Titre : Autant en emporte le sang

DUO MECONNU : Ziva David/Jenny Sheppard

MOT-THEME : Sang

Episodes 5x17, 5x18, et début saison 6


J'ai envie de m'allonger. Envie de dormir. Envie de partir.

Non, ce n'est plus un désir. C'est un besoin.

Je suis harassée. Broyée. Usée.

Assez de gifles. Assez de coups de couteau. Assez de coups de poing.

Assez de vie. Assez de voyages en bateau. Assez de coupables et de témoins.

.

Tout me dépasse. Tout m'agace. Tout me fuit.

Tout s'obscurcit. Tout est nuit. Tout s'efface.

Partout, confiance laisse place à méfiance puis répugnance.

Les amis deviennent ennemis.

Ceux qui résistent, trépassent.

Et, dans mon espace, seul subsiste ma carapace.

.

On m'a dit que tu étais condamnée.

On m'a dit que tu avais été tuée selon ta volonté.

On m'a dit que tu avais voulu nous protéger.

Mais, Jenny, j'avais besoin de toi en vie. Pas en ange gardien déchu.

J'avais besoin de toi en amie. Pas de voir ton sang rependu.

J'avais réussi à te sauver une fois, Jenny.

Je ne suis pas parvenue à récidiver. Et je m'en veux.

Je m'en veux tellement.

.

Ton sourire, tes avis, ta franchise.

Ton soutien, tes manies, tes analyses.

Je n'ai pas eu beaucoup d'amis, Jenny.

Mais, assurément, tu faisais partie de cette catégorie.

Ceux à qui j'aurais donné ma vie.

Pour une autre fin. Ou pour une dernière éclaircie.

.

Mais, Jen, quelque chose me gêne.

N'étais-je pas digne de confiance ?

Tu ne crois pas que j'avais le droit de savoir ?

Le droit de t'aider ? Le droit de t'épauler ?

Le devoir de te sortir du brouillard ?

.

Tu étais malade.

Tu le savais.

Et, je m'en veux de ne pas l'avoir vu.

Et, je t'en veux de ne pas l'avoir dit.

Etait-ce la même personne qui me reprochait d'être trop fière ?

Jen, tu t'es sans doute efforcée de penser que tu faisais les choses comme elles devaient l'être.

Mais tu savais très bien que c'était faux.

Tu savais très bien que tu te protégeais, plus que tu nous préservais.

Que tu sauvegardais ta foutue fierté, plus que tu nous épargnais.

.

Tu n'avais pas besoin de faire ça.

Tu n'avais pas besoin d'affronter seule ton passé.

Tu n'avais pas besoin d'affronter seule ta maladie.

J'étais ton amie. J'aurais aimé t'aider. J'aurais du t'aider.

Je ne voulais pas te trouver baignant dans ton sang.

Et pourtant. J'avais bien peur de connaitre ce qui m'attendait.

Ton corps, dans cette cabane abandonnée.

Le dernier chapitre de ta vie clôt, trop tôt, dans ce paysage sublime.

Décor bien plus apothéotique qu'apocalyptique.

Scène pourtant plus eschatologique que magnifique.

.

Et puis.

Il y avait moi et ma détresse.

Il y avait Tony et la souffrance de s'être trompé.

Avec la belle Mustang rouge, on avait fait fausse route.

C'était censé être une « mission vacance ».

Illusion. Inconscience.

La conséquence ? Un effroyable voyage à contresens.

On avait cartonné, boulevard des rêves brisés.

On était tous responsables.

Mais, toi, tu étais là, morte, parmi tout ce sable.

.

Et j'ai envie de pleurer, Jenny.

Envie de crier.

Envie de te détester et de me haïr.

.

J'ai mal quand je songe à ces derniers mois.

Je t'imagine rentrer après une longue journée.

Je te vois te replonger sur ce dossier qui t'obsède.

Je te distingue trembler.

Je te perçois transpirer.

Fermer les yeux.

Te prendre la tête dans les mains.

Espérer pouvoir mettre fin à cette recherche avant de tirer sa révérence.

Doucement, prendre conscience que demain tu peux disparaître.

Sentir la chute arriver.

Pressentir la tombée de la nuit.

Etre au crépuscule de ta vie.

.

Et pendant ce temps, où étais-je ? Où étions-nous ? Tes amis ?

Tranquillement installé chez soi, sans jamais supposer le jeu macabre qui se mettait en place.

Tu faisais face à tes angoisses, seule, sans que l'un de nous ne soit conscient de ta situation impossible.

