Harry eut peine à le croire, mais il était pourtant à la bonne adresse, comme il le vérifia à trois reprises pour s'assurer qu'il ne rêvait pas. Planté devant un haut portail de fer forgé, il observa la longue allée de pierre blanche qui serpentait au beau milieu de deux vastes pelouses bordées de rosiers pour arrêter son parcours devant le large perron d'une haute demeure apparemment abandonnée depuis peu.

Les fenêtres étaient encore intactes, les pelouses tondues, les rosiers soigneusement taillés et malgré la distance, Harry aperçut nettement la peinture lisse et sombre qui couvrait la porte d'entrée. Comment Lysandra était-elle parvenue à lui obtenir une pareille demeure, il se le demandait bien et regrettait de ne pas s'être davantage intéressée à elle quand il était avec Dauran. Il n'avait aucun doute, cependant, que l'ancienne enseignante de Dumbledore ait vécu au moins plus de mille ans.

Harry plongea une main dans sa poche et en sortit une clé ouvragée, qu'il inséra dans la serrure sans se donner la peine de la tourner. Ce fut de toute manière inutile : le portail émit un déclic dès que la clef fut à sa place, puis il s'écarta pour libérer le passage au nouveau propriétaire. Encore déconcerté par la richesse de la propriété, Harry resta immobile un moment puis s'avança finalement le long de l'allée, le parfum des roses blanches et rouges venant lui chatouiller le nez.

Maintenant qu'il y repensait, il lui paraissait que l'après-midi n'avait duré qu'une heure. Le soleil qui se couchait, toutefois, démontrait que les innombrables bavardages de Dauran et Harry avaient duré de longues heures. Le vieil homme s'était beaucoup intéressé à Harry, à son histoire, puis il avait posé de nombreuses questions à propos de Dumbledore, comme si l'opinion de Harry sur l'illustre directeur de Poudlard suffirait à déterminer si oui ou non Dumbledore était digne de confiance.

Harry atteignit le palier. La porte s'ouvrit d'elle-même mais, cette fois-ci, la raison fut beaucoup plus physique qu'un sortilège quelconque : dans l'encadrement apparut une petite créature à la peau grise comme la pierre, une crête de cheveux vert vif sur le crâne, ses grands yeux ronds et bleus impatients de démontrer toute la capacité de leur propriétaire.

─ Bonjour, monsieur ! s'exclama la créature d'une voix fluette. Entrez, monsieur. Dame Lysandra m'a chargé de vous accueillir, monsieur, et de m'assurer que vous soyez bien installé, monsieur, mais vous arrivez plus tôt que je ne m'y attendais, monsieur.

Harry pénétra dans le hall d'entrée, étrangement petit comparé aux dimensions de la demeure. Placée au centre, une simple table décorée d'une nappe en dentelle et d'un vase chargé de roses prélevées du jardin officiait comme unique meuble de l'entrée. A gauche et à droite, ainsi qu'au fond, des portes se proposaient d'atteindre d'autres pièces – sans aucun doute possible plus grandes.

─ Par ici, monsieur ! couina la créature. Par chance, j'ai trouvé un vieil aquarium. Vous pourrez mettre votre fleur à l'intérieur, monsieur, mais je vous conseillerais d'en cueillir davantage dès que l'occasion se présentera. Elle risquerait de se sentir bien seule, sinon, monsieur.

Apparemment, la créature soupçonnait Harry de considérer la fleur donnée par Dauran comme une sorte d'animal de compagnie aquatique. Le jeune homme ne répondit pas, encore un peu déstabilisé par l'accueil énergique de la créature, qui l'entraîna vers la porte de gauche.

Un grand salon se présenta aux yeux de Harry. Deux fauteuils confortables faisaient face à une grande cheminée au manteau lambrissé, chacun côtoyé d'une petite table basse circulaire destinée à accueillir tout couvert si Harry décidait de manger devant un bon feu de bois. Beaucoup plus longue, une autre table de chêne aux pieds effilés trahissait la réception d'invités de la part des anciens propriétaires qui, au grand plaisir de Harry, avaient bon goût. Au moins, il n'aurait pas à s'adonner à une longue séance de décoration, car les murs bleu clair lui convenaient parfaitement.

