Voilà le chapitre ressemblances. Où l'on y apprends d'étranges choses. Où Emeline se résouds à partir. Et où Velin change curieusement...
Chapitre neuvième : Ressemblances.
Avez-vous déjà eu l'impression désagréable de connaître quelqu'un que vous avez juste croisé, quelqu'un qui ignore tout de vous ? Moi oui.
On était le dimanche. Je n'avais rien à faire, alors j'appelai Emma.
-Je suis rentrée plus tôt, tu veux venir à la maison ?
-Non, vraiment, merci, mais je suis de corvée baby-sitting pour mon argent de poche. Mais tu peux venir, si tu veux ! Tu vois où j'habite ?
-Tu m'as montré la dernière fois. J'arrive.
Ainsi fut fait. Je m'habillais avec les vêtements d'hier, élaborai une coiffure très compliquée et sophistiquée (c'est ces jours là que je remercie mon créateur pour mon don) Et me mis en route, avec mon portable des fois qu'il appellerait, et une boîte de sucreries comme présent.
Arrivée chez Emma, j'allais sonner lorsque j'entendis une voix essoufflée hurler.
-Vous recommencez ça, je vous coince sur le toit avec de la soupe comme seul repas pour la journée !
C'était quoi, déjà, l'adjectif que j'employai pour mon amie ? Ah oui, c'est vrai. Calme.
Prudente, je frappai. Elle m'ouvrit, le visage rouge.
-Ça te gênes de m'aider à les ligoter ?
Je ris et haussai les épaules pour montrer mon approbation.
En entrant dans la maison, je trouvais un bazar tel qu'on se serait cru dans un souk au Maroc. J'en avais visité un là-bas mieux rangé. Des jouets et des livres jonchaient le sol, et, par terre, une flaque d'une couleur orangeâtre était étalée. Je constatai avec soulagement que l'odeur était celle de la soupe. Emma se précipita avec une serpillère pour nettoyer le sol.
-Kate, Jade ! Vous venez ici ! Je vais vous présenter à Emeline…
J'entendis un pas régulier fouler bruyamment le sol. Pas trop dur de deviner qu'elles imitaient des soldats. Et c'est alors qu'elles entrèrent dans la pièce. Je lâchai la boîte.
-Emeline ! Ça va ?
-J'ai trébuché. C'est tout.
Les jumelles étaient le portrait craché l'une de l'autre. Brunes, les yeux bleu gris, des cheveux ondulants avec grâce jusqu'aux épaules.
Elles étaient presque le portrait craché de mon apparence.
Elles échangèrent un regard. Cette ressemblance ne leur échappa pas non plus.
Mais elles ignoraient quelque chose. Que cette personne avait réellement existé.
Jade et Caitlin ressemblaient en tous points à ma mère biologique.
-Tu veux manger quelque chose ?
Emma ne remarquait jamais les tensions ou les soucis. Ou alors, elle était toujours trop polie pour ça.
-Non, merci, c'est gentil.
-Alors, tu as vu Enzo ?
-Il semblerait qu'il se soit fait la malle au Canada. Trop loin. Il reviendra sûrement… Je l'espère.
Elle remarqua enfin les jumelles muettes.
-Emeline, je vais t'offrir une médaille ! Tu as réussi en deux minutes un exploit que j'ai essayé durant douze ans vainement…
Je haussai un sourcil, perplexe.
-Tu as fais taire les jumelles ! Au fait, voici Jade, et voici Kate. Pour les reconnaître, euh… Jade a des chaussons roses et Caitlin des violets.
Les yeux des sœurs lancèrent des éclairs, et elles complétèrent, furieuses du regard malicieux de leur aînée.
-Jade, elle a un grain de beauté sur la joue gauche. Et moi sur la droite.
Emma leva les yeux au ciel, toujours fière de sa boutade qui avait dégelée les deux jeunes filles de leur timidité.
-Au fait, ma mère m'a sorti un arbre généalogique immense, la dernière fois. Quand j'ai évoqué ton prénom. Tu savais qu'on avait une ancêtre du même nom ? Toujours du côté des femmes.
-Je l'ignorai.
