« Alors, Tony, en petit malin qu'il est, dit : j'ignore comment cette vache est arrivée sur le toit, Dean Jones, mais elle n'est certainement pas à moi. Je suis intolérant au lactose, termina Rhodes, arborant la même expression innocente que Tony avait probablement eue des années auparavant, et Loki s'esclaffa de nouveau bruyamment.
Tant bien que mal, le colonel Rhodes avait réussi à garder son sérieux en évoquant les histoires les plus drôles de leur passage au MIT. Loki, quant à lui, avait eu du mal à ne pas pouffer de rire et ce, depuis le début, et son visage lui faisait mal à force de sourire. Tout cela était bizarre, car il n'était pas du genre à rire facilement.
Pourquoi avait-il été si réticent à l'idée de cette soirée avec Rhodes ?
Bon, à part son incontrôlable jalousie...
Il essayait de la contrôler, notamment parce qu'il commençait à apprécier l'homme. Parfois, il avait juste du mal à se rappeler qu'il était normal qu'Anthony ait fréquenté d'autres hommes avant lui. Ça faisait mal, mais c'était à lui de gérer ce problème.
Si tous les ex d'Anthony s'avéraient aussi agréables, amusants et préoccupés du bonheur d'Anthony que Rhodes, Loki se disait qu'il pourrait probablement y arriver.
Quand les rires s'estompèrent, Anthony lui sembla légèrement embarrassé et inquiet, ses yeux allant et venant entre Loki et Rhodes. Il s'attardait davantage sur Loki, ce qui en disait long sur ce qu'il redoutait précisément. Il ne craignait pas que Loki déplaise à Rhodes, supposition que Loki comprenait : Anthony connaissait bien Rhodes. Il savait comment l'esprit de Rhodes fonctionnait.
Loki, malheureusement, était encore l'inconnue de l'équation. Serait-il irrationnellement jaloux de ce qui était manifestement une très profonde amitié, ou comprendrait-il ?
Si quelqu'un lui avait posé la question au début de la soirée, il aurait directement opté pour la première proposition. Pourtant, après ce dîner plus qu'agréable, Loki était raisonnablement sûr d'être sur le point d'opérer un revirement total de ses préjugés. Ce n'était pas quelque chose qui lui arrivait souvent.
Rhodes n'était pas juste sympathique et charmant, cependant. Il avait quelque chose que Loki avait rarement vu, à part chez sa mère et son frère : ce connard était totalement sincère.
Il entama la conversation en disant à Loki à quel point il était heureux que Tony et lui se soient trouvés. C'était évidemment un geste calculé, planifié, parce que Loki connaissait la nature de la relation qu'avaient entretenue Anthony et Rhodes. Cependant, étant donné qu'il semblait vraiment le penser, Loki ne pouvait se résoudre à l'ignorer.
Conscient de la gêne d'Anthony, Loki avait décidé, dès le début du dîner, de tout faire pour que leurs deux soirées se déroulent bien. C'était un sentiment étrange. Il n'avait jamais fait ça pour quiconque, sa mère mise à part. Ceci, combiné au fait qu'il était plus facile de parler à Rhodes qu'à Odin ou Thor, et toute la soirée avait été une agréable surprise.
« Pourquoi avez-vous choisi d'entrer dans l'armée ? », demanda-t-il, essayant de combler un vide dans la conversation.
Il lui avait demandé de l'appeler Rhodey mais cette familiarité avait toujours heurté Loki. Odin avait toujours incité ses fils à être aussi polis que possible, et s'adresser à de nouvelles connaissances par des surnoms n'entrait pas dans ce cadre. Alors, plutôt que de froisser le colonel, Loki préférait éviter de l'appeler, par ses nom ou surnom.
Rhodes gloussa en réponse. « Hé bien, contrairement à Tony, ma famille ne pouvait pas m'offrir le MIT. Étant donné que l'armée de l'air voulait un gars avec un diplôme du MIT, ils ont payé pour moi. En retour, j'ai promis de porter un certain temps l'uniforme pour les rembourser. »
C'était parfaitement logique. Loki n'avait aucun mal à s'imaginer renoncer à ses plans de carrière en échange d'un enseignement qui aurait été autrement hors de sa portée. Plus il en apprenait sur James Rhodes, plus il découvrait que, non seulement il appréciait l'individu, mais qu'il pouvait également s'identifier à lui. Merde.
« Cela semble être un marché équitable », acquiesça Loki.
Anthony émit un son contrarié. Il gardait cependant la bouche fermée, une habitude qui contribuait à faire que Loki se sentait comme le méchant ogre des contes.
Il n'était jamais tout à fait sûr de savoir comment réagir quand Anthony commençait à se cacher derrière sa volonté de satisfaire Loki. Il avait besoin de plus d'expérience pour lui faire comprendre qu'il n'allait pas se mettre en colère s'il n'était pas du même avis que lui.
« Vous n'êtes pas d'accord, Anthony ? essaya-t-il de demander d'un ton léger, mais cela sonna trop léger, comme si le désaccord implicite l'avait mis en colère. Rhodes haussa un sourcil. Loki poussa un soupir et passa la main sous la table pour serrer le genou de Anthony de manière rassurante. Pourquoi ? »
Anthony sembla rassuré, et adressa à Loki un adorable sourire. « Cela ne ressemble-t-il pas à de la servitude pour vous ?
— Je suppose que c'est une comparaison valable, convint Loki. Mais est-ce pire que de ne pouvoir suivre un enseignement ? »
Anthony fronça les sourcils, comme provoqué. « C'est le dernier stade avant l'esclavage, Loki. C'est affreux. S'ils veulent qu'il travaille pour eux, ils n'ont qu'à le payer. »
Rhodes soupira, l'expression de son visage disant à Loki qu'il s'agissait d'une conversation qu'ils avaient souvent eue par le passé. Anthony avait cette capacité à se montrer exceptionnellement têtu quand quelque chose était important pour lui.
« Je ne suis pas d'accord, dit Loki en secouant la tête. L'esclavage est illégal parce qu'il empiète sur les droits des esclaves. Ils n'ont pas le choix. »
« Quel choix Rhodey aurait-il s'il voulait quitter l'armée ? », demanda Anthony avec hargne.
