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Chers internautes,

Voici le chapitre 9.

Merci pour vos commentaires encourageants qui me redonnent de la motivation pour écrire lorsque tout le reste s'y oppose ! Vos avis précieux me poussent à m'investir et à m'améliorer. Au menu de ce chapitre : des réconciliations, des hésitations, des accords douteux et un capteur de dissimulation qui déraille. Ou pas...

Bonne lecture !

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Chapitre 9

Promotion

Je pensais qu'il n'y avait rien de pire que d'imaginer Lily avec Potter. Je m'étais trompée. Coleen Carrow embrassant Severus Rogue, c'est pire.

Nom d'un calmar géant, Madelyn embrassant Rogue, c'est encore pire !

Alors que j'atteins les portes de la Grande Salle, je cherche Madelyn du regard, prête à me battre bec et ongles pour défendre son honneur. Bien qu'elle soit énervante, elle reste ma sœur et je ne la déteste pas au point de la laisser mettre sa langue dans la bouche de Rogue. Je sors ma baguette magique d'une main tremblante. Est-ce qu'il y a un sort pour extirper quelqu'un d'une foule ? Flûte, j'aurai dû emmener Lily.

Non. Pas Lily. Lily est une menteuse. J'aurai dû emmener Rose.

Rose est une menteuse aussi.

Quel monde de…

- Où est ta sœur ? demande une voix calme derrière mon épaule.

Je me retourne si vite que je manque de peu le torticolis. Lupin m'a suivie. Nous ne parlons jamais ensemble – je suppose que nous manquons vraiment de points communs – mais à hibou donné, on ne regarde pas les plumes : il fait partie des meilleurs élèves de la promotion.

- Tu connais un sortilège pour extirper une personne d'une foule ? demandé-je aussitôt.

Son regard parcourt rapidement la masse de Serpentardes de gauche à droite.

- Elle n'est pas ici… affirme-t-il.

- Tu t'appelais Œil-de-Lynx ? m'enquis-je en haussant les sourcils.

- … mais ce n'est peut-être qu'une question de temps, poursuit-il en m'ignorant. Toutes ces filles ont visiblement été ensorcelées pour attaquer Rogue. Madelyn est sûrement ailleurs, en train de le chercher.

Ensorcelées pour attaquer Rogue…

Une bougie s'allume au fond de mon cerveau.

- Oui, tu as raison, répliqué-je en prenant la direction du hall. Merci Lupin !

Mon camarade me répond, mais le vacarme ambiant et les mètres qui nous séparent déjà étouffent sa voix. Je sors de la Grande Salle en enjambant deux Serpentardes assommées, croise des filles de septième année surexcitées en sens inverse et avance directement vers l'escalier menant au premier étage.

Madelyn se tient dans l'ombre d'un balcon donnant sur le hall. Appuyée contre le chambranle, elle regarde calmement la scène en contrebas. Son point d'observation est idéal : les portes de la Grande Salle, largement ouvertes, offrent une vue immédiate sur l'ensemble de la scène, tandis que sa propre position la maintient en retrait, lui assurant presque de ne pas être vue… sauf si on la cherche.

Elle m'entend approcher.

- Bonjour Marlene, lance-t-elle d'une voix calme.

Elle indique la Grande Salle d'un mouvement de tête.

- Tu as vu ça ? ajoute-t-elle. Toutes les filles de ma Maison sont victimes d'une sorte de malédiction ! C'est sûrement Rogue. Aucune ne veut de lui, donc il les empoisonne… Il est vraiment odieux. Heureusement que je l'ai vu faire et que je n'ai pas touché aux carafes de jus de fruits ce matin. Lui est trop vigilant pour être ensorcelé, mais ce n'est pas le cas de toutes les filles de Serpentard.

Ma sœur, ce démon.

- Et s'il crie son innocence ? supposé-je.

- Qui le croira ? rétorque-t-elle. Toutefois, il faudra mieux éviter une enquête. Peut-être qu'interdire tout règlement de compte sera le meilleur moyen de passer à autre chose… Qu'en penses-tu ?

En contrebas, des dizaines de garçons ont rejoint le champ de bataille. Je doute qu'ils cherchent déjà un responsable, mais ils veulent sûrement éviter que leur sœur, leur cousine ou leur petite amie ne se frotte lascivement contre le corps décharné de Rogue en respirant amoureusement l'odeur de ses cheveux gras.

- Je pense qu'il s'en souviendra toute sa vie, répondé-je.

- Le responsable de cette malédiction a probablement préparé une potion personnalisée, en reprenant la base d'un philtre d'amour classique, reprend Madelyn. Compte tenu du nombre de personnes à ensorceler, le mode de transmission a dû poser problème. Il a fallu trouver une solution permettant d'aboutir à un effet sélectif et temporaire…

Pendant les minutes qui suivent, elle m'explique précisément toutes les manipulations nécessaires pour aboutir au résultat final. Je ne l'écoute que d'une oreille, fascinée par l'image de Dolohov et Yaxley portant à bout de bras la cousine de ce dernier alors qu'elle se débat en hurlant et donne des coups de pied dans tous les sens.

- Bien, parlons affaires ! s'exclame-t-elle enfin. Je veux devenir Premier Ministre dès que possible.

- Heu… Tu veux dire, tu veux le devenir avant que les filles de ta Maison ne t'assassinent ? répondé-je d'une voix absente.

Certaines Serpentardes commencent à se reculer, soudainement hagardes. L'effet de la potion prend fin.

- Pourquoi m'en voudraient-elles ? Quand j'ai vu Rogue verser des flacons de potion dans les cruches en utilisant un sortilège de lévitation, il était déjà trop tard pour prévenir tout le monde, précise Madelyn sur un ton de conspiration. De toute manière, reprend-elle d'une voix plus claire, même si quelqu'un d'autre que toi a remarqué mon absence, je serai Premier Ministre avant qu'on n'ait le temps de me questionner.

En effet, je n'ai plus vraiment le choix : je vais devoir la nommer rapidement pour éviter qu'un Serpentard plus perspicace que les autres ne lui casse la figure.

- D'où tu connais Lupin ? demandé-je tout-à-coup.