.

Je me sens faible. Je me sens mise à l'écart. Je me sens trahie.

Je me sens comme un habitant de Pompéi, pris au piège par le Vésuve.

Ou suis-je ce volcan brûlant, crachant ses cendres incandescentes ?

Je suis le tourment. De la Mort, je suis un effluve.

Je ne parviens à protéger ceux que j'aime.

Pire, ceux qui me protègent s'éteignent.

Je suis une Zone Interdite Violente et Angoissante, comme le disait mon frère, le sourire aux lèvres.

J'ai tué mon frère.

J'ai remplacé le sourire par un rictus.

Et moi ? La douleur de te perdre me rappelle que je suis toujours en vie.

Encore beaucoup trop vivante, oui.

.

Tu nous as caché la réalité, Jenny.

Peut-être estimais-tu que la surprise valait mieux que la douleur partagée ?

Raté.

Peut-être que tu étais dans l'incapacité de nous annoncer la vérité ?

Dire que tu faisais partie des gens qui savaient parler…

Et, malgré tout, je ne peux t'en vouloir trop longtemps.

Tu le sais comme moi, j'aurais eu le même comportement.

Je me serais jetée corps et âme dans la lutte.

Ressentir une dernière fois l'adrénaline.

Petite mort, avant grande mort.

Pour la dernière fois, être féline.

Ultime chasse. Fin irrévocable.

Clap final.

Au diable, le stade terminal.

.

Et, je m'en veux.

J'avais fait comme on m'avait ordonné de faire.

Tu le sais, je connais l'odeur de la Mort. Et, elle flottait près de ce chalet abandonné.

Faire le tour.

Calmer son pouls.

Ignorer l'impression de compte à rebours.

Ce putain de pressentiment. Si tu savais comme j'espérais avoir tord…

.

Et puis j'ai vu.

Ta main. Ton bras. Ton sang.

Allongée sur le plancher poussiéreux. Tu étais au sol. Tu étais par terre.

Sans me baisser, je savais que tu avais quitté ce monde rocailleux.

Sans un adieu. Sans un verbe.

.

J'appelai Tony.

La voix sourde.

Le regard trouble.

Je n'ai rien laissé paraître.

Tu avais été forte. Alors, pour toi, je devais l'être.

L'esprit aux abois. Malaise. Mal-être.

Ça me coûtait de faire comme si. Mais c'était ton choix, je le respectais.

Ou plutôt, je me persuadais qu'il fallait que je l'honore.

.

Tony.

Il me faisait face.

Le visage défait.

Il s'était penché au dessus de toi, posant ses doigts contre ta jugulaire avec inquiétude.

Puis s'était relevé avec hâte et lassitude.

Et dans ses yeux, une explosion d'émotions où prédominait l'auto-accusation.

.

Et toi.

Putain. Et toi.

.

C'est alors que ton téléphone sonna.

Je m'autorisai une respiration plus longue que les autres.

Oxygéner le cerveau. Reprendre contenance.

Une goulée d'air chaud et sablonneux à défaut de me laisser submerger par mon trouble.

Une gorgée de souffle brûlant pour rafraichir mon encéphale en surchauffe.

Ironie.

Besoin de repentir.

.

Gibbs.

Sa voix.

Si calme d'ordinaire, aujourd'hui nerveuse.

Il s'en voulait autant que moi. Autant que Tony.

Et puis, la souffrance de voir cette douleur indicible au fond de son regard océan.

Lui, d'habitude impassible.

La mâchoire contractée.

Désespoir.

.

Je revois cette scène, Jenny, et j'ai tellement mal.

Jen. Putain.

Ça fait toujours aussi mal.

Même après avoir vu tout ce que j'ai vu.

Même après avoir vécu tout ce que j'ai vécu.

Même après avoir survécu à tout ce à quoi j'ai survécu.

J'étais abasourdie. Ebahie. Groggy.

Atterrée.

L'impression d'avoir été clouée au sol.

Mais c'était toi, par terre, la femme ensanglantée.

Et c'était moi, sur pied, la femme brisée.

.

Mes larmes ne devaient pas couler : ton sang l'avait assez fait.

Sur ton bras, sur ton visage, sur les habits.

Il était encore chaud. Encore liquide. Encore synonyme de vie.

De ton épaule, il donnait l'impression de s'échapper sans fin.

De ta poitrine, il continuait de tâcher ta chemise.

.

Je ne parvenais pas à détacher mon regard de ton corps mort.

