Le soleil se couchait lentement, colorant doucement le ciel de dorure crépusculaire. Il faisait frais en cette fin d'après-midi mais le vent ne soufflait pas.
Cela faisait quelques minutes qu'elle était sortie prendre l'air après son réveil. Le paysage calme et bucolique en face d'elle lui faisait un bien fou. Elle ne savait pas combien de temps elle avait dormi. Elle ne se souvenait que partiellement des événements qui s'était déroulé quelque temps avant et elle n'avait que quelques brides de mémoires qui refaisaient surface de temps à autre. Elle savait par exemple qu'elle avait marché un long moment en compagnie de son frère au beau milieu de la nuit. Elle se souvint notamment avoir aperçu une lune bizarre dans le ciel et d'après ses souvenirs, elle devait être de couleur violette ou magenta...
Enfin elle ne le savait pas vraiment.
Tout était encore très flou dans son esprit. Au moins elle savait qu'elle n'était plus en danger de mort immédiate et que son frère avait l'air d'aller bien. Lorsqu'elle l'avait vu lové dans un lit adjacent au sien, elle avait s'était approché de lui et avait vu qu'il dormait d'un sommeil profond. Les larmes étaient montées d'un coup, soulagé de constater qu'elle n'était pas seule au monde.
Sa robe avait été enlevé et avait été remplacé par un pantalon de toile et une chemise beige. L'habit était un peu trop grand pour elle mais ça lui était égal. Elle se sentait bien dans sa tenue. Un détail la chiffonnait cependant. Elle déboutonna sa chemise et en laissant le haut de son corps nue à l'air libre, elle s'inspecta et découvrit quelques égratignures et quelques bleues mais rien de bien méchant. Elle fit de même avec la partie basse de son corps. Elle ne chercha même pas à se dissimuler pour avoir un peu d'intimité. Être nue à l'extérieur de la maison était le cadet de ses soucis et ça lui semblait bien insignifiant comparé à ce qu'elle avait vécu cette nuit-là bien qu'elle ne se souvînt pas réellement de ce qui s'était passé. Elle se souvenait juste que son frère l'avait fait basculer de l'autre côté du rempart, après avoir atterri quelques mètres plus bas, elle s'était fait entraîner derrière un arbre puis plaqué au sol et enfin elle avait senti les mains de son frère lui boucher les oreilles.
Elle avait entendu un bruit sourd violent et terrifiant !
Juste après, il s'était passé ce qui s'était passé et seules quelques images qui s'étaient profondément inscrit dans sa tête lui rappela toute l'horreur à laquelle elle avait assisté pendant quelques minutes, et ce, jusqu'au moment où elle s'était fait plaquer au sol et avait senti une main se refermer brutalement sur sa gorge.
C'était ensuite le noir complet !
Elle était en état de choc ! Tout semblait irréel dans sa tête et pourtant quelque chose lui indiquait le contraire. Le réel se mélangeait à l'irréel. Elle ne distinguait plus trop le vrai du faux.
La seule chose dont elle avait la certitude était qu'il y avait eu des morts, beaucoup de morts. Ce simple constat faisait qu'elle était dans un état étrange, indescriptible. Sans qu'elle ne puisse le concevoir, quelque chose s'était brisé en elle à l'instant même où elle s'était réveillée dans le lit de la petite maison mystérieuse situé juste derrière elle.
Soit il y a quelques minutes.
Pourtant il lui était impossible de se situer dans le temps puisqu'elle ne savait pas combien de temps elle avait dormi. Dix heures ? Douze heures ? Seize heures ? Vingt-quatre heures ? Plus que vingt-quatre heures ?
Cela faisait peut-être un moment qu'elle avait quitté le domicile familial... En parlant de domicile familial...
Qu'était-il arrivé à sa famille ? À sa mère ? À son père ? À sa petite sœur ?
À cette pensée, Aurore sentit les larmes remontées une seconde fois à ses yeux. Elle espérait bien sûr qu'aucun de ses proches n'ait été tué. Une immense peur apparut dans son esprit, une peur dont elle ne pouvait définir la provenance. Et s'ils étaient morts ?
Non elle ne devait surtout pas penser à ça, il n'y avait aucune garantit que sa famille soit morte, mais pourtant...
Seul l'angoisse de ne pas avoir de nouvelle d'eux suffisait à Aurore pour la mettre dans un état désespéré !
Elle voulait son père !
Elle voulait sa mère !
Elle voulait sa sœur !
Elle ressentait fortement cette soudaine absence. Tout était allé beaucoup trop vite. Elle se sentit soudain abattue et fatiguée.
Maintenant elle ne pouvait compter que sur son grand frère qui dormait dans la chambre à quelques mètres. Son frère qui l'avait entraîné avec lui, dans la nuit noire et le froid glacial. Sans son frère, qui sait ce qu'elle serait devenu ? La seule personne qui la reliait à la réalité. Qui la rattachait à quelque chose de connue et de rassurant.