Loki y réfléchit un instant. « Il doit bien exister un recours pour qu'il puisse le faire en toute légalité. Il hocha la tête en direction d'Anthony. Peut-être lui demanderait-on de rembourser ses frais de scolarité. »
Rhodes inclina la tête, apparemment troublé. « Vous savez, je n'y ai jamais pensé. Je pourrais probablement. Mais j'ai passé un accord, et je m'y tiens. Je ne vois pas de raison de m'en inquiéter.
— Tu pourrais te faire dix fois plus en travaillant pour une entreprise privée, fit Anthony avec un soupir exaspéré.
— Toi aussi, sourit Rhodes à Anthony. Parfois l'argent n'est juste pas aussi important que le respect de soi. »
La phrase ressemblait à une citation, et elle amena Anthony à plonger le nez dans son assiette avec cette soumission résignée qu'il adoptait lorsqu'il était poussé trop loin.
Rhodes sut immédiatement ce qui se produisait et soupira, « je suis désolé, Tony. C'était déplacé. La situation n'a rien à voir. »
Loki brûlait de poser les questions les plus évidentes, mais quelle que soit la raison de cette tension soudaine, cela bouleversait profondément Anthony. Ce qui n'avait jamais été quelque chose que Loki voulait sciemment provoquer. En fait, c'était son rôle de faire baisser la tension. En tant que petit ami, en tant que partie non concernée, il était censé tout faire pour qu'Anthony se sente de nouveau bien.
« Alors votre famille est quelque part dans le Nord ? demanda-t-il à Rhodes, voulant donner à Anthony le temps de se calmer et de se reprendre. Je crois que c'est ce qu'Anthony a dit la dernière fois que nous nous sommes rencontrés. »
Rhodes hocha la tête, visiblement soulagé que la conversation prenne un tour différent.
« Oui. J'ai une grande famille et, moi mis à part, ils vivent tous dans la même petite ville où j'ai grandi. Ma mère me dit toujours qu'elle savait que je serais le seul à quitter le patelin.
— Ma mère est comme ça, aussi, acquiesça Loki. Je pense qu'elle savait que je me dirigerais vers les sciences avant que je le sache, moi. Je crois que, pour être mère, il faut une bonne dose de prémonition. »
La serveuse arriva à ce moment avec la carte des desserts, et il y eut un silence agréable pendant qu'ils l'étudiaient. Loki n'était pas très sucré, mais il savait qu'Anthony allait probablement commander quelque chose.
Pendant que Loki réfléchissait à prendre un café, une main hésitante vint toucher son bras. Il dévisagea Anthony, qui avait tourné un regard plein d'espoir vers lui. Leurs yeux se croisèrent et Anthony baissa la tête vers la carte des desserts avant de le regarder de nouveau. Loki sourit d'une façon qu'il espérait rassurante et posa la main sur celle d'Anthony. Il savait qu'il lui demandait la permission mais il éprouvait le besoin soudain qu'Anthony décide par lui-même.
Était-ce inopportun ? Une partie de lui voulait prendre Rhodes à part et lui poser toutes les questions qu'il avait sur la façon dont il devait agir lorsque la soumission d'Anthony commençait à le rendre nerveux. Devait-il donner à Anthony la permission qu'il attendait ? Commander pour lui ? Allait-il pouvoir passer le reste de sa vie à faire cela ?
Holà... le reste de sa vie ? Cela sortait d'où, ça ?
Dans tous les cas, la réponse était non. Il ne pensait pas pouvoir passer le reste de sa vie en prenant toutes les décisions pour Anthony. Il devait y avoir une limite, et franchement, Loki préférerait qu'elle se pose au seuil de la maison d'Anthony. Bon, à voir pour les plans qu'ils pourraient avoir hors de la maison...
Mais c'était une conversation qu'ils auraient une autre fois.
Il afficha un gentil sourire et demanda, « Prendrez-vous quelque chose, Anthony ? »
Son gentil petit professeur rougit légèrement et se mordit la lèvre. « Je pensais au tiramisu... » Il laissa sa phrase en suspens pour donner à Loki la possibilité de le lui refuser.
Il se contenta de rire. « Cela vous ressemble bien. » Puis il lui adressa un regard significatif pour remémorer à Anthony l'épisode « soin des piercings ».
Cela semblait fonctionner parce qu'Anthony rougit et hocha la tête.
Loki fut presque surpris lorsque la voix de Rhodes s'éleva. « Absolument. Cela a toujours été son dessert préféré. Je n'arrêtais pas de lui dire qu'il ressemblait à une caricature gay, mais je suppose que vous ne choisissez pas vos préférences, en matière de sexualité comme de dessert. »
— En effet, confirma Loki. Et tant que nous sommes dans les stéréotypes, ça pourrait être bien pire. Une de mes amies fréquente un homme qui boit des cosmopolitans, et il n'est pas même gay. »
Cela les fit rire et le sentiment de malaise sembla se dissiper. En fait, toutes les inquiétudes que Loki avait éprouvées à l'idée de venir s'étaient envolées. Rhodes occupait clairement une place importante dans la vie d'Anthony et ils se connaissaient depuis de nombreuses années mais, pas une fois, Loki n'avait eu le sentiment de tenir la chandelle. Rhodes semblait réellement content de leur relation.
Pourtant, il ressentait toujours l'envie de prendre l'homme à part et de lui poser mille questions. Alors, il se souvint de la canne et de la corde fixées au lit d'Anthony la première fois qu'il était entré dans sa chambre. Suivre sa propre voie était peut-être préférable. Cela l'obligerait à demander l'avis d'Anthony plus souvent qu'il ne l'aurait fait s'il avait pensé tout savoir et, jusqu'à présent, là où il avait le plus appris, c'était en écoutant Anthony.
En fin de compte, il réalisa que, même s'il pensait pouvait apprendre des choses utiles de la part de Rhodes, discuter d'Anthony en dehors de sa présence reviendrait à traiter son amant comme un enfant. C'était tout à fait inacceptable. Anthony était déjà déterminé à faire passer Loki avant lui, en toutes choses. Loki n'allait pas implicitement tolérer l'idée que c'était acceptable.
