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Notes: Fiou ! C'était juste ! Désolée, j'ai eu une semaine un peu chargée, j'ai dû un peu courir pour finir ce chapitre à temps. Mais bon, on est au 9ème chapitre sur 13, on commence à en voir le bout. Même si je doute que ce soit une bonne nouvelle...

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Chapitre 9

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Sally avait averti Sherlock à son appartement que les rendez-vous seraient hebdomadaires à partir de maintenant jusqu'à la naissance du bébé. Il avait pris soin qu'elle le vît entrer les dates dans le calendrier de son téléphone. C'était le quatrième, déjà un mois écoulé.

Il ne pouvait éloigner ses yeux de l'échographie brillante dans ses mains. C'était tridimensionnel. Il pouvait clairement voir que sa fille avait le nez de Sally, son menton à lui et sa bouche. C'était remarquable.

_ Sherlock, est-ce seulement vous écoutez ? Demanda Sally.

Il était, bien sûr, parfaitement capable d'écouter une conversation et de simultanément regarder une image. Il pouvait même être capable de mâcher du chewing-gum sans se surmener. Il refoula le désir intense d'articuler ce dernier commentaire et posa l'image sur le comptoir avant de regarder ostensiblement Sally dans les yeux, penchant légèrement son menton sur le côté.

_ Bien, fit le docteur Moore en brandissant une feuille de papier. Il y a là une liste des cours de préparation à l'accouchement proposés par l'hôpital. Ce n'est pas nécessaire, bien sûr, mais je recommande leur suivi.

Sally prit le document, le regardant un moment avant de lever les yeux sur Sherlock.

_ J'avais prévu de laisser Alice me coacher, mais est-ce que c'est quelque chose que…

_ Étant donné que vous serez celle à accoucher, je pense que c'est une décision qui vous revient, répondit Sherlock.

Il réfléchit un moment et ajouta :

_ Je veux être présent à l'accouchement. Devrais-je prendre le rôle de coach pour ça ?

_ Pas nécessairement, lui assura le docteur Moore. Mais les cours vous aideront à être préparé sur ce à quoi vous attendre dans la salle d'accouchement.

Sherlock grogna. Il ne pouvait qu'imaginer ce que c'était d'être enfermé dans une pièce avec dix autres couples travaillant sur le lien ou la communication, le tout avec une bande-son de nappes synthétiques superposé à des bruits de vagues et de chants de baleines. Il ferait ses propres recherches. Peut-être même achèterait-il un paquet de chewing-gum pour l'occasion. Oublie pour le moment, pensa-t-il, sans réaliser qu'il avait ponctué ce sentiment d'un geste de la main.

_ Je préfère avoir mon cerveau extrait par le nez avec un crochet plutôt que pourri par des imbécillités new age, tout du long cerné par l'heureux en ménage et le particulièrement vacant, affirma-t-il à voix haute avant de pouvoir se retenir.

Le docteur Moore parut consternée, et Sally sembla prête à le tuer. Sherlock comprit qu'il ne pouvait rien faire d'autre que marche arrière.

_ A moins que vous ne voudriez plutôt que je…

_ Non, répondit rapidement Sally. Ça ira comme ça.

Sherlock en soupira presque de soulagement.

La praticienne termina avec l'assurance que tout se déroulait en douceur, et ils s'arrêtèrent brièvement à l'accueil pour confirmer la date et l'heure du prochain rendez-vous.

Dans l'ascenseur, Sally se tourna vers lui.

_ Écoutez, euh… Vous avez du temps pour un café ?

Sherlock accepta, et ils prirent la direction du Costa en haut de la rue. Il commanda un café pour lui et un thé pour Sally – un genre de mélange d'herbes qui sentait horriblement les fruits. Il posa les tasses sur la table que Sally avait choisie et prit un siège.

_ Il y a quelque chose dont vous voulez parler ? Demanda-t-il après qu'ils soient restés assis en silence pendant cinq bonnes minutes.

_ Oui, répondit Sally. J'ai, euh… J'ai eu rendez-vous avec un avocat la semaine dernière.

