.

~ Twice – Little Dragon ~

.

« Hey. »

« Hey. »

« Je t'ai jamais vue dans le coin...et pourtant, Dieu seul sait qu'une beauté comme toi aurait immédiatement capté mon attention. »

« Hahaha, quel beau parleur. »

« Ah non mais je suis très sérieux. Je ne t'ai jamais vue ici auparavant. T'es nouvelle ? »

« ...en quelques sortes. Je suis venue avec eux. Enfin, disons plutôt qu'ils m'ont embarqué. »

« T'es venu avec la bande à Malfoy ? Woah, la classe. Comment vous êtes vous rencontrés ? »

« Je fais des photos pour le père de Malfoy. »

« Lucius Malfoy ? Le seul et l'unique ? Eh ben décidément, tu ne cesses de m'impressionner. Tu sais que je fais de la photo aussi ? »

« Vraiment ? »

« Vraiment. Mes parents sont des artistes alors je suis en quelques sortes nés avec un argentique dans les mains. »

« Tes parents font quel genre d'art ? »

« Peinture et sculpture. Ma mère a d'ailleurs exposé il y a quelques semaines au Guggenheim. Elle s'appelle Ursula Sanchez...je ne sais pas si ça te dit quelque chose ? »

« Ursula Sanchez ? ! Bien sûr que ça me dit quelque chose ! Ses peintures sont une référence de l'art abstrait ! ...et c'est ta mère ? ! »

« C'est ce que dit le livret de famille en tout cas. »

« Eh ben dis-donc. Là, c'est toi qui m'impressionnes. »


« Tiens, c'est par là. »

Javier dévérouille sa Porsche à distance et les phares clignotent deux fois, éclairant partiellement l'impasse. Cela permet à Hermione de distinguer la carosserie jaune et la carrure de voiture de course du véhicule et elle ne peut s'empêcher d'afficher un air impressionné.

« Après vous, mademoiselle... » l'invite le brun en lui ouvrant la portière.

Hermione se glisse élégamment sur la banquette en cuir et suit Javier des yeux via le rétroviseur intérieur tandis qu'il fait le tour de la voiture. Il rejoint la place en quelques secondes.


« ...Et sinon, tu fais quoi dans la vie ? »

« Hum, eh bien, je suis encore au lycée. »

« Ah bon ? Donc tu as, quoi, dix-huit... »

« Dix-sept ans et demi. »

« Dix-sept ans et demi ? ! Punaise, je t'aurai donné facilement cinq ans de plus. »

« C'est drôle parce qu'en général, on me dit souvent l'inverse. »

« Que tu fais cinq ans de moins ? »

« Bon, peut-être pas cinq ans mais que j'ai l'air plus jeune que ce que je suis. »

« Ah oui ? Pourquoi ça ? »

« Ben, ce doit être à cause de ma taille. Je suis super petite en vrai. »

« Vraiment ? On dirait pas du tout ! »

« Haha, c'est parce que je triche avec des talons ce soir. Mais dans la vie courante, je ne me balade qu'en chaussures plates donc les gens ont tout le loisir d'admirer ma petitesse. »

« Petitesse, petitesse...Je parie que tu n'es pas si minuscule que ce que tu dis. »

« Ok, dans ce cas 1m57, tu appelles ça comment ? »

« ...1m57 ? ! Ah oui, quand même... »

« Aha, tu vois ? »

« 1m57...je n'arrive pas trop à y croire...lève-toi un peu pour voir ? Ah, maintenant que je t'ai sous les yeux, c'est vrai que les talons font des miracles. »

« Voilà. »

« Mais tu sais ce qu'on dit : tout ce qui est petit est mignon. »

« Pfff, foutaises. »

« Eh ben faut croire que non. La preuve : tu es très mignonne. »


« Tu...ne démarres pas ? »

Hermione se tourne vers Javier et, dans l'obscurité, ne distingue de lui que ses yeux sombres brillant d'une lueur nouvelle et ses belles dents blanches. Il sourit. Alors Hermione sourit aussi, mais avec une expression d'incompréhension sur le visage.

« Javier ? » l'interpelle-t-elle une nouvelle fois.

Et elle la sent. Sa main sur sa jambe. Puis sur sa rotule. Sur sa cuisse. Ses doigts tracent de légers arabesques sur sa peau. Et Hermione comprend.

« Qu'est-ce que tu fais ? » s'exclame-t-elle en attrapant son poignet pour chasser son étreinte.

Javier se penche vers elle et son visage de mannequin englobe tout son champs de vision.

« Je ne démarrerai que si tu m'embrasses. »


« Et toi alors, qu'est-ce que tu fais dans la vie ? »

« Rien d'original : je suis en Terminale comme toi. Tu l'aurais deviné ? »

« Honnêtement, non. Là, pour le coup, on peut vraiment dire que tu fais plus âgé que tu ne l'aies. »

« Haha, et pourtant ! Je suis toujours coincé dans ce maudit système scolaire. Avec Malfoy et sa bande, d'ailleurs. »

« Ah, vous êtes tous dans le même lycée ? »

« Exact. Malfoy et moi sommes même voisins dans certains cours. »

« J'ai toujours voulu savoir comment il était en classe... »

« Malfoy ? Eh bien, c'est le genre de mec à se foutre au fond de la classe pour y rattraper ses heures de sommeil. Puis, quelques rares fois, presque forcé par le prof, il ouvre la bouche et il sort des trucs pas cons qui font encore plus baver son fanclub féminin. Pour se rendormir ensuite. »

« Bizarrement, ça ne m'étonne pas. Donc c'est un peu un cancre ? »

« Mmmh, non. Juste un gros branleur qui, s'il le voulait, aurait de bonnes notes. Mais il le veut pas. Il s'en fout. »

« Là aussi, ça ne m'étonne pas, haha. Et toi, alors ? Ca bosse en cours ? »

« Moi ? Hahahaha ! Non. »

« Même pas un peu ? »

« Ben disons que je bosse pour me maintenir au-dessus de la moyenne mais je fais pas d'effort pour aller plus loin. »

« Ah donc, comme Draco, si tu te donnais les moyens de réussir, tu réussirais ! »

