Disclaimer : Même si je les utilise à mon escient, les personnages d'Osomatsu-San et de "Mon voisin Totoro" ne m'appartiennent pas.
Note : Le fan art que j'ai utilisé en guise de couverture n'est pas de moi mais de AN_andonut sur Twitter (il y a deux "_") (Pixiv ID :2249292)
Bêta-Lectrice : Sayuri-Geisha (Un énorme merci à elle !)
A LIRE AVANT LA LECTURE : Ce chapitre se passe plusieurs années après le chapitre précédent. Il se situe juste après l'épisode 24 de la saison 1. Prenez bien ce détail en compte pour comprendre ce chapitre et les suivants !
Bonne lecture !
Chapitre VIII : La disparition
L'enfance n'avait laissé derrière elle que des souvenirs vagues et imprécis. Les années avaient défilé pour s'effacer dans le temps. Les enfants devinrent des adolescents, et enfin des adultes. Pourtant, ils restaient immatures et indécis sur ce qu'ils désiraient faire pour prendre en mains leur avenir. Au fil du temps, les choses avaient changé, sans crier gare, sans laisser le temps aux frères de s'y préparer. Leur personnalité s'accentua, et chacun agit d'une manière bien distincte. La perversité et l'avidité d'Osomatsu s'accentuèrent, Karamatsu joua un rôle stupide et douloureux, Ichimatsu se renferma de plus en plus sur lui-même, l'extraversion de Jyushimatsu augmenta, au point de le rendre parfois effrayant. Quant à Todomatsu... Il fut celui qui s'en sortit « le mieux » ; il entra ainsi dans le moule et changea avec les autres, mais cela ne s'avéra qu'un masque qu'il s'efforçait de conserver. Seul Choromatsu resta fidèle à lui-même : son sérieux ne l'abandonna pas, toutefois, il devint un peu plus hypocrite et orgueilleux. Néanmoins, une chose n'avait pas changé au fil des années : malgré leurs sales coups et leur manque de compassion, les frères restèrent unis comme un maillon de chaînes incassables.
Ou du moins, c'est ce qu'ils avaient toujours pensé.
Avec le temps, même les chaînes les plus puissantes rouillaient.
Rien ne résistait au temps.
Pas même le lien qui unissait les sextuplés.
Quelques jours plus tôt, Choromatsu quitta la maison suite au travail qu'il avait trouvé grâce à son père ; il avait aussitôt voulu laisser derrière lui le confort familial. Pour quelle raison, il l'ignorait, mais il avait toujours agi de la sorte : il cherchait souvent à prendre son envol pour ne plus être un poids pour ses parents. Bien sûr, il lui arrivait de se montrer égoïste, cependant il avait conservé sa maturité, et il avait toujours su qu'il devrait partir de sa zone de confort pour prendre son indépendance. Lorsque ce jour arriva, les événements s'enchaînèrent comme une tempête emportant tout sur son passage ; Osomatsu leva le ton et frappa Jyushimatsu, puis Karamatsu s'interposa pour donner un coup à son aîné, et ainsi le faire sortir de force avec lui. Personne ne s'attendit à ce que la soirée se déroule de manière si catastrophique.
Le lendemain, quand Choromatsu partit pour de bon, Osomatsu ne prit même pas la peine de lui dire « au revoir ». Tout s'était terminé sur un froid, et cela bouleversa Choromatsu qui se sentit un peu coupable.
Puis, les frères s'en allèrent à tour de rôle ; Todomatsu fut le deuxième à partir.
L'ambiance à la maison demeura pesante, voire invivable. Osomatsu se réfugia dans le silence et l'ignorance depuis cette soirée fatidique, et personne n'arriva à discuter avec lui. Karamatsu tenta l'expérience une fois mais cela se conclut sur un misérable échec.
Cette atmosphère étouffante poussa donc le deuxième de la fratrie à quitter la maison. Après avoir embrassé ses parents, il se rendit chez Chibita pour l'implorer de l'héberger. Il ne savait plus quoi faire, il était complètement désespéré, et il préférait fuir plutôt que d'affronter son aîné.
C'était beaucoup trop dur pour lui.
Il n'était pas assez fort pour tenter d'arranger les choses.