- Je ne le connais pas.

- Lui te connaît, remarqué-je.

Elle fronce les sourcils.

- Il va aux soirées de Slughorn, se souvient-elle.

Evidemment. Le genre de soirées auxquelles je ne suis jamais invitée.

Des pas résonnent à proximité. Madelyn et moi reculons rapidement. Dumbledore et McGonagall déboulent dans les escaliers et fonce vers la Grande Salle. Au même moment, Slughorn accourt des cachots en soufflant comme un bœuf. La fête est finie ! Au milieu des filles, Rogue est réapparu, les cheveux dans les yeux et les vêtements déchirés.

Maintenant, nous sommes quittes.

:::

Quelques heures plus tard, je réunis toute la cour dans la salle du trône. Opération « sauvetage de Madelyn » lancée. Sur le chemin, j'aperçois Darius Avery et mini-Black dans une salle vide. Darius parle vivement en remuant les mains tandis que mini-Black garde les siennes dans ses poches. Je ralentis le pas, espérant saluer mon camarade, mais celui-ci ne me remarque pas. Je finis par abandonner et reprends mon chemin d'un pas décidé. Est-ce l'incident de ce matin qui les a secoués ?

Tant qu'ils ne parlent de ma sœur, ça me convient !

L'hiver est arrivé d'un seul coup sur le château et il fait si sombre dans l'orangerie qu'on croirait presque la nuit tombée. Rose se tient à côté de moi, sur le fauteuil réservé au Premier Ministre. Madelyn attend un peu plus loin, droite et impeccablement coiffée, un sourire machiavélique éclairant son doux visage. Je caresse d'une main absente le capteur de dissimulation dans ma poche. Ce geste est devenu une sorte de tic.

- Comme vous le savez déjà, nous avons mené une enquête sur l'attentat dont j'ai été victime, déclaré-je devant la foule. En restant à distance de Black, Potter, Lupin et Pettigrow, vous nous avez permis de trouver le responsable de cette attaque. Je vous adresse donc, à toutes, mes remerciements les plus sincères.

Sauf à l'ultra-groupie, évidemment, à qui j'adresse seulement une longue floppée d'injures mentales.

- A la suite de cet évènement, Rose Winter m'a encouragée à apporter au Gouvernement vers une meilleure mixité entre les Maisons. J'ai décidé de suivre ce conseil. Je vous annonce donc sa démission au poste de Premier Ministre. J'aimerai que nous lui adressions toutes nos félicitations pour le rôle qu'elle a joué au cours des deux derniers mois.

De brefs applaudissements s'élèvent dans la salle. Je lance un sourire à Rose, qui s'incline et se retire. Lorsqu'elle se retourne, quelques mètres plus loin, son visage exprime un immense soulagement.

- Je souhaitais que mon Premier Ministre soit un représentant de la Maison Serpentard. Il me fallait une candidate droite et sérieuse, ayant déjà organisé des évènements, et qui soit à la fois bien connue de moi-même et de la plupart d'entre vous. Il n'y avait qu'une seule personne qui correspondait à tous ces critères.

Je laisse planer un suspense insoutenable, sans manquer le visage furieux de Carrow.

- J'ai l'honneur de vous annoncer que le nouveau Premier Ministre sera… Madelyn McKinnon !

Les applaudissements éclatent à nouveau. Madelyn me rejoint d'une démarche conquérante. Dans ma poche, les vibrations du capteur de dissimulation augmentent légèrement. Rien d'affolant, mais je saisis sans peine l'ironie de la situation.

- Merci, merci beaucoup ! lance-t-elle à la cour en s'inclinant.

Un intense brouhaha s'élève dans la salle. Une ribambelle de filles de sa Maison avance pour la féliciter. Un peu plus loin, Rose obtient une attention presque similaire : maintenant qu'il n'y a plus que trois Gryffondors dans le Ministère, plus personne ne semble lui en vouloir d'avoir eu le rôle de Premier Ministre au cours des deux derniers mois.

Lily installe le buffet contre le mur de droite avec l'aide de Jinny Jenkins. Une sorte de pot de départ pour Rose et un signe de bienvenue pour Madelyn. Alors qu'elles finalisent la décoration de quelques coups de baguette, Blondinette, Brune-à-lunettes, Rouquine et Brune-à-frange louchent déjà sur les sucreries.

Tout semble aller bien. Pourtant, devant ce spectacle, une pointe d'inquiétude me traverse, aiguë et insidieuse, presque douloureuse. Je reste calme et souriante malgré mon état d'alerte. Rose est ravie de ne plus être Ministre, Madelyn est enchantée d'accéder à ce nouveau poste et ma mère va m'encenser pour ce choix. Pourquoi suis-je angoissée ?

Je dois être fatiguée.

- Madelyn, l'interrompé-je.

Ses admiratrices se taisent aussitôt. Ma sœur se tourne vers moi dans un tour de cape.

- Oui ?

- Je vais sortir quelques minutes.

Ses yeux s'agrandissent. Elle promet à ses admiratrices de revenir et me pousse sans ménagement vers le fond de l'estrade.

- Marlene, tu ne peux pas partir maintenant ! gronde-t-elle à voix basse.

- J'ai vraiment besoin de m'isoler et personne ne va le remarquer, assuré-je. Rose et toi êtes les reines du jour ! Enfin, surtout toi… Madelyn, je vais sortir de toute façon ! ajouté-je précipitamment en la voyant ouvrir la bouche pour protester.

Elle secoue la tête d'un air furieux.

- Est-ce que tu peux monter dans tes appartements ? suggère-t-elle.

Mes appartements. J'y suis allée une seule fois : le lendemain de mon élection. Depuis, je les ai cédés à Lily, qui s'en sert comme base d'organisation pour le Bal de Printemps.

C'est sans doute le meilleur compromis que nous puissions trouver.

- D'accord, accepté-je.

- J'enverrai quelqu'un te chercher, décide-t-elle.

- Ça me va.

Derrière Madelyn, les Serpentardes tentent de saisir des bribes de conversation.

- Tes amies sont en manque de ragots, murmuré-je en levant les yeux au ciel. A tout à l'heure ! ajouté-je en m'éloignant vers les escaliers.