Elle ne se souvenait pas de tout, mais une chose était sûre !
Sans Aram, elle ne serait sans doute plus là à réfléchir et retourner son esprit dans tous les sens.
La petite fille leva les yeux vers le ciel et aperçu la lune pointée le bout de son nez, cette fois, elle était de couleur turquoise. Fait amusant, elle s'étonna de ne pas s'étonner de la couleur pour le moins originale de l'astre de la nuit.
Ce n'était pas commun de voir ça !
Jusqu'à maintenant, le vague souvenir qu'elle avait de la lune violette, lorsque son frère se démenait pour la mettre en sécurité, lui était apparu comme une création toute droit sortie de son imaginaire et comme quelque chose dû à un état de fatigue extrême qu'elle n'espérait pas ressentir de nouveau. Elle avait cru que son imagination lui jouait des tours, et bien non ! Elle en avait la preuve devant les yeux.
C'était très étrange, mais ça ne lui faisait rien. Elle resta de marbre face à cette étrange découverte.
La petite discussion qu'elle avait eue avec elle-même avait suffi à l'apaiser en quelque sorte. À présent elle ne ressentait plus grand-chose, juste un fatalisme d'une situation irréel échappant à tout contrôle ! Le choc traumatique faisait qu'elle était incroyablement calme désormais. Mais ce n'était qu'une façade !
Elle regarda un peu autour d'elle, chose qu'elle n'avait pas faite jusqu'alors.
L'endroit où elle se trouvait avait l'air de se situer en pleine campagne, l'herbe s'étalait à perte de vue dans toutes les directions. Derrière Aurore se tenait la maison d'où elle était sortie quelque temps avant. De facture modeste, la maison était tout en bois, du même type que ceux que l'on pouvait retrouver au pied de la montagne d'Hébra. Un bois clair tendant tantôt vers l'acajou et tantôt vers le bouleau. Ce mélange était original mais cela rendait bien dans le décor. Elle remarqua que de la fumée s'échappait par la petite cheminée. Cela voulait dire qu'une autre personne devait être debout et ce n'était sûrement pas son frère.
Aurore commença à se diriger vers la porte de la maison avec l'objectif de rencontrer la personne qui était à l'origine de leur présence en ce lieu à elle et son frère.
La porte s'ouvrit avec un petit grincement qu'Aurore tenta de réduire au maximum, autant pour réduire le bruit strident atteignant ses oreilles que pour rester prudente. Après tout, elle ne connaissait rien du lieu où elle se trouvait, son instinct lui indiquait de se méfier, alors autant s'y fier. De toute façon, ses parents lui avaient bien appris à faire attention lorsque l'on était en présence d'étranger.
Elle n'avait pas visité le salon, de peur d'être tombé sur une personne mal intentionnée, elle avait décidé de prendre un chemin de sortie plutôt original puisqu'il s'agissait de la fenêtre de la chambre où elle avait trouvé le sommeil. Le couloir où elle se trouvait désormais possédait un petit bureau. Quelques feuilles et une plume étaient posés dessus. Rien de bien compliqué. En ouvrant les tiroirs, la petite fille découvrit uniquement de la paperasse. Des feuilles, encore des feuilles et toujours des feuilles. Un rapide coup d'œil suffit à Aurore pour identifier les documents comme étant des documents administratifs et de comptabilité. Ne voyant rien d'autre susceptible de l'intéresser, Aurore continua sa route.
Elle arriva dans une grande pièce qui servait donc de salon. Au fond de la pièce se trouvait une cheminée en fonctionnement, les flammes consumaient le bois qui peu à peu se transformait en cendres. La chaleur qui en émanait suffisait pour chauffer la pièce. Une table était positionnée en face de la porte, il y avait quelques fauteuils un peu plus loin et quelques étagères où étaient rangés des livres. L'ensemble était très rustique mais très chaleureux. Le mobilier, la couleur des murs, le feu, tout avait été fait pour rendre l'endroit chaleureux.
Le ou la propriétaire des lieux avait des très bons goûts en matière de décoration.
