C'est donc avec logique qu'on attribua une cabine à cet amnésique, en attendant la prochaine escale durant laquelle il serait livré aux services de Starfleet qui trouveraient bien d'où il vient et un moyen de mettre fin à cette amnésie.
Il n'avait aucunes obligations, il n'était pas membre d'équipage et le capitaine ne voulait pas lui accorder de responsabilités. Il avait simplement le droit de se balader dans le vaisseau mais sans déranger l'équipage et sans causer de troubles. Il devait rester discret en cas d'alerte et rejoindre l'infirmerie où le docteur Cure l'aurait à l'œil.
Le capitaine Trip, prenant en pitié le pauvre homme qui avait l'air d'un enfant perdu au milieu d'une foule d'adultes, lui avait dit de venir le prévenir s'il avait des ennuis ou questions. Il lui avait expliqué avec calme comment passer de sa cabine aux quartier du capitaine. Ils étaient sur une zone neutre klingonne et l'équipage était tendu depuis l'annonce de la destruction d'une base stellaire non loin d'une zone neutre romulienne. Si tous les empires décidaient d'agir, les vaisseaux « escorteurs » seraient les premiers à y passer... Même si les klingons étaient forts inactifs depuis deux mois, cela restait une question d'humeurs pour la plupart des généraux.
Assis en position de méditation dans sa cabine, la chaleur rapprochant de l'atmosphère vulcain l'apaisant, il cherchait l'âme qu'il ressentait depuis si longtemps. Cette âme qui s'était liée à la sienne si souvent et qui par sa force et son unique vibration se démarquait. L'âme de son capitaine... Il la sentait tourmentée, harcelée. Il recevait de brefs échos de vagues émotionnelles qui n'étaient pas siens. Il savait que sa voix avait atteint l'âme recherchée... La réponse à cet appel avait été si improbable, si dure à entendre que le lien avait été brisé.
-Qui est Spock ? Qui est l'Enterprise... Où suis-je ? Qui suis-je ? ... Et rien de plus... Pas de lieux. Pas de noms. Juste ces questionnements qui harcelaient l'âme solitaire. Juste cela...
L'inter grésilla. Spock mit fin à sa méditation, se levant pour répondre. Il n'était pas en service. Uhura devait avoir une bonne raison pour l'interrompre, elle savait qu'il méditait.
- Spock à la Passerelle, j'écoute.
- Nous avons reçu un message de l'USS Défiant, non loin de la zone neutre klingonne, à seize années lumière de notre position.
- Venez en au fait.
- Le capitaine Trip dit avoir à bord un individu qui pourrait avoir des informations sur l'Enterprise. Il craint que ce soit un espion et demande la présence du capitaine lors de la remise aux autorités du suspect.
- Nous y serons. Ordonnez le changement de cap à , et que M. Chekov poursuive ses recherches.
- Bien, monsieur. Uhura, terminé.
Spock enfila un chandail propre, quittant sa cabine pour retourner à son poste. Il devait exiger quelques rapports et être présent lors du changement de cap.
Ainsi donc, Kirk amnésique était au réfectoire, mangeant sans se faire remarquer. Voilà près d'une semaine qu'il était à bord et sa mémoire ne lui revenait pas. Il avait une certitude : le café était exécrable. Il savait en avoir goûté meilleur, ce qui le rassurait. Si la seule boisson l'aidant à vaincre ses insomnies était répugnante, il n'allait pas tenir longtemps face au manque de sommeil.
L'équipage du vaisseau jusque là passif face à lui, agissant comme s'il n'existait pas, semblait s'animer à présent. En une semaine, ils avaient tous constaté une chose : sa condition physique excellente. Mais vu que le capitaine Trip gardait à l'œil cet amnésique, nul n'avait jusque là osé tenter quoique ce soit...
L'enseigne Don arriva au réfectoire d'humeur massacrante, suivi de quelques camarades de galère. Il avait encore subi un test psychologique pour voir s'il était ou non apte à garder son calme dans une situation de conflit. Cela l'irritait. Voilà une foutue semaine que son dossier était ré-étudié par le capitaine ! Une semaine que ses capacités étaient remises en question ! Tout ça à cause d'un...
