Note de Charis :
Bonjour, et désolée pour le retard de cette fic, comme de toutes les autres d'ailleurs, mais étant élève en prépa, j'ai parfois de longues périodes où je suis obligée de décrocher totalement des fics si je veux garder le rythme de mes études.
Tenant compte de vos remarques dans vos reviews, et je vous en remercie d'ailleurs, j'ai essayé de faire un chapitre un peu plus léger, tout en suivant le scénario prévu. J'espère que ça vous plaira.
Merci à tous ceux qui m'ont reviewée, promis je vais y répondre dans la foulée, il faut dire que j'ai vraiment cruellement manqué de temps, mais je suis toujours autant touchée par vos encouragements, et j'essaie de tenir compte de tous vos conseils !
Bonne lecture !
PS : merci à MCP et à Dobbymcl, qui par leurs adorables délires sur le forum d'HP Write Or Dream, m'ont donné l'idée de ce chapitre, et m'ont redonné l'inspiration qui me faisait cruellement défaut ! Pour toutes les personnes atteintes de nargolite, consultez !
Chapitre 9 : Si seulement il n'avait jamais été une fois…
Il était une fois une reine qui rêvait de redevenir princesse… Et de n'avoir jamais connu le Prince Charmant.
Charmant, il l'était, à l'époque, avec ses beaux yeux verts, son sourire timide, si honnête, si franc. Comment soupçonner de trahison un être semblable ? La vie était belle, alors. Elle avait un physique athlétique, des milliers de fans en Grande Bretagne, de l'argent qui rentrait à flots, des récompenses, des coupes, sa photo en couverture des magasines sportifs. Ginny ne l'avait jamais avoué, mais après avoir vécu dans l'ombre de ses frères, son heure de gloire en tant que joueuse de Quidditch professionnelle avait été une véritable revanche dans sa vie.
A présent, au fond d'elle-même, elle se demandait si son mariage avec Harry n'avait pas été de la poudre aux yeux, un masque d'or sur un visage d'argile. Et si elle n'avait aimé le jeune Elu que pour sa célébrité ? Après tout, elle avait eu le béguin pour lui très jeune, trop peut être. A l'adolescence, tout parait couler de source, il y a les gentils et les méchants, et elle faisait partie des premiers. Un jour, elle épouserait le champion des gentils. Tout cela paraissait si puéril avec le recul !
Mais son corps avait grandi alors que son esprit était resté au point mort. La guerre n'avait fait que transformer en dieu à ses yeux celui qui était autrefois seulement son héros. Alors qu'il ne s'intéressait pas à elle, elle lui avait presque forcé la main, le rendant jaloux en sortant avec ses amis, en s'exhibant devant lui main dans la main avec de pauvres garçons sous le charme. Il s'était laissé piéger, et lui avait demandé sa main, mais à quel prix ?
Aujourd'hui, elle se retrouvait reine sans royaume, à la tête d'une famille sans père. Et tout était redevenu très simple : elle ne pouvait pas assumer. La présence de Ron et d'Hermione l'avait aidée à tenir le coup devant les enfants, mais les congés prenaient fin, et elle ne se sentait pas la force de rentrer seule au Square Grimmaud. Cette antre de magie noire avait gardé un côté lugubre que même une armée d'enfants n'avait pu purifier. A présent, tous ses enfants étaient à Poudlard, elle avait enfin la possibilité de se reposer un peu, après des années à jouer les femmes au foyer, les gardes malades pour un mari fou.
C'est ainsi qu'elle se retrouva pieds nus dans un champ, deux grosses valises à la main. Elle n'avait jamais réussi à transplaner avec ses chaussures, et l'entrainement n'y avait rien fait. Des larmes perlèrent à ses yeux alors qu'elle songeait aux fous-rires partagés avec son mari dans de pareilles circonstances, lorsque des journalistes la prenaient en photo juste à cet instant critique.
- Chérie ? Tu es enfin arrivée ! Viens vite, ta mère t'a préparé un pudding majestueux.
