N/A : Voici le nouveau chapitre ; certaines d'entre vous ont exprimé leur inquiétude quant aux sororités et fraternités, et je tiens à vous rassurer. Non, nous n'allons pas aller dans les extrêmes. Je rappelle que le but de cette histoire est de se divertir, non de soulever des polémiques ! Donc nous allons imaginer que tout se passe toujours bien dans les frats, ok ? Bien, maintenant quel le bouclier "bisounours" est en marche, c'est parti.
I KISSED A GIRL
"It's not what good girls do
Not how they should behave
My head gets so confused
Hard to obey"
- Oh mon dieu mais rends-moi ça sale perverse ! cria Jane d'une voix horriblement aiguë en se mettant à courir après Heidi, la coursant dans la cuisine puis dans le salon. Ce qui pour être honnête, était assez comique étant donné que mon amie, bien que blonde et bronzée et donc le cliché du mannequin, ne mesurait pas plus d'un mère soixante. Comparé au bon mètre quatre-vingt qu'était la blonde Heidi, tout en jambes, le contraste était détonnant. HEIDI NON !
Ne pouvant m'en empêcher, j'éclatais de rire, comme d'ailleurs toutes les filles dispersées dans le salon de la résidence des Delta, et m'attirais un regard noir de la part de mon amie. Cependant j'étais trop occupée à calmer mon fou rire pour m'en soucier réellement.
Après le petit coup de fil passé aux garçons, qui d'ailleurs n'avaient pas semblé si dévastés que ça par notre disparition soudaine pour la soirée, Alice et moi avions pris nos quartiers dans la Maison Mère, soit l'endroit où la plupart des actives Delta vivaient. Comme j'avais laissé des affaires là-bas, ayant ma propre chambre au cas où, j'avais juste eu à me changer afin de revêtir le vêtement approprié à la soirée et en donner un à Alice: le pyjama. Car l'année ne commençait pas vraiment tant que les Delta Nu Epsilon n'avaient pas organisé leur soirée pyjama légendaire. Certes, ce n'était qu'un échauffement, puisque la véritable soirée se passerait une fois que nous aurions accepté les nouvelles recrues, mais c'était tout de même génial, un petit moment entre anciennes. À l'exception d'Alice, mais elle avait un pass spécial pour ce soir.
Un des petits rituels de cette soirée ? L'action ou vérité, évidemment. Seulement, nous jouions selon des règles un peu différentes, des règles disons… améliorées. Au lieu de se prendre la tête pour savoir qui devait poser la question et qui devait répondre, on piochait dans un bol. Avec des noms ? Oh que non, mieux: des petites culottes ! C'est d'ailleurs celle de Jane qu'Heidi venait de piocher, mais au lieu de la rendre à sa propriétaire, elle l'avait simplement lancé par la fenêtre et celle-ci avait atterri en plein milieu de la piscine. D'où les cris de protestations de Jane.
- Mais c'était une Versace ! grogna-t-elle en voyant son sous-vêtement plonger au fond de la piscine. Tu viens de noyer la petite soeur de 49 autres pauvres culottes et strings…
Alice fit une petite moue, comprenant où était passé tout le budget fringue de notre amie pendant son voyage en Italie.
- Attends, ne me dis pas tu es allé en Italie cet été et que tu t'es achetée que des sous-vêtements ?
- Bah j'allais pas acheter des glaces ! Je fais attention à ma ligne, moi.
Elle me flasha un sourire en coin que je fis mine de ne pas voir, alors que je m'enfilais sans honte ma troisième brochette de guimauves recouverte de sauce au chocolat. J'haussais les épaules en disant à ma voisine de coussin.
- Ce serait con de pas utiliser la fontaine, hein ?
