Au cours des journées suivantes, ni Bélisse ni Sévérus ne revinrent sur leur étreinte. Cependant leurs relations avait nettement évoluées. Les élèves pouvaient désormais entendre des "S'il vous plait Arandal" des "oui Professeur", "Tout de suite professeur", ce qui les perturbait fortement. En effet, leur mauvaise humeur respective ainsi que leurs "prises de bec" étaient passées dans les mœurs. Erwan suivait cette évolution d'un œil très attentif et Bélisse le savait.
Elle avait été tellement déçue par son comportement qu'il lui était difficile de le regarder en face. Ce qu'elle voulait, c'était un homme sur qui elle puisse compter, quelqu'un qui la comprendrait et qui la soutiendrait quoi qu'il arrive. Néanmoins, il était confortable de continuer à sortir avec lui, elle ne voulait le perdre en tant qu'ami et adorait toujours faire bisquer Angie.
Pour ce qui concerne le professeur Rogue, sa vue s'améliorait de jour en jour, mais il n'en parlait pas. Avouer qu'il revoyait, c'était perdre son assistante. Elle était avec lui à chaque heure du jour, uniquement parce que le Directeur l'y avait obligé. S'il y recouvrait la vue, elle partirait. Il conservait donc un voile léger sur les yeux afin de les protéger de la lumière sans lui boucher totalement la vue. Ainsi, il pouvait l'observer en permanence, la regarder déambuler dans les allées surveillant les élèves, rire dans les couloirs avec Erwan ou vivre, tout simplement. Cela le rendait profondément heureux. Il avait toutefois du mal à supporter les baisers qu'elle réservait à ce sportif de pacotille. A de tels moments, il aurait tout donner pour n'avoir que 17 ans et être de nouveau étudiant à Poudlard. Jamais il n'aurait cru pouvoir éprouver de tels sentiments. Sa scolarité avait été un désastre social ! mais à cet instant, il était prêt à tout revivre pour elle.
Pour elle, il aurait fait n'importe quoi, donner n'importe quoi. Comment ces sentiments étaient apparus dans son cœur desséché ? personne ne le saura jamais, mais ils étaient là, plus puissants que tout ce qu'il avait pu éprouver auparavant.
Un mois de plus était passé et les vacances scolaires arrivaient. L'excitation était palpable chez les élèves en âge d'assister au bal de Noël.
-Bélisse,
je voulais te demander… Erwan bredouillait et n'osait pas la
regarder en face, mais elle ne fit pas un geste pour l'encourager.
Toujours le nez dans ses bouquins, elle poussa un petit soupir.
-Je…
enfin tu…
-Je quoi ? lui demanda-t-elle enfin, posant sa plume
d'un air relativement agacé. Certes, elle ne pourrait pas
passer ses examens cette année, mais elle en profitait pour
prendre de l'avance.
-Tu viendrais au bal avec moi ?
Le regard de Bélisse se radoucit alors, mais Erwan compris vite que ça n'était pas une bonne nouvelle.
-Erwan… tu sais, avec tout ce qui s'est passé, Dumbledor TOLERE ma présence ici, mais il m'a bien précisé qu'en dehors de mon travail d'assistante pour le Professeur Rogue je ne pouvais pas… enfin, je n'ais pas le droit de me présenter au bal. Désolée.
Profondément déçus, mais tout de même assez fière, Erwan fit comme si de rien n'était… et repris sa lecture.
-Mais tu sais, je
suis sûre que beaucoup de filles rêvent d'y aller avec le
préfet de Serpentard. Tu as un certain succès. Je
comprendrais tout à fais si tu y allais avec une autre. Enfin
n'importe qui sauf Angie ! Regarde Luminda par exemple, elle te
dévore des yeux et je suis sure qu'elle n'a pas encore de
cavalier... fonce !
-C'est vrai, ça ne te dérange
pas ? tu es sûre ? ce ne sera qu'en pure amitié…
Elle ne s'attendait pas à cette réponse, mais alors pas du tout ! déjà profondément déçue de ne pas aller au bal, le savoir en plus accompagné d'une autre personne… En fait, en y réfléchissant bien, ça n'était pas cela qui la gênait. Elle savait pertinemment qu'elle ne l'aimait pas, mais c'était son amour propre à elle qui en prenait un coup. Bélisse se leva alors d'un bond et quitta la bibliothèque sur le champ.
-Bélisse,
ouvre, aller, s'il te plait… Cela faisait bientôt une heure
que Pablo était devant la porte de sa chambre, mais rien à
faire.
-Aller quoi, tu sais bien comme il est des fois… enfin il
ne pense qu'à lui, ça n'est pas nouveau ça !