« Y'a de ça. Mais il me faut de la motivation, surtout. Je dois prendre des cours particuliers dans les semaines qui suivent pour préparer mes examens de fin d'année mais je ne trouve pas de bon prof, ça me soule... »

« Je peux te donner des cours, si tu veux. »

« ...vraiment ? »

« Du moment que ça ne concerne pas la physique quantique – je suis nullissime en physique quantique – il n'y a pas de souci. »

« Oh, bon sang, tu me sauverais la vie ! Je vais te noter mon numéro, dans ce cas...comment t'appelles-tu, d'ailleurs ? »

« Hermione. »

« Hermione...joli prénom. Moi c'est Javier. »


« On...Je...Tu ne veux pas plutôt qu'on arrive d'abord au bar et... »

« Non. Maintenant. »

Il sourit toujours mais son rictus est effrayant. Hermione a peur. Elle jete un discret coup d'oeil à sa portière et constate avec soulagement qu'elle n'est pas fermée. Mais Javier ne lui donne pas l'occasion de s'enfuir et vient posséder ses cuisses d'une poigne ferme. Il se penche encore un peu plus vers l'avant.

« Allez, Hermione. »

« Non. » refuse-t-elle d'une voix tremblante mais déterminée.

Quelque chose se tord dans le masque angélique de Javier. Il se fissure. Et le visage qui apparaît derrière est purement et simplement démoniaque.

« Tu ne veux pas m'embrasser ? »

Sa voix est soudainement rauque et glaciale. Ses doigts lui agrippent douloureusement les cuisses et la poitrine d'Hermione se soulève de façon erratique au rythme de sa respiration irrégulière. Des larmes de panique lui piquent les yeux, menaçant de couler.

« EMBRASSE-MOI ! » rugit-il avant de plaquer de force sa bouche contre la sienne.


« ...je suis plutôt rock, tu vois. Mes parents ont essayé – en vain – de me convertir à la musique de mon pays, la salsa. Je n'ai jamais pu accrocher. »

« Ah oui ? C'est drôle, ça. »

« Et toi, t'écoutes de quoi ? »

« Du rock aussi, mais pas que. Je suis tombée il y a quelques années dans l'électro et je crois que j'y ai trouvé mon compte. Puis j'aime bien les mélodies qu'on ne peut pas classer dans un genre particulier, les chansons qui mélangent tout, les airs psychédéliques, un peu répétitifs, dans lesquels on se noie. Ca me met dans une bonne atmosphère pour prendre de belles photos. »

« T'as un exemple ? »

« Mmmh...eh bien j'ai l'habitude d'aller fouiner sur Youtube et me perdre sur des chaînes telles que Majestic Casual. Je ne sais pas trop comment répertorier ce style de musique mais il me plaît. Ca me relaxe. »

« Ah oui, je vois. Mon pote a eu un de ses remix diffusé dessus. C'est un peu...aérien. Minimaliste. Non ? »

« Un peu, oui. Mais, encore une fois, ça reste insaissable comme genre musical. Et c'est ce que j'aime. »

« Tu sais ce que je trouve insaissable chez toi ? »

« Euh...non ? »

« Tes yeux. Si, si, je te jure ! Je n'en ai jamais vu des pareils. Ils sont oranges ? »

« Ambrés. »

« Comment ça se fait ? »

« J'étais censée avoir les yeux noisette mais je suis née prématurée. Et comme ils m'ont gardé en couveuse dans un endroit très éclairée, la teinte de mes iris s'est elle aussi éclaircie pour donner cette couleur définitive. »

« Donc tu es vraiment née avec ? »

« En fait, non. De ma naissance jusqu'à la fin de la maternelle, j'avais réellement les yeux oranges. Je faisais peur à mes camarades d'ailleurs. Ils m'appellaient « Flamme de l'enfer ». Mais plus j'ai grandis, plus la couleur s'est légèrement fonçée. Et lorsque je suis entrée au CP, elle s'est stabilisée pour de bon. »

« C'est juste...dingue. J'adore. »


Javier pose lentement sa main contre sa joue rougie, à l'endroit même où Hermione vient de le giffler. Il se met ensuite à rire et ses épaules carrées se secouent au rythme de son hilarité. Hermione, de son côté, tâte fébrilement derrière son dos la portière à la recherche de la poignée pour pouvoir détaler à toute vitesse.

« N'y pense même pas. » siffle son ravisseur en lui attrapant le bras et en le lui serrant à en couper toute circulation sanguine.

D'un geste vif, il lui attrape également l'autre et les maintient à l'aide d'une main contre la vitre. De sa main droite, il la tire rudement par la jambe et la force à s'allonger de force sur la banquette. Hermione voit sa silhouette en floue, derrière un rideau de larmes. Et elle hurle à pleins poumons. Elle tente de se débattre. Puis elle sent qu'elle n'a plus de respiration. Javier vient de plaquer sa main contre son cou.

« Ben alors, on fait moins la maligne, maintenant. » se moque-t-il et sa voix n'a plus rien de suave, son charme s'est envolé. « Giffle-moi encore, pour voir ? »

Il rit encore. Hermione bouge fébrilement sous lui, en manque d'air. Javier s'en fout.

« Ca fait la chaudasse en boîte avec sa robe de pute pour attraper des mecs et quand les mecs viennent, ça devient aussi prude qu'une nonne ? Je vais te faire passer l'envie de jouer avec mes nerfs, ma belle. »


« ...non ? Tu déconnes ! »

« Je te jure ! »

« Oh putain, c'est tout simplement fou ! Et qu'est-ce que tu as fait après ? »

« Je l'ai ouvert – je n'allais pas le laisser comme ça – et j'ai poussé un tel hurlement... »

« Hahahaha, tu m'étonnes ! A ta place, j'aurais fait une attaque cardiaque. »

« Eh ben je n'en étais pas loin, honnêtement. Je crois que le... »

« Hein ? »

« Je...et...le... »

« Attends, tu veux pas...Hermione...Attends, rapproche toi. Tu veux pas qu'on aille se poser quelque part d'autre ? J'ai du mal à t'entendre. »

« Hum, ok. Tu connais un peu la boîte ? »

