AVRIL 2006
L'hiver est parti et le printemps s'est installé tout doucement sans que nous ne le remarquions. En tout cas, sans que moi je ne le remarque. Ça m'a surpris un matin parce que je me suis levé et je me suis rendu compte que non seulement le salon était baigné de lumière mais qu'encore en plus il n'y avait plus un seul flocon de neige dans le jardin. J'aime bien le printemps. Mais ne me demandez pas pourquoi, je ne suis pas sûr qu'il y ait réellement une explication.
Hermione en est à son huitième mois de grossesse et son ventre est énorme. Je la charrie un peu avec ça, je me moque d'elle, mais c'est gentiment. Moi j'aime bien son ventre, enfin surtout ce qu'il y a dedans. Elle a cessé de s'en plaindre maintenant. Par contre, elle a mal au dos, dans les jambes, dans les chevilles et quand je la vois se tenir les reins, je ne peux pas m'empêcher de lui souligner qu'elle a l'air d'une petite vieille.
A notre dernière visite à Sainte Mangouste, le gynécomage nous a dit qu'à partir de maintenant nous pouvons nous attendre à l'arrivée imminente du bébé. Bien entendu, son arrivée est prévue pour la fin du mois prochain mais elle peut arriver n'importe quand. Il paraît qu'on ne peut jamais savoir avec précision, ils pourraient faire un effort quand même.
Nous sommes de plus en plus pressés d'en arriver à la naissance, surtout Hermione même, si d'un côté, je crois que l'accouchement lui fait peur. Ceci dit, je la comprends. Quand Ginny nous raconte la naissance de James, il y a de quoi s'enfuir en hurlant. Combien de temps a-t-elle passé en salle d'accouchement ? Seize heures je crois, ou en tout cas pas loin. Je me souviens que Harry nous avait envoyé un hibou une fois que le petit était là, il était quatre heures du matin.
Depuis quelques jours, Hermione et Ginny s'échangent tout un tas de lettres. Elle ne les tient pas secrètes, donc elles ne parlent déjà pas de moi ou d'Harry. Bon, je rigole, mais c'est vrai que c'est presque inquiétant cette façon qu'elle a de sauter sur Eros, le grand duc de Ginny. Le pauvre animal en est presque effrayé lui-même. Je crois que si elle continue comme ça, il ne voudra plus venir jusqu'ici. La pauvre bête en sera traumatisée. Ceci dit, Hermione lui saute peut-être dessus mais ce n'est absolument rien comparé à ce que James lui a déjà fait subir. Si je me souviens bien, il lui a renversé son biberon dessus, l'a tartiné de compote de citrouille, lui a tiré les plumes et j'en passe et des meilleures.
Fait pas bon d'être un hibou dans l'entourage de James Sirius Potter, c'est moi qui vous le dis.
Ce soir, je rentre de la boutique un peu plus tard que d'habitude. George m'avait pourtant dit de rentrer sitôt que j'aurais fini de compter la caisse, ce qui ne m'a pas pris plus de cinq minutes, mais au moment où j'allais partir, quelques secondes à peine après avoir enfilé ma veste, George s'est retrouvé confronté à un sacré problème. Un adolescent en âge d'être à Poudlard, et donc qui n'avait strictement rien à faire à la boutique, s'est cru en droit de glisser un philtre d'amour dans la poche de son blouson et de ne pas le payer. Il nous a fallu un bon moment pour contacter les aurors, ses parents et récupérer l'objet en question.
Le gamin n'avait même pas l'air mal à l'aise ou quoi que ce soit et d'après ce que j'ai compris de la bouche même de ses parents, il est coutumier du genre. Je ne sais pas si le fait d'être bientôt père ou si c'est cette façon qu'il avait de nous regarder avec un air méprisant mais j'ai eu très envie de lui coller une bonne baffe. Et à voir le regard de mon frère, je me suis douté qu'il devait nourrir à peu près les mêmes sentiments.
Je rentre donc tard ce soir. J'aurais pu laisser George se débrouiller tout seul mais je ne trouvais pas ça correct. Si ç'avait été l'inverse, lui ne m'aurait pas laissé tomber. Enfin je crois. J'espère en tout cas !
Hermione est installée dans le canapé, un livre dans les mains. Il fait assez bon dehors mais elle a tout de même une couverture sur les épaules. Quand je viens l'embrasser, elle soupire.
« La journée a été longue. Deux fois j'ai appelé ta mère pour qu'elle m'emmène à Sainte Mangouste. »
Je crois que mon cœur cesse de battre et que mon estomac se retourne. Je m'agrippe au rebord du canapé.
« Qu'est-ce qui s'est passé ?
_ Des contractions. J'en ai de plus en plus souvent.
_ Tu aurais dû m'appeler.
_ J'ai paniqué Ron. J'ai utilisé la poudre de Cheminette pour avertir ta mère, je n'avais pas le temps d'envoyer un hibou. »
J'acquiesce en me forçant à raisonner. Il n'y a pas de Cheminée à la boutique. George dit que Fred et lui l'avaient décidé ainsi pour éviter que n'importe qui n'entre n'importe comment. Surtout après la fermeture. C'est sensé. Et il paraît que beaucoup de commerçants refusent l'accès de leur magasins par le réseau de cheminée. N'empêche qu'aujourd'hui, du coup, je me dis que ç'aurait été bien quand même qu'il y en ait une. Et si Hermione avait accouché ? Si ça se trouve je ne l'aurais même pas su !
Bon, j'imagine que ma mère m'aurait quand même tenu au courant.
Allez, Ron, faut pas faire ta crise de jalousie maintenant.
« Et qu'a dit le médicomage ?
_ Que ça va m'arriver de plus en plus jusqu'à la naissance mais que tant que la poche des eaux ne s'est pas rompue, c'est que l'accouchement n'est pas imminent. »
Ouais, je ne suis pas sûr quand même. Est-ce qu'il n'a pas essayé de l'embobiner un coup, tiens, celui-là ? Bon, j'en sais rien après tout, c'est vrai.
J'embrasse à nouveau Hermione.
« Y a plus qu'à être patient du coup.
_ Y a plus qu'à oui. »