Angela roula des yeux en piochant un raisin et je grognais en resserrant sur moi la veste en pilou rose que j'avais enfilée par-dessus mon débardeur. Vous l'aurez compris, j'étais considérée comme la grosse de la sororité. Pas que je le sois, mais en vérité, elles étaient toutes agacées que j'avale n'importe quoi sans que ça me retombe de suite sur les hanches. J'avais beau leur dire qu'avec tout le sport que je faisais la graisse n'avait pas le temps de s'installer, allez faire comprendre à une bande de filles affamées que vous n'étiez pas coupable ! Il était fort probable - j'en étais même persuadée - que je me transformais en frite géante quand elles me regardaient. Elles étaient déjà chanceuses de ne pas avoir à voir Rosalie tous les jours, car c'était elle LA femme par définition qui donnait des complexes aux autres et ce, rien qu'en respirant.
Je souris avec amusement et terminais ma brochette puis m'allongeais sur le ventre, regardant autour de moi.
Pour cette soirée, nous étions une quinzaine seulement, mais je n'allais pas mentir, se retrouver en comité restreint faisait du bien à mes pauvres oreilles qui avaient dû subir la folie du rush toute la journée. L'ambiance était détendue, toutes les filles semblaient contentes. Alice était sur un coussin à l'autre bout de la pièce en train de rire avec Jessica des avantages et inconvénients de la nage - le sport que pratiquait justement Stanley - sans doute en espérant gagner un vote de plus pour être acceptée ici.
Pour la soirée pyjama, les Delta faisaient toujours les choses en grand. Les sucreries, les smoothies et toute sorte de nourriture saine - ou pas - avaient envahi la cuisine et le salon; et ce dernier était recouvert sur chaque surface plane de coussins de toutes tailles et couleurs afin qu'on puisse s'installer à notre aise. L'écran plasma diffusait des épisodes de Friends avec le son coupé, tandis que la stéréo passait les morceaux d'une compilation "soirée fille". En gros, on écoutait Miley Cyrus, Katy Perry et leurs amies en boucle depuis deux heures. Tout le monde avait revêtu un pyjama, et ne nous jugez pas mais oui, on s'était également mutuellement brossée les cheveux. Quoi ? C'était super relaxant de se faire chouchouter un peu…
- Je t'en repayerais une va, pleure pas ! rit Heidi en attirant Jane dans un câlin même si cette dernière ne semblait pas tout à fait vouloir retourner la faveur.
Sous ses airs de bimbo magnifique et musclée - Heidi faisait du tennis en pro depuis trois années et son corps le reflétait bien - elle était surtout une grande soeur nounours fan de câlins et de bisous, et un peu une maman gâteau. Jane finit donc par se laisser aller car personne, absolument personne, ne résistait au charme mortel de Heidi. Voilà pourquoi elle était notre recruteuse en chef, d'ailleurs.
- Et en parlant de ne pas pleurer.. ne pense pas te défiler ! Action ou vérité ? Elle lui fit son sourire de tueuse et Jane grogna en se laissant retomber sur le canapé, serrant un coussin contre elle en regardant Heidi avec méfiance.
- Umm… vérité ? Vérité.
Heidi consulta les jumelles Athéna et Didyme, qui étaient assises chacune d'un côté de la blonde sculpturale, chuchotant comme des conspiratrices - ou plutôt des amies de longue date, ce qu'elles étaient. Puis elle releva la tête vers Jane avec l'air d'avoir trouvé la question parfaite.
- Avec combien de garçons tu as couché en Italie ?
Jane rougit et après de longues minutes, marmonna en haussant une épaule.
- Deux.
- Jane, je te rappelle que tu es sous serment ΔNE !
Un petit silence presque pesant s'ensuivit, mais sans surprise, Jane craqua.
- BIEN ! Bien. D'accord… Elle toussota dans l'espoir de masquer sa réponse. 17.
La moitié des filles dans la salle éclatèrent de rire en manquant de s'étouffer sur leur gorgée de smoothie, et Jane leur tira la langue.
- Hey, je suis jeune faut profiter de la vie…
- Et des milliers de MST à découvrir… ricana Angela, mais Jane continua sans prendre son intervention en compte.