Aurore se dirigea vers l'étagère. Les livres entreposés étaient en très bon état et parfaitement ordonné par la première lettre du titre du livre. De gauche à droite, partant de la lettre A pour arriver à la lettre Z. Aurore en prit, regarda la couverture, puis le reposa, elle en sélectionna un autre, le regarda puis le reposa sur sa planche de bois. Elle en fit de même pour à peu près tous les livres de l'étagère. Il y en avait de toutes les tailles et de tous les thèmes différents. Certains parlaient de cuisine et de recette de plat ou de dessert, d'autres étaient des contes pour enfants ou des histoires un peu plus compliquées d'auteur qu'Aurore ne connaissait pas. Il y avait également un pavé d'environ sept-cents pages dédié aux différents types de magie, leurs utilisations et leurs apprentissages. Le livre semblait contenir plus de formules et de sorts que n'importe quel bouquin sur le sujet qu'elle avait trouvé dans la bibliothèque royale. À la place de l'inscription « Hyrule », écrit normalement en bas à droite du livre, il y avait une autre inscription mais qui était malheureusement indéchiffrable car effacée par endroits. Le livre était intrigant, il faudrait que le ou la propriétaire l'autorise à emprunter cet ouvrage, il y avait sans aucun doute une tonne de chose qu'elle pourrait apprendre en plus de son éducation de base.
De toute façon, au vu de ce qu'il lui était arrivé et de ce qu'elle avait vu, qu'est-ce qu'elle pouvait bien faire ? Comme tout enfant en proie à un trouble intérieur, Aurore se rattacha à l'une des choses qu'elle aimait le plus en dehors de son frère : lire des livres et apprendre le plus de chose possible.
Cependant, ce n'était pas ce livre de magie en particulier qui avait le plus attiré Aurore. Tout en haut à droite de l'étagère se trouvaient trois ouvrages dédiés à des sujets pour le moins épineux. Le premier parlait de métabolisme et du corps humain, le second parlait de la physique des objets, des fluides et de plein d'autres choses qu'Aurore trouva beaucoup trop compliqué pour elle.
Le troisième livre était quant à lui dédier à l'espace, aux étoiles, aux objets célestes et à un autre sujet totalement inconnu pour la petite fille et qui n'évoquait rien de concret pour elle. Après l'avoir ouvert à la première page, Aurore avait découvert le sommaire qui regroupait donc : l'espace en cosmologie, les étoiles, les objets célestes et enfin les « dimensions parallèle ».
En bref ces trois livres dépassaient de loin la compréhension et les connaissances d'Aurore qui étaient déjà plus élevées que la moyenne alors qu'elle n'avait que neuf ans. Peut-être que plus tard...
– Je vois que ce livre cosmologique t'intrigue ! Fit soudain une voix.
Aurore sursauta à ces mots, prise sur le fait. La petite fille était de dos par rapport à la personne si bien qu'elle ne pouvait absolument pas voir la femme qui avait prononcé ces paroles. Le moment était enfin venu !
Aurore se retourna vers la femme, le livre serré contre sa poitrine.
– Allons tu n'as pas à avoir peur de moi, je ne vais pas te manger tu sais ! Fit-elle avec une voix mielleuse en s'asseyant dans un fauteuil. Allez viens t'asseoir, tu as sans doute beaucoup de questions à poser, je ne peux pas te garantir de pouvoir répondre à tout mais je ferai tout mon possible, en plus, ça fera une occasion parfaite pour que tu puisses te détendre en attendant ton paresseux de frère ! Ajouta-t-elle avec un air malicieux
Mise en confiance, Aurore se dirigea vers un autre fauteuil qui lui était positionné à la perpendiculaire de celui de la femme inconnue. Elle s'essaya avec une grâce toute princière ce qui fit lâcher un rire à la femme.
Aurore vit face à elle, posé sur la table, un petit bol de chocolat chaud fumant qu'elle n'avait pas remarqué jusqu'à présent. Cette odeur familière lui fit poser le livre sur le coin du fauteuil et sans rien rajouter de plus, s'empara du bol et but plusieurs gorgées de ce breuvage qu'elle adorait par-dessus tout. Tout en passant sa langue sur ses lèvres elle remarqua que la femme la regardait avec un regard plein de tendresse, la main droite posée sur sa joue droite. Ce regard ressemblait fortement au regard que sa mère faisait régulièrement lorsqu'il était en famille et plus particulièrement le soir.
Pas totalement rassuré mais à l'aise, Aurore prit l'initiative de prendre la parole en première.
– Pourquoi vous avez plein de livres aussi compliqués ? Demanda-t-elle simplement d'une voix purement enfantine.
La femme resta de marbre, continuant de fixer la petite fille comme une mère regardant son enfant. Elle ne paraissait pas surprise par la question posée, c'était plutôt l'inverse même.
– J'aime beaucoup lire vois-tu ! Ce que tu as vu là n'est qu'une partie de ma collection, le reste est rangé quelque part bien à l'abri. Le livre que tu tiens entre les mains et d'ailleurs mon préféré. Les sujets abordés sont complexes mais... Fascinant à la fois ! T'es-tu déjà laisser emporter par l'immensité du ciel et de ce qu'il y a juste au-dessus de nos têtes ?
