Je suis fier de vous présenter ce neuvième chapitre moins de trois semaines avant la sortie du précédent, en espérant être en mesure de garder le rythme ^^
Chapitre 9 : Jour sans
Alfaro regardait silencieusement Billy, étrangement amorphe depuis son évolution. La nuit passée au centre pokémon d'Azuria leur avait certes permis de récupérer de leur aventure au mont Sélénite mais le désormais herbizarre n'agissait pas avec le même entrain que d'habitude. Le jeune infirmier qui le lui avait rendu au matin lui avait sorti une longue et pédante explication et Alfaro, se retenant de l'insulter, lui avait demandé d'abréger.
"Dépression post-évolutive", lui avait dit l'encyclopédie ambulante. "Une sorte de crise d'adolescent mal dans sa peau". Cela n'arrangeait pas le dresseur qui n'avait pas de temps à perdre avec une thérapie de groupe. Heureusement, l'infirmier lui conseilla d'agir comme d'habitude et de donner juste un peu plus d'attention à son herbizarre, le tout dans la bonne humeur que constituait "une équipe de pokémons soudés sous la bienveillante férule de leur guide et dresseur". Alfaro n'en attendait pas mieux venant d'un jeune con diplômé n'ayant jamais voyagé seul.
Lui et Billy étaient maintenant tous les deux dehors, cherchant une boutique afin de réapprovisionner leur stock d'objets et de nourriture. Tous les autres étaient dans leurs balls sauf Trotwood qui voletait au-dessus de la tête de son dresseur et jouait avec le vent paisible soufflant en ce moment même. Une fois ses achats faits, Alfaro décida de demander conseil au professeur Chen. Il en savait peut-être plus sur le comportement de Billy puisqu'il avait passé quelques temps en sa compagnie.
De retour au centre pokémon, Alfaro se connecta lentement mais sûrement au vidéophone et, dans une joie parfaitement dissimulée, parvint à contacter son responsable du premier coup.
-Alfaro, quel plaisir de te voir ! Comment vas-tu mon garçon ?
-Très bien, professeur. Et vous ?
-Tout va bien de mon côté. Toutes mes félicitations pour ta septième capture, je ne pensais pas que tu y parviendrais aussi vite.
-Comment le savez-vous ? demanda-t-il, interloqué.
-C'est très simple : comme tu l'as sans doute remarqué, la ball de ton sabelette s'est comme volatilisée après la capture. Elle a tout simplement été transférée à mon labo. Puisqu'un dresseur ne peut avoir plus de six pokémon sur lui, il est d'usage que les autres soient envoyés vers un lieu de stockage ou chez leur garant. Mon parc est un peu vide ces temps-ci, alors je me disais que tes pokémons seraient mieux à l'air libre qu'enfermés dans une simulation informatique, aussi réaliste soit-elle. Cela ne te déranges pas, j'espère ?
-Pas du tout, professeur. Je voulais juste vous demander...
Alfaro s'interrompit. Il venait à l'instant de penser à la réaction de son garant s'il voyait le pokémon qu'il lui avait offert dans un état aussi triste. Même si ce n'était pas de sa faute, et il en était convaincu, la confiance que lui portait le vieux Chen risquait d'être amenuisée. Il fallait trouver autre chose très vite ou bien le scientifique allait se douter de quelque chose.
-...Vous pourriez m'envoyer...Cleopatre...le sabelette ? demanda-t-il en butant presque à chaque mot.
-Tout de suite, mon garçon. Tu n'as qu'à mettre un autre de tes pokémons dans le téléporteur à côté de toi. Le creux rond juste à côté du clavier, ajouta-t-il devant l'air perdu d'Alfaro. Voilà, et maintenant, tu appuies sur ce bouton. Non, pas celui-là, l'autre.
Environ dix minutes et une quantités de commandes amorcées et annulées plus tard, Pinball laissa la place à Cleopatre. Le chercheur soupira avec soulagement : si celui dont il avait la charge s'avérait un très bon dresseur, il était en revanche une catastrophe avec l'informatique. C'était presque un miracle qu'il n'ait pas mit l'ordinateur hors-service.
-Et comment vont tes pokémons ?
-Ils vont tous très bien. Flavio va beaucoup mieux depuis la dernière fois.
-Magnifique ! Je me répète peut-être, mais tu es très doué. Les informations que tu m'as envoyé via ton pokédex m'aident également beaucoup, même si William semble prendre plus à cœur cette mission que toi.
