Chapitre 9

En voyant Hermione se tourner vers lui, Drago eut un mouvement de recul, mais le sol se déroba sous les pieds et il perdit l'équilibre. Il s'affaissa par terre et ne bougea plus. Il vit Hermione se relever et se précipiter vers lui, il la vit s'agenouiller et se pencher au-dessus de lui. Tout cela lui semblait irréel.

-Drago ? Drago, ça va ? demanda-t-elle d'une voix tendue.

Tiens, c'est la première fois qu'elle m'appelle Drago, songea-t-il. Ses pensées lui semblaient avoir la consistance d'un nuage.

-Drago ?

Il ne pouvait pas répondre, et d'ailleurs n'en avait aucune envie. Une seule pensée lancinante lui occupait l'esprit… Qu'elle ne meure pas…non, qu'elle ne meure pas… pas pour moi, pas comme ça… qu'elle ne meure pas…

Hermione se releva, l'air perdu et elle descendit l'escalier.

Elle va sûrement dire qu'ils ont réussi à se débarrasser d'un Mangemort de plus.

Drago sentit ses yeux s'emplir de larmes et il les refoula dans un effort surhumain. La Sang-de-Bourbe ne me verra pas pleurer !

Hermione revenait, avec un bol rempli d'un liquide clair et chaud.

-Tiens, bois ça.

Elle le força à redresser la tête et lui fit glisser le liquide dans la gorge.

Elle m'empoisonne maintenant. Fin de la dynastie des Malefoy.

Il sentit ses muscles se détendre et Hermione, le faisant léviter, l'emporta sur son lit.

Il sentit ses forces lui revenir doucement et son esprit s'éclaircir. Mais le nœud qui lui serrait le ventre et sa nausée ne disparaissaient pas.

-Tu… dois être… contente… Granger, souffla-t-il, bon… débarras.

Hermione frissonna.

-Quand tu auras fini de dire n'importe quoi, Malefoy, répliqua-t-elle d'une voix mal assurée, tu me préviendras. Je te rappelle que ce sont tes grands amis les Mangemorts qui lui ont fait ça. Elle venait se livrer.

Mais Drago avait déjà fermé les yeux. Il l'entendit partir et refermer la porte doucement derrière lui.

Le temps passa. Il lui semblait qu'il aurait pu passer le reste de sa vie dans cet état semi-comateux, à penser à tout cela.

Mais un bruit lui fit rouvrir les yeux.

Dans sa cheminée, à travers les flammes, apparaissait la tête de Severus Rogue.

-Professeur ? murmura-t-il, qu'est-ce que vous faites là ?

-Là ? C'est une bonne question, Drago.Où es-tu ? tu le sais ?

-Non. Drago avait du mal à parler longtemps.

-Bon. Je voulais te dire, ne perds pas espoir pour Narcissa. Ils ont tout intérêt à la garder en vie.

-Ah…

-Mais ce n'est pas pour ça que je te contacte. Tu es au cœur de la bande de Potter, Drago. Si tu peux glaner des renseignements, n'hésites pas. Je passerai à cette heure-ci un soir sur deux. Essaye de ne pas trop te mettre Granger à dos, tu pourrais apprendre plus de choses. Tes informations nous seraient utiles.

-Mais à qui… commença Drago.

-Plus tard, quelqu'un vient !

La tête de Rogue disparut et le feu rougeoya de nouveau.

Hermione entre dans la chambre.

-Tu as parlé Malefoy ?

Mais Drago faisait semblant de dormir. Quand elle fut repartie, il se redressa dans le lit et essaya de faire le point. Espionner, très bien, au moins je ne serai pas inutile. Mais à qui serais-je utile ? Pourquoi le professeur ne me l'a-t-il pas précisé ?

Ses pensées suivirent un autre cours. D'ailleurs, où va ma fidélité ? Si je suis très utile au Seigneur des Ténèbres, je pourrai peut-être obtenir mon retour en grâce. Mais ma mère va mourir de la main des Mangemorts, ai-je le droit de les aider ?

Tout dans son instinct de jeune noble se révoltait à l'idée de trahir, mais où avait-il le plus à gagner ? Son esprit pratique de Serpentard lui faisait envisager la situation sous divers angles.

Bon. Je crois que je vais attendre de voir comment les choses tournent.

Il se releva et se dirigea vers sa salle de bains. Sous sa douche brûlante, il essaya de faire le deuil de ce qu'on lui avait toujours appris… Devenir ami avec une Sang-de-Bourbe… aider à combattre le Seigneur des Ténèbres…

-Non ! s'écria-t-il.

Il sortit de la douche et choisit des vêtements d'intérieur d'une grande élégance, peut-être pour prouver à Granger quelle classe doit avoir un sang-pur. De par le statut social de son père, il avait déjà assisté à de nombreuses soirées mondaines, dans lesquelles il se faisait remarquer pour sa beauté, son élégance, sa répartie et son savoir-vivre. Cet été, il a fait fureur au Bal des Débutantes. Sa mère lui a dit avec fierté qu'elle avait déjà reçu quatre propositions, toutes de nobles familles. Sa mère...

Il s'ébroua, et descendit au salon pour poursuivre sa lecture. L'Histoire de la Magie noire l'intéressait beaucoup. Il avait toujours trouvé complètement déplacée cette séparation entre magie positive et magie négative. Il y a la magie qui fait mal ou qui détruit, mais si elle est utilisée en défense elle est considérée comme positive. Absurde, se dit-il en ouvrant la port du salon.