« Non, je pensais plus à un endroit comme le Klein, un bar du centre-ville assez cool où on pourra au moins s'entendre parler. »

« ...ok mais je n'ai pas de voiture donc... »

« T'inquiète pas pour ça, j'ai garé la mienne juste à côté. Donc ça te dit qu'on y aille ? C'est vraiment pas pratique de rester ici pour avoir une conversation normale. »

« Ok. Ca marche. »

« Et je...même...un... »

« Comment ? »

« Je disais : Et je te paierai même un verre. »

« Hahaha, y'a plutôt intérêt ! »


« Arrête. S'il te plaît. Ne fais pas ça. S'il te plaît. S'il te plaît. Je ferai tout ce que tu veux mais s'il te plaît, pas ça. Pas ça. Je t'en supplie. Tout sauf ça. »

Les supplications d'Hermione ne sont plus que des murmures saccadés. Et Javier affiche un sourire éclatant. Sa main remonte le long de sa cuisse et trouve le tissu de sa culotte. Dans une dernière tentative de protection, la brune tente de fermer ses jambes le plus fort possible mais le latino les lui rouvre sans ménagement et vient se placer entre.

« Sois pas conne. » se moque-t-il.

Il tire sur sa culotte d'un geste brusque et le tissu en dentelle se craque presque sur le coup. Il remonte ensuite le bas de sa robe jusqu'au milieu de son ventre et à ce moment là, Hermione devient folle. Hystérique. Elle convulse, se remet à hurler à pleins poumons, bat des jambes, secoue la tête de tous les côtés, bouge des épaules, hurle encore, surtout lorsqu'elle sent sa main se rapprocher de son bas-ventre puis un liquide brûlant courir le long de son entrecuisse et venir finir sa course sur la banquette. Javier lève alors sa main ensanglantée pour couvrir la bouche d'Hermione avec.

« Tais-toi. » lui ordonne-t-il d'une voix aussi calme qu'effrayante.

Il la fixe du regard, sa paume toujours plaquée contre les lèvres scellées de sa victime, et dans ses yeux, Hermione croit voir le diable en personne. Elle continue à hurler mais ses cris sont étouffés et, de toutes les façons, ils perdent en l'intensité et sont rapidement remplacés par les larmes. Une cascade de larmes chaudes, amères et silencieuses. Et Javier la fixe toujours. Et Hermione pleure. Et le sang a déjà séché.


Draco réfléchissait à toutes vitesses. Allait-il voir si ce qu'il se passait était réellement ce qu'il croyait ? Ou bien retournait-il en boîte en les laissant tranquille ? Le blond cimenta sa main sur sa nuque, en proie à un dilemme intérieur. Il étudia à nouveau les deux silhouettes dans la voiture ainsi que leur posture.

Peut-être qu'ils sont juste en train de coucher ensemble.

Avec les bras d'Hermione liés et une main plaquée sur sa bouche ? Vraiment, Draco ?

Le jeune homme avança encore d'un pas, toujours indécis. Et un élément vînt tout départager. Ou plutôt, un mouvement. Hermione s'était soudainement mise à s'agiter dans tous les sens et il pouvait distinctement entendre sa voix agonisante malgré le baîllon que constituait la main de Javier sur sa boucle. Elle tentait de se débattre. Et on tente rarement de se débattre en plein milieu d'un ébat, à part si celui-ci n'est pas consenti.

Malfoy n'hésita plus.

Il se baissa furtivement et progressa jusqu'à la portière du côté conducteur. Là, Draco se redressa et ouvrit la voiture à la volée. Javier, qui n'eut pas le temps de le voir venir, fut tiré hors du bolide par le col de la chemise, sans ménagement, et s'effondra à terre. Il se remit cependant sur pied en un rien de temps et s'appuya contre le capot de sa voiture.

Draco, qui lui faisait face, le dévisageait sans aucune once de sympathie dans le regard. Le blond admettait qu'il était certes lui-même une ordure mais face aux mecs qui affichaient un CV d'ordure encore plus fourni que le sien, le lycéen ne ressentait que du mépris et un infini dégoût. Il remarqua cependant que Javier avait toujours son pantalon en place et sa ceinture attachée, chose qui lui apporta un certain soulagement. Mais ses yeux se stabilisèrent sur sa main droite dont l'index et le majeur étaient souillés de sang. Ses yeux gris firent le lien de sa main au corps d'Hermione enveloppé par la pénombre qui reposait toujours sur la banquette, secoué de spasmes. Et d'Hermione, Draco revint à Javier.

« Qu'est-ce que tu lui as fait ? » articula-t-il froidement.

Le brun s'humecta nerveusement les lèvres.

« Elle était d'accord, de toutes les façons. » dit-il et bien qu'il soit sur la défensive, sa voix avait perdu cette assurance qui faisait chavirer la gente féminine. « Si elle est venue jusqu'ici, c'est qu'elle était d'accord. »

Il scrutait Draco, comme cherchant une lueur de compréhension et de connivence dans son regard. Après tout, il était lui aussi habitué à draguer en boîte, non ? Il savait comment ça se passait. Mais Malfoy n'avait aucune réaction.

« Puis je pouvais pas savoir qu'elle était vierge. Tu vois un peu le genre de nana que c'est : sexy sur la piste de danse mais arrivé au lit, surprise ! Tes draps sont à jeter. » ajouta-t-il et il eut un petit rire forcé. « C'est une pote à t... »

Il s'interrompit de lui-même lorsque Draco avança droit vers lui et s'arrêta juste à son niveau.

