Auteure : Azrael Geffen, le lien vers la fic originale est dans mon profil.

Traductrice : Falyla

Disclaimer : Les personnages de cette fic appartiennent à JK Rowling, l'intrigue, la trame et le talent sont à Azrael Geffen, je ne revendique que la traduction.

Titre : The Darkness

Paring : HP/HG au début, puis HG/SS et HP/DM

Rating : M

Avertissement : Cette histoire est une hétfic et un slash. Le slash implique des relations homosexuelles entre hommes, si vous faites déjà la grimace, cette histoire n'est pas pour vous. Homophobes, passez votre chemin.

Avertissement (bis) : « The Darkness » est une fic très, très sombre qui pourrait choquer certaines âmes sensibles. La trame de l'histoire est basée sur des meurtres rituels pratiqués sur des enfants. Si cette idée vous met mal à l'aise, même traitée par le biais de la fiction, ne lisez pas.

Voilà, pour celles et ceux qui ne sont pas partis en courant en lisant le paragraphe juste en dessus et qui me font confiance quant à la qualité de cette histoire, bonne lecture.

Note de la traductrice : Le chapitre 5 est en cours d'écriture. Patience donc…

Chapitre 4 – 3ème partie

- Vous avez l'air bien pâle, Miss Granger, fit Snape, affable. Je ne m'attendais pas à ce qu'une Auror telle que vous soit facilement dégoûtée par de telles choses.

Elle lui décocha un regard plein de haine.

- J'ai été assez chanceuse dans ma vie pour ne pas avoir beaucoup d'expérience avec les viols, meurtres et mutilations d'enfants, cracha-t-elle. En revanche, je m'attendais bien à ce qu'un salopard insensible tel que vous ne bronche pas en voyant ça.

- Tss, tss, Miss Granger, dit-il et il semblait sincèrement amusé. De tels éclats vont difficilement plaider votre cause. Je pensais juste que vous vouliez vous occuper de cette affaire.

Elle commença à se haïr de permettre à son détachement de glisser et l'amusement suffisant qui perçait dans la voix de Snape ne fit que l'irriter davantage. Une fois de plus, elle se sentit remplie du désir de le gifler mais elle y résista. Elle était ici pour enquêter sur les Sangoma, pas pour ressentir de la compassion pour les victimes.

- J'ai besoin d'air frais, dit-elle en luttant pour bouger ses pieds.

- Aimeriez-vous marcher alors ? demanda-il.

Il avait l'air de vouloir l'accompagner et elle le stoppa.

- Pas avec vous, rétorqua-t-elle, laissant enfin son hostilité faire son chemin en elle.

Elle chercha son sac sur le sol et le récupéra si violemment qu'elle renversa presque la table.

- J'ai vu un marché un petit peu plus loin. Je suis certaine que j'arriverai à marcher jusque-là sans votre assistance.

- Je ne sais pas si vous devriez vous promener seule dans les rues, Miss Granger.

Il lui lança un mince sourire condescendant.

- Ce ne serait pas très prudent. Le Muti vous affecte encore.

- Je me sens bien et ce dont j'ai besoin, c'est marcher, quelque chose que je peux faire sans votre aide.

- Comme vous voulez, je suis sûr que vous savez ce qui est mieux.

Elle le dévisagea longuement. Manifestement, le mieux aurait été de se joindre à Harry pour boycotter la rencontre avec ce connard graisseux. Elle se hérissa, sa figure rougit d'exaspération tandis qu'il se versait une autre tasse de thé avec une expression satisfaite sur le visage. Ça lui avait pris des années pour se débarrasser du poison qu'était Snape en tant qu'enseignant et maintenant il était là, l'infectant à nouveau avec une simple remarque insolente.

- Je n'en ai que pour une quinzaine de minutes, dit-elle, refusant de laisser tomber et d'accepter qu'il avait probablement raison.

Il leva sa tasse et se renfonça dans sa chaise.

- Je vais compter chaque seconde jusqu'à votre retour, rétorqua-t-il, le sarcasme dégoulinant de chaque mot.

Hermione ne s'inquiéta pas de répondre, elle voulait seulement s'éloigner de lui et sur un dernier regard furieux, elle sortit.

°°°§§§°°°

Severus Snape pensait, plutôt avec raison, que peu de personnes pensaient qu'une femme puisse un jour le trouver attirant. Il poussa sa conjecture plus loin en supposant que la plupart des femmes qu'il avait connues auraient reculé d'horreur s'il les avait regardées d'une manière sexuelle. Il était pleinement conscient des rumeurs qui circulaient dans les couloirs de Poudlard, Ecole de Magie et de Sorcellerie. Rumeurs qui le traitaient de puceau ou, à l'autre bout de l'échelle, de violeur qui utilisait le Sortilège d'Impérium sur ses victimes. C'était l'un ou l'autre ou encore qu'il était un pervers qui fréquentait le bordel de Madame Umberto dans les faubourgs de Pré-au-Lard.

De telles spéculations et de telles railleries émanaient de la part de ceux qui le connaissaient à peine et elles étaient, bien sûr, complètement fausses. Ça aurait vraisemblablement choqué les gens au-delà de toute mesure de savoir qu'en dépit de sa malheureuse apparence, Snape s'était arrangé – après un départ quelque peu tardif – pour entretenir une activité sexuelle plutôt saine pendant presque toute sa vie d'adulte. A 46 ans, il avait eu l'expérience de quatre relations avec des femmes qu'il avait estimées, puis désirées ou vraiment aimées. La plus courte de ses liaisons avait duré quatre mois, la plus longue, cinq ans.

Ça semblait plutôt naturel que celle dont il était tombé amoureux était aussi celle avec qui il était resté le plus longtemps. Elle était aussi assise derrière le comptoir du petit café, broyant du noir en pensant au salaud qu'il était.

Ses goûts le poussaient vers les petites femmes minces à belle poitrine. Nkele n'avait qu'une de ces qualités. Elle était grande et musclée avec des seins hauts perchés qu'il trouvait plutôt enivrant auxquels il était presque impossible d'y résister… presque. Il aimait aussi les singularités dans les traits d'un visage ; quelque chose dont il pouvait s'émerveiller ou dans lequel il pouvait se perdre. Un nez légèrement courbé, des yeux de couleurs différentes, des taches de rousseur, des cicatrices intéressantes. Mais il y avait quelque chose qui outrepassait n'importe quelle objection qu'il pouvait avoir à propos d'une femme. Severus Snape avait une faiblesse pour les femmes qui ne craignaient pas de lui dire exactement ce qu'elles pensaient de lui. Il appréciait les femmes fortes qui prenaient plaisir à un bon argument. Il appréciait même ça quand elles lui jetaient des insultes.

Il était bien conscient de l'ironie que si Potter avait été une femme (et de dix ans plus âgée), il se serait probablement abaissé à se mettre à genoux pour lui proposer le mariage.

En voyant Hermione Granger sortir en trombe du café, il ne put s'empêcher de sentir une vague d'attirance. La même que celle qu'il avait ressentie lorsqu'il l'avait vue la première fois à l'hôtel. Ce n'était pas une belle femme. Elle était assez jolie mais ce n'était certainement rien comparé à Nkele. Mais la beauté n'avait jamais été en tête de liste des attributs désirables de Snape. Après la sortie fracassante de Hermione, le visage figé en une expression de mépris et de dégoût, il se demanda si quelqu'un avait remarqué qu'il avait ouvertement salivé.

Il s'appuya contre le dossier de sa chaise avec son thé et se permit un bref instant d'avoir un obscène petit rêve éveillé à propos de ce que Miss Granger pourrait peut-être faire avec sa petite bouche entaillée et il sentit un diabolique sourire s'étirer de lui-même.