Plusieurs jours passèrent. Des jours qui se transformèrent en semaines. Chacun fit sa vie sans chercher à contacter les autres. Choromatsu prit l'initiative d'envoyer une lettre, persuadé que ses frères, encore chez leurs parents, la liraient. Il ignorait que tout le monde, hormis Oso s'en était allé, et que ce dernier, et lui seul, la recevrait. Par la suite, Choromatsu garda son téléphone personnel coupé, par peur qu'on le contacte pour évoquer le sujet.
Il était pathétique.
Lui qui cherchait toujours à faire bouger les choses et à agir en adulte, voilà qu'il fuyait ses responsabilités et ses actes.
Courageux, mais pas téméraire.
Comme enchaînés à la peur, les frères ne prirent même pas la peine de prendre des nouvelles des autres. L'idée avait bien effleuré l'esprit de Kara une fois, seulement au cours de ces derniers jours, son moral ne se trouvait pas au beau fixe non plus. Depuis qu'il squattait chez Chibita, il enchaînait les entretiens d'embauches sans en ressortir vainqueur. Les humiliations s'accentuaient : pas assez d'expériences, un autre profil qui convenait mieux, des entretiens sans retour. C'était comme si la réalité lui rappelait son statut d'incapable. Une fois, il fut tellement désespéré qu'il implora le directeur d'une entreprise de lui donner un travail, hélas, cela se termina sur des moqueries.
Le moral et la confiance au plus bas, il finit par se convaincre que cela ne servirait de toute façon à rien d'appeler ses frères.
Qui se soucierait de lui, de toute manière ?
Lui qui était si pathétique, si futile. Incapable de s'en sortir, trop stupide et misérable, il n'avait que ce qu'il méritait. Il n'était pas le « cool guy » qu'il prétendait être, non. Il ne restait qu'un déchet.
Personne ne prendrait plaisir à entendre sa voix. Tout le monde se fichait bien de lui et de son existence déplorable.
Assis sur le rebord de la fenêtre de la chambre de son ami, Karamatsu fixait le ciel étoilé en effleurant les cordes de sa guitare. Il n'en jouait plus depuis les événements précédents, cependant, la garder près de lui, lui procurait un certain réconfort. Les points blancs dans la toile noire du ciel rendait la nuit plus douce, et la lune, en demi croissant, illuminait la ville de sa lueur argentée. Cette vision toucha l'âme poétique du jeune homme, la beauté de la nuit le plongea dans ses pensées, et son poing se ferma lorsqu'il repensa à ses frères.
A Osomatsu.
Vivait-il encore avec leurs parents ? Et les autres dans cette histoire ? Étaient-ils partis, eux aussi ? Quand il avait quitté le confort familiale, il ne restait plus que Osomatsu, Jyushimatsu et Ichimatsu, et cela lui paraissait improbable que le violet s'en aille. Il était incapable de prendre son indépendance.
Du moins, s'il se décidait à partir, il finirait à la rue comme un chat errant.
Cette pensée bouleversa Karamatsu qui déglutit. Il y a encore quelques semaines, il ne se doutait pas qu'il finirait loin de ses frères, à se débrouiller pour trouver du travail, et à éviter tout contact avec eux.
Il jouait les hommes romantiques, prêt à tout pour sa famille, mais il ne restait qu'un hypocrite doublé d'un égoïste, incapable de faire quoi que ce soit pour sortir de sa zone de confort.
Il était le plus pathétique des six.
Soudain, une mélodie l'extirpa du labyrinthe infernal de ses pensées. Son portable vibra dans sa poche, ce qui lui retourna l'estomac : il n'était pas habitué à recevoir des appels. Surtout à cette heure-là. D'une main tremblante, il saisit l'appareil, et la crainte de voir le nom d'un de ses frères sur l'écran fit monter l'adrénaline. Néanmoins, ce fut le mot « Maison » qui apparut. Certainement ses parents qui souhaitaient prendre de ses nouvelles.
Ce n'était pas plus mal.
— Allo ? Karamatsu ? prononça une intonation familière lorsqu'il décrocha.
Il reconnut la voix de sa mère, et inconsciemment, il ne put s'empêcher de revêtir son masque.