Ginny sourit à son père venu l'accueillir et se dirigea d'un pas chancelant vers le Terrier. La bâtisse semblait encore plus en ruines que dans ses souvenirs, mais malgré la réussite financière de la plupart de leurs enfants, les Weasley n'avaient jamais accepté qu'ils utilisent leur argent pour aider leurs parents à réparer. Comment avaient-ils pu vivre aussi nombreux sous le même toit ?
Alors que sa mère se précipitait à sa rencontre, les larmes aux yeux, elle se posa la question ultime : mais pourquoi donc avait-elle accepté cette proposition stupide, de venir habiter chez ses parents pendant quelques temps ? Cela l'angoissait profondément, alors qu'elle était à présent adulte, épouse et mère. Mais au fond d'elle, elle se sentait étrangement soulagée. Personne ne lui demanderait rien pendant qu'elle serait ici, elle pourrait redevenir la petite princesse qu'elle avait été, se recentrer sur elle-même. Et même si la culpabilité l'étreignait à l'idée de se défaire de ses obligations conjugales, elle savait qu'elle en avait besoin. Alors pourquoi se faisait-elle l'effet d'un monstre ?
Elle voyait bien les regards lourds de sens qu'échangeaient ses parents, et s'imaginait déjà qu'ils la jugeaient, ne pensant pas une seule seconde qu'ils étaient simplement désemparés de voir leur fille aussi affligée, elle qui avait toujours été si joyeuse, si pleine de vie. Son mariage avait été une erreur, et c'est en faisant des erreurs que l'on apprend. Sans doute était-ce là une grande leçon de vie, sans doute n'arrêtons nous jamais de nous tromper, que l'âge adulte n'est qu'un leurre, une carotte tendue aux jeunes gens, pour leur faire croire que les choix qu'ils prendront lorsqu'ils seront grands seront forcément bons, et que c'est pour ça qu'il faut écouter leurs parents. Quand vous serez grands, vous comprendrez. Mais devient-on jamais grand ?
***
Pour certains, l'été se terminait enfin. Ce qui avait toujours été un gage de joie et de distractions, lorsqu'ils étaient enfants, était devenu un piège avec le passage à l'âge adulte. Car à partir du moment où l'on devient parent, les vacances deviennent le règne des enfants, leur terrain de jeu, et c'est aux adultes de prendre leurs congés pendant cette période, pour leur assurer des semaines de loisirs à n'en plus finir. C'est déjà assez dur dans ces conditions de s'occuper de ses propres enfants, alors ceux des autres…
Ron et Hermione, assis l'un contre l'autre sur le canapé au coin du feu, se laissaient aller à la douce chaleur du calme enfin retrouvé. Aujourd'hui, leurs congés étaient enfin terminés.
Bien sûr, jamais ils n'auraient laissé Ginny seule après tout ce qu'il s'était passé, il était de leur devoir de veiller à son bien être. Tout comme il était de leur devoir d'empêcher James de se tuer en voulant impressionner les plus jeunes sur son balai, comme il était de leur devoir d'empêcher Al de prouver qu'il pouvait respirer sous l'eau en plongeant dans le courant glacial de la rivière, comme il était de leur devoir de laver les vêtements des poupées de Lily que Scorpius avait massacrés en leur faisant prendre un bain de boue, assurant à la petite fille que ce serait bon pour leur peau.
Le petit Malfoy était d'ailleurs une énigme pour eux. Trop renfermé par rapport à son père, on sentait qu'il avait une grande blessure au plus profond de lui. Comment Ginny avait-elle pu accepter de l'accueillir chez elle sans plus d'explication de la part du père ? Cela ressemblait fort à un abandon, et en temps normal, elle aurait au moins dû hésiter un peu. Et pourtant, elle avait recueilli le gamin, et intégré au clan Potter-Weasley.
Etonnamment, ce fut Ron qui comprit la clef de l'énigme. Ginny était habituée à prendre soin de quatre personnes en dehors d'elle. Après la désertion de Harry, un petit bonhomme s'était présenté pour combler le vide béant laissé par son mari. Elle avait saisi l'occasion de calmer sa souffrance. C'était un prétexte pour se rassurer, dans son existence si bien ordonnée, une façon de revenir pratiquement à la normale.
Hermione, quant à elle, songeait que la coïncidence était un peu trop forte.