« Ecoute-moi bien, pauvre détraqué sexuel. Quand t'as touché à Lorna, j'ai rien dit parce que, honnêtement, j'en ai strictement rien à foutre de sa gueule. Quand t'as drogué Millicent pour te la faire, je t'ai vu glisser la poudre dans son verre mais comme elle aussi je m'en fous de sa vie, j'ai laissé passer. La pauvre, elle a même pas dû savoir ce que tu lui avais fait lorsqu'elle s'est reveillée. Quand t'as voulu toucher à Pansy, je t'ai gentiment prévenu que la prochaine fois que je te chope en train de tourner autour d'une meuf de ma bande, je te tue. T'as été obéissant et tu l'as laissé tranquille, préférant plutôt t'attaquer à Kate. Tu sais qu'elle a avorté ? Là encore, j'ai rien fait pour empêcher que ça arrive parce que 1) je n'arrive tout simplement pas à la blairer et 2) c'est une fille facile. Ca allait lui arriver un jour ou l'autre de toutes les façons. Mais » Sa main vînt se refermer sur sa gorge et il le plaqua contre le mur en béton qui fermait l'impasse « là, mon pote, manque de chance. Manque de chance parce que je ne suis d'humeur ni à m'en foutre, ni à fermer les yeux sur quoi que ce soit. Je t'ai prévenu une fois, mec. Une fois. Je t'ai dit que si tu récidivais, je te détruirais purement et simplement. Je croyais que t'avais pigé mais apparemment, non. T'es encore plus malade que ce que je pensais. Cette nana que tu viens d'aggresser sur le siège de ta voiture de merde achetée d'occasion, j'ai certes du mal à la supporter mais elle ne MERITAIT PAS CA, espèce de FILS DE PUTE. » Il lui cracha à la figure et resserra encore sa main contre sa gorge. « Alors maintenant, tu disparais. Tu disparais de la ville. Du pays, même. Si je te croise ne serait-ce que dans un bar ou même dans la rue, je te jure que je te tue à mains nues. De toutes les façons, tu ne réapparaîtras pas parce que je vais tellement pourrir ta réputation que les minettes qui te suivaient à la trace se désinteresseront de toi. Même ton artiste ratée de mère va savoir que son fils n'est qu'une sous-merde qui viole des filles en boîte. Tout le monde le saura. Tout le monde te fuira. Même ton père te déshéritera. Déjà que t'es pas riche. Tu finiras tout seul et dans la rue parce que personne ne voudra de toi. Et tu sais bien que lorsque je détruis une réputation, la seule option qu'il reste pour la personne qui en est victime, c'est le suicide. Alors charge ton flingue dès ce soir. »

Son regard anthracite aussi dur que la pierre était toujours ancré dans les yeux noirs de Javier.

« T'as pigé ce que je viens de te dire où tu veux que j'te la refasse en espagnol, cabrón ? »

Draco sentit son voisin de classe déglutir difficilement puis opiner silencieusement du chef. Il le jaugea une dernière fois puis ôta progressivement sa main de son cou, l'autorisant à respirer correctement.

« Vire. »

Le latino s'exécuta sans demander son reste et déguerpit de l'allée tout en jetant de fréquents coups d'oeils nerveux à Draco ainsi qu'à la voiture qu'il laissait dans l'impasse plongée dans l'obscurité. Il disparut à l'angle, le dos courbé et la démarche précipitée. Malfoy se tourna alors vers la Porsche et se massa les tempes en soupirant.

Malgré le peu de lumière, ses yeux réussirent à distinguer le corps d'Hermione gisant toujours sur le siège, tremblante. Son avant-bras était rabattu sur sa figure, ses jambes cimentées l'une à l'autre. Sa culotte déchirée ornait le sol. Draco prit une grande respiration puis contourna la portière conducteur déjà ouverte pour se glisser précautionneusement dans le véhicule.

« Putain. »

C'était sorti tout seul. Parce qu'un spectacle aussi apocalyptique que celui-ci, il n'en avait vu que de très rares fois au cour de ses dix-huit années d'existence. Il leva la main pour ne serait-ce qu'abaisser la robe de celle qu'il surnommait la fouine mais son geste se suspendit en l'air et son bras retomba mollement contre son flanc.

« Putain. » répéta-t-il.

Et elle n'arrêtait pas de pleurer. Ses cuisses collées entre elles cachaient à la vue du lycéen ce qu'elle avait de plus intime mais rien que d'imaginer Javier à l'action lui donnait envie de gerber. Il se passa la main sur les yeux, puis sur la bouche, étouffant un troisième « putain » au passage, et trouva enfin le courage de tirer sur le pan de la robe de la photographe pour la remettre en place. A peine eut-il ne serait-ce que bougé le tissu que le corps tout entier de la brune tressaillit, comme si elle avait été brûlée.

« C'est moi. » l'apaisa-t-il immédiatement. « Draco. » Il continua à abaisser l'habit tout doucement. « Je ne vais rien te faire, ok ? Je ne vais rien te faire du tout. »

Et comme elle le prenait toujours de court, il ne s'attendit pas une seule seconde à ce qu'elle se redresse soudainement et lui saute dessus, cimentant ses bras autour de sa nuque, nichant sa tête dans le creux de son cou. Elle s'agrippait à lui comme on s'agripperait à une bouée en plein milieu d'un naufrage. Draco sentait son coeur battre désordonnément et ses larmes mouiller sa peau, ses habits, et il ne savait pas quoi faire car il était submergé par une foule de sentiments qu'il n'arrivait pas à identifier et qui le prenait subitement à la gorge. Alors il se contenta de passer sa main derrière son dos pour lui rendre son étreinte. D'abord maladroitement, en y mettant beaucoup de distance, puis réellement. Il la serra contre lui.

« C'est fini. » chuchota-t-il et sa main vînt se glisser dans ses boucles. « C'est fini. »

Elle ne le lâcha pas lorsqu'il sortit son portable pour composer le numéro d'un taxi. Elle ne le lâcha pas non plus lorsque celui-ci se gara devant l'allée et qu'il fallut s'extirper de la Porsche de Javier. Avant toute chose, Draco ôta son gilet et l'attacha autour des hanches de la jeune fille pour qu'il puisse lui couvrir le bas. Puis il coinça alors un bras derrière son dos, un autre à la jointure de ses jambes, et la transporta ainsi jusqu'au taxi. Là, il la plaça sur ses genoux et ferma la portière d'un geste énergique.

« On s'est trouvée une petite fêtarde qui a un peu trop bu ? Jackpot, mon petit ! » blagua le chauffeur en lui souriant d'un air entendu via le rétroviseur.

Pour toute réponse, Draco lui lança un regard d'une froideur sans égale qui remit immédiatement à sa place le quarantenaire.