— Hun ! Quelle joie que d'entendre ta voix harmonieuse, Mummy ! Comment vas-tu en cette fraîche soirée ? Le sky est magnifique, n'est-ce pas ? Tu devrais le voir si tu ne l'as pas encore vu ! Toutes ces stars qui brillent me rappellent tes...
— Karamatsu, le coupa Matsuyo. Est-ce que Osomatsu est avec toi ?
La question eut le même effet qu'une bombe.
Surpris, le deuxième fils resta un moment muet avant de revenir à la réalité. Cela n'augurait rien de positif.
— Heu... Non, pourquoi ?
— Vraiment ? Tu ne caches rien, hein... ?
— Je t'assure qu'il n'est pas avec moi, maman. Je te le dirais sinon.
Un silence prit place malgré les mots incompréhensibles que la femme se murmurait. Karamatsu ne l'avait encore jamais entendu dans un pareil état, ce qui le força à reprendre son sérieux. Un mauvais pressentiment l'assaillit.
— Maman, qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il doucement.
Il fallut plusieurs secondes pour que Matsuyo reprenne son calme. Il ne la voyait pas, mais il pouvait sentir son corps trembler.
Enfin, le verdict tomba :
— Osomatsu a disparu. Il n'est pas rentré depuis hier !
La respiration de Karamatsu se stoppa.
« Disparu »
Jamais ce verbe ne lui avait procuré autant d'effets. Il pouvait signifier tellement de choses, et cela plongea le bleu dans un malaise profond qu'il tenta de cacher.
— Comment ça « il a disparu » ?
— Il n'est plus là ! s'emporta-t-elle. Il n'est pas rentré depuis hier je te dis !
— Maman, calme toi..., prononça-t-il d'une voix douce malgré son malaise. Explique-moi depuis le début s'il-te-plaît.
Après avoir lâché un long soupir de désarroi, Matsuyo obéit.
— Il y a quelques jours, Osomatsu a reçu une lettre et depuis, il a recommencé à sortir. Il allait au Pachinko puis partait boire un coup quand il gagnait... Tu connais ses habitudes... Ton père et moi pensions qu'il commençait à aller mieux mais... quelque chose clochait...
— Qu'est-ce qui clochait ?
— Et bien, il restait silencieux, même les fois où il gagnait... Et depuis hier... Il n'est pas rentré.
— Tu crois que la lettre y est pour quelque chose ? De qui venait-elle ? Tu as pu la lire ? interrogea le jeune homme.
— Oui, je l'ai lu à l'instant..., bredouilla-t-elle. Alors j'ai compris. Je pensais qu'il serait venu te voir, c'est toujours vers toi qu'il se tourne quand ça ne va pas.
« Plus maintenant », pensa Karamatsu en s'égarant sur un point invisible.
— Tu ne m'as pas dit l'expéditeur, maman..., insista-t-il.
Il y eut un silence. Matsuyo sembla hésitante.
— Choromatsu, finit-elle par avouer.
— Hein ?
— C'est Choromatsu qui a envoyé la lettre.
Karamatsu ne comprenait plus rien.
Qu'avait cherché à faire son cadet en rédigeant une lettre ? A quel moment avait-il eu idée de la rédiger ? Et surtout, que contenait-elle ? Ces questions tournèrent en boucle dans sa tête sans qu'une réponse ne vienne le libérer de ses réflexions.
— Et qu'est-ce qu'il disait dans cette lettre ? questionna-t-il, bien qu'il ne fût pas certain de vouloir connaître la réponse.
— Là n'est pas la question, Karamatsu ! s'énerva Matsuyo. Osomatsu n'est pas rentré et je ne sais pas où il pourrait être ! Les portables de Choromatsu et Todomatsu sont coupés, Jyushimatsu travaille et Dekapan m'a assuré ne pas avoir vu ton frère ! Quant à Ichimatsu, je ne peux même pas le joindre ! Mince, c'est quoi cette manie que vous avez ! A quoi bon avoir un portable si vous ne vous en servez pas ?!
Incapable de contenir ses craintes et sa colère, Matsuyo finit par s'abandonner aux larmes et poussa de faibles sanglots qu'elle essaya d'étouffer, renforçant la gêne de son fils qui resta muet. Il était rare de l'entendre craquer, et cela insupporta Karamatsu qui se sentit de plus en plus pathétique face à la situation.
Pathétique jusqu'au bout.
