Chapitre 9 : When you fall down

Le sol froid de l'appartement qui aurait du agresser les sens du beau medecin ne le toucha guere en cette soiree de tristesse. Ses yeux bleus etaient poses avec une lueur sombre sur le sol de carrelage tandis que son cerveau assimilait avec peine l'information recueillie par le repondeur du telephone. Comme dans un rêve eveille, ses doigts avaient tout naturellement poursuivit leur sombre trajet vers les tenebres du plastique orange et blanc. Mais ce voyage n'avait abouti qu'a une amere deception d'en voir le contenu irremediablement vide tandis qu'une douleureuse rumeur grimpait en lui avec insistance, malgre ses efforts croissants pour la reprimer. C'est donc avec humeur qu'il envoya valser le contenant porteur d'une âpre deception. Poursuivant toujours ses obscures pensees machinales, il prit conscience que l'issue etait irremediable puisqu'aucun contenant salvateur n'ornait ses placards en ce moment meme. Ses yeux d'un bleu clair toujours etincellant malgre sa douleur evaluerent d'un rapide coup d'oeil les fins possibles a ce terrible manque qui le taraudait sans relache. Aide de ses bras devenus bien faibles, il se repositiona dignement sur le canape dont il avait glisse quelques minutes plus tot a l'abri des regards moqueurs. Ses beaux yeux d'azur se fermerent en un ultime sursaut de douleur. Sa jambe le lancait plus que jamais et l'amour de ses gellules etait absent. Lorsqu'il eut repris une contenance, il estima les possibilites qui s'offraient a lui de repousser l'unique echapatoire qui lui etait proposee en cette nuit ou meme son meilleur ami etait impuissant pour lui. Mais c'est a son grand regret qu'il constata qu'un tel espoir etait inutile. Alors, d'un coup sec et assure, il abatti son poing ferme sur la vitre de sa table basse. Cette derniere vola en eclats, au meme instant que ses jointures s'ouvraient pour laisser affluer le liquide chaud et poisseux, inondant par la meme ocasion le tapis du salon du diagnosticien. Il ferma les yeux, profitant du soulagement procure par la douleur ressentie. Il savait qu'il avait reussit son entreprise car deja, alors que son poing le lancait par a coups reguliers, il sentait que son esprit s'eclaircissait a mesure que la souffrance s'insinuait dans chacune de ses veines tel un poison. "Soigner le mal par le mal", telle etait l'une des devises du beau medecin aux yeux si perturbants. Ce moment de repis lui avait permis de rassembler ses pensees. Et ce n'etait pas seulement les paroles surprenantes crachees par le fixe qui le hantaient mais plutot la reaction et le manque de sang froid dont il avait fait preuve face a cette revelation. Interieurement, il se maudit d'etre si faible bien qu'il n'y eut personne pour le voir dans un tel etat.

C'est en ouvrant les yeux sur le plafond de sa chambre que Wilson comprit que quelqu'un l'avait raccompagne la veille. Tout ce dont il se souvenait etait d'avoir pousse la porte d'un bar a mi chemin entre l'hopital et son domaine prive. Il se demandait qui avait bien pu avoir la bonte de l'amener jusque la alors qu'il etait surement ivre et incapable de se deplacer. Il trouva le mobilier sur lequel il etait pose incroyablement confortable et s'apercu alors qu'il s'agissait de son propre lit. Ce dont il etait sur, c'est que la personne qui l'avait ramenee ne pouvait en aucun cas etre House. Ce dernier l'aurait surement abandonne comme a l'accoutumee par terre devant la porte ou sur le canape dans ses bons jours. Les yeux noisettes de l'oncologue subirent plusieurs clignements avant que leur proprietaire ne se decide a adopter une position plus adaptee pour un homme qui se leve. Il entreprit donc de s'assoir sur le lit, geste qu'il regretta amerement l'instant d'apres. Il poussa un petit gemissement plaintif. Sa tete le lancait terriblement, prise comme dans un etau de fer. Un point insistant venait cogner contre la paroi cranienne avec un mouvement regulier et lui procurait l'irresistible envie de se l'ouvrir pour en deverser le contenu. Mais ce geste qui l'aurait sans aucun doute soulage n'aurait ete que pure folie. Aussi se contenta t-il de rassembler toutes ses forces pour sortir de son nid douillet afin de se diriger vers le salon ou se situait un placard au contenu plus que salvateur. S'appuyant avec difficulte a chaque mur rencontre, il arriva tant bien que mal a s'acheminer vers le placard a pharmacie, ou tronaient avec fierte trois boites de comprimes d'aspirine. Il prit une des boites jaunes dans sa main droite et referma le placard blanc. Il se dirigea ensuite vers la cuisine, ou il prit un verre qu'il remplit d'eau. Ses yeux mirent un temps a lire les incriptions, inscrites en lettres bleu marine sur la boite : "Doliprane, 500 mg". Un seul cachet serait inefficace. Il en prit donc deux et referma le contenant en carton qu'il balanca sur le plan de travail. Ce dernier n'atteignit pas sa cible et retomba mollement sur le sol. Tant pis ... Il ramasserait plus tard ! Il se dirigea de nouveau vers le séjour ou il s'affala violement sur le sofa, attendant que sa migraine due a la geule de bois s'amenuise. Lorsque les analgesiques eurent fait effet, il posa un regard chocolat inquiet sur la pendule du salon : elle indiquait 13H45. Bien evidement, il n'avait pas reussit a se reveiller a temps. C'est donc avec precipitation qu'il partit prendre une douche sans prendre le temps d'avaler quelque chose. Il attendrait son repas a la cafeteria de l'hopital. Avant de partir, il prit quelques bonbons a la menthe pour se departir de l'odeur d'alcool qui avait infiltre sa bouche depuis la veille. C'est au moment de fermer la porte de son appartement qu'il s'apercu qu'il n'avait pas ses cles. S'appretant a les chercher partout, c'est avec etonement qu'il les trouva proprement disposees sur la table basse du salon. Il les prit, leur fit faire un double tour dans la serrure, et descendit les escaliers de son immeuble direction l'hopital Princeton Placeboro.