Alfaro ne réagit pas à l'évocation de l'autre dresseur. Moins il en savait sur lui et mieux il se porterait. Avoir un rival ou quelque chose de semblable ne lui était d'aucune utilité.
-Si jamais tu venais à le croiser, dis-lui de m'appeler. Cela fait un peu trop longtemps que je n'ai pas de nouvelles de lui.
-J'y penserai. Autre chose ?
-Continue de remplir le pokédex comme je te l'ai demandé, dit-il en consultant son écran. Bonne journée à toi.
-Au revoir, professeur.
-Ah ! Tu ne m'avais pas dis que...
Alfaro coupa la communication avant que le chercheur ne puisse terminer sa phrase. Il venait sans doute de remarquer que Billy avait évolué en examinant les données du pokédex mais le brun ne voulait absolument pas lui en parler. L'état de l'herbizarre était son problème et il tenait à le résoudre comme il le voulait. Hors de question de laisser la pièce maîtresse de son équipe dans un tel état, après tout. Et il savait déjà comment il allait faire...
-Comment ça, le champion n'est pas là ?
-Il va falloir attendre, dresseur. Celle que tu cherches n'ouvre jamais ce jour-ci. Elle ne sera de retour que demain. Envie de te baigner, à la place ?
Le regard noir que lança Alfaro au type de l'accueil lui fit savoir le degré d'humour qu'il supportait. Et il était très bas.
-J'ai compris. Si tu veux du combat, tu peux toujours entraîner tes pokémons au nord. De toute manière, la zone entière est bouclée jusqu'à nouvel ordre. Cinq cambriolages ont été commis la veille à différents endroits, ajouta-t-il devant l'incompréhension totale du brun. Un véritable raid et la police n'a pas encore mis la main sur les coupables.
-Merci pour l'info.
-A demain, dresseur.
Alfaro sortit de l'arène qui faisait également office de piscine publique, ce qui était totalement différent du gymnase désert d'Argenta. Il examina sa carte et vit que l'homme ne lui avait pas menti. Deux chemins se succédaient au nord : l'un menait à une crique et l'autre faisait une boucle jusqu'à rejoindre la ville. Il se dirigea droit vers le pont qui menait à la route 24 et, comble du hasard, croisa la personne idéale pour le ralentir.
-Yo, machin.
-Je suis pressé, l'écureuil. Va te faire botter le cul ailleurs.
Alfaro donna un violent coup de coude à William pour l'écarter, ce qui fonctionna. Le petit-fils de Chen sortit alors un roucoups.
-Echarpeur, jet de sable sur ce minable.
Les vêtements d'Alfaro furent bientôt couverts de terre mais il ne broncha pas. Le roucoups le poursuivait toujours, tout comme la voix de son maître.
-T'as pas l'air si pressé que ça, si tu veux aller t'entraîner. De toute manière, tu perds ton temps : je me suis déjà fais tous ces dresseurs mais mes pokémons en veulent encore. Tu pourrais offrir les tiens en dessert, ils serviraient enfin à quelque chose.
-Tu en as été privé tellement de fois que tu fais une fixation dessus ? Dommage pour toi, tous ceux qui ont combattu mon équipe se sont retrouvés avec un gros mal de ventre. Tu devrais t'en souvenir.
-Avoue que tu as trop peur de me voir prendre ma revanche sur toi.
-La seule chose que je dois avouer c'est que tu me fais perdre mon temps.
-Si tu gagnes, je te donne l'adresse d'un type qui t'aidera à remplir ton pokédex. C'est une grande faveur que je te fais là.
-Un scientifique ? dit Alfaro en se retournant.
-Plus ou moins. Tu as déjà vu les ordinateurs du centre pokémon ? C'est lui qui a inventé le système de stockage de pokémons.
Alfaro regarda le dresseur en face de lui. Trois pokéballs se trouvaient à sa ceinture et il jouait distraitement avec celle de son roucoups. Ils seraient peut-être plus forts que les siens mais il avait l'avantage du nombre.
-Prépare-toi à cracher tout ce que tu sais, l'écureuil. Joey, à toi !
Le rattata sortit, faisant luire ses crocs au soleil. Le roucoups en face de lui ne fut nullement impressionné et lança une attaque tornade sous l'ordre de son dresseur.
-Utilise la tornade pour accélérer et lance croc de mort !