- … et en plus je suis resté presque 3 mois, c'est super long !
- Beurk, ça veut dire que t'as couché avec genre, un mec tous les 3 jours et demi ! s'exclama notre petite calculatrice humaine, Dakota.
- ET C'EST MOI QUE TU TRAITES DE PERVERSE ! s'écria Heidi en lui lançant un coussin dans la figure. Jane rit en l'esquivant de peu, mais il atterrit droit sur Alice qui était derrière elle, et cette dernière écarquilla les yeux en se figeant, l'air de ne pas comprendre ce qui venait de lui tomber dessus.
Changeant rapidement de sujet pour qu'on évite de vraiment tomber dans les stéréotypes des soirées filles et qu'on débute une bataille de polochon, je me relevais et attrapais le bol de sous-vêtements.
- À qui le tour ?
Alice plissa les yeux à mon intervention et se leva, venant fouiller dans le bol. Puis elle arqua un sourcil et ricana en regardant le string rose à froufrous, son regard se tournant vers moi. Je lui arrachais rapidement des mains en sentant des rougeurs familières colorer mes joues.
- Bon ça va, Rose me l'a offert pour le 1er avril tu le sais bien ! Et il est étonnement confortable, donc pas de commentaire.
Je me rassis sur mon coussin avec le semblant de dignité qui me restait, jouant avec les pompons violet qui le décorait.
- Action ou vérité ? me demandait ma meilleure amie avec une lueur presque maléfique dans le regard.
Et j'aurais dû me douter de ce qu'elle allait me demander, étant donné que pendant ce jeu, elle aimait toujours faire tomber toutes les barrières. Quand je disais qu'elle allait trop à l'église… Il faudrait que je touche un mot au Pasteur Newton sur l'importance de dire la vérité ou non à certaines occasions. Sauf que comme une bleue, je tombais dans le panneau du sourire d'ange d'Alice Masen.
- Vérité.
Et du tac-o-tac, me faisant entrouvrir les lèvres sous le choc, elle me balançait.
- C'est qui ton béguin à l'université ?
Toutes les têtes se tournèrent vers moi, et à cet instant je ne désirais rien d'autre que m'enfoncer dans le coussin, voire m'étouffer avec. Ou l'étouffer elle. Bon sang, elle allait me le payer ! Ce n'était pas seulement le fait qu'Edward était mon petit secret - que j'avais malheureusement partagé avec Alice et Rose dans un moment de désespoir - mais aussi qu'il était membre des Alpha Chi Delta. Les filles de notre sororité étaient obsédées par les histoires de coeur, essayant toujours d'aider et c'était la plupart du temps mignon mais là… si elles apprenaient que je craquais pour l'ennemi, j'allais me faire expédier fissa en Enfer.
Et c'était un lieu qui existait: on avait un autel au sous-sol de la maison, avec les traitresses de notre sororité affichées en photo sur un mur. Comme vous vous en doutez, je n'avais absolument aucune envie de m'y retrouver épinglée à mon tour.
Aussi le plus naturellement du monde, je souriais et secouais la tête.
- J'invoque le cinquième amendement !
Alice grogna en croisant les bras contre sa poitrine tandis que notre exécutrice judiciaire allait chercher un second bol.
Je parie que vous n'aviez jamais assisté à un jeu d'action ou vérité si compliqué, pas vrai ? Eh bien disons qu'au fil des années, les Delta s'étaient amusées à contrer toute sorte d'imprévus. Ainsi, si une joueuse prenait vérité mais se rétractait, elle devait passer un gage. Les gages étaient préalablement écrits et placés dans un bol, placé sous la garde d'une joueuse qu'on appelait l'exécutrice judiciaire, car elle était impartiale et se contentait de piocher. Il fallait comprendre que notre confrérie étudiante était très ferme concernant les règles à respecter, et sur les mensonges. D'où tout ce manège sur le "serment".