─ Monsieur désire-t-il manger quelque chose ? s'enquit la créature.

─ Heu… Non merci, répondit Harry. Le déjeuner me pèse encore un peu sur l'estomac, pour l'instant.

─ Soit, dit la créature. N'hésitez surtout pas à me prévenir si vous avez faim ! Je vous laisse découvrir la maison, monsieur, il reste encore quelques pièces qui nécessitent un brin de ménage, monsieur.

Et la créature se précipita vers une porte cachée derrière une imposante armoire qui, sans doute, avait contenu toute la vaisselle de valeur des anciens propriétaires. Harry laissa tomber son sac à dos sur un fauteuil et repéra l'aquarium rempli d'eau, posé sur une commode. Extirpant délicatement la fleur de son sac, il l'emmena jusqu'au contenant et la laissa tomber à l'intérieur.

Pendant une minute sceptique, Harry la regarda sombrer doucement jusqu'au fond de l'aquarium en espérant secrètement qu'il se produirait quelque chose d'incroyable. Mais il fut bien forcé d'admettre que c'était une simple fleur qu'il venait de noyer dans un simple aquarium rempli d'une eau tout à fait banale. Un peu contrarié que Dauran ne lui en ait pas dit davantage, Harry se détourna de l'aquarium et suivit le conseil de la créature.

Aussi imposante fut-elle de l'extérieur, la maison paraissait avoir été bâtie très simplement. Après être sorti du salon en empruntant la même porte que la créature, Harry longea un couloir qui traversait son manoir sur toute sa largeur. Il ouvrit toutes les portes qu'il croisa pour y découvrir un bureau, une salle de bain, une modeste bibliothèque, la cuisine très spacieuse, un placard à balais et deux chambres pour les amis. Du moins présuma-t-il qu'elles étaient destinées aux invités, car il ne voyait pas vraiment ce qu'il pouvait y avoir à l'étage sinon.

L'une des portes se révéla être celle du fond de hall d'entrée, mais Harry s'intéressa surtout à l'escalier qui lui faisait face. Etroit, il il s'enroulait autour d'un gros pilier pour permettre l'accès à l'étage et aux sous-sols. Des entrailles de la demeure lui parvenait une agitation significative : la créature se trouvait en bas. Harry entama donc une ascension.

Arrivé sur le palier du premier – et dernier – étage, son regard saisit quasi-instantanément la présence de deux rideaux de satin vert. Les deux grands morceaux de tissu auraient facilement pu dissimuler une porte… ou un portrait à taille réelle. Prudent, presque à contrecoeur, Harry s'approcha des rideaux en priant mentalement qu'il ne s'agisse pas d'un tableau. Il n'oubliait pas Mrs Black et ses hurlements injurieux, au 12, square Grimmaurd.

Ecartant très légèrement les deux rideaux, Harry poussa un soupir soulagé. Par l'entrebâillement, il ne distinguait rien d'autre qu'une porte en bois. Un autre bureau, trois chambres, deux salles de bains, un placard à balais, un salon et une dernière bibliothèque se partageaient le premier étage. Harry n'eut pas la moindre hésitation pour choisir sa chambre : il opta pour la plus grande, car elle affichait les mêmes couleurs que Gryffondor.

Lorsqu'il redescendit au rez-de-chaussée, les lampes à gaz s'allumèrent d'elles-mêmes pour anticiper la tombée de la nuit. Se dirigeant vers le salon, Harry découvrit deux hiboux posés sur la longue table. Il reconnut sans peine le journal de La Gazette du sorcier que tenait l'un d'eux, mais l'autre oiseau lui apportait une lettre.

Débarrassant les deux rapaces de leurs missives respectives, Harry s'intéressa d'abord à la lettre tandis que le hibou lui apportant La Gazette du sorcier repartait par la fenêtre, sans même réclamer sa Noise. Harry ne se laissa même pas surprendre par ce départ précipité : avec un saut périlleux de son estomac, il reconnut le blason de Poudlard sur l'enveloppe.

