Coucou tout le monde !

Ben oui, on n'est que vendredi et je suis déjà de retour ! Si c'est pas honteux ça ! lol !

Encore une fois, merci à tous ceux qui lisent cette fic. Gros bisous à ceux qui me laissent des messages et/ou des reviews. Et bienvenue à ceux qui viennent de découvrir cette fic et qui l'ont mise en alerte !

Bref merci à vous tous ! Vous ne vous imaginez pas à quel point ça peut me faire plaisir !

Bonne lecture !


Chapitre 9

Ca faisait des heures qu'il attendait d'avoir l'occasion de s'arrêter dans une nouvelle station essence. Le dictaphone confortablement loti dans sa poche intérieur commençait à le brûler tant il mourrait d'envie d'en savoir un peu plus sur les rêves de son aîné. Dean avait fini par avaler l'ensemble de la nourriture qu'il lui avait choisie mais depuis, leur discussion se limitait à des banalités. Il avait informé son grand frère qu'ils se rendaient chez Bobby, un grand ami de la famille, une personne de confiance, qu'ils considéraient tous deux comme un second père. Il lui avait expliqué que lorsque John devait s'absenter pour son travail, il lui confiait parfois ses deux jeunes fils. Et il avait assuré à Dean que lorsqu'il serait chez cet homme fiable, couvert de sa sempiternelle casquette de routier, il se sentirait un peu comme chez lui et que son amnésie se résorberait très certainement. Son aîné l'avait écouté avec beaucoup d'attention mais il était resté très silencieux. Ce mutisme n'avait jamais été une caractéristique de sa personnalité. Bien au contraire ! Et dans l'état actuel des choses, c'était un vrai problème.

Ce fut donc avec beaucoup d'avidité qu'il bifurqua sur une aire de repos tout en prétextant la nécessité de refaire le plein de l'Impala.

- Ca tombe bien car moi j'ai besoin de faire le vide avant de refaire mon plein, l'informa son passager avec un sourire entendu.

Depuis le début de cette foutue amnésie, il avait un peu de mal à gérer le comportement vraiment étrange de son grand frère mais quelques petites choses ne changeaient pas pour autant : son humour « ravageur », son insatiable appétit et ses réflexions à deux balles !

Il profita néanmoins de ce moment de solitude pour consulter le dictaphone. Il trouva la conversation en quelques secondes. Les premières questions de la neuropsychologue étaient plus que banales, voire dénuées de sens pour lui, et il avait du mal à cerner l'intérêt que pouvait avoir ce genre d'interrogatoire pour évaluer le degré de perte de mémoire d'une personne. N'étant pas psy, il ne s'attarda pas sur cette observation. D'autant plus que cette femme avait tout de même réussi l'exploit de capter l'attention de Dean et il n'arrivait pas encore à comprendre par quel moyen miraculeux elle l'avait contraint à se confier par la suite. Comment était-ce possible qu'il lui parle à elle et pas à lui, son propre frère ? C'était irritant et passablement vexant. Il se concentra sur les informations fournies par son aîné qui était sur le point de révéler enfin le contenu de ses rêves lorsqu'il le vit sortir du bâtiment les bras chargés de victuailles. Frustré, il stoppa le petit appareil et le remit discrètement dans la poche intérieure de sa veste.

- T'en veux ? Formula difficilement son aîné, la bouche pleine d'une barre chocolatée.

Dommage que personne n'ait pris le temps de lui apprendre à ne pas parler la bouche pleine, pensa-t-il à la fois amusé et dépité. Dire que c'était ce grand gamin qui lui avait enseigné les « règles de bienséance » lorsqu'il était enfant ! « Fais c'que j'dis mais pas c'que je fais », voilà un bel adage qui s'appliquait parfaitement à son aîné ! Pour répondre à sa question, il secoua la tête en signe de négation.

- T'as tord. J't'ai pas vu manger quoi que ce soit depuis que je me suis réveillé et ça n'te ferait pas de mal ! Insista-t-il très sérieusement cette fois.