« Hum, où est-ce que je vous emmène ? » se reprit-il en plaçant ses deux mains sur le volant.

« Slytherin Road. » répondit Malfoy avant de s'adosser contre son siège et fouiller dans sa poche à la recherche de son paquet de clope.

« C'est parti dans ce c...ah, je regrette mon garçon mais fumer à l'intérieur de cette voiture ne va pas être possible. »

Draco alluma quand même sa cigarette et tira une première taffe qu'il rejetta droit devant lui. Il fouilla à nouveau dans son jean pour en ressortir cette fois-ci un billet de cent Livres froissé qu'il lui tendit. Le chauffeur sembla hésiter quelques secondes mais accepta tout de même la somme qui lui était offerte. Et durant toute la durée du trajet, Draco put se fumer ses trois clopes en paix.

Arrivés à destination, Draco porta à nouveau Hermione le long de l'allée centrale du Manoir et fit l'effort de monter les escaliers jusqu'à l'étage où se trouvait sa chambre. Ouvrant la porte d'un coup de pied, il se dirigea vers son lit et l'y déposa précautionneusement. Hermione refusa cependant de déloger ses bras de derrière son cou.

« Il va falloir que tu me lâches. » lui dit-alors Draco d'un ton de voix se voulant neutre.

« Reste là. » murmura en retour Hermione d'une voix si inaudible que le jeune homme crut au départ qu'elle n'avait pas ouvert la bouche.

Il prit une profonde inspiration puis hocha la tête.

« Ok. Ok, je reste là. »

Hermione consentit alors à lui laisser sa liberté et ses bras retombèrent en croix sur le matelas. Draco se redressa enfin puis s'assit à l'extrémité du lit. Il tira une nouvelle cigarette de son paquet, l'alluma en un rien de temps et regarda la fumée s'élever vers le plafond en miroir. Derrière le voile opaque de nicotine, les yeux ambrés et humides d'Hermione le fixaient sans ciller avec cette intensité dérangeante qu'il n'avait expérimenté jusqu'alors que dans les pupilles de Blaise. Si dérangeante que Draco n'arrivait jamais à soutenir ce type de regard plus de cinq secondes. Il prit l'échappatoire de sa cigarette pour stabiliser ses yeux sur le bout de sa clope qui se consummait tandis qu'il tirait dessus. Jetant après cela un rapide coup d'oeil en oblique, le regard d'Hermione le coinça à nouveau. Le jeune homme se sentit alors obligé de meubler la conversation.

« Comment tu te sens ? » lui demanda-t-il.

Ce fut au tour de la brune de détourner les yeux pour les diriger vers la grande fenêtre de la chambre.

« Sale. » finit-elle par répondre, la voix cassée.

Draco rejetta un filet de fumée par le nez et tapota sur la tige de tabac pour en faire partir la cendre.

« Tu veux, je sais pas, prendre une douche ? » hasarda-t-il.

Hermione eut un faible rire. Comme si une douche allait arranger les choses.

« Non. » dit-elle.

Elle laissa plâner une minute de silence puis reprit, d'une voix encore plus faible :

« Je veux tout simplement disparaître. »

« Ah, toi aussi... » lâcha sans réfléchir Draco.

Il se ressaisit la seconde suivante mais trop tard, Hermione avait déjà reporté son attention sur lui. Et en sentant ses orbes orangés se poser à nouveau sur lui, changer rapidement de sujet fut pour Draco une nécessité.

« Et tu veux boire un truc ? De l'eau ? »

La jeune fille hocha la tête. Mais à peine Draco se fut-il levé du lit pour aller la servir qu'elle se redressa brusquement en le fixant comme s'il venait d'annoncer qu'il allait se jeter par la fenêtre.

« Où est-ce que tu vas ? » lui demanda-t-elle d'une voix aux accents paniqués.

« A la cuisine pour te chercher de l'eau..? » répondit lentement Malfoy en haussant un sourcil.

« Je, c'est bon, c'est pas grave, j'en veux plus. »

Draco se rassit au ralentis sur le lit et lui adressa un regard intrigué.

« T'as peur que je te laisse seule ? »

Hermione ne répondit pas mais ses traits angoissés le firent pour elle. Et le lycéen ne put s'empêcher de secouer la tête, la mâchoire serrée. Javier venait de traumatiser gratuitement cette gamine et à vie.

Il resta donc là et termina sa clope en silence. Alors que ses doigts se glissaient déjà dans la fente du paquet de tabac pour en attraper une autre, quelque chose ressemblant à un vague rappel des bonnes manières le poussa à tendre la boîte presque vide en direction de son hôte.

« Non merci. Je ne fume pas. » déclina Hermione.

Draco cueillit un des bâtons blancs et oranges pour le visser entre ses lèvres.

« Pourquoi ? » voulut-il néanmoins savoir tout en allumant ce qui contribuait à raccourcir son existence ici-bas.

A Hermione de hausser des épaules.

« Je sais pas. Ca ne m'a jamais intéressé. »

Draco prit une taffe puis continua :

« Et tu bois ? »

« Rarement. »

« Pourquoi ? » répéta-t-il.

« Là encore, je n'en vois pas l'intérêt. »

Draco entrouvrit ses lèvres et une volute de fumée s'en échappa.

« Tu sais que tu peux porter plainte. »

Il passait du coq à l'âne mais Hermione comprit qu'il faisait référence à l'épisode cauchemardesque de tout à l'heure. Elle tourna à nouveau la tête vers la fenêtre et se recroquevilla en position foetale, ses bras enroulés autour de son ventre.

« A quoi bon ? Ca ne me rendra pas ce que j'ai perdu. »

L'image de la main de Javier revînt en flash dans l'esprit de Draco et il fut pris d'une soudaine poussée de fureur qui lui donna envie de rentrer son poing quelque part. Dans un mur, dans un visage, dans quelque chose, n'importe quoi. A la place, le blond prit une nouvelle bouffée de nicotine et se concentra sur la brûlure familière que causait la fumée dans sa gorge.

« Pourquoi tu m'as sauvé ? » l'interrogea au bout d'un instant Hermione.