Anthony et Rhodes commandèrent leurs desserts et, alors que Loki commençait à dire la serveuse qu'il n'avait besoin de rien, le regard inquiet de Anthony l'amena à se raviser. Il demanda un expresso en espérant que cela suffirait à le tranquilliser.
Anthony parut satisfait, alors il cessa de s'inquiéter.
« Alors, fit Rhodes quand la serveuse fut partie, quand ce cours se termine-t-il, que nous n'ayons plus à traverser toute la ville si nous voulons pouvoir dîner en public ? Pas que cet endroit ne soit pas sympa et tout, mais l'intrigue n'est pas vraiment le style de Tony, et je doute que ce soit le vôtre. »
Loki acquiesça, bien que ce ne soit pas tout à fait vrai.
Anthony soupira et hocha la tête. « Mercredi. Le mois le plus long de toute ma vie. »
Rhodes haussa le sourcil. « Même en comptant les semaines à l'hôpital ? Tu avais commencé à joliment te plaindre vers la fin. »
Loki sursauta. Des semaines à l'hôpital ? Le plus longtemps qu'il y soit resté remontait à ses seize ans, quand il avait attrapé une pneumonie et il en était sorti après quatre jours. Il dévisagea Anthony, se demandant ce qui avait bien pu lui valoir une hospitalisation si longue. Un accident de voiture ?
Anthony fronça les sourcils, la tension pesant à nouveau sur ses épaules. « C'était dans une autre vie, Rhodey. »
Putain. Le sentiment de curiosité était presque insupportable, mais Loki n'allait pas gâcher la soirée d'Anthony en posant des questions gênantes. S'il voulait en discuter, ils le feraient. Autrement, cela ne le regardait pas. Il sourit à Anthony et lui serra encore la main.
« Cela a été un long mois, n'est-ce pas ?
— Vous devriez vous voir tous les deux. Rhodes gloussa et secoua la tête. Je ne pense pas avoir jamais vu Tony si pathétiquement amoureux. »
Cela fit adorablement rougir Anthony, et Loki lui serra le bras.
« Cela me va parfaitement. »
Curieusement, malgré le fait qu'il n'avait jamais vécu quoi que ce soit qui ressemble à une vraie relation, il trouva les mots très justes. Loki apprécia le silence qui suivit, alors il ne s'appesantit pas sur le fait que ses mots avaient été les derniers prononcés avant l'arrivée des desserts.
C'était une sensation inédite.
En revanche, toute la convivialité du monde n'aurait pu l'empêcher de marquer son territoire quand ils quittèrent le restaurant une demi-heure plus tard. Lorsque les trois hommes eurent enfilé leur manteau et furent sortis dans l'air glacial de décembre, Loki passa le bras autour d'Anthony et le tint étroitement serré contre lui.
« Avons-nous autre chose de prévu ? demanda-t-il de son ton le plus aimable. Parce que si non, il se fait un peu tard... » Il omit délibérément de finir sa phrase, laissant Rhodes s'imaginer ce qu'il voulait.
Il doutait que Rhodes éprouve le besoin de les croire chastes, mais s'il voulait penser que Loki allait border Anthony et l'embrasser sur le front avant de rentrer dormir seul — oh, après tout, si on ajoutait quelques ébats avant cela, cela ne serait pas si désagréable.
Mettant Loki dans son camp, Rhodes se mit à rire. « Non, je m'en voudrais d'empiéter sur votre soirée, les amoureux. En outre, je dois me lever tôt si je veux rentrer à la maison à temps pour le déjeuner de demain. Mais si vous êtes d'accord, nous pourrions remettre ça le 27. Je passerai la nuit en ville pour attraper mon vol du lendemain. »
« Ce serait sympa, fit Loki, mais il tourna la tête vers Anthony avant de donner une réponse définitive. Quand il vit son expression pleine d'espoir, il sourit. Je suis sûr que nous trouverons le temps pour ça. »
Anthony s'inclina et posa la tête sur l'épaule de Loki. « Ça me paraît bien, Rhodey. Peut-être cet endroit près de chez moi, la prochaine fois.
— D'accord, le restaurant thaï, fit Rhodey en levant les yeux au ciel. Tant que tu ne veux pas me ramener au shawarma.
— Eh bien, si c'est Anthony qui paye, rappela Loki, peut-être qu'il devrait choisir ce qu'il veut. Qu'est-ce qu'un shawarma ?
— C'est génial, Loki. Vraiment génial. Anthony se blottit davantage contre son épaule. Nous irons. Sans ce Philistin pour tout gâcher. »
Ils se séparèrent alors, Rhodes se dirigeant vers son hôtel avant de prendre la route pour retrouver sa famille le lendemain matin. C'était parfait, vraiment. Peut-être, dans un futur indéterminé, Loki accepterait-il que Rhodes reste pour la nuit, mais moins d'un mois après le début de leur relation, il n'en était pas encore là.
En outre, il voulait ramener Anthony chez lui, le déshabiller dans le hall, le plaquer contre le mur, et — bon, peut-être mieux valait-il ne pas trop s'emballer quand il y avait une bonne demi-heure de route entre eux et le sexe.
D'un autre côté...
Anthony était au volant, puisqu'ils avaient pris sa voiture pour aller à leur rendez-vous avec Rhodes.
Cela pourrait être une opportunité de pousser un peu son gentil professeur. Peut-être même une chance de lui extorquer enfin un « non ». Loki apprécia l'idée. C'était plus important que de tourmenter Anthony. Pendant qu'il conduisait, il était un auditoire captif, et Loki pourrait avoir une discussion sur le changement des mots de sûreté.
Il attendit qu'ils aient passé leur ceinture de sécurité et qu'Anthony ait commencé à rouler.
Sournois mais raisonnable, tel était Loki.
« Il y a un sujet que je voulais évoquer avec vous, mais j'oublie toujours. Il essaya de garder une voix neutre, car il ne voulait pas transmettre sa tension à Anthony.
— Oh ? » La voix d'Anthony ne s'était que légèrement tendue, il prit donc ça comme une victoire.
Loki posa la main sur la jambe d'Anthony. « Je voulais revenir sur notre discussion à propos des mots de sûreté. Je crois que j'ai également besoin d'en avoir un. Juste au cas où, d'accord ? »
Après un moment, Anthony hocha la tête.