Je ne pense pas que vous, à Hyrule, vous possédiez ce genre de connaissance et on doit être beaucoup plus avancé technologiquement parlant. Enfin bref... Ce livre est très spécial et le fait de t'y intéresser est génial pour ton âge et puis... Rares sont les personnes qui y jettent un regard lorsqu'il passe chez moi ! Ah pardon si, il y en a une ! Et cette personne, tu vas la rencontrer bientôt, tu vas voir elle est très gentille. »
Aurore ne put qu'acquiescer, la voix de la femme était hypnotisant et il était impossible de s'en décrocher. Sa présence, sa prestance, sa voix, ses mouvements, tout se voulait apaisant.
La petite fille finit par engloutir ce qu'il restait encore de chocolat et posa le bol sur la table. Elle se sentait bien plus en forme maintenant. Ce breuvage avait fait des miracles. Cependant il y avait une question qui traînait dans sa tête et le moment était sans doute le plus propice pour la poser.
– C'est vous qui nous avez sauvés ?
La femme lui renvoya un sourire éclatant.
Eh oui c'est moi ! Fit-elle en levant les bras. Mais tu t'en doutais déjà hein ?
Celle-ci regarda en direction de la chambre.
Ton frère n'a pas l'air d'être réveillé, tu lui redonneras les explications, je compte sur toi !
Voyant le mouvement de tête de la petite fille, la femme reprit la parole.
Hum... Hum... Alors... En fait c'est plus compliqué que ce qu'il y paraît, ça va sûrement te surprendre et je te pris de me croire s'il te plaît, c'est important ! Fit-elle en attendant le feu vert d'Aurore qu'elle donna quelques secondes après. Pour faire simple, toi et ton frère, vous vous trouvez actuellement dans une maison située au milieu d'une plaine, elle-même non loin d'une ville mais le plus important est que là, actuellement... Nous ne sommes plus à Hyrule...
La femme attendit une réaction de la part de la petite fille qui ne venait pas, au contraire même, elle était attentive et concentrée. Avait-elle seulement saisi le sens de ses paroles ? La femme cassa le silence.
– Je suppose que tu as dû voir ce que l'on appelle ici « la lune dimensionnelle » ? L'impression que deux lunes sont superposées l'une sur l'autre, donnant pour une raison qui nous est inconnue, tantôt un astre orangé, tantôt un astre violacé. Vu dans quel état vous étiez-vous n'avez pas du vous en apercevoir mais vous avez quitté Hyrule, ou du moins vous avez quitté la dimension dans laquelle vous étiez. Je ne rentrerais pas dans les détails parce que vous ne comprendriez pas, mais sache juste que rien n'était voulu et même si, comme ton frère a pu s'en rendre compte, je suis un peu folle sur les bords, j'ai eu énormément de chance de tomber sur vous.
– Ah d'accord... Comment on a pu quitter Hyrule comme ça ? Ça veut dire qu'on est dans un autre royaume ? Demanda-t-elle le plus simplement du monde avec une innocence propre à une fille de son âge.
– Bah en fait, je ne le sais pas moi-même, et oui en quelque sorte... Tu es dans un autre royaume ! Je ne peux pas trop m'avancer sur le sujet, je sais juste que parfois nos deux mondes entrent en contact et qu'on peut passer de l'un à l'autre avec une certaine facilité.
Si ça peut te rassurer, il y a très peu de chance que les personnes qui t'ont attaqué arrivent à se retrouver ici par hasard. En plus ma maison est située dans une zone reculée et discrète, il n'y a rien à craindre.
– C'est vrai... On s'est fait attaquer, fit-elle en ouvrant grand les yeux. Et...et...Et je crois qu'on m'a attaqué moi aussi mais Aram m'a sauvé la vie je crois.
Elle prit son visage dans ses mains, elle s'était souvenue vaguement de tous ce qui s'était passé mais le fait qu'elle-même s'était faites agresser, ça elle l'avait oublié !
Du moins jusqu'à maintenant.
Oui elle en était sûre désormais, son frère l'avait sauvé alors qu'elle était au bord de l'évanouissement. Seulement de quelle manière avait-elle été échappé à son assaillant ? C'était la seule chose qui n'était pas claire dans sa tête.
Une porte s'ouvrit !
Aram venait de faire irruption dans la pièce, son visage n'exprimait pas tellement d'émotion mais il était facile de voir que, tout comme Aurore, le garçon nageait en plein trouble tout en dégageant une certaine fatalité sur la situation.
D'un mouvement de la main, la femme l'invita à s'asseoir au côté de sa sœur. Aurore ne se fit pas prier. À peine son frère assit sur le fauteuil ( qui pouvait très bien accueillir deux personnes ), elle s'approcha de lui mais elle ne se laissa pas tomber contre l'épaule de son frère comme elle en avait parfois l'habitude. Un détail qui ne préoccupa pas Aram plus que de raison.
– Bien dormi ? Demanda la femme d'une voix mielleuse.
– Ça aurait pu être mieux, répondit-il d'une voix faible.