Nkele l'observait et il savait qu'une fois Hermione partie, elle reviendrait. Il congédia son rêve éveillé et cessa de sourire. Il attendit qu'elle s'approche. Il l'avait aimée. Ça semblait loin maintenant et pourtant il y avait moins d'une année qu'il y avait mis fin. Il s'était conduit comme un imbécile pour elle et il en était pleinement conscient. Il s'était permis de devenir si épris que c'était comme si le soleil se levait et se couchait avec elle. Il s'était réchauffé à sa gloire pendant cinq ans, stupéfait que quelqu'un d'aussi magnifique l'ait choisi. Elle était l'une des quelques personnes qui avait la capacité de le faire rire. Elle était dix ans plus jeune que lui, la fille d'une Sangoma locale et d'un homme blanc avec qui elle avait travaillé durant les années d'Apartheid. Nkele avait renoncé au chemin des Sangoma, son sang était corrompu, et elle avait travaillé au Spaza Shop local, vendant des fruits et légumes à un prix excessif à ceux qui n'avaient d'autres choix que de payer la somme demandée. Son destin avait changé trois ans auparavant lorsque son père mourut et surprit tout le monde en laissant de l'argent à sa seule fille. Elle avait acheté le café et sa propre petite maison bétonnée à deux chambres à Khayelitscha.

Comme de nombreuses familles dans les townships, la mère de Nkele et ses frères et sœurs vivaient dans les deux pièces de sa maison. Ils trouvaient ça plutôt confortable si on considérait qu'ils avaient été élevés dans une cabane de tôle ondulée dans les faubourgs de la ville. Sa sœur Katiya tenait le café et lorsqu'ils étaient ensemble, Nkele vivait avec lui, sortant rarement de Khayelitsha et détestant mettre un pied dans le café. Elle avait vu dans son acquisition une façon de donner un meilleur gagne-pain à sa famille ; elle avait escompté rester avec Snape pour toujours.

Il l'avait rencontrée dans un marché Muti. Il avait été fasciné par le Muti quand il était arrivé en Afrique du Sud, la plupart des sorciers qui ne l'avaient pas expérimenté l'étaient. Il était allé voir le Sangoma et comme son amour des potions n'avait aucunement diminué depuis qu'il était à l'école, il découvrit que leurs marchés étaient de véritables trésors de produits exotiques qu'il n'aurait jamais pensé utiliser. Nkele pouvait bien refuser le chemin des Sangoma mais cela ne l'empêchait de vouloir continuer dans la tradition familiale. Elle pouvait aussi désigner un sorcier quand elle en voyait un.

Elle avait été attirée par son pouvoir, quelque chose qu'il avait choisi d'ignorer, considérant la perspective de coucher avec une beauté locale. Il ne s'était pas attendu à ce que leur relation se développe mais il ne l'avait certainement pas regretté.

- Qui est-ce ?

Snape sursauta malgré lui. Il savait qu'elle allait venir vers lui ; il aurait dû s'y attendre et ne pas se permettre de se perdre dans ses pensées.

- Et bien ? exigea-t-elle de savoir, ses yeux verts flamboyant de jalousie. Qui est-ce ?

- Je te l'ai présentée, Nkele, répliqua-t-il avec un chuchotement qui avait le don de l'enrager. C'est Miss Granger. Elle a été mon étudiante, autrefois.

- Et qu'est-ce qu'une de tes anciennes élèves te veut maintenant ?

Nkele agita son calepin furieusement.

- Qu'est-ce qu'elle veut ici… avec toi ?

Il se donna la peine de soupirer profondément avec beaucoup d'emphase.

- Une fois encore, Nkele, Miss Granger est là pour étudier les Sangoma.

Il lui lança un sourire excessivement affable, l'agaçant un peu plus.

- C'est une Auror, Nkele. Tu sais ce que c'est ?

- Tu sais bien que non, siffla-t-elle.

- Une Auror, ma chère Nkele, est un officier de police sorcier. Elle travaille pour le Ministère de la Magie en Angleterre.

Remarquant sa réaction, il la poussa un peu plus, peut-être pour vouloir la blesser d'une certain façon.

- C'est une sorcière puissante, Nkele, ajouta-t-il en reniflant judicieusement. Une sorcière vraiment tout à fait remarquable … tu peux le voir, à un jeune âge.

La carnation caramel de Nkele rougit et il remarqua que cette couleur lui allait assez bien. Il sourit méchamment, content de lui et regarda comme sa jalousie et sa colère bouillonnaient à la surface. Il se demanda un instant si elle était capable de lui jeter le pot de thé dessus et il referma promptement sa main sur sa baguette de crainte de se retrouver trempé et ébouillanté. Bien qu'il prît plaisir à la contrarier, il était pleinement conscient que sa tendance à la violence équivalait bien sa nature malveillante à lui.

- Qu'est-ce que cette sorcière d'Angleterre veut aux Sangoma ? demanda-t-elle.

Snape poussa vers elle d'une façon désinvolte une photo à travers la table et elle regarda vers elle trop longtemps avant de réaliser ce qu'elle voyait. La compréhension la frappa soudainement et elle glissa dans l'horreur. Ses lèvres charnues se retroussèrent sur ses dents tandis qu'elle aspirait une violente goulée d'air à travers elles.

- Quoi ?

Elle jeta un coup d'œil à la photographie puis revint sur lui.

- Qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce que ça a à faire avec moi ?

- Ceci n'a rien à faire avec toi, Nkele, rétorqua-t-il, prenant plaisir à son inconfort tandis qu'il glissait la photo dans le dossier. C'est un meurtre Muti et c'est la raison pour laquelle elle est ici. Comme tu n'es pas une Sangoma, je ne m'attends pas à ce que tu ne saches quoi que ce soit à propos de ça.

Une fois de plus, elle rougit et ses doigts se contractèrent, avançant petit à petit à travers la table puis reculant, comme s'ils étaient douloureux de faire quelque chose qu'elle n'osait pas.

- Je sais ce qui constitue un meurtre Muti, dit-elle, sa voix se cramponnant à un mince contrôle. Je suis une indigène, Severus.

Snape sourit soudainement, quelque chose qui était rare chez lui et il inclina sa tête en la secouant.

- Est-ce que tu viens de te traiter d'indigène ? demanda-t-il d'une telle manière que c'était comme s'ils étaient encore amis.

- Tu sais ce que je veux dire, répondit-elle irritée mais un sourire s'étira sur sa bouche.

Elle se détendit un peu et le fixa également.

- Alors pourquoi est-ce que ton amie s'est enfuie comme une petite souris blanche effrayée ?

Ses sourcils s'arquèrent d'étonnement à sa perception de l'événement.

- J'appellerai ça difficilement « s'enfuir », dit-il. Excellent thé, au fait.

- Merci. J'ai ajouté de la cannelle et de la cardamome. Elle est partie à la hâte, alors ?

- Je crois qu'elle avait besoin d'air, répondit-il.

- Tu as cet effet sur les gens, rétorqua-t-elle sèchement.

Il lui concéda le point.

- Pourquoi m'as-tu caché ta maison ? s'enquit-elle.

Il pouvait voir à l'expression de son visage qu'elle avait décidé que la poursuite d'informations à propos de Miss Granger n'était plus si importante. Nkele était concernée par les problèmes de cœur et il savait qu'il avait été chanceux à vrai dire d'éviter toute discussion à ce propos. Ce n'était qu'une question de temps avant qu'elle ne l'assaille à nouveau.

Mais pour l'instant, elle était assise en face de lui, elle ne semblait pas hystérique, juste fatiguée et lasse.

- Après sept mois de harcèlement à ma porte et de lamentations dans la rue, j'ai décidé qu'il serait plus prudent d'effacer la tentation de ta route.

- Je n'aurai pas eu besoin de te harceler à ta porte, ni de me lamenter dans la rue si tu m'avais laissé entrer !

- Et qu'est-ce que ça aurait amené, Nkele ? demanda-t-il d'une voix soyeuse. Si je t'avais permis l'accès à ma maison, tu te serais arrangée pour détruire toutes mes affaires, une fois de plus. Les réparer constamment était devenu plutôt ennuyeux.