Je les monte rapidement sous le regard surpris de quelques filles et sors de leur champ de vision en accédant au palier supérieur.

La petite porte de gauche mène à une vaste salle de bains. Deux vasques rondes encadrent la fenêtre et une baignoire ancienne trône au centre de la pièce. La mosaïque bleue et dorée dessine un visage sur le mur du fond et des flacons colorés s'étendent sur les étagères. Quand je l'ai visitée pour la première fois, je me suis promis d'en profiter dès que possible. Au final, je l'ai oubliée.

Les deux grandes portes face mène au salon. Les fauteuils moelleux et les canapés disparaissent sous les boîtes, les fleurs enchantées et les rouleaux de tissus verts, roses et blancs superposés dans toute la pièce. Seule la grande table de chêne sur laquelle Lily travaille est parfaitement vide, prête à l'emploi.

La salle semble déserte… Et pourtant…

Alors que je pénètre dans la pièce, le capteur de dissimulation se met à vibrer plus intensément.

Je me fige aussitôt.

- Il y a quelqu'un ? appelé-je.

Silence.

Je sors ma baguette magique et la tends prudemment devant moi. L'une des filles est peut-être montée juste avant que je n'arrive… Pourquoi ? Pour visiter ? Pour voir le travail de Lily ? …Pour saboter le travail de Lily ?

Peut-être devrais-je aller chercher quelqu'un ?

Le capteur vibre toujours.

Je reste immobile. Le parquet craque.

Flûte de flûte !

Je fais le tour de la table et me rapproche lentement des portes du petit salon. Ce ne sont peut-être que des courants d'air. Pas de quoi s'affoler. Pourtant, mon cœur bat à toute allure.

- Il y a quelqu'un ? répété-je d'une voix plus forte.

J'écarte la porte déjà entrouverte du bout du pied, prête à lancer un « Stupéfix » au premier mouvement. Une ombre apparaît sur le mur d'en face.

Je recule si précipitamment que j'en lâche ma baguette.

L'ombre réduit. Evidemment. C'était mon ombre.

- Nom d'un gobelin de gargouille de gouille ! lâché-je d'une voix plaintive.

Ma baguette est maintenant deux mètres devant moi. Je rampe prudemment pour la ramasser quand une deuxième ombre s'ajoute brutalement à la mienne et qu'une respiration bruyante retentit soudain devant moi.

Je pousse un hurlement de terreur et recule à toute vitesse, si bien que je me cogne la tête contre la table.

Le chien surgit entre les deux portes, l'œil innocent et le museau en l'air.

Le sang bouillonne si fort dans mes oreilles que je n'entends même plus le brouhaha à l'étage inférieur.

C'était le chien.

Il se rapproche de moi en remuant la queue. Je ne bouge pas d'un cil.

- Quoi… Que… Qu'est-ce que tu fais là ! crié-je en portant une main à ma nuque douloureuse.

Le chien stoppe net. Un rire nerveux me parcourt. Je me rends compte que j'ai les larmes aux yeux.

- Je te déteste !

Un gémissement triste me tient lieu de réponse.

Toujours assise à même le sol, je masse lentement ma nuque. La douleur disparaît rapidement mais mon cœur bat toujours la chamade. Le chien baisse la tête et se rapproche très lentement, jusqu'à effleurer mon pied du bout du museau. Il jette un coup d'œil vers mon visage, constate mon absence de réaction et recommence son manège.

A sa troisième tentative, je sens un sourire traître étirer mes lèvres. Il se redresse aussitôt en remuant la queue.

- Ne fais plus jamais ça, grogné-je en le pointant du doigt.

Le chien se met à tourner joyeusement sur lui-même, m'envoyant une tornade de poils noirs dans la figure. Je proteste et l'attrape pour le forcer à s'arrêter. Une fois calme, il lève vers moi un regard enjôleur.

- Je te pardonne parce que j'avais besoin de me plaindre, déclaré-je, mais je me demande vraiment comment tu es arrivé ici sans te faire repérer… Et pourquoi fais-tu réagir le capteur ?

Je sors l'instrument de ma poche. L'antenne dorée tremble tellement qu'elle menace de s'échapper de mes mains.

- C'est un capteur de dissimulation ! déclaré-je en lui mettant sous le nez.

Il se penche pour le renifler, mais les vibrations le surprennent tant qu'il fait un grand bond en arrière. Un petit rire m'échappe.

- Il détecte les mensonges… continué-je. Donc ce n'est sûrement pas toi qui l'a déclenché ! Sauf si tu n'es pas un chien. Tu ne serais pas un chat déguisé, par hasard ?

Le chien semble ne rien comprendre à ce que je raconte. Il abandonne et admire le plafond d'un air intéressé.

- Tu n'es pas un Sinistros non plus, commenté-je. Bien. Le capteur doit distinguer les mensonges des filles à l'étage inférieur. Ou peut-être les miens ? J'ai dit à Madelyn que tu n'existais pas, après tout… Par la barbe de Merlin, si Madelyn te voit… réalisé-je en ouvrant de grands yeux.

Il baisse la tête avec un grognement interrogateur.

- Madelyn ! Ma sœur ! rappelé-je. Blonde, toute mince, habillée en vert ! La fille que tu as chargé pendant la… Pff… Non, laisse tomber.

Il retourne à son admiration du plafond.

- J'ai été obligée de la nommer Premier Ministre, me lamenté-je. Je suis en état d'alerte chaque fois qu'elle entre dans mon champ de vision et maintenant, je vais devoir la fréquenter toutes les semaines !

Le chien pose enfin les yeux sur moi. J'ai l'impression de voir une lueur d'intelligence au fond de son regard.

- C'est ma sœur mais… je ne sais pas… L'an dernier, elle a quand même failli m'envoyer à l'infirmerie ! Oui, ajouté-je devant l'air alarmé du chien, nous nous sommes disputées dans un couloir et elle a dit à Dolohov que je l'avais frappée. C'était faux, évidemment, je ne suis pas une sauvage ! Mais Dolohov l'a crue. Heureusement que Lily est arrivée au même moment… Tu connais les Serpentards, pas courageux pour un Gallion, ils étaient venus à quatre alors que j'étais toute seule !