– Tu as repensé aux deux hommes que tu as tués ?
À ce mot Aurore se redressa vivement et fixa son frère du regard. Avait-elle bien entendu ? Son frère l'avait sauvé en tuant les deux agresseurs ? D'ailleurs, elle ne fut pas la seule surprise. Aram avait quant à lui écarquiller les yeux, ne semblant pas croire aux mots qui étaient parvenus à ses oreilles.
La femme en rigola, étrangement.
– Tu te demandes sûrement comment je le sais n'est-ce pas ? Eh bien à défaut de ne rien faire ou d'accueillir des gens j'aime bien mener mes petites enquêtes. Pour information Aram, ta lame était tachetée de sang ! Alors j'ai peut-être employé une ou deux formules magiques pour retrouver à qui appartenaient ce sang et bingo, la bestiole que j'ai envoyée est tombé sur deux corps de noble en train de se faire bouffer par les corbeaux ! C'était d'un morbide je ne vous raconte même pas... Bref ! En tout cas, on voit que tu as été bien formé Aram, les coups portés étaient nets et sans bavure ! Tu les as bien refroidis ces connards !
Aram était abasourdi, Aurore était abasourdi. Les deux étaient dans un état tel que l'on pouvait les comparer aux gardiens archéonique lorsqu'ils perdaient les pédales... La fumée en moins.
– J'ai quand même tué deux personnes, deux humains..., fit-il en baissant la tête.
– Oui et ce qui est fait est fait seulement... il me semble, au vu de ce que je sais de vous et croyez- moi que j'en sais un paquet, que vous êtes des enfants tout ce qu'il y a de plus normal même si vous faites partie de la lignée royale. Tu n'es pas violent Aram et vu ce qui s'est passé ce soir-là, j'ai tendance à croire que vous auriez pu avoir à faire à bien pire.
– Je sais mais... Je me sens mal... J'ai... Je ne sais pas ce qui s'est passé à ce moment-là, je n'arrivais plus à respirer et ma main s'est posée toute seule sur le pommeau de mon épée. Le reste est venue instinctivement, j'étais dans un état second. J'ai pris conscience de mon acte que quelques minutes après, fit-il en se prenant la tête entre les mains. Tout s'est passé si vite... C'était horrible de faire ça !
– Je vois... Mais repense bien à ce qu'il s'est passé : deux nobles vous ont attaqués et ont essayé de vous tuer ! Qui dans l'histoire est fautif ? Eux ou toi ? Tu as serte tuer ce soir-là, mais si tu ne l'avais pas fait, est-ce que vous seriez là à parler avec moi ? Bon je ne te cache pas que tu vas mettre pas mal de temps à t'en remettre mais il va falloir que tu te mettes bien ça dans le crâne : tu as agi en état de légitime défense et tu as sauvé ta sœur ! Rien que pour ça tu peux être fière de toi.
– Je le sais bien... Aurore est ma sœur et je ferai tout pour la protéger ! Répondit-il d'une voix un peu plus assurée. La femme fit à cette annonce un mouvement de haut en bas avec sa tête pour exprimer son accord.
Aram regarda autour de lui puis tour à tour sa main gauche et sa main droite puis fixa Aurore qui patientait, le visage neutre, n'exprimant strictement rien. À présent, un silence planait dans la pièce si on excluait les crépitements des flammes dans la cheminée.
Quelque chose avait changé en lui depuis cette fameuse nuit. C'était comme s'il avait quitté le monde de l'enfance pour entrer brutalement dans le monde adulte sans passer par la case adolescence. Le choc initial étant passé, Aram prit conscience de ce qu'il avait fait et surtout dans quelle circonstance il l'avait fait. La femme avait raison. Il s'était défendu et avait tué deux hommes, non pas pour le plaisir de tuer mais pour protéger ce qui lui était cher, à savoir sa petite sœur. Vu sous cet angle, son acte ne lui semblait plus si horrible.
Oui quelque chose s'était brisé en lui et il appréhendait ce qu'il allait devenir. Un tueur ? Cela lui sembla inconcevable et pourtant... Une brute sans cœur ? Cela lui semblait impossible, il n'était pas comme ça. Un être fragile ? Ça aurait pu être le cas sans cette femme. Juste un homme tout ce qu'il y a de plus banal ? Pas après ce qu'il avait vécue.
Aram décida de briser le silence.
– C'est étrange comment la vie est faite, du jour au lendemain tout bascule et on se retrouve dans un autre monde pour faire face à quelque chose dont on n'a même pas conscience, fit-il avec un air pensif et déconnecté. Vous en pensez quoi vous ? »
La femme ne bougea pas, un peu surpris de la tournure de la phrase puis fit tourner sa matière grise quelques secondes avant de prendre la parole.