-On a informatisé tout ça. Viens voir…
Elle me tendit une chaise devant un ordinateur assez récent et s'assit sur une autre. Elle démarra un logiciel pour ouvrir une image. Un gigantesque recueil de noms et de dates apparut.
-Ça remonte à quatre-cents ans. C'était… Emeline Merezan. Elle n'est pas morte, en fait. Elle… a disparu en mille cinq-cent-quarante-neuf. Et elle a eu une petite sœur, Caroline, deux ans après sa disparition, et qui est mon ancêtre… Ce qui est fou, c'est que tu m'avais dit ta date de naissance… Le dix-huit mars, c'est ça ?
J'opinai.
-Elle également ! C'est pour ça que j'ai voulu te montrer cet arbre. Tu devais être destinée à t'appeler Emeline et à me rencontrer !
Elle rit de la coïncidence, et je l'imitai, toutefois encore choquée.
Mon réel nom était Emeline Merezan. Je suis née le dix-huit mars mille cinq-cent-trente-trois. Et je me suis fait mordre le trente juin mille cinq-cent-quarante-neuf, à l'âge de seize ans. Et j'avais donc une petite sœur. Et Emma… était ma petite-nièce sur une dizaine de générations.
-Ça ne va pas ?
-Non, c'est juste que… Je réfléchissais à ce que tu as dit. Le destin… T'y crois ?
-Pas toi ?
-Je trouverais un peu dégoûtant que tout soit écrit. Comme un livre… Selon moi, le destin, le futur change à chacune de nos actions, regarde, si je décide de prendre une glace à la pomme, il se passera que j'aurais mal aux dents. Mais si, à la dernière minute, je veux acheter une glace à l'orange, que le magasin se fait braquer et que je me fais tirer dessus… Alors le destin aura complètement changé !
-Elles sont psychopathes, hein, Kat' ?
-Juste folles à lier. On s'en tape, du destin. Tant qu'on gagne à la loterie. Ou qu'on a un petit copain.
Surprises, nous regardâmes les petites nous fixer d'un air affligé.
-Tu sais quoi, Jady ? Je sais ce qu'on va faire.
-Et j'ai la même idée…
Elles grimpèrent l'escalier quatre à quatre. Emma soupira.
-Pauvre Tom… Mais bon, j'en ai marre d'elles. Elles forment le stéréotype des jumelles et des filles. Elles pensent aux même choses, veulent s'habiller pareil, jouer des farces aux professeurs, et en plus elles parlent garçons, maquillage et potins ! J'ai honte…
Un cri surgit soudain. Vu les braillements, les jumelles devaient torturer leur petit frère… Ou lui voler ses poupées (excusez-moi, je confonds avec l'expérience personnelle)
-Ben et moi, on aura quelque chose à te dire. Mais… mieux vaut attendre demain ! Au fait, j'ai rien compris au devoir de maths que j'ai à faire, et j'ai cru comprendre que tu étais forte, tu peux m'aider ?
Je passai donc une bonne partie de l'après-midi à m'évertuer à lui faire retenir des règles et des notions qu'elle oubliait sans cesse. Et elle remarqua que je n'écoutai plus.
-Emy.
Mon nom fut murmuré, comme si elle hésitait à me faire sortir de mes idées.
-Je suis désolée Emma. Il faut que je rentre. Je ne voudrais pas louper l'appel d'Enzo, s'il y en a un…
Elle hocha la tête d'un air compréhensif. Je la serrai dans mes bras très fort, et elle rit de cet engouement.
-Eh, zen, miss. J'ai les os fragiles, et c'est à moi de te remercier pour tes conseils de maths, plutôt que toi pour mes conseils de psy…
Je haussai les épaules, la traitant gentiment de mauvaise joueuse. A vrai dire, je ne voyais pas le rapport, mais bon…
Me levant d'un bond, je commençais à m'en aller, quand je me retournai.
-C'est quoi la surprise ?
-Surprise. Me dit-elle sèchement d'un air irrité, même si ses yeux hilares la trahissaient.
Alors je disparu complètement.
Le téléphone ! Il sonnait ! Je me précipitai, ouvris la porte que je n'avais pas fermée à clé et décrochai à la dernière seconde.