Le quadrupède mauve encaissa l'attaque et bondit sur le poitrail de l'oiseau. Ce dernier remua ses ailes pour le faire partir et le jeta en l'air avant de lui lancer une deuxième attaque tornade. Joey se retrouva dans l'œil du courant d'air, secoué de toutes parts, avant de retomber lourdement au sol, sans bouger.
L'image d'un aspicot mort de la même manière remplaça la scène qui se déroulait sous les yeux d'Alfaro.
-Joey, relève-toi !
-Rappelle-le, il est incapable de combattre.
Le rattata se releva tant bien que mal en faisant un mouvement du bassin trop étrange pour qu'il paraisse naturel. Contre toute attente, il bondit une deuxième fois sur l'oiseau qui, pris par surprise, ne put rien faire. Ils se séparèrent au bout d'une lutte intense, les crocs de Joey maintenant teintés de sang. Aucun des deux pokémon ne pouvait plus bouger.
-Match nul, on dirait, commenta Alfaro.
-T'es aussi cinglé que ton rat, cracha William. Kim, à toi !
Un abra remplaça le roucoups aux plumes rendues poisseuses par son propre sang. Alfaro fit de même et envoya Cleopatre le sabelette.
-Kim, choc mental !
Mais rien ne se produisit. Le brun soupçonna un piège mais rien ne laissait présager une telle ruse, que ce soit sur le visage de William ou dans les mouvements de l'abra. Il poussa la curiosité jusqu'à le scanner à l'aide de son pokédex.
-"Abra, pokémon psy. Il dort environ dix-huit heures par jour et se téléporte en cas de danger, ne pouvant pas encore se défendre lui-même". Tu veux devenir comique ?
-Teleport !
Le petit pokémon jaune tourna la tête vers son dresseur mais ne fit rien d'autre, contrairement au sabelette qui lui porta un léger coup de griffe.
-Bonne idée, Cleo. Fais-lui des pichenettes.
D'abord réticent, le sabelette prit lui aussi plaisir à gentiment torturer son opposant sous les rires d'Alfaro. Le plaisir ne dura pas longtemps puisque l'abra fut rappelé et remplacé par un rattata. Cleopatre laissa la place à Billy qui sembla se réveiller un peu lorsqu'il se rendit compte qu'il était poussé à combattre. Le mimi-queue qu'il vit le laissa de marbre et deux fouets-liane suffirent à renvoyer le rongeur sous les jupes de son maître.
-Mais merde ! Aka, règle-lui son compte !
-Beau boulot Billy. Joey, on y retourne !
Pas inconscient pour un sou, Alfaro administra tout d'abord une potion au rattata qui retourna sur le champ de bataille, prêt à combattre. Il dépassait le salamèche en agilité et ses croc dominèrent les griffes du lézard. Les ordres bafouillés de William n'avaient pas suffis à renverser la situation.
-C'est pas juste ! Personne n'a pu me vaincre pour l'instant ! Comment est-ce qu'un plouc comme toi a pu me vaincre trois fois !
-On n'a pas grandi dans les mêmes coins, c'est tout. Va à Safrania et tu comprendras peut-être. Et cette info ?
Bon gré mal gré, William tint parole et dévoila ce qu'il savait d'une voix amère.
-Il y a un ensemble de villas au bout de la route 25, face à la jetée. Tu demanderas à voir Léo le pokémaniaque. Avec un peu de chance, il acceptera de montrer sa collection à un minable comme toi.
-Ouvre un dictionnaire et tu verras quel dresseur apparaît à côté du mot "minable". Un indice : c'est un écureuil qui va vite partir la queue entre les jambes.
William ne releva pas l'insulte et partit vers le centre pokémon tandis qu'Alfaro continuait son chemin dans la direction opposée et posa enfin le pied sur le pont. Il n'eut que le temps de faire quelques pas avant de se faire barrer la route par un groupe de dresseurs.
-Si tu veux traverser, tu vas devoir nous passer sur le corps ! A mon signal...Go !
-Bataille royale ? Comme vous voulez. Déchaînez-vous, les gars !
Alfaro fit sortir l'ensemble de son équipe deux par deux. Une violente bataille s'engagea alors sur le pont : Joey et Trotwood, l'un monté sur l'autre, faisaient équipe contre des nidorans. Le papilusion larguait son passager qui mordait à tout va et lançait des attaques choc mental à distance. Billy jouait des lianes et servait de bouclier à Pizzo qui gigotait, inutile, face à un ferosinge à l'air teigneux. Seuls Cleopatre, aux prises avec une flopée d'insectes, et Flavio, dont l'instinct lui dictait de s'occuper des pokémon plantes, avaient besoin d'être accompagnés dans leurs mouvements par Alfaro. Les ennemis tombèrent un par un et ce fût l'équipe en sous-nombre mais mieux entraînée qui remporta la bataille.