Sherlock reporta immédiatement toute son attention sur Sally. Il savait exactement ce que cette rencontre pouvait vouloir dire pour lui.

_ Notre… situation, continua-t-elle, n'est pas si rare, mais l'une des autres mères célibataire au travail m'a suggéré d'y aller, et…

_ La garde de l'enfant.

_ Oui, confirma Sally, jouant un peu avec le sachet en papier entre ses doigts.

Sherlock n'avait pas soulevé le sujet de la possible mutation de Sally dans le Yorkshire dans la conversation, ne voulant pas contrarier l'équilibre précaire de son alliance renouée avec elle. Son temps d'absence lui donnait très peu d'influence, et il était parfaitement conscient qu'il allait devoir avancer doucement. C'était odieux, faire autant attention et marcher autant sur des œufs. Cependant, si Sally avait effectivement l'intention de déménager de l'autre côté du pays, cela pourrait bien l'affecter lui et tout arrangement sur la garde sur lequel ils pourraient se mettre d'accord.

Il prit une gorgée de café, cherchant le moyen d'amener le sujet sans mettre Sally en colère. Il savait que l'affaire du Yorkshire n'était pas une information qu'il avait le droit de savoir. A en juger par leur dispute concernant l'argent, il savait que Sally n'aimait pas quand il acquérait des informations à son sujet d'une tierce personne. Il se racla la gorge.

_ Je suppose que vos décisions dépendront de vos plans.

Sally fronça les sourcils, ses yeux rétrécissant.

_ Oh, mon Dieu. Vous savez, pas vrai ?

_ Je sais quoi ? Se contenta de demander Sherlock en levant les sourcils, sirotant son café.

_ Lestrade vous a dit que j'avais rempli une demande pour une possible mutation au Yorkshire ?

_ Non, répondit rapidement Sherlock (pas exactement un mensonge, parce que techniquement, ce n'était pas Lestrade). Vous le ferez ? Muter dans le Yorkshire ?

Sa voix était plus sèche qu'il n'aurait voulu, mais il avait attendu des lustres que le sujet tombât, et il voulait des réponses.

_ Et si c'était le cas ? Demanda Sally, les mains sur sa tasse, la tête penchée dans ce qui était clairement un défi.

_ Je ne sais pas, avoua honnêtement Sherlock.

Déplacerait-il son affaire pour être plus proche ? John se joindrait-il à lui ? John voudrait-il se joindre à lui, s'il devait en venir là ? Puis il réalisa que c'était pas juste lui qui faisait face à une imminente paternité. Il tourna la tasse de café sur sa soucoupe, écoutant le raclement de la céramique. Il détestait ça, ne pas être capable de dire ce qu'il voulait. C'était étouffant. Il ne voulait pas vivre dans le Yorkshire. Qui le voudrait ? Puis il repensa à sa mère, brillante mathématicienne, abandonnant une prometteuse carrière pour se concentrer sur l'éducation de ses enfants. Il prit cette pensée et l'avala avec une gorgée amère de café. Il décida de renvoyer cette balle à Sally :

_ C'est là votre plan ?

Sally sembla peinée. Elle frotta le devant de son ventre, un geste qu'elle faisait maintenant fréquemment. Cela rappelait bizarrement à Sherlock la raison pour laquelle il était même assis là, la raison pour laquelle il se donnait la peine de faire preuve de tact.

_ J'y ai beaucoup pensé. J'ai reçu une offre, à commencer quand mon congé maternité sera fini. Je passerais lieutenant.

Sherlock sentit sa tête se vider de toute pensée. C'était une offre solide, trop bonne pour la laisser filer. Il prit une nouvelle gorgée de café. Il la regarda sans rien dire.

Sally s'éclaircit la gorge et détourna le regard, un peu mal à l'aise.

_ Mais, toute ma vie est ici. Londres est ma maison, elle l'a toujours été. C'est dur de penser à partir.

Sherlock laissa échapper une exclamation appréciative. Il ne pouvait pas être plus d'accord. Il resta silencieux.

Elle secoua la tête, regardant son thé comme s'il contenait toutes les réponses.