« Je pense que c'est une bonne idée. Je n'y avais pas pensé.
— Mais je me suis dit, Loki amena la conversation dans la direction qu'il souhaitait lui voir prendre, que peut-être, nous devrions avoir le même mot de sûreté, pour simplifier les choses. »
Anthony réfléchit à l'idée. Il voulait manifestement répondre non, et Loki était sûr que cela n'avait rien à voir avec le fait qu'il aimait ou non partager. Loki s'était demandé si le mot n'était pas chargé de souvenirs désagréables pour Anthony, et il semblait qu'il ait eu raison.
Il décida d'aller de l'avant et de marquer le coup avant qu'Anthony puisse répondre. « Je ne pense pas que je pourrais être à l'aise avec le vôtre. Il n'est pas assez neutre pour moi. Alors, j'espérais que, peut-être, nous pourrions en choisir un nouveau. Ensemble. »
Après un autre moment de réflexion, Anthony eut un petit sourire et hocha la tête.
« Cela me plairait.
— Bien ! Je pensais à quelque chose du genre « Loki, je sais que vous êtes un dieu du sexe, mais j'ai besoin d'une pause ». Ça le fait ? »
Il se tut assez longtemps pour laisser à Anthony le temps d'assimiler et de rire, puis reprit. « D'accord, très bien. Quelque chose de sérieux. Euh... »
Il essaya de trouver un mot au hasard. C'était plus difficile qu'il ne s'y attendait. Enfin, son cerveau se mit en marche et proposa, « Cascade ? »
Un moment s'écoula en silence, et Loki commença à craindre que le mot ait une connotation négative pour son professeur.
« Cela sonne bien. » Anthony avait l'air de quelqu'un qui vient de recevoir une énigme qu'il ne pouvait résoudre immédiatement.
« Êtes-vous sûr ? le testa Loki. Vous semblez décontenancé.
— Décontenancé ? Vraiment ? Ce mot existe encore ? se moqua Anthony, un sourire narquois aux lèvres.
— Probablement pas, admit Loki en riant aux éclats. Mon idiot de frère est un fanatique de Shakespeare. Je suis sûr que je l'ai entendu de sa bouche. Devrions-nous plutôt l'utiliser, le mot semble tellement vous amuser ? »
Anthony le regarda à nouveau. Il était désespérément adorable, avec son nez encore un peu rougi par le froid et ses yeux pétillant d'amusement.
« Nan. Cascade, c'est bien. Il commença à se mordre la lèvre avant de s'arrêter. J'aime ça. C'est neutre.
— Bien. »
Loki sourit. Une pensée le frappa alors. Ce n'était pas une idée de Natasha, mais cela pourrait fonctionner. Il pouvait toujours essayer l'idée de Natasha plus tard, pour renforcer l'utilisation des mots de sûreté. « Maintenant, je pense que nous devrions faire un essai. »
Tony eut l'air encore plus décontenancé.
« Pour quoi faire ?
— Eh bien, commençons par quelque chose de simple, Professeur. Quel est le mot de sûreté ? Loki fit remonter sa main le long de la cuisse d'Anthony.
— Ca-cascade, Loki. La voix de son gentil professeur tremblait un peu quand il réalisa qu'il était sur le point de se passer quelque chose.
— Voulez-vous que je m'arrête maintenant ? le provoqua-t-il.
— Non. Non, Loki », répondit son professeur en haletant.
Glissant la main vers la braguette du professeur, Loki détacha lentement sa ceinture et entreprit de baisser son pantalon. « N'hésitez pas à monter le chauffage si la température ne vous convient pas, Professeur. »
Anthony augmenta docilement la température de la voiture de quelques degrés.
« Maintenant, je vais être clair, mon cher professeur. Il descendit lentement dans le boxer d'Anthony et enroula la main autour de sa queue qui se raidissait rapidement. Vous n'êtes pas autorisé à jouir dans la voiture. »
Le professeur se figea. « Loki ? » Il posa brièvement les yeux sur Loki, avant de les reposer sur la route.
« Je crois que vous m'avez entendu. » Loki sourit. Il aurait aimé se coller tout contre Anthony, mais défaire sa ceinture de sécurité alors que la voiture était au beau milieu d'une rue passante était une mauvaise idée. Il était partant pour enfreindre les règles, mais pas si cela mettait leur vie en danger.
« Vous ne devez pas jouir. Quoi qu'il arrive.
— Je... Je vais essayer, Loki. » Anthony était positivement délicieux avec son expression hésitante. En profiter ? Ne pas en profiter ? Faire comme si ce n'était pas en train de se produire ?
Faisant aller et venir lentement sa main le long du sexe du professeur, Loki sourit diaboliquement. « Oh, vous allez réussir, mon gentil professeur. Vous savez exactement comment me faire arrêter. Je sais que vous apprécieriez la punition pour avoir échoué, mais je vous promets que vous apprécierez encore plus la récompense si vous réussissez. »
Le son étranglé qu'il obtint en réponse était exactement ce qu'il attendait. Le jeu commençait. Il avait au moins dix minutes avant d'arriver à la maison d'Anthony, alors, dans un premier temps, il ne précipita pas les choses. Il prit son temps, le caressant lentement, écoutant la respiration saccadée de son professeur.
« Les yeux sur la route, professeur », prévint Loki quelques instants plus tard, quand ces beaux yeux glissèrent vers son entrejambe. Vous ne voudriez pas nous tuer, n'est-ce pas ?
— Non, Monsieur, gémit Anthony. Mais si... si je dis, il se tut pour prendre une grande inspiration lorsque Loki passa doucement le pouce sur le gland. Cela. Si je dis ça, alors-
— Alors, je m'arrêterai. Jusqu'à ce que nous soyons d'accord pour recommencer. N'importe le moment où vous auriez besoin que j'arrête, n'importe la raison. N'est-ce pas là la règle ? »
Loki relâcha la pression, ne voulant pas compromettre la réflexion de son professeur au point qu'il ne puisse répondre.
« Ou-Oui. Oui. Mais vous... Je ne veux pas... L'inquiétude sur le visage d'Anthony était poignante.