Le chien me fixe toujours, l'air vaguement inquiet.

- Dolohov m'a dit que Madelyn avait des bleus sur le visage, poursuivé-je. Je crois qu'il a un faible pour elle. Elle s'est probablement jeté un sort pour leur faire croire que je l'avais frappée, sans penser que son mensonge prendrait ces… proportions. Le pire, c'est que pendant des semaines, tout le monde me demandait des explications. Ma mère m'a même envoyée une Beuglante. Tout ça pour quoi ?

Je secoue la tête.

- J'espère vraiment qu'elle ne va pas me faire de sale coup cette fois, soupiré-je. Elle m'a aidée pour Rogue… Elle a peut-être changé ? En plus, la vengeance sur Rogue… Ça valait le coup !

Un silence s'installe, pendant lequel je médite sur Madelyn et son rôle dans les évènements récents. Repenser aux stratagèmes passés de ma sœur suscite toute mon angoisse. Je me demande même comment j'ai pu la nommer Premier Ministre. Je dois considérablement manquer de jugement pour faire une chose pareille. Et puis je me remémore le visage de Rogue quand j'ai compris qu'il était responsable de mes rimes en folie…

La malédiction n'évoque chez moi que colère et rancune. Excellent sujet de discussion.

- Rogue s'est fait sauter dessus par toutes les filles de sa Maison, informé-je le chien. C'était beau. Tu aurais dû voir ça, Perverus a mangé son orgueil au petit déjeuner. Tu sais, au début, je croyais que la malédiction venait de Potter… mais non ! J'ai fini par comprendre que tout venait de Rogue et je me suis dit : quel sale type !

Un éclat amusé apparaît dans les yeux du chien.

- Pendant toute l'enquête ou presque, je ne pensais pas que ça pourrait venir de Rogue. Il a une dette envers moi. J'ai été bête, je lui ai appliqué le même code d'honneur qu'un Gryffondor.

J'étire mes jambes en frissonnant. Je commence à avoir les fesses douloureuses.

- Tu veux savoir pourquoi Rogue a une dette envers moi ?

Le chien me scrute d'un air curieux. J'ai même l'impression de lire une certaine impatience dans ses yeux gris.

- Quand nous étions en deuxième année, Black et Potter l'ont agressé dans le couloir des Enchantements, lui expliqué-je. Lily était en retard car elle faisait un détour par la bibliothèque… pour rendre un livre ou quelque chose comme ça. Black et Potter en ont profité pour s'en prendre à Rogue et je suis intervenue… Pas pour Rogue, mais pour Lily. Elle n'aimait pas qu'on l'embête et elle n'était pas là pour prendre sa défense, alors je l'ai fait à sa place…

Je fronce les sourcils, me remémorant la scène.

- Mon talent avec une baguette magique est inversement proportionnel à ma capacité à parler aux chiens, déclaré-je. Le simple fait que je m'interpose a fait rire tout le monde. Black m'a désarmée en deux secondes. Je ne m'étais jamais sentie aussi humiliée… et voilà. C'est à cause de cet épisode que je considérais que Rogue avait une dette envers moi. Visiblement, lui n'en a rien à faire. D'ailleurs, il ne m'a jamais remerciée…

Le chien pousse un grognement de protestation. Je croise les bras.

- Oui, je suis un modèle de tolérance et de pardon mais il y a des limites ! C'est Lily qui m'a remerciée… Je crois qu'elle considère avoir une dette envers moi... Enfin… Je n'en sais rien, en fait ! remarqué-je. Mais si ce n'est pas le cas, je me demande comment elle arrive à me supporter depuis tout ce temps…

Le chien baisse la tête, l'air mécontent. Je tends vers lui une main apaisante. Sans succès.

- D'accord, j'arrête de parler de Rogue et Lily, m'amusé-je. Tu préfères parler de Madelyn ? Non…

Je le scrute attentivement.

- En fait, tu veux parler de Black et Potter, n'est-ce pas ?

Il réagit aussitôt par un regard surpris. J'ai l'impression d'y lire une once d'inquiétude.

- Je ne suis pas bête, j'avais fini par comprendre ! me moqué-je. Espèce de groupie !

L'escalier grince.

- Va te cacher ! lancé-je en me relevant précipitamment.

Le chien file dans l'obscurité et j'époussète rapidement ma cape. Quelqu'un frappe. Avant que je n'aie le temps de dire quoique ce soit, la porte s'ouvre sur Rouquine et Brune-à-Frange qui entrent dans la salle, leur regard parcourant les décorations en cours de création d'un air curieux.

- Tout va bien, je ne vous dérange pas ? me moqué-je.

- Ton Premier Ministre nous envoie te chercher ! déclare Rouquine en tournant la tête vers moi. Il faut que tu descendes tout de suite !

- Bien, accepté-je. Allez donc dire à Madelyn que j'ai son message !

Je dois trouver une solution pour faire sortir le chien…

- Elle nous a demandé de t'escorter parce qu'elle ne te fait pas confiance pour descendre rapidement, m'annonce Rouquine.

- Descends prévenir Madelyn, insisté-je. J'arrive tout de suite !

- Elle a dit que tu dirais ça, m'informe Brune-à-frange. Elle a aussi dit que sa seule certitude, quand tu dis ça, c'est que vous parlez la même langue.

Le parquet se met à grincer. Une montée d'adrénaline m'envahit. Si elles voient le chien…

- Sortez immédiatement ! ordonné-je.

J'ai l'impression que quelque chose me frôle. Je sursaute et jette un coup d'œil par-dessus mon épaule, mais il n'y a personne. Je reprends rapidement mes émotions et j'avance vers les filles pour les forcer à reculer, pointant vers la porte un doigt autoritaire.

- Allez dire à Madelyn que j'arrive ! m'écrié-je. Allez !

- Aïe ! s'exclame Rouquine en trébuchant.

- Oh, arrête un peu, je ne t'ai pas touchée ! rétorqué-je. Dehors !