- Tu sais, Ron, je maintiens ce que je t'ai dit au début des vacances. Je suis sûre que Malfoy est impliqué dans la disparition de Harry.
Ron soupira, lassé d'entendre cette théorie.
- Où est passe la Hermione pragmatique que j'ai épousée ? Tu te souviens qu'autrefois, c'était toi qui nous faisais remarquer que nos théories de complot étaient totalement abracadabrantes ? Les aurors ont dit que Malfoy n'était en aucun cas impliqué dans sa disparition, au vue de leur enquête.
- Non, rectifia la jeune femme, ils ont dit que Malfoy n'avait fait aucun mal à Harry. Nuance.
- Alors qu'est-ce que tu imagines ? Harry et Draco se sont toujours détestés !
- Je ne sais pas, mais cette histoire est louche.
Ce n'est pas comme si Harry avait été sain d'esprit !
- Ron ! Comment peux-tu…
- Tu sais bien, Jarry qui parle tout seul, Harry qui ne sort pas de sa cave pour nous saluer, Harry qui se fait mettre en arrêt maladie forcé par son patron ! Ne me dis pas que tu trouves ça normal.
Hermione prit le temps de réfléchir, la tête calée dans le cou de son mari.
- Je crois que Harry ne s'est jamais vraiment remis de cette guerre. Tu te souviens comment il était, déjà, en sixième année ? Il a toujours eu ce complexe du héros. Et à voir tous les gens qui sont morts, il a eu l'impression d'échouer.
- Ce n'est pas comme si c'était de sa faute. Tu te souviens quand Fred…
La voix de Ron se brisa, alors que son regard se perdait dans les flammes en face d'eux. Il sentit la main de Hermione exercer une pression sur la sienne. Oui, elle se souvenait. Bien souvent encore, cette scène venait la hanter dans ses rêves, le dernier rire de Fred se transformant en rictus sur son visage. Elle cligna rapidement des paupières et essaya de détourner la conversation.
- Tu sais, Al et Scorpius me font un peu penser à Fred et Georges, quand ils faisaient toutes leurs bêtises. Mais avec un peu plus de subtilité peut être.
- Oui, ce sont des Serpentard, rétorqua Ron, un peu méprisant même après toutes ces années.
- Et lorsqu'ils avaient testé leurs produits sur des élèves ? Se souvint Hermione, un grand sourire sur les lèvres.
- Tu étais folle de rage, la préfète parfaite, se moqua gentiment Ron en embrassant sa femme sur le bout de ses lèves.
Et pendant l'heure qui suivit, les deux époux se souvinrent de ce qui avait fait leur jeunesse aujourd'hui enfuie, se sentant soudain très vieux. Le temps les avait rattrapés, et les voila à présent, côte à côte devant le feu, comme pour réchauffer leurs âmes refroidies par le temps.
***
A Poudlard, Albus et Scorpius faisaient l'expérience du syndrome de la toute puissance des adolescents. Il est un âge à la fois merveilleux et monstrueux, où l'on sait tout, où les grandes vérités de la vie sont à portée de main, clairement inscrites sur les nuages dans le ciel ou même dans la soupe de lettres qui écrit des phrases mystiques sur les bords de l'assiette. Cet âge est communément appelé par les anciens, qui nient l'avoir un jour traversé, l'âge bête.
Et Al était en plein dedans.
C'est ainsi qu'un beau jour, il se réveilla avec une certitude en tête : il savait, il avait compris une leçon de vie fondamentale, et c'était à lui d'en instruire le monde entier. A commencer par son monde entier. Scorpius.
- Si tu regardes bien, le grand problème des gens, c'est qu'ils ne savent plus apprécier leur vie, affirma-t-il d'un ton convaincu.
- Ils passent plus de temps à essayer de réduire leur malheur plutôt qu'à construire leur bonheur. Et du coup ils laissent passer toutes les petites choses qui rendent la vie supportable. Tout le monde essaie d'être quelqu'un d'autre, au lieu d'assumer la personne qu'ils sont. Regarde, ces filles de troisième année qui se maquillent, et qui rêvent du jour où elles ressembleront à des adultes. Et à côté, tu as le prof de sortilèges, qui déteste enseigner, lista-t-il, allongé sur son lit, les bras croisés sous sa tête.