— Quand vous dites le mot, je m'arrête, réitéra-t-il. Toujours. Et quand nous serons à la maison, vous aurez ce que vous avez gagné. Si vous le voulez.
— Même si je dis-
— Peu importe ce que vous dites. Loki se pencha et titilla le lobe de l'oreille d'Anthony. Dire le mot n'est pas une infraction punissable, mon ange. C'est une façon de communiquer. »
Anthony tourna la voiture dans une paisible rue résidentielle qui était juste à quelques minutes de chez lui. Loki décida qu'il était temps de passer à la vitesse supérieure.
Après un coup d'œil aux alentours, il se décida. Il défit la sangle de sa ceinture de sécurité et se pencha sur les genoux de Anthony. Écartant suffisamment le tissu soyeux pour libérer l'érection d'Anthony, il passa la langue sur le gland.
« Loki ! » La voix d'Anthony s'éleva dans les aigus avant de se fêler.
Il sortit davantage la langue et lécha tranquillement de la base de la queue jusqu'au gland. Puis, lentement, il tourna la tête pour voir le visage du professeur.
« Oui, Professeur ? demanda-t-il de sa voix la plus sensuelle.
— Oh, Seigneur. Rien. S'il vous plaît, continuez, Loki. » Anthony était rouge et ses yeux fixaient résolument la route.
Franchement, Loki était impressionné. Il ne pensait pas qu'il aurait pu.
Il était également reconnaissant au planning familial pour avoir envoyé les résultats — négatifs, bien sûr — de leurs tests la semaine passée. Il leur restait à finaliser un contrat, mais ils avaient convenu que, puisqu'ils n'auraient aucun autre partenaire et qu'Anthony n'aimait pas les préservatifs, ils pouvaient cesser de les utiliser.
C'était toujours un gros tabou pour Loki, et il devait admettre que cela lui plaisait aussi pour cela.
« Je crois que je vais continuer », sourit Loki avant de retourner vers l'objet de son désir. Anthony avait raison. Pouvoir se passer de préservatifs était une bénédiction. Pouvoir juste se pencher et lécher son professeur était la perfection absolue.
Il passa la langue autour du gland, puis le glissa lentement entre ses lèvres. Il réalisa qu'il n'avait jamais fait cela à Anthony avant. Quelle négligence ! Il ne pouvait pas soutenir la comparaison face aux compétences incroyables d'Anthony en matière de fellation, mais cela ne voulait pas dire qu'il ne fallait pas essayer du tout.
Il avait été si foutrement distrait par tout ce qu'ils avaient fait, qu'il avait perdu le compte de ce qu'ils n'avaient pas fait.
Les hanches d'Anthony tressaillirent dans un mouvement curieusement incontrôlé. Peut-être l'interlude touchait-il à sa fin.
« Loki, murmura Anthony, l'épuisement dans la voix. S'il vous plaît... »
Il fut fortement tenté de ronronner en réponse, mais il ne voulait pas amener son professeur au point de rupture. Au lieu de cela, il s'arrêta et leva les yeux, haussant un sourcil.
Anthony était l'image même de l'impudeur, le teint rose vif et les cheveux en désordre. Il semblait qu'il y ait passé plusieurs fois la main, à la recherche d'une diversion. Sa respiration était saccadée, et il regardait très délibérément la route et pas Loki.
Si proche. Comment le pousser un peu plus loin sans le pousser trop loin ? Loki baissa lentement la tête, prenant Anthony en bouche autant qu'il le pouvait. Tant de choses étaient susceptibles de rendre fou son professeur.
Il n'avait pas encore réalisé que continuer ferait l'affaire.
Il s'apprêtait à se retirer pour respirer, quand il entendit le murmure au-dessus de lui.
« Cascade ».
Il s'arrêta immédiatement et se redressa, étudiant le langage corporel d'Anthony. Son professeur était tendu, mais ne semblait pas particulièrement plus nerveux qu'avant. Il rentra sa lèvre entre ses dents et la relâcha — deux fois. Aucune de trace de peur, cependant.
Loki s'inclina et posa la tête sur l'épaule d'Anthony. « Bravo, mon gentil professeur. Sommes-nous encore loin ? »
La tête d'Anthony s'inclina pour reposer légèrement au-dessus de la sienne. « Plus très loin, Loki. » Sa voix n'exprimait rien d'autre que de la satisfaction.
Loki eut l'impression que la route prit une éternité, mais cela ne dut pas représenter plus que quelques kilomètres. Ils se garèrent dans l'allée, le professeur retira ses clés et les mit dans sa poche. Ils restèrent tous les deux assis là, se reposant l'un sur l'autre pour un autre moment, le seul bruit se faisant entendre étant celui du moteur cliquant en refroidissant.
« Rentrons-nous, Loki ? La voix de Anthony était calme, pas nerveuse.
— Oui, je suppose que nous devrions, ronronna Loki. Je vous ai promis une récompense, n'est-ce pas ?
— Oui, Loki. L'ai- l'ai-je gagnée ? Monsieur ? »
Il n'avait pas bougé, et sa voix était tellement sérieuse que Loki pensa qu'il aurait préféré mentir s'il avait estimé que non, il ne le méritait pas.
« Bien sûr que oui, Anthony. Vous avez été parfait pour moi, comme vous l'êtes toujours. Il releva enfin la tête et serra fermement la main d'Anthony avant de saisir la poignée de la portière. Maintenant, à l'intérieur. Je vous veux nu et sur le lit dans cinq minutes. Compris ?
— Compris, Loki. » Anthony se précipita dans la maison pour s'exécuter.
Beaucoup plus calmement, pour donner du temps à son professeur, Loki se servit un verre d'eau avant d'aller à l'étage. Quand il arriva dans la chambre, Anthony avait suivi ses instructions à la lettre. Il était couché nu au milieu du lit, et Loki pensa qu'il avait l'air plus détendu qu'il ne l'avait jamais vu. C'était magnifique.
Il ouvrit de grands yeux bruns et se tourna vers lui quand il s'assit sur le lit.
« Êtes-vous prêt, professeur ? lui demanda doucement Loki.
—Oui, Loki, sourit-il. Je pense que je le suis. »
Il était inévitable que Noël ne se passe pas aussi bien que le dîner avec Rhodes. La chance ne dure pas.