-Alors, c'est tout c'que vous avez ? Venez, j'vous attends.
-Bravo ! Excellent, magnifique, incroyable ! Une telle maîtrise de tes pokémons et un sang-froid à toute épreuve...tu as un potentiel qui ne demande qu'à être exploité !
Ce flot de compliments venait d'un homme qui se tenait jusqu'alors en retrait et applaudissait. Il semblait être le chef de la bande car les cinq autres dresseurs s'écartèrent respectueusement sur son passage.
-J'ai assisté au combat et le moins qu'on puisse dire, c'est que tu sais y faire avec tes pokémons. En vadrouille ?
-Plus ou moins. Je suis pressé alors grouillez-vous d'en finir avec votre baratin.
-Manque de discipline...murmura l'homme. Mais bon, puisque tu as gagné, laisse-moi t'offrir un petit cadeau.
Il lança un minuscule objet qu'Alfaro réceptionna avant d'examiner. Ses yeux s'écarquillèrent de surprise devant ce qu'il voyait.
-C'est...une pépite ! Vous en avez combien pour les distribuer comme ça ?
-Dans mon groupe, des cailloux comme ça, on en a des centaines. Tu veux en avoir plus ?
Alfaro flaira l'arnaque et attendit que l'autre continue.
-Tu m'as l'air malin, alors autant y aller directement. Je fais partie de la Team Rocket. Rejoins-nous et tu obtiendras tout ce que tu veux. On saura comment utiliser tes dons et tu grimperas très vite dans la hiérarchie.
La rage d'Alfaro se déclencha trop vite pour que quiconque sur le pont ne puisse faire quoi que ce soit. Il se précipita sur le Rocket qui sortit deux pokémons. Ces derniers furent envoyés au tapis en quelques attaques et le natif de Safrania jeta son adversaire par-dessus le parapet. Un gros plouf confirma la chute du Rocket et les insultes qu'il lui lançait prouvaient au moins qu'il savait nager.
-Maintenant, dit-il aux autres dresseurs, vous avez trois secondes pour dégager de ce pont.
Sa menace fut entendue et il fut seul avant d'avoir fini le décompte. William, une bande de vendus, un Rocket...la journée commençait bien et il n'était pas encore midi. Si seulement il ne se levait pas aussi tard, il aurait pu se vanter de remettre les bandits à leur place avant le petit-déjeuner. A cette idée, il décida de faire une pause bien méritée près des hautes herbes et de soigner ses pokémons. Joey était celui qui l'inquiétait le plus, les potions ne pouvant rien faire contre le coup qu'il avait reçu en tombant durant le combat contre le roucoups de William. Il parvenait à bouger à peu près correctement mais s'immobilisait parfois plusieurs secondes.
-Pas d'imprudences jusqu'à ce que je t'emmène au centre, c'est compris ?
-Rata !
Au moins lui obéissait-il plutôt bien. Alfaro avait remarqué que ses pokémons avaient des affinités entre eux. Joey et Trotwood étaient désormais inséparables mais avaient du mal à joindre les autres à leur duo. Cleopatre, encore nouveau, s'amusait à donner de petits coups à Pizzo. Flavio, s'il avait fait des progrès, restait encore immobile la plupart du temps tout près de son dresseur, comme une statue. Quand à Billy, il s'entendait très bien avec tout le monde et partageait sa nourriture avec le chetiflor.
Une minute...depuis quand un tel pokémon les avait-il rejoint ?
-Billy, plaque-le au sol !
-Zarre ! Herb !
-Cheti ?
-Billy, tu m'écoutes ? Immobilise-le !
L'adepte des plantes ignora l'ordre et fit claquer ses lianes juste sous les racines du chetiflor qui, effrayé, partit aussi vite qu'il le put. Il se fondit dans des buissons et échappa à la ball lancée dans la panique par Alfaro.
-Billy ! Viens ici tout de suite ! rugit-il.
Le regard des autres membres de l'équipe se tourna immédiatement vers leur dresseur. Jamais il n'avait montré autant de colère envers l'un deux.
-Dit, Trot. Pourquoi il est en colère comme ça, le Maître ? demanda Cleopatre
-Billy a fait l'exact opposé de ce qu'il lui avait demandé. Bouchez-vous les oreilles, ça va être un vrai carnage.