La main de Draco qui devait réapprovisionner ses poumons de tabac se stoppa dans son mouvement et il tourna légèrement la tête vers sa voisine. Celle-ci était toujours tournée vers la fenêtre où leurs reflets se dessinait, la nuit d'encre en arrière-fond.

« J'aurais pas dû ? »

« Si, mais...je veux dire...tu me détestes. Rien ne t'empêchait de passer à côté de la voiture et de faire l'aveugle. »

« Sauf que je ne suis pas un connard. » répliqua Draco et il avait presque l'air énervé qu'elle émette l'hypothèse qu'il ne lève pas le petit doigt pour la sortir de là. « Je n'allais pas le laisser te v... te faire ce qu'il s'apprêtait à te faire sous prétexte que je te déteste. » Il porta sa clope à sa bouche, inhala, rejeta la fumée grise par le nez. « Puis je ne te déteste pas. » Nouvelle taffe. « Je ne te déteste plus. »

Du fin fond de sa détresse, Hermione sentit un lourd poids se dissoudre dans son estomac. Un poids qui avait pris place depuis le soir où elle était arrivée dans le Manoir. Draco ne la détestait plus. Entendre cette phrase la soulageait plus que de raison.

S'ensuivit un nouveau silence. Mais un silence moins épais, plus confortable. Un silence partiellement rythmé par le bruit du briquet de Draco ainsi que sa respiration, lorsqu'il exhalait la fumée. Quelques fois, il tapait inconsciemment du pied et Hermione se surprenait à bouger son index à la même cadence. D'autres fois, c'était à elle de troubler leur quiétude en laissant échapper un sanglot, puis un deuxième. Et cela se terminait toujours en crise de larmes interminable. Parce que les images lui revenaient et d'une manière si vive que l'on aurait dit que la scène se reproduisait à nouveau. Elle sentait les mains de Javier sur ses poignets, sur sa cuisse, sur sa bouche. Cela la faisait frissonner de tout son corps et se rouler un peu plus en boule sur elle-même.

Dans ces moments-là, Draco ne savait pas quoi faire.

Il était nul pour consoler des gens. Déjà qu'il ne savait pas se consoler lui-même. Il lui aurait bien filé des cachetons pour qu'elle oublie ces mauvaises pensées mais déjà qu'elle ne fumait pas, il doutait qu'elle accepte de se shooter. De plus, il ne voulait pas qu'elle touche à ces merdes là. Elle semblait pure, saine de corps et d'esprit. L'état d'innocence qu'il avait quitté depuis bien longtemps et qu'il regrettait chaque seconde de son existence. Il fallait qu'elle reste ainsi. Il fallait que rien ne change.

Mais il ne savait pas quoi faire pour qu'elle arrête de pleurer.

Dire quelque chose ? Mais quoi ? Que pouvait-il lui dire ou lui promettre ? Que tout allait bien se passer ? Conneries. Elle allait rester avec ce fardeau toute sa vie. Et elle allait faire des cauchemars effroyables dessus jusqu'à sa mort. Peut-être même qu'elle serait condamnée à voir un psy pendant des anneées. Faire quelque chose, alors ? Un geste ? Une caresse dans le dos ? Hors de question. C'était au-dessus de ses forces, de ses capacités. Et puis, de toutes les façons, Draco n'avait jamais été doué pour tout ce qui était contact physique. Les accolades, faire la bise, tous ces trucs superficiels, il pouvait. Mais serrer quelqu'un dans ses bras pour le réconforter, non. Jamais. Le seul contact dans lequel il excellait était celui qui comprenait une fille et un lit. Pour ça, il se débrouillait comme un champion. Il savait où, quand et comment toucher quoi. Mais en dehors de ce contexte-là, ses bras restaient collés le long de son corps.

Mais il fallait qu'il trouve un moyen de la calmer. Alors Draco opta au final pour la parole. A défaut de ne pas pouvoir – vouloir – la toucher pour l'apaiser, il allait au moins tenter de lui changer les idées.

« Tu fais de la photo depuis quand ? » lui demanda-t-il alors qu'elle s'était remise à pleurer pour la septième fois.

Hermione renifla, essuya maladroitement ses yeux puis tourna la tête vers lui.

« Comment ? »

« Depuis quand t'es-tu mise à la photo ? »

La brune se redressa légèrement.

« Mes...sept ans. Peut-être. Quelque chose comme ça. »

« Comment est-ce que tu as commencé à en faire ? »

Hermione renifla encore.

« Ca t'intéresse vraiment ? » lui demanda-t-elle, sa voix encore chevrotante.

« Puisque je te pose la question. »

Draco rejeta une bouffée de nicotine et attendit patiemment une réponse.

« Mon grand-père faisait de la photographie en France et chaque fois que j'allais chez lui, pendant les grandes vacances, il m'initiait à cet art. Puis il m'a offert mon premier appareil et j'ai commencé à m'entraîner toute seule. »

« Et qu'est-ce qui te plaît là-dedans ? »

« Tout. » répondit Hermione et elle ne pleurait déjà plus. « J'aime le fait que ça ait l'air simple de l'extérieur mais que ce soit en réalité un univers complexe, rempli de minuscules détails qui peuvent tout départager. J'aime le fait que ce soit un art qui nous fasse aimer l'instant présent et qui nous force à garder l'oeil ouvert, rester sur le qui-vive pour ne pas rater le moment, ce moment à immortaliser. J'aime le fait que la photo nous ouvre les yeux sur le monde. On s'attarde sur des petites choses auxquelles personne ne ferait attention d'ordinaire. On voit la beauté dans ce qui est banal, on sait deceller la grandeur d'une chose minuscule, on joue avec les lumières, on mélange les silhouettes, on arrête le temps. Il n'y a pas une seule chose qui ne me plaise pas dans la photographie. »

« C'est ta seule passion ? »

« Oh, non, j'aime, hum...eh bien j'aime aussi la cuisine. Les pâtisseries, les petits plats, tout ça. Ca me plaît d'en faire de temps en temps. Ca me détend. »

« Juste ça ? »

« Eh bien...j'aime aussi la musique. Je ne peux pas vivre sans. Personne ne peut vivre sans musique, je pense. »

Pas faux, pensa Draco tout en tirant sur son mégot.