Les filles finissent par obtempérer. Je ferme la porte derrière elle et traverse le grand salon en courant pour me précipiter dans le petit. J'en fais le tour à trois reprises, m'attardant sur chaque coin, tirant chaque rideau et poussant le vice jusqu'à fouiller la commode. Je cherche encore et encore. Sans résultat : le chien a disparu.

Autre fait notable : le capteur de dissimulation a cessé toute vibration.

Malgré toutes les excuses qui me viennent à l'esprit, je ne peux m'empêcher de trouver la situation étrange…

:::

Je passe la fête aux côtés de Rose et apporte mon aide à Lily autant que possible. Je réponds aux questions des journalistes de la Gazette Royale et supporte les regards noirs de Carrow, qui semble m'en vouloir beaucoup plus qu'à Madelyn.

En fin de journée, un silence apaisant règne dans le dortoir. Les fenêtres éclairent le parquet et les baldaquins d'une lumière mordorée. Je m'accroupis devant ma malle à vêtements et en chasse Salazar qui proteste par des miaulements aigus. Alors que je détache les sangles de cuir et commence à fouiller le premier compartiment à la recherche d'une écharpe et d'une paire de gants, un tintement clair retentit.

Je me redresse et aperçois un coffret sur ma table de nuit. Une vague d'adrénaline m'envahit. A coup sûr, il s'agit des objets que nous allons devoir enchanter pour l'anniversaire de la Coupe !

J'oublie les gants et l'écharpe pour me précipiter jusqu'au chevet. Chaque participante reçoit des objets différents et je vais enfin savoir quels sont les miens. J'ouvre le coffret et jette un coup d'œil à l'intérieur. Un petit miroir au cadre porcelaine… Un deuxième miroir identique… Une grande feuille de parchemin vierge. Je les pose délicatement sur le matelas.

Bon. Je suppose que je ne suis pas si mal lotie. J'ai une idée concernant les miroirs : je pourrai peut-être ensorceler l'un des deux pour espionner une autre salle du château… Pourquoi pas le hall ? Quant au parchemin… Je vais bien trouver.

Jack entre dans la chambre à son tour. Constatant l'arrivée des coffrets, elle se précipite à l'extérieur pour passer le message à nos camarades. Une demi-heure plus tard, les dortoirs des filles sont complets. L'escalier semble éclater d'une multitude de pas, de rires et de cris. Les commentaires fusent de chambres en chambres. Dans notre dortoir, Alice obtient une boussole et un collier. Lily récupère un petit sac de billes, une étoffe colorée et un tire-bouchon. Assise en tailleur sur son matelas, Rose commence à travailler sur l'un de ses cierges, sous le regard attentif de Rowena.

Je cherche une idée pour mon parchemin. En vain. Lily me donne quelques pistes, mais aucune n'est cohérente avec mon niveau en Sortilèges. Dépitée, je reporte mes recherches à plus tard et quitte le dortoir pour aller m'attabler dans la salle commune avec mon carnet à histoires. Lorsque je quitte l'escalier, je distingue la tignasse de Potter dans l'attroupement près de la cheminée. Pour la première fois depuis mon arrivée à Poudlard, ils sont moins bruyants que les dortoirs des filles, dont le vacarme descend jusque dans la salle commune.

Pour la discrétion, on repassera !

Je trempe ma plume dans l'encrier. Plusieurs minutes s'écoulent sans que je n'écrive quoique ce soit. Ma seule idée repose sur l'image d'un chien psychologue – pas terrible.

- Que se passe-t-il ?

Je sursaute comme un beau diable. Sirius Black s'est approché silencieusement. Son regard va de mon visage à l'escalier des filles.

- De quoi tu parles ? répliqué-je.

- Toutes les filles qui hurlent dans les dortoirs… C'est en rapport avec tu-sais-quoi ?

- Ça te regarde ?

Il m'adresse un large sourire.

- Si tu trouves que ça ne me regarde pas, il ne fallait rien me dire au sujet de la Coupe de...

- Tais-toi ! ordonné-je aussitôt.

La vue de son sourire malicieux me fait plisser les yeux.

- C'est encore du chantage ? deviné-je.

- Bien sûr que non ! Pas de chantage entre amis, déclare-t-il en tirant une chaise.

Je suis partagée entre un agacement hors-norme et ce pincement agréable au ventre. Il s'installe et étend ses bras sur la table.

- Qu'est-ce que tu veux savoir ? demandé-je, résignée.

- Ce qu'il se passe.

Je vérifie qu'il n'y a personne aux alentours. Pour une fois, aucune autre fille n'encombre la salle commune, m'épargnant les messes basses potentielles. Près de la cheminée, les garçons s'amusent et ne se préoccupent pas de nous. Je suppose qu'ils ont l'habitude de voir Sirius rôder autour des filles.

- Nous avons reçu des objets à ensorceler, murmuré-je. Pour l'anniversaire de la Coupe, en mars.

- Pourquoi ?

- Parce que c'est l'anniversaire de la Coupe, répété-je d'un ton exaspéré.

- Oui, d'accord, mais pourquoi ensorceler des objets ?

- Pour nous aider pendant la compétition ! m'énervé-je.

- Ce n'est pas de ma faute si tu n'es pas claire ! s'énerve-t-il à son tour.

Il jette un coup d'œil du côté de la cheminée avant de poursuivre :

- Est-ce que vous devez ensorceler des objets à chaque anniversaire ?

- Non, ça change à chaque fois.

- Et c'était quoi, les autres fois ?

- Qu'est-ce que j'en sais ? m'écrié-je. Les anniversaires, c'est tous les cent ans !

- Je n'étais pas au courant !

- Tu n'as pas à être au courant, de toute façon !

Il lève les yeux au ciel.

- J'essayais d'avoir une conversation civilisée ! bougonne-t-il.

- Ha ! Je te parle, je te parle et tu ne comprends rien ! ragé-je.

Un silence s'installe.

- En plus je suis nulle en Sortilèges ! continué-je. Les Sortilèges, la Métamorphose, la Défense contre les Forces du Mal, ce ne sont pas mes matières fortes ! Pourquoi McGonagall n'a pas inventé une épreuve à base de Botanique ? Ça m'énerve de parler de ça !

Il secoue la tête d'un air las mais semble s'apaiser.