- Tu sais ce que c'est, notre problème, Al ? demanda Scorpius, couché à l'envers sur le lit de son ami, dans la même position.
- Non ?
- On est trop matures pour notre âge.
- Tu as raison, fit Al, le regard brillant de cette nouvelle prose de conscience. C'est pour ça qu'on ne s'entend pas bien avec les gens de notre âge, ils sont trop gamins pour nous ! Tu sais quoi ? On ne peut pas rester sans rien faire.
Se redressant brusquement, il se saisit de son carnet d'écriture posé sur sa table de chevet, et le tendit à son ami d'un air décidé.
- Cap ou pas Cap de changer les choses ?
- Hein ?
- Cap ou pas Cap ? répéta Al, d'un ton presque agressif.
- Ca va, Cap, mais c'est quoi ton idée ?
Se penchant vers son ami, il lui chuchota vivement quelques mots à l'oreille. Scorpius commença par froncer les sourcils, puis son regard s'éclaira tout à coup, et il s'écria :
- On pourrait même se faire payer pour ça !
C'est ainsi que naquit le cabinet des docteurs Potter et Malfoy, psychanalistes spécialisés dans la résolution des problèmes de l'adolescence. Vous avez toujours voulu comprendre pourquoi vous avez peur du noir, ou pourquoi vous avez toujours un coup de blues le dimanche soir ? C'est sans doute à cause d'un traumatisme qui se serait produit pendant votre enfance, et Al et Scorpius, pardon, les docteurs Potter et Malfoy sont là pour vous aider à éclaircir la situation.
Seulement 5 mornilles de l'heure.
***
Trois jours plus tard, un professeur MacGonagall excédée réconfortait la quatrième jeune fille de la journée, qui se présentait en larmes devant son bureau, pour l'implorer de la renvoyer dans sa famille. Et elle venait de comprendre enfin l'origine de ces crises de larmes incontrôlées.
Pourquoi en effet la jeune Steffie Goyle aurait-elle pensé à son oncle décédé lorsqu'elle avait quatre ans, et dont elle ne se souvenait même plus, juste au moment où sa camarade de chambre, Alexandra Sanders, pleurait son chat disparu lorsqu'elle avait huit ans ? Et puis il y avait Sandie et Lilou, les deux jumelles pleines de vie, qui à présent lui avaient affirmé ne pas pouvoir continuer à assumer les cours en raison de leur agoraphobie, qu'elles cachaient sous des tonnes de maquillage pour se donner une contenance en public. Une seule explication, en effet : Malfoy et Potter avaient encore frappé.
Et c'était à elle de frapper à présent. De préférence à la porte du directeur des Serpentard, le plus à même d'éclaircir la situation. Mais l'homme ne répondit pas à ses appels, malgré la musique classique qui se faisait entendre dans ses appartements. A elle de régler le problème.
Elle fit donc ce qu'elle n'avait jamais osé faire malgré ses nombreuses années à la tête de cette école. Elle pénétra dans l'antre des Serpentard, qui s'ouvrit tout naturellement devant la directrice de l'école. Dans la salle commune, les garçons s'étaient tous retirés d'un côté, échangeant des paroles ironiques, un sourire mauvais aux lèvres, le regard tourné vers un coin de la pièce. Suivant leur regard, elle avisa une file de jeunes filles avec des pièces à la main, qui faisaient apparemment la queue devant l'entrée d'un des dortoirs, et se dirigea d'un pas décidé vers la source du problème.
- Ecartez-vous, s'il vous plait, laissez-moi passer, dit-elle de son habituelle voix sèche.
Alors qu'elle entrait dans la pièce, son regard fut attiré par les rideaux de l'un des baldaquins, fermés, dont des sanglots s'échappaient. Devant, Scorpius Malfoy semblait jouer les videurs, recomptant une poignée de pièces dans ses mains.
- Professeur MacGonagall, pas la peine de jour des coudes, car en tant que directrice, vous avez la priorité si vous souhaitez consulter. Par contre, je dois vous avertir que la maison ne pratique pas les remboursements en cas d'insatisfaction fit-il avec un sourire ironique sur le visage.