« Et toi ? » demanda d'une voix un peu hésitante Hermione. « Tu as...des passions ? »

Malfoy eut un rire éphémère.

« Est-ce que dormir compte ? » Il libéra la fumée d'entre ses lèvres puis s'ébouriffa les cheveux péroxydés. « Non. J'en ai aucune. »

« J'ai vu que tu aimais bien faire la fête. Ca peut en être une aussi. »

« Je fais pas la fête par passion mais par nécessité. »

« ...comment ça ? »

Draco écrasa son bout de cigarette sur le bois du lit d'Hermione puis le lança en direction de la corbeille située aux pieds de la table de nuit.

« Rester en tête à tête avec moi-même le soir, c'est pas mon truc. »

« Pourquoi ? »

Malfoy lui accorda un regard intrigué.

« Je pensais que c'était moi qui posais les questions..? »

« Je ne savais pas qu'il y avait un ordre établi. On ne fait que discuter, non ? »

Le blond haussa des épaules. Il amorça un mouvement pour récupérer son paquet de cigarettes mais se souvint qu'il venait de le vider, ce qui lui arracha un soupir d'exaspération.

« Tout à l'heure, tu... » commença Hermione mais elle se stoppa.

« Tout à l'heure, je ? »

« Non, rien. »

Ca, c'était un truc que détestait Draco. Que quelqu'un commence une phrase pour l'avorter dans la seconde qui suivait. Quitte à dire une connerie, autant l'assumer jusqu'au bout et ne pas frustrer son interlocuteur.

« Si. T'as commencé à dire un truc. Finis-le. » exigea-t-il.

Hermione ouvrit la bouche mais rien n'en sortit, tout d'abord. Puis elle se lança.

« Pourquoi est-ce que tu veux disparaître ? » lui demanda-t-elle alors.

Draco mit quelques secondes à comprendre qu'elle faisait référence au tout debut de leur conversation, lorsqu'Hermione lui avait aussi confessé la même phrase qu'elle venait tout juste de prononcer. Il haussa des épaules mais décida quand même d'être honnête, pour une fois.

« Parce que dans cette barraque, personne ne me voit. Alors que je m'évapore ou non du jour au lendemain, ça ne fera aucune différence. »

Son ton de voix avait été plur dur qu'il ne l'avait mesuré mais cela ne sembla pas rébuter Hermione. Au contraire, elle se redressa sur ses coudes puis complètement, se retrouvant ainsi assise. Ses pleurs avaient fait des ravages considérable sur son maquillage et de ses yeux coulaient des traînées noirâtres de mascara, khôl et eyeliner réunis. Sa peau était encore un peu rougie par les larmes et son rouge à lèvres s'était estompé. D'une certaine façon, tout cela la rendait saisissante en cet instant précis.

« Moi je te vois. »

Le coeur de Draco aurait pu exploser dans sa cage thoracique.

Cette fille avait le don de trouver les mots justes soit pour l'achever, soit pour lui provoquer un ouragan d'émotions diverses. Pendant quelques secondes, il baissa toutes ses gardes et la regarda comme si elle venait de lui révéler le secret de l'univers et qu'il tombait des nues. Elle le voyait. Elle le voyait vraiment. Etait-ce possible ? Comme la fois où elle l'avait serré contre lui, quelques heures plus tôt, Draco ne sut quoi penser et ressentir.

Mais ils se laissa bien vite gagner par le scepticisme. Car c'était bien beau d'affirmer qu'elle le voyait comme il était mais était-ce seulement la vérité ?

« Ah oui ? » répondit-il, un air de défi dans la voix. « Vraiment ? » Il se leva pour se s'asseoir juste à côté d'elle. « Eh ben si c'est réellement le cas, regarde-moi et décris-moi ce que tu vois en trois mots. »

Draco suivit la trajectoire de ses yeux couleur miel lorsqu'ils balayèrent son visage tout entier. Celle de ses lèvres également quant elles s'entrouvrirent pour prononcer :

« Beauté. »

A nouveau, le rythme cardiaque du blond devint irrégulier et sourd. Surtout qu'un sentiment de déjà vu s'emparait de lui. Comme si la scène de ce matin se reproduisait. Parce qu'elle était là, devant lui, tout proche, et qu'il se sentait à nouveau pris d'une chaleur étrange.

« Tristesse. »

Tristesse, tristesse, tristesse... le nom commun fit écho dans sa boîte crânienne. Il était triste, c'était vrai. Et même l'adjectif ''triste'' ne qualifiait pas son état intérieur avec justesse. Il en était à ce stade de la tristesse où l'on ne pouvait ressentir dans sa poitrine qu'un vide, un puits sans fond, un trou béant.

« Solitude. » finit-elle et ses yeux se fichèrent dans les siens. « J'ai tapé juste ? »

Draco s'humecta les lèvres et fixa un quart de secondes les siennes.

« Il y a de ça, oui. »

Et aucun des deux ne parla ensuite. Ils restèrent face à face à se fixer sans qu'un seul mot ne soit prononcé. Leurs yeux restaient connectés, presque sans ciller, et Draco sentait cette boule de chaleur grossir, grossir, grossir en lui, et il était prêt à parier qu'Hermione ressentait la même chose car elle fixait elle aussi quelques fois ses lèvres et sa figure se rapprochait de la sienne, et ils ne se regardaient quasiment plus, chacun gardant les yeux cimentés sur leurs bouches déjà entrouvertes et...

« Do I wanna know if this feeling flows both way, it's sad to see you go... »

...le portable de Draco. A peine la première note de la sonnerie eut-elle retentit que le contact fut rompu. Hermione, à l'image de son voisin, sursauta puis recula, rougissante, et Draco fouilla maladroitement dans sa poche à la recherche de son iPhone. Double piqûre de rappel : le prénom de sa copine clignotait sur l'écran.

« Ouais ? » décrocha-t-il tout en s'éloignant vers la porte.

« Dray, où est-ce que t'es ? ! » Elle gueulait pour se faire entendre par-dessus le bruit de techno répétitif. « Ca fait une heure qu'on te cherche ! »

Draco mima un ''merde'' silencieux tout en se massant l'arrête du nez. Sa main vînt se perdre dans ses cheveux.