Jessica, qui était l'exécutrice de la soirée, me remit donc un bout de papier que je pris tout mon temps à déplier. Et mon visage auparavant rouge se vida de toute colère alors que je lisais à voix haute mon gage de punition.
- Embrassez la personne directement sur votre droite.
Bien sûr, je pouvais refuser de le faire. Enfin, cela si je ne voyais pas d'inconvénient à me retrouver en sous-vêtements et à aller courir autour de la maison des Alpha Chi Delta; la punition suprême pour éviter de donner l'idée aux filles de refuser de jouer le jeu de manière honnête.
Je posais le papier au sol et me tournais vers Chelsea, qui avait son sourcil arqué en comprenant être devenue malgré elle, ma complice. Elle rit doucement.
- Afton va être dégouté d'avoir loupé ça, dit-elle en parlant de son petit ami. C'est parti Swan ! Et si tu sors la langue, je sors mon poing. Elle me fit un clin d'oeil alors que je riais, et me penchais donc vers elle sous les cris excités de nos amies.
Les garçons disaient souvent que les filles étaient tellement magiques, avec leur peau douce, leurs lèvres rouges qu'on voulait embrasser, et que c'était difficile de résister car on voulait juste nous toucher. C'était tellement bon qu'ils ne voulaient pas le nier, et alors que je me penchais, je songeais rapidement qu'ils n'avaient pas tort mais que dans ma situation, il ne fallait pas en faire tout un plat car c'était innocent.
Seulement, à peine mes lèvres avaient effleuré les siennes, que les cris amusés que j'entendais changeaient… en une sorte de hurlements d'horreur. Et je compris pour quoi lorsque je vis une dizaine d'homme vêtus de noir sauter partout dans notre salon en brandissant des caméras dans une main et des bombes à fil dans l'autre, s'amusant à tapisser notre demeure de fils de toutes les couleurs; foutant la matière gluante dans les cheveux des filles, sur nos vêtements et notre beau mobilier.
- Souriez vous êtes filmées ! braillait une voix que j'aurais reconnu n'importe où.
- EMMETT DALE MASEN, QU'EST-CE QUE TU FOUS LÀ ?! hurla Alice en bondissant de son coussin, regardant son frère d'un air furieux.
Il prit un air innocent en la regardant, et sans qu'elle l'ait vu venir, leva la main tenant la caméra...
- Un dernier mot pour la postérité ?
… tandis que de l'autre il appuya sur la détente et laissait s'échapper des fils violets qui vinrent se coller sur le visage de poupée de sa soeur.
- REPLI, REPLI ! cria-t-il ensuite et en quelques secondes, tous les ninjas sortaient par les baies vitrées et les portes donnant sur la piscine.
J'avais reconnu Emmett à sa voix bien sûr, mais ils portaient tous des cagoules cachant leur visage donc c'était difficile de voir qui était qui, même si on se doutait bien de leurs identités. Je grognais en tentant de retirer ce que j'avais sur moi, mais c'était tellement collant que c'était mission impossible, une bonne douche s'imposait. Je retirais ma veste chaude, me retrouvant en débardeur et short, et regardais nos troupes: les filles étaient toutes furieuses, mais sans mentir, un peu amusées aussi.
Tous les ans, afin de respecter la longue tradition de confréries ennemies, une des deux maisons commençait la guerre pour l'année à venir. Et sans aucun doute, les Alpha Chi Delta avaient frappé un grand coup. Cori, la responsable de notre confrérie cette année puisqu'elle quittait les bancs de l'université l'année prochaine, frappa dans ses mains pour attirer notre attention après avoir attaché ses cheveux salis dans un chignon improbable.
- OK les filles, voilà le plan ! On va… commença-t-elle avant de se faire interrompre par un cri strident de Didyme qui pointait la fenêtre du doigt.
- Certains sont encore là !
D'un seul et même mouvement, toutes les filles se levèrent et se précipitèrent à la fenêtre en lançant tout ce qui nous venait sous la main aux deux retardataires qui continuaient de filmer. Après s'être pris plusieurs contenus de smoothies vides et diverses sucreries dans la tête, ils décidèrent finalement de battre en retraite.
