu ! C'est quoi ce truc ?! (il retourna le couvercle du plat préparé) Petits pois – haricots verts ? Tu m'étonnes…

Il se leva et rejoignit le frigidaire, en sortit deux mini yaourt aux fruits.

- Oui, je sais, normalement c'est un seul dessert, mais étant donné les circonstances…

Junior, lui, semblait tout à fait ravi de cette initiative. Il mangea activement, refusant par moment de lâcher la cuillère. L'abricot, il aimait bien l'abricot.

Le dîner achevé, House rangea tant bien que mal la cuisine puis emmena Junior à la salle de bain. Une bonne toilette et un gros dodo, aucune alternative ne semblait possible.

Après avoir enfilé son pyjama, Cuddy sortit de sa chambre pour aller se chercher un verre d'eau. En passant devant la salle de bain, elle remarqua la lumière qui filtrait sur la moquette du couloir, s'opposant à un silence trop profond. Intriguée, elle poussa très légèrement la porte et s'aperçut que House se trouvait là, debout devant la table à langer. Sa canne était posée contre un meuble un peu loin. Son bassin appuyé contre la table, il se tenait au-dessus de son garçon, une main posée sur le haut de son crâne, caressant avec application son front du bout de son pouce, l'autre main effleurant son petit pied nu. Il devait être en train de le changer car Junior ne portait qu'une couche propre. Aucun d'eux ne bougeait. Leurs regards accrochés ne semblaient plus vouloir se défaire. Le temps semblait s'être suspendu à leurs respirations lentes. Lentes ? Celle de House semblait plutôt… saccadée. Cuddy réalisa alors, malgré qu'il lui faisait presque dos, que ses joues brillaient bizarrement, que sa nuque tendue était parcourue de frissons presque insaisissables.

- House ?

Ils sursautèrent tous les deux. L'interpellé passa furtivement la manque de sa chemise sur son visage avant de se tourner légèrement vers elle.

- Oui, quoi ?

Elle avança à petits pas vers la table. Il reprit ses activités comme si que rien n'était.

- Ca va ?

- Oui, très bien.

- Tu es sûr ?

- Oui je te dis.

Elle le regarda enfiler un pyjama à Junior, n'osant pas scruter son visage.

Ses mains tremblaient malgré lui. C'était insupportable.

- Tu pleures ?

- Mais non, n'importe quoi, répondit-il avec agacement.

- Je… je vais me chercher un verre d'eau.

- Okay.

Elle n'avait pas vraiment envie de partir chercher ce verre d'eau. Elle y alla quand même, patientant dans le salon tandis que House couchait son fils. Elle l'entendit remonter le couloir et vint à sa rencontre, histoire qu'il ne parte pas comme un voleur. Ils évitèrent bêtement de se regarder. Elle finit par rompre le silence, de toutes manières elle avait besoin de lui parler.

- Je voulais te dire, je vais sûrement aller chez mes parents pour les fêtes de fin d'année, leur présenter Junior.

- C'est cool.

- Je ne sais pas si tu as prévu quelque chose pour Noël, ou pour le jour de l'An…

Il croisa presque son regard et secoua négativement la tête.

- Mes parents ne sont pas au courant… pour Junior.

- Ah… Alors… tu fais quoi ?

- Et bien, on n'est qu'en Septembre, c'est un peu compliqué à dire.

- C'est vrai…

- Je pense que Wilson va se taper l'incruste à Noël ou pour le Jour de l'An. Comme tous les ans quoi… Pourquoi ?

- Bah… je me disais que tu voudrais peut-être venir avec moi, étant donné que de ton côté…

- … Tu veux que je vienne ?

- Ca m'est égal, c'est comme tu veux.

- Euh… Je ne me vois pas trop débarquer comme ça dans ta famille, et je vois encore moins ce que je vais pouvoir dire à tes parents. Tu… comprends ?

- Oui, bien sûr. Et puis ce n'était pas vraiment prévu, tout ça…

- Hum. Et toi, qu'est ce que tu vas leur dire ?

- Et bien… La vérité : un don, une fécondation in vitro.

- Ouais, soupira-t-il.

- Ouais…

Ils restèrent de nouveau silencieux, n'osant plus bouger. House fit tapoter sa canne sur le sol, balança sa tête dans un mouvement circulaire et se décida à reprendre la parole.

- Comme c'est le moment où l'on discute des trucs importants, j'en profite pour te dire que je vais déménager.

- Déménager ? Toi ?!

- Ben ouais, ça se peut. La preuve !

Elle sourit.

- Nan, sérieusement, je n'ai qu'une chambre dans mon appart. Ca allait au début mais maintenant que Junior a dix mois, il va falloir que ça change.

- Et tu vas où ?

- Un appart quelque part entre ici et l'hôpital. Pas beaucoup plus loin qu'avant en fait. Je te montrerai un de ces jours, si tu veux.

- D'accord.

- Alors, c'est quand Hanoukka cette année ?

- Du 22 au 29 Décembre. Mais je ne pense pas rester toute la semaine chez mes parents.

- Et oui, le boulot avant tout… D'ailleurs en parlant de boulot, c'est ça qui t'a occupé tout ton dimanche ?

Il désignait une pile de dossier qu'il pouvait apercevoir à l'angle du mur, parfaitement entassée sur un coin de la table basse. Il fronça les sourcils et atteignit la pile en quelques enjambées. Il prit le premier dossier, se redressa et se tourna vers Cuddy.

- C'est mon dernier patient ça ?

- Oui. Si tu regardes bien, il y a aussi les deux précédents. En fait, ce n'est pas d'un assistant dont j'ai besoin, c'est de médecins capables de remplir la paperasse qui se rapporte à leur propre service.

Il ouvrit bêtement la bouche, ne sachant plus quoi dire. Il n'avait pas l'habitude qu'elle s'engage sur ce terrain là en dehors de l'hôpital. En plus, ses reproches sonnaient étonnamment juste. Elle le prenait de court là, quand même…

- Oh je t'en prie, ne fais pas semblant d'être désolé.

Elle but une gorgée d'eau. Il referma son clapet aussi sec, haussa un sourcil déconfit en reposant le dossier sur la pile, puis s'empressa de rejoindre l'entrée de la maison. Elle se contenta de rester à la jonction entre l'entrée et le salon. Lorsqu'il se retrouva sur le seuil, il se retourna quelques secondes.

- Je ne faisais pas semblant."

Il referma la porte avec douceur, pour ne pas réveiller l'enfant qui dormait déjà.

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TBC...