Cela faisait bientot trois heures que Cuddy attendait dans son bureau en faisant les cents pas. Comme si le changement semblait une demande stupide et impossible, House etait une fois de plus en retard au travail. Elle savait bien que pour lui, arriver a l'heure etait aussi improbable que pour Wilson d'etre absent. Pourtant, en cette matinee de chaleur intense, meme l'oncologue n'etait pas la pour assurer les consultations. Que pouvaient-ils bien faire a cette heure avancee de la journee ? Passe encore que House prenne son temps, d'autant plus que le fait que son patient soit dans le coma lui eut ete surement completement egal, et l'eut meme soulage de savoir qu'il ne pouvait tomber plus mal (hormi si ce dernier venait a deceder). Mais le docteur Wilson qui etait toujours present et irreprochable etait aujourd'hui quelqu'un sur qui on ne pouvait visiblement pas compter. Pourtant, elle avait appelle maintes et maintes fois sur le telephone du cancerologue, persuadee qu'il decrocherait a la premiere sonnerie, comme a son habitude. Ce silence commencait d'ailleurs a mener son anxiete a son paroxisme. Quand au diagnosticien, elle n'avait pas meme chercher a le joindre car elle savait pertinement que ce dernier se contenterait d'ecouter d'une oreille distraite le message laisse sur son repondeur et qui serait d'ailleurs efface a la seconde ou celle ci le transmettrait. A quoi bon appeller quelqu'un qui ne reponds jamais ? Elle soupira et regarda une nouvelle fois par la fenetre. Rien. C'est alors que face au paysage desert du hall exterieur de l'hopital, la doyenne vit sous ses yeux s'y superposer une image qui la hantait depuis un moment deja. Celle d'un House tremblant, un House qui penait a reprendre ses esprits et qui semblait avoir roule a cent a l'heure, un House qui ingerait plus de huits vicodines a la minute. Elle devait bien admettre que malgre toutes ces pensees qu'elle enumerait pour se rassurer, elle s'angoissait terriblement a l'idee qu'il eut pu lui arriver quelque chose. Depuis quelques temps, elle constatait un changement dans son comportement, une certaine perturbation. Quelque chose etait en train de changer en lui, elle le sentait au plus profond d'elle meme. Secouant la tete, elle chassa ses sombres pensees. Apres tout, peut etre s'inquietait elle inutilement. Elle avait toujours ete de nature nerveuse et angoissee. C'est avec un noeud au ventre qu'elle decida donc de vaquer a ses occupations, retournant s'assoir a son bureau pour potasser une pile de dossiers qui s'y trouvaient poses depuis plus d'une heure.

House boitait legerement lorsqu'il franchit la porte de l'hopital. Il regarda aux alentours. Aucune trace de Cuddy. Peut etre allait il pouvoir passer outre son retard pour se retirer dans un endroit paisible ? Mais ses espoirs furent mis en miette peu de temps apres que cette reflexion eut atteint son cerveau.

Cuddy : House !
House *avec une voix d'enfant et un air faussement coupable* : Oh la la, pas la peine de hurler. Mon reveil n'a pas sonne madame la directrice !!!
Cuddy : Vous etes en retard de plus de 2 heures ! Qu'est ce que vous fichiez ?
House : J'ai decale le jour de la call-girl et l'ait fait venir un peu plus tot ... Ca devenait urgent !

Cuddy leva les yeux au ciel avec un air excede. Finalement, elle s'etait encore inquietee pour rien.

Cuddy : Vous allez me devoir le double de consultations !
House *voix plaintive* : Oh non ! Pitie m'man !!!
Cuddy : Il n'y a pas de mais qui tienne : allez en consultations immediatement ! Et je ne veux pas y voir Chase a votre place.