Il s'arrêta face à la table de « l'amnésique » , comme ils l'appelaient tous. Il lança un coups d'œil au plateau à peine entamé et l'envoya voler d'un geste colérique. L'amnésique leva les yeux, se demandant ce qui avait motivé cet acte. Il n'eut guère l'opportunité de l'ouvrir. Un poing s'abattit contre son visage, l'envoyer voler contre le pont. Un goût métallique en bouche, sonné, il resta à terre. Savait-il se battre ? Il n'avait jamais essayé... On lui avait dit de ne pas se faire remarquer... Ne pas importuner l'équipage... Un coups de pied lui écrasa les côtes, le faisant grogner de douleur. Un autre au visage lui troubla la vue... Il avait mal... Il ne pouvait désobéir, déjà que tous à bord le considéraient comme un intrus... Alors si en plus il était un ennemi... C'est la douleur qui eut raison de lui.
Au réveil, il était dans sa cabine. Cela l'étonna. L'enseigne Don ne l'avait-elle pas battu comme une poupée de chiffon ?Il se redressa, son corps le tiraillant de douleur. Non, il n'avait pas rêvé. Cette enseigne l'avait bel et bien démonté ... Il quitta son lit en se tenant ses côtes douloureuses, allant examiner son visage tuméfié dans la glace. Il n'avait pas fière allure. Sa lèvre était fendue, son front ouvert, son visage marqué, ses côtes violacées... Sans parlers des nombreux bleu qu'il n'essayait même pas de compter...
Il se laissa tomber, dos à la cloison, fixant ses mains tremblant de douleur e t pleura. Il pleura son impuissance, sa rage et sa mémoire foudroyée...
Sur le siège de commandement, Spock fixait sans sourciller l'homme d'une quarantaine d'années qui était sur l'écran. Il aurait aimé ne pas avoir cette conversation avec un militaire indélicat. Pas les militaires envoyés sur les premières lignes.
- Commander Spock ! Un honneur d'enfin rencontrer une légende de Starfleet, disait-il.
- Tout comme c'est un privilège de rencontrer l'une des figures des premières lignes de Starfleet, fit Spock d'un ton détaché.
- Dans combien de temps serez vous à portée de mon vaisseau, commander ?
- Dix heures selon le calculs de notre pilote, répondit platement le vulcain.
- Je ne vois pas le célèbre capitaine Kirk. Où est-il ?
Tous sue la Passerelle lancèrent un regard noir au visage affiché, le ton cynique ne leur plaisant pas du tout.
- Notre capitaine est actuellement porté disparu, comme l'a annoncé Starfleet par le biais des messages d'alerte envoyés à tous les vaisseaux de la Fédération, fit Spock.
- Oui oui, malheureux comme incident.
- Une attaque, pas un incident, capitaine Trip.
- J'ai grand hâte de vous avoir à bord ! L'équipage n'a pas vu d'étranges depuis l'espion présumé !
- Nous ne venons pas divertir votre équipage. Et parlez nous un peu de cet espion présumé.
- Oh, un type costaud qui résiste à tous les sérums de vérité concoctés. Nous avons renoncé à la faire parler par la force, il semble incapable de péter un mot.
Le terme fit sourciller le vulcain. Y avait-il vraiment des humains si vulgaires et petits au service de Starfleet.
- Bien, nous vous contacterons lorsque nous quitterons la distorsion, merci de ne pas brutaliser cet individu, il peut ne pas être coupable d'espionnage, il n'y a aucunes preuves contre lui, fit Spock avant de couper la communication.
L'écran reprit son état habituel, n'offrant que les étoiles filant au loin aux membres de la Passerelle.
- Lieutenant Uhura, saurez-vous pirater le système de l'USS Défiant et accéder à toutes leurs caméras et communications ?
- La question ne se pose pas, M. Spock, fit-elle, un sourire narquois aux lèvres.
- Tenez moi informé de tout ce qui paraîtrait suspect.
- Bien monsieur.
- Et ces recherches, M. Chekov ?
- J'y suis presque, commander ! Je dois isoler encore quelques données et je serai sur sa position !
- Combien d'hypothèses encore ?
- J'ai encore sept coordonnées différentes monsieur, mais j'y suis presque !
Spock quitta la Passerelle, se disant qu'il devrait méditer. Les échos émotionnels devenaient plus répétitifs. Mais il n'y avait plus d'appréhension ou de crainte dans les ressentis de son capitaine.
Le télépathe ressentait des élans de douleur, d'impuissance, de colère et encore de la douleur harceler l'âme égarée... Le vulcain craignait de le savoir aux mains de Néo ou d'un ennemi quelconque. Il craignait de voir son ami et capitaine mort lors de leur prochaine rencontre. Mort ou presque...
