9. Souffrir
J'adore mon métier. Vraiment. Sinon je n'aurais pas enseigné pendant trente ans dans ce collège après ma carrière d'ingénieur. Vous comprenez, j'aurais pu avoir un métier bien payé. J'étais très apprécié là où je travaillais, et on me promettait un bel avenir. Mais je voulais transmettre ma passion, faire aimer la physique aux jeunes. Alors je suis devenu professeur. Je n'ai jamais regretté. Mais cette année… Cette année c'est autre chose. J'ai un élève… atypique. Il n'est pas bête du tout, c'est justement là le problème. Mais il gâche tout. J'ai l'impression… l'impression qu'il le fait exprès. Il n'écoute pas en cours, rêvasse tout le temps, il ne travaille pas chez lui, et a une imagination débordante. Il est insolent avec les adultes, n'a pas d'ami, se moque de tout le monde, crée le chaos partout où il passe ! Je crois… Je crois que je déteste cet enfant ! Jusqu'ici je n'avais jamais détesté un de mes élèves. Mais celui-là… Je ne peux pas le voir en peinture ! Heureusement, le mois dernier, il était tout le temps absent. Je n'ai jamais autant souhaité que quelqu'un tombe malade. JAMAIS. Mais là… Je ne sais plus quoi faire docteur. Même ma femme m'a dit d'aller voir un psy. C'est pour ça que je suis là.
Quand monsieur Chaville, vénérable professeur de physique-chimie dans un collège privé huppé de la capitale, à un an de la retraite, poussa la porte du cabinet du professeur Orbeille, il était loin de se douter que ses sentiments négatifs envers l'un de ses élèves s'amplifieraient encore le lendemain.
Monsieur Chaville n'avait pas un mauvais fond. Il était gentil même, un peu guindé au travail. Mais ses amis diraient qu'on pouvait toujours compter sur lui. Jusqu'au jour où ce jeune garçon aux cheveux noirs et aux yeux verts poussa la porte du vénérable collège où il enseignait.
Il ne lui avait pas fallu plus de trois cours pour comprendre que cet élève gâchait son talent. Notes moyennes (oui, 15/20 était en ce lieu un résultat moyen), peu d'attention et d'efforts envers l'école, et surtout tendance à considérer que tout était son terrain de jeu.
Il y avait eu l'incident des marshmallows au piment dans la salle des professeurs, du café au whisky dans le réfectoire, des pigeons dans le bureau du CPE (comment diable avait-il fait entrer des pigeons là-dedans ?), un paquet de farine explosif dans sa salle de classe, un mur repeint en rose toujours dans sa salle de classe (comment s'y était-il pris ?), des inscriptions sur les murs, un autre élève mystère qui lui avait emboîté le pas… Ce garnement n'avait aucune conscience de son avenir qu'il gâchait ! Si seulement il pouvait mettre autant d'énergie dans ses études. Mais non, il fallait qu'il sème le chaos ! Et encore, il n'était pas certain d'avoir répertorié tous ses méfaits !
Vraiment, monsieur Chaville ne comprenait pas cet enfant. Il ne supportait pas de le voir. Il ne supportait pas d'être autant décontenancé, de ne pas savoir réagir devant lui.
Exposer son désarroi devant ce psychiatre reconnu n'avait que mis au jour cette cruelle réalité. Il détestait cet enfant parce qu'il était pour la première fois de sa vie désemparé devant quelque chose qu'il ne pouvait maîtriser.
Il en eût une nouvelle preuve le lendemain.
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La journée avait commencé on ne peut plus normalement. Au premier intercours, une bombe de peinture avait été actionnée devant la porte du bâtiment. Elle avait eut le temps de tracer d'énormes traces sur les murs et le sol, tournoyant au bout d'une tige en bambous, avant qu'un surveillant, vert de la tête aux pieds, ne l'arrête et découvre un papier où il était écrit « se lave à l'eau froide ».
A la récréation, des pommes de terre étaient tombées du ciel, plusieurs tombant miraculeusement sur les membres du corps enseignant les moins aimés de l'établissement. Il en avait reçu trois rien qu'en traversant la cours. Et ces idioties faisaient mal.
A 11h, en guise de sonnerie, une chanson mièvre avait retenti dans les haut-parleurs. Dix-sept minutes été nécessaire pour que quelqu'un arrive à les éteindre. Et huit autres minutes avaient été utilisées pour trouver ce qui continuait de hurler cette musique sur les toits.
A midi, au réfectoire, il avait pu contempler une magnifique décoration de boules de Noël avant qu'elles n'éclatent les unes après les autres.
Et bien entendu, le perturbateur n'était apparu dans aucun cours de la matinée, bien que monsieur Chaville puisse jurer l'avoir aperçu dans un couloir.
Et l'après midi, on avait dû évacuer le bâtiment à cause de fumées suspectes provenant d'une salle de classe fermée à double tours.
Monsieur Chaville retourna le soir même voir le docteur. Il n'en pouvait plus. Il avait peur de commettre un meurtre. Il attendait la retraite avec impatience, oui, grande impatience.
Comment tout cela finira-t-il ?
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Bonjour !
Je n'ai pas eu de défi pour cette semaine, alors si vous avez une idée, n'hésitez pas !
En espérant que ce chapitre vous ai plut.
Eli