-Salut, sœurette. Mary et Noah ont cafté, comme toujours. Hélas. Mais je sais que tu ne sortiras pas du pays, je te connais. Tu me manques, mais sache que je les ais presque. Il y a juste que Philip a refusé de me dire où ils habitaient… Pourquoi ?
-Enzo, je voulais te dire, ils sont tout à fait…
-Coupables, oui, ne t'en fais pas, je sais. Mais qu'as tu dit à Philip ? Il s'est énervé parce que tout le monde lui demandais la même chose.
-Il a toujours eu un faible pour mon apparence « rebelle ». Gloussai-je. Puis je redevins grave.
-On doit parler. De face à face, sans que tu me files entre les doigts.
-Oui. Que dirais-tu… Je ne sais pas. Laisse-moi un peu de temps pour les retrouver, alors. On fête Noël en famille ?
Je grimaçai. C'était dans trois mois, hélas.
-Ou Halloween ? Tous deux déguisés en Dracula… Suggérai-je.
-Va pour Noël. Je t'aime, sœurette.
-Je t'aime, grand frère…
Et il raccrocha. Trois mois. Mais j'avais décidé où passer les vacances de Thanksgiving… Un passage à Forks, dans l'état de Washington me ferait le plus grand bien…
Je soupirai avec le désagréable sentiment qu'il ne rappellerait jamais. J'ignorai encore à quel point c'était vrai.
La nuit passa calmement. Ni trop vite, ni trop lentement. Je lâchai Velin qui fit le tour de ma chambre avant de glisser sur mon lit et s'enrouler autour de mon poignet. J'embrassai sa tête douce.
-Un jour, on te trouvera une belle femelle, promis. Je ne vais certainement pas te laisser m'abandonner sans descendance, crois moi. Au fait, tu savais que j'étais une ancêtre d'Emma ? Elle me l'a dit, aujourd'hui. Non, bien sûr, tu ne savais pas. Mais comment lui expliquer que si on n'a jamais trouvé le corps, c'est parce qu'il est planté là, devant elle ? Et qu'une fille de seize ans a disparu, elle a l'apparence d'une fille de quinze ?
Et je continuais à débiter ma vie tranquillement, à cette pauvre bête innocente qui n'avait pas mérité cela, et qui ne comprenait pas un traître mot de tout cela… Il faut dire que les serpents ne possédant pas d'oreilles, il était peu probable qu'il m'entende. Et à voir comme il était immobile, il devait dormir. Il me ressemblait, quand j'étais humaine. Feignant qui n'écoutait personne.
Soudain, il se tortilla violement, comme pour se débarrasser de mon emprise. Je le lâchai, surprise. Et il me mordit avec force, tellement que ses crocs laissèrent des traces sur ma peau de pierre. Je le saisis à l'arrière de la tête pour éviter qu'il ne morde à nouveau, et le redéposai dans son vivarium.
Un élan de panique m'envahit, et j'eus envie de… Mourir ? Allons, c'était ridicule. Je m'agrippai à un des pieds métallique du lit, respirant (inutilement, j'en conviens) calmement. Je comprenais soudain, la lumière se faisant dans mon esprit. Et, sachant d'où venait cette peur, il m'était plus facile de la vaincre.
Petit vampire, tu t'amusais encore avec moi. Mais t'en prendre à mon serpent… Tu n'aurais jamais dû faire ça. Hélas, il me fallait attendre l'arrivée d'Enzo, pour Noël : je n'allais pas me risquer seule dans une affaire telle que celle-là.
La nuit passa. Une nuit qui défilait vite pour moi, assise sur mon lit, ne bougeant pas durant des heures entières. Puis vint l'heure du départ. Je me rappelais qu'Emma m'avait promis une nouvelle, et j'étais morte de curiosité (façon de parler, naturellement.). Et je fus servie.
Je les rejoignis devant mon casier.
-Emma, tu m'avais promis quelque chose.
Elle rayonnait de bonheur. Je commençais à cerner de quoi il s'agissait avant qu'elle n'ouvre la bouche.