Exaspéré, il souffla sans le vouloir réellement. Dean avait beau avoir perdu la mémoire, il n'en avait pas pour autant oublié sa fâcheuse habitude de le surprotéger. Mais finalement, il fut surpris de le voir hausser les épaules dans un geste d'impuissance. A moins que ce soit de l'indifférence ? Laisser tomber si facilement ne lui ressemblait pas du tout. Alors qu'il aurait dû être ravi par ce laxisme qui lui procurait un confort inédit, un malaise monta en lui. Le mec désinvolte en face de lui n'était plus vraiment son frère. Par moments, il ne le reconnaissait plus. Il ne savait plus comment réagir avec lui. Il était un peu perdu. La situation était loin d'être simple à gérer et il se sentait seul, comme abandonné. C'était inhabituel et très désagréable comme sensation.

Il se dirigea vers les toilettes avec la ferme intention de découvrir ce que lui cachait cet inconnu qui avait pris l'apparence de son frangin. Une fois à l'abri des oreilles et yeux indiscrets, il actionna le dictaphone. Il écouta la conversation avec grand intérêt. Il fut tout d'abord rassuré lorsqu'il s'aperçut qu'il était constamment présent dans les souvenirs de son aîné. Puis il s'étonna lorsqu'il entendit que Dean pensait avoir un fils. Il devait bien avouer que tous les faits qu'il venait de relater exposaient plus clairement son côté « papa » que celui d'un simple frère. Mais ne s'était-il donc pas rendu compte qu'il était lui-même un enfant lors de tous ces événements ?

La confiance que lui portait son aîné le toucha au plus haut point : Dean avait beau être persuadé qu'il avait un fils, il se bornait à croire la version d'un mec qu'il ne connaissait finalement que depuis quelques heures. La relation qui les liait était bien plus forte qu'il l'avait pensé quelques minutes auparavant. Elle surpassait même cette amnésie si particulière.

La suite de la conversation l'obligea à prendre appui sur la cloison de la cabine des toilettes où il s'était retranché. Une onde de douleur irradia son dos ce qui l'obligea à se redresser sur-le-champ. Il fut pris d'un vertige mais il ne sut s'il s'agissait d'une conséquence de sa blessure ou de la vague de culpabilité qui l'assaillait tout à coup. Pendant que son grand frère évoquait les détails de souvenirs plus attendrissants les uns que les autres, de moments où il prenait soin de lui depuis si longtemps, lui était planqué dans les WC, espionnant ses pensées intimes qu'il avait pourtant voulu préserver, trahissant la confiance qu'il lui avait accordée si facilement. Comment allait-il rattraper ça maintenant ? Il ne pouvait même pas aborder le sujet de son fils virtuel avec lui sans qu'il comprenne qu'il avait fouiné dans ses affaires ! Il était dans une impasse.

Il sortit du petit local tout à ses pensées. Il releva la tête et marqua un temps d'arrêt. Devant lui, Dean était adossé à l'impala. Malgré son plâtre, il avait croisé les bras sur sa poitrine. Ses sourcils étaient froncés au point qu'ils se touchaient presque. Mais le plus dérangeant était les éclairs qui brillaient dans ses yeux. La colère qui émanait de son grand frère lui fit détourner le regard. Indécis, il avança malgré tout vers lui tout en se posant une multitude de questions sans réponse : Pourquoi le fixait-il ainsi ? Qu'est-ce qui avait provoqué une telle exaspération à son égard ? D'où provenait ce changement d'attitude ? Qu'avait-il bien pu se passer en si peu de temps ? Avait-il deviné qu'il avait consulté son dossier confidentiel ? A moins qu'il ait soudainement retrouvé des bribes de mémoire qui le perturbaient ?