- Quel genre d'objets devez-vous ensorceler ? demande-t-il.

- Ça dépend des filles, soupiré-je. Moi, j'ai deux miroirs et un parchemin.

Il devient soudainement pensif.

- Pour les miroirs, c'est du tout-vu, dit-il doucement. Tu jettes un sortilège de Double-Sens et tu le donnes à une alliée. Vous pourrez vous séparer tout en restant en contact l'une avec l'autre. Le parchemin… C'est plus intéressant. Les possibilités sont vastes. Tu pourrais chercher un sortilège de localisation pour imiter une boussole… Ou alors…

Alors qu'il cherche des idées, je le regarde silencieusement. Les yeux dans le vide, il paraît plus séduisant qu'à l'accoutumée. Peut-être parce qu'il ne cherche pas à me manipuler. Plongé dans ses réflexions, il se concentre sur sa créativité et non sur son image, et n'en paraît que plus attirant. Je suis impressionnée par le nombre d'idées qu'il trouve en quelques instants. Un tableau ensorcelé à la manière du registre de retenues des professeurs afin de déterminer où sont les alliés. Le même avec les noms des ennemis – il faudrait demander à McGonagall l'autorisation d'accéder brièvement aux boussoles de Chasseresses. Et pourquoi pas une carte ?

- Marlene ?

Je sors brutalement de mes pensées.

- Oui ? répondé-je en souriant de toutes mes dents.

- Quand tu auras fini de m'admirer, tu pourras me dire ce que tu en penses ? lance-t-il d'un ton amusé.

Sa remarque me fait bondir.

- Et quand tu auras fini de te prendre pour le nombril du monde, on pourra avoir une discussion ! m'écrié-je, furibonde, en ramassant mes affaires.

Je m'éloigne le nez en l'air, sans lui adresser le moindre regard. Avant de monter l'escalier, je me retourne tout de même :

- UNE DISCUSSION CIVILISEE ! m'écrié-je.

Je lui tourne le dos et monte les escaliers à toute vitesse.

Je ne vais pas me laisser insulter, tout de même !

:::

Le lundi suivant, pendant le cours de Défenses contre les Forces du Mal, la neige se met à virevolter devant les fenêtres. J'entends Sirius et Potter élaborer un stratagème pour provoquer des chutes de neige dans les cachots. Le professeur Winter les entend également et leur met une retenue.

A midi, je mange en quatrième vitesse et sors dans le parc. Mes amies me laissent seules – elles n'aiment pas autant la neige que moi. A peine sortie, j'ouvre la paume pour récupérer quelques flocons. Ils fondent immédiatement.

Alors que je descends les marches de pierre, je repère une tignasse blonde parsemée de flocons de neige sur le chemin qui borde le lac.

- Darius ? appelé-je d'un ton hésitant.

Mon camarade se retourne. Gagné !

- Marlene ! s'exclame-t-il. Tu ne fais pas partie de ceux qui fuient la neige ?

- Non, avoué-je en le rejoignant. J'aime bien la neige.

- Moi aussi, répond-il.

Lorsque je me place à ses côtés, une vibration intense retentit contre ma hanche. Je baisse les yeux vers mon sac de cours, dans lequel se trouve le capteur de dissimulation. L'agacement me saisit aussitôt. Je l'ai justement mis dans mon sac pour éviter les sursauts habituels ! Il doit vibrer comme un fou pour que je le sente malgré les livres et mon manteau rembourré ! De plus, depuis ses vibrations en présence du chien, j'ai peur qu'il ne soit déréglé. Je pense un instant à poser mon sac par terre mais, jugeant la quantité de neige qui recouvre déjà le chemin, je décide de renoncer et de supporter son bourdonnement désagréable.

- On ne se croise plus beaucoup, continue-t-il. Je suis désolé de ne pas te saluer plus souvent. Je manque de temps. Cette année est plutôt terrible, entre les BUSES et… les affaires habituelles.

- Oui, et je ne fréquente plus suffisamment l'infirmerie, ajouté-je d'un ton léger.

Il sourit.

- La guerre civile de Gryffondor a pris fin ? s'enquit-il.

- Je pense que oui !

- Je suis heureux pour toi !

Un silence s'installe. Il semble hésiter à dire quelque chose. Curieuse, j'attends patiemment, jetant des coups d'œil réguliers vers son visage troublé.

- Tu voulais dire autre chose ? demandé-je finalement.

- Heu… oui, admet-il. Mais… Je n'ai pas vraiment l'habitude de faire ça…

Le ton de sa voix me paralyse. J'ai l'impression que les vibrations augmentent mais je ne m'en préoccupe pas.

- Tu as l'air d'être une fille vraiment intéressante, dit-il. Compte tenu que nous sommes tous les deux très occupés quand nous sommes à Poudlard et que j'aimerai vraiment mieux te connaître…

Il ne va pas me demander de sortir avec lui, n'est-ce pas ? Nous ne nous connaissons pas du tout ! D'accord, il est sympathique, mais tout de même !

- Est-ce que tu serais d'accord pour me voir à l'extérieur ? demande-t-il courageusement. Il y a une sortie à Pré-au-Lard juste avant les vacances, j'aimerai t'inviter à déjeuner !

Et moi, j'aimerai être restée dans le château. Quelle idée de sortir profiter des premières neiges ? Ce n'est pas comme si ce seraient les dernières !

- Heu… Je… Je ne peux pas, annoncé-je en grinçant des dents.

- Tu n'en as pas envie, devine-t-il tristement.

Il baisse les yeux et mon honnêteté repart en courant.

- Non, ce n'est pas du tout ce que tu penses ! ajouté-je. Mes amies… Elles veulent toujours qu'on déjeune ensemble avant les vacances… Si je n'assiste pas à ce repas, elles m'en voudront énormément, elles pourraient même me jeter des sorts et m'empêcher d'accéder à mon lit, tu ne sais pas de quoi elles sont capables !

Il redresse aussitôt la tête.

- Oh, je comprends, s'exclame-t-il d'un air choqué. Est-ce que tu veux que j'aille leur parler ?