– Eh bien j'en pense que c'est la vie et que tout ce qui arrive, arrive, parce que cela devait arriver ! Tu as fait face à quelque chose d'horrible et tu vas mettre un certain temps à accepter ce qui s'est passé mais selon moi tu resteras quelqu'un de bien. Tu es un gentil garçon Aram et je te vois mal en tueur sanguinaire qui massacre des villages en brûlant tout sur son passage. Fais toujours ce que ton cœur te dit de faire et suis tes convictions. Maintenant c'est à toi de voir sur quelle voie tu vas t'engager... Et ce que je dis est valable pour toi aussi Aurore !
La petite fille leva les yeux vers elle et acquiesça silencieusement.
– Qu'est-ce qu'on va faire maintenant ? Demanda soudain Aram.
– Eh bien, comme je l'ai dit à ta sœur, une personne va venir vous chercher et vous devrez la suivre, vous comprendrez mieux la situation lorsqu'elle vous aura tout expliqué et d'ailleurs... Elle ne devrait plus tarder !
Comme pour confirmer ses dires, des coups successifs furent portés à la porte selon un rythme bien précis. La femme se leva mais se dirigea vers la cuisine dans l'optique d'aller chercher une autre tasse de chocolat chaud puis une fois fait, elle se dirigea vers la porte. La surprise s'empara d'Aram et Aurore, ils s'attendaient à un adulte dans la force de l'âge venu chercher deux enfants pour les emmener dans une maison d'accueil.
Ils s'étaient lourdement trompés.
La porte s'était ouverte sur une fille d'une douzaine d'années. Elle avait des cheveux blonds ondulants le long de son dos, une mèche balayait son front de gauche à droite pour terminer derrière son oreille droite. Ses yeux étaient d'un violet se rapprochant de l'améthyste. Sa puberté avait largement commencé, ses formes étaient déjà bien plus féminines qu'Aurore.
Elle portait une tunique tout ce qu'il y a de plus banal, une chemise beige et une jupe descendant jusqu'à ses genoux de couleur noire. Un objet étrange était fixé à la ceinture qui entourait les hanches de la fille. Cela ne ressemblait à rien de ce que Aram connaissait et ce n'était visiblement pas une technologie archéonique.
La femme fit entrer la jeune fille dans la maison et la dirigea vers les deux enfants royaux qui n'avaient pas bougé de leur fauteuil. La fille était joyeuse et se mit à faire de petit saut pour parcourir les quelques mètres qui la séparaient d'Aram et Aurore. Ceux-ci se levèrent finalement et avec une parfaite coordination.
– Les enfants ! Fit la femme en s'adressant aux deux rescapés. Voici la personne qui est venue vous chercher, ne vous fiez pas aux apparences, elle a des compétences que nul autre possède. Bon on ne va pas tourner autour du pot... Aram, Aurore je vous présente Hystoria ! Hystoria je te présente Aram et Aurore !
Hystoria esquissa un large sourire en joignant ses mains derrière son dos.
– Ils sont comme je les l'avais imaginé, c'est merveilleux je suis sûr que l'on va bien s'entendre ! Fit-elle. Non mais en plus ils ressemblent comme deux gouttes d'eau à leur parent, c'est incroyable !
Sur ces mots, elle s'approcha du duo et arrivé à leur niveau, elle les enlaça les deux d'un coup. Surpris Aram et Aurore ne bougèrent pas d'un millimètre. C'était bien la première fois qu'une personne se permettait une telle proche au bout de seulement quelques secondes. Et d'ailleurs Aram devait bien reconnaître que ce câlin improviste l'avait mis en confiance. Suffisamment pour croire que cette fille nommée Hystoria ne leur voulait aucun mal à lui et sa sœur.
Aram profita d'un relâchement d'Hystoria pour prendre la parole, la première fois depuis l'apparition de la jeune fille blonde.
– Excusez-moi mais, qu'est-ce qu'il va se passer maintenant ? Je veux dire... Vous nous avez recueillis et soigné mais...
– Mais quoi ? Coupa soudainement la femme.
– Laisse tomber, je pense qu'ils sont juste un peu perdus, ce qui est compréhensible vu tout ce qui s'est passé en un si court laps de temps. Mais pas de panique ça va très vite s'arranger ! Fit Hystoria d'une voix mielleuse.
– Attendez qu'est-ce qu...
Il ne put finir sa phrase.
Aram se sentit soudain vidé de son énergie, ses muscles se relâchèrent, sa vision devint tout d'un coup trouble puis ce fut le voile noir. Il tomba dans l'inconscience !
Aram s'effondra au sol suivi de sa sœur. Tous deux plongés dans un profond sommeil. La femme regarda Hystoria quelque peu surprise de la rapidité de l'action et légèrement dubitatif sur la nécessité d'employer ce genre de méthode. Elle prit la parole.