Des mots inaudibles s'élevèrent de l'autre côté du téléphone, une quinte de toux se mêla aux larmes. Il entendit son père arriver et essayer de la rassurer, mais elle ne semblait pas y faire attention.
A cet instant, et ce malgré toute sa frustration, Karamatsu comprit qu'il devait agir.
Qu'il ne devait pas fuir. Pas cette fois.
Car si sa mère en venait à l'appeler, c'est qu'elle était profondément inquiète, et ce détail, il lui était interdit de l'ignorer.
S'il n'agissait pas, s'il persistait à se trouver pathétique et incapable, alors il se doutait qu'il le regretterait longtemps.
— Maman, calme-toi, répéta-t-il. Je suis certain qu'il est parti traîné et qu'il a dormi dehors. Je vais le chercher, je te tiens au courant, ok ?
— D-D'accord..., souffla-t-elle entre deux sanglots.
— Allez, t'en fais pas. J'ai mon portable sur moi, je te tiens au courant. Te prends pas trop la tête, on parle de Osomatsu, la rassura-t-il.
— Ouais...
— A tout à l'heure.
Il entendit sa mère le saluer quand il appuya sur le bouton pour raccrocher. Les pupilles perdues sur l'écran, Karamatsu se posa des dizaines de questions qui, malheureusement, se trouvèrent sans réponses. De toute manière, le temps n'était pas aux réflexions. Il descendit de la fenêtre, quitta la chambre à toute vitesse, puis se rendit à l'entrée pour enfiler sa veste en cuir et ses chaussures, sous le regard étonné de Chibita qui préparait le souper.
— Tu vas où ? demanda ce dernier.
Mais la porte se referma aussitôt.
Une fois dehors, Karamatsu fixa les alentours avant de prendre une direction au hasard. Il se mit à courir et continua de se perdre dans ses pensées au fil de sa course.
Que pouvait bien contenir la lettre que Choromatsu avait envoyée ?
A qui s'adressait-elle ?
A Osomatsu ? Était-ce à ce point violent pour qu'il « disparaisse » du jour au lendemain ?
En y réfléchissant, l'aîné s'était renfermé sur lui-même depuis que Choromatsu avait annoncé qu'il irait vivre ailleurs, et à partir de ce jour, le comportement d'Osomatsu avait radicalement changé. Il ne souriait plus, ne blaguait plus, et était devenu à fleur de peau. Forcément que la situation l'accablait, cependant il n'était pas le seul à être bouleversé de ce changement.
Malgré tout, Karamatsu ne put s'empêcher de ressentir une certaine pitié à l'égard de son aîné : personne n'avait cherché à le rassurer. Personne n'avait tenté de comprendre son mal-être. Tour à tour, ils étaient partis pour fuir la mauvaise ambiance qu'il causait.
Mais ce n'était pas la solution.
Cela n'avait jamais été la solution !
Depuis leur plus tendre enfance, les choses suivaient le même schéma : s'il y avait une dispute, les frères se boudaient le temps de quelques heures, puis revenaient comme des aimants sans évoquer le sujet qui avait causé la dispute. Ils reprenaient leur train-train quotidien et fuyaient encore les problèmes.
Sauf qu'ils n'étaient plus des enfants.
Ils ne pouvaient plus fuir même si la situation s'avérait douloureuse.
— L'imbécile ! siffla Kara en continuant sa course.
Ses pas le conduisirent au bar où ils avaient l'habitude de boire ensemble. Son poing serra une emprise invisible, et dans un soupir, il poussa la porte d'entrée dans le faible espoir d'y trouver son frère.
Le bar diffusait une musique jazzy que le propriétaire aimait passer le soir. A force de côtoyer cet endroit imbibé par l'odeur de l'alcool et de la cigarette, Karamatsu connaissait les morceaux que le personnel choisissait selon les heures.
Lentement, il s'avança et glissa son regard vers les tables. Il y vit deux hommes discuter, probablement des salary man qui venaient de quitter le bureau. Il remarqua aussi des femmes parler de leurs conquêtes et partant sur la conclusion que tous les hommes se valaient, puis aperçut tout au fond du bar Iyami qui enchaînait son cinquième verre, allongé sur la table.
Aucune trace de Osomatsu.