La porte s'ouvrit alors, mais ça n'était celle qu'il attendait !
-Arandal ça commence à suffire, cela
fait une heure que je vous entends geindre derrière cette
porte, vous n'avez pas compris que votre sœur ne veut pas vous
ouvrir.
-Désolé Monsieur, mais je n'aime pas la
voir dans cet état…
« Moi non plus ! pensa Sévérus. »
-Qu'est-ce
qu'y s'est passé enfin ?
-C'est ce crétin d'Erwan,
il voulait aller au bal avec elle, mais comme elle ne pouvait pas, il
a proposé à une autre…
-Ha ! une querelle
d'amoureux, y'a rien de plus infantile. Elle s'en remettra… et il
referma la porte derrière lui.
Mais il n'en revenait pas. Si Bélisse était avec lui, jamais il ne pourrait aller au bal avec une autre, ça ne ce concevait pas une erreur pareille ! Ce petit incident replongea Sévérus dans ses souvenirs… Il n'était jamais allé à aucun bal. N'ayant pas su comment inviter une fille, il n'aurait pas pu faire face à la bande de Potter, Black et les autres… Tous les soirs de fêtes à Poudlard, il les avait passé dans sa chambre, à ruminer ou à réviser ses cours de Défense Contre les Forces du Mal…
Le grand jour était arrivé. Les filles gloussaient toutes en déambulant dans les couloirs, ce qui écœurait Bélisse.
-Arandal,
vous ne faites rien ce soir n'est-ce pas ?
-Heu non Monsieur ! lui
répondit-elle, étonnée.
-J'ai besoin de vous,
nous avons pris beaucoup de retard pour corriger les devoirs
récupérés la dernière semaine avant les
vacances. Profitons du calme de ce soir pour avancer…
-Comme
vous voudrez. Sa réponse ressemblait plus à un soupir
qu'à des mots articulés.
Comme si ça ne suffisait pas d'avoir été plantée le soir du bal, il faudrait le passer à corriger des niaiseries avec lui…
-Huit heure ? ça vous ira ?
-heu oui. Dit-elle,
résignée.
Bélisse mangeait, seule,
perdue dans ses pensées lorsque quelqu'un frappa à sa
porte. Elle attendit le fameux mot de passe, mais rien si ce n'est
des bruit de pas s'enfuyant dans les cachots. Intriguée, elle
saisit sa baguette, ouvrit la porte doucement, tout doucement et…
rien ! personne… alors qu'elle s'apprêtait à refermer,
ses yeux se portèrent sur un petit paquet posé à
même le sol. Elle le pris et retourna s'asseoir à table.
Un petit carillon sonna… huit heure déjà ! bon, on
verra cela demain…
Sans se préparer spécialement,
elle se rendit dans les appartements de Rogue.
-Entrez Arandal.
Le professeur l'attendait, assis à son bureau
et perdu derrière une pile de copies.
-Asseyez-vous et au
boulot.
Mais elle resta planté au beau milieu de la
pièce…
-Alors Arandal. Vous attendez un hiboux ou quoi
?
-Mais, professeur, vous lisez vos copies ?
Rogue leva la
tête…
-Oui, mais j'ai encore du mal, il va falloir que
vous m'assistiez au moins pour ce soir.
-Mais c'est fantastique.
Je suis vraiment soulagée.
Sévérus ne s'attendait pas à cette réponse. Il lui lança alors un sourire de remerciement puis ajouta…
-Vous
savez, lorsque je reverrais correctement, vous serez "libre"
de retourner à vos cours. Mais j'ai eu vent de la sanction de
Dumbledor vous empêchant de vous présenter aux examens
de fin d'année. Que pensez vous faire ?
-Je n'en sais rien,
je n'y ais pas encore réfléchi.
-Alors voici une
proposition que vous êtes libre de refuser cette fois. J'aurais
toujours besoin d'une assistante, cette expérience pourra être
valorisée sur parchemin de présentation (le PDP
équivalent au CV chez les moldus). Si ça vous
intéresse, le poste est à vous.
Bélisse resta sans voix. Il lui pardonnait. Par ces paroles et cette offre, il lui faisait comprendre que l'ardoise était effacée. C'était une véritable chance qu'il lui fallait saisir. Depuis la nuit où il l'avait réconfortée, elle ne cessait de se reprocher ses actes. Donc, sans hésiter un seul instant :
-Oui, j'en serais ravie. Merci Professeur Rogue.
En attendant sa réponse, Sévérus
avait sentit son cœur se resserrer. Si elle avait dit non… mais
visiblement, elle appréciait l'offre. Il lui offrit alors son
plus beau sourire en lui tendant la main pour officialiser le pacte.
