Etrangement, Peeta dormit d'une traite, d'un sommeil lourd et sans rêve. Il était rentré dans la nuit et son père l'avait attendu dans le salon avec un bol de bouillon bien chaud et une miche de pain frais. Sa mère et ses frères ne s'étaient même pas inquiétés et étaient partis se couchés sans l'attendre mais monsieur Mellark avait tenu à l'attendre et à garder son repas au chaud avant d'aller se coucher. Il connaissait son fils et les « démons » qui pouvaient l'habiter en cette veille de moisson, sur ce point, c'était son petit dernier qui lui ressembler le plus, toujours à se torturer les ménages pour un oui ou pour un non. Quand il l'avait vu passer le seuil de la porte, monsieur Mellark n'avait eu qu'à regarder son fils pour le comprendre. Il lui caressa les cheveux en allant enfin se coucher sereinement et en lui souhaitant une bonne nuit. Peeta avait englouti son repas et était parti se coucher l'esprit en ébullition en se demandant si c'était là son dernier repas passer chez lui.
Ce matin, Peeta se leva d'un bond, son plus vieux frère était déjà levé et sûrement parti en ville avec ses amis draguer des filles qui n'avaient plus de risque d'être moissonnées, comme lui. Peeta savait que son frère faisait ça juste pour ne pas supporter l'ambiance morose de la maison et ainsi se changer les idées. Son autre frère dormait encore profondément, ou alors faisait semblant afin de ne pas avoir à faire face au regard de Peeta. « Après tout, c'est peut-être le dernier matin où nous dormons dans la même pièce ! ». Peeta se leva et alla dans la cuisine. En ce jour de moisson, la Capitole avait décrété ce jour férié. De ce fait, les parents de Peeta n'ouvraient pas la boulangerie et il les retrouva donc dans la cuisine, devant un petit-déjeuner un peu plus fourni que d'habitude.
_ Bonjour ! , les salua Peeta, essayant d'adopter un ton jovial.
Sa mère ne prit même pas la peine de lever la tête vers lui et resta le nez plongé vers sa tartine.
_ Salut fils !, répondit son père, feignant le même ton.
Mais sa mine sombre contrastait avec la gaieté de cet échange.
Une odeur de café flottait dans la cuisine.
_ C'est du café que je sens ?
_ Oui, acquiesça son père. Après tout, c'est un jour spécial alors pour l'accompagner, nous sortons la boisson spéciale !
_ Moui … Boisson qui nous coûte une fortune d'ailleurs !, intervint avec aigreur madame Mellark.
Peeta fit celui qui n'avait rien entendu de cette petite pique, et s'installa aux côtés de son paternel.
_ Déjà qu'on nous prive d'une journée de salaire, il faut en plus que nous sortions les denrées les plus chères que nous avons pour fêter cette journée chômée ! C'est une honte …
_ Chérie …, tenta de l'apaiser monsieur Mellark. C'est quand même un jour important pour nous et surtout pour les enfants et il est important de la démarquer des autres jours !
Peeta se servit une tasse de café et essaya de faire comme si de rien était devant les échanges de ses parents. Sa mère était vraiment une femme des plus aigries, Peeta le savait bien, mais la voir s'indigner de ne pas travailler le jour de la Moisson, jour où la plupart des parents se faisaient un sang d'encre à propos du sort de leurs enfants, cela mettait hors de lui Peeta. Il bouillait à l'intérieur de lui-même et son café avait un goût plus amer que d'habitude. Il retint sa grimace et se força à avaler ce breuvage qu'il n'appréciait pas plus que ça et, juste pour énerver une dernière fois sa mère, il se resservit une tasse. Elle le fusilla du regard en le voyant attraper la cafetière.
_ Vraiment … C'est n'importe quoi !, râla de nouveau sa mère en voyant Peeta entamer sa deuxième tasse. Après le Capitole s'étonne que …
_ Chérie … , intervint monsieur Mellark, passe-moi donc le beurre veux-tu …
Ils continuèrent alors à manger dans un silence pesant. Peeta sentit que sa deuxième tasse de café n'arrangeait en rien son stress mais il était assez fier de lui d'avoir énervé sa mère. Il picora encore quelques tartines mais le cœur n'y était pas, l'angoisse était trop forte et ressentir l'énervement de sa mère n'arrangeait rien. Son père avait bien tenté d'amorcer la discussion mais Peeta n'avait pas le cœur à l'entretenir et sa mère en profita aussitôt pour déverser de nouveau son fiel. Finalement, alors que son frère s'était décidé à venir les rejoindre, Peeta s'excusa et sortit de table. A peine s'était-il levé que :
_ Ne débarrasse surtout pas ton assiette, fulmina sa mère, comme d'habitude, je vais jouer la bonne et passer derrière toi ! Tu n'es qu'un bon à rien, vraiment, même pas fichu de nettoyer ses couverts !
_ Deux minutes ! , explosa Peeta, je suis à peine levé ! J'allais le faire !
Son frère et sa mère le regardèrent avec des yeux ronds, jamais Peeta n'avait osé lever le ton devant qui que ce soit. Son père lui posa une main apaisante sur son bras et secoua la tête.
_ C'est bon fils, je vais le faire, va donc te préparer, je t'ai préparé la baignoire tout à l'heure, tenta de l'apaiser son père.
_ Oui, laisse donc papa faire encore tes corvées …, persiffla son frère.
_ Ne t'en mêle pas, gronda son père. Peeta, va te préparer.
_ Arrête donc de le couver ! , dit sa mère. Imagine donc qu'il soit tiré au sort. Nous serions couverts de honte si le monde entier s'apercevait que nous avons élevés une lavette pareille !
Peeta retint avec du mal sa peine et quitta rageusement la pièce. Il détestait sa mère, il détestait ses frères et avait encore plus de stress en attendant la Moisson de l'après-midi. Il savait maintenant avec certitude, même s'il en était déjà quasi-certain, que sa mère le considérer comme un moins que rien, mais maintenant il savait qu'elle et ses frères le prenait pour une « lavette », de mieux en mieux ! Il ne savait même pas comment il allait pouvoir continuer à survivre dans cette famille après cette journée …