Bien qu'il se doutât que cela aurait été beaucoup trop simple, Kara lâcha un souffle et retourna à l'extérieur pour reprendre sa course. Il se rendit au pachinko le plus proche, en vain. Il arpenta de nombreuses rues dans l'espoir d'y trouver ne serait-ce qu'un indice, hélas, les recherches furent peu fructueuses. Dans la ville ne se promenaient que des jeunes couples ou des salariés quittant leur travail, et plus Kara continuait ses recherches vaines, plus le désespoir envenimait son esprit.
Au fil de sa course, la confiance se transforma en crainte, et l'idée de ne peut-être plus le revoir lui effleura inconsciemment l'esprit. A cette pensée, sa gorge se noua et il cessa sa course pour fixer un point invisible, la respiration haletante. Les discussions des passants disparurent dans le néant, et seules les pensées du jeune homme martelèrent sa tête embrumée par des questions sans réponses.
Néanmoins, il y en avait une qui frappait plus que les autres : Et si son frère avait fini par commettre l'irréparable ?
Oh évidemment, ce n'était pas le genre d'Osomatsu de faire ce genre d'idioties, mais le doute restait tout de même palpable. On parlait d'un Osomatsu déprimé, loin de celui que ses frères avaient l'habitude de côtoyer. Non, là, il s'agissait d'un Osomatsu complètement perdu, et incapable d'aller chercher de l'aide.
Cette probabilité morbide demeurait envisageable, elle n'était pas à omettre, même si Karamatsu refusait de partir sur cette conclusion.
Instinctivement, il recommença à courir, aussi vite que ses jambes le lui permirent, et arriva au pont non loin du parc de la ville. Le cœur alourdi par l'appréhension, il se pencha au bord pour essayait d'y distinguer une silhouette au fond de l'eau. Hélas, avec l'obscurité nocturne, cela n'aurait servi à rien. De plus, si Osomatsu avait vraiment sauté, le courant de la rivière l'aurait emporté à l'autre bout de la ville.
Retour à la case départ.
— OSOMATSU ! hurla-t-il de toutes ses forces. RÉPONDS-MOI !
Sa respiration émit des souffles chevrotants qui s'échappèrent de ses lèvres. Il sentit ensuite des regards jugeurs alourdirent son dos, et lorsqu'il se retourna, il remarqua les passants le fixer avec consternation. Toutefois, Karamatsu préféra ne pas s'y attarder afin de continuer ses recherches.
Au fil de ses pas, sa vision se floutait à cause des larmes qui embuaient ses paupières. Ses idées noires tournaient en boucle, à l'instar d'un tourne-disque abîmé, et plus les secondes s'écoulaient, plus les souvenirs se réveillaient en lui. Il songea à nouveau à cette soirée qui avait bouleversé leur quotidien, à sa réaction violente envers Osomatsu. Du coup de poing qui était parti comme une balle. De la conversation qu'ils s'étaient échangés à l'extérieur.
Malgré l'aura néfaste qui flottait autour de lui, Osomatsu s'était montré particulièrement silencieux ce soir-là. Karamatsu et lui avaient marché une bonne demi-heure, et au bout d'un moment, excédé par le manque de réaction de son aîné, le deuxième frère lui avait adressé ces mots :
— Tu sais, ce sont des choses qui arrivent. On ne peut pas être éternellement ensemble... C'est ça devenir adulte... Enfin, je crois.
Il n'avait reçu aucune réponse.
Le lendemain, l'aura colérique avait disparu, plus rien n'émanait de Osomatsu. C'était comme si les mots de Karamatsu l'avait transformé en une coquille vide, incapable de ressentir quoi que ce soit.
« Non... Et si j'étais le premier fautif de son état... ? » pensa-t-il.
Une nouvelle fois, Karamatsu s'arrêta et se mit à fixer ses pieds, les yeux grands ouverts. La conclusion qu'il venait de tirer lui procura une atroce sensation de honte, et son corps se retrouva assailli par des tremblements. Si Osomatsu avait vraiment mis fin à ses jours, les dernières interactions que Karamatsu auraient partagé avec lui se résumeraient à une dispute, un coup violent, et des mots blessants.