Arrivé à sa hauteur, il se planta devant lui, l'interrogeant d'un regard furtif. Sans dire un mot, Dean se redressa et esquissa un pas vers l'avant du véhicule tout en ouvrant la portière du côté passager, laissant tout loisir à son petit frère d'observer les quelques objets qu'il avait bien mis en évidence sur le siège. La boîte à gants était ouverte et le coffret contenant l'ensemble de leurs fausses cartes en avait été retiré. A présent, les petits rectangles de plastique où figuraient leurs photos et leurs fausses identités, étaient éparpillés au milieu de téléphones portables et d'armes diverses qui étaient très certainement insolites à ses yeux : arbalète, couteau, machette, … Dean ne s'était donc pas contenté de fouiller la boîte à gants. Il avait également fait une visite approfondie du coffre ! De toute évidence, lui aussi avait éprouvé le besoin de faire ses propres recherches. Tout en déglutissant difficilement, il jeta un œil à la banquette arrière où il vit avec grand soulagement que la sacoche de son ordinateur portable n'avait pas été ouverte. Le journal de leur père y étant soigneusement rangé, il préférait le savoir toujours là, plutôt que dans les mains de son aîné qui continuait de le fixer avec insistance. Apparemment de nouvelles questions plus embarrassantes les unes que les autres venaient d'émerger dans la tête de Dean et il avait la ferme intention d'obtenir des réponses honnêtes et concises. Quelle merde !

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- T'aurais pas dû faire ça ! J'te rappelle qu'on est recherché et autant dire que c'est pas très discret, grommela son jeune frère, plongé dans l'habitacle, s'affairant à ranger hâtivement les objets qu'il avait pris grand soin d'exposer pour le faire parler.

Depuis sa sortie des toilettes, Sam avait détourné les yeux, visiblement très mal à l'aise et il n'avait plus vraiment osé le regarder depuis. Cette attitude montrait bien qu'il lui cachait quelque chose, des trucs importants s'il en croyait son instinct. Il voulait en avoir le cœur net mais l'arrivée façon « Gaston Lagaffe » de son cadet l'avait ébranlé dans ses convictions. Avec ses mains dans les poches et sa tête rentrée dans les épaules, son jeune frère avait tout l'air d'un gamin pris en faute. Sans pouvoir se l'expliquer, la colère et les tensions qu'il avait ressenties en découvrant les trésors cachés dans la boîte à gants et le coffre, s'étaient passablement atténuées jusqu'à ce qu'il ne puisse plus savoir exactement pourquoi il s'était mis dans un tel état ! Il souhaitait malgré tout obtenir quelques informations supplémentaires. Alors il se passa la main sur le visage pour tenter de ne pas s'emporter.

- J'aimerais comprendre, Sam ! J'vois pas en quoi ces armes peuvent nous permettre d'aider les gens. La planque dans le coffre renferme l'arsenal d'un tueur en série !

- C'est pas le cas, Dean ! J'te l'ai déjà dit, on n'est pas les méchants dans cette histoire. C'est vrai que ça peut te paraître bizarre mais on en a besoin de ses armes. Ca dépend des affaires … non, mais c'est vrai que ça peut faire agressif comme ça, mais elles ont plutôt un usage défensif, s'emmêla-t-il dans ses explications tout en rangeant ses trouvailles à leurs places respectives et en prenant soin de ne surtout pas croiser son regard.

Il s'étonna et fut plutôt soulagé de ne pas entendre son éternel : « Fais-moi confiance ! » Il avait beau faire son possible pour rester pondéré, il était persuadé qu'il lui aurait fait ravaler cette fois-ci ! Il aborda l'autre point sensible :

- Et toutes ces fausses cartes, là ? Autant dire que c'est difficile de savoir qu'elle est notre véritable identité. Pour un mec de près de deux mètres, Sam faisait nabot tout-à-coup. Il le voyait rapetisser de seconde en seconde. Il s'inquiéta aussi de le voir aussi pâle. Alors il reprit sur un ton plus calme. Mets-toi à ma place une minute. Si je n'avais pas vu mon nom sur le dossier médical, je ne saurais même pas comment je m'appelle et c'est surement pas tout ça qui peut m'aider, ajouta-t-il en désignant les faux insignes et autres identités virtuelles qui venaient de retrouver leur place dans la boîte à gants.

A cette réflexion, il vit son cadet se redresser d'un coup et devenir translucide avant de prendre appui sur la voiture.

- Quoi ? Demanda-t-il devant cette attitude étrange.