- Je ne savais pas quoi faire, lui dit-elle et elle tendit la main à travers la table pour lui agripper le poignet.

Il commençait à craindre qu'elle ne se mette à pleurer, chose qu'il abhorrait et à laquelle elle excellait.

- Laisse-moi revenir, pleurnicha-t-elle. Je t'aime… Tu sais que je t'aime…

Il arracha son bras de son emprise si brutalement qu'il la fit grimacer de douleur.

- Oh, pour l'amour de Merlin, Nkele, ferme-la ! dit-il avec brusquerie. J'ai déjà entendu ces ridicules proclamations d'amour avant. On fait ça encore et encore, ressassant la même merde, et j'en ai assez…

Elle se recula de la table, intimidée par cette soudaine flambée d'humeur.

- Et si on se remet ensemble, poursuivit-il, qu'est-ce qui va se passer ? Ça durera quelques semaines et ça recommencera. Je ne peux pas te donner ce que tu veux. Je ne peux rien faire de plus que je n'aie pas déjà fait. Cesse de me suivre…

- Mais je le dois, murmura-t-elle. Je dois te suivre. Je t'aime.

- Si tu n'arrêtes pas, je te ferai cesser.

C'était une menace creuse. Il ne lui aurait jamais fait de mal et il était sûr qu'elle le savait. Cependant, le vernis de fragilité tomba et fut remplacé par une indignité supérieure.

- Tu ne peux pas me blesser, dit-elle d'un air hautain qui lui rappela combien il l'avait aimée. Tu ne peux pas me faire cesser.

Elle rit de lui et Snape pensa qu'il pouvait voir quelque chose dans ses yeux qui n'était pas comme il s'en souvenait. Il y avait une folie là, quelque chose qui n'avait été que suggéré dans le passé et qui surgissait maintenant pour la première fois.

- Nerothophile m'a dit que tu ne m'aiderais pas. Il m'a dit que tu garderais le pouvoir pour toi. Mais il peut me rendre puissante. Il peut me rendre si puissante que tu devras ramper dans la boue pour que je te pardonne !

- Ton frère est un malade, Nkele.

Il était surpris de cette soudaine vague d'inquiétude pour elle, juste au moment où il pensait qu'il s'était retrouvé comme avant.

- Tu n'as pas besoin de ce chuchotement d'insanités dans ton oreille. Débarrasse-toi de lui et termines-en avec ça.

Elle croisa les bras et secoua fièrement la tête.

- Tu le crains, dit-elle. Exactement comme il l'a dit.

Snape n'avait pas peur de son frère. Nerothophile était plus âgé que Snape et c'était un Sangoma contaminé par une folie que Snape avait rapidement soupçonné de toucher toute la famille. Il pouvait aussi être incroyablement charmant, s'environnant de disciples comme des évangélistes un peu cinglés, séduisant l'opprimé avec la promesse de quelque chose de plus que l'ennui de leur banale réalité. Lorsqu'ils étaient ensemble, Nkele s'était arrangée pour échapper au sermon de Nerothophile. Maintenant, il semblait qu'il s'était arrangé pour se faire écouter. Il avait promis de lui donner ce qu'elle voulait. Il lui avait promis le pouvoir.

Et son désir avide de puissance lui faire croire les idées démentes de son frère.

- Pourquoi ne rentres-tu pastout simplement chez toi, Nkele, dit Snape d'une voix lasse. Tu as l'air d'avoir besoin de dormir.

- C'est mon café ! cracha-t-elle.

Il vérifia sa montre dans sa poche et fronça les sourcils. Hermione était partie depuis plus longtemps que quinze minutes.

- Peut-être que tu devrais quitter mon café, continua absurdement Nkele.

Oui, sans doute le devrait-il. Il rassembla le contenu du dossier avant de se lever et de jeter quelques rands sur la table pour le thé.

- Bien, cria Nkele, cours après ta sorcière anglaise avant qu'elle ne trouve le chemin du marché Muti et qu'ils lui ne fassent un smiley (1) de sa petite tête blanche !

Un marché Muti ? Il y avait un marché Muti ? Il la fixa, triant dans les déchets de l'esprit de Nkele, à la recherche de n'importe quel fragment de ce qu'elle voulait dire exactement et le trouva. Un marché Muti, caché derrière le marché de la communauté. Exactement le genre d'endroit qui attirerait une Auror curieuse.

- C'est toujours un plaisir, Nkele, dit-il aimablement.

Puis il se dirigea vers la porte sans se retourner.

°°°§§§°°°

Hermione trouva, qu'une fois dehors dans la rue et seule, elle pouvait se débrouiller avec l'étrange nausée qui lui faisait tourner la tête. Elle s'apaisa doucement tandis qu'elle s'éloignait du café et de Snape. Aujourd'hui c'était la première fois depuis ses premières semaines maladroites à Poudlard qu'elle se sentait franchement incompétente. C'était Snape. Forcément. Il avait une façon de la faire se sentir comme une étudiante adolescente, une élève stupide de surcroît. Ce qui était ridicule si elle considérait qu'en tant qu'adolescente, elle n'avait jamais été ni stupide, ni incompétente. Mais assise en face de lui tandis qu'il débitait une liste d'atrocités avant de boire calmement son thé avait fait chanceler son esprit. Pour la première fois depuis qu'elle était devenue une Auror, elle se sentait écoeurée par ce qu'elle avait vu et entendu.

Hermione n'avait jamais voulu devenir mère. C'est-à-dire que depuis la mort de Ron, elle n'avait pas considéré la maternité comme une option. En tant qu'adolescente, elle n'avait pas envisagé ce que serait sa vie à vingt ans. Elle n'avait jamais pensé au mariage ni aux enfants et, avant qu'elle puisse même l'envisager, la chance de l'être un jour s'était envolée. Elle n'avait pas la fibre maternelle. Pour être maternelle, on devait avoir les qualités que Molly Weasley avait en abondance et elle n'en possédait aucune. Hermione était trop impatiente ; elle détestait l'idée qu'elle puisse donner naissance à un enfant et puisse être moins qu'excellente. Quand Harry lui avait demandé d'être la marraine de Luella, elle avait décliné cet honneur. La responsabilité était trop grande.

Cependant, pour quelqu'un qui n'était pas maternelle, elle ressentait de la compassion pour les enfants d'ici. Des enfants qu'elle n'avait jamais rencontrés. Elle n'arrivait pas à comprendre comment quiconque pouvait envisager de faire du mal à ces âmes si désarmées et confiantes. Son premier instinct était de penser que les Moldus étaient des imbéciles, à se tuer les uns les autres dans l'espoir de sauver leur propre petite vie pathétique, mais ensuite elle se rappela ce que les sorciers pouvaient s'infliger mutuellement. Est-ce que Voldemort n'avait pas une fois pointer sa baguette sur un bébé et prononcer le sortilège de mort ? Elle se ridiculisait à croire que les sorciers avec leurs baguettes et leurs anciennes croyances étaient un peu plus civilisés, mais c'étaient tous des barbares – les sorciers étaient juste moins sanglants dans leurs tueries.

Sans se soucier de comment elle se sentait et les pensées fusant dans sa tête, elle ne pouvait pas laisser Snape voir que de telles atrocités la perturbaient. Le faire eut été impardonnable. Généralement, elle était experte à contrôler ses émotions, mais pas aujourd'hui. Aujourd'hui, elle s'était assise en face de son ancien professeur et s'était sentie comme une enfant, et exactement comme une enfant, elle voulait s'écrouler. Elle n'était pas certaine de savoir pourquoi ; peut-être que c'était sa dispute avec Harry, peut-être. Et aussi qu'elle avait été droguée.

Peut-être que c'était Severus Snape qui s'était dirigé vers elle pour la rencontrer et qui avait achevé cette vraiment très mauvaise matinée.