Des gouttes d'eau salée s'écrasèrent au sol, des sanglots percèrent les ténèbres, et bien qu'il voulût essuyer ses yeux, les larmes ne se tarissaient pas.
— Qu'est-ce que j'ai fait... Merde... C'est ma faute..., suffoqua-t-il, avant de plaquer ses mains sur son visage. Tout est de ma faute...
Quelqu'un.
Il devait voir quelqu'un.
Lui demander de l'aide.
Lui parler de ses craintes.
Expulser tout le poison de son âme.
— Choromatsu... Je dois voir Choromatsu...
D'un coup de manche, il sécha ses larmes puis prit la direction de l'appartement de son cadet. Ses jambes s'alourdirent et il commença à avoir des crampes, toutefois, il ne s'attarda pas sur la douleur et préféra se concentrer sur les priorités. Une fois devant la porte de la résidence, il la fixa avec angoisse, déglutit, puis frappa.
Hélas, personne ne répondit. Et cela désespéra le jeune homme.
Il recommença son geste avant d'appuyer à foison sur la sonnette, et un soupir agacé s'échappa de sa gorge en constatant que personne ne répondait.
— Choromatsu ! Choromatsu, réponds moi !, tonna-t-il en tapant contre la porte. Osomatsu a disparu ! J'ai besoin de toi !
« J'ai besoin de toi. »
Il y a encore quelques semaines, Karamatsu n'aurait jamais pensé prononcer ces cinq mots.
Avec agacement, il se dirigea vers les fenêtres et y observa l'intérieur dans le but d'y trouver son frère. Tout était incroyablement bien rangé, ce qui ne fut pas étonnant vu que rien ne décorait l'intérieur. Il n'y avait que des bibliothèques vides et des étagères poussiéreuses. Choromatsu n'avait pas encore déballé tous ses cartons.
Il s'attarda ensuite la chambre, déserte.
A la vue de cet intérieur sans vie, Karamatsu constata rapidement qu'il n'était pas rentré.
« Il fait des heures supp' ? », se demanda-t-il.
Excédé et complètement désorienté, Karamatsu souffla après avoir posé ses mains sur sa tête.
Et maintenant ?
La solution la plus logique revenait à attendre le retour de Choromatsu, mais il ne s'en sentait pas capable. Il avait besoin de voir quelqu'un de suite, il fallait agir au plus vite. De ce fait, il songea à prendre contact avec Ichimatsu, néanmoins, ce projet tomba vite à l'eau lorsqu'il se souvint des paroles de sa mère.
Soudain, un éclair illumina son esprit. Il se rappela que Jyushimatsu logeait chez Dekapan, et qu'avec le temps qui s'était écoulé depuis l'appel de Matsuyo, il avait certainement débauché. Sans broncher, il repartit et se dirigea vers la demeure du scientifique, et en profita pour reprendre sa respiration une fois devant. Ses poumons le brûlaient, sa tête se retrouvait en proie à une atroce migraine, et ses jambes flageolaient sous le poids des efforts.
— Grand frère ? l'interpella une voix derrière lui.
Il eut un sursaut en reconnaissant la voix de son interlocuteur. Et dès lors, son cœur s'allégea d'un poids. Il se sentit tellement soulagé d'entendre une voix familière qu'il se demanda si ses espoirs et ses efforts ne lui faisaient pas perdre la tête.
Karamatsu se redressa, soupira pour reprendre son calme, avant de se retourner pour faire face à son frère. Il aurait voulu arborer une attitude cool et distinguée, mais ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'ils se posèrent sur Jyushimatsu. Ce dernier fixa son aîné avec incompréhension, toutefois son regard pétilla lorsqu'il le reconnut, et son éternel sourire apparut sur son visage. Cependant, Karamatsu resta figé sur un détail qui l'interpella : le bras droit de Jyushimatsu était emplâtré.
— GRAND FRERE KARAMATSU ! hurla le jaune en se jetant sur lui.
L'aîné manqua de tomber au moment où le cadet se jeta à son cou. Néanmoins, à ce contact qu'il semblait ne plus avoir connu depuis une éternité, Karamatsu se sentit apaisé. Si bien qu'il resserra son étreinte en faisant tout de même attention à ne pas lui faire mal.
— Je suis trop content de te voir ! s'écria-t-il.
— Moi aussi Jyushimatsu..., prononça Karamatsu dans un faible sourire.