Sa mère était aussi incroyable que d'habitude. Elle avait passé les trois jours précédents à préparer la maison, et s'était réveillée à l'aube pour commencer à cuisiner.
Loki le savait parce qu'il était déjà debout lorsqu'elle arriva en bas. Il était assis à table, buvant sa deuxième tasse de café et mangeant des sugar cookies.
Étant donné qu'il n'aimait pas beaucoup les sugar cookies, elle lui adressa un regard amusé. « À ce point ? », demanda-t-elle, un soupçon d'ironie dans la voix.
Il soupira lourdement et lui adressa un regard sombre.
« Bon, si tu dois rester dans la cuisine, tu vas m'aider, fit-elle de sa voix ne-viens-pas-me-contredire. Et tu peux tout me dire. »
Elle le connaissait trop bien. Il pensa à esquiver la discussion et se contenter de l'aider, mais elle savait si bien écouter et faire refluer ses craintes. C'était encore une de ses compétences maternelles dont il se montrait reconnaissant. Si elle ne l'avait pas aidé, il aurait pu faire une dépression nerveuse quand il avait appris pour son adoption des années plus tôt. Tout ce qu'il lui fallut fut un simple nous t'avons adopté parce que nous te voulions prononcé d'une voix douce et tout était allé mieux.
« Et si vous ne l'aimez pas ? » Ce n'était pas exactement ce qu'il aurait choisi de dire s'il y avait convenablement réfléchi, mais il avait toujours trouvé qu'il était préférable de ne pas se censurer quand il parlait à sa mère. Elle pourrait davantage l'aider s'il était honnête avec elle. Merde, il pourrait s'aider, lui, s'il se montrait honnête sur ses sentiments.
Elle lui tapota l'épaule et sembla amusée. « Aucune chance, mon chéri. » Sur ce, elle lui tourna le dos et commença à fouiller dans le frigo pour trouver les ingrédients, mais continua à parler.
« Tu as toujours été mon garçon si raisonnable, et tu n'as jamais jugé quelqu'un assez bien pour le ramener à la maison. Cela signifie qu'il est différent.
— Bien sûr qu'il l'est, acquiesça-t-il. Mais pourquoi cela signifierait-il automatiquement que vous devriez l'aimer ?
— Parce qu'il est important pour toi, et que je fais confiance à ton jugement. Se tournant de nouveau, elle poussa une brassée d'ingrédients vers lui avant de reprendre. S'il arrive sur une moto, vêtu de cuir et couvert de tatouages, je lui accorderais toujours le bénéfice du doute. »
Il grimaça en y pensant, mais une image de son professeur vêtu de cuir et chevauchant une moto surgit dans sa tête, et l'idée sembla soudainement moins répugnante.
« Vous me faites confiance à ce point ? Il commença à trier les ingrédients qu'elle lui avait donnés, les empilant les uns sur les autres. Cela ne vous dérangerait pas si je ramenais un Hell's Angel à la maison ? »
Elle tordit un peu le nez à cette idée, mais hocha la tête.
« Non. Tu m'as déjà parlé de la situation en classe. Je suppose que tu ne suivras pas d'autres cours avec lui.
— Certainement pas, sourit-il. J'ai toutes les uv de physique nécessaires pour mon diplôme, et même si ce n'était le cas, Anthony ne me laisserait pas suivre d'autres cours avec lui. »
Son expression quand elle se tourna vers lui était triomphante. « C'est exactement ce que je dis. Ce qui s'est passé ne peut être changé, mais vous êtes tous les deux assez responsables pour ne pas permettre que cela se reproduise. »
Poussant le sachet de farine vers elle, il lui fit ses plus beaux yeux de chiot. Même s'il n'était pas son frère, cela fonctionnait généralement. « Vous allez faire ce gâteau ? Le rouge ? » Il n'aimait pas le sucre, mais il ferait une exception pour la cuisine de sa mère à Noël.
« Bien sûr, chéri. Elle lui lança un sachet de sucre. Mais seulement si tu m'aides. »
Quand Anthony arriva, le repas était à moitié prêt. Loki avait dit à partir de 10 heures, alors il avait commencé à tourner autour de la porte d'entrée peu après neuf heures. Son professeur était ponctuel, après tout.
Résultat, il ouvrit la porte à Jane quand elle arriva. Loki essaya de ne pas sembler trop ouvertement déçu, mais échoua lamentablement, puisqu'elle lui sourit et dit: « Vous savez comment accueillir une fille, Loki. »
Puis, alors que Loki se demandait s'il devrait ou non s'excuser, elle ajouta, « mais ne croyez pas que je ne vais pas vous rappeler ce double rendez-vous auquel votre frère veut nous faire aller. »
Loki leva les yeux au ciel, et choisit de ne pas s'excuser.
« Ne me dites pas qu'il vous a sorti cette ineptie, à vous aussi ? »
— Oh, allez ! Je suis super excitée à l'idée de voir « Stark le requin » dans son habitat naturel. Tue-t-il habituellement le serveur avant ou après le dîner ? Elle semblait ne plaisanter qu'à moitié, alors Loki fut soulagé quand son frère débarqua une seconde plus tard.
— Jane ! cria pratiquement Thor en arrivant à la porte. D'une certaine manière, il avait l'air encore plus imposant que d'habitude dans son affreux pull de Noël rouge et blanc. Je suis si heureux que tu sois là ! »
Loki attira l'attention de Thor et désigna le séjour de la tête, de ce geste universel signifiant dégage. Il ne lui fallut qu'un moment pour saisir le message. Disant quelque chose à propos de présenter officiellement Jane à ses parents, Thor l'entraîna vers l'endroit où Odin était installé devant la télévision, regardant un film traitant d'un corpulent lutin de Noël se comportant comme un idiot.
Quelques instants plus tard, la présentation « officielle » - et incroyablement décontractée - était terminée, et ils se retrouvèrent tous les trois assis sur le canapé à regarder la télévision.
Tout semblait toujours si facile pour Thor. Loki était peut-être juste amer, mais cela lui semblait injuste. Thor ramenait à la maison la gentille petite voisine. Bien sûr, Odin l'appréciait. Il la connaissait depuis des années, et elle était la belle-fille dont tout père hétéronormatif rêvait pour son imposant fils prodige.