_ Si je reste ici… Je ne sais pas.

_ Sally, dit alors Sherlock, se penchant légèrement. Je serai là, impliqué.

_ Sherlock, le contra-t-elle, semblant fatiguée. Se montrer à un rendez-vous médical hebdomadaire est… Eh bien, c'est un peu plus d'une heure de votre journée, pas vrai ? Alors que ça – être parent – c'est non stop, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et dans le Yorkshire, j'aurai ma sœur, et elle a des tas de contacts avec d'autres mères, et c'est une opportunité de carrière difficile à laisser passer. Si je reste, je dois être absolument certaine que vous…

Sherlock prit une seconde pour se détester pour sa lâcheté, peu importait ce que ça lui coûtait maintenant. Il prit une inspiration.

_ Je serai là, affirma-t-il, hochant lentement la tête.

Il sentit son visage se crisper.

_ Et si vous deviez décider de déménager, je suppose que j'aurais à parler à John et discuter avec lui ce que nous ferions. Je ne peux pas vous donner de réponse définitive maintenant.

_ Attendez, l'interrompit brusquement Sally, Watson ? Alors vous deux vous êtes…

Sherlock roula des yeux.

_ Évidemment.

Cela brisa suffisamment la glace pour permettre à Sally de rire légèrement.

_ Je suppose que oui. Hopkins me doit vingt balles.

Sherlock rit à son tour, avant de poursuivre avec sérieux :

_ J'en veux la moitié.

_ Des vingt balles ? Demanda Sally.

_ De la garde.

Et, même tel qu'il le disait, il savait à quel point il le pensait. Il n'accepterait pas moins.

_ D'accord.

_ Bien sûr, je comprends qu'avec un nouveau-né, ce sera difficile, et je suis absolument prêt à faire ce qu'il y a de mieux pour notre fille. Mais oui, j'en veux la moitié. Je serai disponible pour vous, pour elle, à tout moment, mais les avocats aiment bien leurs papiers officiels et leurs chiffres et leurs signatures en bas de page. Si c'est votre décision de muter, alors… j'en veux toujours la moitié.

Sally soupira profondément.

_ D'accord, accepta-t-elle calmement. D'accord. Peut-être devrions-nous voir l'avocat ensemble.

_ Entendu.

_ Je vous ferai savoir quand j'aurai pris le rendez-vous.

Ceci réglé, ils sirotèrent leurs boissons, parlant de la météo détraquée jusqu'à ce que Sherlock crût qu'il allait littéralement exploser. Ce fut un soulagement quand les tasses furent finalement vides, mais quand ils retournèrent dans la rue, ils commencèrent à marcher dans la même direction. Sally, avec un petit coup de chance, le salua à une station de métro alors que Sherlock continuait son chemin vers Baker Street dans le chaud soleil de mai.

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Quand John revint de sa journée à la clinique, Sherlock était les jambes croisées dans son fauteuil, les doigts joints à son menton. Il avait dû rester assis pendant un bon moment parce que la pièce était sombre en ce début de soirée, les rayons inclinés du soleil passant par la fenêtre pour créer des ombres affûtées. John alluma la lampe et traversa la pièce pour poser sa main sur l'épaule de Sherlock.

_ Bonsoir, salua-t-il quand Sherlock ouvrit les yeux.

Le coin de la bouche de Sherlock se redressa.

_ Désolé. Je réfléchissais.

Il attrapa le poignet de John et glissa sa main dans la sienne. John lui en caressa le dos du pouce.

_ Je vois ça. Nouvelle affaire ?

_ Non, répondit Sherlock.

_ D'accord, accepta John.

Sherlock lui tira un peu sur le bras et l'attira vers sa chaise. John s'assit, pressant la main de Sherlock avant de la laisser tomber.

_ Tout va bien ?

Sherlock prit une inspiration.

_ Sally et moi avons pris un café après le rendez-vous d'aujourd'hui. Elle a parlé du Yorkshire.