Elle s'arrêta et regarda autour d'elle, examinant les alentours. Sa promenade avait assez longue et le calme du début de matinée avait disparu. Les gens étaient sortis et vaquaient à leurs occupations quotidiennes. De vieilles voitures cabossées dégageaient de la fumée derrière elles tandis qu'elles roulaient en bas de la route ; un groupe de personnes était rassemblé autour d'un arrêt de bus et conversaient dans une langue que Hermione ne comprenait pas. Khayelitsha était un cri loin de la beauté et de l'opulence de Cape Town – pas qu'elle ait beaucoup vu de la cité. En dehors de l'hôtel, elle avait vu l'intérieur de la salle de bal de Ministère et les voitures qui l'y avaient amenée ; mais il y avait une énorme différence entre ce qu'elle avait vu et ce township. Khayelitsha la faisait se sentir dans un tout autre monde.

Bien que le township soit plus bâti qu'elle ne s'y attendait, c'était manifestement un endroit misérable. Hermione ne put s'empêcher de remarquer qu'elle était la seule personne blanche qu'elle avait vu marcher dans les rues – avec l'exception de Snape, bien sûr, mais il ne comptait pas. Il semblait à l'aise, ici, mais Hermione se demanda si elle était tout à fait en sécurité puis se réprimanda en silence de cette pensée. Elle était une puissante sorcière ; il n'y avait pas de raison qu'elle craigne les Moldus.

Elle se demanda si une si terrible pauvreté était une excuse pour tuer des enfants dans la quête de quelque chose de meilleur. Ils devaient être désespérés de tenter une telle chose. Quelle sorte de remède promettait la chance contre la mort d'un enfant ? Hermione ne pouvait pas prétendre comprendre leur logique et réussir à concevoir leur culture était plus de travail qu'elle pouvait vraisemblablement accomplir en un ou deux jours. Elle devait se concentrer sur ce qu'elle devait découvrir ici. Elle avait besoin de savoir ce qu'un Sangoma pouvait espérer obtenir en ciblant les enfants de sorciers… et pourquoi ils avaient voyagé si loin de chez eux pour faire ça ?

Elle était presque certaine que c'était un Sangoma et non un leurre pour les écarter hors de la piste.

La création du Muti par le Sangoma qui les affaiblissait aurait travaillé à leur avantage dans un endroit tel que l'Angleterre. Pour en avoir ressenti les effets, Hermione était sûre que ça aurait facilement rendu les barrières de sécurité de Zabini sans valeur.

Le marché qu'elle avait remarqué de la route paraissait être maintenant un peu plus qu'un espace poussiéreux entre deux bâtiments et une collection bariolée de stands. Un brouhaha de voix montait de l'intérieur et contrastait joyeusement avec sa matinée morbide. Une table était en train d'être rapidement installée à l'entrée et tandis Hermione observait, on y plaça de nombreuses poupées vivement colorées. Elle sourit soudainement, intriguée par l'étrange collection et avant qu'elle ne puisse s'en empêcher, elle en prit une et la tourna dans ses mains. Elle était faite de perles, de centaines de petites perles aux couleurs vives cousues ensemble. Elle sourit à la poupée. Elle était allongée et mince et d'aspect primitif mais d'une manière ou d'une autre, sympathique et amicale.

- Celle-ci coûte quarante rand, dit une femme.

Le choc qu'on lui adresse soudain la parole fit sursauter Hermione.

- Pardon ? fit Hermione avec un sourire d'excuse, je suis désolée, j'étais dans la lune.

- Ce n'est rien. La poupée, elle coûte quarante rand.

- Oh…

Hermione agrippa son cartable et se demanda combien d'argent elle avait. Serait-ce grossier de dire qu'elle n'était pas intéressée ? Y avait-elle porté trop d'attention ?

- Je… Je ne sais pas si…

- Il y en a des moins chères, proposa la femme et elle sourit en prenant une poupée plus petite pour l'offrir à Hermione qui la regarda. Celle-ci est douze rand et celle-là, plus loin, coûte vingt rand.

Hermione repêcha son porte-monnaie dans sa sacoche et se maudit silencieusement quand elle réalisa qu'elle avait bien plus de Gallions, de Mornilles et de Noises que de rand moldus.

- Je n'ai que cinq rand…

Elle pouvait à peine le croire. Comment quelqu'un de sensé se rendait dans un pays étranger sans argent ? Qu'est-ce qu'elle s'était attendue à y faire, se soûler avec tous ceux qu'elle rencontrerait ? Cependant, elle savait qu'elle avait changé de l'argent à Gringotts avant de quitter Londres, sans doute l'avait-elle laissé à l'hôtel – ou avec Harry.

La femme la dévisagea, visiblement sceptique mais offrit à Hermione une broche avec une minuscule famille en perles. Cette dernière paya les cinq rand en rougissant d'embarras. Maintenant qu'elle n'avait plus d'argent du tout, elle ne pouvait qu'espérer que Snape allait payer pour le thé dans le café.

Hermione laissa le stand de poupées derrière elle et déambula dans le marché lui-même. Une fois à l'intérieur, elle réalisa que ce n'était pas aussi tapageur qu'elle l'avait d'abord cru. Le marché semblait être entièrement à l'usage des autochtones et il était rempli de produits et d'étalages offrant différentes sortes de nourriture – la plupart était cuisiné sur un feu de bois ou sur de petits réchauds de camping. L'odeur était immédiate et, Hermione ne put s'empêcher de le remarquer, affreuse. Mais la lumière du soleil qui filtrait à travers les auvents de jute était gaie, et la réchauffait un peu en dépit de la fraîcheur de l'air. L'air du marché était plus léger et elle pensa que peut-être, elle commençait à s'habituer au Muti.

Elle se frotta distraitement les bras et souhaita avoir pris son manteau avec elle. Pour quelques ridicules raisons, elle n'avait pas envisagé que l'Afrique pouvait être un endroit froid. De trop nombreux documentaires sur la nature vus dans son enfance avaient imprimés en elle l'image d'un pays sec rempli d'animaux exotiques. Elle avait simplement présumé que l'hiver serait chaud.

Snape avait à l'aise ici… bien, aussi à l'aise qu'un homme comme Snape pouvait l'être. Ici, dans cet endroit, d'une manière ou d'une autre, il paraissait posé. Bien plus posé que la plupart des Moldus ou qu'elle ou Harry ne le seraient jamais. Il n'avait plus ces ombres grisâtres sous les yeux dont elle se souvenait. Il ne paraissait aussi fatigué que Harry et elle l'étaient. Aussi incompréhensible que ça l'était pour elle, Snape s'était adapté à une nouvelle vie après la guerre bien plus complètement qu'elle. D'une façon ou d'une autre, ça ne semblait pas juste.

Mais si elle réfléchissait plus loin, elle pouvait voir qu'il avait compris la noirceur que les visages souriants de ces gens cachaient. Severus Snape connaissait la noirceur. Il avait vécu avec la plus grande partie de sa vie. Il était à l'aise avec elle. Et c'est pourquoi il était à l'aise ici.

Pourtant, elle se demandait comment il vivait ici. Comment pouvait-il résister à ça ? Le marché semblait plus léger mais elle se sentait encore vidée par le Muti. Même le paysage était si différent de l'Angleterre qu'elle avait le mal du pays et elle n'était pas là depuis vingt-quatre heures. Elle ne s'était jamais sentie si loin de chez elle. Le confort rudimentaire de son stérile petit cottage surgissait en détail dans son esprit et elle souhaita être de retour à la maison. Mais ce qu'elle souhaitait par-dessus tout était de retourner au Bureau des Aurors, assise derrière sa table de travail en s'entourant que tout ce qui lui était familier.

Pourquoi est-ce que ça la secouait ainsi ? Elle ne s'était jamais considérée comme une xénophobe avant, même si les quelques insuffisants voyages qu'elle avait fait dans sa jeunesse la classait difficilement comme une voyageuse du monde. Alors qu'elle avait toujours cru que Harry était celui qui ne voyageait pas bien, elle réalisa, dans un brusque éclair de lucidité, qu'elle était aussi mauvaise que lui. Elle dut secouer la tête à sa propre étroitesse et se résolut à prendre plus de temps désormais pour explorer de nouveaux endroits.