« Je suis rentré. » finit-il par admettre.

« Hein ? »

La musique martellait de plus en plus et elle n'arrivait plus à bien comprendre ce qu'il disait. Sans compter qu'elle était à mi-chemin de l'ivresse et que Pansy lui faisait signe pour qu'elle vienne danser.

« Je suis chez moi, là. » répéta Draco, ne faisant aucun effort pour hausser le ton de sa voix et la rendre audible malgré le bruit assourdissant qui environnait sa petite-amie.

« Quoi ? J'entends absolument rien, c'est dingue ! »

« Je suis...laisse tomber. »

« Mais ça capte pas ici ou quoi ? ! Pansy ! File-moi ton portable ! Attends, Dray, je te rap... »

Draco avait déjà raccroché. Il éteignit ensuite son téléphone, le glissa dans sa poche arrière puis se retourna. Derrière lui, Hermione s'était recouchée et lui tournait le dos. Ses longues boucles coulait sur le matelas en une cascade brune soyeuse et elle avait à nouveau remonté ses cuisses contre son ventre. Il resta planté là, ses yeux fixé sur ses cheveux, et se demanda ce qu'il devait faire.

« Tu peux partir, si tu veux. » lui dit-alors Hermione sans se retourner.

Oui mais le voulait-il ? Pas sûr. Pourtant, c'est ce qu'il fit. Il marcha d'un pas lent vers la porte, se retourna une ou deux fois sur son chemin, puis s'éclipsa. Et lorsqu'elle entendit le bruit de la porte de refermant, Hermione eut à nouveau envie de verser toutes les larmes de son corps.


Voilà. Je voulais absolument poster quelque chose le 30 janvier car J'AI ENFIN DIX-HUIT ANS BORDEL DE PUTAIN DE MERDE et j'espère que ce petit cadeau que je me suis fait vous a également plu !

Profitez de cette journée, c'est la Ste Martine et ça n'arrive qu'une seule fois dans l'année.

Des bisous,

Chuckie.

.

Rar :

.

Magoo : Mais..mais...mais c'est moi qui te remercie pour ce joli message ! Si je suis une drogue pour vous, j'espère être de l'ecsta parce que l'ecsta, c'est fun, c'est coloré, ça embellit la vie temporairement. J'ai foiré mes partiels avec brio mais hey ! J'ai toujours mes deux bras, mes deux jambes, mes jolis yeux et mon cerveau rempli d'idées farfelues alors ça me suffit amplement. Profite de ta journée, Magoo. :)

.

Clara : Merci beaucoup, beaucoup :D

.

Nawelle : SURPRAÏSE MOTHERFUCKER. J'ai grave pensé à toi en postant cette suite parce que je me suis dit : elle va encore glousser en voyant le mail pour le nouveau chapitre, hahahaha. En tout cas, j'espère que celui-ci t'a plu ! Et merci, merci pour ta très gentille review :)

.

Lale : Ouiii j'vais le voir ce week-end ! Merci pour ta review & bonnes vacances à toi aussi !

.

Juliette : Mes mots et moi te remercions, chère Juliette ;) Bonnes vancances également !

.

Sleeping Beauty : Eeeet voici la suite ! J'espère sincèrement qu'elle t'a plu et je suis contente de lire à quel point le chapitre précédent t'a plu ! J'avoue que c'est un peu mon préféré aussi, hihi. Merci pour ta review en tout cas :)

.

Hoshiko27 : Haha pour le coup je l'ai vraiment écrite vite la suite. Si vite que j'ai eu le temps d'écrire même le chapitre qui suit. Mais j'espère que pour ce qui est de ce nouveau chap, il t'a plu ! Merci pour ta review, xo.

.

Faith no Hope : (Poukwa No Hope ? Hein ? Faut pas perdre espoir, ah non non non !) Ohh elle a des fossettes. C'est mignon les fossettes. J'aime les fossettes, moi. Toute personne possédant des fossettes est mon ami. Je suis contente que le chapitre 8 t'ait plu et je suis encore plus contente de te perturber, hinhinhin. Non, sérieux, ça me fait plaisir qu'on puisse ressentir tout un tas de trucs au travers de mes écrits. Je trouve ça génial. Merci pour ta review Armelle :)

.

Kim : Hihi, mon mot d'ordre c'est de surprendre et de me surpasser de chapitre en chapitre. Donc je suis contente de te surprendre et que tu considères que cette fic est meilleure de chapitre en chapitre, j'ai rempli ma mission :D Pour Asto, j'y viens, j'y viens. Lentement mais sûrement. Dans tous les cas, je suis contente que le chapitre t'ait plu et j'espère vraiment qu'il en est de même avec celui-ci. Xoxo !

.

Anonymous : Ah, il faudra un peu attendre pour le bisou mais ça vient, ça vient ;)

.

J'ai commencé à répondre aux reviews et njfkefbjjsjkzm. Woah. Comment dire. Submergée je suis. J'avais dit que je bouclerai ça en une semaine mais à moins d'annexer une usine Nike en Chine pour forcer tous les employés à répondre à mes messages à ma place...ce ne sera juste pas possible. Et c'est dans ces moments là que je me rends compte que vous êtes des TONNES et des TONNES à me laisser des reviews et je...je...comment vous dire...yé souis émue :') Nan, sérieux, en ce moment, je relis tout ce que vous m'avez envoyé, toutes fics confondues, et, putain, je sais même pas quoi vous répondre parce que trop de gentillesse, trop de compliments, trop de tout, je ne sais même plus quoi vous dire et le mot « Merci » me semble vraiment trop faible. C'est un TEL encouragement pour moi, vos avis, vous ne pouvez pas savoir. Alors c'est pour ça que je mets un point d'honneur à y répondre individuellement. Vous êtes tous des gens géniaux alors c'est pour ça que je me défonce au « travail » pour vous livrer chaque fois le meilleur de moi-même. Vous le méritez amplement. Vous méritez de la qualité.

Je sais que je me répète parce que je viens de poster la même chose sur Ask mais je ressentais vraiment le besoin de le dire.