John hocha la tête. Lui et Sherlock en avaient déjà discuté pendant la visite de ses parents. À cette époque, John avait suggéré que Sherlock en parlât simplement avec Sally. Mais Sherlock avait été si fermé avec ses pensées sur la grossesse, réticent à dire quelque chose même à John. Même alors qu'il recommençait à reprendre contact avec le monde extérieur, prenant de vraies affaires avec Lestrade, rencontrant Sally pour les rendez-vous, il semblait toujours à-moitié là, comme s'il faisait simplement semblant. John savait que Sherlock n'avait fait (ne faisait même maintenant) que se protéger de la possibilité d'une séparation. Sherlock avait horreur, dans ses meilleurs moments, de renoncer au contrôle ou de respecter les limites personnelles. Le fait qu'il avait essayé aussi fort de donner à Sally de l'espace et de la laisser dicter les règles montrait à John à quel point la paternité était devenue importante pour lui. John donna à Sherlock le sourire le plus large qu'il put, espérant rendre ce qui allait suivre un peu plus facile.

_ Elle a dit ne pas être entièrement sûre de vouloir quitter Londres, mais cette mutation… est une bonne opportunité pour elle. Elle a également abordé le sujet de la garde. Je lui ai dit que j'en voulais la moitié. Officiellement.

_ C'est censé, estima John, secrètement enchanté que Sherlock reprenait une place auprès de Sally qui lui permettait d'affirmer ce qu'il voulait. Elle était d'accord avec ça ?

_ En fait, oui. Mais… elle m'a demandé quelle place je voulais dans tout cela si elle déménageait.

John se pencha un peu.

_ Et ?

_ Je lui ai dit que je voulais parler avec toi sur…

Sherlock s'interrompit, saisi par une étrange frustration que John ne lui avait pas vue depuis décembre.

_ Eh bien, ce que nous ferions si elle devait déménager. Nous déménagerions aussi. Tu voudrais… Tu le voudrais ? Y aller avec moi ? Parce que je ne vois pas la garde alternée fonctionner pour qui que ce soit si je vis à Londres.

John laissa échapper un petit rire, plus un souffle qu'un véritable rire. Il se pencha pour poser ses mains sur les genoux de Sherlock.

_ Bien sûr, affirma-t-il en pressant un peu. Bien sûr que je voudrai rester avec toi. Je n'ai pas la moindre idée de ce que tu vas bien pouvoir faire dans le Yorkshire, mais…

Les yeux de Sherlock se relevèrent de surprise. John était stupéfait que même après tout ce temps, il avait toujours des doutes.

_ Sherlock, le rassura-t-il

Il tendit les mains pour faire Sherlock se lever avec lui, puis les glissa de chaque côté de son cou alors que Sherlock posait les siennes sur sa taille.

_ Écoute-moi, maintenant. J'aurai toujours envie d'être là où tu es.

Et c'était vrai. Il ne savait que trop bien ce à quoi Londres, ce à quoi cette vie, ressemblait sans Sherlock dans le tableau. Sa vie, toutes les parties qui valaient quelque chose, était la vie qu'il avait construite avec Sherlock.

Quand Sherlock l'embrassa, John l'embrassa en retour, laissant la pression de ses lèvres et le mélange de leurs souffles être les mots de soulagement et de gratitude qu'il ne pourrait jamais ne serait-ce qu'articuler. Il pensait vraiment tout cela, et Sherlock ne parlait que tout aussi clairement. Ce baiser était à la fois une promesse et son scellé.

_ Qu'allons-nous faire pour le dîner, alors ? Demanda John quand ils se séparèrent, parce que qu'il y avait-il d'autre à dire ?

Il avait toujours ses mains posées sur la nuque de Sherlock, il sentait toujours les pouces de Sherlock caressant sa taille jusqu'à ce qu'ils commencent un rapide tapotement.

_ Des sushis.

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Sherlock se réveilla en sursaut. Son téléphone sonnait. Il entendit John grogner de l'autre côté du lit, sentit le lent mouvement d'une main le long de son dos alors qu'il tendait la sienne vers la table de nuit.

_ Allô ? Répondit-il, la voix rauque de sommeil.

_ Bon sang, jura John d'une voix étouffée derrière ses mains alors qu'il se frottait le visage.