Malgré sa silencieuse résolution, il lui tardait encore de retrouver du familier. Il y avait bien longtemps qu'elle n'avait pas été secouée par quelque chose qui la faisait se remettre en question. Etait-ce vraiment les choses qu'il lui avait dites – ou était-ce lui ? Severus Snape était assis là, calme et suffisant tandis qu'il parlait de ces personnes violées et de ces bébés assassinés et ensuite, il avait bu son thé. Comment pouvait-il être si froid ?

Des atrocités étaient commises partout et c'était la première fois qu'elle était confrontée à la pauvreté à une telle échelle. Elle pouvait difficilement le blâmer lui ou cet endroit pour son inconfort. Elle pourrait s'asseoir dans un café de n'importe quel pays, elle n'avait aucun doute que des gens lui raconteraient des choses terribles qui étaient arrivées là. Elle réalisa qu'elle avait été naïve. Elle avait vécu dans un monde où les Weasley, bien nourris et protégés, étaient les personnes les plus pauvres qu'elle connaissait.

Elle s'était promenée au hasard, si perdue dans ses pensées qu'elle n'avait pas remarqué jusqu'où elle avait vagabondé. Elle se stoppa et fit le point sur l'endroit où elle se trouvait. Elle était plus loin dans le marché qu'elle l'avait d'abord supposé et elle ne pouvait manquer de remarquer que de nombreux autochtones la fixaient avec un mélange de méfiance et d'intérêt. Elle les dévisagea ouvertement en retour quand elle s'en rendit compte et fut surprise lorsqu'ils sourirent de son regard fixe. Elle s'attendait à quelque chose d'un peu plus hostile.

Un groupe de femmes regarda dans sa direction et une conversation excitée s'en suivit. Elles étaient assises sur de vieux sacs à même le sol, un feu flambait dans un cercle de briques approximatif, une grille de métal rouillé avait été placé au-dessus et Hermione fut presque certaine qu'elle étaient en train d'y faire cuire une espèce de partie d'animal. Derrière elles, trois larges tonneaux de métal dégageaient de la vapeur ou de la fumée, Hermione de pouvait pas vraiment le dire. La puanteur des protéines qui brûlaient était âcre dans ses narines et elle se trouva attirée plus près, voulant juste voir ce qu'elles cuisinaient.

C'était une tête de mouton. La puanteur venait de la laine qui brûlait et les yeux fixes semblaient si vivants que Hermione sursauta loin du groupe, sous le choc, au milieu des rires des femmes.

- Une fille comme toi ne devrait pas quitter son groupe, fit l'une des femmes qui riait avec une grande gaieté.

Hermione rougit et se redressa. En comparaison de ces femmes vêtues de façon désinvolte, elle devait avoir l'air un peu ridicule dans sa vilaine robe et ses cheveux tirés trop serrés.

- Je suis désolée, dit-elle, réalisant tandis qu'elle parlait, que ces femmes ne se souciaient pas vraiment d'où elle venait. Je ne fais pas partie d'un groupe de touristes.

- D'une œuvre de bienfaisance non plus, répliqua la femme.

Hermione fut surprise de voir que le sourire s'évanouissait de son visage et qu'elle la regardait avec méfiance.

- Tu as besoin d'un manteau, dit-elle, une rafale de vent et tu t'envoles.

Hermione s'attendait à ce qu'elle demande la raison de sa présence, au lieu de ça, elle avait amené une attention malvenue sur l'absence de manteau de Hermione et elle frictionna ses bras froids.

- Ma fille a un magasin en ville, elle te vendra quelque chose. Bonne qualité…

Elle jaugea l'apparence de Hermione d'un long regard et ajouta :

- Et pas cher.

Hermione acquiesça et se demanda simplement où se trouvait la « ville ». Elle avait cru qu'elle était en ville. Snape lui avait dit qu'elle était à Khayelitsha ; c'était la seule civilisation à des kilomètres à la ronde.

- Qu'est-ce que vous faites ? demanda poliment Hermione, pas totalement sûre de vouloir connaître la réponse.

La femme lui jeta un regard interrogateur, comme si elle essayait de déterminer si elle était vraiment intéressée.

- Ce tonneau, dit-elle en indiquant celui qui était le plus éloigné d'elles, c'est de l'upenisi, c'est l'estomac et les intestins du mouton. Les deux autres sont des smilies. (1)

- Des smilies ?

Hermione sourit aussi, ne sachant pas du tout ce qu'un smiley était sensé être. Toutes les femmes rugirent de rire une nouvelle fois et l'une d'elles tapota la tête de mouton qui brûlait sur le grill.

- On enlève la laine dans les flammes, puis une fois lavées, elles vont dans les tonneaux et cuisent.

Le sourire de Hermione devint tendu tandis qu'elle digérait l'information.

- Et… qu'est-ce que vous faites… avec les smilies ?

- C'est bon à manger…

Elle dévisagea Hermione avec suspicion une nouvelle fois.

- On n'a pas de filets d'agneau ici, dit-elle. Les mendiants ne choisissent pas.

Hermione sentit son estomac s'agiter inconfortablement. Elle s'excusa et quitta les femmes et leur cuisine de fortune derrière elle. Le luxe de son logement lui vint à l'esprit et elle sentit une montée de culpabilité. Elle mangerait quelque chose de bon ce soir et elle boirait sans doute un bon vin avec. Ces femmes aller dîner de têtes de mouton sur le sol de la place du marché.

Plus loin, un stand proclamait qu'ils vendaient des fruits et des légumes frais qui avaient l'air de tout sauf ça. La fille derrière les palettes de végétaux ressemblait beaucoup à Nkele. Elle avait les mêmes pommettes hautes et le nez étroit, les mêmes grands yeux expressifs – excepté que les yeux de cette femme étaient bruns, pas verts. Sa peau était plus foncée aussi et ses cheveux bouclaient près du crâne. Cependant, la ressemblance était suffisante pour que Hermione se demande si elles étaient sœurs, bien qu'elle résistât au besoin de demander. Le faire aurait amener bien trop de questions, telles que comment Hermione connaissait Nkele ; quelque chose qui l'aurait guider vers Snape. Hermione ne se faisait pas d'illusions, quand ça venait de Snape et Nkele, elle était en territoire inamical.

Hermione continua et son esprit s'envola vers Nkele. Une femme magnifique. Une des plus belles femmes que Hermione eut jamais vues. Et cette femme magnifique avait été avec Snape. Cette femme magnifique avait manifestement choisi d'être avec Snape. Elle avait été amoureuse de lui. Elle l'avait considéré comme une bonne prise.

Mon Dieu, est-ce que Nkele avait amené Snape chez elle pour qu'il rencontre sa famille ? Hermione ne pouvait qu'imaginer la scène si elle avait été dans une telle position. Assise dans le salon de sa grand-mère, prenant le thé de l'après-midi et le diplomate, vêtue de cette même robe avec la figure menaçante de Snape assis à côté d'elle sur le canapé à motif floral. Sa famille désespérait qu'elle se trouve un homme, mais est-ce que quiconque avait jamais considéré Snape comme un bon choix pour sa fille ?

Mais Nkele avait vu quelque chose en lui. Quelque chose de plus que le traître maigre et huileux que Hermione avait vu. Et Nkele l'aimait encore. En était désespérément amoureuse. Et quelque chose était arrivé pour qu'il la quitte. Lui l'avait quittée, elle.

Ça la stupéfiait encore. Snape était celui qui était parti. Hermione s'était toujours imaginé que Snape pourrait s'estimer chanceux de se trouver n'importe quelle femme. Elle avait juste présumé qu'il tomberait à genoux et se cramponnerait à toutes celles qui voudraient bien de lui. Dans quel monde Snape quitterait-il cette femme magnifique ?