Loki aimait de moins en moins l'idée d'une comparaison entre Jane et Anthony.
« Loki ! La voix de sa mère s'éleva soudainement dans la cuisine. Viens m'aider avec la dinde. »
Elle devait l'avoir vu ruminer et décidait qu'il était temps qu'il cesse de se lamenter intérieurement. Reconnaissant, il cria, « J'arrive, mère ! »
Il venait de tourner le dos à la porte quand il entendit des pas dans l'allée. Il se retourna et ouvrit brusquement la porte pour trouver un Anthony un peu surpris s'apprêtant à frapper, une bouteille de vin dans sa main libre. Les mots de Jane et son irritation s'évaporèrent en un seul coup d'œil à son professeur.
Anthony se mordit la lèvre tout en baissant la main. « Je sais que vous aviez dit après dix heures, mais- »
Loki décida de couper court à toute tentative d'auto-récrimination — arriver cinq minutes en avance pouvait difficilement passer pour une infraction méritant la fessée, à moins qu'Anthony veuille qu'il en soit ainsi. Il attira Anthony contre lui et l'embrassa profondément.
Il l'embrassa là, devant la porte d'entrée, là où tous les voisins trop curieux pouvaient les voir. Il connaissait déjà la teneur des ragots du quartier pour le mois à venir. Cela allait être je me suis toujours douté pour le fils Burison...
Curieusement, la seule chose que l'idée lui inspirait était de l'amusement. Il avait la compréhension et l'approbation de toutes les personnes importantes pour lui. Quelle différence si la vieille pie de l'autre côté de la rue pensait demain qu'il était une abomination ? En fait, quand il la vit jeter un coup d'œil à travers ses rideaux pour mieux voir leur petite démonstration d'affection, il lui adressa son sourire le plus radieux et cligna de l'œil.
« Quelque chose que je devrais savoir ? », s'enquit Anthony alors que Loki le faisait entrer.
« Plus tard. » Loki ferma tranquillement la porte derrière eux et emmena d'abord Anthony vers la cuisine. Frigg en premier, les autres, après. Son approbation était la plus importante.
Il se retourna pour sourire à Anthony. « Je suis juste content de vous voir. »
Anthony lui adressa un sourire hésitant. Pour la première fois depuis qu'il lui avait ouvert la porte, Loki le regarda vraiment. C'était étrange. Il avait l'air plus jeune. Il était habillé de façon décontractée – ni veste, ni cravate. Entre ça et sa nervosité, il ressemblait à un étudiant venant rencontrer la famille de sa première copine « sérieuse ».
Loki se tut un instant. Il ne s'était pas vraiment posé la question, il n'y avait pas beaucoup réfléchi. C'était la première fois qu'Anthony était invité à rencontrer la famille de quelqu'un.
Ils entrèrent dans la cuisine, et Loki perdit le fil de ses pensées quand sa mère les aperçut.
Le visage de Frigg s'illumina. « Vous devez être Anthony ! » À son expression, on aurait pu croire qu'elle rencontrait le Président.
Anthony, pour sa part, semblait abasourdi. « Oui, Madame ? »
Elle rit, lui tendant la main. Quand il tendit lentement la sienne, elle sembla se raviser et retira sa main. Avant qu'Anthony ait eu le temps de s'inquiéter, elle l'enlaçait étroitement, à sa grande perplexité.
« Vous m'appelez Frigg. Après un long moment, elle se recula et continua. Toute personne que mon bébé juge digne d'emmener dans ma maison est un membre de cette famille, et ma famille m'appelle Frigg. »
Anthony cligna des yeux à plusieurs reprises et sembla avoir des difficultés à retrouver l'usage de sa langue. Loki ne pouvait pas le lui reprocher. Sa mère était une force de la nature.
Après un moment, Anthony retrouva sa voix. « Oui, Madame. Euh... Frigg. »
Il lui remit maladroitement la bouteille de vin, et ils se lancèrent tous deux dans une conversation d'où il ressortait que c'était le vin parfait pour aller avec le repas. Ce n'était pas une surprise, vraiment. Anthony s'y connaissait en vin. Loki avait appris tout ce qu'il savait à ce sujet avec Frigg. Alors, quand Anthony avait demandé s'il devait apporter quelque chose, Loki lui avait dit d'apporter une impressionnante bouteille de vin. Lui s'en moquait un peu, mais cela faisait plaisir à ceux qu'il aimait.
Après de trop courts moments d'une conversation enjouée entre Anthony et Frigg, Thor débarqua dans la cuisine, avec son pull hideux et un visage de chiot plein d'espoir. « Je savais que j'avais entendu quelque chose ! dit-il, assez fort pour être entendu des voisins. Vous devez être le professeur Stark. »
Le professeur tressaillit, avant de hocher la tête et de tendre la main pour serrer celle de Thor. « C'est Tony », marmonna-t-il.
Loki le vit prier intérieurement pour que Thor ne lui offre pas le même câlin que sa mère.
« Va pour Tony ! répondit aimablement Thor, serrant la main d'Anthony avec enthousiasme. Je suis heureux de vous rencontrer enfin, Tony. Loki a beaucoup parlé de vous. »
Loki fronça les sourcils en entendant le mensonge.
« Ce n'est pas vrai. »
— Tu as parlé de lui, mon frère. Plus d'une fois. Thor lui lança un regard apaisant. Pour toi, c'est pratiquement l'équivalent des crises d'hystérie des adolescentes en délire. »
Loki résista à l'envie de se rouler en boule dans un coin et de se laisser mourir. Heureusement, Anthony ne sembla pas embarrassé par Thor et sa... Thoritude.
Ce fut complètement surréaliste de voir Thor les guider vers la salle de séjour afin qu'Anthony soit présenté à Odin et à Jane. Quelque part au fond de lui, Loki s'attendait à une mauvaise surprise quand Odin rencontrerait enfin l'homme qui sortait avec son fils, mais ce ne fut pas el cas. Il semblait qu'Odin était devenu plus compréhensif depuis quelques semaines.
Odin prit un moment pour jauger Anthony et fut apparemment satisfait. « Ravi de vous rencontrer, Tony. J'ai toujours redouté que Loki nous ramène un genre d'artiste hippie avec des dreadlocks, alors vous êtes une agréable surprise. »
Quoi ? Quelle part de la personnalité de Loki avait amené Odin à penser une chose si bizarre ?
