Alors que Caïus comptait approfondir leur baiser, ils entendirent un « toc toc » contre le carreau de la fenêtre de la cuisine.
Ils se reculèrent, l'un furieux, l'autre gênée.
- Depuis quand les hiboux volent en pleine journée ? gronda Caïus.
- Hedwige ?
- Hedwige ? Cet animal a un nom ?
Hermione se recula à contrecœur et alla ouvrir la fenêtre. Elle prit la lettre et donna un biscuit à l'animal d'Harry qui alla se poser sur le perchoir prévu pour les hiboux.
Caïus observa la scène, éberlué. Hermione lui jeta un coup d'œil et sourit, ses premiers souvenirs du monde magique refaisant surface.
- Bienvenue dans le monde magique, sourit-elle avant d'ouvrir la lettre.
Excuse-moi ? Tu vas bien ?
Hedwige ne part pas sans ta réponse.
Harry.
- Idiot de meilleur ami. Je vais quand même le tuer.
- Tu n'es pas heureuse que je sois là, dit Caïus, vexé.
Elle s'avança et lui prit la main.
- Si je le suis, même si ce n'est pas facile à dire. Je suis à l'aise dans bon nombre de domaines et de sujets, mais lorsqu'il s'agit de mes sentiments, c'est une autre histoire. Peut-être parce que je ne trouve pas les réponses dans mes livres, finit-elle dans un murmure.
Grâce à son ouïe surdéveloppée, le roi entendit ces derniers mots et s'interrogea une nouvelle fois sur son passé.
Hermione, de son côté, repensa à ses derniers jours où elle s'était comportée comme une larve.
- C'est juste plus compliqué que ça n'y paraît, soupira-t-elle.
A moins qu'elle souhaite que ça le soit ?
- Es-tu en danger ?
- Non, non.
Elle rassembla ses pensées pour lui expliquer facilement.
- S'il y a un fidelitas sur ma maison. C'est pour ne pas être dérangée par des personnes indésirables.
Le roi se vexa et Hermione se frappa le front de sa main libre. L'autre tenait fermement la main du vampire.
- C'est de ta faute, tu retournes mon cerveau de miss je-sais-tout, plaisanta-t-elle.
Cela fonctionna. Il se détendit et grimaça un sourire. Le vampire comprit un peu mieux sa phrase murmurée.
- Nous avons eu une guerre. Elle s'est terminée il y a quelques années. Harry, celui qui t'a donné le parchemin, est non seulement mon meilleur ami, mais aussi celui qui a mis fin à la guerre. Ronald, un autre ami, et moi l'avons aidé. Disons que depuis, nous sommes un peu considérés comme des héros, même si je n'aime pas ce terme. J'aurais plus dit des enfants inconscients, mais là n'est pas le sujet. Bref, depuis que la paix est revenue, les gens nous témoignent leur affection et certains ont été plus insistants que d'autres. Rien de grave, le rassura-t-elle immédiatement. Pour être plus tranquille, nous avons fait poser des protections sur nos maisons respectives.
Elle grimaça au souvenir de Ron qui aimait un peu trop l'attention que les gens lui portaient. Elle avait dû batailler ferme durant un bon mois pour une protection…
- Nous savons aussi qu'il y a quelques rescapés du camp ennemi qui sont en liberté. Le fait qu'Harry t'ait donné mon adresse sans te connaître est assez irresponsable de sa part, surtout qu'il sait que tu es un vampire.
- Il a quelque chose contre les vampires ?
- Non, comme tu le sais, nous ne sommes pas censés nous mélanger. Malgré cela, Voldemort, celui qui a déclenché la guerre, avait quelques vampires dans son camp.
- Qui ? gronda le roi.
Hermione vit tout de suite la différence entre son vampire et le roi. Et mettre le roi en colère n'était pas une bonne idée. Pour la première fois, elle eut peur de lui.
- Je ne sais pas, je ne les ai pas croisés, mais je connais quelques personnes qui les ont peut-être vu, dit-elle d'une petite voix.
Caïus ferma les yeux pour se calmer. Il avait senti la peur de sa compagne. Même sa partie la plus sombre ne voulait pas qu'elle ait peur, jamais. Il leva la main pour toucher sa peau, mais se ravisa, n'étant pas sûr de son corps et de sa force.
- Je ne pourrais jamais me mettre en colère contre toi. Cela me rendrait fou si je te faisais peur, dit-il avec tellement d'émotion et de conviction dans la voix qu'Hermione le crut sur parole.
Il lui caressa la joue, lui demandant silencieusement de continuer son histoire qui le fascinait et l'effrayait. Il se demandait ce qu'elle avait bien pu vivre.