Bélisse s'avança, glissa ses doigts le long des siens
et le regarda droit dans les yeux en ajoutant :
-Vous ne le
regretterez pas. Mettons nous au travail.
-Je n'ais plus envie
! Sévérus avait pris une intonation nonchalante voir un
tantinet espiègle.
-Ha oui, vous n'avez plus envie ! Lui
renvoya-t-elle sur le même ton. Mais toutes ces copies alors
?
-Ce serait dommage de passer un soir de bal à lire des
absurdités toutes plus grosses les unes que les autres non ?
Bélisse resta sans voix, attendant la suite.
-si
nous dansions ?
-mais, professeur, je n'ais pas l'autorisation de
me rendre à ce bal, vous le savez…
Sévérus la regarda alors intensément, un petit sourire en coin, Ce qui ne lui ressemblait pas du tout, saisit sa baguette et…
-Si vous ne pouvez aller au bal, le bal viendra à vous… Et sur ces mots, il prononça une incantation que la jeune femme ne pu entendre, trop étonnée et surprise pour réagir. C'est alors que la pièce se transforma sous ses yeux.
Une centaines de lucioles flottaient dans les airs diffusant ainsi une lumière douce et tamisée. Les meubles se rangèrent d'eux même contre les murs qui, jusqu'alors noirs et austères, venaient de se revêtir de toisons aux couleurs de l'hiver. A une vitesse vertigineuse, des ronces poussèrent le long des meubles, s'enroulant autour des pieds de la table, du lit ainsi que des montants de l'armoire pour laisser éclore une multitude de roses blanches. Bélisse n'en croyait pas ses yeux, jamais elle n'avait vu pareil spectacle. Pourquoi lui offrait-il cet instant de bonheur, elle n'avait rien fait pour le mériter.
Plus rien d'autre ne comptait, ils étaient tous les deux dans un univers hors du temps, où rien ni personne ne pourrait interférer. Elle tournait sur elle même, ne voulant rien perdre de ce décor féerique sous les yeux admiratifs du jeune homme de 25 ans. Enfin, elle s'arrêta, regarda son uniforme de serpentard dont le noir avait déteint et dont le vert n'était plus de première jeunesse, pensant qu'elle détonnait dans ce lieu… Sévérus le vit instantanément.
- Mais tout ne serait pas parfait si la princesse ne se sentait pas à son aise… il pointa de nouveau sa baguette en sa direction : vestire adequatès.
Bélisse sentit un voile ainsi qu'une légère brise l'envelopper et tout fut fait en une seconde. Le petit air retombé, elle regarda d'abord ses mains, glissées dans des gants de tulle transparent, ne laissant que ses doigts à l'air libre et remontant jusqu'au dessus du coude. Puis elle baissa les yeux sur une longue robe noire légèrement évasée vers le bas et la resserrant à la taille pour finir dans un bustier brodé de fils noirs également. Cette robe était splendide, elle n'aurait pas mieux choisit elle même.
Et Sévérus lui, n'aurait pu imaginer à quel point le contraste de ses cheveux blond ondulant le long de son corps et le noir de cette robe l'éblouiraient. Ç'en était trop pour ses yeux encore fatigués. Elle était déjà magnifique au naturel alors là. Il resta un moment sans pouvoir parler ni bouger, la regardant fixement.
-Un vrai
Délice ! Murmura-t-il.
-Professeur… répondit-elle
un peu gênée.
Sévérus n'en revenait pas de l'avoir dit ça à voix haute, mais peu importait, ce soir, elle était à lui et rien qu'à lui. A voir son large sourire ainsi que le millier d'étincelles brillant dans ses yeux, cette surprise lui convenait tout à fait. Il continua alors sur sa lancée et ouvrit un gros coquillage posé sur son bureau. Délice (pardon Bélisse) put alors entendre une mélodie douce et envoûtante lui donnant presque des crampes à l'estomac par la beauté des mots prononcés.
-C'est une musique modlue. J'espère que vous appréciez ?
CHANSON :
C'est
le malaise du moment, l'épidémie qui s'étend
la
fête est finie on descend, les pensées qui glacent la
raison.
Paupières baisées visages gris,
surgissent
les fantômes de notre vie...
Elle ne put répondre
à la question, ne sachant plus du tout où et avec qui
elle était ! Il n'était pas aussi beau qu'Erwan,
certainement beaucoup moins athlétique aussi, mais il
dégageait une telle force intérieure ! Rien ne semblait
pouvoir l'ébranler. Il était comme elle !
Sévérus
mis sa main gauche dans son dos et lui tendit l'autre tout en
s'inclinant légèrement mais sans la quitter des
yeux.
-M'accorderez vous cette danse princesse.