-L'imbécile, remarqua Joey. A sa place, j'aurais bondi sur lui et laissé le Maître attraper l'intrus.
-Il a toujours été comme ça, Billy ? Eh, dit Trot, il a toujours...
-Non, l'interrompit le papilusion. C'était même le plus obéissant de nous tous. Et je crois savoir pourquoi il se rebelle...
-Et pourquoi ? Hé, Trot, dis, pourquoi ?
Trotwood allait répondre mais n'en fit rien. Le sabelette était encore trop jeune pour entendre la vérité mais lui avait bien vu pourquoi l'herbizarre était devenu si méfiant envers le Maître. Il ne savait cependant pas comment tout cela allait finir...
-J'attends. Pourquoi m'as-tu désobéi et fais fuir ce chetiflor ?
L'herbizarre resta silencieux, fixant un point sur le sol.
-Bordel, qu'est-ce que j'ai fait pour avoir un tel pokémon ? se plaignit Alfaro en levant les yeux aux ciels.
A ces mots, Billy sortit une de ses lianes et l'appliqua délicatement sur la nuque de son dresseur. Ce dernier se demanda un instant la signification d'un tel geste avant de deviner ce que son pokémon voulait lui faire comprendre.
-Quoi, c'est tout ? Tu supportes pas d'avoir blessé ce salaud de Rocket au mont Sélénite ?
-Zarre...
-Ecoutes-moi bien. Tu ne comprends peut-être pas parce que tu es un pokémon, mais la Team Rocket sont des humains méchants pour les hommes comme pour les pokémons. Puisque ce sont des méchants, il faut être méchant avec eux. Ils le méritent.
Billy regarda le visage de son dresseur, peu convaincu. Il n'était pas si bête et savait que quelque chose n'allait pas dans le raisonnement de son maître. Si seulement il pouvait lui faire comprendre...
-Herbi, herbizarre ?
-Oui, je sais, ce sont des humains. Mais eux aussi forcent leurs pokémon à attaquer les gens. Tout le monde a peur d'eux à cause de ça, la seule solution est donc de faire pareil. Capito ? Je veux dire...compris ?
-Herbi...zarre...
C'est ainsi que l'incident fut clôt et qu'ils se remirent en route. Comble du hasard, Alfaro eu la chance de capturer un autre chetiflor, baptisé Brazil. Les dresseurs qui se trouvaient sur la route durent ployer devant la puissance de la petite troupe et ils atteignirent les luxueuses villas qui se trouvaient au bout. Le dresseur n'eut aucun mal à trouver celle du dénommé Léo : un amoncellement d'appareils usagers, de câbles et de ferraille se trouvait devant. Alfaro frappa plusieurs fois mais n'obtint pas de réponse. Ne voulant pas rebrousser chemin, il enclencha la poignée dans l'espoir de voir la porte s'ouvrir, ce qu'elle fit difficilement.
Il devina que la pièce dans laquelle il se trouvait était le salon, au vu des canapés et des tables noyés sous le désordre. Papiers, vaisselle sale, câbles, quelques ordinateurs portables et des cartons rendaient le passage difficile. La propriété entière était un capharnaüm sans nom. Il explora encore et arriva dans une salle ressemblant à un laboratoire, aussi désordonnée que le reste de la villa.
-Excusez-moi, y'a quelqu'un ?
-Lolof.
Alfaro se retourna vers l'endroit d'où provenait cet étrange cri aigu. Derrière un appareil se trouvait une petite créature rose aux oreilles pointues. Ses dents retenaient un câble électrique et ses yeux froncés indiquaient la plus grande concentration. Alfaro le scanna avec son pokédex.
-Un mélofée, hein ? Tu dois appartenir à Léo. Lâche ça, dit-il en s'approchant, tu risques de t'élecrocuter.
Le mélofée esquiva les bras qui tentaient de le prendre en faisant un saut sur le côté. Il se lança ensuite dans une longue série de cris à l'articulation bizarre pour un pokémon. Les sons étaient les mêmes mais il parvenait à les combiner de telle manière qu'il pouvait en créer d'autres, en plus des syllabes qui composaient son nom.
-Je ne comprends absolument rien à ce que tu me racontes. Est-ce que ton maître est là ?
Le mélofée s'interrompit et plaqua la paume de sa main sur son front, comme le ferait un humain témoin de quelque chose de stupide. Il s'approcha d'un bureau, y monta difficilement, pris une feuille de papier et la présenta à Alfaro.