- Je sais qu'Harry a souvent su distinguer les bonnes personnes des autres, mais là… Je ne comprends pas. Néanmoins, même si je ne le pensais pas au début, je suis contente que tu sois là… Je… Je me sens mieux ?
La jeune femme se frotta inconsciemment la peau au niveau du cœur. Il se pouvait que Marcus avait raison, leur lien était déjà très fort pour qu'elle puisse le ressentir. Lui aussi l'avait senti, mais avec ses siècles d'expérience il avait réussi à le gérer. Du moins, un peu mieux que sa compagne.
- Que t'a-t-il dit ?
- Rien.
- Comment ça, rien ?
Hermione fronça le nez, signe de colère évidente.
- La police sorcière…
- Les Aurors.
- Les Aurors ? Ok, les Aurors nous ont trouvés, nous avons discuté avec deux d'entre eux, mais les quatre autres sont restés silencieux et cachés. D'ailleurs, c'est vexant, juste six hommes ? Lorsqu'ils sont partis, l'un d'entre eux est resté quelques secondes de plus. Nous allions partir lorsque j'ai vu un morceau de papier voler devant moi. Vu que nous tournions en rond depuis quelques jours, on a suivi cette piste.
- Ce n'est pas très prudent de votre part aussi. Tu sais de quoi nous sommes à peu près capables, ils auraient pu vous tendre un piège, dit-elle un peu énervée, les deux poings sur les hanches… Oh pardon, je ne voulais pas être...
Caïus fut d'abord étonné du ton de reproche de la jeune femme, mais il finit par sourire, la prenant dans ses bras et lui coupant la parole. Il cacha son sourire dans les cheveux d'Hermione.
- Tu te moques de moi, dit-elle le frappant assez fort.
- Oh non ma jolie sorcière, dit-il en se reculant, tu t'inquiètes pour moi, je trouve ça gentil de ta part.
Il avait envie de rajouter idiot, mais il ne le pensait pas, même s'il est l'un des vampires les plus dangereux au monde. Ou du moins, il ne pensait pas cela idiot de la part d'Hermione.
- Personne ne se soucie de toi ? demanda-t-elle, confuse.
- Si, toi.
- Et tes frères ?
- Je suis le plus meurtrier de nous trois, dit-il avec franchise.
Le blond ne voulait pas de faux-semblants entre eux. Juste la vérité.
- Possible, mais pas invincible, dit-elle en fronçant le nez.
Encore une fois, elle frotta la peau au-dessus de son cœur. Caïus lui prit la main.
- Je te promets de faire attention.
- Bien, dit-elle d'un ton ferme.
Encore une fois, il sourit. Il n'avait jamais autant souri le dernier siècle qu'en quelques heures aujourd'hui.
Hedwige se manifesta, impatiente d'avoir une réponse. Hermione se tourna vers l'animal, lui fit une brève caresse appréciée par la chouette et ouvrit un tiroir, sortant une plume et un peu d'encre. Le vampire la regarda faire, encore une fois étonné et amusé par les coutumes sorcières. Il lit par-dessus son épaule :
Troll des montagnes !
- Troll des montagnes ? Ça existe ?
- Oh oui, ils ne sont pas très intelligents, mais ils sont grands, forts et ont une odeur nauséabonde.
- Quelque chose me dit que tu en as déjà rencontré...
- Oui, à onze ans, dans les toilettes des filles…
Cette fois, c'est Hermione qui rigola devant le roi des vampires, la mâchoire tombante, les yeux ronds. Il mit quelques minutes à reprendre ses esprits.
- Tu es tellement jeune, pourtant tu sembles en avoir vécu plus que bon nombre de mes gardes.
- Même si certaines choses que j'ai vécues sont horribles, je crois que je les referais toutes de la même façon.
- C'est une grande preuve de sagesse.
- Ou de folie, soupira-t-elle. Ou d'égoïsme. Si j'avais su certaines choses, j'aurais pu éviter des morts.
- Chaque mort doit l'être, dit-il sagement.
Hermione se retourna vers Hedwige qui hulula gaiement lorsque le morceau de parchemin s'enroula autour de sa patte.
- Fait attention à toi.
La chouette s'envola par la fenêtre ouverte.
- C'est votre poste ?
- Oui.
- Vous ne connaissez pas les téléphones ?
- La technologie ne marche pas dans le monde des sorciers.
- Je comprends pourquoi nous avons eu tellement de mal à te trouver. Vous êtes vraiment coupés du reste du monde.