-Dean, euh … Mahoggoff c'est pas notre vrai nom … c'est un nom d'emprunt … En réalité, on s'appelle Winchester … tu sais, comme le fusil ! Poursuivit-il avec un sourire timide et un léger regard en coin.

Il ne manquait plus que ça ! Pourquoi ne lui avait-il pas dit avant ? L'énervement laissa la place à la déception. Ce mec était-il réellement son frère ? Après tout, il ne le connaissait même pas. Alors pourquoi ça lui faisait si mal de comprendre qu'il lui cachait des choses, qu'il lui mentait. Il se sentait comme trahi et il savait que cette sensation n'était pas normale.

- Je sais que j'aurai dû te le dire avant … j'ai pas cherché à te le cacher … c'est juste que … j'sais pas … j'y ai pas pensé, c'est tout, s'excusa Sam en le regardant à nouveau droit dans les yeux.

- Laisse tomber, lui demanda-t-il tout en prenant conscience de la réelle affliction de son jeune frère.

Décidément, ce type était déconcertant. Il ne lui en voulait même pas d'avoir omis ce « petit » détail. Après tout, ce n'était pas volontaire. Et puis à présent qu'il avait son vrai nom de famille, il pourrait faire de nouvelles recherches qui le conduiraient peut-être à retrouver la mémoire.

- On ferait mieux d'y aller maintenant, fit-il en s'installant dans la voiture, mettant ainsi un point final à cette pseudo-conversation.

Dorénavant, il se débrouillerait seul. Pendant que son frangin faisait le tour de l'Impala pour se mettre au volant, il jeta un œil à la sacoche de l'ordinateur portable qui se trouvait sur la banquette arrière. Ce soir, ils prendraient certainement des chambres dans un hôtel où il pourrait se connecter à Internet. Il réussirait bien à en ressortir quelques informations intéressantes !

Il n'éprouvait plus le besoin d'interroger Sam sur son passé. Non seulement, il n'obtenait pas réellement de réponses mais en plus ça mettait son cadet dans tous ses états. Il n'avait déjà pas l'air très frais alors c'était superflu d'en rajouter. Là encore, inutile d'évoquer son état de santé déplorable sous peine de se faire renvoyer balader. Il avait une furieuse envie de l'obliger à se faire soigner, à se nourrir, à faire un peu plus attention à lui mais il se restreignait. Après tout, il n'était que son frère, pas son père !

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Il était mal à l'aise devant l'attitude de Dean : Avachi sur le siège passager, il regardait droit devant lui, le regard dans le vague et il n'avait pas ouvert la bouche depuis un temps qui lui paraissait des heures. Alors, régulièrement, il ne pouvait s'empêcher de lui jeter des coups d'œil anxieux. Il se sentait incapable de supporter plus longtemps cette situation. C'était plus fort que lui : il devait essayer d'ouvrir le dialogue.

- Tu as faim ? Tu n'as pas touché à ce que tu t'es pris tout à l'heure. Tu veux qu'on s'arrête quelque part pour que tu choisisses un truc qui te ferait plus envie ? Le manque de réaction de son interlocuteur le poussa à proposer autre chose. Je t'offrirais bien de conduire mais avec ton plâtre … enfin, tu veux essayer quand même ? Tenta-t-il vainement devant le léger signe de tête négatif de son aîné.

Il refusait même de conduire son bébé. Ce n'était vraiment pas bon signe. Sa bagnole et la bouffe, voilà bien deux choses que son frangin chérissait au plus haut point. Il ne voyait que deux solutions à ce comportement : soit il lui en voulait terriblement, soit la personne qui était assise à côté de lui n'était plus son frère. Il aborda le sujet houleux :

- Ecoute Dean, c'est vrai qu'il y a des sujets que je préfèrerais ne pas évoquer parce que … enfin c'est juste que … notre vie a été plutôt … chaotique, tu vois ? Ce serait beaucoup plus simple si tu pouvais retrouver la mémoire sans qu'on ait à en discuter. Mais je comprends, tu sais ? Ca ne doit pas être simple pour toi non plus. C'est comme une sorte de cercle vicieux : je veux vraiment que tu retrouves la mémoire mais pour ça il faut que je te révèle des informations que je préférais que tu te rappelles par toi-même … Bon allez, t'as gagné ! Vas-y ! Si tu veux, tu peux me poser des questions et j'y répondrais … si j'peux.