«
...Sommes nous les jouets du destin
souviens toi des moments
divins... »
Il n'eut en guise de réponse qu'une petite main se glissant dans la sienne et l'attira alors délicatement à lui, en la saisissant par la taille. La danse qui suivit alors n'en fut pas une. Ils étaient l'un contre l'autre, mais se frôlaient à peine tout en esquissant quelques pas à droite, puis à gauche, comme sur un navire porté par une légère houle.
«
Protect me from what I want,
Protect me from what I want...
»
Elle se perdit alors dans son regard si intense et rassurant. L'air de cette mélodie s'imprégnant en elle, accompagnée de paroles qu'elle aurait pu écrire elle-même.
« protège moi, protège
moi,
protège moi de mes désirs... »
Ils s'observaient mutuellement, toujours en dansant, tournant un peu plus à chaque pas. Elle était si douce, si malléable entre ses mains. A cet instant, il jura de donner sa vie pour elle, quoi qu'il arrive. Même si elle ne l'aimerait sans doute jamais, même si elle ne serait à lui que le temps de cette danse, il ne la quitterait plus. Bélisse se laissait progressivement hypnotiser par cet air accompagnant divinement bien le regard intense de son professeur. Plus rien ne comptait si ce n'est la légère rotation qu'ils opéraient ainsi que l'aura de son cavalier d'un soir. Elle lui offrait son côté fragile, celui qu'elle ne montrait à personne, par peur certainement. Plus ils dansaient, plus elle se sentait attirée vers lui, tel un aimant. Il vit ainsi le corps de la jeune femme se blottir contre lui, attisant son désir de la protéger. Rien ne pouvait lui arriver ici au creux de ses bras, Bélisse le savait et elle se délectait de ce doux moment de répit. Si une tierce personne avait assisté à la scène, il aurait pu ressentir la communion de leurs deux âmes perdues et déchirées par le passé.
Au bout de quelques instants, elle s'écarta légèrement de lui, comme pour le dévisager, avant d'approcher son visage du sien. Le coeur de Sévérus s'emballa de façon alarmante, il ne savait que faire... mais au moment où ses lèvres allaient rencontrer celles du professeur, elle détourna la tête pour lui murmurer à l'oreille
-Pourquoi ?
Que lui répondre ? Parce qu'il l'aimait et qu'elle était tout pour lui, C'était aussi simple que ça. Mais il ne pu lui avouer ses sentiments, non pas parce qu'il était enseignant et elle étudiante, mais parce que Sévérus Rogue n'était pas doué pour ça. De plus, elle ne ressentirait jamais de telles émotions à son sujet alors à quoi bon ?
-parce que je vous comprend. Je sais par quoi vous êtes passée et qu'un moment de détente vous fera le plus grand bien.
Mais Bélisse ne crut pas un instant à sa réponse et elle en fut profondément déçue d'ailleurs. Leur complicité transpirait dans chaque geste, chaque regard... S'il avait élaboré une telle mise en scène, ça n'était certainement pas pour distraire son élève. Certainement pas. Pour la première fois depuis des semaines, Elle savait enfin où elle en était et ce qu'elle devait faire à cet instant précis. Tout lui apparaissait comme une évidence sur laquelle elle n'avait pas besoin de réfléchir ni d'analyser quoi que ce soit.
Leurs joues étant côte à côte, elle lui déposa tout d'abord un léger baiser près de son oreille, puis recula légèrement, en déposa un autre pratiquement à la commissure de ses lèvres ce qui le fit stopper net. Elle attendait qu'il se détourne légèrement pour enfin pouvoir l'embrasser, mais Sévérus en était incapable. Il n'analysait plus rien, c'était comme si quelqu'un l'avait pétrifié. En lui, seuls quelques mots raisonnaient « C'est ton élève, tu ne dois pas, repousse là, repousse là, c'est ton élève, tu ne dois pas... », mais la repousser était largement au dessus de ses forces.
Elle réitéra son geste alors son geste et ce fut la goutte d'eau qui entraîna Sévérus dans un tourbillon frénétique, il pivota son visage et l'embrassa langoureusement. Elle lui renvoyait ses effusions avec ferveur, comme si toute la haine qu'elle avait jadis éprouver pour le meurtrier de ses parents s'était transformée en passion pour son sauveur. Le sol se dérobait sous leur pieds, aucun baisé dans toute l'histoire de la sorcellerie ne fut plus mémorable que celui-ci. Chacun avait trouvé son « autre », celui qui lui correspondait. Leurs lèvres ne se séparaient pas et le professeur serait son élève contre lui. Jamais il n'avait ressenti un tel bonheur, malheureusement celui-ci ne fut que de courte durée !