- On vérifie qu'il n'y a plus personne, puis on se réunit dans ma chambre ! ordonna rapidement Cori.
Tels de bon petits soldats, nous acquiesçâmes toutes et nous nous dissipâmes dans la demeure et le jardin afin de constater que nous étions tranquilles, puis on se regroupa dans la chambre de Cori, qui était la plus grande de la maison avec sa propre salle de bain privée. Les avantages d'être la grande chef, je suppose.
Elle nous regarda une par une avant de déclarer d'une voix de commandant des armées.
- Ils ont fait fort… on doit frapper de la même manière. Ils sont venus chez nous ! Alors on va aller sur leur terrain aussi. Au sens propre…
Alice se gratta une énième fois la tête et je roulais des yeux en chuchotant.
- Sérieusement, t'as pas un peu fini ?
- Mais Bella je suis pratiquement sûre qu'il y avait des poux là-dedans qui n'attendaient que moi pour trouver une nouvelle maison !
- Tu veux pas que je regarde non plus ! grognais-je alors qu'elle soulevait légèrement sa cagoule, penchant la tête vers moi. Je la repoussais du bout des doigts, ne voulant pas non plus tenter le diable si les conneries qu'elle racontait étaient vraies. Après tout, on avait acheté les cagoules au premier endroit où on les avait trouvées donc… Je soupirais. Bon, on entre, et on sort. Pas plus compliqué que ça. Et on ne se laisse pas distraire ! Compris ?
- Oui capitaine, mon capitaine ! acquiesça Alice en me faisant un salut militaire.
Je gloussais légèrement puis m'assurais que ma cagoule cachait bien mon visage et mes cheveux avant de vérifier les deux caméras que je tenais, tandis qu'Alice faisait de même avec les siennes. Toujours accroupie, je vérifiais scrupuleusement qu'il n'y avait plus personne sur le terrain de football qui aurait été susceptible d'alerter les joueurs de notre présence.
Il y avait une raison parfaitement logique pour expliquer pourquoi nos pauvres petites paires de fesses étaient cachées dans les gradins du terrain de foot de l'université, à 10h un samedi matin, le lendemain de notre soirée pyjama avortée. Et cette raison… c'était la vengeance. Et aussi le fait qu'on avait vraiment, vraiment pas de chance.
La veille, Alice et moi n'avions pas été les seules à reconnaitre Emmett, et d'autres filles avaient également identifié d'autres garçons de l'équipe de foot. Cependant, comme mon imbécile de meilleur ami était le leader de l'attaque, j'avais été désignée par tout le monde comme l'instrument de la vengeance collective. Comme si c'était ma faute que cet idiot soit.. si idiot ! Le bon point, c'est qu'elles avaient également forcé Alice, soeur du coupable, à se pointer avec moi. Et donc tandis qu'elles, elles étaient encore dans leur lit bien au chaud à se remettre de la soirée, nous on était envoyées au combat. On avait réussi à rattraper la soirée avec beaucoup de margaritas, tequilas et leurs autres soeurs en "a", mais il fallait tout de même qu'on se venge et maintienne notre réputation. Alors gueule de bois ou pas, le devoir nous attendait.
- La voie est libre, allez viens !
Je me redressais et piquais un sprint vers l'entrée des vestiaires, me cachant derrière une colonne afin de regarder discrètement à l'intérieur du couloir, m'assurant qu'il était vide. Alice, en face de moi, fit de même. Puis après avoir frappé nos fesses l'une contre l'autre comme dernier geste d'encouragement, nous étions parties.
Marchant à pas de loup dans le couloir, je manquais de perdre mon sérieux lorsqu'Alice se pencha et s'allongea au sol. Elle se tortillait sur le carrelage de la salle de vestiaire, les mains levées afin que les caméras qu'elle tenait enregistrent tout. Pour ma part, j'évitais de m'allonger, ne sachant pas trop ce sur quoi je risquais de tomber sur le sol d'un vestiaire d'une équipe de foot. Mais autant que je ne dise rien à Alice ou elle voudrait passer au car-wash.