Sherlock posa une main sur sa cuisse.

_ Quelle heure il est ?

Il était deux heures du matin.

La voix de Lestrade s'éleva au bout du fil :

_ Désolé de vous réveiller, s'excusa-t-il, mais vous vous souvenez de cette affaire que vous avez refusée avec le meurtrier d'étudiants universitaires ? Eh bien un nouveau corps vient de faire surface. Vous viendrez ?

Sherlock évacua le sommeil de sa gorge.

_ Où ça ? Demanda-t-il en s'asseyant dans le lit.

Il écouta Lestrade lui donner l'adresse.

_ Donnez-nous une demi-heure, lui dit-il et Lestrade raccrocha.

_ Une enquête ? Demanda John en s'asseyant à son tour.

Ses cheveux partaient dans tous les sens et il avait une empreinte de l'oreiller sur la joue.

Sherlock hocha la tête.

_ Le meurtrier d'étudiants universitaires.

Son sourire était large, et il échoua à camoufler un éclat de rire.

_ J'ai attendu des lustres pour que celui-là se manifeste !

John tira ses jambes hors du lit avec un soupir.

_ C'est reparti pour un tour, dit-il avec un peu de résignation, bien que passant déjà son t-shirt et marchant vers l'armoire.

Sherlock regarda les lignes de son dos, les muscles se mouvant alors qu'il prenait une chemise et un pull, se penchait pour un jeans. John n'était grincheux que parce qu'il avait besoin d'un café. Sherlock s'élança presque à la cuisine pour mettre la bouilloire en route.

Une demi-heure plus tard, ils passaient sous le cordon bleu qui cernait la scène de crime. Lestrade vint immédiatement à leur rencontre, Sally juste derrière lui. Elle se tenait le bas du dos d'une main, et Sherlock remarqua les poches sous ses yeux.

_ Attendez… Qu'est-ce qu'elle fait là ? Demanda brusquement Sherlock en se tournant vers Lestrade. Vous avez fait venir une femme enceinte de huit mois à une scène de crime à deux heures du matin ?

Lestrade se pinça la voûte du nez.

_ Sherlock…, commença-t-il.

La voix de Donovan s'éleva :

_ C'est mon enquête ! Je suis dessus depuis le début. Bien sûr qu'il m'a appelée, je lui aurais botté le cul s'il ne l'avait pas fait.

Elle croisa les bras sur sa poitrine.

_ Heureuse de voir que vous avez décidé de nous honorer de votre présence sur celle-là.

Lestrade sourit un peu.

_ Bien, dit-il. Par ici.

Il les mena jusqu'à une bâche tendue pour protéger la scène de crime de la pluie qui avait commencé à tomber sans interruption depuis que le soleil s'était couché.

_ Notre équipe a pratiquement fini. J'ai suspendu le moindre nettoyage avant que vous n'ayez jeté un œil. La victime correspond à la description de Carrie Walthrop, déclarée disparue il y a deux jours. Nous avons été appelés par un chauffeur de taxi qui l'a remarquée en passant en voiture.

Sherlock commença à examiner le corps en écoutant Lestrade lister les éléments de l'enquête – c'était le quatrième étudiant mort depuis février, tous des jeunes filles. Elle avait disparu trois jours avant de réapparaître dans la soirée. Sherlock remarqua que sa mort remontait clairement à quelques heures, le meurtrier devait donc l'avoir gardée quelque part. Sa gorge était tranchée de la même manière que les autres victimes, vidée de son sang avant d'être amenée ici. Pas une goutte de sang sur les vêtements (pourquoi s'embêter à les rhabiller ?), le corps ostensiblement placé, la tête rejetée en arrière pour exposer la blessure, les bras et les jambes écartées. Si les vêtements ne lui appartenaient effectivement pas, ils n'étaient pas incongrus pour son âge : veste, jeans, t-shirt.

_ Les autres victimes étaient blondes, aussi ? Demanda Sherlock.

Il se pencha pour regarder la blessure à la carotide de plus près. Ç'avait été fait avec une lame très tranchante – rasoir ou scalpel ou assimilé.