Et puis il y avait l'horreur du fait que Severus Snape baisait. Hermione secoua la tête à ce miracle. Cette femme, cette femme magnifique, avait baisé avec Snape ! Elle l'avait embrassé. Elle avait senti cette secrète interaction de langues. Elle s'était couchée nue avec lui, l'avait pris en elle et l'avait senti perdre cette maîtrise bien orchestrée tandis qu'il jouissait en atteignant l'orgasme.

Hermione cligna des yeux et réalisa qu'elle se tenait au milieu d'un marché et pensait à Severus Snape ayant un orgasme pour la seconde fois de la matinée. Elle haussa les épaules. C'était presque aussi choquant que se rendre compte que quelqu'un l'aimait.

Il avait changé cependant et elle ne pouvait manquer de le remarquer. Elle ne savait pas si ce changement perceptible était dû à son propre avancement en âge ou si sa personnalité avait vraiment changé.

« Ce serait stupide de croire qu'il ne changerait pas » argumenta-t-elle silencieusement, « ça fait presque dix ans depuis la guerre. »

Elle avait changé et il avait changé, c'est le basique passage du temps. Et pourtant, quelque part, elle était déçue. C'était presque comme si elle avait voulu qu'il soit son vieux, caustique et mesquin professeur d'alors. Comme si elle voulait qu'il prenne la situation en main.

Une infecte odeur de nourriture l'assaillit une nouvelle fois et la ramena sur la place du marché. Elle se sentait écoeurée et ne savait pas si elle devait être reconnaissante du fait qu'elle n'avait pas mangé ce matin-là.

Un petit groupe d'enfants paraissaient plutôt fascinés par elle et Hermione se demanda pourquoi ils n'étaient pas à l'école. Comme tous les autres qu'elle avait vus au marché, ils souriaient ouvertement et lorsqu'ils réalisèrent qu'elle leur retournait leurs regards, ils pouffèrent et après un moment commencèrent à la suivre. Elle ne savait pas vraiment s'ils mendiaient ou s'ils voulaient simplement mieux la voir. Elle souhaita ne pas avoir acheté la petite broche, elle n'avait aucun argent moldu à leur donner et elle doutait qu'ils sachent que faire de l'argent sorcier qu'elle avait dans son porte-monnaie… même si c'était de l'or.

Pourtant, ils la suivaient. Gloussant et se défiant les uns les autres de s'approcher plus près d'elle avant de se précipiter à nouveau dans la sécurité du groupe. Elle sourit malgré elle et permit leur amusement. Ils semblaient la détendre et, tandis qu'elle déambulait à travers le marché, prenant plaisir au bruit des voix d'enfants, elle trouva que les stands colorés commencèrent à la surprendre. Il y avait beaucoup d'artisanat local, d'étranges sortes de nourriture et de produits. Des choses que Hermione n'avait jamais vues avant et qui lui était assez étrangères pour être fascinantes. Le marché était plus profond qu'elle ne l'avait supposé au départ. Elle avait cru qu'il était seulement aussi profond que les deux petits bâtiments de briques entre lesquels il était coincé mais quand elle se retourna, la rue semblait plutôt éloignée.

Ce devait être une illusion. Une sorte d'effet de lumière. Elle ne pouvait être allée si loin.

Elle secoua la tête et continua, riant silencieusement de son esprit stupide. Snape l'avait terrifiée avec ses horribles histoires et maintenant elle voyait tout d'une manière un peu corrompue. Les enfants étaient encore avec elle et leurs voix l'entouraient d'une sorte d'étrange bien-être. Elle se permit de vagabonder plus loin, se plongeant un peu plus dans la bizarre collection de stands.

Au début, elle ne remarqua pas que le marché changeait de direction. C'était un virage si progressif qu'elle ne s'en rendit compte que quand elle regarda en arrière et fut incapable voir la route derrière elle. Peu importait. Le rire des enfants et le commerce au jour le jour des gens la berçaient d'un bien-être qu'elle n'avait pas ressenti depuis longtemps.

Sa détente fut brisée cependant quand un vieil homme aux cheveux gris frisés, la bouche dépourvue de dents, se mit soudain à hurler et elle sursauta au bruit. Les enfants s'arrêtèrent aussi et lui lancèrent des regards furieux qui devinrent rebelles puis craintifs et quand il hurla une nouvelle fois, ils s'éparpillèrent en reculant dans le marché et partirent.

- Oh… non ! commença Hermione. Ils ne faisaient aucun mal.

Le vieil homme se renfrogna et commença à parler, lui disant quelque chose dans un langage qu'elle ne comprenait pas. Elle décida d'être universellement polie, en acquiesçant et en souriant tout en avançant.

Pourtant, il lui agrippa le bras et essaya de la tirer en arrière ; elle arracha violemment son bras de l'étreinte du vieil homme.

Puis l'air, déjà frais, devint horriblement froid et elle trembla. Le vieil homme recula furtivement vers sa place près du mur et se cacha le visage et Hermione put continuer. Mais devant elle, le marché avait changé. Les stands qu'il y avait avant avaient maintenant disparu pour laisser place à une noirceur d'encre.

Elle regarda longuement, étonnée de ce changement. Que s'était-il passé ? Y avait-il quelque chose ici qu'elle n'était pas supposée voir ? Elle avança d'un pas, ignorant les petits cheveux sur sa nuque qui s'étaient maintenant hérissés en signe d'alarme. Elle était si concentrée sur les ténèbres qu'elle ne remarqua pas les trois hommes qui en émergeaient. En fait, elle ne les remarqua que lorsqu'elle rentra dans l'un d'eux.

- Excusez-moi, dit-elle, en regardant au-delà de l'homme vers la sombre place du marché située plus avant.

Elle s'attendait à ce qu'il sourie, comme tout le monde l'avait fait et se déplace. Chaque fibre de son être lui criait de ne pas s'approcher de la place obscure mais elle voulait voir ce qu'il y avait à l'intérieur. Si elle retournait à l'hôtel ce soir avec des nouvelles de cet endroit et qu'elle disait à Harry qu'elle n'était pas allée à l'intérieur, il serait plus qu'étonné. Si ça avait été Harry, il serait déjà là-bas – il y aurait été en courant.

Cependant, les trois hommes ne bougèrent pas. Ils étaient arrêtés et la regardaient de haut en bas puis ils commencèrent à parler rapidement entre eux. Hermione recula d'un pas, décidant que les contourner par elle-même était la meilleure option mais elle sentit un frisson de peur quand ils ne lui permirent pas de passer. A la place, ils se rassemblèrent autour d'elle et elle trébucha sur le côté, réalisant qu'ils avaient l'intention de l'emmener exactement où elle avait envisagé d'aller – dans les ténèbres.

Mais elle savait qu'il y avait une énorme différence entre y aller de son plein gré et être emmenée par ces trois hommes.

Elle glissa une main dans son sac, trouva sa baguette et lança un sortilège muet qui lui permettrait au moins de s'éloigner et de s'enfuir vers le café où l'attendait Snape.

Rien ne se passa. Rien du tout. Ses yeux s'agrandirent et une peur viscérale se répandit dans son corps. L'air autour d'elle semblait s'épaissir et presser lourdement sur sa peau. Que se passait-il ? Pourquoi sa magie n'avait-elle pas fonctionné ? Snape lui avait dit qu'elle pourrait avoir des difficultés mais ne rien avoir du tout ?

- Laissez-moi m'en aller, dit-elle avec plus de bravade qu'elle n'en ressentait. Je m'apprêtais à retourner dans la rue.

- Vous êtes perdue ? demanda l'un des hommes dans un anglais appuyé. Nous pouvons vous ramener dans la rue.

Hermione connaissait le chemin qui menait à la rue et ce n'était pas la direction dans laquelle ils la bousculaient. Elle pouvait entendre des voix provenant des ténèbres et l'endroit tout entier paraissait frémir. A l'intérieur de cet endroit, il n'y avait que mort et misère, elle avait été idiote d'envisager même d'y entrer.