- Mais qu'avez-vous encore inventé ? s'écria MacGonagall en ouvrant en grand les rideaux du lit.
Devant elle, un Albus à l'air particulièrement inspiré prenait des notes sur un bout de parchemin, tandis qu'une jeune première année sanglotait à grosses larmes devant lui, tous deux assis en tailleur sur le couvre-lit. Comprenant intuitivement la situation, elle saisit Scorpius en Albus par l'oreille, malgré les protestations de ces derniers.
- Ce petit jeu est terminé ! Suivez-moi, tous les deux !
Elle les traina ainsi à travers la salle commune, à travers les escaliers, les couloirs, jusqu'à son bureau, dans un geste qui lui sembla un peu trop familier. Elle relâcha les deux gamins qui se massèrent l'oreille en la regardant.
- Le trimestre est à peine commencé que vous vous faites déjà remarquer ! Mais qu'est-ce qui vous est passé par la tête ? Avez-vous décidé de traumatiser tous vos camarades de classe avec vos salades ?
- Mais madame, vous ne pouvez pas comprendre, c'est de la psychanalyse, expliqua Albus, comme s'il s'adressait à une idiote.
- Oh mais je comprends très bien au contraire ! Vous vous ennuyez, et vous avez vu en la crédulité de vos camarades un moyen de gagner un peu d'argent, tout en les torturant mentalement ! Ca ne va pas se passer comme ça, messieurs. Vous allez rendre cet argent à vos collègues et avoir la punition de votre vie !
- Alors là, pas question, intervint Albus. On avait bien précisé que ces séances n'étaient pas remboursables.
Scorpius sembla s'étouffer à ses côtés, alors que le professeur MacGonagall explosait en cris en tous genres.
Quelques centaines de hurlements plus tard…
Assise seule dans son bureau, le professeur MacGonagall tentait de calmer le tremblement qui agitait ses membres. Malgré son âge avancé, elle se sentait tout à coup comme une jeune maman un peu dépassée par l'attitude de ses enfants, ne reconnaissant plus les adolescents qui avaient pris place dans leurs corps. Ces deux-là en particulier étaient si prometteurs, mais ils finiraient par l'épuiser, avec leurs bêtises.
C'était ses deux anciens Gryffondor, Hermione et Ron Weasley, qui l'avaient avertie de la situation, qui avait été soigneusement cachée à la presse. Ils pensaient que c'était mieux pour les enfants d'avertir la direction de l'école. Lorsqu'elle avait appris pour Harry, elle s'était dit que les enfants Potter risquaient d'être un peu perturbés, et qu'elle devrait les convoquer dans son bureau pour parler de leurs problèmes familiaux. Mais après leur dernière invention, elle avait tout à coup l'impression que peu importe ce qu'elle dirait, elle mettrait les deux pieds dans le plat. Elle ne savait vraiment pas comment aborder le problème.
- Comment suis-je censée remonter le moral à deux esprits frappeurs ? soupira-t-elle, excédée.
- Avec quelques bons coups de canne sur le matricule, suggéra le portrait de Severus Snape, derrière elle.
- Severus… Réprimanda celui de Dumbledore. Ces deux enfants ont de toute évidence été perturbés par les événements récents, laissez-leur le temps de retrouver un équilibre. En restant constante dans vos punitions. Ils finiront bien par se calmer.
- Je l'espère, Albus…
Elle se sentait elle-même profondément déstabilisée par la situation. Harry Potter était la dernière personne qu'elle aurait imaginé abandonner son foyer, et à présent, elle avait l'impression de ne plus connaître son ancien élève. Décidément, la situation lui échappait, et ce dans tous les sens du terme. Un problème à la fois, se dit-elle. D'abord contrôler les deux garnements.
***
Depuis maintenant une semaine, Harry écrivait jour et nuit, sans rien dire, sans même lever les yeux sur la personne qui l'hébergeait, le forçait parfois à se nourrir, à dormir, à se changer. Draco Malfoy était indécis sur la conduite à tenir.