Lestrade confirma que oui, toutes les victimes avaient été blondes, taille et poids similaires.

_ John, dis-moi ce que tu vois.

John s'accroupit à-côté de lui. Il se stabilisa en posant une main sur le dos de Sherlock, et toute l'attention de Sherlock quitta momentanément le corps devant lui pour se concentrer sur le contact. John interrompit ses pensées en se mettant au travail. Sherlock se tourna vers lui, mais John se penchait déjà pour jeter un œil à la blessure, apparemment inconscient d'avoir fait quelque chose qui sortait de l'ordinaire.

_ Tu as ta loupe ? Demanda-t-il en tendant la main.

Sherlock hocha la tête et prit l'objet dans sa poche, le tendant à John. Il sentit la chaleur de ses doigts caresser les siens quand il prit la loupe. Encore, le contact vint et partit en un instant, mais il était automatique et familier, aussi confortable et chaleureux qu'un mug de thé mis dans la paume de sa main alors qu'il n'avait même pas réalisé qu'il en voulait un.

_ Merci, le remercia John en ouvrant la loupe pour regarder de nouveau la blessure.

Sherlock l'entendit souffler par le nez alors qu'il se déplaçait un peu sur le côté et se penchait plus près.

_ Eh bien, quiconque a fait ça s'y connaît en anatomie. C'est presque chirurgical et très net.

John avait raison. C'était une coupure très propre.

_ Comment sont ressortis les tests toxicologiques des autres victimes ? Demanda Sherlock, se redressant et se retournant pour voir qui était le légiste. Elles doivent avoir été droguées, gardées sous sédatif quand elles étaient retenues prisonnières. Une coupure aussi nette ne serait possible que sous sédatif. Les gens se laissent rarement trancher la gorge sans se débattre.

Bien sûr, c'était Anderson. Il croisa brièvement son regard, quelque chose comme de la colère brillant dans ses yeux, mais il se ressaisit visiblement, secouant la tête et se raclant la gorge. Ses yeux tombèrent sur le dossier dans ses mains alors qu'il parlait :

_ Oui. Assez de kétamine pour assommer un cheval. Dans chacune d'entre elles. J'imagine que ce sera pareil pour elle. Nous devrions le savoir dans quelques heures.

Sherlock se tourna de nouveau vers le corps. Il émit un petit son d'appréciation, se tapotant le menton d'un doigt. Il avait besoin de plus de données.

_ Sherlock, fit John, attirant son attention.

John avait précautionneusement relevé la manche de la veste pour jeter un œil plus approfondi aux poignets de la victime. Il les tâtait du bout d'un doigt ganté de latex, le frottant contre son pouce comme un test.

_ Regarde ça. Elle a des marques, là, mais regarde : c'est collant. Adhésif ?

Sherlock s'accroupit à nouveau, penchant la tête pour avoir un meilleur angle de vue. Effectivement, il y avait des marques de ligature, cependant à peine visible. Cela confirmait que la victime s'était très peu défendue. Il regarda la peau sous ses yeux et jeta un œil à sa langue : également des signes de début de déshydratation.

_ Donc il les garde ligotées et sous sédatif, mais où ? Demanda Sherlock à personne en particulier.

Il prit une inspiration et se tourna immédiatement vers Lestrade.

_ J'aurai besoin de voir les autres dossiers de l'enquête.

Il avait besoin de comprendre le schéma, trouver l'erreur qui les mènerait au tueur. Il ne pouvait rien avec le peu d'éléments dont il disposait.

_ Entendu, répondit Lestrade, mais vous allez devoir passer au yard les récupérer vous-même.

Il sortit son téléphone de sa poche et commença à saisir quelque chose dessus.

_ Les copies devraient être prêtes dans la matinée.

_ C'est le matin, lui rappela Sherlock.

_ Alors plus tard, j'espère avant le déjeuner. Pour le moment, nous devons rapporter le corps à Molly pour obtenir une identité.

Il fit un geste de la main, comme une cercle, et deux techniciens commencèrent à soulever le corps sur un brancard, Anderson étendit un drap sur elle et ils la chargèrent dans le camion.