D'ailleurs, se souvint-il avec étonnement, ça rejoint ce que disait Granger sur les maléfices. Finalement on a plein de points communs, conclut-il en ricanant.

Hermione était assise à son fauteuil, toujours absorbée par le livre sur Poudlard. Mais cette fois elle avait une plume et un parchemin et notait ce qui semblait être des calculs compliqués.

-Dis donc Granger, on peut savoir ce que tu fais ? malgré lui, Drago était intrigué.

-Euh, eh bien oui. En fait je cherche à savoir quelle proportion la communauté magique prend en Angleterre.

-Et comment tu calcules ça ?

Drago était étonné qu'ils puissent trouve un sujet de conversation commun, mais ce sujet l'intéressait.

-Eh bien, je calcule en proportionnalité. Par exemple, Poudlard ne prend que des élèves du Royaume-Uni. Ceux d'Europe de l'Ouest, ou les autres qui ne sont pas de « sang-pur » vont à Beauxbâtons. Les autres, du nord et de l'est, vont à Durmstrang, Donc la proportion d'élèves à Poudlard nous renseigne uniquement sur la population magique d'Angleterre.

-Oui, ça j'avais compris.

-Alors… il y a un maximum d'environ une quinzaine de nouveaux élèves chaque année pour chaque maison. Donc une soixantaine de nouveaux élèves au total. Comme tous les enfants démontrant des capacités magiques sont automatiquement repérés et envoyés à Poudlard, et que le nombre d'enfants nés de Moldus s'équilibre avec celui des enfants cracmols, on peut dire qu'il n'y a qu'une soixantaine de naissances par an dans la communauté sorcière.

-C'est peu, souffla Drago.

-Oui. reconnut Hermione. C'est ça qui est intéressant. Les sorciers vivent tellement entre eux, dans leur monde, qu'ils n'ont pas conscience de n'être qu'une infime minorité. Si on tient compte de la moyenne de fécondité des femmes anglaises, et de la moyenne nationale, qui est de 12 enfants pour mille habitants, on arrive à un chiffre total maximal d'environ 5000 sorciers seulement en Grande-Bretagne.

-C'est vrai que nous nous connaissons presque tous, souligna Drago.

-Ce que je veux dire, c'est que le renouvellement d'une population de seulement 5000 membres pose de graves problèmes de consanguinité. Ce n'est qu'une toute petite ville.

-Oh, attends, Granger, je vois où tu veux en venir. Je suppose que tu vas maintenant me démontrer à quel point il est sain pour la communauté sorcière d'accepter des Moldus et autres sang… mêlés dans son sein ! s'exclama Drago d'un ton sarcastique.

-C'est tout à fait ça, Malefoy, répliqua-t-elle sur un ton de défi. Je te signalerai d'ailleurs que la notion de sang-mêlé est datée, et qu'aucune famille n'est « pure » selon tes critères, puisque ce qu'on pourrait appeler le gène de la magie est transmissible par les Moldus. D'ailleurs de très grands sorciers sont des Sang-mêlés, comme Celui-dont-on-doit-pas-parler-prononcer-le-nom, ou ton professeur préféré, Severus Rogue.

Hermione avait visiblement évité de prononcer le nom de Voldemort pour ne pas provoquer Drago, par égard pour sa maîtrise au moment de prononcer « sang-de-bourbe ». Celui-ci réfléchit à ce qu'elle venait de lui dire. Il n'avait pas très envie d'y croire, mais c'était des rumeurs persistantes et il savait que Granger se serait coupé la gorge plutôt que de dire quelque chose d'inexact.

Il trouvait cela très étrange de se retrouver seul avec elle. Il n'avait pas de public à faire rire en l'humiliant, aussi ne voyait-il pas très bien l'intérêt de le faire, à part la répulsion qu'elle lui inspirait. Mais le professeur Rogue lui avait demandé de faire un effort, et il restait la seule personne qui inspirait vraiment le respect à Drago. Il savait également qu'il avait une dette envers lui depuis l'affaire de Dumbledore. Aussi décida-t-il de faire des efforts pour se montrer aimable.

-Euh… tu veux un thé, Granger ?

C'est débile, se dit-il, comment je peux dire un truc aussi naze ?

Hermione le regardait avec des yeux comme des soucoupes, le souffle coupé.

-C'est bon, oublie ça, lâcha Drago.

-Non, euh, oui je veux bien, merci, souffla Hermione. Avec du lait s'il te plait.

Ohlala, se dit Drago en mettant de l'eau dans la bouilloire. Que diraient mes amis q'ils me voyaient faire copain-copain avec une Sang-de-Bourbe… mais quels amis ? Il se souvint avec une rage froide que ni Crabbe ni Goyle ne l'avaient défendu chez les Mangemorts.

De toute façon, ces deux-là ne sont que des faire-valoirs, cracha-t-il. Mais il eut un pincement au cœur en repensant au mépris qu'il avait lu dans les yeux de Pansy Parkinson au Bal des Débutantes. Un mépris qui dénotait de très bonnes sources d'informations, réalisa-t-il. Les Parkinson, des Mangemorts ?

Il entendit du bruit dans le salon et se dirigea discrètement vers la porte. Mais au moment où il allait coller l'oreille contre celle-ci, le battant s'ouvrit brusquement. Hermione apparut, l'air affolé :

-Des Détraqueurs ! cria-t-elle. Ils font une inspection dans la région ! Ils vont venir par ici, ça sent trop la magie !