-Euh… Ben et moi, nous… Sommes ensemble !
L'intéressé sourit joyeusement, hochant la tête pour confirmer.
-Vraiment ? Je suis contente pour vous ! Vous allez très bien ensemble… Félicitations ! M'écriais-je en serrant les tourtereaux dans mes bras.
Le couple étincelait par tant de joie que je me demandais comment ils avaient réussi à vivre l'un sans l'autre si longtemps.
Lorsqu'il nous fallut aller en cours, j'eus tellement de mal à les séparer que j'aurais juré qu'ils avaient soudé leurs mains entre elles. La fin de la journée arriva vite.
Les semaines suivantes furent calmes. Pas un seul symptôme de sentiment forcé. Peut-être que le vampire était parti ? C'était possible, peu croyable. Il semblait être très attaché –Voir collant- avec moi. Et les mois défilèrent avec aisance.
Je revis plusieurs fois les jumelles. Mais Thomas, je ne l'avais jamais aperçu. Et puis un jour, une semaine avant les vacances de Thanksgiving, je me remémorai une question que j'avais dans la tête depuis ma rencontre avec Ben.
-Ben, commençai-je, à la cafétéria, j'ai une question.
Je dus attendre que monsieur ait l'obligeance de retirer ses lèvres de la bouche d'Emma pour continuer.
-Oui ?
-Avant le lycée, on s'était déjà vu, non ?
-Euh… Je ne sais pas, pourquoi ?
-Ta tête m'était familière. Et je suis certaine qu'on s'était vu avant de venir.
Il se tortilla, mal à l'aise.
-A l'hôpital. Finit-il par dire. Je rendais visite au docteur Lie, un ami de mon père, et je t'ai vue. Ils t'ont amenée sur un brancard, disant qu'il y avait eu un accident. Quand je suis repassé devant ta porte, j'ai jeté un coup d'œil curieux, quand ce type est arrivé et t'as mis une paire de baffes…
-Enzo. Mais il m'aime vraiment, c'est juste qu'il était très inquiet, c'est l'origine de sa colère. Eh, mais… Ben ? Dis-je d'un ton de reproche.
Il baissa la tête.
-Oui ?
-Tu en as parlé à tes parents, non ?
-Euh… Oui ? Fit-il d'une toute petite voix.
-Voilà pourquoi ton père détestait Enzo ! Parce qu'il avait frappé une fille ! Ce qui explique tout ! Dis, tu pourrais simplement lui expliquer qu'Enzo n'est pas un tyran ?
Emma, qui avait muettement assisté à l'échange, murmura.
-Ben, tu t'es mêlé d'affaires ne te concernant pas. Tu pourrais t'excuser.
Il obéit et je m'esclaffai en voyant Emma lui parler comme une mère à son fils. Ils étaient adorables ensemble, et les mois qui avaient passé n'avaient que renforcé l'amour que chacun éprouvait pour l'autre. Je souris tendrement.
-Excuses acceptées, parce que je sais à présent où je t'ai vu… Au fait, vous faîtes quoi pour Thanksgiving ?
-On part au Canada voir de la famille. Répondis Emma.
-Je pars voir des amis à Washington, continua Ben.
Je me rappelai d'Elsa qui évoquait une réserve. La ville de Washington en avait une ?
-Et toi ?
-Oh, moi, pour ma part, je vais aussi voir des amis sur la côte. Répondis-je évasivement. Vous enverrez des cartes postales ?
-A condition que tu en fasses de même ! Sourit Emma.
La fin du vendredi arriva très vite. Beaucoup de professeurs étant absents, les cours étaient vite passés. Et la semaine suivante fut toute aussi rapide, vu qu'on n'avait cours que le lundi et le mardi, les vacances débutant le mercredi.
J'avais tout prévu. Velin était nourri, mon sac était prêt et mon billet d'avion de Bishop à Forks était réservé. Ne restait plus qu'une seule tâche à accomplir…
Mais quelle est donc cette tache a accomplir? EMy va-t-elle recontrer les Cullen où un imprévu surgira? Seront-ils au complet, où certains manqueront a l'appel?
Suite au prochain épisode!=)
