9.
Il ne lui fallut que quelques jours pour comprendre que Kuroo tentait de faire la paix à travers la nourriture. Plus particulièrement les gâteaux, qu'ils soient aux fraises ou au chocolat. En vérité, Tsukishima devait bien admettre que le brun cuisinait bien, et que ces pâtisseries qu'il retrouvait devant sa porte en allant en cours lui remontait légèrement le moral, et lui permettait d'affronter sa journée avec un peu plus d'énergie.
Ses cours étaient toujours aussi denses et compliqués, mais il tentait de faire la part des choses en s'accordant un peu de repos de temps à autre : le week-end dernier lui avait permis de comprendre qu'il s'était totalement laissé happé, alors désormais il voulait relativiser. Tout allait bien. Il était jeune. Il avait le temps.
Et heureusement pour lui, il n'était pas totalement idiot non plus.
Il avait également recommencé à prendre des repas un plus plus régulièrement, à aérer son appartement, à dormir plus de deux à trois heures par nuit. Et... à manger des gâteaux lorsqu'ils apparaissaient sur son paillasson. Parfois, il y avait un petit mot, et si vous lui posiez la question il vous affirmerait qu'il ne les lisait pas. Ou pas tout le temps. Ou quelques fois seulement.
Au début, au bout de la deuxième ou troisième fois, Kei avait hésité à aller toquer à la porte de Kuroo pour lui demander de remballer ses petits papiers réconfortants et ses gâteaux sucrés, parce que non il n'avait pas besoin de lui. Mais finalement, il ne l'avait pas fait. Premièrement parce que le brun semblait faire tout ce qu'il pouvait pour qu'ils ne se croisent pas - ce qui était étrange, bien évidemment, mais ce n'était pas Tsukishima qui allait se plaindre - et deuxièmement car... et bien, il les apprécierait quand même, ces petites attentions. Même s'il ne l'avouerait pas, pour des raisons évidentes.
Donc, soit Kuroo avait compris le message quand le blond affirmait qu'il ne voulait plus le voir, soit il tentait de se rapprocher doucement en calmant sa colère à travers de la nourriture, et ainsi attendre que Kei vienne de lui même.
Ce qui ne risquait pas d'arriver.
Tsukishima comprit laquelle de ses deux hypothèses étaient la bonne quand le lundi qui suivit, il sortit une bonne dizaine de minutes en avance de son appartement. Afin de profiter un peu plus longtemps de la bibliothèque de son école, il arrivait souvent une demi heure en avance, mais aujourd'hui il avait un devoir à rendre et désirait s'assurer qu'il était parfait.
Vérifiant une dernière fois qu'il avait bien éteint toutes les lumières, il attrapa ses clés, enfila ses chaussures, puis ouvrit la porte à la volée. Et étrangement, il ne s'attendait pas vraiment à trouver Kuroo Tetsurou accroupit devant son paillasson. En baissant les yeux, il put voir que le brun était en train de déposer un plateau recouvert d'un torchon par terre, et soudain leurs yeux se croisèrent.
Les sourcils de Kei se haussèrent tandis que sous la surprise le brun lâchait le plateau. En une seconde, il fut debout, les yeux écarquillés, puis lâcha un :
- Merde -
Avant de tourner sur lui même une fois, regarder de nouveau Tsukishima, puis il s'enfuit en courant vers sa propre porte en lâchant un dernier :
- Merde.
Le blond resta immobile quelques instants et baissa les yeux sur le plateau à ses pieds. Il tenta de retenir le sourire qui menaçait de prendre place sur ses lèvres, en vain. Finalement, il alla déposer le gâteau chez lui avant de repartir, d'un pas un peu plus léger malgré lui.
Des bisous !