En me déplaçant le dos courbé, je brandissais mes caméras telles des armes en avançant prudemment dans la zone de guerre. Rapidement, Alice et moi fûmes récompensées de nos efforts. Les gars prenaient leur douche, et oh mon dieu, chantaient. Et pas une chanson virile, genre du Elvis Presley ou un rap ! Ils chantaient du Katy Perry, et malgré toute la bonne volonté du monde, je ne pus retenir le rire qui éclata bruyamment dans la salle de bain, suivi de près par celui d'Alice. Nos figures de masculinité se figèrent, les lèvres entrouvertes et les yeux écarquillés en nous découvrant alors.
- UNE DERNIÈRE CHANSON POUR LA POSTÉRITÉ ? cria alors Alice en regardant son frère droit dans les yeux - en même temps, il valait mieux éviter d'aller voir au sud…
Emmett nous lança une éponge qu'on évita en riant, se doutant bien qu'il nous avait reconnu. Mais alors que nous nous apprêtions à fuir, je me figeais brutalement. Paralysée, tétanisée, hypnotisée. Car devant moi, à seulement quelques centimètres, se tenait Edward avec une serviette dans les mains, cachant de justesse ce que toutes les filles de l'université essayaient de voir depuis qu'il était apparu à UPenn.
Oh.
Mon.
Dieu.
Les gouttes d'eau dévalaient de ses cheveux mouillés, longeant sa mâchoire carrée, tombant sur son torse musclé. Ses bras pliés me laissaient voir chaque muscle et la serviette se balançant légèrement attirait mon regard de plus en plus bas.
Il fait chaud ici.
- Moulin rouge à vampire végétarien, on dégage, on dégage ! me pressait alors Alice en me tirant par le bras, voyant bien que je n'avais absolument aucune envie de dégager, justement. Il suffisait que je tire sur la serviette, ou qu'un coup de vent arrive et zhou…
Je secouais la tête, car je savais que tôt ou tard Emmett révélerait que les intruses les ayant surpris avec des caméras n'étaient autre que sa soeur et sa meilleure amie, et j'avais encore plus envie de ne pas me taper la honte de ma vie que de voir le paquet d'Edward.
Et puis je partageais la même salle de bain que lui alors tôt ou tard… enfin, avec un peu de chance. Et si ça pouvait être moi qui le surprenait au lieu de l'inverse, ce serait vraiment parfait. Reçu Dieu ?
- Reçu moulin rouge ! m'exclamais-je donc avant de rapidement foutre le camp, imaginant me faire poursuivre par des agresseurs pour m'échapper - ce qui dans un sens n'était pas faux puisque Démétri, le seul qui avait repris ses esprits au plus vite et avait tout juste revêtu son boxer, essayait de venir vers nous pour reprendre la vidéo de leur Honte. Plus petites et légères que lui, on s'échappa pourtant et à bout de souffle, rejoignîmes la voiture d'Heidi qui nous attendait devant le stade.
- DÉMARRE ! hurla Alice en se laissant tomber sur le siège avant de la décapotable pendant que je sautais sur la banquette arrière. J'eus le réflexe de lever une des caméras, capturant ainsi la tête stupéfaite de Démétri, en caleçon à l'entrée du stade, fixant la voiture rouge parfaitement reconnaissable d'Heidi qui démarrait à toute allure et s'éloignait.
- DIS BONJOUR À TES FANS ! criais-je par dessus le bruit du moteur.
Et puis juste au cas où il aurait eu un doute quant à l'identité de la conductrice blonde de cette voiture rouge pétant, la plaque d'immatriculation disait fièrement "Heidi ΔNE pétasse !"
La devise de la guerre cette année ? "Pas de quartier".