Cuddy s'eloigna a grands pas, offrant une magnifique vision arriere au diagnosticien. Cependant, contrairement a l'accoutumee, il n'en profita nullement et eut un sourire faible. Il avait encore reussit a duper son entourage. Une nouvelle fois, Cuddy etait persuadee qu'il etait toujours le meme "sale con" et que rien n'avait change en lui en ce moment meme. Mais elle se trompait. Il regarda la main qui tenait le peaummot de sa canne. Le bandage etait bien serre. Il se dirigea alors vers son bureau, ou l'attendaient Foreman, Chase et Cameron. L'impatience provoquee par son retard etait palpable. Tout comme la tension qui se declenchait de Foreman, visiblement de tres mauvaise humeur.

Chase : Vous etes en retard !
House *sarcastique* : Brillante observation ! Faudra songer a reclamer une promotion ...
Foreman : On vous attend depuis plus de deux heures !!!
House *moqueur* : Ah non, desole ! Pour vous il va falloir attendre ... Il faut croire que les noirs ont plus de difficultes a monter en grade. Allez savoir pourquoi ...

House les fixa d'un air narquois, visiblement fier de sa repartie. Il avait fait mouche au niveau des deux males qui etaient maintenant muets comme des carpes. La partie etait gagnee puisqu'il ne restait plus que Cameron. Cette derniere s'appretait d'ailleurs a le reprimander lorsqu'un detail attira son attention.

House *sarcastique* : Eh bien Cameron. C'est votre tour non ? Vous ne dites rien ? Allez y ! Montrez plus d'originalite que ces deux nigauds que je puisse un peu afficher de ma superbe repartie.
Cameron *l'air inquiet* : V... Votre main ! Qu'est ce que vous vous etes fait ?
House : J'aurais espere ... quelque chose d'un peu plus drole ! *evasif* Mais peu importe, on va faire avec. Je l'ai un peu trop utilisee pour mon plaisir personnel, alors elle est legerement en panne. Que se passe t-il pour notre patient ?

Cameron resta abasouride puis repondit a la question de son superieur. De toute maniere, il ne lui repondrait pas.

Cameron : Toujours dans le coma ...
House *surpris* : Dans le coma ? *reprenant ses esprits* Ah ! Oui c'est vrai ... *sarcastique* Bon et bien j'imagine qu'il ne peut pas aller plus bas ... Sauf bien sur s'il meurt ! Mais je vous fais confiance pour ca, je sais que cela sera surement le cas ... Enfin, essayez de farfouiller un peu avant histoire de nous decharger du plus gros des responsabilites ... Sur ce, vous savez ou est Wilson ?
Cameron *deconcertee* : Euh ... Dans ... son bureau !

Sur ces paroles, House traversa le balcon et atterit dans le bureau de son ami, qui se trouvait seul a son grand regret.

Wilson : House ... Une matinee sans te voir aurait ete un don du ciel. Mais je ne suis pas aussi optimiste. Qu'est ce que tu veux ? Une ordonance de vicodine ? Un conseil sur une situation que tu n'as pas envie de m'exposer ? Une aide pour emmerder Cuddy ? Raconte ...
House *sarcastique* : Les trois me conviendraient tres bien ... Je dois vraiment choisir ?

L'oncologue leva les yeux au ciel.

House *sarcastique* : Bon alors je prend la vicodine. Et c'est mon dernier mot Jean-Pierre.

Wilson sortit de son tiroir une ordonance qu'il rediga, signa et tendit au diagnosticien. Ce dernier lui rendit un grand sourire et se dirigea vers la porte, arrete brusquement par son ami.

Wilson *mentant* : Au fait ... Hier, tu ne saurais pas par hazard qui m'aurait raccompagne chez moi ? Je me suis reveille dans mon appartement alors que j'avais eu un malaise entre l'hopital et chez moi.

House marqua une pause. Bien evidement, Wilson mentait pour masquer le fait qu'il etait allee se souler dans un bar. Sans savoir que c'etait precisement House qu'il avait appelle et qui l'avait ensuite raccompagne ivre mort jusqu'a ses appartements. Il repondit le plus simplement du monde, en y mettant le plus d'ironie possible.

House : Aucune idee ... Consulte ton journal des appels. Peut etre le numero de mere Theresa s'affichera t-il ? Qui sait ...

Et il partit. En sortant du bureau de son ami, il resongea a son pere. Demain, il se rendrait a l'hopital.
Lorsque le diagnosticien eut referme la porte, l'oncologue s'executa et prit son telephone pour consulter les appels recus. Rien. Mu par un intuition soudaine, son doigt rippa sur le cote pour se diriger vers la liste de la totalite des appels, section confondues. Et c'est avec etonement qu'il vit l'ecran afficher en tant que dernier appel un numero auquel il n'aurait jamais pense :

House

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