– Tu y es allé un peu fort !
– Oui ! Répondit-elle dans un rire. Je ne pensais vraiment pas que mon sort serait aussi puissant. J'en découvre tous les jours en ce moment.
– Je vois ça, mais n'empêche c'était vraiment obligé d'en arriver là ? Ça n'aurait pas été plus simple de les convaincre de te suivre sans poser de questions ? Tu aurais pu leur parler un peu avant de faire ça ! Ils sont intelligents et ils comprendront assez vite à leur réveil que tu es à l'origine de leur soudaine fatigue et de leur évanouissement !
– Au moins je suis sûr qu'ils ne vont pas me filer entre les doigts, le sort devrait faire suffisamment effet pour pouvoir arriver jusqu'au QG avant leur réveil sauf si le portail décide de me déposer à l'autre bout d'Hyrule ! Quoique ça pourrait leur être bénéfique, ça leur fera un bon entraînement, autant commencer le travail tout de suite !
– Et si jamais ils n'acceptent pas la vie qui les attend ? Vous ferez quoi ?
– Oh ne t'inquiète pas, ils accepteront... Crois-moi, la louve dorée, à savoir moi, s'est se montrer persuasive !
La femme fixa Hystoria du coin de l'œil, pas totalement convaincu par les explications de la fille blonde aux yeux améthyste. Elle décida cependant de changer de sujet.
– Comment progresse ton pouvoir de transformation ? Je me souviens qu'il y a trois ans tu étais juste capable de faire apparaître la queue et les canines mais vu ce que je viens de voir à l'instant, tu as sacrément progressé en magie... Peut-être même un peu trop pour ton âge.
– Il y a trois ans ? Je faisais quoi il y a trois ans ? Ah oui ! Oulla ça remonte à loin ça ! Il y a trois ans je venais d'entrer dans l'organisation des chevaliers célestes et j'étais aussi chétive qu'une fleur ! Le jour où j'ai réussi à entamer la transformation, tout le monde m'a regardé avec des yeux moqueurs parce que je ne maîtrisais strictement rien de ce pouvoir, on me prenait pour la novice la plus novice que la terre ait porté ! Même pour le maniement des armes, fallait le faire quand même Seulement au bout de quelques mois il s'est passé ce qui s'est passé et depuis tout le monde me regarde avec respect voir avec un peu de crainte. Je maîtrise totalement ma transformation maintenant. Tellement qu'on me surnomme "La Louve Dorée" à cause du pelage dorée justement. Certains disent même que je serai l'héritière du héros du temps de la légende ! Les mentalités ont beaucoup changé et j'ai atteint, comme tu dis, un niveau en magie peut être trop élevé pour mon âge ! Fit-elle pour conclure
– C'est compréhensible, ton lien de parenté avec Aram et Aurore n'y est pas pour rien, il est certes éloigné mais il est bien réel. Et vu qu'ils sont les enfants d'un héros solitaire et d'une princesse portant les mêmes noms que leur ancêtre... Enfin bref, ce n'est pas très étonnant pour moi.
– On est d'accord !
Un silence s'installa dans la pièce, la femme et la Hystoria regardèrent simultanément les deux enfants. Le feu dans la cheminée commençait à décroître dans des crépitements de plus en plus faibles. Hystoria balaya une mèche de cheveux en arrière d'un mouvement de bras.
– Bon allez il est temps ! Si on veut arriver à l'heure, mieux vaut ne pas tarder ! Le chef est assez pointilleux sur les horaires !
C'est avec un franc sourire que la femme serra Hystoria dans ses bras comme elle l'avait fait pour Aram et Aurore, avec la même douceur maternelle. La blonde n'avait malgré tout que douze ans et ce contact lui fit un bien fou, pile ce qu'il fallait avant un long voyage.
C'est avec deux paires de mains qu'Aram et Aurore furent chargés dans une petite charrette couverte mais avec suffisamment d'espace pour qu'il puisse respirer sans problème. Ils étaient endormis côte à côte, emmitouflé dans une couverture épaisse pour les protéger du froid mordant.
Leurs deux armes furent déposées à leurs côtés avec un petit paquet mystérieux solidement verrouillé.
C'est ainsi que le petit convoi prit le départ non sans un dernier salut.
La femme regarda la silhouette de la charrette disparaître derrière la colline dans les dernières lueurs crépusculaires. Instinctivement elle porta sa main à son ventre et se rappela douloureusement la raison pour laquelle elle avait abandonné sa fille à son sort. Elle n'avait pas eu de nouvelle depuis et n'avait de toute façon aucun moyen d'en avoir. Avoir eu Aram et Aurore auprès d'elle pendant quelques heures avait été une aubaine, une chance inestimable et inespérée qu'elle n'aurait jamais pu imaginer dans ses rêves les plus fous ! Et maintenant ils étaient partis avec une jeune fille pleine d'entrain et motivé comme jamais, surnommée par ses paires la « Louve Dorée », et cousine des deux enfants royaux. La vie qui les attendait allait être difficile elle le savait mais intérieurement elle savait également qu'il allait franchir les premières étapes sans trop de difficulté. La suite ?
