IX.

Goku se rappelle une histoire que Hakkai lui avait racontée une fois, une histoire qu'il avait apprise quand il était petit, et qu'il vivait dans cet orphelinat catholique et qu'il lisait de très nombreux livres.

Ça parlait d'une tour que les humains avaient construite pour atteindre les cieux, et alors ils ont fait quelque chose de mal, et ils ont commencé à parler tout un tas de langues différentes. Et alors, plus personne ne pouvait comprendre les autres.

Il a parfois l'impression que Sanzo est comme ça ; non pas qu'il ne peut pas le comprendre, mais parfois, qu'il peut être si indéchiffrable et versatile. Gojyo dit souvent qu'il a ses machins, quoi que cela signifie.

Ils ont assis tous les deux sur le lit, Sanzo appuyé contre la tête de lit, les jambes étendues, et Goku blotti contre son épaule.

Ça fait un moment que tout est silencieux, mais cela ne contrarie pas Goku, parce qu'il entend et sent la respiration de Sanzo. Sa jambe droite va beaucoup mieux que d'habitude, et il est heureux parce que ça veut dire que les os sont en train de guérir.

« Est-ce que tu veux qu'on…?

-- Hein ? » Il a posé la question vraiment doucement, mais elle le prend au dépourvu.

Il lève les yeux, mais ceux de Sanzo sont toujours du même violet lumineux dans les creux délicats de son visage. « Qu'on quoi ?

-- Qu'on baise. Maintenant lève-toi de là, mon bras est en train de s'engourdir. » Il le pousse un peu du coude et Goku se soumet en s'appuyant contre la tête du lit. Son épaule est une peu froide, mais il peut encore sentir la chaleur qu'émet le corps du prêtre à côté de lui.

Sanzo récupère son paquet de cigarettes et en sort une avec un petit coup, la plantant entre ses lèvres. « C'est pas ce que tu suggérais l'autre nuit, avec tes tentatives pathétiques pour m'enlever mon pantalon ?

-- Mmm, » marmonne Goku heureux d'être dans l'obscurité. « Je veux dire…

-- Parce que je le ferais, si tu veux. » Sanzo ne le regarde pas vraiment, mais sa voix est inexplicablement solennelle, dénuée de tous ses sarcasmes coutumiers.

Il regarde le prêtre allumer sa cigarette et tirer une profonde bouffée, soufflant des volutes de fumée, semblables à des toiles d'araignée grises. C'est uniquement la contraction discrète au coin de ses yeux qui trahit une tension.

Et Goku comprend alors, et sourit gentiment. Il pose sa main sur le bras de Sanzo, sa peau presque fiévreuse sous la sienne. « Non, c'est bon, » dit-il. « Je veux pas, si toi tu veux pas. » Et il le pense vraiment, parce qu'il a Sanzo et que Sanzo l'a lui, et qu'en fin de compte ça a toujours été suffisant.

« Pas de problème, alors, » répond Sanzo en haussant les épaules, mais toute la tension accumulée semble abandonner son corps.

-- D'accord, » convient Goku. Il pense que ça en restera là, mais alors Sanzo croise son regard avec ses impénétrables yeux violets.

« C'est pas exactement que je veux pas, » murmure-t-il. « Peut-être…

-- Plus tard ? » termine Goku, et le prêtre hoche la tête. Quand tu seras prêt, veut-il dire, mais il se contente de sourire. « Ça va, Sanzo, » répète-t-il. « On a tout notre temps. Et aussi longtemps que tu me quittes pas…

-- Qui a dit que j'allais te quitter ? » répond Sanzo en grognant. « Grands dieux, même si je le voulais, espèce de con de singe, je pourrais pas. »

Et Goku est tellement fou de joie, alors, que ça l'effraie un peu. Parce qu'il s'est toujours demandé s'il était possible que quelqu'un puisse être un peu trop heureux avant que quelque chose de mauvais lui arrive, mais à ce moment, il ne peut se convaincre de s'en soucier. A tel point qu'il oublie d'ajouter, et toi tu n'as pas à t'en faire non plus, Sanzo parce que je ne te quitterai jamais.

NdT:

J'adore ce chapitre, personnellement, je trouve que c'est un des plus « justes » ; tout semble à sa place.

Mais il annonce aussi la suite, la fin, préparez vous mouchoirs parce que là je galère pour la traduction…