- Merci, lança négligemment son aîné avant de se murer à nouveau dans le silence.

Exaspéré, il commença par serrer le volant tout en grinçant des dents. Il sentait sa mâchoire se crisper et sa respiration était plus rapide que nécessaire.

- T'as l'intention de faire la gueule encore longtemps ? Rumina-t-il.

Dean tourna soudainement la tête vers lui avec des yeux ronds. Son regard reflétait toute l'incompréhension du monde.

- Qu'est-ce qui te prend ? S'étonna-t-il finalement à voix haute. J'étais juste en train de réfléchir à des trucs.

- Quels trucs ? Demanda le plus jeune, ravi d'avoir enfin réussi à lui faire ouvrir la bouche et espérant par la même occasion aborder le sujet « fils/frère » de ses rêves.

- Laisse tomber, lui répondit son aîné en fixant à nouveau droit devant lui.

C'en fut trop pour Sam qui freina, tourna le volant et stoppa l'Impala sur le bas-côté de la route devant l'expression interloquée de son frère.

- Quels trucs ? Répéta-t-il, passablement énervé.

Dean le considéra un moment comme s'il était en train d'essayer de comprendre sa réaction. Au bout d'un instant de réflexion, il daigna s'expliquer pour le plus grand soulagement de son petit frère.

- L'autre jour, tu m'as dit à l'hôpital qu'on était plus que tous les deux …

- Ouais, c'est vrai. Et alors ? L'encouragea-t-il à poursuivre.

- Alors, je ne comprends pas.

- Quoi ? Qu'est-ce que tu ne comprends pas ? Essaya-t-il de le faire parler plus avant.

- Ben, pourquoi on n'a pas notre petite famille à nous ?

- Mais on est une famille, Dean ! On est frère, t'as oublié ?

- Mais non, abruti ! J'te parle d'avoir une femme et des enfants ! C'est juste que … c'est pas normal.

- C'est ce que tu voudrais ? J'veux dire … avoir une vie normale ? Mais … avec des enfants ? Bafouilla-t-il, exprimant pleinement sa surprise.

- J'vois pas ce qu'il y a de si étonnant ! C'est ce que fait la plupart des gens.

Sam ne savait plus quoi dire. La personne qui était en face de lui ne pouvait décidément pas être son frère.

- Arrête de me regarder comme ça ! Intervint Dean. Ne m'dis pas qu'tu n'y as jamais pensé ?

- Si. Tu ne te souviens pas de mon départ pour Stanford ?

Devant le regard éloquent de son aîné, il se sentit un peu bête d'avoir posé cette question et n'eut pas d'autre choix que de poursuivre :

- Ben, j'étais plutôt bon à l'école et … à l'époque … j'avais vraiment pas envie de suivre la route toute tracée que nous imposait notre père. Alors à dix-huit ans, je me suis cassé pour étudier le droit à Stanford. Papa m'a dit que si je passais la porte, ce ne serait plus la peine de revenir. Alors je suis parti sans espoir de retour possible et … enfin, toi aussi tu m'en as voulu pendant longtemps. Encore aujourd'hui, ça m'arrive de me demander si tu … enfin c'est juste que … Qu'est-ce que tu en penses toi, maintenant ?

Il souhaitait secrètement entendre son grand frère lui dire que ses envies avaient été totalement légitimes et qu'il n'avait rien à se reprocher. Malheureusement, il n'obtint qu'une réponse évasive, nullement à la hauteur de ses espérances :

- J'peux pas dire que j'ai tous les éléments en main, là. Mais, dans l'état actuel des choses, si c'était ce que toi tu voulais … Il haussa les épaules. Vas-y, raconte la suite !