C'était à eux de l'écrire.
Le ciel devint noir, le soleil avait complètement disparu et seules quelques lueurs turquoise persistaient. La femme se percha sur le toit de sa maison et d'une voix mélancolique, alluma les lanternes archéoniques disposées tout autour de la maison. Son regard se posa sur un élément étrange du décor. Un élément qui lui fit ressurgir des souvenirs d'une journée d'hiver, une journée particulière ! Le jour de l'anniversaire de sa fille. Une journée remplie de paradoxe et de faux- semblants. Elle s'en souvenait comme si c'était hier. Des villageois étaient venus apporter leur soutien à la femme suite à la perte de son mari quelques mois avant. C'était l'occasion aussi de faire bonne figure auprès de sa petite fille en cachant la douleur et la tristesse par des cadeaux à n'en plus finir.
Elle n'avait pas été fière de ce coup-là, non seulement parce qu'elle avait caché la vérité à sa fille mais parce que celle-ci avait déjà compris que son papa ne reviendrait pas. La seule chose qu'elle ne savait pas était la raison de cette disparition. Alors ce jour-là, elle, sa mère, avait lu un livre dont elle ne se souvenait plus le nom, un livre précieux rempli de réponses et de vérités. Un livre qui aurait pu servir à d'autres si elle ne l'avait pas jeté de colère et de rage dans la mer depuis les falaises à quelques heures de marche.
Elle se souvenait parfaitement avoir posé son livre dans la cuisine à un moment et avoir regardé par la fenêtre :
Découvrant ainsi sa fille enveloppée dans une cape noire, en train de dessiner sous le seul arbre qui n'avait pas de neige.
Ce souvenir lui fendit le cœur une nouvelle fois, c'était tellement dur à supporter, cela faisant maintenant deux ans qu'elle était partie, partie pour ne plus jamais revenir vers elle, sa mère !
La femme descendit du toit et rentra chez elle, le silence était toujours présent, les quelques heures passées avec les enfants avaient été éphémères. Elle était à nouveau seule. Seule dans cette maison chaleureuse et accueillante placée parfaitement là où il le fallait, pas trop loin d'une ville mais suffisamment éloigné pour avoir la paix. Elle s'avança dans le salon, ralluma le feu avec quelques bûches de bois et une formule magique puis tomba nez à nez pas une photo qui avait été posé sur la table.
Elle se doutait bien de qui pouvait l'avoir posé ici, la seule personne qui avait vécu la même chose qu'elle, la seule personne qui avait été présente ce jour-là et qui avait déchaîné tous ses pouvoirs, réussissant pour la première fois sa transformation. Tuant des dizaines et des dizaines d'assaillants avant d'être secouru in extremis par elle-même. C'était comme ça qu'elle avait connu Hystoria.
La photo représentait trois personnes :
Un homme, son mari... Mort !
Elle-même, ancienne magicienne royale du royaume de Lyrannyan, connu sous le nom de Laecia !
Sa fille, sa petite fille, son enfant. Avec ses cheveux rouges feu, ses yeux bleus et son visage mignon comme tout. Une enfant qui aurait pu avoir une vie normale si rien n'était arrivé. Une enfant qui n'aurait pas eu à connaître la douleur de voir des gens mourir ou disparaître devant elle !
Dans un sanglot, Laecia prononça le prénom de sa fille, un prénom dérivé de « Felix ». Un prénom qui signifiait la chance, le bonheur ou le succès !
– Felicia... !
Fin de l'arc n°1
(à suivre )
Bonjour ou bonsoir ! Comment allez vous ^^
Avec ce chapitre, l'arc 1 de ma fiction prend fin. J'espère que vous avez bien noté tous ce qu'il s'est passé dans cet arc parce que le suivant ( qui est prévue plus de 2 fois plus long que l'arc 1 ) va envoyer du lourd, je vais tout faire pour évidemment.
Merci à ceux qui me suivent depuis le tout début de cette fiction et qui prennent le temps de commenter à chaque chapitre. Ca me fais super plaisir et ça me motive vous pouvez pas savoir... ^^
Je vais prendre ma seconde semaine de vacance pour bien avancer les chapitre suivants et surtout me faire un stock de chapitre pour être tranquille pendant les 6 semaines de boulot avant les prochaines vacances.
Voilà pour les annonces ! Je vous retrouve la semaine prochaine, le samedi 02/03/2019, pour le chapitre 9 qui marquera le début de l'arc 2 !
À bientôt et encore merci à vous de lire mon histoire ! ;)