- Certains sorciers de sang pur disent que c'est parce que les moldus leur sont inférieurs, mais je pense qu'au départ, c'est qu'ils ont été effrayés par eux et leur violence à notre encontre. Après tout, durant des siècles, il y a eu de nombreuses chasses aux sorcières. Nous avons besoin de vivre « cachés » pour notre survie.
- Mais votre guerre ?
- Elle a commencé il y a des décennies avec un seul homme qui voulait purifier, dominer les sorciers et asservir ou tuer les moldus. Je ne sais pas grand-chose de l'homme lui-même, je sais juste qu'il avait besoin de prouver quelque chose.
- Comment un seul homme peut-il déclencher une guerre ?
- Les sorciers sont peu nombreux et certains sont plus conservateurs. Il a été facile pour cet homme de se servir d'eux en leur promettant ce que chacun rêvait sans jamais l'avouer. Mais pouvons-nous changer de sujet, s'il te plaît. La fin de notre guerre est encore proche et assez douloureuse. J'y… J'y ai perdu des amis, murmura Hermione.
Caïus se rendit compte que, malgré son air déterminé et son regard fier, la jeune femme souffrait énormément de son passé sombre. Son instinct lui ordonna de la prendre dans ses bras pour la réconforter. Il ne se fit pas prier, appréciant ce petit corps chaud et souple entre ses bras froids. Au moins, là, elle était en sécurité.
- Pardon, souffla-t-il.
Hermione frotta inconsciemment son nez contre la chemise du vampire pour se réconforter et pour remercier le roi de sa gentillesse. Elle se doutait qu'elle seule pouvait voir ce côté de sa personnalité.
Même s'ils étaient bien dans cette position, Hermione se força à se reculer et reprendre contenance. Sa fierté et sa mémoire lui ordonnaient. La brune n'était pas rancunière, mais elle n'oubliait pas.
Hermione le fixa droit dans les yeux pour le confronter et savoir précisément ce qu'il lui voulait. Seulement elle n'avait pas pris en compte le charisme de l'homme, ni ses hormones… Les mots se coincèrent dans sa gorge, alors elle but un grand verre d'eau fraîche.
- Que fais-tu ici ? lui demanda-t-elle en lui tournant le dos. Que veux-tu ?
Il se rapprocha et posa ses deux mains sur ses épaules.
- Toi, en Italie.
Hermione s'étouffa à moitié en avalant sa salive. Elle comprit ce qu'il voulait dire par « Italie »…
- Pardon ? dit-elle, outrée. Je ne suis pas une chose que l'on peut acquérir !
- Je n'ai jamais dit une telle chose.
A leur plus grand étonnement, le roi resta calme. Son instinct lui soufflait que c'était une discussion capitale et que tout allait se jouer là-dessus.
- Soit clair dans tes paroles, je n'aime pas les non-dits.
Il sentit la tension dans les épaules d'Hermione. Caïus voulait lui faire un massage pour la détendre, mais lui briser les omoplates n'était pas une bonne idée il se contenta donc de légères caresses qui firent leur effet.
- Ne veux-tu pas me faire face ?
- Non… Mes idées ne sont pas claires lorsque je te regarde, dit-elle en toute honnêteté. Je ne sais pas quelle particularité ont les vampires, mais je n'aime pas ce que tu m'as fait.
Le vampire fut blessé par ses paroles, mais n'en montra rien. La jeune femme était dans l'ignorance et, à sa place, il se serait déjà mis dans une colère noire. Même humain, il n'avait jamais été patient.
- Hermione, gronda-t-il malgré lui. Laisse-moi t'expliquer, rajouta-t-il plus calmement.
- Que m'as-tu fait ?
- Rien.
La jeune femme se retourna brusquement, le pointant du doigt.
- Menteur !
- N'as-tu pas pensé une seconde que ce que tu ressens, je le ressens aussi ?
Il était vraiment surpris qu'elle n'ait pas pensé à cela.
- Non, dit-elle franchement, surprise, en baissant la main.
- Ne te rends-tu pas compte de l'effet que tu as sur les hommes ?
- Mais de quoi parles-tu ?
Ses sourcils se froncèrent. Caïus rigola doucement.
- On pourrait croire que je t'ai demandé de me résoudre un problème épineux, dit-il, un sourire dans la voix.
- Les réactions des hommes ne m'ont jamais vraiment intéressée…
- Pourquoi, demanda-t-il, sincèrement curieux.
- Peut-être parce qu'ils ne me témoignaient pas d'intérêt, en dehors de vouloir mes devoirs… Ne soit pas désolée pour moi.
Le vampire se recula d'un pas, les deux mains en l'air.
- Loin de moi cette idée, dit-il, taquin.