D'un côté, sa source de revenus future était productive, et cela ne pouvait qu'être bon pour lui ; de l'autre, il avait comme perdu tout contact avec l'homme depuis qu'il avait enfin commencé à écrire, et cela l'effrayait un peu. Il comparait souvent dans ses cauchemars son ancien rival à un maléfice incontrôlable, un sort de magie noire capable de lui apporter beaucoup, mais à un prix non négligeable.
Tout d'abord, son héritier. Il avait été obligé de l'écarter pour pouvoir « travailler » dans de bonnes conditions, et avait ainsi eu l'impression d'être indigne des valeurs de sa famille. Il avait lui-même été choyé pendant son enfance, traité en petit prince, mais n'avait pas été capable de rendre la pareille au garçon.
Et aujourd'hui, peut être était-il temps d'agir. Sans rien dire, il transplanna à Pré-Au-Lard.
Il devait se rendre à Poudlard.
Sur le chemin, il prit le temps d'envoyer un patronus au directeur des Serpentard, pour requérir un rendez-vous urgent avec lui. La réponse se fit rapide : un patronus en forme de scorpion géant apparut devant lui, lui assurant d'une voix quelque peu ironique que le directeur des Serpentard n'avait rien de mieux à faire que de recevoir un parent d'élève. Fronçant les sourcils, le grand blond accéléra le pas vers le château.
Arrivé devant les grilles, il eut la surprise de tomber nez-à-nez avec Rusard, apparemment venu l'escorter. C'était donc avec ce genre de déchets cracmols que l'on accueillait à présent les nobles ? Ce la ne lui plaisait gère. Il suivit sans un mot le concierge jusqu'au château, où il prit tout naturellement la direction de l'ancien bureau de son parrain. Snape ne lui avait jamais autant manqué de toute sa vie, et pourtant il ne faisait pas dans le sentimentalisme !
Il frappa deux coups à la porte. Une voix morne lui répondit. Il ouvrit la porte en grand, souhaitant faire son petit effet, et pénétra dans la pièce. Aujourd'hui beaucoup plus claire et chaude, elle était entièrement remplie d'étagères sur lesquelles reposaient des milliers de livres, lui donnant l'aspect d'une petite bibliothèque, là où autrefois reposaient les ingrédients de potion de Severus. Assis face à lui, les mains croisées derrière sa nuque, les pieds sur le bureau, le directeur des Serpentard le contemplait, un sourire complaisant sur le visage.
- J'ai toujours rêvé de rencontrer un jour les parents de ces abominables petits garnements bourrés de pognon à qui je dispense habituellement mes cours, l'accueillit-il.
Stupéfait, Draco se reprit très vite, dévisageant l'homme.
- Je vous demande pardon ?
- Oui, en effet, il y a de quoi demander pardon, lorsqu'on a engendré un déchet pareil. Aucune aptitude en sortilèges, plus de retenues à son actif qu'un Poufsouffle, et pourtant ça se pavaner dans le château comme si le monde lui appartenait, on ne peut que se sentir dégouté par un être pareil, vous ne croyez pas ?
- Je ne vous permets pas de parler de mon fils sur ce ton ! s'écria Draco, hors de lui.
- Mais je suppose que peu importe ce que je vous dirai, continua Crick comme si de rien n'était. Ce jeune homme a un avenir tout tracé, comme tous ces nobles qui m'ont pourri l'existence pendant ma scolarité, alors que j'ai dû réussir à la force du poignet, n'est-ce pas ? Ciel, à quoi ai-je dû m'abaisser pour financer mes recherches ? A enseigner à des larves. De nobles larves, certes, mais des larves quand même. Et vous, vous devez être le mollusque venu m'apprendre mon travail, je me trompe ?
- Croyez-moi, le coupa Malfoy, excédé, bientôt, vous n'aurez plus à vous soucier de cela. Je vais faire le nécessaire pour vous déchargez de ce fardeau.
Il quitta le bureau d'un pas déterminé, claquant la porte derrière lui, et se dirigea vers le bureau de la directrice. Jamais il ne laisserait un professeur aussi incompétent salir la noble maison des Serpentard. Et surtout les études de son fils.