Il savait parfaitement où cette discussion allait les mener et il redoutait d'avoir à raconter la mort de Jessica. Malgré tout, il s'était engagé auprès de Dean et ne voulait pas faillir à sa promesse. Si seulement l'évocation de ces événements pouvait l'aider à retrouver la mémoire plus rapidement ! Après un temps d'hésitation, il se lança :

- J'y suis resté environ quatre ans et j'ai obtenu mes diplômes …

Il s'arrêta là.

- Jusqu'au jour où … l'aida son aîné et il n'eut pas d'autre choix que de continuer son explication.

- Jusqu'au jour où tu es venu me chercher. Papa avait des problèmes et tu avais besoin de moi pour … pouvoir l'aider, tu comprends ?

- Non, j'comprends pas. J'te demande de venir avec moi et toi tu abandonnes la vie pour laquelle tu t'es battu, juste comme ça ! Et tout ça pour aider une famille sur laquelle tu avais pourtant préféré faire un trait !

- Non, c'est pas ça, Dean, se justifia-t-il rapidement tant ce qu'il venait d'entendre lui avait fait mal. Et je n'avais pas l'intention de faire un trait sur qui que ce soit ! C'est juste que pendant mes études, j'ai rencontré … Jessica. Comme tu le disais tout à l'heure, je me voyais bien faire ma vie avec elle … tu vois ? Sa voix commençait à s'étrangler mais la présence et le regard demandeur de son grand frère l'aidèrent à poursuivre. Quand on est rentré, à peine deux jours plus tard, elle … elle avait été assassinée.

- Merde, j'suis désolé, mec. Je comprends que tu n'avais pas envie de parler de ça. J'aurais pas dû insister, s'excusa-t-il, visiblement atterré.

Sam se reprit. Il avait enfin retrouvé le dialogue avec Dean et même si ce n'était pas vraiment ce qu'il avait espéré, c'était déjà un début. D'ordinaire, il n'avait jamais besoin d'évoquer ce qui le perturbait car son grand frère devinait parfaitement bien ses pensées. Mais finalement, ce sujet n'avait pas été aussi douloureux qu'il l'avait imaginé. Au contraire, c'était libérateur d'en avoir parlé avec lui. En revanche, il s'aperçut que son aîné semblait porter tout le poids du monde sur ses épaules. Il essaya de le réconforter :

- Tu sais, ce n'était pas ma première tentative d'évasion, plaisanta-t-il. Ca ne te dit rien Flagstaff ?

- Non.

- J'suis resté plusieurs jours avec pour seul compagnie un chien que j'avais surnommé Bones. J'me suis nourri de MC Do et de coca jusqu'à ce que tu me retrouves … parce que tu me retrouves toujours, Dean ! Ajouta-t-il en murmurant.

Il lui était vraiment reconnaissant d'être toujours là pour lui. Quoiqu'il arrive, il savait pouvoir compter sur son grand frère et c'était vraiment rassurant. Il se rappela le moment où il avait été séquestré par les chasseurs. Ca faisait des années que les gens disparaissaient et que personne n'arrivait à les retrouver. Mais lorsque ça avait été son tour, Dean avait remué ciel et terre et il était parvenu à le rejoindre dans ce trou paumé. Il lui avait sauvé la vie, une fois de plus ! Quelque soit son problème, aussi insurmontable qu'il puisse paraître, il gardait toujours l'espoir parce qu'il savait que son aîné ne l'abandonnerait jamais. Perdu dans ses pensées, il n'avait pas encore remarqué que Dean avait froncé les sourcils et qu'il avait l'air perturbé par quelque chose.

- Quoi ? Ca te dit quelque chose ? Tu t'en souviens ? Ca va ? Tu te sens bien ? Lui demanda-t-il vraiment inquiet.

- Dis donc, mec, on t'a jamais dit que tu posais trop de questions ? Se contenta de lui répondre Dean avec une expression de visage qui se voulait rassurante.

Sam sourit à cette réflexion. Il manquait toujours le « Sammy » dans sa phrase, mais finalement, son grand frère était bien quelque part, enfoui dans le subconscient de cet homme aux réactions bizarres. Il mit le contact et reprit le fil de la route.