Plus les minutes passaient, plus Caïus appréciait cette jeune femme qui ne ressemblait à aucune autre. Il n'aurait pas aimé tomber sur une femme superficielle.
- Les garçons ne m'intéressaient pas, mes amis et moi essayions de survivre. Peut-être que dans un autre contexte… Non, même là, rigola Hermione.
- Tu préfères les femmes ? se moqua-t-il.
Elle le frappa gentiment au bras, ne voulant pas se faire mal.
- Même toi, tu sais que ce n'est pas le cas. Et puis, j'ai eu des petits-amis.
- Combien ?
Hermione sentit que le ton de Caïus avait légèrement changé, mais ils n'avaient pas encore dépassé la limite.
- Deux.
- Ont-ils été corrects avec toi ?
Hermione était étonnée, elle s'attendait plus à de la jalousie. Seulement, elle ne voulait pas y repenser.
- Et toi ? Combien de femmes ont partagé ton… Ta vie ?
- Te rends-tu compte que j'ai quelques années de plus que toi ?
- Il y en a eu tant que ça ? demanda-t-elle d'une voix blanche.
Malgré elle, Hermione ne peut s'empêcher de s'imaginer intimement avec lui.
- Quelques femmes ont partagé mon lit, mais elles n'avaient aucune importance.
Caïus resta silencieux quelques minutes, repensant à son ex-compagne et aux nombreuses années qu'ils avaient partagées. Son lien avec Hermione était vraiment fort parce qu'il ne ressentait plus d'amour ni de tristesse. Seulement de la nostalgie face au passé.
- Une seule femme a été importante.
Au son de sa voix, Hermione comprit qu'elle était morte. Ne voulant pas qu'il soit malheureux, la jeune femme sortit une plaisanterie.
- Je te bats, sourit-elle.
- Dans bien des domaines, dit-il, lui caressant la joue.
Ils restèrent quelques minutes à se regarder, Hermione déglutit avec peine et fit le premier pas, se mettant sur la pointe des pieds sans le quitter des yeux. Caïus la laissa faire, ne voulant pas la brusquer. Il avait encore des choses importantes à lui dire, mais lorsqu'elle caressa ses lèvres, son contrôle s'effrita et combla le vide.
Le vampire en lui voulait arracher ses vêtements et la faire sienne. Heureusement, il avait assez de contrôle sur sa bête intérieure. Il se contenta donc la coller contre lui et de la tenir fortement dans ses bras tout en laissant à Hermione le contrôle du baiser, qu'elle approfondit rapidement. Lorsque leurs langues se caressèrent, la jeune femme le tint plus fermement. Elle aussi se retenait d'enrouler ses jambes autour de sa taille.
Néanmoins, Hermione prit sur elle et se recula, à bout de souffle, pour reprendre ses esprits.
- Peux-tu me faire une promesse ?
- Qu'est-ce que c'est ?
- Ne me claque plus jamais la porte au nez, déclara-t-il très sérieusement.
- Tu sais qu'en me disant ça, je vais avoir envie de le refaire ? sourit-elle.
Elle avait envie de rajouter que de toute façon, il n'aurait pas mal, mais il risquait de mal le prendre et elle ne trouvait pas ça correct.
- Je ne risque pas de m'ennuyer avec toi, sourit-il à son tour.
Hermione fronça les sourcils, sentant qu'il ne disait pas tout.
- Combien de temps es-tu resté avec ton ex-petite-amie ?
- Compagne. Mon ex-compagne.
- Pourquoi ai-je l'impression que ça a une signification particulière.
- Parce que c'est le cas. Viens, allons nous asseoir.
Il ne lui laissa pas le temps de répliquer et l'emmena vers le canapé. A peine Hermione assise, Pattenrond vint s'asseoir sur ses genoux, fixant le vampire assis à côté. Caïus prit la main de la jeune femme. Le roi était persuadé que le chat regardait le geste et qu'il désapprouvait…
Il entendit le cœur d'Hermione battre très vite. Il savait qu'il ne pouvait pas reculer la conversation. Pourtant il allait essayer, ayant peur de sa réaction, peur de son rejet. Durant une seconde, il se souvint de la raison pour laquelle il ne voulait pas retrouver de compagne : cette faiblesse que l'on ressentait à ses côtés… Mais bien vite, il sentit sa force se décupler à ce même contact.
- Vos animaux de compagnie ont-ils des dons particuliers ?
- Mon chat, oui, dit-elle d'une voix bizarre. Il reconnaît les créatures spéciales… Que veux-tu me dire ?
OoO
A suivre…
Chapitre un peu plus long, pour mon retard. J'espère que vous avez aimé !
Bisous