Anthony eut l'air aussi surpris et désorienté par cette déclaration que Loki l'était, mais il passa rapidement outre. « Eh bien, vous m'en voyez ravi. Pour être honnête, je pense que mon père se retournerait dans sa tombe si j'étais devenu artiste.
— Il était également scientifique ? », demanda Odin, semblant vraiment intéressé.
Loki savait que c'était s'aventurer en terrain dangereux, et voulut étouffer la conversation dans l'œuf. Anthony sembla capter sa tension, il lui prit la main et fit comme s'il n'y avait aucun problème. « Oui, Monsieur. Il avait même sa propre société. Stark Industries. Surtout de gros contrats d'armement passés avec l'État. »
Odin eut l'air impressionné, pendant que Jane fronçait légèrement les sourcils derrière lui.
« Mais la société ne vous appartient plus, Pro-, commença-t-elle, avant d'être interrompue par Thor.
— Oui, Tony, je ne me souviens pas de Loki disant que vous possédez une entreprise. Vous enseignez, n'est-ce pas ? » Incroyablement délicat de la part de Thor. Il se trahissait en souriant comme un idiot, visiblement fier de lui, mais Loki pouvait lui pardonner. Il essayait vraiment.
Anthony déglutit difficilement. Il lui fallut une minute avant de répondre, puis il haussa les épaules, semblant arriver à une conclusion. « Oui. J'enseigne maintenant. J'ai hérité de la compagnie lorsque mes parents sont morts. Je l'ai vendue. »
Jane semblait encore moins convaincue.
« Qui voudrait acheter une entreprise d'armement ?
— Quelqu'un qui voudrait se faire de l'argent, répondit Odin, visiblement amusé par la naïveté de Jane.
— Quelques dizaines de sociétés souhaitant développer leurs capacités de production, la renseigna Anthony. J'ai démantelé l'entreprise. »
Odin sembla surpris, mais heureusement, n'ouvrit pas la bouche.
« Eh bien, n'est-ce pas charmant ? Je crois que vous regardiez quelque chose sur un homme qui mâchait un chewing-gum trouvé dans un lieu public. Loki resserra sa prise sur la main de Anthony. Anthony est un excellent cuisinier, nous allons donc aller aider mère. »
Jane eut l'air scandalisée. « C'est Elfe ! Dites-moi que vous l'avez vu ! »
Thor gloussa et passa un bras autour de sa taille. « Ne pose pas à Loki ce genre de questions. La seule réponse que tu es susceptible d'avoir, c'est "peuh, foutaises". »
Elle était toujours horrifiée, insistant sur le fait que Loki apprécierait le film. Entre lui et Thor, cependant, ils réussirent à ramener tout le monde là où ils devaient être. Jane, Thor et Odin regarderaient d'horribles films de Noël, tandis qu'Anthony et Loki aideraient Frigg à cuisiner. En fait, Loki s'assit et regarda pendant que Frigg autorisait à contrecœur Anthony à l'aider, lui rappelant de temps en temps qu'il était un invité et qu'il n'était pas censé aider.
Ensuite, elle fut si impressionnée par ses talents qu'elle oublia un moment sa vertueuse indignation. Savoir peler les pommes, hacher les oignons et fouetter les blancs des œufs en neige étaient manifestement des talents qu'elle jugeait impressionnants.
De temps à autre, elle se tournait pour adresser un sourire éclatant à Loki, et murmura même une fois, « Je te l'avais bien dit. »
Loki se dit qu'il n'était pas du tout surpris qu'ils s'entendent si bien. Ils étaient les deux êtres les plus importants de sa vie. Qu'ils s'entendent était inévitable. C'était pourquoi il avait si mal dormi et mangé trop de cookies. Parce qu'il n'avait pas été inquiet du tout.
Quand tout fut prêt, Loki hésita à revenir au séjour. Le film était terminé mais, bien sûr, un autre commençait. Loki se souvenait de l'avoir vu lorsqu'il était enfant, un film d'animation avec un renne et une île de jouets. Il frissonna involontairement à l'idée d'être obligé de regarder des films de Noël.
Tout le monde semblait prêt à s'installer pour faire exactement cela, et Loki recherchait désespérément une excuse pour prendre Anthony par le bras et se réfugier dans une pièce vide de tout membre de sa famille.
Il regarda Anthony, essayant de lui faire passer le message qu'il serait ravi de faire le tour du quartier ou autre chose, quand il vit l'expression de son professeur passer de détendue à horrifiée en moins de temps qu'il n'en faut pour cligner des yeux. Puis il entendit les mots « Stark Industries » s'élever du téléviseur derrière lui.
Il essaya de détourner discrètement le regard d'Anthony pour le poser sur le téléviseur, mais c'était un peu comme dans une de ces scènes de film où tout ralentit, et tous les effets sonores deviennent exagérés et dramatiques. Il se demanda si Anthony allait se mettre à crier « nooooon » et bondir sur le téléviseur pour d'empêcher les gens de voir.
C'était juste les nouvelles locales, qui donnaient un aperçu des principales informations de la journée. La folie au Walmart ouvert pour Noël, les résultats financiers des grandes compagnies du pays et l'arrestation d'un homme d'affaires dont Loki n'avait jamais entendu parler auparavant.
« — que les malversations ont duré des années, probablement pendant tout le mandat de Stane à Hammer Tech. Bien que cela ne soit pas détaillé dans la déclaration faite à la presse, d'autres charges, comme l'extorsion et les voies de fait, ont été retenues. »
La blonde guillerette à l'écran déclara tout ceci dans un anglais impeccable, puis se tut, laissant les journalistes en studio prendre le relais, avant que la chaîne ne passe sans transition à la publicité.
Anthony s'était raidi et respirait par petits à-coups qui semblaient précurseurs d'une crise d'hyperventilation. Lorsque Loki se retourna pour le regarder, il y avait de la panique dans ses yeux. Ce n'était pas une surprise, mais cela faisait peine à voir.
Ils devaient s'éloigner de la famille de Loki, et ils devaient le faire tout de suite.