Elle tira sa baguette de son sac, paniquée pour la première fois et jeta le sortilège à voix haute.

Et à nouveau, rien ne se passa.

La peur grandit en elle et elle sentit ses jambes commencer à trembler. Elle avait déjà été terrifiée dans sa vie mais cette crainte avait toujours été tempérée par l'assurance qu'elle était, à défaut de tout autre chose, une excellente sorcière. Sa magie ne l'avait jamais abandonnée, même lorsqu'elle était enfant ; elle ne savait pas que ce que c'était mais elle en avait toujours été certaine. Elle avait toujours été capable de compter sur sa capacité à faire de la magie.

Les sorciers ne dépendaient pas de leur force physique quand ils faisaient face à des ennemis. Ils ne se battaient pas comme les Moldus. Les combats étaient gagnés ou perdus par leur adresse avec une baguette et la puissance de leur magie. Et maintenant, elle était là, une brillante sorcière assurément mais complètement impuissante ici.

- C'est une sorcière, dit le second homme. Une puissante sorcière.

Hermione se sentait tout sauf puissante en cet instant. Tout se qu'elle ressentait était la crainte et sa bravoure l'avait totalement abandonnée. Elle se demanda si elle donnait un coup de pied à l'homme le plus proche si elle irait très loin. Probablement pas. Particulièrement avec les deux autres qui semblaient déterminés à la garder là.

- Qu'est-ce que tu cherches, sorcière anglaise ? demanda le premier homme.

Il parlait bien, quelque chose qu'elle n'attendait pas.

- Tu as décidé de venir t'encanailler ici ? De venir rire de notre magie locale ?

Elle secoua frénétiquement la tête et se détesta de sa lâcheté. Sans sa magie, elle se sentait vide. Son brillant esprit était soudainement inutile. Une des hommes tendit la main vers elle et elle sut qu'il allait l'amener là-bas à n'importe quel prix. Il n'y avait plus aucune voix aux alentours. Le marché était tombé dans un silence à faire frémir.

Elle ne pouvait y aller. Si elle y entrait, elle ne ressortirait jamais et elle le savait.

Faisant appel à toutes ses forces, elle donna un coup de pied à l'homme, sa botte butta contre l'un d'eux mais elle ne sut pas lequel. Elle se tourna et fila à toute vitesse, courant loin d'eux aussi vite qu'elle pouvait, courant en direction de la rue.

Elle entendit rire derrière elle et elle réalisa, dégoûtée, qu'ils la suivaient. Ils allaient la rattraper avec une ridicule facilité et elle se demanda si les gens dans le marché feraient quelque chose pour l'aider. Le calme apaisant qu'elle avait ressenti avait été remplacé par une terreur écoeurante, et les visages qu'elle avait trouvés si magnifiques paraissaient brusquement étrangers et terrifiants.

Elle se retourna, déterminée à voir où les hommes étaient et elle percuta durement un des étals. Un concert de protestations s'éleva tandis que la douleur irradiait dans sa hanche et la paralysait. L'homme fut sur elle, la tira sur ses pieds et elle pensa stupidement que c'était le moment de s'évanouir.

- Hamba intombi…intombi ayibi!

Hermione n'avait pas la moindre idée de qui parlait, ni même de ce qu'ils disaient. Tout ce qu'elle savait c'est que ce n'était pas un des hommes qui l'avait attrapée. Elle ferma les yeux pour endiguer la douleur et se força à rester debout. L'homme qui l'avait relevée relâcha un peu sa prise sur elle, comme s'il allait la laisser partir mais n'en était pas encore certain.

- Intombi isa igxaki, uligqwirhakazi, dit le premier homme et Hermione sentit son emprise se desserrer un peu plus.

Elle se tourna vers l'homme et vit qu'il avait l'air visiblement détendu et son expression changea tandis qu'il parlait maintenant en anglais.

- Elle est entrée chez nous, dit-il.

Hermione regarda frénétiquement autour d'elle pour voir à qui il s'adressait – et trouva Severus Snape, se tenant calmement sur la place du marché.

- Elle ne peut pas vous faire de mal, dit-il avec un léger sourire dans la voix, mais, moi, je peux.

Le sourire touchait ses lèvres maintenant.

- Mais je soupçonne que vous le savez déjà, n'est-ce pas ?

Et Hermione se libéra enfin.

Elle ne réfléchit pas. Elle ne se tourna pas pour voir ce que les hommes allaient faire. Elle se propulsa simplement en avant, s'élançant vers Snape, seulement consciente qu'elle n'avait jamais été si terrifiée depuis son enfance. Elle jeta ses bras autour de son cou et s'accrocha à lui et à la sécurité qu'elle percevait en sa présence. Elle se fichait que les gens du marché soient en train de les fixer ou qu'il puisse sentir son corps frissonner. Pour la première fois d'aussi loin qu'elle pouvait se rappeler, elle rejeta sa farouche indépendance et s'accrocha à quelqu'un d'autre tandis qu'elle tremblait de la peur qui l'avait saisie.

Ça ne durerait pas longtemps. Elle allait se permettre ce moment et ensuite elle irait bien.

Snape, heureusement, ne dit rien. Il resta là et lui permit de se calmer. Plusieurs minutes passèrent en silence, excepté le bruit de sa respiration effrénée. La main de Snape se déplaça sur dos, de haut en bas, d'une manière régulière, évacuant sa terreur et lui procurant un sentiment de sécurité. Lentement, elle devint consciente d'elle-même, des sensations de son corps sous ses vêtements, la sensation de l'étoffe rêche de son manteau et l'étrange odeur qui provenait du mélange de son après-rasage, de sa peau et de la légère poussière de ses habits.

Elle se recula et leva son visage vers lui, attendant son sermon sur sa stupidité de s'être éloignée du café.

Il l'examina avec une expression sévère et une fois qu'il sembla certain qu'elle allait bien, il recula d'un pas et commença à la conduire jusqu'à la route.

- Je pense qu'il serait judicieux que vous retourniez à votre hôtel, Miss Granger, dit-il.

Elle ne pouvait lui donner tort, pas plus qu'elle ne protesta quand il lui prit le bras pour la guider au-dehors. La crainte qu'elle avait ressentie fut rapidement remplacée par la honte, et ils étaient presque arrivés à la voiture quand elle put enfin parler.

- Qu'est que c'était que cet endroit ? demanda-t-elle, et elle dégagea son bras de son emprise.

- Un marché Muti, répliqua Snape, marchant toujours vivement et sans la regarder. Un marché Muti consacré au Mal.

Une fois de plus, elle lutta pour garder le rythme.

- Pourquoi est-ce que ces hommes voulaient m'y amener ?

- Je n'ai en pas la moindre idée, Miss Granger.

Il atteignit la voiture et la déverrouilla.

- Montez, ordonna-t-il, crispé.

- Professeur…

- Mon prénom est Severus, la coupa-t-il avec brusquerie, donnant pour la première fois l'impression qu'il était vraiment fâché contre elle. Maintenant, montez dans cette voiture, Miss Granger.

Hermione monta dans la voiture et regarda Snape faire le tour du véhicule pour prendre place dans le siège du conducteur à côté d'elle. Il se glissa derrière le volant et claqua la portière.

Il tapota sa baguette d'un mouvement vif et dissipa instantanément le Muti de l'air à l'intérieur de la voiture. Comme elle s'y attendait, elle se sentit incroyablement légère et sa tête fut prise de vertige. Mais son esprit se mit à ruminer. Elle s'était comportée comme une ado hystérique, effrayée par le croque-mitaine. Elle se sentait comme si elle venait de reculer sa propre cause de vingt ans.

- Vous êtes pâle, dit-il après un moment.

Il était toujours fâché et pourtant son ton s'était adouci quelque peu.

- Pâle comme un fantôme, murmura-t-il.

- Oui, cracha-t-elle de dégoût, et je me sens aussi fade que l'un d'eux.

- Vous avez eu une grande peur, fit-il, comme s'il essayait de rester raisonnable. C'est seulement naturel de vouloir paniquer.