Satisfait, le futur ex directeur des Serpentard sortit sa baguette, et lança quelques sorts pour faire ses bagages, et les expédier chez lui. Il venait enfin d'être embauché par le département de recherches magique du ministère, en tant que chercheur en sortilèges expérimentaux, et voila plus de trois semaines qu'il cherchait un moyen de quitter Poudlard sans passer par la case démission, pour pouvoir toucher les indemnités de licenciement. Et ce nobliau idiot lui avait fourni l'alibi nécessaire. Un vrai Serpentard obtient toujours ce qu'il veut.
Lorsqu'un long entretien avec son employeuse plus tard, au cours duquel il aggrava la situation pour être certain de ne pas s'en tirer avec un simple blâme, il reçut enfin l'ordre de quitter le château, il se dirigea euphorique vers le parc, enroulé dans sa longue cape de velours verte émeraude, un parapluie à la main.
Un grand sourire revanchard aux lèvres, il leva sa baguette, en tapota son parapluie. Il n'avait jamais aimé les balais, ne faisant pas confiance aux fabricants. Il avait appris dans sa carrière à ne faire confiance qu'à ses propres sortilèges.
Alors qu'il ouvrait son parapluie, ce dernier commença à s'élever dans les airs, l'emportant avec lui. Il se retourna une dernière fois face au château.
- Adieu, trou à rats ! cria-t-il à son ancienne école.
Et telle une nounou tristement célèbre pour avoir rencontré un avion en se dirigeant vers le lieu de sa prochaine mission, il quitta l'école, après y avoir accompli son devoir : éduquer les nouvelles générations de futurs chômeurs.
***
Dans son bureau, une vieille directrice qui avait l'impression d'être jeune et inexpérimentée, se sentait dépassée entre des élèves à problèmes et un professeur qui désertait au tout début du trimestre.
Dans son dortoir, un Albus morose copiait des lignes. Il était tellement convaincu par la justesse de sa philosophie et de son entreprise. Malheureusement, dans convaincu, il y a « vaincu ». Et il y a « con ». Scorpius, de son côté, avait déjà bâclé les siennes, et essayait de remonter le moral de son ami en lui rappelant les anecdotes qu'ils avaient apprises sur leurs camarades, au cours de leur courte carrière de psychanalystes.
Au terrier, une jeune femme rousse, assise devant la coiffeuse que lui avait offerte sa mère lorsqu'elle était petite, contemplait son reflet cerné par les événements récents, tandis qu'elle posait sur ses cheveux ternis le diadème qu'elle portait le jour de son mariage.
Il était une fois un petit garçon qui rêvait d'être grand.
Il était une fois une vieille dame accablée faisait face à des problèmes qu'elle n'avait jamais encore rencontrés malgré des années de métier.
Dans le manoir Malfoy, Harry cessa soudain d'écrire, et posa sa plume sur sa table de travail. Il laissa le parchemin sécher quelques instants, puis le déposa sur une pile d'autres pages avant de prendre le tas de feuilles dans ses mains et de le soupeser. Sur la page de garde était inscrit en lettres capitales : « CHAPITRE PREMIER». Le premier chapitre de sa biographie était achevé, tout comme le premier chapitre de sa vie. Et maintenant ?
Il prit soudain conscience de ce qu'il avait fait. Il se souvint de Ginny, des enfants. Il avait besoin d'un conseil. Il déposa doucement le tas de parchemins sur le coin de la table, avec soin, puis transplanna.
***
Appuyés l'un contre l'autre devant le feu, sur le canapé, leur position favorite après diner, lorsqu'ils avaient enfin terminé leur dure journée de travail, Ron et Hermione s'étaient assoupis en discutant. Ils ronflaient à présent paisiblement, s'accordant parfaitement aux craquements de la buche qui crépitait dans la cheminée, se consumant doucement.
Soudain, un craquement retentit, et les deux époux se réveillèrent en sursaut. Pris par un vieux réflexe d'ancien auror, Ron fut sur ses pieds en moins de deux, et pointa sa baguette sur l'intrus, mais manqua la lâcher en le reconnaissant.
Son ancien ami lui faisait face, l'air hagard, ses grands yeux verts brillant d'émotion.
J'espère que ça vous a plu, la suite quand je pourrais, et quand j'aurais l'inspiration ! N'hésitez pas à me laisser vos commentaires, ça m'aide à travailler !
A la prochaine !