Cher Mr Potter,

Nous accusons bonne réception de votre demande d'inscription au collège de sorcellerie Poudlard et vous confirmons d'ores et déjà votre adhésion à la liste de nos étudiants.

Après étude de votre dossier scolaire, il a été établi que vous possédiez les compétences requises pour poursuivre votre projet de carrière d'Auror. Vous recevrez donc, d'ici la fin du mois, un parchemin vous indiquant les fournitures demandées dans les matières suivantes : potions, sortilèges, botanique, défense contre les forces du Mal et métamorphose.

Si vous désirez prendre une option, nous vous prions de bien vouloir nous le faire savoir par retour de hibou.

Vous souhaitant de bonnes vacances,

Minerva McGonagall

Directrice-adjointe.

C'était une chose d'avoir conscience de se trouver dans une époque précédant sa naissance de trois ans mais c'en était une autre d'en avoir la preuve irréfutable sous les yeux. Fasciné, Harry relut plusieurs fois le poste occupé par le professeur McGonagall, comme s'il n'y en croyait pas ses yeux, ce qui était à peu près le cas. Alors, tout ceci n'était effectivement pas un rêve…

Dumbledore était vivant, ainsi que ses parents, Sirius et toutes les victimes de Lord Voldemort depuis ce jour. Bartemius Croupton, Amelia Bones, Emmeline Vance… le premier Ordre du Phénix était sans doute intact, aujourd'hui. La simple idée de rencontrer, au hasard ou non, la première opposition digne de ce nom au règne de Voldemort angoissait autant Harry qu'elle le fascinait. Faire la connaissance du premier Ordre du Phénix était effectivement réjouissant, mais connaître le funeste destin de la plupart de ses membres était beaucoup moins joyeux.

Les pensées de Harry convergèrent alors dans une toute autre direction. Lysandra ne plaisantant pas quand elle parlait de prendre les choses en main : en moins d'une journée, elle était parvenue à écrire à Poudlard pour l'y inscrire, à lui trouver un foyer bien à lui, à l'abonner à La Gazette du sorcier comme le prouvait le départ précipité du hibou ; bref, elle avait réalisé un travail prodigieux en une journée. Il n'y avait qu'une seule question que Harry se posait : comment Lysandra savait-elle qu'il ambitionnait de devenir Auror ?

Constatant que Harry ne prendrait pas d'option, le hibou de Poudlard poussa un hululement en guise de salut et repartit, laissant le jeune homme s'intéresser au journal après avoir reposé la lettre envoyée par le professeur McGonagall.

Sous la manchette : DES PHENOMENES INEXPLIQUES AGITENT LA COMMUNAUTE MAGIQUE qui s'étalait sur deux lignes, une photo en noir et blanc et animée montrait la grosse épave d'un voilier qui s'était visiblement fracassé contre les récifs d'une quelconque côte britannique. Enfin en mesure d'en apprendre davantage sur les « petits dommages collatéraux » dont parlait Flyis, Harry s'empressa de lire l'article :

« La magie est instable ! » En 1658, cette déclaration du théoricien français Louis Desforais lui avait valu d'innombrables moqueries de ses condisciples de la Ligue Internationale des Mages. Au vu des évènements actuels, cependant, il est permis de se demander si Desforais n'était pas dans le vrai !

Tout au long de la nuit et de la matinée, des évènements inexplicables se sont produit aux quatre coins du pays, pour la plupart décelés par le Service des usages abusifs de la magie. Maria Esperanto, une employée, était de garde lorsque le premier mystère s'est manifesté :

«Une détection d'une infraction au Code du Secret se déroule généralement en trois étapes, quatre si un ou plusieurs Moldus sont témoin de cette infraction, nous explique-t-elle. Vous avez la nature du sortilège employé, sa position, l'heure de son invocation et, si témoin Moldu il y a, un chiffre révélant le nombre de Moldus ayant assisté à l'acte magique.