Elle crut entendre un sous-entendu moqueur dans sa voix, comme s'il ne trouvait pas ça naturel du tout. C'était une Auror ; elle était sensée être entraînée à ne pas paniquer. L'implication la força à se raidir et se recomposer une attitude.

- Je suis désolée, dit-elle, tendue. J'ai réagi avec excès. Manifestement, j'ai été très idiote.

- Et à quoi avez-vous réagi avec excès, exactement ? s'enquit-il.

- A ces hommes…

Elle prit une forte inspiration et détourna les yeux.

- Je suis désolée. Lorsque ma magie n'a pas fonctionné, j'ai paniqué. J'aurais dû m'y attendre. Vous m'aviez dit qu'il y aurait des problèmes.

La réaction de Snape ne fut pas du tout ce à quoi elle s'attendait. Ses yeux noirs s'écarquillèrent et il se tourna vers elle avec sérieux.

- Votre magie n'a pas fonctionné ? Vous avez été incapable de faire quoi de ce soit ?

- Et bien…

Elle se ratatina un peu sous l'intensité de son regard fixe.

- Vous avez dit que le Muti…

- J'ai dit que le Muti pourrait vous causer certains problèmes, Miss Granger. Il y a une énorme différence entre avoir des problèmes et plus aucune capacité magique du tout.

Il se renfonça dans son siège et regarda par la vitre.

- Il n'y avait pas de marché Muti ici, la semaine passée, murmura-t-il.

- Qu'est-ce qu'ils vendent dans un marché Muti, demanda-t-elle.

- Dans la plupart des marchés légitimes, ils vendent des herbes et des écorces médicinales. Occasionnellement, quelque chose de plus exotique, des bijoux de cérémonie, des parties d'animaux. Des choses comme ça.

- Je suppose que ce que j'ai vu n'était pas un marché normal ?

- Le marché lui-même, si. Il est là depuis des années. Le marché Muti à l'arrière, non. C'est un marché dédié à la magie noire (2), ils ont tendance à se déplacer.

- Qu'est-ce que le marché voué au Mal vend ?

Snape haussa les épaules, une action que Hermione ne l'aurait pas cru capable de faire.

- Généralement, ils vendent en gros la même marchandise que les marchés légitimes. L'aura sombre qui les entoure leur confère une certaine foi. Occasionnellement, on découvre… des choses terribles, ajouta-t-il avec une mince grimace.

Hermione fixa la fenêtre et essaya d'ignorer le tourment de son estomac tandis qu'il démarrait la voiture et prenait le chemin de retour pour Cape Town. Quand elle parla, c'était misérable et défaitiste, elle pouvait l'entendre à sa propre voix.

- C'était une erreur de venir ici, dit-elle plus pour elle-même que pour lui. D'abord le Ministère, maintenant, ceci. Harry avait raison. Nous n'avons pas notre place ici.

- Je ne m'attendais pas à ce que vous laissiez tomber si facilement, Miss Granger, rétorqua-t-il. Je vous avais manifestement surestimée.

- Je ne laisse pas tomber ! cria-t-elle, indignée. C'est juste accablant, c'est tout.

- Je vous ramène à votre hôtel, dit-il, et je vous aiderai à chercher un autre logement dans la matinée.

- Je croyais que vous aviez dit que nous ne resterions pas longtemps, dit-elle en ce moquant de son ton du début.

Il lui lança un regard sinistre et furieux avant de tourner à un carrefour pour sortir de Khayelitsha.

- Je pense qu'il serait prudent de me laisser le dossier, dit-il. Nous en discuterons demain.

- C'est encore tôt, protesta-t-elle. Pourquoi on n'en discuterait pas maintenant ?

Il fit un impatient bruit de gorge.

- Le temps que je vous ramène à Cape Town, ce sera l'heure du repas de midi – et j'ai des rendez-vous cet après-midi. Est-ce une excuse suffisante, Miss Granger ?

Elle fut tentée de lui demander quels rendez-vous étaient plus importants que faire son devoir auprès du Ministère mais décida de tenir sa langue.

- Et je pourrais aussi suggérer que vous passiez votre après-midi de libre à faire les boutiques dans Waterkant. Ce n'est pas comme en Angleterre ici, les sorciers passent leur temps à vivre côte à côte avec les Moldus.

Il fit une pause assez longue pour pousser ses lunettes de soleil sur son nez trop large.

- J'ai amené mes vêtements avec moi, répondit-elle inconfortablement.

- Je vois, dit-il. Si votre tenue actuelle est une indication, je vous conseille de ne pas vous ennuyer à passer à votre hôtel d'abord. Cette robe est en vérité la chose la plus épouvantable que j'aie jamais vue, Miss Granger, et considérant que j'ai survécu pendant des années au tartan de Minerva McGonagall, ça veut dire quelque chose.

A suivre…

Fin du 4ème chapitre

Note de la traductrice :

1) le smiley (des smilies) désignent, dans le langage familier sud-africain, une tête de mouton cuite de cette façon.

2) L'auteure Azrael Geffen a utilisé le terme de « dark market » qui est compliqué à traduire parce que ce marché-là n'a rien à voir avec un quelconque marché noir, « dark » est plutôt à prendre dans le sens de « mauvais ». C'est pourquoi, j'ai pris la liberté de le traduire de plusieurs façons comme « dédié au Mal » ou « consacré à la magie noire ».

Le smiley m'a vraiment intriguée. Pour en avoir une idée vraiment plus précise, j'ai cherché – longtemps – sur le net et j'ai trouvé une recette absolument délirante, même une photo. Je vous laisse juger… Je vous préviens, ça réveille les papilles !

Tête de mouton cuite au four

Demandez à votre boucher une tête de mouton entière, débarrassée de ses poils de laine. A la maison, nettoyez-le un peu plus afin de le débarrasser de tous les poils restants, au besoin, utilisez le rasoir de votre mari ! Grattez l'intérieur des oreilles avec un couteau bien aiguisé pour les nettoyer correctement. Ouvrez la bouche et rincez l'intérieur, puis laissez couler l'eau par la gorge.

Remplissez un sceau d'eau, jetez-y une poignée de sel et remuez jusqu'à dissolution. Placez-y la tête de mouton et assurez-vous qu'elle est entièrement couverte. Laissez-la pour une heure puis sortez-la de l'eau et rincez-la. Ensuite, séchez-la avec des serviettes en papier.

Mettez du sel dans la bouche et sur toute la tête. Enveloppez les oreilles dans une feuille de papier d'aluminium pour les empêcher de brûler. Placez la tête dans un plat et mettez-la au four à C° 120. Laissez-la quelques bonnes heures, toute la nuit si nécessaire. Un peu d'eau assurera que la viande ne se dessèche pas.

Maintenant vous devez avoir quelqu'un pour partager la tête de mouton. Et ça ne peut pas être n'importe qui, ce doit être quelqu'un que vous aimez, quelqu'un qui ne s'effraiera pas de voir apparaître sur la table une tête avec une bouche souriante pleine de dents, parce que manger une tête de mouton est une affaire intime…

Votre amoureux et vous serez assis avec la tête entre vous deux. Il aura le couteau. D'abord, il coupera un morceau de lèvres et le mangera, puis il coupera un autre morceau et vous le donnera. Ensuite, il s'attaquera à un morceau de joue, qu'il mangera puis il en coupera un autre qu'il partagera avec vous. Le nez est pour le chien. Et ainsi de suite, vous avancerez sur toute la tête. Un œil pour un œil et une joue pour une joue, et n'oubliez pas les oreilles, c'est chouette comme elles croustillent sous la dent.

Bon appétit, bien sûr !

Ça donne des idées pour la prochaine St-Valentin, non ? LOL

Recette trouvée sur : http/ funkymunky. co. za/meat.html

Voilà, merci d'avoir lu jusque-là. Vous avez aimé, détesté ? J'attends vos commentaires.

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Bisous

Falyla