- Surtout pas ! m'écrié-je d'une voix un peu trop aiguë. Elles... Elles sont toutes célibataires, tu sais… Si elles venaient à croire que nous sortons ensemble, elles seraient jalouses… Ce serait encore pire ! Non, je pense qu'il faut prendre sur nous-même et essayer de nous voir… à Poudlard.

Darius semble hésiter. Tout-à-coup, il fronce les sourcils et jette un coup d'œil aux alentours.

- Tu n'entends pas comme un bourdonnement ? demande Darius.

Il ne manquait plus que ça.

- C'est sûrement une grosse abeille ! prétendé-je avec un sourire rassurant.

J'appuie sur mon sac pour tenter de réduire le bruit. Sans succès.

- En hiver ? Non, il y a peu de chances.

- Il s'agit peut-être des sortilèges qui entourent le château, suggéré-je. Ils vibrent.

Il ne paraît pas convaincu.

- Je te jure que j'entends quelque chose, insiste Darius.

Un grognement retentit dans les fourrés. Je me fige.

- Ce n'est pas un sortilège qui produit cela, déclare-t-il d'un ton légèrement inquiet.

Je balaie du regard les proches environs. Ce n'était pas le capteur…

- Je ne vois rien du tout, répondé-je.

Nouveau grognement. Je sors ma baguette et avance de plusieurs pas. Je jette un coup d'œil à côté moi pour localiser Darius, et l'aperçoit quelques mètres en arrière, sa baguette également levée.

- Tu ne veux pas savoir ce que c'est ? demandé-je d'un ton surpris.

Il baisse sa baguette.

- C'est sûrement un petit animal, répond-il. Je dois aller chercher mes affaires de cours de toute façon. Bon après-midi, Marlene !

- Merci, bon après-midi à toi aussi…

Avant que je ne finisse ma phrase, le Serpentard a déjà tourné les talons et marche d'un pas raide vers les grandes portes du hall. Quel trouillard ! Un autre grognement retentit, plus distinct. Je le reconnaîtrais entre mille.

Dès que Darius disparaît par l'embrasure des grandes portes, je range ma baguette. Dans mon sac, le capteur de dissimulation s'est considérablement calmé. Il est vraiment déréglé… Je me promets de ne plus l'emmener avec moi dorénavant.

- Le chien, sors de là ! appelé-je.

Les buissons remuent. Le chien en émerge, couvert de neige, tirant une langue joyeuse.

- C'est malin ! le rabroué-je. Tu lui as fait peur ! Mais je crois que je dois te remercier…

Il répond d'un grognement heureux et s'en retourne, tout fier, la queue en l'air.

:::

La neige tombe jusqu'au soir. A la fin du dernier cours, alors que Lily, Rose et moi prenons la direction de la Bibliothèque pour faire quelques recherches en Sortilèges, Sirius me rattrape au détour d'un couloir. Ses cheveux, humides et ébouriffés, témoignent d'un passage par le parc.

- Marlene, est-ce que je peux te parler en privé ? demande-t-il poliment.

Il paraît passablement nerveux. Ce n'est pas dans ses habitudes.

- Si tu veux, répondé-je en haussant les épaules.

Rose et Lily m'adressent des regards entendus. Elles font partie des meilleures élèves de l'école mais visiblement, ça ne les empêche pas d'êtres des commères. Rappelons, par ailleurs, que ce sont également des menteuses. Il y a des valeurs qui se perdent.

Sirius m'entraîne dans un petit salon désaffecté qui semble servir de remise. Les cartons s'entassent sur les meubles et de longues toiles d'araignées s'étendent à chaque coin de la salle, blanches et vaporeuses dans la lumière hivernale. Je ramène mes bras autour de moi, surveillant du coin de l'œil les allées et venues des araignées. Il s'agit de ne pas se laisser submerger par l'ennemi.

- Tu ne connaitrais pas des endroits moins sales, par hasard ? demandé-je d'une voix involontairement suppliante.

- Si, mais aucun qui ne soit aussi sûr, répond-il. Personne ne va venir ici.

- Tu m'étonnes, marmonné-je.

- Est-ce que je peux parler ?

- C'est pour cette raison que je t'ai suivi…

Il passe outre mon ton moqueur et hoche la tête.

- Bien. J'aimerai que nous passions un marché, déclare-t-il.

- Encore ! m'exclamé-je.

Il ouvre la bouche mais je le coupe aussitôt :

- Si c'est pour épancher ta curiosité, tu peux aller faire des hommages au Calmar géant ! déclaré-je. Qu'est-ce que tu veux, à la fin ? J'en ai assez que tu me fasses chanter pour tout et n'importe quoi ! Madelyn tient parfaitement le rôle et je n'ai pas besoin d'un deuxième arnaqueur sur la foire aux andouilles !

Il tente à nouveau d'ouvrir la bouche.

- Laisse-moi terminer ! le coupé-je encore. Je te préviens que si tu remets la Coupe sur le tapis, je vais m'entraîner jour et nuit pour pouvoir te faire manger ta baguette, quitte à supporter le caractère de Rose ! Ha ! Comme si je n'avais pas déjà assez d'ennuis ! J'espère que ce n'est pas un autre coup bas ! Alors ? insisté-je devant son air ahuri. Tu ne m'as pas dérangé pour rien, tout de même ! Dis-moi ce que tu veux, qu'on en finisse !

Je m'interromps, essoufflée. Sirius hoche lentement la tête.

- Ce serait déjà fait si tu me laissais en placer une, remarque-t-il.

Pas faux.

- J'ai besoin d'informations sur mon frère, enchaîne-t-il. Toi, tu as trois mois pour ensorceler deux miroirs et un parchemin. Je pense que nous pouvons nous entraider.

- Nous entraider ? répété-je lentement.

- Tu as des relations à Serpentard et de mon côté, je me débrouille plutôt bien en Sortilèges, explique-t-il. On échange. Tu enquêtes sur mon frère et je m'occupe de tes enchantements.

J'aimerai protester.

C'est compliqué.

- Que recherches-tu… à propos de ton frère ? demandé-je.

Sirius hésite un instant, puis répond :

- Des objets ont disparu chez mes parents, déclare-t-il. Des… instruments de magie noire, avoue-t-il d'un air embêté. Je pense qu'il les a pris mais je n'ai aucun moyen de le vérifier.