-"Si vous trouvez ceci, c'est que mon expérience a échoué d'une manière ou d'une autre. Il se peut que je sois coincé quelque part dans le réseau informatique..." Quoi ?
-Mélo ! ordonna le mélofée en pointant la feuille du doigt.
-"...dans le réseau informatique, que je sois mort ou que je sois transformé en une créature non-humaine. Si la troisième option s'avère vraie et que je suis incapable de communiquer, lancez le programme "CTRLZToutPuissant" depuis l'ordinateur central de mon laboratoire. Sinon, lancez le programme "SherlockHolmes" qui déterminera laquelle des deux premières options est la bonne. Il tentera automatiquement de me ramener si je suis encore en vie. Sinon, considérez-moi comme mort. Mes dernières volontés...Evoli...Figurines de "Space magmar"...Posters lolicons...
Le mélofée bondit depuis la table et arracha la feuille des mains de l'humain. Il pointa ensuite de l'une de ses griffes "CTRLZToutPuissant" et "ordinateur central". C'est à cet instant qu'Alfaro comprit.
-C'est vous Léo !? C...Comment vous avez fait ça ?
L'humain transformé en pokémon gonfla ses joues et fronça les yeux. Il pointa ensuite du doigt un ordinateur et partit dans un caisson, attendant très certainement qu'Alfaro enclenche le programme. Le brun pria tous les dieux qu'il connaissait et cliqua deux fois sur l'icône "CTRLZToutPuissant". Les moteurs de la machine firent un bruit semblable à celui que ferait une clé frottée contre une corde de piano, ce qui effraya le dresseur, plus habitué aux moteurs à essence qu'à ceux sortis de films de science-fiction. Un autre caisson s'ouvrit alors et un nuage de fumée s'en échappa, libérant un homme grand et dégingandé aux cheveux châtains.
-Fantastique ! Ce n'était pas le résultat prévu mais qu'importe, c'est une idée à creuser. Il me faut de quoi noter cette expérience...
Alfaro toussota bruyamment.
-Oh, pardon, j'avais oublié que tu étais là. Désolé pour le dérangement, tu peux partir, dit Léo en fouillant dans la pièce.
-Drôle de façon de remercier son sauveur. Sans moi, vous seriez encore en train de mâchouiller un fil électrique.
-Je ne pouvais pas atteindre mon placard à sucreries et les griffes des mélofées sont sacrément affûtées, il fallait bien que je trouve autre chose à grignoter pour me concentrer. Mais passons sur ce détail. Tu t'appelles...?
-Alfaro Straeno. J'aurais quelque chose à vous demander.
-Ma collection de données publiques est à la deuxième porte à droite en sortant du labo, si c'est ce que tu veux, dit Léo d'un ton pressé.
-Non, c'est autre chose. Est-ce que vous connaissez Alberto Straeno ?
-Jamais entendu parler. Mes contacts sociaux se comptent sur les doigts d'une main, les professionnels de l'autre, et il ne fait partie d'aucun des deux groupes. Maintenant ouste ! J'ai du travail.
Alfaro quitta l'énervant scientifique qui n'avait pas cessé de bouger dans la pièce durant toute leur conversion. Le professeur Chen, lui, avait au moins la décence de proposer quelque chose à ses invités, ce qui n'était pas le cas de Léo.
-Oh zut. Attend !
Le brun se retourna vers l'informaticien qui s'approcha en lui tendant un morceau de papier rectangulaire.
-Désolé pour mon comportement, c'est toujours comme ça quand je suis plongé dans mes recherches. Prend-ça en guise de remerciement.
C'était un ticket d'entrée pour la fête d'un bateau de luxe à Carmin-sur-Mer, une ville portuaire située au sud. Alfaro n'en croyait pas ses yeux. Jusqu'à quel point cet homme était-il fou pour lui offrir quelque chose d'aussi cher ?
-On m'a invité à cause de mon goût pour les pokémon rares mais je ne supporte pas les foules. Vas-y à ma place, ce serait dommage de ne pas utiliser ce ticket.
-Vous êtes sûr ?
-Oui ! Maintenant sors de là, dit Léo.
Il fît un mouvement de sa main pour accompagner son ordre et Alfaro obéit, déçu de ne pas avoir l'ombre d'une piste concernant son père. Au moins ne partait-il pas les mains vides, même s'il doutait fort aller à cette fête.