Lestrade soupira, se tournant vers Sally.

_ Vous rentrez chez vous pour le moment. Nous pourrons aller ensemble à la maison des Walthrop dans quelques heures, faire venir les parents pour une confirmation.

Sally hocha la tête, l'air grave. Elle passa une main sur son ventre pendant un moment, décrivant de lents cercles. Soudain, son air changea. Elle souriait presque.

_ Quoi ? Voulut savoir Sherlock.

_ Elle est réveillée, répondit Sally. Elle donne des coups de pieds.

Sherlock n'avait pas la moindre idée de l'expression que son visage avait, mais quelque chose fit s'approcher Sally et le prendre par le poignet. Elle le regarda dans les yeux et il hocha la tête. Elle posa sa main sur le côté de son ventre. Pendant un moment, c'est plutôt bizarre. Le ventre gonflé de Sally ne ressemblait pas à ce qu'il aurait pu imaginer. Ça ne bougeait pas sous ses doigts comme le faisait la graisse, mais ce n'était pas aussi dur que la peau qui recouvrait les muscles. Il n'y avait aucun mouvement. Il commença à retirer sa main, mais Sally la garda en place.

_ Donnez-lui juste une seconde, souffla Sally avec une patience inhabituelle dans la voix.

Sherlock leva les sourcils.

Puis il le sentit. C'était si clair. Juste sous sa paume, quelque chose poussa, bougeant d'un côté à l'autre. C'était plus qu'étrange. C'était plus que beau. Il ne pouvait qu'imaginer ce que ça pouvait être du côté de Sally.

_ Ça fait mal ? Demanda Sherlock.

_ Non, répondit-elle. Pas vraiment. Je m'y habitue. Elle est beaucoup plus active, maintenant, et elle devient tellement grosse que je peux le sentir quand elle ne fait que bouger la main ou autre chose. Elle a eu le hoquet l'autre jour. C'était vraiment bizarre.

Il y avait tant sur la grossesse que Sherlock avait lu et appris, et la plupart du temps, il était très heureux de ne pas avoir à la subir lui-même. Cela semblait entièrement déplaisant. Mais pour le moment, il réalisait que Sally connaissait son enfant comme il ne la connaîtrait jamais, connaissait la sensation de ses mouvements dans son corps, avait expérimenté ses changements d'humeur, ses manies, sa personnalité. Fascinant. Sherlock devait admettre ressentir un peu de jalousie.

Le mouvement sous le ventre de Sally bougea un peu sur le côté, et Sherlock le suivit pendant un moment, cherchant à le sentir sous ses doigts plutôt que sous sa paume. Il retira sa main à contrecœur. Il ne pouvait pas rester comme ça indéfiniment.

_ Remarquable, fut tout ce qu'il put dire.

Sally baissa les yeux sur son ventre et sourit à nouveau.

_ Elle l'est vraiment.

John s'approcha alors.

_ Tout va bien, Sally ?

_ Oui, répondit-elle. Tout va bien.

John se tourna vers Sherlock, clairement épuisé.

_ Tu veux rentrer à la maison ? J'ai besoin de dormir un peu. Je ne travaille pas à la clinique, aujourd'hui, comme ça je pourrai aller avec toi chercher le dossier plus tard. Je viens juste d'appeler un taxi pour venir nous chercher sur la grande rue.

_ J'avais oublié que vous faisiez ça, sourit-elle à John, jouer les docteurs.

Le sourire de John était amical, mais si pas entièrement chaleureux.

_ C'est vrai, oui.

Sally hocha bizarrement la tête, ne sachant de toute évidence plus quoi dire.

_ Au revoir, Sally, salua Sherlock en posant une main sur l'épaule de John. Nous vous reverrons dans quelques heures.

_ Au revoir, répondit Sally.

La main de John se posa dans le bas du dos de Sherlock pendant un moment alors qu'ils se tournaient pour partir. Même après l'avoir laissée tomber, il laissa leurs mains se frôler alors qu'ils marchaient ensemble pour attraper le taxi qui les ramena chez eux.

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