J'acquiesce lentement. Je me doutais que la famille Black n'était pas particulièrement à cheval sur les nouvelles directives du Ministère.

- Pourquoi les aurait-il pris ?

- Je ne sais pas.

- Tes parents s'en sont rendus compte ?

- Si c'est le cas, je suppose qu'ils s'en moquent !

Je réfléchis un instant. Si j'accepte, je vais devoir prendre des risques… Mais la proposition est tentante. Sirius, Potter et compagnie possèdent un indéniable potentiel de nuisance. A leur talent pour la magie s'ajoute une créativité hors-norme et des limites morales très floues. Si Black se charge d'ensorceler mes objets, je peux être certaine que ce sera du grand art.

- Ta sœur pourrait t'aider, reprend Sirius. Elle te doit bien ça !

Encore une fois, je lui donne raison sans oser le dire.

- Je vais… réfléchir, proposé-je finalement. On en reparlera plus tard.

- Tu es de nature tellement conciliante, je suis certain que tu accepteras ! répond-il.

J'ai envie de tirer la langue mais je me retiens.

Après avoir échangé quelques banalités, nous nous séparons. Il est aussi satisfait que je suis inquiète. Je n'ai pas envie d'enquêter sur un Serpentard, issu d'une grande famille de Sang-Purs, qui fricoterait avec la magie noire. Je prends la direction de la bibliothèque en traînant des pieds. Plongée dans mes pensées, je bouscule Bien-Trouvé, donne un coup de coude dans un mur et me cogne le dos de la main contre un coin de table. En apercevant mes amies, installées près d'une fenêtre dans le rayon des Enchantements, un bref souvenir de notre discussion s'impose à mon esprit. Le souvenir d'un bout de phrase suspect. Je me fustige immédiatement de ne pas l'avoir relevé plus tôt.

« Ta sœur pourrait t'aider… Elle te doit bien ça. »

Sirius connaît la position de Madelyn.

L'ultra-groupie a encore frappé.

:::

« Alors que l'automne approchait, la famille Serpendur organisait son annuel bal masqué, auquel toute la bonne société poudlarlandienne serait conviée. Cette fois, une grande surprise attendait les convives : les fiançailles Severus Serpendur, l'héritier de la famille, avec la duchesse Lily Préfètus, cousine de la Reine de Poudlarland, seraient annoncées à la fin du bal. »

- Marlene ? appelle Rose.

Je protège instinctivement mon carnet à histoire avant de me retourner, mais Rose ne me regarde même pas. Elle garde les yeux sur son devoir de Potions et plisse la bouche d'un air boudeur.

- Oui ? répondé-je.

- Est-ce que tu connais la date ? demande Rose.

- Heu… Jeudi 4 décembre !

- Merci !

Elle fait demi-tour. Je trempe la plume dans l'encrier.

« Par le biais de Blanca Bisoutus, qui travaillait comme boniche au palais… »

Voilà. Elle l'a bien mérité !

« … James Gryffalois eut vent du secret. Il proposa à ses trois compères, Sirius Brutus, Remus Intellus et Peter Gogolus de l'aider à troubler la fête aussi efficacement que possible. Vêtus de masques, James et Sirius s'introduisirent à la soirée par la porte de service pendant que Remus et Peter distrayaient les serviteurs de la maisonnée. Ils se mêlèrent rapidement aux invités, attendant leur heure. Ils se figèrent, toutefois, quand la cousine de Lily Préfètus, la grande Reine de Poudlardland Marly la Juste, arriva sur son grand carrosse d'or et d'argent. »

Maintenant, je sais que je ne pourrai pas publier cette histoire telle quelle. Bien. Quitte à créer mon propre personnage, autant se faire plaisir.

« Elle portait une robe claire et une couronne de fleurs pourpres aux corolles ivoire qui faisait ressortir son teint de porcelaine. Sirius Brutus resta bouche bée devant tant de beauté et manqua d'air, si bien que James Gryffalois et ses deux autres comparses se précipitèrent pour l'empêcher de s'écrouler. »

- Marlene, qu'est-ce que tu fais ?

Je protège à nouveau le carnet. Si elles lisent ce que je viens d'écrire, je suis morte !

- Je ne fais rien du tout ! protesté-je.

Je jette un coup d'œil en arrière. Le parchemin de Rose est sur son lit, sans sa propriétaire qui semble avoir investi la salle de bains.

- Tu écris tes histoires ? demande Alice par la porte ouverte.

- Mais non, pas du tout ! Je… Je cherche des idées pour les enchantements !

- Ah… Oui…

J'attends quelques secondes. Elles semblent toutes occupées. J'en profite pour continuer.

« La soirée fut lancée. James Gryffalois était préoccupé par le teint pâle de son ami qui répétait le nom de la reine en boucle, fixant le vide d'un air hébété. Un jeune inconnu vint les voir. Il portait les armoiries des Serpendur mais son sourire avenant rassura James Gryffalois. Il s'enquit de la santé de Sirius Brutus et proposa son aide. Lorsque James Gryffalois croisa son regard, il sut instantanément qu'il ne pourrait passer sa vie sans cet homme. Etait-ce la brillance de ses cheveux, l'obscurité dans son regard ou l'exubérance sexy de son nez crochu ? Il n'aurait su dire, mais quelque chose dans l'allure de cet étranger le fit tomber amoureux. Irrémédiablement. »

Je m'arrête un instant. Merlin que c'est beau !

- Tu as trouvé des idées ? demande Lily en sortant de la salle de bain, un turban autour de ses cheveux humides.

Je ferme rapidement le carnet et le glisse sous la couette. Lorsqu'elle arrive à mon niveau, elle ne voit que le parchemin vierge que j'avais placé en-dessous.

- Tu manques d'inspiration ?

- Plutôt, oui, répondé-je d'une voix triste.

Elle acquiesce et fait demi-tour. Je sais qu'elle m'aiderait si elle n'avait pas déjà promis son aide à Alice et aux élèves de première année.

Je n'ai plus le choix. J'y ai pensé toute la semaine.

Je vais devoir accepter d'enquêter sur mini-Black.