« Mais cette nuit, notre système de détection est devenu complètement fou ! En théorie, une détection d'infraction occupe grand maximum deux lignes, mais ça dépasse rarement la première. Cette nuit, je me suis retrouvée à courir en tous sens pour offrir un support où les infractions pourraient être notées et ce, pendant plusieurs heures ! Sauf qu'à la place de l'anglais, les indications étaient formulées dans une étrange langue runique, à l'exception des noms des adresses où ces phénomènes se sont produit. »

Ainsi, à vingt-trois heures quarante-six, sept Moldus habitant Gloucester ont été les victimes de deux créatures non identifiées apparues sur les docks.

Trois heures plus tard, à moins d'un mille de la côte écossaise, un bateau de pêche assistant à la très étonnante apparition d'un énorme voilier d'un autre temps venu s'écraser quelques minutes plus tard contre les récifs. Prompts à réagir, les Aurors et les Oubliators de garde ont rapidement interrogé les témoins et procédé à l'effacement des évènements de leurs mémoires.

« Les témoignages rapportent qu'un grand combat se livrait sur le navire, nous révèle un Auror. Des sortilèges fusaient en tous sens, comme en témoigne le Service des usages abusifs de la magie, et nous pensons que ces duels expliquent le fait que le navire ait été s'échouer contre les falaises. Cependant, il reste quelques points à éclaircir, comme cette « étrange fusée rouge » qui aurait décollé du navire avant l'impact. »

Etrange fusée rouge qui, semble-t-il, a parcouru un long chemin, car aperçue par plusieurs dizaines de Moldus depuis la ville de Dundee jusqu'à celle de Liverpool. Les témoignages, en outre, affirment que plusieurs marins auraient échappé à l'échouage :

« Les Moldus nous ont assuré avoir entendu d'étranges coups de fusil (sorte de baguette magique très longues utilisées par les Moldus pour s'entre-tuer ou chasser). Or, nous savons qu'un transplanage se rapproche de ces détonations. »

Le dernier évènement repéré par le Service des usages abusifs de la magie s'est produit dans le nord de l'Angleterre, où quatre campeurs Moldus ont été retrouvés morts, la poitrine lacérée par d'autres créatures pour le moment non-identifiées.

Suite à l'échec cuisant de sa tentative d'étouffer ces affaires, le ministère de la Magie nous a conviés à rencontrer Norman Cole, le ministre, dans son bureau :

« Nous ne disposons encore d'aucune certitude sur ces évènements, nous avoue-t-il, mais n'allez pas croire que nous les considérons comme de simples faits divers. La langue runique est déjà étudiée par une équipe d'experts et nous avons convoqué plusieurs des meilleurs spécialistes britanniques sur les créatures magiques afin de procéder à l'identification des créatures qui ont attaqué ces malheureux Moldus à Gloucester et dans le nord du pays. Des sorciers de la Brigade magique se préparent déjà, par ailleurs, à plonger pour atteindre l'épave et en ramener tout ce qui pourrait nous être utile. »

Comme pour prouver le sérieux accordé par le ministère de la Magie à tous ces phénomènes, Norman Cole nous convie à assister aux recherches des sorciers de la Brigade magique, qui remontent déjà de nombreuses choses à notre arrivée sur les lieux.

Outre des instruments maritimes, des boulets de canon, des voilures et des tonneaux de poudre, d'eau et d'alcools, les sorciers de la Brigade magique découvrent bientôt plusieurs livres de bord, ainsi que des pavillons pirates et des cadavres d'hommes.

« Les premières observations laissent à penser que tous ces hommes étaient des sorciers, nous indique un employé. Nous pensons également que ces pirates détenaient quelqu'un en otage, car une cellule se détache des autres par son confort, son approvisionnement en nourriture et en eau et, plus significatif que tout le reste, la dépouille retrouvée à l'intérieur semble avoir été dépossédée de sa baguette. »

Tandis que les fouilles continuent, aussi bien au ministère de la Magie qu'autour de l'épave du navire, et que nous imprimons, le ministère de la Magie s'efforce tant bien que mal d'apaiser la communauté sorcière venue en masse exiger des réponses.