— Qu'est-ce qui t'amène ?!
— Et bien je...
— T'as été jeté à la rue ?!
— H-Hein ?
— T'as besoin que je t'héberge pour la nuit ?!
— N-Non, je...
— Je peux quand même t'héberger ! Ça ne dérangera pas Dayon ni Dekapan ! Ils aiment bien la compagnie des autres ! Surtout quand ils veulent tester une nouvelle invention !
— Qu-Quoi ?! s'indigna le bleu. Non ! Et puis d'abord, qu'est-ce qui s'est passé avec ton bras ?! C'est de leur faute ?!
Le sourire de Jyushi s'affaiblit pour afficher une mine attristée. Doucement, il tourna la tête vers son bras pour effleurer le plâtre du bout des doigts; avec la joie de retrouver son frère, il avait complètement effacé ce détail de sa mémoire.
— A-Ah, non. Je me suis fait « ça » au travail il y a de ça quelques jours..., expliqua-t-il avec une pointe de tristesse dans la voix.
L'expression dévastée de son frère fit regretter Karamatsu d'avoir posé cette question. Jyushimatsu le remarqua et s'empressa de montrer, de nouveau, son plus grand sourire.
— Ah ! Mais ça va ! T'en fais pas ! Le médecin a dit que ça se soignerait vite ! Alors je garde la pêche et en attendant j'aide mes collègues dans des petites tâches ! Et puis, te voir me donne encore plus de motivations ! HUSTLE MUSCLE !
Un sourire se dessina sur les lèvres de Karamatsu en remarquant tous les efforts que fournissait son cadet. Il aurait voulu lui cacher la vérité et lui parler de manière décontractée, mais ce soir, il n'en avait pas la force.
— Jyushimatsu..., murmura-t-il. J'ai besoin de toi.
— Eh ? Qu'est-ce qui t'arrive ? T'as vraiment été jeté dehors ?!
— Non, c'est pire... Écoute... Maman m'a contacté tout à l'heure, et elle m'a dit que Osomatsu n'était pas rentré depuis hier.
— … Depuis hier ?!
Karamatsu acquiesça par un hochement de tête, ce qui plongea Jyushimatsu dans l'incompréhension.
— Mais... Pourquoi ? demanda ce dernier.
— On en sait rien...
L'annonce frappa comme un coup de tonnerre ; brutalement, faisant sursauter Jyushimatsu qui crut cauchemarder. Avec consternation, il dévisagea son frère, à la recherche d'un leurre qui trahirait sa blague, cependant Karamatsu ne savait pas mentir. C'était là l'un de ses points faibles, et aujourd'hui, malheureusement, il paraissait trop sérieux.
Le regard figé sur le sol, les yeux rougis par les larmes, Karamatsu était exténué ; cela se comprenait quand on prenait le temps de l'observer.
— J'ai peur, Jyushimatsu... articula-t-il malgré sa faible intonation.
Les billes noires de Jyushimatsu s'écarquillèrent et ses sourcils se froncèrent tristement à la vue de la mine dévastée de son frère. Il ne se souvenait pas l'avoir déjà vu dans un état pareil par le passé. Après tout, il était le deuxième aîné, il ne divulguait que très rarement ses faiblesses à ses cadets.
Et Osomatsu dans l'histoire ? Où avait-il bien pu se rendre pour ne plus revenir ? Il n'avait pas d'argent pour dormir dans un hôtel, et de toute manière, jamais il ne viendrait à « gaspiller » de l'argent pour cela, sachant qu'il pouvait loger gratuitement chez les parents.
L'idée d'un suicide n'effleura même pas l'esprit de Jyushimatsu, et dans une expression déterminée, il força son frère à le regarder.
— Ça ira ! On va le retrouver ! promit-il.
Note de l'auteur : Et voici venir la deuxième partie de cette fiction ! Je ne sais pas vraiment si j'ai bien respecté le caractère des Matsu présents dans ce chapitre, surtout Kara : j'ai parfois tendance à romancer ses actes sans le vouloir mdr. J'espère que ce chapitre vous aura plu ! J'ai voulu faire une autre approche de la fin de l'épisode 24, j'attends vos avis avec impatience !
A plus pour le chapitre 9 ! :)