Cette image répugnante me hante.

Cette vision nauséabonde me ronge.

.

J'ai vu des cadavres.

J'ai vu des visages ensanglantés.

J'ai vu des compères, frères ou alliés décédés.

Mais je ne m'y habituerai jamais.

Ni au corps d'un ami au sol.

Ni au visage des personnes qui lui étaient proches.

.

Et ton sang qui filait. Comme le temps. Comme ma vie.

Et ton corps qui refroidissait.

Comme la glace qui prenait la place de mon cœur.

Pourquoi ?

J'ai fini par débrancher mon cerveau.

Par empêcher la douleur de l'atteindre.

Par agir comme un automate.

.

Tu me disais que j'agissais par réflexe, parce que j'avais toujours vécu comme ça.

Peut être. Mais ça m'empêchait de souffrir. A petit feu de mourir.

Sinon aurais-je pu ne serait-ce que survivre ?

Jamais. Et tu le sais.

.

Tony et moi gesticulions à côté de ton corps.

Faire des cartons. Travailler.

Essayer d'oublier.

Mais comment tenter de négliger la peine qui m'assaillait ?

J'étais en train de m'efforcer de combler la faille qui venait de s'ouvrir.

En train d'empêcher le tsunami d'émotions qui menaçait.

Plus j'essayais, moins j'y parvenais.

.

Je m'évertuais à faire semblant. Malgré mes tremblements.

Mon âme aboyait. Mon instinct m'injuriait. Mon organisme s'opposait.

Ta dépouille attirait mon regard.

Inlassablement. Irrémédiablement. Involontairement.

Je ne pouvais pas baisser les yeux. Je ne devais pas baisser les yeux.

Trop tard.

.

Me voilà agenouillée au sol.

Ma raison venait de céder. Heurtée, frappée, percutée par ma condition.

Qu'elle soit humaine ou animale.

Je ne savais plus ce que j'étais.

Je sentais le regard inquiet et désolé de Tony me brûler la nuque.

J'attrapai ta main devenue froide.

Les muscles tendus, la respiration saccadée.

En vie, j'étais.

Cœur en sang, mais toujours battant.

Déçue, j'étais.

Une gifle en plus, toujours plus perdue.

Honteuse, j'étais.

Une absence coupable, irrémédiable défaillance.

Toutes mes excuses, Jenny, peut-être ne te méritais-je pas en amie…

.

Et puis merde, Jen !

J'étais bien ici.

Avec toi, avec vous.

Tu m'avais fait venir. Quelque part, tu me fais partir.

J'aurais aimé profiter plus.

J'aurais aimé partir sur autre chose.

J'en ai assez, Jen.

Assez qu'on me dicte ma vie.

Assez de devoir acquiescer et dire oui à chaque péripétie.

Tu m'avais offert un poste, des amis, une reconnaissance.

Une stabilité.

Et malgré ça, je n'ai pas su te protéger.

Je n'ai pas su deviner…

.

Tu sais, j'ignore si je dois t'en vouloir pour Tony…

Tu as poursuivi ta quête personnelle en te servant de lui.

Tu savais qu'on était proche. Peut être trop.

En même temps, comment t'en vouloir ?

C'était ton histoire, celle d'un combattant.

C'était tes démons, mais notre protection.

.

Imagine, Jen.

D'où tu es, peut-être que tu m'entends.

Peut-être que tu observes cette femme qui pleure.

Peut-être que tu perçois cette amie, assise dans l'herbe face à une tombe qui porte ton nom.

Cette personne, c'est moi, Ziva David.

Les poings désespérément serrés. Les joues humides. Le souffle court.

Il est tard. Il fait nuit.

Seule.

Seule, parce que mes larmes m'appartiennent.

Demain, je repars en Israël.

Il est possible que je ne revienne pas.

Merci pour tout, Jen.

Mais moi, je n'ai pas encore fini.

.

Tant qu'il reste de la lumière. Avant que la route ne s'arrête. Tant que le jour se lève. Je me battrai Jenny.

Pour toi. Pour eux.

Pour ceux qui sont partis. Pour ceux qui sont en vie.

Je te le promets. Je ferai tout pour les protéger.

Comme tu l'as fait pour nous. Pour moi.

J'essaierai d'être aussi bon gardien que toi.

Peut-être que j'y arriverai. Peut-être pas.

Aide-moi, Jen.

Continue de veiller sur moi, comme l'ange protecteur que tu as toujours été.

Au péril de ta vie.


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